Lekha dodi – לכה דודי « Viens, mon bien-aimé, au-devant de la fiancée »


Nous sortons d’un chabbat Hattan magnifique. On a chanté, on a dansé, on a mangé, on a prié tous ensemble sans se quitter  : la sanctification du temps… « Il est bon il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être Un » dit le psaume, et ce chant tel que nous le chantons dans la tradition sépharade ne me quitte plus malgré la Havdala. Il a été écrit par Chlomo Halévi Alkabets à Safed au 16 ème siècle, sur une mélodie arabo-andalouse. (interprété par Alain Chekroun et Kamel Labbaci).

Parfois il y a dans la vie de ces instants magiques ou chaque mot existe en vérité et prend tout son sens.

 

Traduction française Translittération Hébreu
Refrain:
1 Viens, mon bien-aimé, au-devant de la fiancée, Lekhah dodi likrat kallah לכה דודי לקראת כלה
2 Allons accueillir le Shabbat.. penei Shabbat nekabelah פני שבת נקבלה
1er couplet:
3 « Observe » et « souviens-toi » : c’est en une seule parole, Shamor ve-zachor be-dibur ekhad שמור וזכור בדבור אחד
4 [que] le Dieu Un et Unique nous fit entendre hishmianu E-l hameyukhad השמיענו אל המיחד
5 L’Éternel est Un et son Nom est Un, Ashem ekhad ushemo ekhad יי אחד ושמו אחד
6 A Lui Honneur, Gloire, Louange!. Le-Sheim ul-tiferet ve-li-t’hilah לשם ולתפארת ולתהלה
2ème couplet:
7 A la rencontre de Shabbath empressons-nous, Likrat Shabbat lekhu ve-nelekhah לקראת שבת לכו ונלכה
8 Car il est la source de toute bénédiction. kee hee mekor haberakhah כי היא מקור הברכה
9 Consacré dès les temps les plus lointains, merosh mikedem nesukhah מראש מקדם נסוכה
10 Clôt la Création, mais pensé dès l’origine [par le Créateur]. sof ma’aseh be-machashavah tehilah סוף מעשה במחשבה תחלה
3ème couplet:
11 Sanctuaire du Roi, Ville royale, Mikdash melekh ir melukhah מקדש מלך עיר מלוכה
12 Debout, relève-toi de tes ruines ! Kumi tze’i mitokh ha-hafeikhah קומי צאי מתוך ההפכה
13 Trop longtemps tu es demeurée dans la vallée des pleurs. Rav lakh shevet be-eimek habakha רב לך שבת בעמק בעמק הבכא
14 Mais voici que Lui éprouve pour toi de la compassion. ve-hu yachamol alayich chemlah והוא יחמול עליך חמלה
4ème couplet:
15 Secoue la poussière, relève-toi ! Hitna’ari me-afar kumi התנערי מעפר קומי
16 Revêts, Mon peuple, les vêtements de ta splendeur ! Liv-shi bigdei tifartekh ami לבשי בגדי תפארתך עמי
17 Par le fils de Jessé, de Bethléhem, Al yad ben Yishai beit ha-lakhmi על יד בן ישי בית הלחמי
18 Mon âme voit s’approcher d’elle le salut. Korvah el nafshi ge-alah קרבה אל נפשי גאלה
5ème couplet:
19 Réveille-toi, réveille-toi ! Hitoreri hitoreri התעוררי התעוררי
20 Car ta lumière est venue ! Lève-toi, resplendis ! Ki va oreikh kumi ori כי בא אורך קומי אורי
21 Dresse-toi, dresse-toi, entonne un cantique ! Uri uri shir dabeiri עורי עורי שיר דברי
22 Car la gloire de l’Éternel resplendit sur toi. Kevod Ado-nai alayikh niglah כבוד יי עליך נגלה
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Catégories:Rites du judaïsme

Judéophobie… comment la France revient tranquillement au Moyen Age


Il est très intéressant de parfois regarder les vieux grimoires médiévaux car ils nous en disent long sur la mémoire malade de l’Europe. L’histoire est souvent maîtresse d’enseignements et il est bon de la regarder en face pour qu’elle ne bégaie pas.

Folies médiévales

Voici une image extraite d’un manuel de didactique médiévale. Cette représentation de l’Enfer est composée de scénettes. Des diablotins brûlent des couples adultèrins, l’un d’eux coule de l’or dans la bouche d’un usurier en bas, des chevaliers mijotent dans une marmite, des sorcières brûlent…

Jardin des délices

Le but était d’apprendre au lecteur à mémoriser par l’image et par étapes des contenus de méditation. C’est à cette époque que se fixe la ponctuation, le punctum, le point qui permet de scinder le sens d’un texte. Ce manuel s’adressait à des gens cloîtrés mais aussi à des clercs en vue de composer des sermons. 

Cette technique vient de la rhétorique romaine et des « lieux de discours » (in Rhétorique à Herrenius), que le Moyen-Age a actualisé par la pratique monastique des livres copiés et enluminés : l’image scinde le texte et constitue des étapes pour la médiation,  une machina memorialis, dans ce cas un dispositif (au sens que Foucault donne à ce mot, un ensemble de pratiques hétérogènes) de montage (les émotions se succèdent avec un découpage strict) qui « laboure les âmes » (au sens qu’Eisenstein donne au montage). Dante utils ise le même procédé mnémotechnique de scénettes dans sa Divine comédie encore 4 siècles plus tard. Avec les conséquences que l’on sait : la comédie s’est transformée en cauchemar.

(voir ici un très bon article sur cette pratique de la mémoire médiévale)

Et une scène étrange apparait au détour de la page :Jardin des délices détail

Qui sont ces types en chapeaux pointus ? … mais oui, mais oui ! vous les avez reconnus ! ce sont des juifs. En effet,La pileus cornutus (calotte à cornes en latin), était un chapeau pointu en forme de cône, blanc ou jaune, on l’avait infligé aux juifs dans l’Europe médiévale pour les reconnaître et en Italie à partir du XIIe siècle. Et pour celui qui ne comprends pas c’est marqué « Judes ». Des juifs, ces gens dont 22% des proches du front national d’aujourd’hui n’aimeraient pas être les voisins ». (C’est ici dans ce rapport)

On habituait donc les populations à haïr les juifs et on acclimatait profondément dans les mémoires l’idée que les passer à la casserole, était le travail quotidien des démons- et donc pourquoi pas des hommes ? Ce qui prouve qu’au XIIème siècle, si les juifs ne croient pas à l’enfer, les chrétiens y croient pour eux et y placent volontiers les juifs (rhétoriquement, imaginairement, et mémoriellement) .

L’Hortis déliciarum, Le jardin des délices, a été réalisé réalisée entre 1159 et 1175. Il est dédicacé à la mère abbesse Herrad de Hohenbourg et ses moniales au couvent de Hohenbourg (mont Sainte-Odile) en Alsace.

Et, allez savoir pourquoi ? C’est justement en Alsace que débute le massacre de la Saint Valentin en 1349. Les massacres de juifs étaient suffisamment fréquents dans le Saint-Empire pour laisser en paix la conscience publique. Le massacre des juifs de Strasbourg débuta sur des accusations : les juifs avaient (forcément !) déclenché la peste,

Les chroniques de Clossner et de Kœnigshoffen rapportent le témoignage d’un compagnon tanneur qui assista au massacre :

« Dès l’aube, un vacarme indescriptible remplissait les rues de Strasbourg : c’était le bruit des troupes en marche, avançant au rythme de chants sauvages, accompagnés des cris de femmes déchaînées. Lorsqu’elle eut brisé les barrières qui fermaient l’entrée du quartier juif, la foule se précipita dans le ghetto. Hommes et femmes, enfants et vieillards furent égorgés sans pitié. Dans les maisons incendiées, des familles entières disparurent sans laisser trace. »

Comme le prétexte du massacre résidait dans la prétendue responsabilité des juifs dans la propagation de la peste noire, un chef de famille juif s’écria : « Mais nos propres enfants aussi sont frappés par la peste ». A quoi le gros Herrmann, le boucher de la Pfalz, répliqua : « Quand on a tué le fils de Dieu, on peut bien empoisonner un de ses enfants à soi, pour faire croire à son innocence : tout le monde sait combien les Juifs sont rusés ».

 

La leçon des livres : les juifs au bûcher avait donc été mâchée, ruminée et bien retenue.

L’Europe va-t-elle replonger dans cet enfer ?

 

… et en France aujourd’hui

On apprend des tas de choses intéressantes dans cette très bonne étude réalisée dans notre bon Royaume de France par la Fondation pour l’innovation Politique, en ces derniers mois (C’est ici )

« Seulement 16% des personnes interrogées se disent d’accord avec l’affirmation selon laquelle en France, « il y a plus de problèmes d’antisémitisme que de problèmes de racisme ». 59% des personnes interrogées disent ne pas être d’accord, allant ainsi contre l’évidence des données sur les agressions antisémites. En France, les actes antisémites représentent 50% de tous les actes racistes tandis que la communauté juive représente moins de 1% de la population nationale. Il faut donc noter que, du point de vue du public, les agressions antisémites ne suscitent pas l’écho que l’on pourrait attendre compte tenu de la gravité et de la nature des faits. »

Une proportion significative des répondants dit partager certaines opinions exprimées par Dieudonné dont celle selon laquelle « il existe un complot sioniste à l’échelle mondiale » (16%)… Si les répondants ne se trompent pas sur les causes de l’interdiction de ces spectacles, un cinquième (21%) l’attribue à « l’influence de la communauté juive ». 39% des répondants proches du FN et 42% de
ceux qui déclarent avoir voté pour Marine Le Pen en 2012 attribue l’interdiction des spectacles de Dieudonné à « l’influence de la communauté juive ». 

L’affaire Dieudonné souligne ou a suscité un important clivage d’opinion entre les Musulmans et le reste de la société. Ainsi, la majorité des Musulmans interrogés (53%) n’estime « pas justifiée » l’interdiction du spectacle, contre une moyenne de 26%… Les Musulmans déclarent partager les opinions de Dieudonné dans des proportions très supérieures à la moyenne. Ainsi, « il existe un complot sioniste à l’échelle mondiale » pour 44% des Musulmans interrogés, contre 16% en moyenne. La proportion des Musulmans interrogés qui
croit à l’existence d’un complot sioniste est de 30% chez ceux qui déclarent une « origine Musulmane », de 42% chez les « Musulmans croyants » et de 56% chez les «Musulmans croyants et pratiquants ».

De toutes les catégories de répondants, ce sont les proches du Front national (39%) et les électeurs de Marine Le Pen (37%) qui estiment le plus que « un Français Juif n’est pas aussi Français qu’un autre Français », contre 16% en moyenne. Une proportion très importante (22%) des proches du FN dit vouloir éviter « un voisin juif »

Les préjugés contre les Juifs sont plus répandus au sein de la mouvance du Front de gauche que dans l’ensemble de la société française mais ils sont moins répandus que dans la mouvance du Front national.

La France apparaît comme une société multiculturelle en proie à des tensions internes et à des sentiments qui pourraient traduire la montée de logiques communautaristes. Ainsi, il est frappant de noter qu’entre un tiers et la moitié des répondants estiment qu’il y a « beaucoup de » racisme anti-musulman (56%), de racisme anti-juif (36%), de racisme anti-noir (35%) et de racisme anti-blanc (33%).

Etc… etc…Lisez )

Non vous ne rêvez pas on est bien en France non pas en 1014 mais en 2014.

La question de l’antisémitisme, de la judéophobie et du racisme se posent à nouveau dans les démocraties, en Europe et en France. Il est triste de constater qu’il n’y a là, à proprement parler, rien de vraiment nouveau… on est seulement revenus… au Moyen Age. Dont il ne nous reste plus que les livres… et pas de sondages.

Catégories:Antisémitisme

Prière

18 novembre 2014 2 commentaires

Aujourd’hui comme on est triste après ce qui est arrivé ce matin à la synagogue de Har Nof,
on chante le psaume 121 (ici chanté par Alain Chekroun) et on réalise un acte de  bonté  :

א  שִׁיר לַמַּעֲלוֹת:

אֶשָּׂא עֵינַי אֶל הֶהָרִים מֵאַיִן יָבֹא עֶזְרִי.

1 Cantique des degrés. Je lève les yeux vers les montagnes, pour voir d’où me viendra le secours.

ב  עֶזְרִי מֵעִם יְהוָה עֹשֵׂה שָׁמַיִם וָאָרֶץ.

2 Mon secours vient de l’Eternel, qui a fait le ciel et la terre.

ג  אַל יִתֵּן לַמּוֹט רַגְלֶךָ אַל-יָנוּם שֹׁמְרֶךָ.

3 Il ne permettra pas que ton pied chancelle, celui qui te garde ne s’endormira pas.

ד  הִנֵּה לֹא יָנוּם וְלֹא יִישָׁן שׁוֹמֵר יִשְׂרָאֵל.

4 Non certes, il ne s’endort ni ne sommeille, celui qui est le gardien d’Israël.

ה  יְהוָה שֹׁמְרֶךָ יְהוָה צִלְּךָ עַל יַד יְמִינֶךָ.

5 C’est l’Eternel qui te garde, l’Eternel qui est à ta droite comme ton ombre tutélaire.

ו  יוֹמָם הַשֶּׁמֶשׁ לֹא יַכֶּכָּה וְיָרֵחַ בַּלָּיְלָה.

6 De jour le soleil ne t’atteindra pas, ni la lune pendant la nuit.

ז  יְהוָה יִשְׁמָרְךָ מִכָּל רָע יִשְׁמֹר אֶת-נַפְשֶׁךָ.

7 Que l’Eternel te préserve de tout mal, qu’il protège ta vie!

ח  יְהוָה יִשְׁמָר צֵאתְךָ וּבוֹאֶךָ מֵעַתָּה וְעַד עוֹלָם

8 Que le Seigneur protège tes allées et venues, désormais et durant l’éternité!
Essa einai el heharim, meayin yavo ezri – ezri me’im Adonai oseh shamayim va’aretz.
Al yiten lamot raglecha, al yanum shomrecha
Hineh lo yanum v’lo yishan shomer yisrael.
Adonai shomrecha, Adonai tzilecha, al yad yeminecha.
Yomam hashemesh lo yakeka, vayareich baleilah
Adonai yishmarcha mikol ra, yishmor et nafshecha.
Adonai yishmor tzietcha uvoecha meiata vead olam.

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Catégories:spiritualité

‘Hayé Sarah, le mariage juif


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Mariage de David et Gaëlle ce dimanche à la synagogue des Tournelles 

GN 24 10 Le serviteur [d'Abraham] prit dix chameaux parmi les chameaux de son maître et partit ; avec en sa main tous les biens de son maître ; il se leva et rendit à Aram Naaraïm, à la ville de Na’hor. 11 Il fit s’agenouiller les chameaux hors de la ville, devant un puits d’eau, vers le soir, au moment de la sortie de celles qui vont puiser. 12 Il dit : « Éternel Dieu de mon maître Abraham, sois-moi propice aujourd’hui et agis favorablement envers mon maître Abraham. 13 Voici que je me tiens à côté de la source d’eau et que les filles des gens de la ville sortent puiser de l’eau. 14 Puisse la jeune fille à qui je dirai : “Penche, je t’en prie ta cruche que je puisse boire” et qui me dira : “Bois et j’abreuverai aussi tes chameaux” être celle que Tu auras désignée à Ton serviteur, à Isaac ; et puissé-je savoir par elle que Tu as agi avec bonté envers mon maître. »

15 Il arriva, avant qu’il eût fini de parler, que soudain Rébecca sortît — celle qui était née à Bethouel, fils de Milcah, épouse de Na’hor, frère d’Abraham — avec sa cruche sur son épaule. 16 Et la jeune fille était extrêmement belle à voir — c’était une vierge qu’aucun homme n’avait connue. Elle descendit à la source, remplit sa cruche et remonta. 17 Le serviteur courut à sa rencontre et lui dit : « Laisse-moi boire, je te prie, un peu d’eau de ta cruche. » 18 elle dit : « Bois mon seigneur » et elle s’empressa de baisser sa cruche jusqu’à sa main et lui donna à boire. Lire la suite…

‘Hayé Sarah : « la vie de Sarah »


Le commentaire de la Paracha de ce jour par le Rav Harboun, de mémoire,  j’ai gardé les commentaires de l’assemblée.

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Rembrandt, La fiancée juive (probablement Rebecca et Eliézer),
Amsterdam, Rijksmuseum, photo Didier Long

 » Notre Paracha est titrée ‘Hayé Sarah, « la vie de Sarah » ou plutôt « les vies » car en hébreu la vie est toujours au pluriel, une plénitude de vie. Et très curieusement ce que nous raconte cette péricope, ce n’est pas la vie de Sarah mais sa mort et pas seulement la sienne mais aussi à la fin de la paracha on apprend la mort d’Abraham.

Qu’est-ce qu’une vie réussie ?

Ce que nous enseigne d’abord la Torah ici c’est le rapport intime qui est noué entre la mort et la vie dans le judaïsme. Le judaïsme est art de vivre dans le temps, d’accepter le temps.

Qu’est-ce qu’une vie (haïm) juive ? Dès le début la Torah nous dit Vayéiou ‘Hayé Sarah : « Et les jours de Sarah furent » puis « cent ans, vingt ans et sept ans (127 ans), Shanei ‘Hayé Sarah : « c’était les années de la vie Sarah ». Les jours de la vie de Sarah sont des années et non l’inverse (le mot shana est répété quatre fois parce qu’en vieillissant on peut devenir dur d’oreille !). Pourquoi ? Parceque chacun de ces jours est une plénitude de vie. Et la Torah dit de la même manière plus loin à propos d’Abraham qui arrive à la fin de sa vie: veélé iomeï sheneï haïé avraham asher ‘hai, « Et ceux-ci sont les jours des années de la vie d’Abraham ».

Par contre la Torah qui ne parle jamais pour ne rien dire, nous dit : Shené ‘hayé Ishmaël : « Et ce sont les années de la vie d’Ishmaël ». En clair : on compte la vie d’Ismaël en années par contre celle de Sarah ou Abraham se compte en jours.

Une vie juive c’est une vie qui maîtrise le temps pour lui imprimer sa plénitude et non pas l’inverse : une vie qui « passe le temps », qui est maîtrisée par le temps. Par les bénédictions et les misvoth je prends conscience du temps, je donne à chaque instant et à chaque jour sa plénitude. Le juif c’est celui qui choisit volontairement de prendre attention au temps et non pas de le subir, la vie n’est pas un passe-temps une réalité dont nous devrions nous distraire mais un espace de liberté, de décision pour ou contre Dieu et sa Torah. Ainsi je deviens acteur et non plus spectateur de ma propre vie, ce n’est plus le temps qui a prise sur moi mais moi qui m’approprie ma liberté. Il y a deux manières de vivre: en idolâtre, c’est à dire celui qui est fasciné par l’idole, le spectacle miroitant, qui passe son temps à rêver dans le monde des idées; où alors en s’investissant de manièer consciente dans ce monde devant D.ieu. La vie juive est donc une vie consciente, volontaire et libre qui assume le temps au lieu de le subir.

Choisir entre l’idolâtrie et la perversion

On assiste ensuite à un véritable conte qui nous rapporte comment Abraham avancé en âge envoie son serviteur Eliezer pour trouver une femme à Isaac. Mais c’est là qu’on est très étonné. Car il fait jurer à son serviteur par le D.ieu du ciel et de la terre de na pas prendre une femme en Canaan. Eliézer doit donc se rendre dans la maison de son père, ce pays d’où il est sorti. Abraham c’est un monsieur qui est toujours la tête dans les étoiles, dans les cieux, il a tout quitté pour D.ieu dont il est le premier croyant. Comment cet homme-là peut-il envoyer son plus haut serviteur, vers ce qu’il a définitivement abandonné ? chez des idolâtres ! Chez Laban !

On sait par Rachi (dans son commentaire de Vayichlah) qui est Laban, le frère de Rebecca, fils de Bethouel. Lorsque Jacob va rencontrer Esaü il dit : « Ainsi parle ton serviteur Jacob, avec Laban j’ai séjourné (garti) » (Gn 32, 5) … et Rachi explique que les lettres du mot GaRTI on la valeur numérique de 613. « c’est-à-dire, avec Laban j’ai séjourné, mais j’ai gardé les 613 commandements et je n’ai pas appris de ses mauvaises actions ». Envoyer son serviteur chercher une fille de Laban pour Isaac c’est choisir pour lui une fille d’idolâtre.

Qui étaient les cananéens de leur côté ? Des gens qui offraient leurs filles aux dieux baal et Moloch. Des menteurs, des voleurs, des assassins à jet continu du matin au soir. S’il ne pleuvait pas on tuait une malheureuse enfant pour satisfaire de soi-disant dieux.

De deux maux, entre les pervers et les idolâtres, entre le cananéen et l’araméen, Abraham choisit donc le moindre !

Car l’idolâtrie se situe simplement au niveau de la raison, on peut revenir de l’idolâtrie par un raisonnement, en comprenant. Par contre, le pervers, c’est quelqu’un dont la conduite est ancrée dans une pratique régulière depuis très longtemps et qui a donc un très lourd héritage psychique des habitudes parfois impossibles à changer. Abraham choisit donc Laban qui ne corrompra pas son fils ni son petit-fils Jacob.

La générosité de Rebecca

On connaît la suite de l’histoire, Eliézer  le serviteur voit Rebecca qui était « très belle à goût voir, vierge ». L’homme la regarde « avec stupéfaction ». Et Rebecca répond au portrait-robot qu’a dressé Abraham. Masi après tout quoi de surprenant c’est la règle de l’hospitalité du désert de donner à boire à un homme au bord du puits… Alors comment Eliézer reconnait que Rebecca est la jeune fille promise à Isaac ? Car non seulement elle lui donne de l’eau à boire avec sa cruche mais elle répond au portrait-robot dressé par Abraham : « Si elle dit : bois et je ferai aussi boire tes chameaux, c’est elle ! ». Elle est généreuse avec les bêtes. C’est une femme généreuse et c’est cette générosité qui la désigne. par ce geste le serviteur sait  que « par elle je saurai que tu as montré de la bonté (« hesed) envers mon maître » (24, 14)

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Rembrandt, La fiancée juive (probablement Rebecca et Eliézer),
Amsterdam, Rijksmuseum, photo Didier Long

 

Celui qui est bon avec les hommes et les bêtes est un être généreux. D’ailleurs le Shoulan Haroukh commande que si une bête se réfugie chez vous, vous ne pouvez pas la chasser. Vous devez la nourrir. Figurez-vous que c’est ce qui m’est arrivé… un chat s’est réfugié chez moi et je l’ai gardé 15 ans. Vous ne pouvez savoir comment j’ai pleuré comme il est mort !

[Éclats de rire dans l’assistance ! un certain Fabrice M. lance : « C’EST LE CHAT DU RABBIN !!! », et tous se gaussent : « Il portait la kippa ? » ;  un autre : « Le chat avait lu le Shoulan Aroukh ! » ; « De la bonne viande casher » … etc… avant que l’ambiance ne revienne à l’étude,  NdS*].

Vous riez mais c’est ce que prescrit la Torah !

Rachi dit de ces années de la vie de Sarah « Toutes étaient égales pour le bien ». On peut noter que ce qui caractérise Abraham –on l’apprend par la bouche de son serviteur Eliézer–c’est sa générosité, il « avait donné tout ce qu’il avait à Isaac » (Gn 24, 36), et la Torah le répète à la fin de la paracha (25, 5). Ce qui a rempli sa vie, c’est cette générosité, celle de Sarah, qu’il a voulu pour la femme de son fils unique. »

* NDS : Note du Scribe

NB : Je dois dire que j’ai moi-même recueilli un chat qui mange casher, s’arrête de travailler à Shabbat… (photo)… là, Fabrice, j’ai un doute…

Mon chat lisant le Shoulan Haroukh

Mon chat lisant le Shoulan Haroukh

 

Catégories:ALEPH- Derasha du shabbat Mots-clés :

Des Juifs palestiniens et marocains en Corse (1915-1920)


C’est une histoire émouvante que celle des réfugiés juifs Palestiniens et Marocain en Corse au début du siècle dernier. Une amie à Jérusalem, Myriam, qu’elle en soit remerciée, m’a signalé cet article de Florence Berceot « Une escale dans la tempête. Des Juifs palestiniens en Corse (1915-1920) ».

 

A chia a pane e vinu, po invita su vicinu,  
« Celui qui a du pain et du vin peut inviter son voisin. »
(proverbe corse)

Enfants réfugiés juifs à Ajaccio en 1916

Enfants réfugiés juifs à Ajaccio en 1916 (Collection Alliance israélite universelle. Paris)

 

Le 14 décembre 1915, 744 réfugiés « israélites » débarquent d’un bateau de transport militaire français dans le port d’Ajaccio au sud-ouest de la Corse. Ils arrivent de Syrie et de Palestine, provinces de l’Empire ottoman, naguère puissant, désormais à l’agonie.

À l’été 1915, c’est le tour de quelque 700 Juifs originaires d’Algérie et du Maroc qui ont choisi l’exode plutôt que de céder à l’ultimatum des autorités turques de renoncer à leur nationalité et à leur statut de protégé français ou anglais. Après une escale en Crète, les Juifs français ou protégés par la France sont envoyés en Corse. Ils vont y résider pendant cinq ans.

Lire l’article

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La rue du Castagno vue de chez nous qui descend vers la mer

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Rue du Castagno

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Bet Méïr

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La synagogue Bet Meir

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Le Rav Harboun à la Beth Méïr, rue du Castagno (Pessah 2014)

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La rue Napoléon des commerces juifs: tailleurs, chaussures…

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Une tradition corse et du maroc, els clefs qui protègent du « mauvais oeil » (Ocjhu)

Catégories:Marranes, Non classé, spiritualité Mots-clés :

Paracha Vayéra : « Maintenant je sais que tu crains Dieu ! »

9 novembre 2014 3 commentaires

Le commentaire de la Parasha de Vayera (« et il vit ») par le rav Haïm Harboun

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Rembrandt, Le sacrifice d’Isaac

On se rappelle l’épisode. Abraham a une vision lors d’un songe nocturne; D.ieu l’appelle et lui commande : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; Pars (lekh lekha) vers le pays de Moriah, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai ». Isaac est le fils unique d’Abraham qui l’a eu dans sa vieillesse. C’est donc une pure folie. Mais, homme de foi, sur la simple injonction Lekh lekha : « Pars ! » Abraham a déjà quitté sans sourciller son pays, la maison de son père… sur ordre de Dieu. C’est l’homme de la foi parfaite, ce type est une mitsvah à lui tout seul ! Abraham, ce n’est pas n’importe qui c’est le premier homme dont les écritures disent sobrement : « il crut en Dieu »[1]. La Torah commente « Il eut foi en l’Éternel et Il le lui tint pour justice ». Quand on aime on ne compte pas, un peu moins, ou tout c’est à dire égorger son fils, son unique descendant dans sa vieillesse, sans espoir, pour être parfaitement fidèle à Dieu, Abraham fait ce qu’on lui dit…le personnage est cohérent et sans faille dans son obéissance il n’hésite pas un instant. Le profil même du religieux extrémiste.

Ni une ni deux, sans faiblir Abraham se lève de bon matin, selle son âne, appelle deux serviteurs prends du bois et accompagné de son fils Isaac part pour le lieu que Dieu lui indiquera. « Le troisième jour, Abraham, levant les yeux (einaiv va-IaR), aperçut l’endroit dans le lointain.». Abandonnant l’âne et les deux serviteurs à leur triste sort Abraham charge son fils du bois et prend son couteau pour le sacrifier. On connait la suite : au moment d’abattre sa main pour immoler son fil , un ange appelle Abraham du haut du ciel et comme celui-ci est un peu sourd ou parce que le ciel est un peu loin de la terre l’ange est obligé de l’appeler deux fois : « Abraham! . Abraham! ». Rachi toujours magnifique commente : « C’est une expression d’affection puisqu’il l’appelle deux fois par son nom ». Abraham répond : « Me voici. » Et l’ange lui enjoint : « Ne porte pas la main sur ce jeune homme, ne lui fais aucun mal ! car, désormais, j’ai constaté que tu honores Dieu, toi qui ne m’as pas refusé ton fils, ton fils unique ! ». Et Abraham offre un bélier en remplacement de son fils puis nomme ce lieu : Adonaï-Yiré (Dieu voit) ; et la Torah ajoute : « C’est pour cela que l’on dit aujourd’hui : Sur le mont d’Adônaï-Yéraé. ».

Il ne pas oublier qu’au moment où ce vieux texte de bergers nomades est rédigé Israël s’est sédentarisé et la colline du sacrifice est devenue le mont du Temple à Jérusalem où Dieu était censé « voir » les israélites se rendant en pèlerinage au moment des fêtes agraires comme eux levaient les yeux vers lui. Voilà pour l’explication historique d’Abraham qui « voit », de ce « Dieu qui voit » et du titre de la Paracha, Vayera (« et il vit »). Bref.

Je m’étais quand même toujours demandé ce que signifiait ce texte un peu absurde, cette obéissance aveugle aux commandements religieux qui me semblait un peu imbécile et une sorte d’objection de conscience me commandait l’inverse pour mes propres enfants.

Lorsque le Rav Harboun a éclairé notre petite assemblée réunie en ce Shabbat. Voici ce que j’ai retenu de ce qu’il nous a dit, s’il y a des erreurs elles sont de moi :

« Avec cette Paracha nous sommes au cœur de l’actualité. Aujourd’hui les musulmans sont en guerre avec nous pour nous disputer le mont du temple. Aujourd’hui des musulmans égorgent des journalistes innocents, juifs de préférence, en Irak, par amour pour Dieu. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois dans l’histoire, l’Inquisition a tué des millions de juifs là encore pour l’amour de Dieu. L’amour de Dieu est donc un sentiment extrêmement dangereux.  Comment cette folie est-ce possible ? Nous avons la réponse dans la Torah.

L’amour est donc un sentiment dangereux. Car comme tous les sentiments c’est une pulsion qu’on ne maîtrise pas. On peut donc tuer par amour, sans réfléchir. Et tous ces islamistes qui égorgent des innocents par amour de D.ieu ne font que cela.

Alors me direz-vous : IL NE FAUT PAS AIMER ? Et pourtant on dit chaque matin dans le Shema : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur de toute ton âme et de toute ta force » et de transmettre cela à nos fils que nous soyons debout ou couchés, à la maison ou en voyage… Comment faire ?

Abraham est le prototype de ce monsieur qui aime Dieu à la folie et qui est même prêt à égorger son fils pour cela… Mais Abraham N’A RIEN COMPRIS ! Il aime mais il ne craint pas. Il croit sans réfléchir, Et il est donc prêt à commettre un acte absurde par amour. Mais il lui manque la crainte de Dieu. C’est pour cela l’Eternel dit donc à Abraham après ce qui aurait pu tourner au drame : « Maintenant je sais que tu crains Dieu ». Ce qui veut dire qu’il ne le craignait pas encore.

Or, chaque fois que la Torah nous commande d’aimer : « Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir »[2] ou « Vous aimerez l’étranger, vous qui avez été étrangers dans le pays d’Egypte ! » [3], elle ajoute aussitôt : TU CRAINDRAS ! : « Tu craindras l’Eternel ton Dieu (tIRa)»[4]. Sans la crainte l’amour est toujours dangereux. La crainte est un acte rationnel, la crainte c’est la raison. Sans raison, l’amour mène à la destruction.

Qu’est-ce que la crainte (ira) de Dieu ? Pour cela il nous suffit de lire le titre de la Paracha : VaIeRa (« et il vit »). La crainte IRa contient la même racine hébraïque IR que le verbe « voir ». Craindre, c’est être rationnel, c’est entrevoir les conséquences de ses actes ! Et il est bien évident que le Dieu qui était prêt au début de cette Parasha à pardonner les gens de Sodome et Gomorrhe pourvu qu’il reste seulement cinquante juste, puis quarante, puis trente, puis vingt, puis seulement dix (un miniane !) alors qu’Abraham marchande pour sauver leurs vies est un Dieu qui aime la vie. Mais cela Abraham l’a seulement compris sur le mont Moryia ! ». Voilà ce que nous devons faire ! Sois béni ô Eternel, bouclier d’Abraham. »

[1] Livre de la Genèse 15, 6

[2] Livre du Deutéronome 6, 5

[3] Livre du Deutéronome 10, 19

[4] Livre du Deutéronome 10, 20

Catégories:ALEPH- Derasha du shabbat Mots-clés :
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