Tunisie : Joseph et ses frères


Le texte de clôture du Congrès des psychiatres tunisiens à la faculté de médecine de Tunis, 25 octobre 2014, par Gérard Haddad

Chers amis, chers collègues,
GerardHaddadComment d’abord ne pas remercier le comité organisateur, son Président Béchir Ben Hadj Ali, et tous ceux qui m’ont fait cet honneur de m’inviter, en clôture de votre impressionnant Congrès, à donner cette conférence. Je veux voir dans cette invitation le symbole de notre Tunisie nouvelle prête à accueillir chaleureusement tous ses enfants.
A Paris, je suis parfois critiqué pour l’optimisme dont j’ai toujours fait preuve à l’égard de l’évolution du pays, dès le lendemain de la Révolution de 2011, même en ses moments les plus difficiles. J’ai la prétention, en effet, de savoir prendre le pouls de notre peuple.
La Tunisie est le seul pays arabe ayant traversé « Le printemps arabe » sans sombrer dans le chaos et sans revenir à une forme de dictature. Pourquoi ? Ce « printemps » me fait penser à une parabole kabbalistique, celle dite des vases brisés. Selon cette parabole, au moment de la Création, Dieu a disposé une série de vases sur lesquels il envoya Sa lumière. Mais celle-ci se révéla si forte que les vases se brisèrent.
Je compare le mouvement révolutionnaire de 2011 à cette lumière si puissante que la structure de la plupart des pays arabes a volé en éclats. Sauf la Tunisie ! Depuis près de trois ans, en Tunisie tout est provisoire, le Président, les gouvernements successifs, les gouverneurs de région, les chefs d’administration, les directeurs des hôpitaux, etc. tous sont provisoires ! Et pourtant le pays n’a jamais cessé de fonctionner, plus ou moins bien. Fluctuat nec mergitur, la devise de Paris, convient bien à la Tunisie : Je flotte mais je ne coule pas. Et demain, 26 octobre, jour des élections, le bateau arrivera sain et sauf à son port.
La Tunisie traverse une véritable révolution, n’en déplaise aux esprits chagrins, ou bornés, qui ont de la révolution une représentation hollywoodienne, ceci quelles que soient les personnes qui, demain, dirigeront le Pays. Vous et moi avons un point commun avec ces futurs dirigeants. Nous avons tous un inconscient et c’est cet inconscient qui conduit le bal des destins individuels ou collectifs.
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Catégories:spiritualité

Recette : cédrat confit

26 octobre 2014 1 commentaire

Cédrat

Il faut imaginer une odeur citronnée dans toute la cuisine qui pique les narines comme celle d’une sucette au citron.

Le Rambam dit que les bébés ont un bon odorat « grâce à l’etrog mangé par leur maman! » et que le cédrat permet de délier les langues des enfants qui commencent à parler (si, si si !). La recette des cédrats confits corses :

Ingrédients de la recette Cédrats confits

1 kg de sucre pour 1 kg de cédrats.

Etapes de la recette Cédrats confits

Préparation des cédrats confits:
Couper les fruits en deux dans le sens de la longueur. Débarrasser les cédrats de leurs pépins avant de les faire tremper pendant au moins 3 jours dans de l’eau froide, en changeant l’eau matin et soir.
Le quatrième jour, jeter l’eau et faire cuire les cédrats dans une nouvelle eau jusqu’à ce qu’ils soient ramollis. Retirer de l’eau et plonger aussitôt les fruits dans de l’eau froide pendant 1 minute. Laisser égoutter jusqu’au lendemain.

Préparation du sirop pour les cédrats confits:
Le cinquième jour, préparer un sirop en faisant bouillir dans 1 l d’eau 1 kg de sucre et 1 kg de fruits dans une casserole en cuivre ou en inox. Lorsque l’ébullition est bien déclarée, ajouter les cédrats. Laisser les fruits cuire pendant 15 minutes. Retirer la casserole du feu, puis verser le sirop et les fruits dans un récipient en verre.
Le sixième jour, remettre le sirop dans la casserole et faire chauffer jusqu’à grande ébullition. Plonger les fruits 5 minutes dans ce sirop, puis retirer la casserole du feu et reverser la préparation dans la casserole.
Recommencer le lendemain, ainsi que les jours suivants, au total pendant 8 jours.
Le dernier jour, retirer les fruits, égoutter et porter le sirop à ébullition pendant quelques secondes. Verser le sirop sur les fruits, laisser égoutter, puis sécher.

Conservation des cédrats confits:
Conserver dans une boîte fermant hermétiquement.

Pour en savoir plus : Cédrats confits – Recette de Cédrats confits – Magicmaman.com

Catégories:Non classé, spiritualité

Lettres séfarades : quand les juifs parlaient arabe

26 octobre 2014 3 commentaires

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Le Rav Harboun m’a confié un petit livre étrange avant de partir à Jérusalem. Comme on peut lire en haut de page c’est un livre du Rambam, (l’acrostiche de ‘Rabbi Moshe Ben Maimon’), Maïmonide, né à Cordoue en 1135 et qui erra en Espagne et à Fès au Maroc puis vécut 40 ans en Egypte. Maïmonide, le plus grand maître du judaïsme, médecin, talmudiste , théologien… dont la tradition dit « De Moïse jusqu’à Moïse, il n’y eut personne comme Moïse » et à qui on se réfère constamment.

Il s’agit des règles du shabbat par Maimonide.

Rambam Halakhot Chabbat

Rambam Halakhot Chabbat (« Maïmonide, les règles du shabbat »)

Mais le plus drôle c’est qu’on trouve au milieu de la page en lettre hébraïques, m’a fait remarquer mon ami, une inscription en lettres hébraïques mais en arabe : tafsir biarabia. « Commentaire en arabe ».

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L’arabe était la lingua franca des rives de la Méditerranée mais l’usage de ses caractères est prohibé au non musulmans ; l’hébreu était alors l’une des deux langues savantes de l’Europe occidentale. L’arabe était donc devenu la langue vernaculaire des séfarades utilisée aussi pour leurs écrits scientifiques, philosophiques. Dès la seconde moitié du IXe siècle, la plupart des textes juifs en prose, sont écrit directement en arabe.

Tafsir biarabia « le commentaire en arabe » Dans le monde musulman le mot tafsir (تَفْسِير tafsīr, « interprétation ») désigne le commentaire. (voir ici ). Ce mot est aussi utillisé pour l’interprétation du Coran (voir ici)

Il faut dire que la plupart des grandes œuvres sépharades ont été écrites… en arabe. Ainsi, Le Moré Névoukhim, le « Guide des Egarés » de Maimonide, ses épitres (Iggérot),  ont été écrit en arabe. Le Hak-Kûzari « Livre des arguments et des preuves pour le défense de la foi méprisée » (vers 1140) de Judah Ha-Levi est aussi écrit en arabe. Saadia Gaon (Sa`īd ibn Yūsuf al-Fayyūmi  en arabe) qui vit en Egypte et en Babylonie au Xème siècle écrit en arabe. Toute la poésie hébraïque de l’époque s’écrit en langue arabe.

saadia-gaon

On écrivait donc en judéo-arabe (arabe en lettres hébraïques) :

More-Nevuchim-Yemenite

Manuscrit en judeo-arabe du Guide des perplexes Yémen, XIII ou XIVe siècle

 

Quitte à traduire ensuite en hébreu :

Le Guide des Égarés ms. hébreu, XIVe s., Majorque, 1352 traduction de Samuel Ibn Tibbon Bibliothèque nationale de France département des manuscrits © cliché Bibliothèque nationale de France

 

En réalité l’histoire permet de prendre du recul. Les musulmans ont longuement étudié Maïmonide, appelé en arabe Abou Amram Mousa Maïmoun Obad Allah, tout comme Thomas d’Aquin qui le cite en permanence dans sa somme théologique en l’appelant « l’aigle de la synagogue ». Juifs, chrétiens et musulmans ne sont pas nés pour se détester. On ne nait ni juif, ni chrétien ni musulman, on nait dans l’humanité disait Leibovitz. Voilà ce qu’écrivait Maîmonide, en hébreu :

Malgré tout, les pensées du Créateur du monde sont impénétrables pour l’homme, notre conception et notre pensée sont différentes de la sienne. En effet, toutes ces choses-là concernant Jésus le nazaréen, et l’Ismaélite qui vint après lui [Muhammad], ne sont venues qu’afin de préparer le chemin pour le roi Messie, pour améliorer le monde entier à servir Dieu ensemble : Alors je transformerai les peuples d’un langage commun pour que tous invoquent le nom de l’Eternel et le servent d’un cœur unanime [1]

Moïse Maïmonide, Mishné Torah (lois des Rois 11, 4).

[1] Livre de Sophonie 3,  9.

Catégories:Judaïsme, Moyen-âge

Haredim

18 octobre 2014 1 commentaire

Les émissions sur le milieu Haredi (ceux qui craignent D.ieu) sont rares et souvent des vues de l’extérieur. Il est finalement assez facile de se draper dans une pseudo-modernité sûre de son bon droit en se moquant des milieux traditionnels. L’émission d’Arte « Un monde à part » n’est pas dans la caricature elle essaie de comprendre les opinions les débats qui traversent la communauté. Elle présente des personnages magnifiques commeRachel Bamberger Chalkowski plus connue sous le nom de Bambi, la légendaire sage femme de l’hôpital religieux Chaaré Tsédek à Jérusalem crève l’écran. La fille ainée du Rav Ovadia Yossef, ZAL,  le chef des séfarades d’origine yéménite, Adina Bar Shalom (son portrait ici) raconte avec beaucoup de tact sa position de femme dans le milieu haredi et sa souffrance de ne pas avoir pu faire d’études (voir ici le témoignage de son autre fille cadette Rivka). Shmuel-Haim Pappenheim (voir ici une interview), qui publie un journal, refuse de reconnaître Israël. Il préconise de ne jamais voter et de ne pas faire son service militaire. À l’opposé, le rabbin Avraham Ravitz dirige un parti religieux qu’il a représenté en tant que ministre et député…

Tout est dit sans juger : sur Internet, sur le sionisme, les ultraorthodoxes qui rejettent Israël, sur le débat entre un projet d’Israël appuyé sur la Tradition et un projet laïc. Magnifique.

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A revoir sur ARTE + 7
jusqu’à mercredi

Catégories:spiritualité, Témoignage

Le shofar à l’heure du retour (teshouva)

15 octobre 2014 2 commentaires

Le shofar  sonné par le rabbin Harboun ce matin pour Hoshana Rabba (film de Gaston Madar)

La première fois que j’ai entendu la sonnerie (teru’a) du Shofar au soir de Kippour j’ai eu l’impression les yeux fermés de me retrouver sur les hauts plateaux de l’Alta Rocca dans mon pays : la Corse.

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Alta Rocca vue au dessus de chez nous, au loin la mer et la cote est de la Corse (golfe de Propriano)

En effet, le soir alors que le soleil se couche, le berger crie en écho vers la vallée ou sonne de la corne, alors les bêtes qui connaissent sa voix et vivent en stabulation libre dans la forêt et le maquis pendant la journée reviennent vers l’eau et le fourrage du berger.

C’est une ambiance très spéciale un moment très impressionnant, cette « heure bleue » entre le jour et la nuit au lever du soleil et à son coucher, le ciel se remplit d’un bleu pâle plus foncé que celui du ciel le jour. Les scientifiques parlent d’effet de diffusion Raylight et le langage populaire parle de « l’heure bleue » ou « entre chien et loup ». Un grand silence dans la nature et que les oiseaux se taisent, les fleurs et la nature exhalent alors tous leurs parfums. Et la corne ou la voix du berger appellent au retour.

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Cet imaginaire agraire et pastoral remplit les psaumes. Combien de fois dans la prière des psaumes D. est-il invoqué comme le Berger d’Israël… « Berger d’Israël, écoute ! toi qui mènes Joseph comme un troupeau! Révèle-toi dans ta splendeur, toi qui trônes sur les Chérubins! » (Ps 80, 1). Le psalmiste s’écrit dans le psaume 23 : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien, sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer, il me conduit au bord d’eaux paisibles ». D. est le « Shomer Israël », son gardien qui guide les pèlerins en route vers Jérusalem « au départ et au retour, pour l’éternité » dans les psaumes des montées » (Ps 121, 8) (Shir hamahalot), donc au moment des grandes fêtes de pèlerinage (Pessah, Shavouot, Soukoth).

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Alta Rocca au dessus de chez nous, au loin  le village de Lévie, devant des immortelles.

C’est justement au coucher du soleil à Kippour et que le même shoffar a sonné ce matin à l’aube pour Hoshana Rabba, septième jour de soukoth, celui où notre destin est définitivement scellé, le « petit Kipppour ». Le shofar signe l’heure de la teshouva du retour, il remplit tout l’être et convoque le jugement des actions en ce monde.Il sonne à Rosh Hashana puis à Kippour, à Hoshana Rabba enfin scellant le livre.

“Juda bar Nahmani a commencé en ces termes, au nom de Resh Laqish: Psaume 47;6 dit: Elohim monte en fanfare (teru’a), YHWH au son du cor (shofar). Lorsque le Saint béni soit-il monte pour prendre place sur le trône du jugement c’est pour rendre un verdict, ainsi qu’il est dit: Dieu monte en fanfare…Mais lorsque les Israélites se saisissent de leur shofar le Saint béni soit-il change de trône: il quitte celui du jugement pour occuper celui de la miséricorde, ainsi qu’il est dit: Dieu (monte) au son du cor. Son cœur est empli de miséricorde et il leur pardonne. Quand cela a-t-il lieu? Le premier jour du 7ème mois.” (Midrash : Lévitique rabba § 29, Genèse rabba § 56 et Rosh ha-Shana 16a)

“Bien que la sonnerie du shofar soit un précepte biblique concernant le nouvel an et le jour des propitiations on y trouve aussi l’allusion suivante: O vous qui dormez, sortez enfin de votre léthargie et vous qui somnolez émergez donc de votre torpeur. Examinez votre conduite et faites amende honorable. Que chacun rejette ses mauvaises pensées et ses actions iniques.” (Mishné Tora, Maïmonide (1138-1204)

Le son du shoffar est celui du retour, de la teshouva, de la repentance l’appel du Berger d’Israël. Heureux ceux qui l’entendent !

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Derrière moi le village  de Lévie

 

 

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un kern (muccio en langue corse)en alta Rocca  , on posait autrefois une pierre pour se souvenir d’un défunt mort de mort violente.

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Pierres sur les tombes dans la plaine (herbage d’hiver des populations de la montagne)
en réponse à un commentaire du post.

 

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L’univers… vu de ma cabane

11 octobre 2014 2 commentaires

« Vous prendrez le premier jour un fruit de l’arbre de hadar, des branches de dattier, des rameaux de myrte et des saules de rivière » (Vayikra 23, 40).

Souccot-Loulav

Souccot, la fête des cabanes est une fête paradoxale.  A la fois universelle et en même temps particulariste. Avec des rites extrêmement situés ethniquement (comme la construction d’une cabane) et en même temps la fête signifiant la vocation d’Israël pour les Nations. Israël est conduit dans des cabanes au désert pour éprouver sa fragilité et l’amour que lui porte l’Eternel :

« Ainsi parle Le Seigneur : Je te garde le souvenir de l’affection de ta jeunesse, de ton amour au  temps de tes fiançailles, quand tu me suivais dans le désert, dans une région  inculte ». (Jérémie 2, 2).

Et le Midrash commente :

« Quelle est donc celle qui monte du désert » (Cantique des cantiques 3, 6). Les Bné Israël se sont élevés grâce à leur séjour dans le désert. « La Torah vient du désert, la Manne et les cailles viennent du désert, le Michkan (Tabernacle-sanctuaire de la présence de D.ieu dans la tente) vient du désert, la Présence Divine (Shékhina) vient du désert, la Kéhouna (la prêtrise) et la Malkhout (la royauté) viennent du désert, le puits vient du désert, les nuées de gloire viennent du désert ». (Midrach Tan’houma, Chémot 14)

D.ieu « dresse une table dans le désert »(Psaume 78, 20)

Le Loulav 

Il n’est pas de rite plus singulier que le balancement du loulav (bouquet contenant une palme de palmier, trois tiges de myrte et les deux branches de saule) et de l’etrog (Cédrat : sorte de citron originaire de perse) vers les 4 points cardinaux, le ciel et la terre, c’est-à-dire tout le cosmos ; un geste répété chacun des huit jours de la fête dans la cabane, un rite par lequel le particulier rejoint l’universel.

Loulav

Etrange rite que celui du balancement du Loulav lors de la fête de Souccot. On rassemble le loulav et l’étrog (l’ensemble constitue les les Arba Minim)  et on fait trois va-et-vient dans chaque direction : vers le sud, vers le nord, vers l’est, vers le haut, vers le bas et vers l’ouest. Chaque fois que les quatre espèces sont ramenées vers soi, le bas du bouquet touche le cœur. L’unité juive, celle de ce bouquet est l’un des principaux thèmes de Souccot. Les Quatre Espèces symbolisent quatre types de Juifs, ayant différents niveaux de connaissance de la Torah et de pratique des mitsvoth.

 

Le cédrat

Le cédrat (étrog) est joint au loulav. Selon le Talmud, les quatre espèces représentent quatre types de juifs. L’ensemble du bouquet l’union de la totalité du peuple les juif, quel que soit le degré d’attachement à Dieu de ses membres. La feuille de saule n’a ni goût ni odeur. Ce sont les personnes qui n’étudient pas la Torah et ne font pas de bonnes actions. La branche de palmier est comestible mais n’a pas d’odeur. Elle renvoie aux personnes qui étudient mais ne font pas de bonnes actions. La myrte a une bonne odeur mais n’est pas comestible, elle symbolise ceux qui accomplissent de bonnes actions mais n’acquièrent pas la connaissance. Le Cédrat a un bon goût et une bonne odeur. Il représente les personnes qui étudient et accomplissent de bonnes actions. (Talmud de Babylone, Vayikra Rabbah 30, 12).

Laissez moi vous livrer ici un souvenir personnel. Pendant toute mon enfance ma grand-mère m’envoyait à Noël un cédrat confit du cap Corse. Cette « madeleine de Proust » a bercé de son gout mon enfance. J’en comprends seulement aujourd’hui le sens.

Cédrat Mattei

Le cédrat de Souccot, selon la tradition juive doit être sans tache, avec sa queue, non greffé, il fait l’objet d’une surveillance très stricte et coûtait donc très cher aux juifs des siècles derniers. Depuis le XVIIème siècle au moins Gênes était la place de marché où toute l’Europe centrale juive de Prague en Tchéquie, Cracovie en Pologne (Prusse orientale à l’époque) ou de Lituanie venait se fournir pour ces fruits rituels, avant que la production Corse ne supplante celle de la côte ligure. La variété « diamante », de Calabre dont les villes de Cetraro et Diamante portent le nom et qu’on trouve aussi en Corse, était suspecte du point de vue rituel, le « cédrat de Corse » espèce la plus ancienne présentait la particularité rare d’être encore cultivé « franc de pied », c’est à dire sans greffe. C’est ainsi qu’en 1875, grâce à de prestigieux rabbins de Lituanie, avec à leur tête les Rav Kovna et Yits’haq El’hanan Spector, ainsi que les Rav Israël Salanter et Chlomo Kluger, tous des maîtres reconnus et très respectés du judaïsme lituanien, interdirent l’utilisation des éthroguim de Corfou à Soukkot pour encourager ceux de Corse. (Source : revue Kountrass)

Etrog

J’ai retrouvé dans les archives de Gênes depuis le XVIIème siècle de multiples témoignages su ces cédrats. Gênes était la place de marché où les « allemands »  (c’est-à-dire les ashkénazes d’Europe centrale) venaient se fournir en étrogim. Ainsi, en 1676, des marchands juifs de Prague, Cracovie et de Lituanie venus acquérir des étrogim sont emprisonnés à San Remo faute de porter le « chapeau jaune »… En 1684 est fondée pour 20 ans une compagnie dont les rabbins contrôlent les bénéfices destinée à exporter des étrogim et des palmes de San Remo et Gênes vers Francfort. Le prix est fixé par le chef des communautés juives de Gênes pour ne pas vendre à un prix trop haut pour les pauvres… En 1699, à Testes, un notaire reçoit la plainte des juifs Isach Ghaertz et Moïse Incava contre à la Compagnie Thoma Vethen & Scaaf au sujet de 180 étrogim cueillis à Menton et introduits à Gênes via San Remo, car ceux-ci sont impropres à l’usage  pour Soukkot car ils sont tachés et sans queue… à partir du XIXème siècle seuls les cédrats corses sont considérés cachères car francs de pied.

 

Quadosh

La cabane comme la tente au désert renvoient directement à la figure du mishkan, cette « tente de la présence » nomade où D. résidait au désert. Moins une réalité d’espace qu’une réalité d’amour.

Tout le message de Souccot est là. L’homme pas plus que D. ne peut résider dans une « demeure ». L’amour dans famille ne peut se mesurer en nombre de mètres carrés.

A la question : Comment l’Eternel que la terre et les cieux ne peuvent contenir réside-t-il dans un espace de 2 coudées par deux coudées et demi ? Le Talmud répond : c’est comme un couple, après leur fiançailles le lit est toujours trop grand pour eux… mais quand ils ont vieilli… même la place du village n’est pas assez grande pour eux. Le Temple, la tente, la cabane sont des signes qui ne sont pas des fins en soi.

Ha-Kuadoh baroukh ou, le Saint béni soit-Il, habite le Mishkan, sa tente au désert au milieu du camps, le Temple mais il habite aussi les hymnes d’Israël, c’est à dire la liturgie, le sacrifice des lèvres : « Tu es pourtant le Saint, trônant au milieu des louanges d’Israël. En toi nos pères ont eu confiance, ils ont eu confiance, et tu les as sauvés. » (Psaume 22, 4-5), l’espace restreint de la cabane, de la tente, fait signe de tout l’univers, il n’est pas un lieu où D. ne soit. Et on nomme parfois D. a-maqom, le Lieu, comme dans la bénédiction du shabbat : Baroukh Ashem Kevod Mimekomo. « Béni Soit sa gloire en son Lieu » (sous entendu : sa Gloire réside quel que soit le lieu) dite par les Séraphim, les Hayot dans les Cieux. Toute bénédiction vient de D. et le seul pouvoir de l’homme est de laisser passer cette bénédiction en ce monde. (Il n’existe pas de « saints » dans le judaïsme, D. seul est Ha-Kadosh-baroukh-ou.

Nous l’avons remarqué quadosh « saint » désigne le fait de particulariser en hébreu. Israël est particularisé pour les Nations, signifiant. La haftara (lecture des Prophètes) de ce shabbat, d’Ezéchiel, un récit de genre apocalyptique qui raconte la guerre de Gog et Magog souligne cette sainteté du Saint, Ha Kadosh ou baroukh ou . « Et mon saint nom, je le ferai connaître au  milieu de mon peuple Israël, […]; et les nations reconnaîtront que je suis l’Eternel, saint en Israël !.

Il n’existe pas de fête plus universelle que la fête de Souccot qui célèbre l’universalité du judaïsme pour toute l’humanité.  Celle-ci faisait partrie des trois fête de pélerinage où on montait au Temple de Jérusalem du monde entier slon le commandement biblique : « Trois fois par an paraîtront tous les mâles devant Hachem, ton D.ieu, à l’endroit qu’Il choisira, à la fête des Matsot, et à la fête de Chavouot, et à la fête des Souccot… ». (Dévarim 16, 16). Le peuple arrivait devant les portes de la ville ne chantant les Psaumes des montées si l’on en croit la Mishna : « « Nous nous sommes tenus à tes portes, Jérusalem ! » (Mishna Bikourim 3, 2 et les commentateurs). La ville fleurissait de cabanes et de loulavim rapporte le Talmud : « Ainsi était la coutume des habitants de Jérusalem : un homme sortait de sa maison avec son Loulav dans les mains, il partait à la synagogue avec son Loulav dans les mains, il lisait le Chéma’ et priait avec son Loulav dans les mains. Pour te faire savoir combien ils montraient d’empressement à l’accomplissement des Mitsvot ». (TB, Soucca, 41b)

Ce jour-là étaient offertes dans le Temple de Jérusalem 70 taureaux en l’honneur des 70 nations du monde. Le parvis des païens, immense par rapport à celui d’Israël, était là pour rappeler au fidèle que le Temple était aussi pour les Nations, avec Israël au mileu. La cour des gentils, c’ets à dire des païens entourait le saint qui contenait le saint des saints. L’Éternel habitant le Saint des Saints au cœur du parvis d’Israël. Une maison vide de toute statue, c’est-à-dire de tout dieu, phénomène unique pour les religions antiques signifiant qu’il ne fallait pas se tromper sur le compte de D. Celui-ci n’habitant une maison construite de main humaine… que du point de vue humain. Comme le résume le Psaume :

« Il est une chose que je demande à Hachem, que je réclame instamment : c’est de séjourner dans la maison d’Hachem tous les jours de ma vie, de contempler la splendeur d’Hachem et de fréquenter Son sanctuaire ». (Téhilim 27, 4)

 » Va leur dire qu’ils fassent un sanctuaire pour que Je réside parmi eux. C’est comme si J’abandonnais les hauteurs et descendais pour demeurer parmi eux ! Et non seulement cela, mais aussi, va et fais-leur des étendards en Mon nom. Pourquoi ? Parce qu’ils sont Mes enfants !  » ». (Bamidbar Rabba, 6)

Temple

On paraissait dans le maison de D. pour se « montrer » à lui et surtout le voir. On montait à la colline du Temple d’où les « psaumes-chants des montées » (shir hamaalot). D. « résidait dans les hauteurs » et « abaissait son regard » vers son peuple. Comme apporte Maïmonide : « Lorsque les Bné Israël (fils d’Israël) venaient se montrer, de la même manière qu’ils se montraient devant Hachem, ils pouvaient contempler la splendeur de Sa sainteté et la maison où Il réside ». (Rambam « Hilkhot ‘Haguiga » Chap.2, Loi 1). Le peuple entrait dans la cour du Temple avec le chant du Hallel (littéralement « la joie » allelu-ya, la joie en D.) constitué des psaumes 113-118, et on tournait autour de l’autel les loulavim.

א  הַלְלוּ-יָהּ:
הַלְלוּ, עַבְדֵי יְהוָה;    הַלְלוּ, אֶת-שֵׁם יְהוָה.
1 Alléluia! Louez, serviteurs de l’Eternel, louez le nom de l’Eternel!
ב  יְהִי שֵׁם יְהוָה מְבֹרָךְ–    מֵעַתָּה, וְעַד-עוֹלָם. 2 Que le nom du Seigneur soit béni dès maintenant et à tout jamais!
ג  מִמִּזְרַח-שֶׁמֶשׁ עַד-מְבוֹאוֹ–    מְהֻלָּל, שֵׁם יְהוָה. 3 Du soleil levant jusqu’à son couchant, que le nom de l’Eternel soit célébré!
ד  רָם עַל-כָּל-גּוֹיִם יְהוָה;    עַל הַשָּׁמַיִם כְּבוֹדוֹ. 4 L’Eternel est élevé au-dessus de tous les peuples, sa gloire dépasse les cieux.
ה  מִי, כַּיהוָה אֱלֹהֵינוּ–    הַמַּגְבִּיהִי לָשָׁבֶת. 5 Qui, comme l’Eternel, notre Dieu, réside dans les hauteurs,
ו  הַמַּשְׁפִּילִי לִרְאוֹת–    בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ. 6 abaisse ses regards sur le ciel et sur la terre?
ז  מְקִימִי מֵעָפָר דָּל;    מֵאַשְׁפֹּת, יָרִים אֶבְיוֹן. 7 Il redresse l’humble couché dans la poussière, fait remonter le pauvre du sein de l’abjection

La joie de Souccot

L’ambiance était à la liesse selon le commandement du Deutéronome (Dt 16, 13-15) :

Tu célébreras la fête des tentes durant sept jours, quand tu rentreras les produits de ton aire et de ton pressoir. Et tu te réjouiras pendant la fête… Tu fêteras ces sept jours en l’honneur de l’Éternel, ton D., dans le lieu qu’Il aura choisi ; car l’Éternel, ton D., t’a béni, dans tous tes revenus, dans tout le labeur de tes mains, et tu pourras t’abandonner à la joie.

Les lévites se tenaient sur les marches qui séparent la cour de hommes de celle des femmes et jouaient de la harpe, de la cithare,  des clochettes, des trompettes…

Rabbi Yéhochoua’ ben ‘Hanania a dit : Quand nous nous réjouissions pour Sim’hat Beth Hachoéva [« La joie de la maison où l’on puise
(de l’eau) »], nous ne ressentions pas la fatigue ! Comment ? La journée commençait avec le sacrifice permanent du matin [suivi des libations], puis se succédaient la prière de Cha’harit, le sacrifice de Moussaf, la prière de Moussaf, l’étude au Beth Hamidrach, le repas du matin, la prière de Min’ha, le sacrifice permanent du crépuscule et enfin Sim’hat Beth Hachoéva [Etait-il concevable qu’ils ne dormirent pas du tout ? Un homme ne peut pas survivre plus de trois jours sans repos. La Guemara vient nous préciser qu’ils somnolaient de temps en temps l’un sur l’épaule de l’autre.] (TB Soucca, 53a)

« Le puisage de l’eau » se réfère à l’eau que Les Cohanim (prêtres du Temple) puisaient l’eau d’une source qui se trouvait à proximité du Temple (TB Soukka 4, 9) et la versaient ensuite sur l’Autel du Temple accompagnée de prières pour la pluie. Une eau et une pluie qui ont une valeur spirituelle ainsi que l’explique le Talmud de Jérusalem (TJ Soucca 5, 1)

Rabbi Yéhochou‘a ben Lévi disait : « Pourquoi [le Temple de Jérusalem] est-il appelé « La Maison du Puisage » ? Car de là est puisée l’Inspiration divine. »

Rabbi Yona disait : « [Le prophète] Yonah ben Amitaï [Jonas] alla à Jérusalem à l’occasion de la fête et il se rendit à la joyeuse cérémonie du puisage de l’eau [à Soukkot], et l’Inspiration divine reposa sur lui. Cela nous enseigne que l’Inspiration divine ne repose que sur celui dont le cœur est en joie. »

Hosana / Hoshiana– « de grâce, exauce nous »

Le psaume 118 est au cœur de la liturgie juive de la fête de Souccot, la fête des Tentes, à l’automne. Selon la tradition rabbinique, les orants faisaient des hakafot (« circuits » ou « circumbulations »), ils tournaient autour de l’autel des offrandes du Temple, avec des branches de saule dressées. Ces prières chantées demandaient une année de pluies abondantes, n’oublions pas que Souccot est une antique fête des récoltes. C’est ce qu’on fait aujourd’hui à la synagogue en tournant autour du rouleau de la Torah avec le loulav, en chantant les hosanot : « Hoshiana – de grâce, exauce-nous! ». (nb. C’est de là que vient le récit chrétien des Rameaux).

espèce de Souccot

L’universel et le particulier

Souccot célèbre l’Unité d’Israël et sa particularisation (kadosh) au milieu des Nations pour signifier une humanité vivante devant D.. L’universalisme biblique n’a donc rien à voir avec l’en-cyclo-païdeia, « la culture répandue à travers tout le cosmos » grecque, ou le logos, principe unique et ultime qui traverse de part en part le cosmos stoïcien. Un universalisme à la base de celui des grandes religions monothéistes.

L’universalisme juif ne propose pas aux nations de se « convertir » au judaïsme… mais plus simplement d’abandonner le paganisme qui traverse toute culture.  Même la conversion au judaïsme n’est pas une conversion, un changement de religion, mais un processus de guyour c’est-à-dire l’abandon d’habitudes étrangères au judaïsme, dont les religions humaines. Et si les nations « montent à Jérusalem au dernier jour », ce n’est pas pour devenir juives mais pour adorer le Dieu Unique. C’est-à-dire pour vivre la richesse d’une culture purifiée de son idolâtrie égoïste et du point de vue ethnocentré à tendance totalitaire qui habite les cultures humaines.

Pour parler de manière contemporaine, pour Israël le Global ce n’est pas « le Local sans les murs ».

Soleil dans la Soucca

Soleil dans ma soucca

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NB : Et pour finir… dans un tout autre style une Soucca mobile croisée ce dimanche matin en plein XVIème arrondissement de Paris :

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En construisant ma cabane…

6 octobre 2014 7 commentaires

Hier j’ai réalisé un surprenant rite venu du fond des âges. Un rite de berger nomade étrange pour qui connait le rejet biblique total de tout culte ou incantation idolâtrique de la nature et de ses forces. La Torah prescrit d’habiter dans des cabanes construites de feuillages et de bois pendant les sept jours de la fête de Souccot qui commence ce mercredi soir.  A l’époque du second Temple, le premier soir de Souccot, après la nuit, des fêtes se déroulaient sur l’esplanade du Temple, Il y avait beaucoup d’illuminations, spécialement dans la cour des femmes  il est écrit  dans la Mishna :

« qui n’a pas assisté à cette fête de l’eau [à Souccot] n’a jamais vu de réjouissances de toute sa vie ».

J’ai donc construit une cabane et me permets de vous livrer les quelques réflexions qui m’ont accompagné au cours de ce travail d’artisan.

IMG-20141006-01352

 

La fête de l’engrangement
De toutes les grandes fêtes juives, celle de Souccot, l’une des trois fêtes de pèlerinage, qui marque la récolte et la fin du cycle agricole annuel, est probablement la plus étrange pour un moderne. En effet cette « fête des tentes » ainsi que la décrit la Torah est celle de l’engrangement au même titre que Chavouot est celle des prémices des récoltes. On prend donc une partie des espèces produite par la nature (dont le cédrat) en cette année qu’on va séparer pour les particulariser, c’est à dire les sanctifier (kadosh en hébreu). Il s’agit par ce geste de rapporter TOUTE la récolte à son Créateur ultime de mettre en contact la terre et le Ciel, le cycle agraire qui rythme le temps et l’Éternel. Ainsi après la description de la fête des Azymes (Pessah, pâques)  le Torah ordonne : « la fête de la Moisson, fête des prémices de tes biens, que tu auras semés dans la terre; et la fête de l’Automne, au déclin de l’année, lorsque tu rentreras ta récolte des champs » (Ex 23, 16-17). Il s’agit de rapporter à D. sa création en en séparant d’une partie pour la sanctifier. Tout ce rite se déroule dans la cabane, la soucca.

Comme à Kippour on est déstabilisé dans notre corps par le jeûne, à Souccot la vie dans une soucca, une cabane, nous ramène à notre condition de passants vulnérables sur cette terre provisoire. Comme si la tradition juive prenait un malin plaisir à précariser des structures fondamentales du vivant pour mieux en transmettre la signification profonde.

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