Chavouot twins


ChavouotChavouot at home

Catégories:Non classé

Midrash de Chavouot


Sinaï2

Mont Sinaï


Rabbi Yo’hanan a dit : Quand D.ieu énonça les Dix Commandements, un ange divin les recueillit un à un, les portant l’un après l’autre à chaque Juif individuellement et disant : « Désires-tu accepter ce commandement ? Voici les lois et les règles qui s’y rapportent. Voici les peines que tu encours si tu n’observes pas ce commandement. Voici les décrets et les préceptes qu’il contient. Voici enfin la récompense si tu l’acceptes et observes ses prescriptions. »

La réponse fut la même d’un Juif à l’autre : « Oui, j’accepte tout. »

Puis, l’ange dit : « Acceptes-tu l’Éternel comme ton D.ieu, pour Lui obéir et L’aimer ? »

« Oui, je L’accepte », fut à chaque fois la réponse. Alors, l’ange baisa chaque Juif sur les lèvres.

Les Sages nous ont enseigné : Chaque commandement vola de lui-même vers chaque Juif et lui demanda : « Désires-tu m’accepter ? Tant de préceptes m’accompagnent, tant de lois et de règlements. Telle sera la peine si tu ne les observes pas, et telle la récompense si tu les observes. Désires-tu m’accepter ? » Et le Juif répondit : « Oui, de tout cœur. » Alors le Commandement le baisa sur les lèvres.

Sinaï 2

Les juifs en Corse après 1915, l’Ile des justes


Où l’on apprend que le frère du grand père du Rav de Loubavitch serait mort à Bastia en 1942…

Rabbi Méir le maître du miracle

Le jour de la Hilloula de Rabbi Meir un SMS est arrivé :

« J’ai lu votre livre. Mon nom est Guy Sabbagh, né à Bastia en 1947, Je suis le fils de David Sabbagh ancien président de la communauté juive de Corse et le petit-fils du rabbin Méier Tolédano qui a été le guide spirituel de cette communauté pendant toute sa vie…, votre contact m’a été donné par Laurianne B. J’espère à très bientôt »

La synagogue en bas de chez moi rue du Castagno est dédiée au Rabbi Méir, son grand-père Méir avait conduit la communauté jusqu’en 1970, il était enterré au carré juif de Bastia.  C’était la Hilloula. Une telle avalanche de signes ne se refuse pas. Ce soir, ont débarqué dans mon bureau deux corses. Mais des corses juifs ! Guy et Benny Sabbagh. C’est une histoire extraordinaire que celle de la dernière immigration juive en Corse en 1915. Je vais tenter de vous la conter ici.

Tinghir

Imaginez un teinturier juif berbère de l’Altlas, à Tinghir au début du XXème siècle dans le sud Maroc. Il s’appelle Sabbagh (le teinturier en arabe). Cet homme, prévoyant, achète tout le stock de teintures de la région. Comme dans la Torah, arrivent 3 années de sécheresse. Tous les teinturiers musulmans de la région sont pris de cours. Notre brave juif prête sa teinture à ses frères musulmans contre reconnaissance de dette. Le temps passe. En 1910 il se présente devant ses débiteurs. Ceux-ci et réfléchissant se disent que si ce misérable juif mourait la terre serait débarrassée d’un mécréant et que finalement pour leurs dettes… Aprés réflexions Ils décident de s’allier et font tomber l’artisan dans un guet-apens.

Trois jours après celui-ci meurt. Son frère se présente aux créanciers avec les papiers de dette. Ils ne peuvent pas tuer aussi le frère… et il reste toute sa famille ! Alors ils réfléchissent. Cet homme a 5 enfants : Jacob, Yehouda, David, Léa, Rahma…  Ils enlèvent Yehouda et ils vont voir sa mère : « Si vous ne déchirez pas nos reconnaissances de dettes on le tue… réfléchissez ».

Cette femme, Bouda Pérès est juive. Elle a perdu son mari. Ses enfants c’est toute sa vie. Ses ancêtres ont fui l’Inquisition Espagnole au XVème siècle. Née à Tinghir en 1895, elle est une Pérés descendante du roi David. Le soir elle pend son linge à la corde, met la pâte du pain à reposer pour montrer aux voisins que la maison est occupé quand ils se réveillent le matin… et la nuit elle s’enfuit sans bruit avec ses enfants. Elle se rappelle la promesse de la Terre promise par Hashem à Israël. Direction Tibériade en Israël.  Adieu Tinghir. Le destin de millions de juifs depuis quatre millénaires.Les derniers juifs de Tinghir qui étaient présents au Maroc depuis 3000 ans ont quitté leur terre natale en quelques jours seulement en 1964.

Bouda Pérès est la grand-mère paternelle de Guy et Benny Sabbagh.

Tibériade

Du coté maternel, le grand père s’appelle Méir Tolédano, né en 1889 à Tibériade, là où est enterré le rabbi Méir, c’est un rabbin d’une lignée illustre venue de Meknès. Voici sa généalogie depuis la fuite d’Espagne en passant par Fez, Salonique, Fez, Meknès, Tibériade et Bastia :

20150519_185906

G. et B; Sabbagh

A Tibériade, il rencontre Zohra Sloush née en 1895 à Fès. Sa généalogie remonte à Rachi à Troyes en Champagne au XIème siècle. Ils s’aiment. Ils se marient.

20150519_185939

Source : G et B Sabbagh

Mais en 1913-1914, la Terre Promise est… sous domination ottomane. La guerre éclate. La Syrie et la Palestine, deviennent un enjeux entre puissances occidentales : Ottomans alliés aux Allemands contre Français, Anglais et leurs alliés arabes de l’autre. Il faut choisir entre être Turcs ou rester marocains alors sous protectorat français. A l’été 1915, 740 juifs marocains et Algériens (colonie française) sont évacués par les américains mandatés par des juifs sionistes et philanthropes américains. A nouveau la valise.

De Jaffa à Ajaccio en passant par la Crète

Ils laissent tout sur place et sont parqués par les Turcs dans les ports de Beyrouth et Jaffa pour être expulsés. Des bateaux américains les embarquent à Jaffa (-voir ci dessous)

Jaffa

On erre en Méditerranée à la recherche d’un lieu où débarquer. L’Egypte, Chypre, refusent ces loqueteux. La Canée en Crète les accepte, un immense camp de réfugiés pour 6 mois. Le papa de Guy et Benny Sabbagh à deux ans et demi. Leur grand-père Tolédano est scandalisé… les juifs en grand habit oriental jusqu’aux pieds se baissent devant tout le monde, embrassent les mains… un Tolédano, un prince de Meknès dont la famille est partie en 1870 de la ville la plus religieuse du Maroc ne se comporte pas ainsi !

Le délégué de l’Alliance venu de Salonique fustige leurs « accoutrements ». Il demande que tout le monde s’habille à l’occidentale avec costume et chapeau. Il donne même des primes aux tailleurs pour ce faire ! On se cotise et on achète du tissu et les tailleurs du camp découpent de beaux habits comme à Paris.

Mais en septembre 1915 les autorités grecques décident de supprimer l’autorisation de résidence des citoyens ou protégés français en Crète. Adieu la Crète !

Ajaccio

Heureusement D.ieu veille et l’Alliance israélite universelle le précède ! Où caser tous ces immigrés  « français »? Mais bien sûr ! Dans la Corse qui se dépeuple ! Direction Ajaccio. La marine française les débarque à Ajaccio. Il y a là aussi quelques serbes (photo)

20150519_191048

Des réfugiés ? Des pourchassés ? La solidarité Corse s’organise comme un seul homme. Les dames du monde ajaccien (photo ci dessous) autour de Mme Henry, l’épouse du préfet rivalisent pour aider ces miséreux. Un grand élan populaire vient au secours de ces 740 démunis, des « Syriens », qui ne parlent que l’arabe et l’hébreu. Elles se dévouent, cousent des habits pour eux (photo, remarquez l’habit oriental à gauche).

20150519_191017

On les loge. On organise une école pour les 180 enfants.

Enfants réfugiés juifs à Ajaccio en 1916

Enfants réfugiés juifs à Ajaccio en 1916

Tout le monde éclate de rire quand on demande son nom à Sim’ha (la joie) quand elle annonce son nom à l’école. Alors l’institutrice l’appelle Allegra, Berakha (la bénédiction) devient Marcelle (Marcuccia en langue Corse), ça tombe bien c’est le nom de la meilleure amie de l’institutrice !

Un an plus tard le préfet de Corse M. Henry constate : « ils se sont mis au Corse alors qu’ils ne parlaient qu’arabe »… « La plupart s’habillent à l’occidental ». Surtout à peine un an après être arrivés tous ont trouvé ou créé un travail !  Et sans passer par Paul emploi (Alias Paul Giacobbi) !

Tout ne va pourtant pas pour le mieux !

Les « Syriens » comme on les appelle, sont 740 pour sept rabbins. Alors le rabbin Kiki (si, si, c’est son nom !) a une idée. Il se fait faire un papier à en-tête, qui, avec des accents napoléoniens annonce… « Rabbin Kiki, Grand Rabbin de Corse ». Les six autres rabbins écrivent immédiatement au préfet pour dénoncer l’imposture ! Le grand rabbin c’est eux !

Le responsable des bains publics d’Ajaccio se plaint de ces orientaux indisciplinés toujours en retard qui arrivent à 9h 30 au lieu de 9h 00 à l’ouverture des bains et il calcule ce que ça coûte : une demi-heure fois tant d’énergie pour chauffer l’eau, fois tant de jours par an… un gaspillage des deniers publics dont il averti les autorités ! Il est scandalisé par ces « syriens » qui crachent dans l’eau !

De plus des tensions se manifestent dans la petite communauté d’indisciplinés disputailleurs que rien ne réunit que l’exil ! Une bagarre finit par éclater entre algériens et marocains. Ces derniers n’ont pas le même statut de citoyens français que les marocains sous protectorat… ils en profitent pour exclure les marocains de leur organismes représentatifs auprès des autorités de l’Etat. Il est donc décidé que les marocains iront à Bastia. Exit les marocains.

Bastia

Une cinquantaine de familles, 180 personnes, sont transférées à Bastia en février 1916.L’île est très pauvre mais la foule accueille de manière enthousiaste les « réfugiés syriens » ! Celui qui ne connait pas la générosité corse n’a jamais rencontré un homme !

20150519_191017 - Copie

Ils sont 350 logés dans les docks du nouveau port et dans la citadelle qui est un quartier pauvre à l’époque. Ils sont accueillis par la suite comme des frères par les Simeoni (Oui la famille d’Edmond le père de Gilles le maire actuel de Bastia), les Zucharelli et le Giaccobi qui à chaque élection rappellent à Méïr Tolédano que la chose publique a besoin des voix juives et que eux-aussi ont des ancêtres juifs…

Parmi les réfugiés on trouve des Abbo, tout comme les marranes de Vintimillia la Nuova arrivés dans le sud au XVIème siècle dont je parle dans mon livre (La liste de Jacob) et dans ce post (voir ici)

Abbo

Elenco dei capifamiglia che si apprestano a partire per la Corsica (19-24 agosto 1578).
(A.S.G., Corsica, n.g. 7; cfr. Tabella 1, prima colonna).

Après la première guerre mondiale, la paix retrouvée, en 1920, une partie de la communauté repart en Eretz Israël. Mais là bas c’est la misère, certains reviennent en Corse.

Certains juifs de Bastia ou de la liste d’arrivée en Corse à Ajaccio, comme les corses de la diaspora, auront bientôt des noms réputés. Ainsi Moïse Jacob Toledano (44 ans, voir 5 ème ligne sur la liste ci-dessous) qui s’occupe des études juives à Ajaccio et qui vit en Corse jusqu’en 1920. Il deviendra Ministre des Affaires Religieuses dans le gouvernement Ben-Gourion de 958 à sa mort en 1960, pars avoir été le rabbin en chef à Tanger en 1926 puis Dayan d’Alexandrie en Egypte, voyageant en Syrie et en Irak à la recherche d’anciens manuscrits. Léon Tolédano le frère du rabbin Tolédano, lui, deviendra milliardaire en dollars ! après avoir construit le quartier Toldéano à Bastia il va devenir milliardaire au Mexique et aux Etats-Unis… il construit la moitié de la Nouvelle Orléans… puis en Israël.

20150519_192540

la listes des 740 arrivés à Ajaccio

J’ai appris une information plus étonnant encore : Menharem Mendel Schneerson frère de Rabbi Rachab, le frère du grand père du Rav Mendel Schneerson – le Rabbi de Loubavitch, aurait vécu… à Bastia où il serait décédé en 1942 pendant la seconde guerre mondiale. Il tenait la scierie « Au bûcheron de Corse » à Bastia.

20150519_185202

L’ile des justes

Pendant la seconde guerre mondiale la Corse est le seul département français qui ne livrera pas un juif. (Voir ici). La population et le préfet vont protéger ces « touristes » ainsi qu’ils les déclarent à Vichy :

« Les Corses dans leur ensemble ont considéré que c’était une partie d’eux-mêmes que l’on touchait …  c’est une tradition en Corse que l’on accueille les Juifs et ce qui s’est passé pendant la guerre, n’est que la conséquence d’une relation ancestrale ».  (Grand Rabbin Haïm Korsia – Korsica ?)

Une BD, à lire absolument, vient de sortir sur l’île des justes :

20150520_093659
20150520_093913

20150520_093751

DSCF3559

Le Vieux Port de Bastia

Le Rav Méir Tolédano (ZAL) va développer la petite communauté de Bastia. la synagogue lui est dédié :

BeitMeir

03

Rue du Castagno et synagogue Rabbi Méir, Photo Olivier Long

Il visitera les Mattéi qui lui offriront les meilleurs étrogim (cédrats) de leur plantations chaque automne pour chaque fête de Souccot :

Cédrat Mattei

En réalité l’histoire des étroguim de corse est une trés ancienne histoire juive ( voir ici). Depuis le XVIIème siècle au moins Gênes était la place de marché où toute l’Europe centrale juive de Prague en Tchéquie, Cracovie en Pologne (Prusse orientale à l’époque) ou de Lituanie venait se fournir pour ces fruits rituels. Gênes, depuis au moins le XVIIème siècle était la place de marché où les « allemands » (c’est-à-dire les ashkénazes d’Europe centrale) venaient se fournir en étrogim (cédrats). Les Archives de Gênes le raconte : en 1676, des marchands juifs de Prague, Cracovie et de Lituanie venus acquérir des érogim sont emprisonnés à San Remo faute de porter le « chapeau jaune »… En 1684 est fondée pour 20 ans une compagnie dont les rabbins contrôlent les bénéfices destinée à exporter des étroguim et des palmes de San Remo et Gênes vers Francfort. Le prix est fixé par le chef des communautés juives de Gênes pour ne pas vendre à un prix trop haut pour les pauvres… En 1699, à Testes, un notaire reçoit la plainte des juifs Isach Ghaertz et Moïse Incava contre  la Compagnie Thoma Vethen & Scaaf au sujet de 180 étrogim cueillis à Menton et introduits à Gênes via San Remo, car ceux-ci sont impropres à l’usage  pour Soukkot car ils sont tachés et sans queue…Au XXIème siècle Galetti rapporte dans son Histoire illustrée de la Corse, vers 1860, la venue d’un rabbin de Francfort débarqué pour vérifier si les arbres n’étaient pas greffés. (Jean-Ange GALETTI, Histoire illustrée de la Corse, Pillet, Paris, 1863). En 1875, de prestigieux rabbins de Lituanie, avec à leur tête les Rav Kovna et Yits’haq El’hanan Spector, ainsi que les Rav Israël Salanter et Chlomo Kluger, tous des maîtres reconnus et très respectés du judaïsme lituanien, interdirent l’utilisation des éthroguim de Corfou à Soukkot pour encourager ceux de Corse. Les familles juives auraient payé des fortunes pour posséder un cédrat casher, la Corse en produisit donc alors pour alimenter ce besoin de toute les communautés juives du monde ashkénaze à l’automne !

C’est ainsi que la production de cédrats (et de cédratine une liqueur à base de cédrat) se développa en Corse :

ln-mattei-liqueur-cedratine

Corses et juifs

Les juifs vont développer les commerces rue Napoléon (photos ci dessous). Le papa de ma marraine Anne-Marie Venturi (venus de Florence) avait là une boutique de Costumes.

Bastia-rue Napoléon

Marc Hassan est l’oncle de Benny et Guy Sabbagh :


Magasin Hassan

Magasin Cohen

Mimi et MPi

Marie-Pierre Samitier et Miryam Illouz rue Napoléon, Bastia aout 2012

En 1970 la presse décrit « L’intégration intelligente » des juifs en Corse. Bon, c’est vrai qu’on dirait un film avec Lino Ventura (encore un patronyme juif ! )

20150519_191815

Je me souviens

A Pessah 2014 le Rav Haïm Harboun est aller visiter la communauté avec un miniane :

Harboun Bastia

Harboun bastia 2

Le Rav Méir Tolédano (ZAL) est enterré à Bastia avec son épouse Zohra Sloush.

Il a été chohet (il n’y avait que desl poules au menu!), moël et rabbin de la communauté pendant un demi siècle. Il nous reste sa meguila écrite en lettre minuscules surmontée de l’oiseau fétiche de la Corse, la colombe. Comme dit le proverbe corse :

À l’altru mondu, canta un culombu è mi lamentu è mi ramentu

Dans l’autre monde chante une colombe et je me lamente et je me souviens.

La meguila c’est bien sûr le rouleau des marranes qui vénéraient « Sainte Esther » la juive caché et persécutée. Esther l’ange gardien des marranes :

20150519_194131 20150519_194217

On peut lire à droite en bas le nom de Méir, en haut la colombe (yona).
Voir ici la symbolique midrashique de la colombe.

Voilà ce que m’ont dit Benny et Guy Sabbagh nés à Bastia. De vrais juifs et de vrais Corses. Très émus en me racontant comment Bastia et la Corse avaient accueilli les juifs.

20150519_200201

Que D.ieu bénisse la Corse !

PS : à l’heure même ou je publie cet article, le rabbin Harboun et Madame Martine Yana du Centre Communautaire de Marseille me téléphonent pour me dire qu’ils organisent une expo sur cette histoire, ils ont les documents de l’Allliance, je ne leur en ai pas parlé… j’ai écrit cet article cette nuit! Rabbi Méir guide moi !

Dans mon livre « Des noces éternelles, un moine à la Synagogue », je raconte cette histoire des juifs de Corse.

20150519_201748

L’amulette contre le mauvais oeil le (‘ain’ hara) corse et juive.

DSCF3608

Une tradition corse et du Maroc, les clefs qui protègent du « mauvais oeil » (Ocjhu) -chez nous à Bastia

Les juifs en Corse après 1492


Contrairement à ce qu’on dit souvent les juifs qui ont quitté l’Espagne en 1492 ne se sont pas retrouvé à Livourne mais à Gênes. En effet Livourne n’est alors qu’un petit port de pécheurs et ne deviendra un port franc avec droit de commerce pour les étrangers qu’en 1587 (voir ici) sous l’impulsion du grand-duc Ferdinand Ier seulement un siècle plus tard donc. Les juifs levantins et conversos et juifs d’Espagne ne s’installeront à Livourne qui ne compte que 134 marchands juifs en 1601 qu’au XVIIè siècle (711 en 1622; 2500 environ en 1700, 5000 à la fin du XVIIIe siècle). Le Hub trafic de la méditerranée des années 1492- 1592 est donc Gênes en lien avec les ports d’Espagne, Narbonne, le Liban, la Syrie, l’Egypte… et surtout la Corse à quelques encablures seulement plus au sud.

Gênes, port de destination des juifs d’Espagne en 1492

Le premier bateau venu d’Espagne et rempli de juifs d’Espagne arrive à Gênes en 1478.

Genova1493

Genova 1493

Dans un premier temps ceux-ci sont parqués sur les quais du port de Gênes. Combien sont-ils ? « plusieurs milliers » si l’on en croit un prédicateur de l’époque : Bernardino da feltre, antisémite virulent. « Venerunt in urbem nostram plures » commente le doge Matteo Senaréga. il arrivent faméliques : Multi fame absumti sunt et in primis lactantes et infantes… qui non habebant unde naulum solverent, filios vendebant «  des enfants au sein ! .IIs ont été rackettés par les passeurs marins génois au point que des chroniqueurs de l’époque s’émeuvent de leur sort. On les autorise à vendre ce qu’ils ont amené.Certains sont de haute classe sociale, d’autres sont autorisés à commercer ou exercer le métier de médecin en ville, mais d’autres encore sont pauvres et vont devoir vendre leurs enfants comme esclaves (« filios vendebant »); Beaucoup se convertissent par peur de mourir. Les descriptions de Matteo Senaréga rejoignent celles de Joseph Hacohen dans La vallée de larmes (‘Emeq ha-bakha):

En cours de route, cependant, les marins se sont dressés contre eux, les ont suspendus avec des cordes, ont violé leurs femmes sous leurs yeux sans que personne ne vînt à leur aide. Ensuite ils les ont débarqués en Afrique et se sont débarrassés d’eux sur une terre stérile et déserte qui semblait inhabitée. Leurs enfants ont demandé du pain, mais personne ne pouvait rien leur donner, et leurs mères ont levé les yeux vers le Ciel à ce moment fatidique.

Les nazis n’ont rien inventé, comme pendant la Shoa on sépara à l’époque les mères des enfants sans pitié, le marrane Samuel Usque raconte :

« Avant leur départ, les enfants furent baptisés d’autorité et en grande pompe […] plusieurs femmes se jetèrent aux pieds du Roi, demandant la permission d’accompagner leurs enfants mais cela n’éveilla pas la moindre étincelle de pitié chez lui. Une mère… prit son bébé dans ses bras et sans prêter attention à ses cris, se jeta du bateau dans la mer démontée et se noya, embrassant son fils unique »

L’arrivée de la peste en 1493 est imputée aux juifs et change le point de vue des génois jusque là très tolérants et imperméables aux recommandations venues des Etats pontificaux. La prédication du franciscain Bernardino da Feltre à Noël 1493 sur les châtiments réservés à ceux qui hébergent les « ennemis de Dieu dans la cité » et les juifs qui apportent la peste, illustrée par les représentations de l’époque (voir ici) prend soudain corps. Surtout Bernardino da Feltre développe le Mont de Piété à Gênes en 1489-90 pour combattre tous ces juifs qui exercent le métier de préteur. L’objectif est bien sûr de les assécher financièrement.

Da Feltre

Bernardino da Feltre à Gênes

A partir du 5 avril 1501 sous l’impulsion du gouverneur français de la cité Philippe de Clève (qui importe les coutumes françaises de ségrégation des juifs), les juifs doivent porter un badge en tissu jaune, de sinistre postérité, « au moins grand comme quatre doigts ». L’obligation est étendue aux médecins puis aux femmes. Suit en 1505 un édit d’expulsion qui chasse les juifs de la ville. Jusqu’au XVIIIème siècle les décrets oscillent entre les édits d’expulsion et les sauf conduits permettant aux juifs d’exercer les activités de banquier, médecin… dans la ville.

Le ghetto de Gênes est créé en 1660 et agrandi en 1674 (après celui de Venise, le premier d’Italie en 1516).

En réalité les milliers de juifs arrivés d’Espagne à Gênes sont soit partis vers la Turquie, soit ont été coincés dans les villages, soit erraient dans toute l’Italie au gré des édits d’expulsion et de la création de ghettos dans la seconde partie du XVIè siècle sous la menace pontificale : les bourgeois ne voulaient pas expulser les juifs  source de leurs profits, alors on les enfermait au lieu de les expulser comme le voulait l’Eglise.

Dans un rapport rédigé en 1564 un serviteur zélé de l’Inquisition s’inquiète :

« Il n’y a pas de ville en Italie où l’on ne trouve des marranes portugais qui ont fui l’Inquisition au Portugal. Ils s’enrichissent parce qu’ils commercent de toutes les manières tous les produits sans restriction, comme les chrétiens. Ensuite, ils déménagent en Turquie et informent le grand Turc de tout ce qui se fait ici. » (Dans : Cecil Roth, Dona Gracia Nasi, Liana Levi 2007, pg. 132, Roth cite, M. Stren, Urkundliche beiträge über die Stellung der Päpste zu den Juden, pp. 138-143)

Les juifs en Corse : de Gênes à Bastia

Combien de juifs arrivèrent en Corse et se fondirent dans la population? on ne le sait pas précisément. Pour la corse comme en Italie, les archives de Gênes et les documents notariés ne gardent que les traces des notables, médecins et marchands, les contrats de rachat d’esclaves enlevés par les barbaresques turcs vers Constantinople ou Alger. Bastia partageait ses origines génoise avec Ajaccio, fondée en 1492 par l’Office de Saint-Georges, qui installa au fond du golfe cent familles de la riviera génoise, dont probablement beaucoup de marranes.

Bastia ou Bastita, c’est-à-dire « retranchement », « bastide ». La Corse était le verrou géostratégique de protection de Gênes contre les Turcs. Trois siècles et demi durant, de 1453 à 1793, Bastia fut la capitale de la Corse, ou plutôt le siège des administrations génoise puis française, car les Corses, pendant les brefs moments de leur indépendance, préférèrent Corte. Par Bastia la Corse se rattachait au continent. La proximité de l’Italie ajouta une fonction commerciale aux fonctions militaire et politique de Bastia.

Bastia1

Bastia : la rue du Castagno à droite où est la synagogue
dans une ancienne banque fortifiée génoise qui donne sur le port réinvestie vers 1915 par des juifs d’origine marocaine (rabbin Méir Tolédano) venus de Tibériade. Au loin l’ile d’Elbe.

Capture

A la Renaissance, les banques juives comme la banque Mendés au Portugal, ou l’Ufficio di San Giorgio à Gênes utilisèrent leurs réseaux dans les principales villes d’Europe pour organiser la fuite des juifs d’Espagne et du Portugal.Gracia Nasi, dite Béatrice de Luna, épouse Mendès est la plus célèbre de ces passeurs de juifs de la renaissance. Les réseaux bancaires devinrent aussi des filières marranes, leurs agences servaient de relais aux juifs en fuite. Bien sûr ces banques ne ressemblaient pas à nos banques de dépôts modernes. Il banco à l’origine c’est « le banc » où l’on change les monnaies. La banque de l’époque est donc un réseau de familles dispersées dans les ports qui se faisaient confiance et grâce aux lettres de change évitaient à leurs clients de transporter de l’or sur des routes dangereuses, les banques juives avaient des agents commerciaux à Londres, Anvers, Amsterdam, Bordeaux, Venise, Ferrare, Gênes…. Les juifs étaient donc intimement liés à la prospérité des Cités-Etats italiennes dont ils assuraient le commerce de masse comme le monopole des épices ou du corail, faisait et défaisait les fortunes des cités concurrentes. L’éclatement des juiveries de la péninsule ibérique en 1492 projeta tous ces petits préteurs et négociants, banchieri, dans tout le monde méditerrrannéen en faisant un puissant levier de développement économique et commercial international et conduisant à moyen terme l’Espagne à la banqueroute. Le Mont-de-piété est institué en 1479 à Savone par le pape Sixte IV pour secourir : i poveri maltrattati dagli ebrei che con ingorda, avarizia lor succhiavano il sangue delle loro piccole sostanze,… « les pauvres abusés par des juifs qui, avec gourmandise et, cupidité sucent le sang de leurs petites substances ». Tout l’Esprit de l’Eglise de l’poque est résumé ici. Le Monte est institué à Rome en 1555 par le Pape pour contrer les préteurs à gage et revendeurs juifs en même temps qu’est créé le ghetto et que les préteurs marranes sont violemment persécutés à Ancone au cours d’autodafés.(voir ici un article sur les banquiers sépharades de la communauté de Rome à la Renaissance). Le prêt sur gage permettait de contourner la position traditionnelle de l’Eglise affirmée aux Conciles de Latran (1215),  Lyon (1274) et  Vienne (1312), interdisant le prêt à intérêt et menaçant d’excommunication et de privation de sépulture chrétienne toute personne qui le pratiquerait; réservant de facto cette activité aux seuls banquiers juifs.

Un certain nombre de familles génoises éminentes avaient participé à la création et à la gouvernance de la Banque des compères de Saint Georges, y compris les maisons de Grimaldi & Serra. La Banque, puissance mondiale, utilisait les services d’un certain nombre d’agents juifs, dont la famille Ghisolfi qui gérait les comptoirs de la Mer Noire. Un descendant de Simeone de Ghisolfi- le fondateur, Zacharias de Ghisolfi y sera prince à partir de 1480, il sera appelé même par le Tsar.

Les traces d’envois de  « notables » juifs en Corse apparaissent dans les archives de la République de Gênes.

  • Ainsi le 24 mai 1515 Les prottettori di San Giorgio, c’est à dire les dirigeants de la banque publique de Gênes, l’Office Saint Georges, envoient une lettre à l’Office en Corse demandent « d’autoriser le médecin Jacob, fils de Aron, de vivre à Bastia et dans d’autres places pour y pratiquer sa profession ». (Source : Archives Secrètes de Gênes, Primi Cancellieri di S. Giorgio, busta 16, citée par Rossana Urbani e Guidi Nathan Zazzu, The jews in Genoa pg. 95)
  • Le 29 avril 1525 Pietri I dargo, un juif espagnol de Cadix témoigne au lbaptême à Bastia du fils d’un médecin juif. (Source : Archives Secrètes de Gênes, Notaio Antonio Pastorino, filza 45 , citée par Rossana Urbani e Guidi Nathan Zazzu, The jews in Genoa pg. 96)
  • Le Notaire chancelier Giacomo Imperiale de Terrile écrivait en février 1532 un document parlant de Benedetto de Murta, médecin à Bastia, « auparavant juif ». Les juifs qui n’avaient qu’un prénom (Benedetto est évidement Baruch, « le béni », comme le prénom de Spinoza) prenaient comme patronyme des noms de ville comme celle de Murta toute prés de Gênes. (Notaire-Chancelier Giacomo Imperiale de Terrile, liasse 44, 1532. Diversorum. Cité par Antoine-Marie Graziani, Vistighe Corse, guide des sources de l’histoire de la Corse dans les archives génoises, Epoque moderne 1483-1790, Tome 1, Volume 2, Editions Alain Piazzola, Archives départementales de la Corse du Sud, Ajaccio, 2004. Pg. 303.)
synagogue-bastia

Synagogue de Bastia – rue du Castagno

L’aventure de Ventimillia la Nuova

Il est probable que l’immigration de peuplement opérée par Gênes dans les grandes villes et sur les côtes envoya des milliers de juifs marranes conversos ou encore juifs dans l’île, les plus pauvres bien-sûr, ceux qui n’avaient pas les moyens de continuer la route. Ceux-ci traînaient dans une misérable pauvreté dans les villages d’Italie ne pouvant pas subsister comme les décrit la lettre qui prépare  l’aventure de Ventimiglia la Nuova, la Nouvelle Vintimile, Porto-Vecchio.

Vengtimiglia la Nuova

Giurisdizione di Bonifacio e Portovecchio (da “Carte Nouvelle de l’Isle de Corse” di Robert de Vaugondy, 1756).

La « T. S. San Cipriano » sur la carte est la tour génoise de Saint Cyprien (photo ci-dessous). La côte était défendue par la place fore de Bonifacio et celle de Solenzara, la citadelle de Porto-Vecchio s’inscrivant entre les deux; Un réseau de tours génoises fortifiées et armées complétait le dispositif militaire.

Tour génoise de Saint Cyprien

Tour génoise de Saint Cyprien

Là encore l’Ufficio qui gérait la Corse servit de passeur. Car en 1569, la banque Saint Georges envoya 167 familles, 460 personnes des deux sexes- issus de villages de toute la côte Ligure  pour fonder Ventimiglia la Nuova, la Nouvelle Vintimile, Porto-Vecchio. Tous partirent sous la houlette de deux compères : Pietro Massa et Giacomo Palmero sous l’égide de la banque génoise. Pourquoi de Vintimille ? Car la Banque Saint Georges avait acquis Vintimille qui passa du pouvoir de Louis XII à l’Ufficio le 6 novembre 1513. Pietro Massa le fondateur de Porto-Vecchio était très certainement de la famille du jurisconsulte à Gênes Matteo Massa, qui fit partie de l’ambassade envoyée à Gênes lors de la prise de possession de la Banque sur Vintimille. Dans cette délégation qui se rendit à Gênes on trouvait aussi Pietro Sperone, chef d’ambassade qui deviendra par la suite Vicaire Général de l’ile de Corse. Massa, un mot qui signifie aussi « fardeau »  ou une charge dont on est responsable dans la Bible hébraïque. Les massari étaient les responsables des communautés juives d’Italie. (Voir Fausto Amalberti, Storia di Ventimiglia La Nuova, La ricostruzione di Portovecchio dell’anno 1578, Cumpagnia d’i Ventemigliusi, 1985. Cumpagnia d’i Ventemigliusi, 1985. Je m’appuie sur le travail de cet historien vintimillais pour les sources génoises non juives. On pourra aussi lire Antoine-Marie Gaziani, Naissance d’une cité, Porto-Vecchio, Editions Alain Piazzola, Ajaccio, 2014, qui le complète remarquablement.)

Le Gouvernement de Gênes édictait le 9 juillet 1578 vingt-six Capitoli (chapitres), adressés à « Pietro Mazza et Giacomo Parmero » qui fixaient les conditions financières et militaires de l’expédition. Massa reçut le commandement de l’expédition, avec le titre de podestat, ayant des droits de justice.

Le chapitre 3 : « Conditions détachées à ce territoire de peur de se quereller au sujet de ses frontières, et des terrains qui sont donnés gratuitement pour toujours » me sauta au visage. Il stipulait :

« Nous donnons, et accordons librement auxdits Pietro, Giacomo, et leurs compagnons et à leurs héritiers et successeurs : tous les terrains qui existent sur le territoire de Porto-Vecchio, à savoir la vallée de Pruno et Muratello, et San-Martino avec leurs frontières respectives, au lieudit de Porto-Vecchio de cultiver, et semer, mais sans préjudice de tiers. » ( A.S.G., Corsica, Decreti del Magistrato di Corsica, n.g. 1316)

L’Ufficio, selon une politique agraire organisée, peuplait ces terres basses de l’île désertées par les populations autochtones à cause des incursions des corsaires turcs qui hibernaient en hiver dans le golf de Porto-Vecchio et de la malaria, des terres comme celles d’Aléria « abandonnées aux infidèles » disait le rapport des commissaires Grimaldo de Bracelli et Troilo Negrone dépêchés dans l’île par la Banque pour analyser les implantations possibles. La dernière grave prédation de corsaire à Porto-Vecchio datait de 1561.

Bateaux de l'Ufficio

On longea les cotes Ligure puis Toscane jusqu’à Piombino où le bateau évita de justesse le naufrage. Puis après des réparations de fortune on quitta l’île d’Elbe vers Bastia pour descendre vers le sud de l’île avec femmes et enfants. L’eau avait pénétré dans le navire et Massa constataient dans un courrier que « tous les vivres embarqués ne valent plus rien ». Tommaso Carbone gouverneur génois de la Corse crie au miracle pour de si faibles pertes et rapporte de son côté « Dans un si long voyage, avec tant de gens, il avait seulement disparu un petit garçon ». (A.S.G., Corsica, Litterarum, n.g. 517, lettre du 15 décembre 1578.). Parti de Vintimille, passé le 31 octobre 1578 à Gênes le bateau arriva le 27 novembre 1578 à Porto Vecchio, le voyage avait duré un mois au lieu de quelques jours. Faute de permission d’appareiller le bateau affronta les tempêtes d’hiver de la Méditerranée.

Porto Vecchio

Golfe de santa Giulia, plage de Palumbagia et golfe de Portjhi Vecchiu; au pied de la montagne, la vallée de Muratellu

DSCN3007

IMG00428-20100815-1703

Golf de Portjhi Vecchiu vu de la montagne

Je viens personnellement de Muratello depuis des générations.

Murateddu

Muratello

Les souffrances des marranes ont engendré des délires fous. C’est l’époque des faux messies Salomon Molko et David Reubeni dans les villes d’Italie. Colomb part en cette années 1492 découvrir la nouvelle Espagne. Les marrnes guettent le signe de leur délivrance, Leur imagination transfigure leurs souffrances insupportables en Hevlé Mashiah, les douleurs d’enfantement du messie. On lit beaucoup les prophéties d’Isaïe qui annoncent la venue du Messie dans la Jérusalem (Is 60): « Qui sont ceux-ci, qui volent comme une nuée, comme des colombes vers leurs colombiers ? Ce sont les îles qui attendent mon signal, et d’abord les vaisseaux de Tarchich, pour ramener de loin tes fils! Ils ont avec eux leur argent et leur or, en l’honneur de l’Eternel, ton Dieu, et du Saint d’Israël qui te glorifie. Et les fils de l’étranger bâtiront tes murailles, et leurs rois te serviront; car si je t’ai frappé dans ma colère, dans ma bonté je prends pitié de toi…. Et ils viendront à toi, tête, basse, les fils de tes persécuteurs, et tous tes insulteurs se prosterneront jusqu’à la plante de tes pieds; ils t’appelleront Cité de l’Eternel, la Sion du Saint d’Israël… Ton soleil n’aura jamais de coucher, ta lune jamais d’éclipse; car l’Eternel sera pour toi une lumière inextinguible, et c’en sera fini de tes jours de deuil.Ton soleil n’aura jamais de coucher, ta lune jamais d’éclipse; car l’Eternel sera pour toi une lumière inextinguible, et c’en sera fini de tes jours de deuil. ». La Nouvelle Espagne, le Nouveau MOnde de Colomb ou la Nouvelle Vintimille procèdent de ce réveil de la prophétie marrane. La Nouvelle Vintimille, une ruine à reconstruire sur une Ile au pied d’une montagne avait très probablement des accents de Nouvelle Jérusalem pour ces marranes, un rêve de rédemption venu des îles lointaines.  L’homme de la Renaissance, comme Colomb vit à la fois à l’heure de la Bible médiévale et de la boussole moderne.

Mais la surprise fut rude. Les nouveaux occupants de Porto-Vecchio trouvent une place forte ruinée et doivent tout reconstruire en vivant dans des abris de fortune. Les enfants meurent de faim. Le gouverneur de Bonifacio ne lève pas le petit doigt pour aider cette foule de miséreux. Après l’hiver arriva le paludisme venu des marais des baies et du golfe de Porto Vecchio qui décima les plus faibles.

DSCN3013

Les marais de Saint Cyprien et la montagne : l’uomu di cagna

La fondation qui n’était pas la première tentative de Gênes fut un fiasco et les marranes sans le sou, qui s’appelaient Giacomo au départ et Giacobo six mois plus tard se fondirent dans la population autochtone. Le 21 avril 1579 Giovanni Maruffo nouveau gouverneur de l’île interdit toute immigration à partir de la riviera italienne car la peste s’est déclarée en Lombardie et pouvait se répandre dans l’île.(A.S.G., Corsica, Litterarum, n.g. 518).

Certains noms de famille de la liste des descendants de l’expédition figurent dans les annuaires de l’île : Abbo, Bono, Crespi, Guglielmi, Lamberti, Lorenzi, Orengo, Sasso… L’histoire des juifs de corse est une (longue) histoire.Celle des Giacobbi (Jacob), Zucharelli (Zacharie), Simeoni (Siméon)… dont les noms peuplent la mémoire.

Liste de Jacob

La « Liste de Jacob » (voir mon dernier livre)
Elenco dei capifamiglia che si apprestano a partire per la Corsica (19-24 agosto 1578). (A.S.G., Corsica, n.g. 7; cfr. Tabella 1, prima colonna).

A Amsterdam, à Venise, les marranes ces foules de baptisés juifs qui en quelques générations ne savaient plus rien du judaïsme furent ramenés sous les ailes de la Shekhina par des rabbins comme Mennassé Ben Israël. Isaac Cardoso, l’ami de Lope de Vega, juif en secret qui fuit la cour d’Espagne pour s’installer dans le Ghetto de Venise où il redevient juif du jour au lendemain décrit leur détresse dans un traité moral vénitien de 1560 :

« Chacun interroge son voisin, chacune interroge sa voisine, mais ces préceptes sont enseignés par des hommes et de femmes qui n’en savent pas beaucoup plus qu’eux. […] Il faudrait qu’ils pressent de questions chaque savant de cette ville, car tel est le devoir de tout Juif. Quiconque peut enseigner, encourager, et ne le fait pas, quiconque voit, entend et reste chez lui, mérite le plus sévère des châtiments » (Yosef Haïm Yerushalmi, De la Cour d’Espagne au ghetto italien- Issac Cardoso et le marranisme au XVIIè siècle, Fayard, 1987, pg. 184).

Les marranes famélique convertis à Gênes à l’arrivée du bateau contre un tranche de pain pour leur enfant et repartis vers la Ccorse n’eurent pas la chance d’y trouver des rabbins. Ils se fondirent dans la population de l’Ile. Pour nous juifs, ces conversions ne valent rien. Un juif reste juif pour l’éternité. Et D-ieu,Lui, n’oublie pas. Que D.ieu bénisse mon île.

NB : Dans mon livre Des Noces éternelles, un moine à la synagogue, je raconte l’histoire des juifs de Corse.

‘Hallot, Le pain de l’âme : Shabbat Shalom !


RECETTE DE LA HALA
Ingrédients :

– 500 g de farine
– 2 sachets de levure boulangère
– 1 oeuf + 1 jaune pour dorure (à la fin)
– 1 pincée de sel
– 3 cuillères à soupe de sucre
– eau jusqu’à obtention d’une pâte facile à travailler
– graines de sésame ou de pavot

Réalisation

  1. Mélanger farine, oeuf, sucre, sel, levure et eau petit à petit.
  2. Pétrir la pâte pendant 10 minutes jusqu’à ce qu’elle devienne lisse (ne pas hésiter à rajouter de l’eau ou de la farine si besoin).
  3. Laisser reposer 10 à 15 minutes.
  4. Faire 3 boules. Les travailler une à une et les faire rouler sous les mains en forme de baguette.Les assembler ensuite et former une tresse.
  5. Lorsque la tresse est faite, faire la dorure (jaune d’oeuf + un peu d’eau). Pour finir, étaler la dorure sur le pain à l’aide d’un pinceau à pâtisserie. Rajouter ensuite sur la dorure les graines de sésame ou de pavot.
  6. Enfourner à 180°C (thermostat 6) pendant 20 minutes.Piquer à l’aide d’un couteau pour savoir si c’est cuit.

Sens

En nous arrêtant de travailler et en sanctifiant le pain du Shabbat nous rapportons à D. toute la récolte c’est-à-dire tout le travail de notre semaine, notre gagne-pain. D. a créé la semence mais nous sommes capables de récolter et faire de la farine puis de pétrir et cuire du pain, aliment premier de notre subsistance. Ce pain est pour nous la nourriture de l’âme : Shabbat vayinafash, le septième il s’arrêta ou plutôt il nous rend notre âme (néfésh), nous sommes enfin nous-mêmes, libres ! Shabbat Shalom !

Maïmonide commente :

Quel est ce « délice (oneg) de Shabbat » ? Cela fait référence à l’affirmation de nos Sages disant qu’une personne devra spécialement cuisiner des mets délicieux et des boissons spécifiques pour Shabbat, selon ses moyens. Plus une personne dépense de l’argent pour Shabbat et cuisine de bons plats en son honneur, plus elle est digne d’éloges.

Un homme a l’obligation de manger trois repas le Shabbat, un le soir, un le matin et un l’après-midi [à partir de midi]. Il faudra s’assurer de ne pas manger moins de trois repas. Même un pauvre nourrit par la charité devra manger trois repas. Moïse Maïmonide, Hil’hot Shabbat 30, 7.9

Les trois repas de Chabbat comportent tous du pain sur lequel on récite la bénédiction.

ברוך אתה ה’ א‑לוהינו מלך העולם המוציא לחם מן הארץ‏

Baroukh ata Adonaï, Elohènou, melekh ha‑olam, hamotzi lèkhem min ha-aretz
« Béni sois-Tu, Seigneur, notre Dieu, Roi de l’univers,
Qui fais sortir le pain de la terre. »

Ce pain s’appelle « ‘halla », on en dispose deux tresses à chaque repas. Les ‘hallot représentent la manne qui nourrissait miraculeusement le peuple juif dans le désert du Sinaï pendant quarante ans. En semaine, chaque personne recevait seulement une portion de manne, mais le vendredi, la mesure était doublée : une mesure pour le jour-même et une autre pour Shabbat. (Ex 16, 22-23, 25-26). On protège les ‘hallot dans un tissu qui symbolise la rosée entourant la manne.

la ‘halla est la partie du pain que l’on ne mange pas, la dîme prélevée de la pâte que l’on donnait aux Cohanim (prêtres) comme offrande réservée pour eux à l’époque du Temple. En l’absence du Temple à Jérusalem, nous ne donnons pas la ‘halla à un Cohen, mais nous la brûlons sur le gaz ou dans le four.

D.ieu parla à Moïse en disant : « Lorsque vous arriverez dans le pays où je vous conduis et que vous mangerez du pain du pays, vous en prélèverez une part pour D.ieu. Des prémices de votre pate, vous prélèverez un morceau comme une offrande. Vous prélèverez de la même manière que pour le tribut de la grange. Des prémices de votre pate vous donnerez un tribut à D.ieu dans toutes vos générations. » (Nb 15, 17-21)

Moïse dit: « Voici ce qu’a ordonné le Seigneur: ‘Qu’un ômer plein de cette manne reste en dépôt pour vos générations, afin qu’elles connaissent le pain dont je vous ai nourris dans le désert, lorsque je vous ai fait sortir du pays d’Égypte.’  » (Ex 16, 32)

Rachi commente :

A l’époque de Yirmeya (Jérémie = « celui que l’éternel a désigné « ), lorsque celui-ci adressait aux gens des reproches en leurs disant : « Pourquoi n’étudiez-vous par la Torah ? », ils lui répondaient : « Devrions-nous cesser de travailler pour étudier la Torah ? De quoi vivrions-nous ? ». Il leur exhibait alors le flacon de manne et leur disait : « O génération ! Voyez la parole de Hachem ! » (Jr 2, 31). Il ne disait pas : « Ecoutez ! », mais : « Voyez ! » Voici ce dont se sont nourris vos ancêtres ! Hachem dispose de nombreux messagers pour préparer la nourriture de ceux qui Le craignent (Mekhilta).

Le message de la manne c’est que c’est D.ieu qui nous donne notre pain, nous sommes de simples gérants de passage. Shalom babayit !

Sur le Shabbat une émission de Gérard Haddad et Didier Long sur France Culture à propos de « Tu sanctifieras le jour du repos »

Voir aussi : Les pains de proposition du Temple et le Shabbat

TODA !


20150512_214013

Merci à Danièle, Eliane et toute la section Jaffa Néguev de Wizo pour leur chaleureux accueil hier soir. Merci à la communauté et au Centre Hillel de La Varenne St Hilaire et à Michel Dluto, son président (photo).

« Que le désert et le sol brûlé se réjouissent! Que la plaine aride exulte et fleurisse comme la rosé ! Qu’ils se couvrent de fleurs, que leur joie délirante se traduise par des chants, que la gloire du Liban leur soit prêtée, l’éclat du Carmel et du Saron! Ils vont voir la gloire de l’Eternel, la splendeur de notre D.ieu…

Ils reviendront les rachetés de l’Eternel. Ils rentreront dans Sion en chantant; une joie éternelle illuminera leur visage ! Ils auront retrouvé la joie et l’allégresse, peines et soupirs s’enfuiront ! » (Is 35)

20150512_213817 20150512_213839 20150512_213923

Toda la’el ! Toda Raba !!!

תודה

תודה על כל מה שבראת
תודה על מה שלי נתת
על אור עיניים
חבר או שניים
על מה שיש לי בעולם
על שיר קולח
ולב סולח
שבזכותם אני קיים

תודה על כל מה שבראת
תודה על מה שלי נתת
על צחוק של ילד
ושמי התכלת
על אדמה ובית חם
פינה לשבת
אישה אוהבת
שבזכותם אני קיים

תודה על כל מה שבראת
תודה על מה שלי נתת
על יום של אושר
תמימות ויושר
על יום עצוב שנעלם
תשואות אלפיים
וכפיים
שבזכותם אני קיים.

Merci

Merci pour tout ce que tu as créé, 
Merci pour ce que tu m’as donné.

Pour la vue,
Un ami ou deux,
Pour ce que j’ai dans le monde,
Pour un chant qui coule,
Et un cœur qui pardonne
Car grâce à eux, j’existe.

Merci pour tout ce que tu as créé, 
Merci pour ce que tu m’as donné.

Pour le rire d’un enfant
Et le ciel d’azur,
Pour la terre – et une maison chaleureuse,
Un endroit où s’asseoir,
Une femme amoureuse,
Car grâce à eux, j’existe.

Merci pour tout ce que tu as créé, 
Merci pour ce que tu m’as donné.

Pour un jour de bonheur,
L’innocence et l’honnêteté,
Pour un jour triste qui disparaît,
Deux mille acclamations
Et des mains qui applaudissent,
Car grâce à eux, j’existe.

Toda

Toda al kol ma shebarata, 
Toda al ma sheli natata.

Al or einayim,
Chaver oh shnayim,
Al ma sheyesh li ba’olam.
Al shir kolei’ach
Velev solei’ach
Shebizchutam ani kayam.

Toda al kol ma shebarata, 
Toda al ma sheli natata.

Al tzchok shel yeled
Ushmei hat’chelet
Al adama – uvayit cham.
Pina lashevet
Isha ohevet
Shebizchutam ani kayam.

Toda al kol ma shebarata, 
Toda al ma sheli natata.

Al yom shel osher,
T’mimut veyosher,
Al yom atzuv shene’elam.
Tshu’ot – alpayim,
V’chapayim,
Shebizchutam ani kayam.

Catégories:Non classé

Billet d’Antoine Spire sur Judaïques FM : « Des noces éternelles, un moine à la Synagogue »


Catégories:Non classé
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 365 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :