LES AUDACIEUX : Didier Long, Radio Suisse Romande


Vous voulez entendre un rabbin oriental truculent ? Une communauté juive pleine de tendresse ? un parcours vers le judaïsme ? C’est ici à la Radio Suisse Romande cette après-midi en replay :

ou ici sur RTS :
https://www.rts.ch/la-1ere/programmes/les-audacieux/6928160-les-audacieux-du-27-07-2015.html#6928159

Didier Long RTS

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Tisha be Av 5775 : Le jour où les juifs ont quitté la France

26 juillet 2015 2 commentaires

Je suis venu te dire que je m’en vais…

Hier j’ai passé Shabbat chez des amis qui font leur Alyah. Il est chef d’entreprise, elle a trois enfants. La joie de les voir partit à Jérusalem et en même temps la tristesse de les perdre. C’était un sentiment paradoxal car Shabbat est un jour de réjouissance et Tisha beAv qui célèbre la destruction du Temple est un jour de deuil. Le jeune a été reporté aujourd’hui à cause de l’interdiction de jeûner et d’être triste à Shabbat. La joie et les pleurs mêlés.

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Ce sont les meilleurs d’entre nous qui quittent la France. Pourquoi ? Parce que lorsque nous ne pouvons plus aller prier sans qu’un car de CRS  armés jusqu’aux dents monte la garde devant la synagogue, parce que lorsque j’amène ma fille au centre aéré… nous traversons un premier rang de militaires de la République puis le service d’ordre juif. Merci à eux de tout coeur. C’est vrai que les enfants font des cauchemars.

Et mes amis ont terminé avec ce cri du coeur : « Mais quel avenir pouvons nous construire pour nos enfants, ici c’est fini ? « … « Et tout le monde s’en fout…la situation ne fait que se dégrader, les juifs s’en vont et ceux qui rentrent en Europe ne sont pas les plus brillants esprits…. on n’est pas en Amérique…  »

C’est la deuxième famille de mes amis juifs proches qui part. Les autres sont partis en avril, tous les deux médecins spécialisés. Ils ne voyaient plus d’avenir pour eux en Europe. Oui des médecins spécialisés ! On importe quoi à  la place des futurs Mohamed Merah ou Amedi Koulibali ?

Des amis à Sarcelles (Ils y vivent depuis 1962) : « Au début on s’est dit que juifs venus du Maghreb et musulmans on était tous des fils d’Abraham venus du monde arabe, on vivait ensemble en frères, maintenant il n’y a pas un gamin en dessous de 25 ans ici qui ne croient que l’Algérie va conquérir la France… le rêve est fini »

Même si je dois bien l’avouer j’ai aussi rencontré des gens plus modestes, un taxi à Strasbourg qui est parti à Tel Aviv, le seul qui n’était pas arabe à la gare ! Il avait déjà quitté l’Algérie en 62 ! Mais c’est vrai un taxi c’est un entrepreneur. Et  la France déteste AUSSI les entrepreneurs.

J’essaie chaque fois d’expliquer que la sécurité à Tel Aviv ou Jérusalem est toute relative.Je le sais j’ai parcouru tout le West Bank.

« Oui, mais au moins là bas on sait ce qu’on risque, le Shin Bet est un des meilleurs services du monde et ils se préparent, font l’armée… en France tout le monde dort, et les français s’en fichent, ils dorment… on constate les attentas, et maintenant les égorgements… à postériori, on a peur « .

Alyah9 à 10 000 juifs quitteront le territoire français en cette année 2015;  3000 rien que cet été, peut être 100 000 dans les 10 prochaines années ? (ils sont déjà 200 000 en Israël soit 25% des juifs vivant en France) avec des retours estimés, faute d’études précises, à 7 à 8%. C’est beau mais c’est triste aussi.
Lisez Alyah d’Eliette Abécassis, tout est raconté très simplement sans exagération avec beaucoup de sensibilité. Vous l’avez vu sur un plateau télé au 20h de TF1 Eliette ? Avant on l’invitait parce qu’elle a des tas de choses à dire. C’est quelqu’un qui réfléchit, pas une excitée. Mais là on n’en entend pas parler, parce que les français se taisent, beaucoup à gauche adoptent déjà la rhétorique inversée des islamistes : « Entre les islamistes et la démocratie les torts sont partagés… On les a bien colonisés… Les juifs sont les nazis des palestiniens qui sont les juifs du 21e siècle, etc… » (sic! ). Tout cet habillage n’est que celui de leur démission. Ils ont peur eux et ils rasent les murs. Alors les journalistes qui ne sont jamais que la voix de la France se taisent; ça fait partie de ces sujets dont on ne parle pas dans un dîner en ville si on est bien élevé.

L’agneau appelle le loup. En début d’année je voyais déjà Marine à l’Elysée et cette peur m’a gagné, Je me suis dit que je devais partir à Miami (30 000 dollars d’avocat sans garantie de carte verte pour siroter des daikiri au bord d’un piscine entouré de vieux) ou à Montréal (6 mois de vie sous terre par an), j’ai sérieusement étudié comment. Et puis je me suis dit que mes deux grand pères étaient morts en 40 que ma mère était pupille de la nation à 4 ans. Je suis juif mais aussi Corse et nous en Corse on meurt les armes à la main. Populu armatu populu rispetatu. Bon  ce n’est pas la solution non plus. Je suis pris entre le « qui vit par le glaive périra par le glaive » et le Talmud bien plus réaliste : « si quelqu’un vient te tuer, lèves toi et tue le ! « . Tu dois protéger ta vie. Mais après tout il y a plus grave que la peur : la peur d’avoir peur.

Un juif ne craint que D. Je reste. Am Israël Haï. En Galout ou en erets.

Après un Espagne sans les juifs, une France sans juifs ?

Comparaison n’est pas raison et l’histoire ne bégaie pas mais elle reste malgré tout maîtresse d’expérience. L’expulsion des juifs d’Espagne est hors de proportion avec celle des juifs de France. Mais je me suis rappelé que nos ancêtres avaient fui l’Espagne face à l’édit d’expulsion d’Isabelle la catholique et Ferdinand d’Aragon précisément la veille de ce 9 Av 1492 (31 juillet 1492).

Comme si l’histoire se répétait. Qu’ont gagné l’Espagne et le Portugal au départ des juifs puis des maurisques ? A la « Reconquista » de 1492 qui vit la chute de Grenade, les arabes et les juifs boutés du Royaume? Le Royaume de D. enfin chrétien ? Le « Siglo de oro », le bien nommé « Siècle d’or » dont l’apogée culmine sous Philippe II (1527-1598) qui règne sur un empire « où le soleil ne se couche jamais » c’est en réalité l’auri sacra fames. Cette maudite soif de l’or venu des Amériques a conduit à la conquête cruelle et brutale du Nouveau Monde et à la saignée de l’Afrique pour la traite des noirs. Mais paradoxalement, au lieu d’aboutir à la prospérité de l’Espagne… elle a conduit à sa ruine. En effet, l’Espagne percevait alors 25% de l’or qui passait par son territoire. Et pourtant les guerres de conquête moyennant de coûteux mercenaires et le train de vie de l’Espagne conduisent le roi Philippe II, protecteur du catholicisme, à s’endetter auprès de l’armée et de banquiers étrangers. Le royaume subit trois faillites, en 1557, 1575 et 1596. Avant de sortir de la scène de l’histoire au profit de la France de l’Angleterre et des Pays-Bas. (lire ici le détail de cette faillite). Un peu plus d’un demi siècle après l’expulsion des juifs, la faillite de l’Espagne était prononcée, comme une sorte de colère de D. Ci-gît l’Espagne qui pensait construire le pavillon témoin du Royaume de Dieu catholique sur terre et ne s’est jamais vraiment remis de ce délire messianique. Ca n’empêchera pas l’Allemagne de reprendre les même délires. En pire.

Les juifs quittent donc la France et peu semblent s’en émouvoir. « Qu’ils s’en aillent en Israël, avec leurs samedi chômé et tous ces trucs auquel on ne comprend rien !… Ils sont toujours en train de se plaindre ! … Il n’y en a que pour eux ! « … etc…

Ami français réfléchis. Juste cinq minute. En ce jour d’arrivée du tour de France !.. et de Tisha be Av.

Le paradoxe de Tisha beAv

Tisha be av

Aujourd’hui est jour de deuil. Nous nous rappelons de la destruction des deux Temples de Jérusalem en – 586 par Nabuchodonosor II et en l’an 70 par les romains. Un bain de pierres et de sang (500 000 morts un quart de la population de la Judée en l’an 70). On se rappelle la fuite d’Espagne et tous ces morts innocents. On jeûne, on enlève les tissus d’ornement à la synagogue. On ne porte pas de chaussures de cuir. On ne salue pas sauf discrètement les incultes et les non juifs pour ne pas les blesser. On évite les promenades. On a pas envie de rire. On vit dans la pénombre du deuil.

Tisha B'av, tableau de Leopold Horowitz, 1887

Tisha B’av, tableau de Leopold Horowitz, 1887

Etrange impression comme si le Temple détruit c’était nous mêmes. Comme si la destruction faisait aussi partie de la construction, de la vie. Ben et banaïr « enfant » et « construire » ont la même racine en hébreu. On n’élève pas un enfant, on le construit. On s’assoit par terre…

Une femme détenue dans le camp surpeuplé de Bergen Belsen racontait comment elle avait trouvé le squelette d’une chaise parmi les immondices. Cette chaise munie d’une planche était devenue une sorte de trône dans son baraquement pour ceux qui ne pouvaient vivre, ou plutôt mourir, que debout ou couchés sur des chalis exigus. Leur seule richesse sur laquelle ils s’asseyait à tour de rôle. Comme si la chaise était le début du symbolique, un commencement de maison et de construction au milieu des ruines.

On n’étudie pas car l’étude fait éprouver la simha Torah, la joie de la Torah. On ne dit pas les psaumes que je retiens sur les lèvres « au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions… comment pourrions nous chanter un air joyeux loin de Sion ? Jérusalem si je t’oublie que ma main droite m’oublie ». On lit les Lamentations de Jérémie, les kinot (élégies) qui racontent la suite de nos malheurs?. C’est un 9 Av que les juifs ont été pour la première fois de France en 1306. C’est à la même date qu’ils avaient été expulsés d’Angleterre en 1290. C’est aussi un 9 Av que Heinrich Himmler reçut l’ordre d’approbation de la Solution finale le 2 août 1941; c’est encore un 9 Av que commença la déportation de masse du ghetto de Varsovie en 1942. Les Kinot tirées des Lamentations de Jérémie 21, 14-16 ne sont pas des « jérémiades », elles ont de vraies raisons de pleurer :

 קוֹל בְּרָמָה נִשְׁמָע נְהִי בְּכִי תַמְרוּרִים–רָחֵל, מְבַכָּה עַל-בָּנֶיהָ; מֵאֲנָה לְהִנָּחֵם עַל-בָּנֶיהָ, כִּי אֵינֶנּוּ.  {ס} « Une voix retentit dans Rama, une voix plaintive, d’amers sanglots. C’est Rachel qui pleure ses enfants, qui ne veut pas se laisser consoler de ses fils perdus!
טו כֹּה אָמַר יְהוָה, מִנְעִי קוֹלֵךְ מִבֶּכִי, וְעֵינַיִךְ, מִדִּמְעָה:  כִּי יֵשׁ שָׂכָר לִפְעֻלָּתֵךְ נְאֻם-יְהוָה, וְשָׁבוּ מֵאֶרֶץ אוֹיֵב.  Or, dit le Seigneur, que ta voix cesse de gémir et tes yeux de pleurer, car il y aura une compensation à tes efforts, dit l’Eternel, ils reviendront du pays de l’ennemi.
טז וְיֵשׁ-תִּקְוָה לְאַחֲרִיתֵךְ, נְאֻם-יְהוָה; וְשָׁבוּ בָנִים, לִגְבוּלָם.  {ס} Oui, il y a de l’espoir pour ton avenir, dit le Seigneur: tes enfants rentreront dans leur domaine.

On sait que lorsque la Guéoula arrivera, le jour de Ticha bé-Av se transformera en jour de joie et d’allégresse. Le Messie naîtra un jour de Ticha bé-Av Le Maharal de Prague nous a enseigné que le mot Galout (l’exil, la dispersion, la dispora) a la même racine que Géoula, la Rédemption. On se rappelle de Rabbi Akiba qui éclata de rire en voyant un renard sortir du Kodesh akodashim détruit et de répondre à ses amis qui pleuraient que la destruction du Temple annonçait sa reconstruction. Celui qui ne prend pas part aux pleurs de la ruine de Jérusalem ne participera pas à la joie de la reconstruction du Saint des saints. Comme si les pleurs et les rires étaient paradoxalement mêlés, la destruction et le construction, la Galout et la Géoula de manière ontologique, avant la création du monde, le maassé bereshit. Après tout nous sommes bien nés en pleurant…

9 Av 5775, les juifs quittent l’Hexagone,  « Quand l’Eternel ramena les captif à Sion nous étions comme des rêveurs » …dit un psaume.  Je vous en supplie amis français, réveiller vous ! redites moi que nous sommes des frères et que tout ce cauchemar va bientôt s’arrêter.

Quoi qu’il arrive ce qui ne tue pas rend plus fort. Israël est ressuscité de toutes ses morts. Baroukh ata adonaï méaié Amétim. Benis sois tu Seigneur qui réssucite les morts. Am Israël haï. Les enfants d’Israël rentreront dans leur domaine.

« Dans le passé Rabban Gamaliel, Rabbi Eléazar ben Azariah, Rabbi Yehoshua et Rabbi Akiva marchaient à Jérusalem et, arrivés au mont Scopus, ils déchirèrent leurs vêtements.

Arrivant ensuite à la montagne du Temple, ils virent un renard qui sortait du Saint des Saints. Ils se mirent à pleurer, mais R. Akiva riait. Ils lui dirent : ‘Pourquoi ris-tu ?’ Il leur dit : ‘Pourquoi pleurez-vous ?’

Ils lui dirent : ‘L’endroit duquel il a été écrit ‘et l’étranger [non-lévite] qui s’en approchera sera mis à mort’ (Nb 1,51), voici que maintenant des renards y sont allés, et nous ne pleurerions pas ! « Il leur dit : ‘c’est pour cela que je ris ! Il est écrit : ‘je prendrai avec moi comme témoins, des témoins dignes de foi, le prêtre Urya et Zacharie, fils de Yeberekyahu’ (Is 8,2). Que vient faire Urya auprès de Zacharie ? En effet Urya est du premier Temple, alors que Zacharie est du deuxième Temple ! Mais en réalité l’Ecriture a fait dépendre la prophétie de Zacharie de celle d’Urya. Dans la prophétie d’Urya il est écrit : ‘C’est pourquoi, à cause de vous, Sion sera labourée comme un champ, etc…’ (Mi 3,12 ; Jr 26,18-20) et dans la prophétie de Zacharie, il est écrit : ‘De nouveau, vieillards et femmes âgées s’assiéront sur les places de Jérusalem…’ (Za 8,4). Tant que n’était pas accomplie la prophétie d’Urya, je craignais que ne s’accomplit pas la prophétie de Zacharie. Maintenant que s’est accomplie la prophétie d’Urya, il est certain que le prophétie de Zacharie est en train de s’accomplir !’

Ils lui dirent : ‘Akiva, tu nous as consolés, Akiva, tu nous as consolés !’ » (TB. Makkot 24a-b ).

LES AUDACIEUX, lundi à 14 h à la Radio Suisse Romande, à 15H 00 en replay

22 juillet 2015 1 commentaire

Où l’on entend un rabbin oriental original, une communauté de l’ouest parisien, un certain Gaston M., le chant de Fabrice M….etc…

http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/les-audacieux/6928159-didier-long-27-07-2015.html

RTS

Le Rav Haim Harboun et Florence Napoly (Maire Adjoint)

Le Rav Haim Harboun , La Radio TV Suisse

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Un conte (vrai) de Tisha be Av : L’incroyable aventure des juifs de Ventimiglia la Nuova (Porto-Vecchio).

21 juillet 2015 1 commentaire

Des noces éternellesOn retrouvera l’aventure des marranes de Ventimiglia la Nuova et ses sources dans les archives secrètes de Gênes dans mon livre « Des noces éternelles, un moine à la synagogue »

Ventimiglia la Nuova

Par une requête du 14 novembre 1577 au bureau de la Corse de la Banque Saint Georges de Gênes (la banque publique), Pietro Massa, « arquebusier » en 1562 à Bonifacio pour le Sérénissime est devenu « barbier chirurgien » en 1570 … et à Giacobo Parmero proposaient d’emmener 167 familles originaires de la « riviera du ponant (de l’ouest) » à Porto-Vecchio pour y fonder une « colonie » génoise de cultivateurs et d’hommes d’armes. La raison invoquée de ce départ est la soi-disant préférence de ces chefs de famille pour un sort incertain plutôt que de vivre dans l’indigence en Ligurie.

Lettre Massa et Parmero

Lettre de demande de Pietro Massa et Giacobo Parmero au Bureau de la Corse de la République de Gênes,
d’envoyer 150 familles reconstruire Portovecchio (14 Novembre  1577 )
( Archives Secrètes de Gênes,Corse, n.g. 7 ) .

On envoya donc 167 familles, 460 personnes des deux sexes- une véritable armada composée aussi de soldats !  pour fonder la Ventimiglia la Nuova, la Nouvelle Vintimile, Porto-Vecchio.

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Porto Vecchio vu de la montagne

Pourquoi de Vintimille ? parceque la Banque Saint Georges (l’Ufficio di san Giorgio) avait acquis Vintimille le 6 novembre 1513. Pietro Massa le fondateur de Porto-Vecchio était très certainement de la famille du jurisconsulte à Gênes Matteo Massa, qui fit partie de l’ambassade envoyée à Gênes lors de la prise de possession de la Banque sur Vintimille. Massa, un mot qui signifie aussi « fardeau »  ou une charge dont on est responsable dans la Bible hébraïque[1] ou massari (le chef d’une communauté juive en Italie à la Renaissance. A moins que l’homme porte comme la plupart des juifs de l’époque le nom de sa ville de résidence. Une charte des Archives secrètes de la sérénissime précise : « Domenico Cipollini, Consul de Nicora, demande et obtient de Gênes que les juifs de Massa et Carrare soient obligés de porter la rouelle quand ils vont à Nicora faire leur marché »

Le patronyme de Parmero est probablement celui d’un juif issu de la ville de Parme à une centaine de kilomètre au nord-est de Gênes. Ceux qui connaissent les manuscrits juifs se souviennent du fameux Psautier de Parme, un livre de Psaumes du XIIIè siècle avec un commentaire d’Abraham Ibn Ezra. Heureux l’homme…

psautier de Parmes

Psautiers (Théhilim) de Parme,  Ms. Parm. 1870 (Cod. De Rossi 510) ,  Bibliothèque Palatine de Parme.
Ce livre des Psaumes enluminé a été composé et décoré vers 1280, probablement à Emilia en Italie du Nord.  

Habillement, et forts de l’expérience de militaire en corse de Massa, les deux compères insistaient sur le fait que leur petit entreprise permettait d’installer une domination génoise entre Bonifacio et Solenzara avec pour effet de sécuriser la cote. Assez curieusement dans cette missive Giacomo s’appelait de son vrai nom « Giacobo ».

La requête de Massa au Bureau de la Corse de l’Ufficio stipulait en son point 22: Che loro Signorie Illustrissime concedino a essi habitatori, che possino dar nome a esso luogo di Portovecchio, di Vintimiglia la nova. « Que vos Seigneurs illustrissimes concèdent à ses habitants de pouvoir nommer ce lieu de Porto-Vecchio, Vintimille la Nouvelle. ».

Le Gouvernement de Gênes édictait le 9 juillet 1578 vingt-six Capitoli (chapitres)[2], adressés à « Pietro Mazza et Giacomo Parmero » qui fixaient les conditions financières et militaires de l’expédition. Massa reçut le commandement de l’expédition, avec le titre de podestat, ayant des droits de justice.

Le chapitre 3 : « Conditions détachées à ce territoire de peur de se quereller au sujet de ses frontières, et des terrains qui sont donnés gratuitement pour toujours » stipule :

« Nous donnons, et accordons librement auxdits Pietro, Giacomo, et leurs compagnons et à leurs héritiers et successeurs : tous les terrains qui existent sur le territoire de Porto-Vecchio, à savoir la vallée de Pruno et Muratello, et San-Martino avec leurs frontières respectives, au lieudit de Porto-Vecchio de cultiver, et semer, mais sans préjudice de tiers. »

Muratello est mon village.

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Les juifs à Gênes

Hors l’Ufficio qui avait financé Christophe Colomb se devait de caser les juifs. Composé de nombreuses familles juives (Ghisolfi, ) et bien sûr marranes il s’atlela à cette tâche discrètement, tout comme Dona Gracia Nassi de la banque Mendès exilée à Amsterdam, Venise, Ferrare… qui sauva des milliers de ses compatriotes.

La Corse en face de Gênes devint vite pour eux une destination crédible. Il y avait deux populations à Gênes, les riches qui pouvaient facilement partir vers la Hollande, la Turquie ou d’autres villes italiennes… et qui surtout était une manne pour la ville… au point qu’on créa les ghetto pour les garder contre les ordres du saint Siège qui demandait de les expulser des villes… et les pauvres qui erraient dans les villages misérablement. La Corse était à 250 km, une encablure… L’Ufficio, selon une politique agraire organisée, peuplait ces terres basses de l’île désertées par les populations autochtones à cause des incursions des corsaires turcs qui hibernaient en hiver dans le golf de Porto-Vecchio et de la malaria, Le « mauvais air » des marécages, mortel.

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Palazzo di San Giorgio sur le port de Gênes, siège de la banque (Office des compères de Saint Georges) qui administre la Corse et les comptoirs de Crimée, Gazaria (famille juive de Ghisolfi) à partir de 1453.

La Thalassocratie Ligure qui avait toujours assuré le commerce avec les ports de Provence et d’Espagne devint ainsi la première destination des marranes à partir de 1492 et avant la fondation de Livourne en port franc un siècle plus tard (les juifs sont seulement 130 à Livourne en 1600). Le premier navire de réfugiés en provenance d’Espagne était arrivé à Gênes en 1478, mais la plupart étaient arrivés après l’expulsion, en automne et en hiver de 1492-1493. Combien étaient-ils ? Des milliers si l’on en croit un prédicateur de l’époque dont la haine mortelle ajoute peut-être au nombre,.. Ces réfugiés étaient pour la plupart comme nous l’avons remarqué des marranos très pauvres venus d’Espagne et du Levant. Maltraités, dépouillés par les passeurs, ils avaient horriblement souffert en route : « beaucoup sont morts de famine, et d’abord les femmes qui allaitent et les enfants… ceux qui n’ont pas d’argent vendent leurs enfants » rapporte un chroniqueur de l’époque. On raconte un prédicateur se promenant dans le foule affamée et proposant aux mères une miche de pain contre le baptême de leurs enfants.

Seuls ceux possédant ces sauf conduits toujours temporaires qui peuplent les archives de la République avaient le droit de résider dans la ville en portant le badge jaune, les autres avaient le choix entre les galères ou se disperser dans les villages ligures. Rien d’étonnant à cela : toutes les villes d’Italie en ce milieu du XVIè siècle vivent au rythme d’un afflux massif de marranes en fuite. Dans un rapport rédigé en 1564 un serviteur zélé de l’Inquisition s’inquiète : « Il n’y a pas de ville en Italie où l’on ne trouve des marranes portugais qui ont fui l’Inquisition au Portugal. Ils s’enrichissent parce qu’ils commercent de toutes les manières tous les produits sans restriction, comme les chrétiens. Ensuite, ils déménagent en Turquie et informent le grand Turc de tout ce qui se fait ici. »[3]. Les quelques 167 chefs de familles qu’embarqua Massa étaient donc des marranes de la seconde ou troisième génération dispersés sur la côte Ligure dans des conditions misérables en attendant retour à meilleur fortune, alors que la peste frappe à nouveau Gênes en 1556 et la construction de son Ghetto sous l’impulsion du saint Siège en 1560.

Les années 1580 en Espagne, au Portugal et en Italie sont celles où les Etats catholiques comprennent qu’ils ont échoué à convertir les juifs, ils adoptent alors une autre stratégie qui vise à les chasser de la société chrétienne, avant de les enfermer dans des ghettos pour ne pas contaminer leurs ouailles. La pureté de la foi passait désormais par la pureté du sang.

Tisha be Av 1492

Le projet de Massa et Parmero était probablement d’établir une Nouvelle Vintimille, une Nouvelle Jérusalem, où le nom des marranes et de leurs enfants ne serait pas définitivement effacé par le Saint Office de l’Inquisition. L’immense détresse de marranes dans un miliou où on lit un peu trop la cabale s’est transformée en folie millénariste. Le messie doit venir et la Jérusalem céleste régner. Selon la prophétie, les habitants des iles se convertiront au D. unique.

Rien d’étrange à l’époque : Colomb qui quitte l’Espagne le 03 aout 1492 (le décret d’expulsion expire le 31 juillet !), découvrira une Nouvelle Espagne et un Nouveau monde selon un projet prophétique messianique et apocalyptique parfaitement documenté. Arrivant à l’embouchure de l’Orénoque Colomb croit avoir trouvé le fleuve du jardin d’Eden ! Sa circumnavigation (du moins le croit-il) prépare l’Apocalypse, la geoula,  une fin des temps dont il est rien moins que « le Prophète » ! Il signait Christo ferens, « Le porteur du Christ ».

Colomb amalgamait l’Espagne messianique avec la Cité de David dans une exégèse allégorique audacieuse… car le prophète Isaïe ne parle pas de l’Espagne… mais Colomb interpréta le fameux chapitre 60 d’Isaïe en traduisant « Les rois de Tarsis et des îles » par les rois d’Espagne. Une exégèse médiévale qui est en fait juive et qu’on retrouve chez Maïmonide… La Corse faisait donc un bon candidat comme île messianique pour les naufragés de Vintimille.

Fait étrange les « Giacomo » partis le 25 novembre 1578 d’Italie, se sont transformés dans une nouvelle liste en  « Giacobo » le 21 mai 1579, neuf mois plus tard à leur arrivée. la même signature que dans leur lettre de demande initiale. Pas moins de 18 Jacob dans la liste et un seul Giacomo, ce qui exclut la possibilité d’une erreur de copiste. Bien que l’orthographe ne soit pas fixée à l’époque comme aujourd’hui et qu’on portait aussi des prénoms de la Bible… il fait peu de doute que ces Giaccobo soient d’anciens juifs dont on a masqué l’identité au départ à Gênes.

Liste de Jacob

La « liste de Jacob » : Liste des chefs de famille qui se préparent à partir pour la Corse (19 à 24 Août 1578 ) .
( ASG , Corse, ng 7 ; cf. tableau 1 , première colonne ). Tous les Giacobo (Jacob) des courriers et de la liste après le désastre (Jacob ont été transformés en prénoms chrétiens Giacomo (Jean). Parmero est devenu Palmero.

Liste de Jacob 2 Lire la suite…

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Oscar Gröning est le premier responsable nazi à avoir demandé pardon aux représentants des victimes

16 juillet 2015 1 commentaire

Dans le Figaro de ce jour une interview d’une certaine Marie-Pierre Samitier :

INTERVIEW – «Je suis désolé», a déclaré le comptable d’Auschwitz à son procès. Pour Marie-Pierre Samitier, auteur de Bourreaux et survivants, Faut-il tout pardonner ?, ces excuses ont une valeur de symbole décisive.

LE FIGARO: 70 ans après les faits, Oscar Gröning, le comptable d’Auschwitz, a été condamné à quatre ans de prison pour complicité dans la mort de 300.000 hommes. Est-ce important de punir les coupables si longtemps après leurs crimes?

MARIE-PIERRE SAMITIER*: Oui, c’est important, même si longtemps après. Pour l’exemplarité de la peine (légèrement supérieure à ce qui était attendu) et pour l’imprescriptibilité qui accompagne la notion de crimes contre l’Humanité. Cette imprescriptibilité est à la mesure de la gravité de la faute commise. Si longtemps après, c’est un procès politique qui est fait là à travers les institutions judiciaires, un procès politique c’est-à-dire un procès qui a valeur de symbole: c’est le représentant du système nazi de l’époque qui est condamné. L’Allemagne d’aujourd’hui condamne donc ce qu’il s’est passé à travers ses hommes de loi.

«Je suis profondément désolé.», a affirmé le nonagénaire pendant son procès. Est-ce rare qu’un bourreau s’excuse pour ses actes?

Oscar Gröning est le premier responsable nazi (même s’il était très jeune à l’époque) à avoir demandé pardon aux représentants des victimes dans le cadre d’un procès. C’est un acte fort parce que la demande de pardon signifie qu’il reconnaît ses fautes commises envers autrui. C’est également un acte fort parce qu’il est unique. Je raconte dans mon livre que les Nazis n’ont jamais exprimé de demandes individuelles de pardon: ils ont été persuadés avoir eu raison jusqu’au bout. C’est le cas de Rudolf Hess (directeur du camp d’Auschwitz) par exemple et des autres prisonniers de Spandau (prison de Berlin où étaient enfermés des criminels nazis après la guerre). La prison a été détruite, elle abritait jusque dans les années 1980 sept hauts dignitaires nazis qui n’ont jamais exprimé de regrets, même si parmi eux Albert Speer (l’architecte d’Hitler) a parfois tenu des propos hésitants sur le sujet. Tous ont estimé jusqu’à la fin qu’ils avaient eu raison de vouloir éliminer «tous les Juifs».

Cette demande de pardon est-elle importante symboliquement?

La demande de pardon d’Oscar Gröning signifie qu’il reconnaît avoir eu tort et qu’il veut changer, faire «Techouva» selon le terme hébreu (la notion de pardon si essentielle pour les Juifs et les Chrétiens vient de là). Cela signifie la possibilité d’un «retour» (Techouv en hébreu) et donc qu’un recommencement est possible avec l’instauration de nouvelles relations entre les individus.

Lire la suite sur le site du Figaro 

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« Tout homme qui rejette l’idolâtrie est ‘Juif’ » (Talmud Méguila 13 a)


Article publié dans la revue Miktav Hadash de juin 2015

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Les familles se querellèrent l’une avec l’autre. La famille de Yehouda dit : C’est grâce à moi que Mordekhaï a pu naître, puisque David n’a pas tué Chim’i ben Guéra. Et la famillle de Binyamin dit : il vient de moi. […] Rabbi Yo’hanan dit : toujours il venait de Binyamin. Et pourquoi l’appelle-t-on yehoudi ? Parcequ’il a renié l’idolâtrie, car tout homme qui renie l’idolâtrie est appelé yehoudi (juif)

Talmud de Babylone, Méguila 13 a

Si l’on en croit le Traité Meguila, être « juif » (yéhoudi) consiste en un seul principe : renier l’idolâtrie. Je voudrais ici témoigner de deux moments qui ont été importants dans ma propre existence. Le jour où j’ai compris qu’il y avait un Dieu, puis le jour où j’ai commencé à sanctifier le temps par le Shabbat. On me permettra cette courte méditation un peu personnelle liée à deux moments de révélation dans ma propre existence. On trouvera un développement plus long sur le chemin qui m’a mené du monastère au judaïsme sépharade traditionnel dans mon livre : Des Noces éternelles, un moine à la synagogue (Lemieux Editeur 2015).

Le jour où j’ai tout quitté pour l’amour de D.

Né jumeau monozygote d’une mère Corse dans un milieu sans croyance, éliminé de l’enseignement public du fait de mes modestes prétentions dans la voyoucratie, j’ai commencé ma brillante carrière dans un atelier crasseux de Michelin à Clermont Ferrand à l’âge de 15 ans.  C’était le début des années 80 et la gauche avait déjà abandonné tout espoir de rédemption pour les ouvriers. L’existence me semblait donc désespérément vide et je ne voyais pas trop ce qui pourrait me tirer de là. C’est à ce moment que j’ai tenté de me supprimer. Evidemment, je me suis loupé. Lire la suite…

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