Paracha de Ree : "La liberté d’obéir" avec Gérard Haddad


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Nahmanide à Gérone


C’est assez drôle après avoir travaillé il y a vingt ans sur la Catalogne romane de retrouver celle-ci, mais coté juif. De passage à Gérone voici quelques réflexions. Gérone

 

 

Les juifs à Gérone

L’histoire des juifs de Gérone commence en 890, l’année où un groupe de juifs en provenance du comté de Besalù, a vendu, au comte Dela, les terres sur lesquelles ils vivaient. Ce comte les installe en échange dans « sa ville de Gérone ». Plus tard en 1160, un document cite pour la première fois le «callis judaicus », habité par les juifs du XIIe siècle jusqu’à la fin du XVe siècle, mais c’est au XIIIe et XIVe siècles que le call connut son âge d’or.

 

Rue juive à Gérone

Dans le centre médiéval de Gérone, juste en dessous de la Cathédrale,
on découvre un entrelacs de petites rues pavées aux ombres sombres le Call Jueu

Géone-quartier juif

Gérone, quartier juif et Musée d’histoire des juifs

Haggadah de Gérone

Haggadah de Gérone, XIVème siècle, Musée d’histoire des juifs

A cette époque-là, le quartier juif abritait deux synagogues, des maisons d’habitation et des bâtiments communautaires ainsi que des abattoirs pour la viande kasher et des « mikvé » (bain rituels) dont on peut voir l’un d’eux au musée d’histoire juif.

 

Besalú Mikvé

Mikvé à Besalù (Catalogne) construit en 1264 à côté de la synagogue (détruite)

Mikvé a Gérone

Mikvé à Gérone utilisé de 1435 jusqu’à l’expulsion de 1492.

Parmi les habitants du call, les familles les plus aisées avaient pour noms Ravaia, Astruc, Benet, Saporta, Saltell, Caravita, Aninai, Sabarra ou encore Falco. Les juifs qui vivaient dans des calls étaient nombreux en Catalogne : 4000 à Barcelone, 800 à Gérone et à Perpignan, 500 à Lleida et 300 à Tortosa.

Lors de son passage à Gérone Benjamain de Tudèle qui visita les communautés juives jusqu’en Inde sans oublier l’Egypte et l’Afrique et qui fut le premier occidental à décrire la Chine avant Marco Polo rapporte vers 1160 :

La ville de Barcelone est à deux journées de là (Tarragone). Elle renferme une sainte réunion d’hommes sages et lettrés, de grands et nombreux chefs, tels que les docteurs Schescheth, Schealthiel et Salomon fils d’Abraham ben Chasdaï, dont le souvenir soit en bénédiction. Barcelone est une ville petite, mais jolie, située sur le bord de la mer. Les négociants y abordent de toutes parts avec leurs marchandises ; de Pise, de Gènes, de la Sicile, de la Grèce, d’Alexandrie en Egypte, de la Palestine, et des pays limitrophes. De Barcelone à Gironne, où se trouve une petite communauté juive, il y a une journée et demie de chemin. Le poète Zerachia le Lévite préside cette communauté.

 

Nahmanide… versus Maïmonide

 

Rue de Nahmanide2

Carrer del Manuel Cundaro à Gérone,
La rue où habitait Nahmanide

Rue de Nahmanide3

Carrer del Manuel Cundaro à Gérone,
La rue où habitait Nahmanide

C’est ici qu’est né en 1194 et a vécu Rabbi Moshé Ben Nahman, Nahmanide, souvent désigné par l’acrostiche Ramban (à ne pas confondre avec le Rambam, Maïmonide), l’une des plus hautes autorités du judaïsme espagnol de son temps Rabbin de Gérone puis chef spirituel de la communauté juive de Catalogne. Il était philosophe, cabaliste, talmudiste, poète, et pratiqua la médecine comme moyen de subsistance, à l’image de Maïmonide ou Juda Halevi et de nombreux juifs de son époque.

A la pensée rationnelle de Maïmonide : il n’y a pas de miracles :ceux-ci, même l’ouverture de la mer à la sortie d’Egypte, ont été créée dans le massé berechit, l’œuvre du commencement, on parle d’ange quand on ne sait pas encore ce que la science découvrira,D. n’intervient pas dans les lois de sa Création le « monde suit son cours » , Nahmanide, son grand adversaire postérieur accepte le « surnaturel »  et propose d’approfondir notre expérience du monde visible : la Torah est remplie de secrets cachés (nistar), qu’il est interdit de révéler, car ils sont justement cachés. A l’homme de d’en découvrir le mystère par l’étude et la vie. Cette conception mystique ouverte engage tout une conception de la Providence en ce monde c’est  à dire de la présence de D. dans l’histoire.

L’ésotérisme de la Kabale et une méthode d’exégèse originale était le corollaire naturel de cette théologie.

Kabbale à Gérone

Amulette de Kabbale, Musée d’histoire des juifs de Gérone, XVIIème siècle :
Au centre, en trois cercles concentriques, on voit une Maguen David, bordée des deux côtés par deux étoiles, deux mains et quatre carrés, tous remplis avec des lettres de l’alphabet hébreu, qui, combinées de manière appropriée, forment des noms des anges, comme Raphael. Dans l’un des carrés a été écrit le Tétragramme divin. En bas est  répétée trois fois la phrase "Ha-Eish shaka ha-Eish" (le feu coule-s’arrête, dans le feu). Cette amulette a été utilisée pour éloigner les mauvais esprits Elle devait ressembler à celles des Juifs de la Gérone médiévale.

Comme le dit Yéshayahou Leibovitz, Nahmanide « vivait dans deux univers incompatibles l’un de l’autre et vivait, de plus, intensément dans chacun de ces deux mondes. D’un côté personne ne connaissait mieux que lui le Guide des égarés [de Maïmonide], mais d’un autre côté, Ramban est en fait le père de la kabale. »

Mais cette théologie avait aussi un enjeu en terme d’interprétation du texte sacré : Il fallait passer du Pshat (sens simple), au Remez (sens allusif), au Drash (sens allégorique), au Sod (sens secret), sans jamais lâcher un niveau en cours de route. Si quelqu’un analyse la totalité de la Bible avec ces 4 niveaux d’interprétation il arrivait au Pardès, au paradis, selon Nahmanide.

Cette conception émanatiste du sens tout comme la réflexion sur les séfirot de la kabbale est en fait à mon sens néo-platonicienne. Elle ne prend pas en compte l’apport conceptuel déterminant que fut la  seconde entrée en occident de la philosophie aristotélicienne via Averroès et Avicenne dont Maïmonide tira toutes les conséquences. Il eut le courage de rendre à ce monde son épaisseur et à la raison son indépendance par rapport à D. D. ne joue pas aux dés, pas plus qu’il n’est dans un « shoot them up » à faire mourir ses fils. On peut et on doit le prier pour sa santé, sa fortune ou son avenir mais il n’est pas le super ministre de la santé, le ministre des finances ou un assureur général de l’humanité. Le monde suit son cours et l’homme est invité à l’éthique heur s’il veut produire du bonheur et non de la mort et des guerres, et, au service de Dieu, pour rien. Lishma. Pour le Nom. Parce que c’est simplement sa vocation sur cette terre.

Reste que selon l’adage talmudique : « tout dépend de D. sauf la crainte de Dieu » et c’est un paradoxe de se dire que tout dépend de D. et que nous sommes seuls responsables.

 

La dispute de Barcelone

Ami personnel du roi Jaume Ier, Nahmanide fut de ce fait admiré aussi par les chrétiens.

Sage juif, Ryland Haggadah, fol. 28b, Catalogne, XVème siècle

En juillet 1263 à Barcelone Nahmanide fut convoqué de Gérone à Barcelone pour s’opposer à Paul Christiani, un juif converti au christianisme devant toute la cour d’Aragon et les princes de l’église. La Dispute durera quatre jours. Le sujet ? la venue du Messie et sa nature c’est à dire le point de rupture entre judaïsme et christianisme, le sens de l’exil du peuple juif, dépossédé du pouvoir politique. Avec pour enjeu la fondation politique de l’église. Si le messie n’était pas venu elle était seulement un pouvoir humain. Qui des chrétiens ou des juifs avaient raison. Nahmanide s’engage dans la dispute et répond aux arguments talmudiques de Christiani avec humour. Il rend les citations à leur contexte et montre que si les Sages du judaïsme avaient véritablement cru en la messianité de Jésus… ils se seraient convertis. Il montra surtout que le messianisme n’avait pas une position centrale pour la foi juive. En cela il était d’accord avec Maimonide.

Nahmanide, avait d’avance reçu la promesse du le roi Jacques de sa pleine liberté de parole et il fut récompensé par son protecteur. Il gagna la bataille mais pas la guerre. L’hostilité des Dominicains lui fut désormais acquise. Ils obtinrent que les livres de Nahmanide soient brûlés et qu’il soit exilé pour deux ans puis son bannissement à perpétuité.

 

Un billet aller Gérone-Jérusalem

A 72 ans, vers 1267, Nahmanide quitta l’Espagne pour aller vivre dans les ruines désolées de Jérusalem.

Il y écrit :

Nombreux sont les lieux abandonnés [en Israël] et grande est la profanation. Plus un endroit est sacré, plus il a été dévasté. Jérusalem est l’endroit le plus désolé de tous.

Pour aussitôt retrouver l’espoir :

Ce que D.ieu affirme là, « Je laisserai la terre si dévastée que vos ennemis… » (Lévitique 26,32-33) constitue une bonne nouvelle, qui proclame que durant tous nos exils, notre terre n’acceptera pas nos ennemis. Il s’agit d’une grande preuve et d’une garantie pour nous, car dans tout le monde habité, on ne peut trouver une aussi bonne et grande terre qui a toujours été habitée et qui pourtant est aussi en ruines qu’elle ne l’est [aujourd’hui].Car depuis le moment où nous l’avons quittée, elle n’a accepté aucune nation ou peuple et ils ont tous tenté de s’y installer, mais en vain.

Peu avant de mourir à Jérusalem vers 1270, Nahmanide, écrivit à ses enfants restés à Gérone.

 Je suis un homme qui a ressenti la piqure de la douleur. J’ai laissé la table dressée et je me suis éloigné de mes amis et de mes compagnons, car le voyage est long et plein de soucis. Moi qui était prince pour mes frères je vis dans des auberges de passage. Maisons et héritage, j’ai tout abandonné, l’âme et l’esprit j’y ai laissé.

Il ne reste plus de communauté juive en Catalogne qu’à Barcelone et Perpignan. Sur les 300 000 juifs qui vivaient en Espagne au XVème siècle il sont aujourd’hui 0,2% de la population espagnole.

Amour canon… dans Libération


LES CHEMINS DE LA LIBERTE dans "les Cahiers d’été de Libé" par Bernadette SAUVAGET
Sur le site de libé : http://www.liberation.fr/societe/2014/08/08/amour-canon_1077734

(Cliquer sur les images pour agrandir)

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Catégories:spiritualité

Les antisémites de l’été

30 juillet 2014 4 commentaires

Ces quelques lignes me sont parvenues de Jérusalem :

« Mon cher Didier,

Tu connais mieux que moi l’histoire juive, ça avance !  Les temps messianiques finiront par poindre un jour. Entre temps nous les petits fidèles parmi les petits nous croyons qu’une Providence dirige l’histoire et notre croyance nous oblige à être optimistes. Je te salue, je suis écrasé par la chaleur il fait 39 dans la journée mais ceci aussi fait partie des épreuves que nous subissons dans ce bas monde ! 

Haïm le Mellahite »

On me permettra donc ce billet à la frontière de la théologie et  de la  science-fiction historique en ce 31 juillet 2014.

 

Juillet-août, les esprits s’échauffent….

Nous sommes donc le 31 juillet. Et alors me direz-vous ? Alors ? Mais voyons, alors ? Alors c’est le 31 juillet 1492 « c’est l’or Monsignor », comme dit de Funès dans l’inoxydable Folie des grandeurs. C’est le 31 juillet 1492 que les juifs ont été chassés d’Espagne engendrant le monde séfarade (sefardim, « ceux d’Espagne »). C’est aussi, tout le monde (beaucoup plus) appris à l’école, à cette époque que Christophe Colomb quitta l’Espagne quelques jours plus tard, le 03 août 1492… pour découvrir le Nouveau Monde et en ramener l’or et les épices. Et probablement aussi une bonne insolation (il se croyait à la fin de sa vie le Prophète des temps nouveaux dont la circumnavigation allait déclencher l’Apocalypse).

Ce 31 juillet 1492 était un jour de Tisha be Av’, un jour très particulier pour le peuple juif, une Solennité, le neuvième jour du mois de av’ 5252 selon le calendrier hébraïque. Ce mémorial est un jour de pleurs et de jeune en souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 70 de notre ère. Mais aussi, disent les Sages d’Israël, de commémoration de la destruction du premier Temple en -586 avant l’Exil à Babylone, de la destruction de la forteresse de Bétar lors de la seconde guerre judéo-romaine en 135, et de l’arasement de Jérusalem transformée en Aelia Capitolina avec interdiction pour les juifs d’y entrer l’année suivante. Bref, ce jour (qui tombera le 05 aout cette année) est celui des tuiles.

 

L’expulsion du 31 juillet 1492

L’expulsion d’Espagne par les rois catholiques via le décret de l’Alhambra se fit sur le conseil de l’Inquisition de l’église espagnole. En effet, le riant cardinal Torquemada, Grand Inquisiteur de 1483 à sa mort en 1498, magnifiquement croqué par Dostoïevski dans Les frères Karamazov (voir ici) confesse, c’est-à-dire conseille !  Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon.

Torquemada

La date retenue est donc prise en conscience. Comme si les multiples poussées de fièvre antisémite avaient besoin d’anniversaires pour se rassurer sur leur légitimité.

L’édit d’expulsion de l’Alhambra publié le 31 mars 1492 expire pour le 31 juillet 1492, pour Tisha beAv. Il précise : «… Nous avons décidé d’ordonner à tous les juifs, hommes et femmes, de quitter nos royaumes et de ne jamais y retourner… à la date du 31 juillet 1492 et ne plus rentrer sous peine de mort et de confiscation de leurs biens… »

édit

Jusqu’au dernier moment Abravanel tentera de convaincre les souverains de leur erreur théologique… et économique. Si Isabelle et Ferdinand chassent les juifs c’est pour effacer leurs créances et  surtout fédérer une identité espagnole catholique, pour toujours. Le plan grandiose se déroula comme sur des roulettes. La grande Espagne enfin catholique, suite à cette purification ethnique,  débarrassée de ses minorités : juifs et musulmans (en janvier les « infidèles » perdent Grenade et quittent la péninsule ibérique)  commencera une irrésistible ascension. Colomb leur apporta la Nouvelle Espagne, l’Amérique,  sur un plateau d’argent. En 1520, Charles Quint à vingt ans se retrouva maître de la plus grande partie de l’Europe et de vastes domaines en Amérique et en Afrique.  Jusqu’à ce que, comme par un de ces pieds de nez dont l’histoire a le secret,  l’affaire tourna court…

 

Caramba, encore raté !

Car à sa mort en 1558, Charles Quint a échoué dans son grand programme : réprimer la Réforme, vaincre les Barbaresques, entamer le royaume de France… il  laisse l’Espagne en ruine pour toujours qui disparait de la scène de l’histoire. Les juifs, eux, ont quitté l’Europe, ils sont partis vers des terres meilleures comme la Turquie où « le Grand Turc » comme on dit dans les livres d’Inquisition les accueille à bras ouvert, vers l’Afrique du Nord, la Hollande ou Huguenot se plait comme poisson dans l’eau…

juifs32

 

Sepharadic_Migrations

Le 22 novembre 2012, le ministre de la Justice espagnol a présenté un statut particulier et un nouveau processus, supervisé par la Fédération espagnole des communautés juives, qui permettra aux candidats désirant être naturalisés de postuler plus facilement.

Il suffira de prouver les origines ibères : nom,  langue,  document généalogique, ou… liens avec la culture espagnole. 3,5 millions de descendants seraient concernés.

Une première liste de 5200 noms a été publiée : voir ici

L’Espagne tente aujourd’hui de faire revenir les juifs et de redonner la nationalité espagnole aux marranes par décret du gouvernement espagnol… il n’est pas sûr que cela suffise à la faire revenir sur le devant de la scène de l’histoire.

 

Ladareddu, le bouc émissaire du 31 juillet… en Corse

Cette longue histoire de la souffrance juive ne donne aucun blanc-sein à la politique israélienne qui , sans être Neitourei Karta, n’a rien de « messianique »… en ce 31 juillet…pas plus qu’en 70;  mais, après tout, posez-vous la question,  pourquoi les juifs n’auraient-ils pas, comme tous les autres peuples, droit à leur sécurité ?

En réalité la souffrance juive s’accumule dans la mémoire de l’Europe moderne : Inquisition, Holocauste… mais par un curieux effet de l’esprit, l’être humain a une redoutable capacité à oublier les souffrances juives. J’en ai fait l’expérience très personnelle.

Le nom de ma mère est Valli et je viens de la région de Porto-Vecchio (Portivecchju) en Corse du sud. Le savez-vous ?  dans la nuit du 31 juillet au 1er aout à Porto-Vecchio, chez moi, on assiste à un rite curieux, ça s’appelle en langue Corse Ladareddu (« petit juillet ») : on prend un pantin de paille et d’écorce de chêne liège, on le juge sommairement, après on le promène dans les rues de la ville en le couvrant de sarcasmes. Puis on le brûle sur un bucher, sur la place de l’église en chantant : «  O Luddareddu chi ti ni vai ! « petit juillet, hélas ! tu t’en vas ! » Comme en une étrange nostalgie.

http://www.youtube.com/watch?v=iBPi7mhLtTw

 

On brûle donc le bouc émissaire, l’abominable « homme des lièges » qui représente le mois de juillet. Un bouc émissaire, des jugements sommaires et peu informés, l’abjection publique… ça ne vous rappelle rien ?  Plus personne en Corse  ne sait pourquoi on fait cela et les corses seraient les premiers étonnés de savoir que cette coutume remonte à l’Inquisition et qu’ils cicatrisent ainsi leur sort de juifs marranes. (Note : voir ici ) Tout le monde a oublié. Et j’ai même décidé de me rappeler ce qui est arrivé… c’est comme cela que je suis redevenu juif. Les gens oublient vite… Pas D.ieu. Car L’Eternel se souvient de nous (Psaume 115, 12)

 Voir ici la vidéo

ladareddu

Les juifs à la mer, et ensuite les morisques… comme en 1492 ?

Cinq siècles après 1492, la haine et la détestation d’Israël et des Juifs  sont revenues dans les rues d’Europe, elles atteignent  même des niveaux jamais vus depuis l’Holocauste. L’ami américain, le seul ami de l’Etat hébreu est dirigé par une équipe qui ne semble rien comprendre aux problèmes des orientaux. Les attaques de synagogues, de commerce et de personnes, pour la seule raison qu’ils soient juifs, les « mort aux juifs » aujourd’hui en France, en Allemagne… en disent long de l’état de la démocratie en Europe. C’est seulement un fait, l’Europe des banlieues de la République se réveille antisémite. Les juifs–même si il faut bien reconnaître une remarquable réaction de l’Etat Français, qui fuient vers Israël où ils peuvent enfin porter leur kippa dans la rue vont-ils quitter l’Europe ?

Les juifs sont le canari de la mine. Quand ils disparaissent c’est que le coup de grisou est proche. Et il est probable qu’une fois l’Europe débarrassé de ses juifs, les arabes prendront les bateaux suivants comme en Espagne en 1492.  Ils devraient y réfléchir. Avant que ça pète ?

Est-ce ce que les européens et les français veulent cela ?

On peut aussi avoir une lecture plus théologique de ces poussées de fièvre antisémites estivales en période de jeûne (Ramadan, Tisha beAv).

 

Les douleurs d’enfantement du messie ou le délire des hommes ?

Car aujourd’hui comme il y a cinq siècles, les antisémites (on dit aujourd’hui « antisioniste ») de juillet devraient, avoir quelques raisons de craindre pour l’avenir.

Car paradoxalement, et comme le montre sa source biblique dans le Livre de Zacharie le 9 av est un jour qui annonce la joie : « le jeûne du quatrième mois, le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième se changeront pour la maison de Juda en jours d’allégresse et de joie. » (Livre de Zacharie 8, 19). Et le Talmud ajoute : « Qui pleure la destruction de Jérusalem mérite de se réjouir de sa reconstruction  » (T.B. Taanit 30b). La tradition juive raconte que Le Messie doit naître un 9 av.

 

Le prophète Elie annonce l’arrivée du Messie, Haggadah de Venise, 1609

Le prophète Elie annonce l’arrivée du Messie, Haggadah de Venise, 1609

 

Comme si la destruction du temple et la haine pour Israël annonçaient sa reconstruction prochaine et la souffrance du peuple les douleurs d’enfantement du messie, le shalom messianique.

L’antisémitisme ne disparaîtra donc jamais, il est une affection pathologique très profonde du narcissisme blessé (voir ici) dont ne sortira probablement jamais l’humanité jusqu’à  sa fin, il est consubstantiel à l’humanité.

Donc, que se rassurent les antisémites et antisionistes de tout poil : Israël ne mourra pas, sa civilisation a résisté aux Perses, aux Babyloniens, aux Grecs, à Rome, à la nouvelle Rome chrétienne, à l’Empire austro-hongrois transformé en IIIème Reich… Aujourd’hui le califat des banlieues de la globalisation ? … Mais elles sont où toutes ces  tous ces chères Civilisations disparues qui devaient dominer l’humanité après avoir rayé Israël de la carte ? … des langues mortes. Le peuple d’Israël résistera donc à ce nouvel antisémitisme aujourd’hui rouge et brun mêlé,… peut-être pas la République ni sa place.

Et finalement on peut sans doute, comme mon rabbin, qui écoute la radio juive mais aussi arabe à Jérusalem en ce 31 juillet, sourire de toute cette folie. J’avoue que moi, je n’ai pas ce recul… que ne suis-je né comme lui un jour de Tisha beAv dans un Mellah nord-africain ?

BHL : Le Hammassisme des imbéciles

29 juillet 2014 1 commentaire

Un édito de Bernard-Henri-Levy dont je partage chaque ligne.

A paraître dans Le Point le 31 juillet 2014

BHL

 

Je suis désolé d’y revenir.

Mais ces gens que l’on a vus, vendredi dernier, 25 juillet, dégoiser leurs « Palestine vaincra » et « Israël assassin » où étaient-ils, le dimanche précédent, quand on a appris que les combats, en Syrie, venaient de faire, en un week-end, la bagatelle de 700 morts s’ajoutant aux 150 000 qui n’avaient pas eu, eux non plus, en trois ans, l’honneur d’une vraie manifestation à Paris ?

Pourquoi ne sont-ils pas descendus dans la rue quand, quelques jours plus tôt, le très informé Syrian Network for Human Rights a révélé que l’armée de Damas avait mené, en 2014, alors même qu’elle était censée avoir détruit ses stocks d’armes chimiques, au moins 17 attaques au gaz contre, en particulier, les zones de Kafrzyta, Talmanas et Atshan ?

D’où vient que, dans ce rassemblement du 25 juillet, l’on n’ait pas entendu un slogan, ni vu une banderole, désignant les massacres qui avaient lieu au même moment dans la région de Homs et qui allaient faire, en deux jours, 720 nouveaux morts pris entre les deux feux du régime de Bachar al-Assad et des troupes de l’« Etat islamique » du Levant ?

Ces « indignés » d’un jour diront-ils qu’ils ne savaient pas, qu’ils ne disposaient pas d’images de ces morts-là et que seules les images, de nos jours, ont le pouvoir de mobiliser ? Difficile. Car ils avaient, bien sûr, ces images. Et la preuve qu’ils les avaient, c’est que ce sont elles, ou d’autres plus anciennes, que les inspirateurs de leurs défilés ont, comme l’a révélé, entre autres, la BBC, détournées, truquées puis retwittées, sous le hashtag GazaUnderAttack, en faisant croire qu’elles venaient de Gaza.

Protesteront-ils qu’ils défilaient « contre Hollande » et contre une politique de soutien à Israël dont ils ne voulaient pas qu’elle fût menée « en leur nom » ? Admettons. Mais cette façon de faire la politique du dehors avec les raisons du dedans et d’instrumentaliser une grande cause pour en faire un petit instrument chargé de se donner bonne conscience à peu de frais n’a jamais été, d’abord, la plus respectueuse du sort des victimes. Mais, surtout, le même raisonnement n’aurait-il pas dû faire que l’on descende dix fois, cent fois, dans les mêmes rues pour protester contre une non-intervention en Syrie finalement décidée, en notre nom aussi, quoique sur pression, cette fois, américaine, par le même François Hollande ?

Diront-ils que c’est la disproportion qui choque ? Le déséquilibre entre une armée surpuissante et des civils démunis ? Je comprendrais déjà mieux. Mais, là non plus, cela ne tient pas. Car si tel était le raisonnement, si l’on se souciait vraiment de ces enfants palestiniens dont la mort est, en effet, chaque fois, une abomination et un scandale, on adjurerait aussi les commissaires politiques du Hamas de quitter les sous-sols des hôpitaux où ils ont enterré leurs centres de commandement, de déplacer les lance-missiles qu’ils ont installés aux portes des écoles de l’Onu et de cesser de menacer ceux des parents tentés d’évacuer leurs maisons quand un tract de l’armée israélienne avertit qu’une frappe se prépare. Et puis, si telle était vraiment la démarche, si ce souci de la disproportion asymétrique était le ressort réel de leur rage, n’auraient- ils pas eu ne serait-ce qu’une pensée pour cette autre disproportion qui frappe, tout près de Gaza, ces damnés parmi les damnés, ces démunis absolus, que sont les foules chrétiennes de Mossoul à qui les « frères » du Hamas disaient dans le même temps : « vous avez le choix ; faire vos bagages et quitter, non pour quelques jours, mais pour toujours, votre maison – ou bien périr par le glaive ».

Non.

La vérité c’est que ces gens de la «génération Gaza» qui jugent du dernier chic d’arborer un keffieh made in Palestine trouvent, au fond, naturel que des Arabes tuent d’autres Arabes.
La vérité, c’est qu’ils n’ont aucune espèce d’objection à apprendre, de la bouche même des responsables du Hamas (Journal of Palestine Studies, vol 41, n° 4), que la construction des tunnels a coûté la vie, pour la seule année 2012, à 160 enfants palestiniens transformés en petits esclaves.

Et la vérité est qu’à ces révoltés de circonstance que l’on n’a pas vus non plus se mobiliser, pour les plus anciens d’entre eux, en faveur ni des 300 000 Darfouris massacrés par le Soudan, ni des 200 000 Tchétchènes que Poutine alla, naguère, selon sa propre et élégante formule, buter jusque dans les chiottes, ni des Bosniens assiégés et bombardés trois ans durant dans l’indifférence quasi générale, l’indignation ne vient que lorsque c’est une armée à majorité juive que l’on peut mettre en cause et condamner.

Eh bien, je suis désolé, oui.

Mais ce deux poids, deux mesures est odieux.

Voir prétendre au titre de champions de l’humanisme contemporain cet improbable attelage rouge-brun d’amis d’Olivier Besancenot et, selon des témoignages concordants (Le Monde du 26 juillet), de partisans d’Alain Soral regroupés dans le collectif Gaza Firm est sidérant.

Et pour quelqu’un qui, comme moi, plaide depuis presque un demi-siècle pour la création d’un Etat palestinien à côté d’un Israël pleinement reconnu, pour un homme qui, du plan de Genève à la fondation de JCall, s’est associé à toutes les initiatives allant dans le sens de ce que j’ai appelé une «paix sèche», il y a, dans ce charivari, quelque chose de décourageant.

Qu’il y ait, dans les rangs de ces manifestants, des femmes et des hommes sincères, je n’en doute pas.

Mais, de grâce, qu’ils réfléchissent à deux fois avant de se laisser manipuler et embrigader par des braillards dont le moteur n’est pas la solidarité mais la haine – et dont le véritable agenda n’est pas « paix en Palestine » mais « mort à Israël » et parfois, hélas, « mort aux juifs ».

Bernard-Henri Lévy

Lire la suite…

Catégories:Antisémitisme

Armand et Eliette Abécassis, disciples de père en fille


Dans le Figaro d’hier je suis tombé sur cet article magnifique sur un papa et sa fille.

Armand et Eliette Abécassis

Catégories:spiritualité

23 juillet 2014 1 commentaire

Las Excelencias de los Hebreos

Dans Las excelencias de los Hebreos publié à Amsterdam en 1679 Isaac Cardoso écrivait dans sa dédicace écrite à Vérone ces lignes lumineuses :

« Le peuple juif, aussi aimé de Dieu qu’il est persécuté des hommes, a été dispersé parmi les Nations pendant deux mille ans, depuis l’époque de Nabuchodonosor, expiant ses péchés et ceux de ses pères contre sa sainte Loi. Il a été maltraité par certains, tourmenté par d’autres, méprisé de tous, de telle sorte qu’il n’y a aucun Etat ou royaume qui n’ait dégainé son épée contre lui, versant son sang, consommant sa substance, comme dit le Psalmiste : Qui dévorent mon peuple comme on mange du pain. Ce peuple fut spécialement créé pour louer le Seigneur… Dieu en a fait son héritage. Il l’a glorifié des titres  éclatants de « serviteur » ; « fils, « premier-né », « fiancé », « bien-aimé », et par d’autres preuves d’amour solide et perpétuel. […] Sa séparation en fait un objet de mépris pour les Nations, mais cela même le rend très cher à son Créateur. Tous conspirent contre lui et affligent l’affligé, l’accablent de mille calomnies, machinent pour le tuer et s’emparer de ses biens, de telle sorte que s’il n’était pas soutenu par la main divine, il aurait déjà été englouti par les loups et les lions qui ont soif de sang. » (In Yosef Haïm Yerushalmi DE LA COUR D’ESPAGNE AU GHETTO ITALIEN. Isaac Cardoso et le marranisme au XVIIème siècle, réédition Fayard 1987, pp 328-330)

De la Cour d’Espagne au ghetto italien, tel fut le singulier destin de Fernando Cardoso, médecin marrane et apologiste juif. Né en 1604 au Portugal, élevé en Espagne, Cardoso, grâce à de brillantes études, devint médecin à la Cour de Philippe IV. Intellectuel respecté, il connut les plus grands de son temps –dont Lope de Vega– qui le tinrent pour l’un des leurs. Comme nombre de descendants de Juifs convertis de force, Cardoso menait une existence ouvertement chrétienne et clandestinement juive. En 1648, au faîte de sa gloire, il quitte brusquement l’Espagne et se réfugie en Italie. A Venise d’abord, dans le ghetto de Vérone ensuite, où il finira ses jours, il professe publiquement le judaïsme. Signant désormais Isaac Cardoso, il publie l’un des plus beaux textes de l’apologétique juive: Las Excelencias de los Hebreos.

Catégories:Antisémitisme, Marranes
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