« Des Noces éternelles » : le tombeau des Patriarches et des Matriaches à Hébron.

19 décembre 2014 1 commentaire

Des noces éternellesUn des chapitres de mon Livre Des noces éternelles, un moine à la synagogue qui sera publié le 23 janvier chez Lemieux-éditeur se situe à Hébron.

On trouve là la Tombe des Patriarches et des Matriarches,  les tombeaux d’Abraham et de Sarah, d’Isaac et de Rebecca, de Jacob et de Léa (celui Rachel se trouve ailleurs) et celui de Joseph. Des cénotaphes plus que des tombes en fait.

Al Shuahada Street, c’est ainsi qu’on nomme la rue qui mène au Tombeau des Patriarches (et des Matriarches) est un no-mans Land où règne la guerre et la peur. Cette rue est l’un des coins les plus fous au monde que j’ai visité en 2009 et 2010.

C’est un lieu dramatique où des juifs ont été massacrés en 1929, des arabes dans la mosquée-tombeau en 1999. L’opération « Bordure protectrice » a commencé suite à l’enlèvement et au meurtre par le Hamas de trois jeunes israéliens dans cette région entre Bethléem et Hébron, et s’est terminée ici à Hébron. Le livre raconte mon histoire et cette folie.

Mais c’est aussi un lieu d’espoir, de mémoire des noces des patriarches et des matriarches, de la fraternité, un jour viendra, des enfants d’Abraham.

Je publierai chaque semaine un reportage sur un lieu du livre. En attendant de lire le 23 janvier, voici déjà quelques images:

 

« Des noces éternelles, un moine à la synagogue » 4 de couverture :
Didier, moine bénédictin pendant dix ans, dit les psaumes dans le silence d’une forêt. Un jour, coup de foudre, il quitte le monastère pour la journaliste de télévision venue l’interviewer.
Quinze ans plus tard, alors qu’il enterre son meilleur ami emporté par une avalanche, les mots des psaumes viennent à ses lèvres… en hébreu. Tel un amnésique, sa mémoire familiale remonte lentement à la surface. L’ancien moine découvre en Jésus un simple homme juif, commence à pratiquer le shabbat, et se résout à pousser la porte de la synagogue au bout de sa rue. Depuis, le moine bénédictin y prie encore.
On croise bien d’autres figures dans ce livre : un Waffen SS français, un bénédictin érudit amoureux d’Israël, un rabbin de conte oriental né dans le Mellah de Marrakech, Jacques Chirac, le Grand rabbin Haïm Korsia, une communauté de juifs séfarades magnifiques…
De la Corse à l’Alsace en passant par l’Algérie, Gênes, Amsterdam et Jérusalem, Didier Long nous entraîne dans une émouvante aventure spirituelle.
À travers cette épopée singulière et fourmillante, Didier Long témoigne aussi du « bricolage religieux » né dans la mondialisation, et phénomène émergent d’un XXIè siècle de plus en plus spirituel.

A Paraître le 23 janvier 2014

(sur le site de Lemieux Editeur)

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Catégories:Des noces éternelles

Comptine ladino : Ocho Kandelikas

18 décembre 2014 2 commentaires

Hanoukia Didier LongComptine en Ladino – Oco Kandelikas (huit bougies)


1. Chanukah linda sta aki,
ocho kandelas para mi (2x)

Chorus:
O — Una kandelika, dos kandelikas,
tres kandelikas, kuatro kandelikas sintyu
kandelikas, sej kandelikas,
siete kandelikas, ocho kandelas para mi

2. Muchas fiestas vo fazer,
kon alegriyas y plazer (2x)

Chorus

3. Los pastelikos vo kumer,
kon almendrikas y la myel (2x)

Chorus

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Sevivone, Hag Hanouka Sameah !


Sevivione

Traditionnellement, on joue à la toupieà Hanoucca – dreidel en yiddish, sevivone en hébreu.

La toupie, généralement taillée dans un morceau de bois, comporte quatre faces, avec sur chacune d’elles, une lettre hébraïque:  noun, guimel, hé et shin. Celles-ci forment l’acronyme de la phrase : ness gadol haya sham,  « Un grand miracle est arrivé là-bas » (en Israël, les toupies remplacent le shin par un , pour dire « ici » au lieu de « là-bas »).
Il semble que ce jeu soit apparu à une époque où les Juifs devaient se cacher d’étudier la Torah. Ils camouflaient donc leurs études et leurs célébrations sous le couvert de jeux anodins en apparence innocents.
Selon la lettre visible, le joueur peut tout gagner (« gantz » en yiddish, correspondant au guimel), ou ramasser la moitié (« halv », pour le ), ou partager, c’est-à-dire en remettre dans le pot (« shtel », pour le shin) ou ne rien faire (« nit », pour le noun).

Ikh bin a kleyn Dreydl (Yiddish)

Quel miracle ?

Le Talmud pose la question suivante: «qu’est-ce exactement que ‘Hanoucca? » La question est étonnante, car on aurait pensé que les Sages du Talmud auraient été les derniers à l’ignorer. Qui plus est, ils n’ont jamais demandé « Qu’est-ce que Pessah? » ou « Qu’est ce que Pourim? » Comment ce fait-il qu’ils aient eu un problème avec ‘Hanoucca?

Hanouka

Rashi, vient à la rescousse et explique la question du Talmud comme suit: «Quel fut exactement le miracle qui a conduit à ce que Hanoucca soit institué comme fête ? ». La question implique qu’il y avait d’autres événements qu’on aurait pu considérer miraculeux, mais que celui-ci fut le seul qui mérita aux yeux des sages qu’on en fasse une fête.
A cette question le talmud répond : « Nos rabbins enseignaient que le 25 Kislev commence les huit jours de Hanoukka. Ces jours sont interdits d’éloges funèbres. Pourquoi ? Parce que quand les Grecs entrèrent dans le Temple Saint, ils ont rendu impures toutes les huiles qui étaient réservées à la Menorah ». Le Talmud continue en nous rapportant que lorsque les Hasmonéens ont triomphe des Grecs, ils ne trouvèrent qu’une seule fiole d’huile dont le sceau du Grand-Prêtre était reste intact et qui étant restée pure, pouvait être utilisée pour la Menorah.
On nous rapporte également que cette fiole aurait dû ne durer qu’une seule nuit. D’où la conclusion finale : « Cette nuit là un miracle eut lieu. Ils purent allumer une petite fiole d’huile et le miracle fit que les bougies brûlèrent pendant huit jours ».

Nous apprenons de là qu’aux yeux de nos sages, le fait qu’une fiole d’huile brûle pendant sept jours de plus que ce que l’on attendait la rend digne d’être appelé « miracle ». Mais qu’une bande ridiculement petite de combattants hébreux mal équipés ait pu défaire la plus grande armée du monde en -164 , ce n’en est pas un.

Tu as changé mon deuil en une danse mes habits de deuil en parure de fête

Pour Hanouka on chante le psaume 30 de la « dédicace du temple » en ce jour :

א  מִזְמוֹר:  שִׁיר-חֲנֻכַּת הַבַּיִת לְדָוִד. 1 Psaume. Cantique de la dédicace du temple; par David.
ב  אֲרוֹמִמְךָ יְהוָה, כִּי דִלִּיתָנִי;    וְלֹא-שִׂמַּחְתָּ אֹיְבַי לִי. 2 Je t’exalterai, Seigneur, car tu m’as relevé; tu n’as pas réjoui mes ennemis à mes dépens.
ג  יְהוָה אֱלֹהָי–    שִׁוַּעְתִּי אֵלֶיךָ, וַתִּרְפָּאֵנִי. 3 Eternel, mon Dieu, je t’ai invoqué, et tu m’as guéri:
ד  יְהוָה–הֶעֱלִיתָ מִן-שְׁאוֹל נַפְשִׁי;    חִיִּיתַנִי, מיורדי- (מִיָּרְדִי-) בוֹר. 4 Seigneur, tu as fait remonter mon âme du Cheol, tu m’as permis de vivre, de ne pas descendre au tombeau.
ה  זַמְּרוּ לַיהוָה חֲסִידָיו;    וְהוֹדוּ, לְזֵכֶר קָדְשׁוֹ. 5 Chantez l’Eternel, vous ses fidèles, rendez grâce à son saint nom;
ו  כִּי רֶגַע, בְּאַפּוֹ–    חַיִּים בִּרְצוֹנוֹ:
בָּעֶרֶב, יָלִין בֶּכִי;    וְלַבֹּקֶר רִנָּה.
6 car sa colère ne dure qu’un instant, mais sa bienveillance est pour la vie; le soir dominent les pleurs, le matin, c’est l’allégresse.
יב  הָפַכְתָּ מִסְפְּדִי, לְמָחוֹל לִי:    פִּתַּחְתָּ שַׂקִּי; וַתְּאַזְּרֵנִי שִׂמְחָה. 12 Tu as changé mon deuil en danses joyeuses, tu as dénoué mon cilice, et de la joie tu m’as fait une ceinture.
יג  לְמַעַן, יְזַמֶּרְךָ כָבוֹד–    וְלֹא יִדֹּם:
יְהוָה אֱלֹהַי,    לְעוֹלָם אוֹדֶךָּ.
13 De la sorte mon âme te chantera sans relâche; Eternel, mon Dieu, à tout jamais je te célébrerai.
Catégories:Solennités et fêtes Mots-clés :

Vayéchev : Joseph, l’homme aux songes


En son absence à Jérusalem, je compile ici des notes et derashot du Rav Haïm Harboun et développe avec des occurrences midrashiques, de Rachi et du Zohar. J’ajoute quelques remarques historiques.

Jacob demeura dans le pays des pérégrinations de son père, dans le pays de Canaan. Avec la sidra Vayéchev commence la geste de Joseph qui va nous emmener des terres de Canaan  en Egypte. Celle-ci ne cache rien de la bassesse humaine, on y trouve la délation, la jalousie, la volonté de meurtre, la violence collective contre un innocent, le mensonge et la tromperie envers ses propres parents, la fréquentation des prostituées, le désir d’adultère, la mise en esclavage … comme si la Torah nous prenait non pas dans nos rêves mais là où nous en sommes avec un sain réalisme sur notre humanité. Cette geste de Joseph est l’occasion de multiples enseignements.

Jacob/ Joseph : même combat

Voici l’histoire de la descendance de Jacob. Joseph, âgé de dix-sept ans, menait paître les brebis avec ses frères. Passant son enfance avec les fils de Bilha et ceux de Zilpa, épouses de son père, Joseph débitait sur leur compte des médisances à leur père. Or Israël préférait Joseph à ses autres enfants parce qu’il était le fils de sa vieillesse (Gn 37, 2-3)

Pour expliquer pourquoi la généalogie de Jacob succède immédiatement à celle d’Esaü (la Parasha de shabbat dernier), le Midrash dit :

D.ieu rassura le patriarche effrayé par toute cette liste des princes édomites s’étalant sur un chapitre entier (Gn 36) et lui promit qu’une seule étincelle à lui et une autre à son fils Joseph suffiront pour détruire toute cette grandeur illusoire. Comme il est écrit (Os I) : « La maison de Jacob sera un brin de chaume : ils le brûleront, ils le dévoreront, et rien ne survivra de la maison d’Esaü- L’Eternel l’a dit » (Midrash Tanhouma Bereshit Rabba)

Rachi commente cela en citant « Le midrash (Bereshith rabba 84, 6), [qui ] explique que la Tora a entendu lier l’histoire de Ya‘aqov à celle de Yossef, et ce pour diverses raisons :

  • En premier lieu, le seul but qu’avait Ya‘aqov, lorsqu’il a travaillé pour Lavan, était d’épouser Ra‘hel, [la mère de Yossef, la naissance de ses autres enfants ne constituant qu’une conséquence de cette intention première].
  • En deuxième lieu, Yossef avait les mêmes traits de visage que Ya‘aqov.
  • Enfin, tout ce qui est arrivé à Ya‘aqov est arrivé à Yossef : Le premier a été haï, le second aussi. Le frère du premier a voulu le tuer, les frères du second aussi.

Le nom de Jacob est intimement lié à celui de Joseph contrairement aux autres enfants. En effet la Torah précise : « Voici l’histoire de la descendance de Jacob : Joseph, âgé de dix-sept ans  ». On a le sentiment que toute l’histoire de Jacob se résume en Joseph. C’est donc, pour souligner le rôle particulier qui incombera à Joseph dans la mission patriarcale. Maassev, Avot Siman Levanim, les actes des pères sont des signes pour les fils, l’histoire se répète : Joseph continue d’accomplir l’histoire d’Israël dont le destin est de partir en Egypte.

Le Zohar commente : «  Qui apercevait l’image de Joseph disait que c’était là l’image de Jacob » (Zohar Vayéchev 5)

Et Rachi dit : Le fils de sa vieillesse (zeqounim), Il avait les mêmes traits de visage (ziv iqounin) que lui-même.

Le sort de Jacob se trouve dès le début associé à Joseph : Jacob a travaillé sept ans supplémentaires chez Laban pour avoir Rachel pour épouse qui lui donnera  le fils bien aimé qui l’attendait. L’un et l’autre furent voués à la haine des frères envieux qui les a obligés à s’expatrier. (Midrach Rabba )

La Tradition juive nous fournit ensuite à travers cette Sidra plusieurs sages avertissements en ce qui concerne notre comportement avec nos semblables.

Joseph le préféré et le détesté

Or Israël préférait Joseph à ses autres enfants parce qu’il était le fils de sa vieillesse; et il lui avait fait une tunique à rayures. Ses frères, voyant que leur père l’aimait de préférence à eux tous, le prirent en haine et ne purent se résoudre à lui parler amicalement. Joseph, ayant eu un songe, le conta à ses frères et leur haine pour lui s’en accrut encore. (Gn 37, 3-5)

« Ecoutez donc ce songe que j’ai eu….. Les frères de Joseph le jalousèrent, mais son père  attendit l’événement. (Gn 37, 6-11)

« Voici l’homme au songe qui arrive. Venez, tuons le… puis nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré. Nous verrons alors que deviendront ses songes » (Gn 37, 15- 20 )

Marc Chagall, Joseph attaqué par ses frères, Haggerty Museum, 1957

Marc Chagall, Joseph attaqué par ses frères, Haggerty Museum, 1957

L’histoire de Joseph ne manque pas de nous montrer les fâcheux résultats de la partialité des parents qui font des distinctions entre leurs enfants. Au lieu de contribuer à l’union de leurs descendants, ils les séparent. Ils sèment la discorde entre les êtres les plus proches et contribuent à faire germer la haine.

Quoique les pères des tribus fassent montre de qualités remarquables, le sentiment de haine les aveugle et les empêche de contrôler leurs actes. Il a suffi d’une apparence mal interprétée pour faire naître dans leur cœur un désir fratricide : à tout prix se défaire de Joseph qui les priverait de l’héritage spirituel et matériel.

Joseph, sans malice ni ambition, ne se doute pas de la profonde animosité dont il fait l’objet et ne se méfie guère de son entourage. Avec candeur il fait part de ses rêves à ses frères, de ses visions et contribue ainsi inconsciemment à l’accroissement de la haine de ses frères. Il paie cher la préférence de son père à son égard, mais Dieu ne l’abandonnera pas dans sa misère, car dans son cœur il n’y avait ni vanité, ni orgueil.

La Sidra nous met en garde de pas tomber dans la jalousie, parce qu’elle entraîne inéluctablement la haine et la violence. Jacob aurait dû savoir que sa préférence pour Joseph provoquerait la jalousie de ses frères. Leur conduite par la suite nous renseigne sur les conséquences de la jalousie.

La Torah veut par ce verset nous montrer les fâcheux résultats de la partialité de parents qui font des distinctions entre leurs enfants. Au lieu de contribuer à l’union de leurs descendants, ils les séparent. Nos sages critiquent la partialité  de Jacob et disent que la tunique brodée, jalousée par les frères, a été la cause directe de notre asservissement en Egypte. Ils recommandent de ne jamais faire de distinction entre les enfants.

Mais comment comprendre que le patriarche Jacob, véritable prophète, lui qui donna naissance à tout le peuple d’Israël, puisse agir sans que la Providence ne soit le guide de tous ces événements ? Maïmonide  s’est penché sur cette question. Il explique :

« L’homme propose et Dieu dispose » car le résultat de la vente de Joseph fut tout autre que celle qu’attendaient ses frères, Maïmonide estime qu’en disant aux frères : « Le Seigneur m’a envoyé avant vous pour vous préparer une ressource dans le pays… » (Genèse XLV, 7 ) Joseph attribue à D. le résultat accidentel de l’acte émané du libre arbitre de ses frères. Il veut dire que ses frères avaient agi suivant leur entendement et l’intervention divine avait donné à leur acte une issue inattendue. Dans le verset suivant, Joseph semble cependant se reprendre en s’exclamant : « Non, ce n’est pas vous qui m’avez fait venir ici, c’est D. » et rectifie l’opinion qu’il venait  de formuler : Un résultat d’une si haute importance ne saurait être purement accidentel et c’est nécessairement D., lui-même qui a dirigé le libre arbitre des fils de Jacob, de manière à leur faire accomplir, à leur insu, un grand acte  qui était dans le plan de la divine providence » (Guide des Egarés, t. II,  chap. XLVIII )

Jacob, doué d’une inspiration authentique savait que Joseph, serait le guide sûr de sa maison. En l’envoyant à Dothane, il contribue inconsciemment à l’accomplissement du but prévu. Deux frères sur neuf, Ruben et Juda, possédaient en dehors des sentiments humains une faible lueur d’inspiration indirecte. Si le premier contribue à sauver Joseph de la mort le deuxième précipite sa descente en Egypte. Rude parabole, Joseph est vendu comme esclave par ses propres frères, un sort qui annonce l’esclavage d’Israël en Egypte.

Un homme le rencontra errant dans la campagne; cet homme lui demanda: « Que cherches-tu? » II répondit: « Ce sont mes frères que je cherche. (Gn 37, 15-16) Rachi commente « Un homme le trouva Il s’agit de l’ange Gavriel (Midrach tan‘houma Vayéchev 2), ainsi qu’il est écrit : « et “l’homme” Gavriel… » (Daniel 9, 21).

La beauté de Joseph et de Rachel

Or, Joseph était beau de taille et beau de visage. Il arriva, après ces faits, que la femme de son maître [Potiphar] jeta les yeux sur Joseph. Elle lui dit: « Viens reposer près de moi. » (Gn 39, 6-7)

Joseph ne ressemble pas seulement spirituellement à Jacob dont il continue l’œuvre. Il a aussi la beauté de sa mère Rachel que Jacob a tant attendue de Laban. Le Midrash se demande d’où vient cette beauté et observe que celle-ci lui vient de sa mère car une dizaine de chapitres avant la Torah avait précisé que : « Rachel était belle de visage et de belle apparence. » (Gn 29, 17).

Rabbi Yits’hak a dit, ‘Jetez un bâton dans la terre, et de lui en sortira un autre. Parce qu’il est dit « Et Rachel était belle de visage et de belle apparence », c’est pour cela (que l’on trouve écrit) « Joseph était (de belle prestance et beau à voir) ». (Bereshit Rabba 86, 6)

Un midrash résume lapidairement : « qu’une pomme ne tombe pas loin de l’arbre », la beauté de Joseph venait de celle de Rachel.

Le Midrash observe malicieusement :

Et Yossef était beau de taille Lorsqu’il s’est vu le maître, il s’est mis à manger, à boire et à se soigner les cheveux. Le Saint béni soit-Il a alors dit : « Ton père est en deuil, et toi tu te soignes les cheveux ! Je vais lancer un « ours » à tes trousses ! » (Midrach tan‘houma 8).

La beauté de Joseph réveille un désir brutal de la femme de Potiphar donc comparé à une bête sauvage par le Midrash…

Marc Chagall, La femme de Potiphar, Haggerty Museum, 1957

Marc Chagall, La femme de Potiphar, Haggerty Museum, 1957

Mais Joseph est protégé contre les passions extérieures et intérieures et en sort vainqueur.

«  La femme de Putiphar le tentait journellement. Elle se paraît pour lui de certaines toilettes le matin, d’autres le soir. Elle le menaçait  d’emprisonnement, de mutilations, d’aveuglement, elle essayait de le corrompre en lui offrant de fortes sommes d’argents : jamais il ne céda » (TB Yoma 35b)

Joseph est Beau de taille et de visage.

On s’étonne que la Torah loue la beauté physique alors que partout ailleurs elle n’est que mépris pour ce que les grecs considéraient comme une bénédiction, la beauté humaine étant un signe de la Beauté de leurs dieux . La fête de Hanouka dénonce l’influence philhellène sous Antiochus Epiphane en -175 et  l’opposition juive à  la construction d’un gymnase ou s’entraînaient des éphèbes et des athlètes nus à Jérusalem, selon une coutume païenne grecque répandu dans toutes les villes grecques de l’Empire. Cette éducation de la jeunesse faisant partie de l’emprise sur les esprits et les corps, une forme de soft power grec. Ceci souligne la distance que prend l’éthique juive avec la plastique, cette doxa grecque qui fait de l’esthétique une éthique. Célébrer la forme c’est penser D.ieu à l’image de l’homme et non l’inverse. Alors, de quelle beauté s’agit ?

Commentant le : « Rachel était belle de taille et belle de visage. » Rachi explique : De taille (torr) Ce sont les traits du visage, comme dans : « Il la dessine (yethaaréhou) à la craie… et la proportionne (yethaaréhou) au compas » (Is 44, 13). En français médiéval : « conpas ». De visage : c’est l’éclat du visage.

Rachi,  lui souligne la beauté intérieure qui rayonne de Joseph… mais toujours les pieds par terre souligne les rondeurs d’une Rachel dessinée au « compas » de D.. La beauté intérieure qui rayonne d’un éclat spirituel sur le visage de Rachel ressemble au visage de Moïse qui rayonnait en redescendant du Sinaï.

Or, lorsque Moïse redescendit du mont Sinaï, tenant en main les deux tables du Statut, il ne savait pas que la peau de son visage était devenue rayonnante lorsque Dieu lui avait parlé. (Ex 34, 29)

 Aaron et tous les enfants d’Israël regardèrent Moïse, et voyant rayonner la peau de son visage, ils n’osèrent l’approcher. (Ex 34, 30)

… et les Israélites remarquaient le visage de Moïse, dont la peau était rayonnante.(Ex 34, 35)

Dans une longue discussion sur la destruction du premier Temple et l’Exil qui s’ensuivit le midrach nous révèle ce qu’est la beauté et la grandeur de Rachel est d’avoir renoncé à son propre désir par amour de sa sœur, par pure générosité. Et c’est en cela que consiste la « beauté » :

À ce moment là, notre mère Rachel bondit devant le Saint Béni soit-Il, et dit : « Maître de l’Univers, il est dévoilé devant Toi, que Ton domestique Jacob m’a aimée d’un grand amour et a travaillé sept ans pour mon père afin de m’épouser. Quand ces sept années se sont achevées, et que le temps était venu pour que je l’épouse, mon père a conspiré pour me remplacer par ma sœur (le soir des noces). C’était très dur pour moi, car connaissant le complot, je l’ai révélé à mon mari, et lui ai donné un signe pour qu’il puisse me distinguer de ma sœur, pour que mon père ne puisse pas me remplacer par ma sœur. Après cela, je me suis ‘consolée’ et j’ai eu pitié de ma sœur afin qu’elle ne soit pas humiliée. Et le soir, ma sœur a pris ma place, et je lui ai donné tous les signes convenus avec mon mari pour qu’il pense qu’elle était Rachel. Plus que cela : je me suis mise sous le lit sur lequel il dormait avec ma sœur; et quand il lui parlait, elle restait silencieuse et je répondais à toutes les questions pour qu’il ne reconnaisse pas la voix de ma sœur. J’ai été bonne envers elle, je n’étais pas jalouse d’elle et ne l’ai pas humiliée. Et si moi, une créature de chair et de sang, de poussière et de cendres, je n’ai pas jalousé ma rivale et ne l’ai pas exposée à la honte et au mépris, Toi, Roi Eternel et Miséricordieux, pourquoi serais-Tu jaloux du culte idolâtre dans lequel il n’y a aucune réalité, et pourquoi (à cause de cela), as-Tu exilé mes enfants, qui ont été tués par l’épée, laissant à leurs ennemis faire d’eux ce qu’ils ont voulu?! » Immédiatement après, le Saint béni Soit-Il, eut pitié et répondit : « Pour toi Rachel, Je ramènerai Israël à leur place (sur sa Terre) ». [Eikha Rabba Intro. Seconde. 24].

Ainsi l’amour de Rachel et sa générosité qui rayonnent et que Joseph porte en lui semblent l’exact contrepoint de la haine gratuite sinat hinam, de ses frères.

 

Joseph l’homme aux songes

« Voici venir l’homme aux songes.  Or çà, venez, tuons le, jetons le dans quelque citerne, puis nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré. Nous verrons alors ce qui adviendra de ses rêves! » (Gn 37, 19-20)

II demanda aux officiers de Pharaon, qui étaient avec lui en prison chez son maître: « Pourquoi votre visage est-il sombre aujourd’hui? » Ils lui répondirent: « Nous avons fait un songe et il n’y a personne pour l’interpréter. » Joseph leur dit: « L’interprétation n’est-elle pas à Dieu? Dites les moi, je vous prie. » (Gn 40, 7-8)

Rabbi Hiya et Rabbi Yossi se trouvaient devant Rabbi Simon, Rabbi Hiya dit : Une tradition enseigne : Un rêve qui n’  a pas été interprété est comme une lettre qui n’a pas été lue… (Zohar citant  TB Berakhot 55 a)

Tourmenté et angoissé par la violence jalouse de son frère, déporté en esclavage en Egypte, en prison, Joseph ne cesse de rêver. Il fuit la réalité trop brutale

Le Midrash précise : « Il n’est pas possible, en effet, que les frères de Yossef aient dit : ‘‘et nous verrons ce que seront ses rêves’’ : car une fois qu’ils l’auraient tué, il ne serait rien resté de ces rêves » (Midrash tan‘houma 13).

Cette citerne était vide et sans eau. La tradition glose à plaisir sur cette citerne. Pourquoi dit « vide » puis « sans eau » en pléonasme ? « Il n’y avait pas d’eau » ? Il n’y avait certes pas d’eau, mais il y avait des serpents et des scorpions (TB Shabbat 22a).

Les pleurs de Jacob

II la reconnut et s’écria: « La tunique de mon fils! Une bête féroce l’a dévoré! Joseph, Joseph a été mis en pièces! »  Et Jacob déchira ses vêtements et il mit un cilice sur ses reins et il porta longtemps le deuil de son fils.  Tous ses fils et toutes ses filles se mirent en devoir de le consoler; mais il refusa toute consolation et dit: « Non! Je rejoindrai, en pleurant, mon fils dans la tombe! » Et son père continua de le pleurer. (Gn 37, 33-35)

Marc Chagall, Les pleurs de Jacob, Haggerty Museum, 1957

Marc Chagall, Les pleurs de Jacob, Haggerty Museum, 1957

Parmi les nombreuses leçons que nous dons fournit cette Sidra on relève l’intensité du deuil quand il est provoqué par une mort non naturelle. En effet, le texte dit : « que Jacob porta longtemps le deuil de son fils. » Ce deuil est plus douloureux et plus long que celui qui suit un décès naturel. ( Comme le deuil d’Abraham après la mort de Sarah ou  celui de Jacob après la mort de Rachel.)

Rachi précise : « Son père le pleura Il s’agit de Yits‘haq, qui pleurait à cause de la souffrance de Ya‘aqov, mais sans porter le deuil de Yossef, puisqu’il le savait vivant » (Bereshit rabba 84, 21).

La Tradition cherche à comprendre pourquoi Jacob vit cette souffrance apparemment  inutile :

Et pourquoi le Saint béni soit-Il ne lui a-t-Il pas divulgué [que Yossef était toujours en vie] ? Parce que ses frères avaient maudit et voué à l’anathème quiconque le révélerait, et ils y avaient associé le Saint béni soit-Il. Yits‘haq savait cependant qu’il était en vie, mais il se disait : « Comment le révélerai-je à Ya‘aqov, si le Saint béni soit-Il ne veut pas le faire Lui-même ? » (Beréchith raba 84, 21) cité par Rachi en 37, 33

« Les frères de Yossef ont associé D. dans le serment d’excommunication qu’ils ont prêté contre celui qui révélerait à Ya’akov l’affaire de la vente, et D. a consenti» ( Tan’houma Vayéchev 2)

Yaacov fou de douleur désire la mort. Et quand il retrouvera Joseph il dira : « Cette fois je peux mourir puisque j’ai vu ta face, puisque tu es toujours vivant » (Gn 46,30), Rachi explique au nom du Midrach (Tan’houma Vayigach 9) :

« Je pensais que j’allais mourir deux fois, une fois en ce monde et une fois en l’autre, parce que la Présence Divine m’avait quitté, et je pensais que D. me demanderait compte de ta mort, mais maintenant que tu es toujours vivant, je ne mourrai qu’une seule fois »

et Bereshit Rabba 84,1 nous éclaire:« Ya’akov désirait vivre une vie tranquille mais le malheur de Yossef le saisit… la plénitude réservée aux hommes vertueux dans le monde à venir ne leur suffit-elle pas pour qu’ils désirent aussi vivre une vie tranquille en ce monde? »

En fait la mort n’a pas de prise sur la vie de Jacob comme nous le verrons bientôt car« les Justes sont considérés comme vivants même après leur mort » (Avoth De Rabbi Nathan 34, 10)

Joseph la figure du juste persécuté

Maassé avot siman levanim. Joseph est juste comme Jacob est juste. Ainsi que le précise le Zohar :

« C’est après que Joseph s’unit à Jacob que sa race commença à porter des fruits ; le soleil était uni à la lune. C’est pourquoi la Torah dit : « Voici l’histoire de la descendance de Jacob : Joseph, etc. » Parce que tous les fruits qu’avait  porté cet arbre étaient dus à l’union de Jacob avec Joseph. Le fleuve céleste dont les eaux ne tarissent jamais, charrie les âmes, en ce bas monde. Mais le soleil seul ne suffit pas pour faire porter des fruits à la terre ; Il faut encore l’intervention du degré appelé le « juste. » Le soleil, même approché de la lune, ne saurait porter des fruits. Aussi fallait-il que Joseph, qui est du degré appelé « Juste » s’unit à Jacob pour que sa race porta des fruits » (Zohar Vayéchèv)

Le qualificatif de « Juste » porté par Joseph a été mérité à la suite de sa résistance à la tentation, au prix de sa liberté. Par cet acte de haute portée, il contribua au maintien de l’héritage patriarcal et au salut du monde.

«  Ceux qui ne conservent pas dans toute sa pureté le signe sacré de l’Alliance font en quelque sorte une séparation entre Israël et Hachem … Quiconque souille le signe sacré de l’Alliance est aussi coupable que s’il adorait les dieux étrangers Rabbi Siméon dit : «  Joseph était appelé « Juste » avant la tentation ; il n’a mérité ce nom qu’après avoir résisté à la tentation… C’est pour cette raison que Joseph est appelé «  source d’eau vivante » (Zohar Vayéchèv)

Juda : Le trompeur trompé

Juda dit à ses frères: « Quel avantage, si nous tuons notre frère et si nous scellons sa mort?  Venez, vendons le aux Ismaélites et que notre main ne soit pas sur lui, car il est notre frère, notre chair! » Et ses frères consentirent. (Gn 26, 27)

Que vient faire dans ce récit l’histoire de Juda et Tamar ?

Juda c’est le meneur, celui qui décide ses frères à vendre Joseph comme esclave. Puis qui les aide à tromper leur vieux père Jacob. Mais le trompeur va être à son tour trompé !

Car quand Juda apprend que sa belle-fille Tamar s’est prostituée et est enceinte il délibère de la faire brûler vive. « Emmenez la et qu’elle soit brûlée! »; Hors cette prostituée n’est autre que celle avec qui Juda a couché à un carrefour sans la reconnaître et à qui il a gagé : « Ton sceau et ton cordon et la canne que tu as à la main » pour la payer de ses services sexuels avec un agneau. Non seulement Juda ne récupère pas son gage mais il découvre qu’il a couché avec sa belle fille !

A la ruse de Juda le rusé qui menait ses frères répond la ruse de Tamar. Juda se prend les. pieds dans ses propres pièges.

Tamar est déclarée plus juste que Juda par lui même, vayomer tsadika mimeni : « Elle est plus juste que moi, car il est vrai que je ne l’ai point donnée à Chéla mon fils. » (Gn 38, 26) car les lois du lévirat n’ont pas encore été proclamées; et le midrash va broder sur sa vertu comme il a brodé sur l’esprit de sainteté de Rahab une autre prostituée (qui partage avec Tamar la prostitution, l’esprit de sainteté, la prêtrise et le fil rouge)  :

(Juda) demanda : Quel gage te donnerai-je ? et elle répondit : Ton sceau et ton cordon et la canne que tu as à la main (38,18). R. Hunia a dit : L’Esprit saint l’illumina. Ton sceau fait référence à la royauté, selon le verset : même si Konias, fils de Joiaqim, roi de Juda, était un sceau à ma main droite, je t’arracherais de là ! (Jr 22,24) ; ton cordon (petilekha) fait référence au Sanhédrin, selon le verset : et de mettre un fil de pourpre violette à la frange (Nb 15, 38) la canne (maté) fait référence au roi messie, selon le verset : Ton sceptre (maté) de puissance, l’Eternel l’étendra depuis Sion (Ps 110,2). (Gn Rabba 85, 9)

Tamar va accoucher de jumeaux, Zérah et Péreç, dont sera issue la lignée de David.

Joseph en Egypte

Dans son commentaire sur la Torah, Na’hmanide (Ramban) pose cette question :

Pourquoi durant tout ce temps passé en Egypte, Joseph n’a-t-il pas essayé d’entrer en contact avec son père? Après tout, la Terre d’Israël n’est qu’à « six jours » de voyage de l’Egypte, selon les calculs de Nahmanide.

Pourquoi, quand il est devenu le chef intendant de la maison de Potiphar, Joseph n’a-t-il pas envoyé de lettre à son père (et il pouvait facilement faire une telle chose), l’informant qu’il était vivant et qu’il se portait bien?

De plus, il est évident qu’une fois devenu vice-roi – le deuxième homme le plus puissant d’Egypte – il pouvait faire tout ce qu’il voulait.

Toutes ces nombreuses années où Jacob se languissait et portait le deuil de son fils préféré, auraient pu être évitées. Joseph, lui, ne se languissait-il pas de son père? Comment pouvait-il rester loin de son père durant toutes ces années?

Selon Ramban, Joseph ne pouvait pas contacter Jacob tant que les rêves qu’il avait faits quand il était jeune ne s’étaient pas réalisés. Joseph avait rêvé que ses frères se prosterneraient un jour devant lui. D’ailleurs, la révélation de ce rêve avait engendré la jalousie de ses frères, et avait conduit à sa vente et à son asservissement. Le texte montre que Joseph ne s’est révélé qu’après la réalisation de ce rêve.

 

La nuit comme le jour est lumière

La prison dans laquelle Joseph est enfermée est Beth haSohar ». C’est la première occurrence de cette expression dans le récit biblique. Nahmanide se penche donc sur ce mystère. Selon lui, le mot Sohar est à rapprocher de l’araméen Sihara, « lune » (qui éclaire la nuit) ou encore de l’hébreu Tsohar, « fenêtre », voire même de Zohar, « clarté ».

La prison dont il s’agit, en plus d’être un lieu de captivité n’est pas un puits noir sans fond. Une lumière y brille quelle qu’en soit l’ombre. Un juif n’a pas le droit de désespérer. La liberté n’est jamais loin.

Si je dis: « Que du moins les ténèbres m’enveloppent, que la lumière du jour se change en nuit pour moi! ». 

La ténèbre n’est point ténèbre devant toi et la nuit comme le jour est lumière » (Ps 139, 11-12)

וָאֹמַר אַךְ-חֹשֶׁךְ יְשׁוּפֵנִי  וְלַיְלָה, אוֹר בַּעֲדֵנִי

גַּם-חֹשֶׁךְ לֹא-יַחְשִׁיךְ מִמֶּךָּ
וְלַיְלָה כַּיּוֹם יָאִיר  כַּחֲשֵׁיכָה, כָּאוֹרָה

IDA meilleur film européen


« Ida » du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski a été désigné meilleur film européen de l’année, à la 27e cérémonie de remise des prix du cinéma européen, organisée samedi 13 décembre à Riga.

Le film, une coproduction polono-danoise, entièrement tourné en noir et blanc, raconte l’histoire de deux femmes qui évoquent en 1962, dans la Pologne communiste, les souvenirs de l’Holocauste.

« C’est une grande année pour la Pologne », a déclaré Pawel Pawlikowski qui a également reçu le prix du meilleur réalisateur européen et le prix du public. « C’est surréaliste–vraiment les gens nous ont choisis ? Nous avons fait un film en noir et blanc, avec une caméra immobile ! », a-t-il plaisanté.

(source : Le Monde)

Lire dans Libé « Ida », nonne stop

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Parasha Vayichla’h (il envoya) : Jacob, le combat contre soi-même

7 décembre 2014 3 commentaires

La derasha du shabbat par le Rav Haïm Harboun selon mes souvenirs avec quelques éclairages du Maharal de Prague sur le Pirké Avot.

Chagall représente le combat de Jacob avec l’ange dans une nuit noire sur la terre. On y voit en bas de la toile son petit shtetl d’enfance de Marc Chagall Vitebsk, en Biélorussie qui revient comme un leit motiv dans son œuvre. Le tableau s'éclaircit vers le ciel où le coq brille comme un soleil. La Parasha dit qu’à l'issue du combat avec l’ange « le soleil brilla pour lui » – vayizra'h lo hashemesh.

Chagall représente le combat de Jacob avec l’ange dans une nuit noire sur la terre. On distingue en bas de la toile le petit shtetl d’enfance de Marc Chagall à Vitebsk, en Biélorussie qui revient comme un leit motiv dans son œuvre. Le tableau s’éclaircit vers le ciel où le coq brille comme un soleil. La Parasha dit qu’à l’issue du combat avec l’ange « le soleil brilla pour lui » – vayizra’h lo hashemesh.

Une leçon de psychologie moderne

À nouveau cette Parasha est un remarquable monument de psychologie. C’est la plus longue de l’année et on y trouve une immense série de noms. On sait que Jacob qui y devient Israël est le prototype de la figure du juif et d’Israël.

Que se passe-t-il ? Jacob fuit devant Ésaü et il a peur. Pourquoi ? Parce qu’il se rappelle de la parole d’Esaü : veaarga et yaakov ari « Je tuerai Jacob mon frère! ». Que reproche Ésaü le Jacob ? De lui avoir volé deux choses : son droit d’ainesse et la bénédiction de son père. Cette bénédiction ce n’est pas seulement une simple formule, la bénédiction dans le monde juif constitue l’héritage. Cette berakha est bekhora (droit d’aînesse et héritage). Pour un plat de lentilles Ésaü a perdu son droit d’ainesse et la bénédiction constituée d’une double part d’héritage pour l’ainé vis-à-vis du cadet.

Jacob réfléchit et il se dit. « Voilà, mon frère se sent spolié de son droit d’ainesse, comment contrer cela ? ». Et il trouve un stratagème, il y a toutes les femmes et à tous les serviteurs qui le précèdent : Il leur avait donné cet ordre: « Vous parlerez ainsi à mon seigneur, à Ésaü: ‘’Ainsi parle ton serviteur Jacob’’ (Gn 32, 5). Donc tout au long  tout au long de cette Parasha : « ton serviteur Jacob a de dit … ton serviteur Jacob a dit ».

« Il donna au premier l’ordre suivant: « Lorsqu’Ésaü, mon frère, te rencontrera et te demandera: ‘A qui es-tu? où vas-tu? et pour qui ce bétail qui te précède?’ Tu répondras: ‘A ton serviteur Jacob; ceci est un hommage adressé à mon seigneur Ésaü; et Jacob lui-même nous suit.’  »  II ordonna de même au second, de même au troisième, de même à tous ceux qui conduisaient les troupeaux, en disant: « C’est ainsi que vous parlerez à Ésaü quand vous le rencontrerez. Et vous direz: ‘Voici que lui-même, ton serviteur Jacob nous suit » car il disait: « Je veux rasséréner son visage par le présent qui me devance et puis je regarderai son visage, peut être deviendra-t-il bienveillant pour moi. »» (Gn 32, 18-21)

Comment voulez-vous ne pas être gratifié par une telle flatterie ? C’est de la flagornerie ! on comprend là toute la finesse psychologique de Jacob. Il comprend que son frère se sent dévalorisé, rabaissé à ses propres yeux, alors il l’élève, le grandit. Mais ça ne suffit pas, alors il va aussi lui offrir cette part d’héritage qui provoque le ressentiment d’Esaü qui a dit « je le tuerai » !

Cette mésestime de soi est la grande maladie de notre époque. Comme on dit aux gens qu’ils doivent être beaux riches performants, bref des petits dieux, cette idolâtrie  conduit à une survalorisation de soi (ce que je devrais être…) couplée à une mésestime de soi (ce que je suis réellement..). C’est le ressort profond de l’antisémite qui n’a jamais vu un juif. Pourquoi ne suis-je pas à la hauteur de ce que je voudrais être ? A cause des juifs ! hors il n’y a d’héritage et de biens que spirituels.

Des biens spirituels

Mais Jacob fut fort effrayé et plein d’anxiété (Gn 32, 9), effrayé d’être tué et d’avoir à tuer son propre frère précise Rachi citant (Beréchith rabba 76, 2) et Jacob répond doncà la deuxième frustration d’Esaü qui se perçoit spolié de ses biens en lui envoyant un  troupeau composé d’une immense fortune de bêtes, non seulement l’héritage qu’il a perdu pour un plat de lentilles mais aussi toutes les bêtes qu’il a acquis grâce à son intelligence chez Laban (rappelez-vous la génétique des moutons à poids et à rayures dans la dernière Parasha). Bref il lui rend ce qu’Esaü considère sans aucun doute, comme un dû.

Et Jacob s’adresse à l’Éternel et dit : Eloéï avi avraham, veloeï avi istrak « O Divinité de mon père Abraham, Divinité d’Isaac mon père! Éternel, toi qui m’as dit: ‘’Retourne à ton pays et à ton lieu natal, je te comblerai;’’ » (Gn32, 10). La plénitude dont il s’agit là n’est pas matérielle mais spirituelle c’est le D.ieu des pères et c’est là toute l’ambiguïté de la discussion avec Esaü.

Et Jacob qui a conscience de ce don spirituel qu’il a reçu répond à D.ieu : « Je suis peu digne de toutes les faveurs et de toute la fidélité que tu as témoignées à ton serviteur, moi qui, avec mon bâton, avais passé ce Jourdain et qui à présent possède deux légions » (Gn 32, 11). Il reste ce berger des Téhilim dont D.ieu est le berger et donne le troupeau, « L’Eternel est mon berger, je ne manque de rien, sur des prés d’herbe fraiche il me fait reposer, il me conduit vers les eaux paisibles,… » (Ps 23, 1-2). Sa richesse ce ne sont pas ses troupeaux, les deux cents chèvres et vingt boucs, deux cents brebis et vingt béliers…, etc… mais que L’Eternel soit son berger ! Celui qui dit à Jacob « Je te comblerai de faveurs et j’égalerai ta descendance au sable de la mer, dont la quantité est incalculable. »(Gn 32, 13)(Cf Gn 22, 17 la promesse faite à Abraham). Une descendance spirituelle qui vaut tous les biens de ce monde !

NB : Sur cette énumération de bêtes de Jacob Rachi toujours très réaliste glose sur la différence du désir sexuel masculin et féminin et la fréquence des rapports sexuels et très réaliste affirme : « la périodicité du devoir conjugal n’est pas identique chez tous les individus, et dépend de l’effort que demande leur travail »,  mais nous ne pouvons-nous y attarder ici (voir ici [1])

La vraie Richesse selon le Pirké Avot commentée par le Maharal de Prague

Le Pirké Avot commente de manière lapidaire ce qu’est la vraie richesse:

« Ben Zoma disait : […] Qui est riche ? Celui qui se contente de sa part ainsi qu’il est dit (Psaumes 128, 2) : « Lorsque tu te nourriras du travail de tes mains, tu seras heureux et le bien sera pour toi » ‐ tu seras heureux dans ce monde, le bien sera pour toi dans le monde futur. » (Chapitre 4, mishna 1).

Le Maharal de Prague commente l’affirmation de Ben Zoma concernant le sage puis le fort à propos du riche par un argument assez semblable  (voir ici  tout le raisonnement). Le riche ne se définit pas par rapport à la grande quantité de biens en sa possession car ces réalités sont extérieures à lui‐même. Si on les enlève il n’est plus riche. La richesse dont il s’agit est donc un argument intérieur comme on dit d’une personne que c’est une « personnalité très riche ». Pour le Maharal, le riche de Ben Zoma est riche de Daat (savoir), un savoir intérieur qui renvoie à l’intellect, faculté spécifiquement humaine.

Selon le Maharal, le mot Achrékha (Tu seras heureux) renvoie à l’idée de Kiyoum (maintien solide). Cette expression est employée dans la Torah pour désigner la richesse (Voir le commentaire de Rachi sur Deutéronome 11, 6). Après cet éclaircissement, une nouvelle compréhension du verset se dévoile. En effet, est riche celui qui se nourrit du travail de ses mains car il se maintient par celui‐ci. De plus, un tel homme est plus riche que tous les riches car n’éprouvant aucun manque, il ne cherchera pas à avoir davantage comme le font généralement ceux qui ont déjà beaucoup. Mais si nous commentons ainsi le mot Achrékha, où trouver alors la référence au contentement ? Le Maharal démontre que c’est dans le début du verset que ressort le contentement de l’homme. En effet, se nourrir, manger, est la forme la plus aboutie pour tirer profit de toute chose. Or, c’est dans le profit que s’acquiert le contentement. Si celui‐ci provient directement de lui‐même, « du travail de ses mains » alors ce profit lui appartient complètement. Donc d’après le verset celui qui se nourrit du travail de ses mains, se réjouit de sa part et il est dit sur lui Achrékha que le Maharal traduirait par « tu es riche ». Puis le Maharal commente que la récompense en ce monde s’additionne à celle dans le monde futur (voir ici)

La pauvreté spirituelle d’Esaü

Jacob continue de déployer son stratagème psychologique pour qu’Esaü retrouve l’estime de soi :

Tu accepteras cet hommage de ma main; puisque aussi bien j’ai regardé ta face comme on regarde la face d’un puissant et que tu m’as agréé. Reçois donc le présent que de ma part on t’a offert, puisque Dieu m’a favorisé et que je possède suffisamment. » (Gn 33, 10-11)

Mais Esaü qui se situe dans un monde uniquement matériel répond sans comprendre à Jacob : « J’en ai amplement; mon frère, garde ce que tu as. »… « j’ai tout ce qu’il me faut ». Cette arrogance victorieuse de la richesse est une bonne parabole de celle de l’Occident, de ceux qui accumulent des richesses matérielles pour 300 ans.

Car Jacob sait que son héritage n’est pas un héritage matériel mais un héritage spirituel. Une vie juive réussit ce n’est pas une vie d’accumulation de richesses et une attitude où l’homme n’est jamais rassasié mais ce «L’Eternel est mon berger,  je ne manque de rien » du Psaume 23. Une vie juive réussie c’est une vie qui au bord de la tombe dit avec Jacob « j’ai tout eu ».

Esaü c’est la figure d’un monde sans humanité où l’humain n’a pas de valeur, ou l’humain est la dernière préoccupation derrière l’accumulation matérielle. Jacob, le juif c’est celui qui fait passer le spirituel au premier plan. Dès le début de la Parasha  avant de lui donner ses troupeaux Jacob fait dire à Esaü : « J’ai séjourné chez Laban et prolongé mon séjour jusqu’à présent. J’ai acquis boeufs et ânes, menu bétail, esclaves mâles et femelles; je l’envoie annoncer à mon seigneur, pour obtenir faveur à ses yeux. » (Gn 32, 6). Rachi commente :

J’ai séjourné Je n’y suis devenu ni un prince ni un notable, mais j’y suis resté un étranger, [le mot garti, (« j’ai séjourné ») étant de la même racine que guér (« étranger »)]. Tu n’as plus aucune raison, par conséquent, de me haïr à cause de la bénédiction que m’a donnée ton père : « sois un chef pour tes frères » (Cf. Gn  27, 29), car elle ne s’est pas réalisée (Midrach tan‘houma Wayichla‘h 5).
Autre explication : La valeur numérique des lettres de garti est six cent treize, comme si Ya‘aqov avait voulu dire : Tout en séjournant chez Lavan l’impie, j’ai continué d’observer les six cent treize commandements et je n’ai pas suivi ses mauvais exemples.

Jacob c’est celui lui a gardé la Torah chez Laban, alors que la fin de la Paracha avec une multitude de noms nous racontera les toledot de Laban qui est resté en Canaan non seulement chez des idolâtres qui priaient les forces de la création comme des dieux en s’unissant à des prostituées sous des arbres sacrés pour, soit-disant, unir la terre et le ciel (hiérophanies),  des païens, mais aussi des pervers qui offraient la vie d’enfant innocents au Dieu Molok pour un oui ou pour un non. Le viol de Dina à Sichem, tellement d’actualité ! à la fin de la Parahsa montre le peu de cas que ces gens faisaient de la volonté femme. La réaction violente Siméon et Lévi (Gn 34, 25) et une réponse à cette perversion du pays de Canaan dont Sichem était un haut lieu. (Le temple de Baal Berith de Sichem est mentionné en Jg 9), avec ce cri du coeur « Devait-on traiter notre sœur comme une prostituée? » (Gn 34, 31). Une prostitution qui dans la Bible n’est pas uniquement mais qui concerne , l’avoda zara, le culte étranger, l’idolâtrie.

C’est pourquoi Jacob dira à sa famille :

« Faites disparaître les dieux étrangers qui sont au milieu de vous; purifiez-vous et changez de vêtements. Disposons-nous à monter à Béthel; j’y érigerai un autel au Dieu qui m’exauça à l’époque de ma détresse et qui fut avec moi sur la route où je marchais. » Ils remirent à Jacob tous les dieux étrangers qui étaient en leur possession et les joyaux qui étaient à leurs oreilles et Jacob les enfouit sous le tilleul qui était près de Sichem. »(Gn 35, 2-4)

La solitude de Jacob

Jacob allant à la rencontre d’Esaü a peur car il sait que ses valeurs ne sont pas celles d’Esaü. Il sait qu’Esaü le considère selon son point de vue de païen. Alors Jacob est angoissé et il se sent seul. La solitude de Jacob c’est celle du juif, d’Israël dans l’humanité. Jacob-Israël  est accusé d’être le premier de la classe, le chouchou ; Jacob est accusé d’être riche ; Jacob est accusé d’être mis en valeur. Mais le juif c’est celui qui se surpasse non pas pour être le premier et écraser les autres mais pour faire avancer le savoir et l’humanité. Le juif c’est celui qui enrichit le monde pour donner. Le juif c’est celui qui ne prend pas pour lui les compliments et dont la vie est un exemple.

Cette manière de mettre de l’humanité là où il n’y en a pas. De la spiritualité dans un monde uniquement matériel c’est cela le destin d’Israël. Et c’est dans la tempête qu’on voit le marin, celui qui met l’humanité de l’autre avant tout. Cette mise en avant du spirituel est la seule raison qui explique la longévité du peuple d’Israël, la seule raison qui fait qu’Israël a traversé l’histoire et que tous les autres peuples qui ont bâti de grands empires ont disparu.

Et comme Jacob sait qu’Ésaü regarde la situation avec du ressentiment envers lui-même et les siens, les brebis qui allaient les enfants qui ont du mal à marcher, c’est-à-dire les faibles que lui considère avec bonté ; comme Jacob sait que ce ressentiment peut se transformer en haine profonde et en meurtre, il baisse la garde. Il rétablit Esaü dans l’estime de lui-même qu’il a perdu son et lui donne ses biens.

Le combat contre soi-même

En allant à la rencontre d’Esaü, Jacob fait passer le gué du Yabok à ses femmes, ses 12 garçons, sa fille, ses servantes et ses biens et au moment où il veut passer lui-même un ange lui barre la route. Jacob se retrouve donc seul,  isolé. Il s’en suit un combat qui dure une partie de la nuit jusqu’à ce que l’aurore pointe. C’est pour cela qu’il rêve. Il se bat avec un ange toute la nuit.

[l’ange] reprit: « Jacob ne sera plus désormais ton nom, mais bien Israël; car tu as jouté contre des puissances célestes et humaines et tu es resté fort. » Jacob l’interrogea en disant: « Apprends-moi, je te prie, ton nom. » II répondit: « Pourquoi t’enquérir de mon nom? » Et il le bénit alors.  Jacob appela ce lieu Penïel « parce que j’ai vu un être divin face à face et que ma vie est restée sauve. »  Le soleil commençait à l’éclairer lorsqu’il eut quitté Penïél; il boitait alors à cause de sa cuisse. (Gn 32, 29-32)

Cet ange n’est autre que lui-même. Rachi commente : « Nos maîtres ont expliqué que l’homme en question était l’ange gardien de ‘Essaw (Beréchith raba 77, 3) ». Jacob, Israël sa bat avec lui-même pour garder sa spiritualité. Israël ne se bat pas avec les autres peuples du monde. Il n’y a pas de guerre physique ou matérielle. Il s’agit d’un combat spirituel contre toutes les fausses valeurs, ces idoles vides qui anéantissent l’humanité et ne la mène pas ailleurs qu’à la tombe.

A la fin de la lutte il dit : lo ashale’hakha ki im berakhtani : « je ne te laisserai partir que si tu me bénis ». Cette bénédiction renvoie à celle arrachée à Isaac.

Ya’acov, vient de la racine ‘aqev , le talon. Jacob c’est l’homme qui vient du sol, pas celui qui a la tête dans les nuages ! décrit par Bereshit comme un homme inoffensif, qui vécut sous la tente. (Gn 25, 27) Esaü est  un habile chasseur, un homme des champs (Gn 25, 27), c’est celui qui exploite le sol à outrance sans respect jusqu’à plus soif. Pourquoi ce changement de nom ? Rachi répond : « Ya’aqov ne sera plus On ne pourra plus soutenir que c’est par ruse et par éviction (‘iqva – même racine que Ya‘aqov) que tu as obtenu les bénédictions, mais en toute dignité et ouvertement ». Jacob retrouve la plénitude de ses droits. Il s’est battu avec des puissances célestes et des hommes (Lavan et Esaw).

Pourquoi l’ange n’a pas de nom ? Rachi explique : « Pourquoi demandes-tu : Nous n’avons pas de nom immuable. Nos noms changent suivant les missions dont on nous charge (Beréchith rabba 78, 4). » Maimonide calme nos ardeurs de merveilleux et explique que les anges ça n’existe pas, qu’on utilise cette expression pour désigner ce que la science n’a pas encore découvert. A propos des trois anges de Gn 18 il dit dans le Guide des égarés (VI, 75) : « Remarque bien que de toute part on indique que par ‘‘ange’’ il faut entendre une action quelconque, et que toute vision d’ange n’a lieu que dans la vision prophétique et selon l’état de celui qui perçoit ». Relisant Aristote qui dit que les anges ne sont pas des corps mais pur intellect leur nom est donc leur intention, leur action.

Désormais Jacob «boitait de la hanche » (vehou tsolea’h ‘al yerekho), yerekh c’est la hanche, le flanc ou la cuisse. Jacob ne sort donc pas indemne de ce combat, contre son ordre de naissance (il est le second sorti tiré par le talon mais le premier selon l’ordre de fécondation gémellaire et le choix de l’Eternel). Yisrael ki sarita im Elohim veim anashim, celui qui a lutté avec D.ieu et les hommes. Il boîte mais il est désormais libre de la craint d’Esaü. Ki raïti Elohim panim el-panim Il a vu « D.ieu face à face »  comme Moïse au Sinaï parle à Dieu panim el panim « visage  contre visage comme un ami parle à son ami ». Le Saint, béni soit-Il, se fait proche de celui qui le cherche en se battant contre lui-même.

Là encore la force de Jacob n’est pas la force matérielle des puissants, celle de la guerre mais le combat contre lui-même. C’est d’abord lui-même que vainc Jacob.

Si on reprend l’éclairage du Pirqé Avot et l’explication psalmique de Ben Zoma et son éclairage génial par le Maharal :

Ben Zoma disait : Qui est sage ? Celui qui apprend de tout homme ainsi qu’il est dit (Psaume 99, 99) : «  Je suis plus avisé que tous mes précepteurs car tes vérités sont le thème de mes réflexions ». Qui est fort ? Celui qui domine ses passions ainsi qu’il est dit (Proverbes 16, 32) : « Qui résiste à la colère l’emporte sur le héros ; qui domine ses passions sur un preneur de ville ».(Pirké Avot 4, 1)

Le fort n’est pas celui qui triomphe des autres hommes parcequ’il est « le plus fort » ; Le fort c’est celui qui est fort en lui-même et non pas par des qualités extérieures. Celui qui développe des qualités intérieures de force. Ben Zoma répond que seule la conquête de soi‐même, la domination de ses propres passions fait d’un homme quelqu’un de plus fort que celui qui a conquis une ville (extérieure). L’animal domine ses semblables, l’homme se domine lui-même, c’est ce qui le distingue d’une force de bestiale.

En faisant cela Jacob devient Israël, il rétablit Esaü dans l’estime de lui-même et selon Rabbi Shimon Bar Yo’hai, cité par Rachi, Esaü « l’embrassa de tout son cœur » – neshiko bekhol levo.

Mais aussi il reçoit la bénédiction de l’ange « désormais tu t’appelleras Israël ». En faisant cela Jacob réalise l’oeuvre spirituelle de ses pères Abraham et Isaac. Maasé Avot Simha lévanim.

[1] Deux cents chèvres et vingt boucs : On a besoin, pour cents chèvres, de vingt boucs. Quant aux autres espèces, le nombre des animaux mâles dépend des besoins des femelles. Le midrach Beréchith rabba (76, 7) en déduit la fréquence du devoir conjugal tel qu’il est prescrit dans la Tora : pour ceux qui n’exercent aucune activité, chaque jour. Pour les ouvriers, deux fois par semaine. Pour les âniers, une fois par semaine. Pour les chameliers, une fois tous les trente jours. Pour les navigateurs, une fois tous les six mois. Je ne sais cependant pas comment ce midrach se rattache exactement à notre texte. Il me semble toutefois qu’il convient d’en déduire que la périodicité du devoir conjugal n’est pas identique chez tous les individus, et qu’il dépend de l’effort que demande leur travail. Nous lisons ici qu’il a associé dix chèvres à chaque bouc, de même à chaque bélier. Leur inactivité les porte à procréer davantage, et ils peuvent chacun féconder dix femelles. Or, une bête, lorsqu’elle est pleine, refuse le mâle. Quant aux taureaux, qui travaillent, il ne leur est affecté que quatre femelles. L’âne effectue de longs trajets, il ne possède donc que deux femelles. Le chameau en accomplit de plus étendus encore, il n’aura qu’une seule femelle.

Trente chamelles allaitantes et leurs petits Avec elles. Le midrach (Beréchith rabba 76, 7) lit ouvenéhem (« et leurs petits ») comme s’il était écrit oubanoeïhem (« leurs constructeurs »), soit un mâle par femelle. Mais comme ces animaux sont connus pour leur discrétion lorsqu’ils s’accouplent, on en parle à mots couverts. (Rachi)

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Parasha VAYETSE : Ma’aseh avot siman levanim, « Les actes des pères sont un signe pour les enfants »

30 novembre 2014 2 commentaires

Mes souvenirs de la derasha du Rav Harboun hier :

Ma’aseh avot siman levanim

מַעֲשֵׂה אֲבוֹת סִימָן לַבָּנִים

Ma’aseh avot siman levanim, « Les actes des pères sont un signe pour les enfants ».

Ce expression rabbinique  à un premier sens, elle dit que ce que les ancêtres ont fait devrait être une exemple pour nous , leurs enfants. Abraham est généreux avec ses mystérieux invités, nous devons faire de même; Isaac fidèle à l’entreprise de son père au bénéfice de tous juifs et non-juifs, recreuse les puits de son père et boit  à la même source matérielle et spirituelle, nous devons faire de même, Isaac part en exil chez des païens (Laban) plutôt que de rester chez des pervers en Canaan, nous devons faire de même… etc… en bref , les ancêtres et leurs familles servent de modèles éthiques et moraux que nous devons imiter.

Un deuxième sens , plus profond , développé par Nahmanide  (Ramban sur Bereshit 12, 6) affirme que ce concept doit être compris de manière historique« Kol mah shé’ira laavot siman labanim  (Maassé avot siman lebanim) – « Tout ce qui est arrivé aux pères (les patriarches) est un signe pour les fils »: Ce Qu’est-il arrivé aux patriarches  nous arrive à nous ses enfants. Et Nahmanide citant le Berayshit Rabba commentant le descente d’Avraham et  Sarah à Egypte (Ramban / Bereshit Rabbah sur Genesis 12, 10-20) dit qu’il existe de nombreux parallèles entre leur aventure et l’exil des juifs en Egypte bien des siècles plus tard… . la famine qui entraîne Abraham et sa famille en Égypte et un événement semblable à celle qui entraîne Yaacov et sa famille là-bas. Avraham craint que les Egyptiens veulent le tuer et laisser Sarah vivante sera réalisé comme en échos dans l’histoire lorsque Pharaon décrète que les bébés de sexe masculin doivent être noyés dans le Nil et les filles autorisés à vivre…

Sens allégorique et réalisation historique du Ma’aseh avot siman levanim donc. Nous vivons collectivement ce que les patriarches ont vécu de manière individuelle. Et c’est ce dont je voudrais vous parler aujourd’hui : Jacob qui va bientôt devenir Israël, c’est nous, notre histoire, celle d’Israël. Et c’est pour cela que chaque fois que la Torah parle de Jacob elle parle de chacun de nous.

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Le songe de Jacob par Marc Chagall : le tableau, en forme de diptyque, présente deux scènes seulement reliées entre elles par l’arrondi de la colline où s’est endormi Jacob.  A gauche, dans une nuit au ton violet, il voit en songe des anges monter et descendre une échelle. Les anges semblent danser comme des acrobates autour de l’échelle, évoquant le cirque que Chagall aime tant et soulignant la profonde parenté de ses sujets profanes et de ses sujets sacrés. A droite, l’ange transparent souligné de blanc, couleur divine, porte un chandelier allumé qui éclaire la nuit bleue et rend manifeste l’éblouissement plein d’espoir du message divin.

 

Le songe de Jacob

Jacob sortit de Beer Shava et se dirigea vers Haran. Il arriva dans un endroit où il établit son gîte, parce que le soleil était couché. II prit une des pierres de l’endroit, en fit son chevet et passa la nuit dans ce lieu. Il eut un songe que voici: Une échelle était dressée sur la terre, son sommet atteignait le ciel et des messagers divins montaient et descendaient le long de cette échelle.  Puis, l’Éternel apparaissait au sommet et disait: « Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham ton père et d’Isaac; cette terre sur laquelle tu reposes, je te la donne à toi et à ta postérité. Elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre; et tu déborderas au couchant et au levant, au nord et au midi; et toutes les familles de la terre seront heureuses par toi et par ta postérité.  Oui, je suis avec toi; je veillerai sur chacun de tes pas et je te ramènerai dans cette contrée, car je ne veux point t’abandonner avant d’avoir accompli ce que je t’ai promis. »
Jacob, s’étant réveillé, s’écria: « Assurément, l’Éternel est présent en ce lieu et moi je l’ignorais. »

Jacob est le prototype du juif en fuite et insécurisé comme nous l’avons été pendant des siècles, ce qui forme une partie de notre héritage psychique. Jacob c’est nous. Dans cette Paracha Jacob est en fuite car son frère Esaü veut le tuer. Au cours de son voyage vers Harran, à la frontière de la Syrie et de l’Irak, Jacob s’arrête et passe la nuit à Béthel (Jacob s’écrie בֵּית אֱלֹהִים, beit el- la maison de Dieu).  Pour cela il prend une pierre (eben) comme chevet, (n.b. toujours avec un vocabulaire de la maison, de la construction, des pierres…)[1]. Et Rachi commente à propos de ces pierres :Il « Les mit sous sa tête : Il en a formé comme une murette de l’apparence d’une gouttière autour de sa tête, car il avait peur des bêtes féroces. Les pierres ont commencé de se disputer, l’une exigeant : « C’est sur moi que ce juste posera sa tête ! », et l’autre protestant : « Non ! c’est sur moi qu’il la posera ! » (Beréchith raba 68, 11). Aussitôt, le Saint béni soit-Il les a fondues en une seule pierre (‘Houlin 91b), ainsi qu’il est écrit : « il prit “la pierre” [au singulier] qu’il avait mise sous sa tête » (verset 18). » Jacob c’est donc le type complètement insécurisé, déstabilisé, instable au sens propre. Esaü c’est le symbole du monde cruel et sans humanité des Nations. Et comme Jacob est angoissé déstabilisé, instable il se met à rêver. Nous rêvons la nuit quand nous sommes déstabilisés.

L’échelle où l’on monte et descend c’est la parabole de notre propre vie, de l’histoire du peuple d’Israël. Un jour en haut un jour en bas, un jour riche, un jour pauvre, un jour sur sa terre, un jour exilé…

Obadia Sforno (exégète et médecin du 15è – 16è siècle) interprète ce « montaient et descendaient »  en disant :

« Car en vérité, en fin de compte, les nations après avoir atteint des sommets, en descendront, et D.ieu Béni soit-Il qui existera toujours, n’abandonnera pas son peuple (le peuple juif) selon la parole du prophète Jérémie, (Jr 30, 11) en disant : « Dussé-je détruire de fond en comble tous les peuples parmi lesquels je t’aurai dispersé, que toi, je ne te détruirai pas ».

Jacob c’est tout Israël qui est dispersé exilé de sa terre, poursuivi sans cesse, insécurisé, comme Jacob qui fuit au bout de la Syrie, nous nos parents, nos descendants, de génération en génération. Les empires perses, babyloniens, assyriens, grec, romain… sont des illusions ils « montent et descendent », bâtis sur la puissance et la force ils s’épanouissent à leur apogée avant de s’écrouler.

Et à la fin du songe Jacob n’est plus cet instable dont les pensés montent et descendent dans le cil des idées. Il se réveille avec une seule pierre bien solide sous la tête sur un sol bien solide et une promesse de D.ieu. « Je suis l’Éternel, le D.ieu d’Abraham ton père et d’Isaac; cette terre sur laquelle tu reposes, je te la donne à toi et à ta postérité. Elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre; et tu déborderas au couchant et au levant, au nord et au midi » et cette promesse de bonheur à un homme hier insécurisé ne le concerne pas seulement lui mais elle vise selon un dessein mystérieux « toutes les familles de la terre seront heureuses par toi et par ta postérité. » Et selon une belle iamge psychologique, l’Éternel, « le D.ieu d’Abraham ton père et d’Isaac » ne se révèle pas comme un parent abandonneur  mais comme celui qui dit : « je ne veux point t’abandonner ». L’insécurisé, l’orphelin, la victime de sa fratrie comme le sera Joseph en Egypte est choisi pour écrire l’histoire et s’y engager non pas en rêve mais en réalité, Celui qui accompagne l’histoire et donne une terre bien concrète à Jacob et à sa postérité. L’Eternel se révèle comme celui qui donne un pôle magnétique au nomade déboussolé. « Oui, je suis avec toi; je veillerai sur chacun de tes pas et je te ramènerai dans cette contrée »… et une terre. Et Rachi, toujours dans le détail concret commente avec le talmud : « Sur laquelle tu es couché » Le Saint béni soit-Il a rassemblé sous lui le sol de tout Erets Israël, lui suggérant ainsi que ses enfants le conquerraient avec autant de facilité qu’une parcelle de quatre coudées, dimension qui représente la place occupée par un homme couché (‘Houlin 91b ). »

Ma’aseh avot siman levanim, « Les actes des pères sont un signe pour les enfants ». Et Jacob « saisi de crainte », ajoute : « Que ce lieu-maqom est redoutable! (a maqom azé- maqom comme pour le « Lieu »-maqom du Temple de Jérusalem « porte du Ciel » ou Baroukh atta adonaï miméqomo, béni soit D. dans son Lieu, c’est à dire « où qu’il se trouve ») ceci n’est autre que la maison du Seigneur et c’est ici la porte du ciel. » Bref Jacob passe de son angoisse naturelle face à la violence à la crainte de D.ieu qui n’est pas la peur mais une confiance spirituelle profonde contre qui les ennemis de Jacob-Israël ne peuvent absolument rien. 

Cette sécurité retrouvée de Jacob doit être la notre. Elle s’appuie non pas sur les vains espoirs de réussites en ce monde mais elle ancre la confiance dans  le Rocher d’Israël,vrai maître de nos histoires personnelles et collectives.

Toute la prière d’Israël des tehilim est cette invitation de passer de l’angoisse de vivre à la crainte de Dieu qui libère de l’angoisse, ne s’appuyant sur le D.ieu de Jacob. Le psaume 46 répète deux fois : יְהוָה צְבָאוֹת עִמָּנוּ;    מִשְׂגָּב-לָנוּ אֱלֹהֵי יַעֲקֹב , L’Eternel-Cebaot est avec nous, le Dieu de Jacob est une citadelle pour nous. Et les Prophètes nous exhortent de même :

Non, toi, tu n’as rien à craindre, mon serviteur Jacob, dit l’Eternel, car je serai avec toi. Dussé-je détruire de fond en comble tous les peuples, parmi lesquels je t’aurai relégué, que toi, je ne te détruirais pas. Je te frapperai avec mesure, mais n’aurai garde de consommer ta ruine . (Jr 46, 28)

eux qui ont vécu dans des siècles d’invasion de déportation et de grandes angoisses , alors qu’Israël était un  » vermisseau de Jacob, Faible reste d’Israël « (Is 41, 14) où du moins c’est ainsi qu’il se percevait dans son angoisse fondamentale.

La responsabilité juive

Et la Paracha poursuit :

Jacob se remit en chemin et alla vers la terre des enfants de l’Orient. II vit un puits dans les champs et là, trois troupeaux de menu bétail étaient couchés à l’entour, car ce puits servait à abreuver les troupeaux. Or la pierre, sur la margelle du puits, était grosse. Quand tous les troupeaux y étaient réunis, on faisait glisser la pierre de dessus la margelle du puits et l’on abreuvait le bétail, puis on replaçait la pierre sur la margelle du puits. Jacob leur dit: « Mes frères, d’où êtes vous? » Ils répondirent: « Nous sommes de Haran. » II leur dit: « Connaissez-vous Laban, fils de Nahor? » Ils répondirent: « Nous le connaissons. »Il leur dit: « Est-il en paix? » Et ils répondirent: « En paix; et voici Rachel, sa fille, qui vient avec son troupeau. ». « Mais, » reprit-il, « le jour est encore long, il n’est pas l’heure de faire rentrer le bétail: abreuvez les brebis et les menez paître. »  Ils dirent: « Nous ne saurions, jusqu’à ce que tous les troupeaux soient rassemblés: on déplacera alors la pierre qui couvre l’orifice du puits et nous ferons boire les brebis. »  

Le juif c’est celui qui construit comme Jacob, des puits pour les autres, le juif c’est celui qui enlève la pierre alors que tout le monde dit « on attend », Et il répond : « mais il n’y a qu’à lever la pierre ». Le juif c’est le type ou la femme qui utilise son intelligence face à un problème. Et face de Laban  l’entourloupeur, le menteur qui contre sa propre parole remplace la nuit Rachel par Léa en prétextant ensuite une loi rétroactive contre ses engagements : « Ce n’est pas l’usage, dans notre pays, de marier la cadette avant l’aînée. ». Le juif c’est celui qui ne se tait pas : Velama rimitani ? Pourquoi m’as-tu trompé? »

Le juif c’est celui qui utilise son intelligence pour survivre et pour donner à boire à tout le monde,et  cela fait trois millénaires que nous l’utilisons ! Par son intelligence, Jacob va répondre à la situation chez Laban. Il réfléchi et trouve un stratagème. Il dit à Laban dont l’entourloupe est une seconde nature : « à partir de maintenant les moutons à taches et à rayures seront à moi et ceux sans taches à toi » l’autre lui répond : « D’accord » bien persuadé que Jacob n’aura pas une seul bête puisqu’il n’a jamais vu de sa vie une bête tachetée ou à rayures… Mais Jacob place au fond de l’abreuvoir des bandes et des points… et les agneaux et les brebis font des agneaux avec des points et des tâches…il vient d’inventer la génétique! Aujourd’hui les psychologues ont découvert qu’une mère qui mange certains aliments, qui vit dans une ambiance, la transmet à son enfant dés le ventre. C’est ce que fait Jacob. Le juif c’est celui qui n’accepte pas le robinet d’eau tiède de la médiocrité.

Le juif ce’st celui qui donne toute sa place à sa femme, ne pas prendre de décision sans l’avoir consulté comme Jacob consulte Léa et Rachel « Voilà ce que votre père m’a fait  qu’en pensez vous ?». Si nous ne magnifions pas nos femme que nous ne leur donnons pas toute leur place elles perdent 90% de leur énergie constructive, nous les stérilisons.

Elle dit alors: « Voici ma servante Bilha, approche toi d’elle; elle enfantera dans mes bras, et, par elle, moi aussi je serai mère. » Elle lui donna Bilha, son esclave, comme épouse et Jacob s’approcha d’elle. Bilha conçut et enfanta un fils à Jacob. Rachel dit alors: « Le Seigneur m’a jugée et il a écouté ma voix aussi en me donnant un fils.

Rachi souligne que le targoum traduit veibané gam-anori (« et j’enfanterai moi-aussi ») par : « Et je bâtirai moi aussi Pourquoi « aussi » (gam) ? Voici ce qu’elle lui a dit : « Ton grand-père Avraham a eu des enfants de Hagar, et il a ceint ses reins [c’est-à-dire a imploré Dieu] pour Sara ». Ya’aqov lui a répondu : « Ma grand-mère avait fait entrer sa rivale dans sa maison ! ». Elle lui a répliqué : « Si c’est là le seul obstacle, voici ma servante… “et je bâtirai moi « aussi » par elle”, Et je bâtirai moi aussi par elle « comme Sara » (Beréchith raba 71, 7). Le juif c’est celui qui aide sa femme à construire.

Parler à sa femme, à ses enfants, prendre du temps avec eux c’est cela les construire au lieu de toujours penser à soi. « Eduquer » à la même racine que « construire »en hébreu. Et ben (le fils ) et eben (la pierre) sont des homonymes.

Le juif ne se satisfait pas d’une situation, il dit « on peut changer cela par notre intelligence » ;  Jacob va voir Léa et Rachel, « on peut changer cette situation ». Il ne dit pas mektoub, c’est écrit. Le Pirkei Avot dit :

 Et les Tables de la Loi étaient l’ouvrage de D.ieu et l’écriture était l’écriture de D.ieu, gravée [‘harout] sur les Tables. Ne lis pas ‘harout [« gravé »], mais ‘hérout [« liberté »], car il n’est d’homme libre que celui qui se consacre à l’étude de la Torah. Et celui qui se consacre à l’étude de la Torah en acquiert une élévation, car il est dit : De Matanah [« la Torah donnée en cadeau »] à Na’haliel [« l’héritage de D.ieu »] et de Na’haliel à Bamot [« les sommets »]. »(Pirkei Avoth 6, 2)

Rien n’est écrit tout dépend de notre liberté. Si tu es malade, si tu es bête, si tu es mauvais ce n’est pas Dieu qui fait cela. C’est de ta responsabilité. Réfléchis, cultive toi, invente , étudie : « Tout est entre les mains de Dieu… sauf la crainte de Dieu » dit la Mishna Avot. (TB Berakhoth 33 b.).

L’homme possède l’entièreté de son libre arbitre, la liberté absolue de choisir un chemin ou un autre. Voilà l’enseignement de Jacob-Israël.

C’est donc bien le nom d’Israël qu’il faut lire chaque fois qu’on parle de Jacob. Le soir au cours d’hébreu le rabbin Harboun nous apprenant à compter et soulignant que aleph =1, beth =2, etc..  commenté ainsi une phrase de la Torah incompréhensible sans guematria

Loulé Ashem aya Lanou Yom arna israël qui se traduit  » S’il n’y avait pas le nom de D. ona aurait dit Israël.

… une phrase incompréhensible en traduction sans guematria.  Car :

Avraham compte 5 lettres, sa femme Sarah 3

Itsrak = 4 + Rebecca = 4

Iaakov = 4 + Lea = 3 + Rachel = 3

=> La somme des Patriarches et Matriarches = 26 = la somme de la valeur  des lettres du nom de D.ieu (26)

or quand on change Jacob (=5) en Israël (=6) la somme fait 27 

C’est pourquoi : S’il n’y avait pas le nom de Dieu on aurait dit « Israël »

Le psaume 147 associe ces deux noms disant : « Il a révélé ses paroles à Jacob, ses statuts et ses lois de justice à Israël. »

psaume147

NB : Dans la Haftarah (Osée 11, 7- 14n 10) on nous parle des deux Royaumes Ephraïm (pour ne pas dire Juda fils de Jacob) et Israël « attaché au Trés-Saint »car ils sont une allégorie de la lutte entre Jacob et Esaü. En effet, après la mort de Salomon, les tribus du Nord se rebellèrent sous le règne de son fils Roboam. Les deux royaumes du nord (Samarie) et du sud (Judée) se disputaient la légitimité filiale d’Israël, d’êtres les fils légitimes de Jacob. Les deux nations, Israël au nord et Juda au sud, ne furent plus jamais unies. Ephraïm est le deuxième fils de Joseph, placé avant l’aîné par Jacob (Gn 41, 52- 48, 17-20), ancêtre de la tribu d’Ephraïm. Après le schisme, Ephraïm a désigné  le royaume du nord (Es 7, 2; Os 4, 7; Za 9, 10).

[1] Au début du chapitre 4 du livre de Josué, Josué manda les douze hommes qu’il avait fait désigner parmi les enfants d’Israël, un homme par tribu, et il leur dit: « Passez devant l’arche de l’Eternel, votre Dieu, entrez dans le Jourdain, et ramassez-y chacun une pierre qu’il chargera sur son épaule, nombre égal à celui des tribus d’Israël, afin que ce soit un monument au milieu de vous; et lorsqu’un jour vos enfants demanderont: « Que signifient pour vous ces pierres? » on dira « siman levanim she-`avru avotam ba-yarden » : Ce sont des signes pour les enfants à qui ont a dit « entrez dans le Jourdain » ( Tosefta Sotah 8, 6, TB. Sotah 34 a). En écho à Ma’aseh avot siman levanim, « Les actes des pères sont un signe pour les enfants »

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