Charlemagne, la souris et le marchand juif

7 février 2016 1 commentaire

maures

Charlemagne en campagne contre les Maures, Bibliothèque de Turin

La première croisade qui vit massacrer des milliers de juifs en 1096 en Rhénanie et assombrit la fin de la vie de Rachi en Champagne n’avait pas encore eu lieu quand l’empereur à la barbe fleurie (en réalité ni barbe ni fleurs chez les francs!) régnait et les juifs vivaient un véritable âge d’or à l’époque Carolingienne. Ainsi à Narbonne, Le Rabbi Makhir fonde en 800 une école religieuse et reçoit à l’époque de l’Empereur d’Occident la charge d’une grande partie de la ville sorte de petite royauté. Le Makhir a obtenu un poste équivalent à celui d’exilarque à Babylone de Charlemagne.

En 797 Charlemagne envoyae un ambassadeur, Isaac le juif (un franc), à Babylone au sultan Hâroun ar-Rachîd pour s’assurer de son soutien dans son combat contre la dynastie des Omeyades (il fut probablement le traducteur des deux nobles chrétiens). De retour, seul, en 802 à Aix-la-Chapelle, Isaac remet à Charlemagne les cadeaux reçus d’Haroun ar-Rachid dont un éléphant !

On trouve dans Des faits et gestes de Charles le Grand, roi des Francs et empereur, par un moine de Saint-Gall qui n’est autre qu’une chronique de la vie de Charlemagne rédigée vers 884 à partir d’un recueil oral d’anecdotes (probablement romancée) sur la vie de Charlemagne, cette histoire très drôle. Lire la suite…

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Etait-ce une bonne idée de créer l’homme ? (Maharal de Prague)


Dans le récit de la Genèse, D-ieu dit : « Faisons l’homme à notre image » (Gn I, 26) pourquoi « faisons » au pluriel … D-ieu était il « accompagné » ?… se sont demandé les maîtres du Midrach. Forcément il s’agit des anges. Et le Midrach se demande quel rôle ils ont joué en imaginant un sorte de dispute entre eux qui laisse l’Eternel perplexe. (Midrach Genèse Raba, 8, 5).

Parole de Rabbi Simon: » Quand le Saint-béni-soit-Il s’apprêta à créer le premier homme les anges du service ne furent que factions et clans: « crée le, lançaient les uns ! », « ne le crée pas lançaient les autres ! » ainsi qu’il est dit (Psaumes. 85.11): « L’amour (Hessed) et la vérité (Emet) se rencontrent, la justice (tsedaka) et la paix (shalom) s’embrassent. » L’amour a déclaré: « Qu’il soit créé, car il pratique le Hessed (l’amour, la générosité) ». La vérité a déclaré: « Qu’il ne soit pas créé, car il est tout entier mensonge ». La justice a dit : « Qu’il soit créé car il accomplira des actes de justice ». La paix déclara: « Qu’il ne soit pas créé, car il est tout entier conflit. »

Que fit le Saint-béni-soit-Il ? Il se saisit de la vérité et la jeta à terre ce qu’exprime le verset (Daniel 8, 12): « Il jeta la vérité à terre ». Alors les anges de service protestèrent devant le Saint-Béni-Soit-Il: « Maître du monde, comment peut tu humilier ton sceau de vérité ? ». Il répondit: « que vérité se lève de terre » comme il est écrit : « La vérité germera  de la terre, [et la justice brillera du haut des cieux.] »(Psaumes 85, 12).

Parole des Rabanim au nom de Rabbi Hanina bar Idi, Rabbi Pinhas et Rabbi Helkia au nom de Rabbi Simon : MeAuD (extrêmement) c’est ADaM (l’homme) car il est écrit : « D-ieu examina tout ce qu’il avait fait c’était extrêmement (MeAuD) bien » (Genèse 1.31) [En hébreu MeAuD-« extrêmement », est l’anagramme de ADaM-« Homme »] et voici que « bien » c’est l’homme. Rav Houna de Sephoris a dit : « Alors que les anges débattaient, le Saint-béni-soit-Il, créa l’homme. Puis Il leur dit: « Pourquoi débattre, alors que nous avons fait l’homme ».

Le Maharal de Prague, le plus grand maître de la Renaissance, en Bohème, à qui la légende attribue la création du Golem. 

golem

La légende raconte que le Maharal de Prague  façonna une forme humaine, un géant, à partir d’une motte de glaise , il lui grava en caractères hébraïques le nom de la « vérité » EMET sur son front. Alors la chose se leva et devint vivante; le Golem le servait obéissant au doigt et à l’œil à son maître avec une force de taureau. Le Golem selon les récits devint dangereux et se retourna contre son maître, ou tomba amoureux devenant  un être humain sensible. Selon la première version, le Golem révolté errait dans les rues de Prague, le Maharal lui demanda de se pencher et d’un coup de pouce effaça sur son front une lettre d’EMET qui devint MAVET : la mort. Le Ggolem  s’effondra et il n’en resta plus qu’une motte de glaise sur le sol.

Le Maharal commente le Midrach précédent dans son traité intitulé Nétivot Olam « Les sentiers de l’Eternité ». (Nétivot Olam, Sentier de la Torah, Chapitre 3)

 » Ce passage du Midrach est très étonnant. Cette idée que Dieu jeta la Vérité à terre; et bien qu’elle ait été jetée à terre en fin de compte elle a quand même affirmé que l’Homme ne doit pas être créé. Et si Dieu n’avait pas voulu tenir compte des paroles de la Vérité pourquoi l’a-t-il consultée ? Car ce commentaire du Midrach porte sur le verset « faisons l’Homme à notre image » c’est-à-dire qu’il soit créé selon les valeurs de la Générosité, de la Vérité, de la Justice et de la Paix… et sous prétexte que la Vérité a dit quelque chose de juste elle doit être jetée à terre ?

Le Midrach conclut ainsi : Dieu jeta la Vérité à terre. Cela veut dire qu’il a donné la Vérité à la terre (et non pas comme on pourrait le croire, qu’il aurait simplement supprimé la Vérité). Car la Torah est une loi de Vérité plus que tout, c’est pour cela qu’elle est appelée « Torat emet » (Torah de Vérité) et c’est par la Torah qui est la sagesse intellectuelle véritable que l’Homme accède à la Vérité. Et même si tout Homme est mensonge, il y a tout de même une perspective de Vérité des plus élevées qui est la Torah et qui ne trouve pas même d’équivalent parmi les anges. Et du fait que l’Homme est préparé par la Torah dans cette recherche de Vérité, la Vérité est présente sur terre, et c’est pourquoi du point de vue de la Tora l’Homme mérite d’être créé. Et alors les anges ont dit: « Pourquoi méprise-tu ce qui t’appartient en propre ? » c’est-à-dire :  » Ton objet c’est la Torah qui vient d’En-Haut, tu la déshonores en la jetant sur terre qui relève de l’En-Bas ». Et Dieu répondit alors: « Que la Vérité se lève de la terre » car la Torah n’est pas vraiment sur terre, mais l’Homme qui possède la Torah participe de l’En-Haut par cette Torah qui en fait partie.

A partir de là, la Paix ne peut plus non plus plaider contre la création de l’Homme car tout son plaidoyer était basé sur la violence humaine mais tout ce discours ne vaut que pour l’Homme sans Torah car la Torah ouvre des voies de douceur et de paix ainsi il est dit « Les Sages multiplient la paix dans le monde ». (Rabbi Eléazar au nom  de Rabbi H’anina dans le moussaf de la prière du Chabbat)

Source : DL+ Akadem

 

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Yitro, Entendre et voir la parole

30 janvier 2016 2 commentaires

aigle

Vayichma Yitro. La Paracha de Yitro commence par « Yitro entendit » et Rachi pose la question « Quelle nouvelle entendit-il ? ». Il répond : « la partition [du chant] de la mer des joncs et la guerre d’Amalek.»
Le verbe  lichmoa signifie « écouter, entendre » comme dans le Chema  ou lehakchiv lemichèhou « écouter quelqu’un » mais aussi « comprendre » et « obéir ». Le mot Vayichma Yitro au début de notre Paracha indique donc un niveau de compréhension qui dépasse la simple écoute.
L’écoute et la vision sont mélées, le Prophète Yirmayaou (23, 18) le souligne :

Qui donc [parmi eux] a assisté au conseil de l’Eternel, de manière à voir, de manière à entendre sa parole? (veyéiré veyishma et devaro) Qui a pu tendre l’oreille à ses discours et les recueillir (mi ikchiv devaro vayichma) ?

Là encore « obéir », accomplir, réaliser… c’est « ob-ouïr », ouïr, écouter. Lire la suite…

« LES FRANCAIS C’EST LES AUTRES » de Mohamed Ulad et Isabelle Wekstein

29 janvier 2016 2 commentaires

Un conseil si comme moi vous avec mis la TV à la cave : allumez votre poste mercredi soir prochain 03 février à 23 h 30 et regardez « Infrarouge » sur France 2.  J’ai eu la chance de voir ce film-reportage hier soir en avant première  dans un cinéma. Récit (de mémoire) et décryptage.

Les territoires  perdus de  la République

Dans une classe du lycée technique Théodore Monod à Noisy le Sec, Mohamed Ulad, le réalisateur, un visage magnifique, une façon de poser les questions très humaine demande : « Qui est Français ? », les 30 élèves de la classe lèvent la main. Puis, seconde question : « Qui se sent Français ? », personne ne lève plus la main. Gros malaise – Et tu te sens quoi ? – Noir. un autre :  » Moi je suis algérien, – et tu es né où ? – En France , on est là pour le travail mais après je finirai ma vie en Algérie, le problème ce n’est pas la France, c’est les gens ». Il y a 46 nationalités d’origine dans le Lycée. « Je ne me sens pas français puisqu’on ne me regarde pas comme français ». On les interroge un à un, il se sentent nulle part, diminués, archi-touchants dans leur peau d’ados paumés pathétiques.

Mohamed Oulad

« Nous dans le 93 on est parqué, regarde dans le Lycée, il n’y a pas un blanc »… « On est relégué socialement, on n’a aucune chance de s’en sortir. »…  » C’est  NORMAL (de vendre du shit et de l’herbe), y’a rien d’autre. »

La segmentation sociale est assez brutale : « Les Arabes sont des voleurs et des terroristes, les Noirs des sauvages », « Les Français sont les Blancs, blonds aux yeux bleus. »… oui, bien sûr…

« Et les juifs ? » demande Mohamed Ulad : « C’est les juifs (tout est de leur faute), ils ont tout, des belles maisons, des voitures, tous les postes de commandement à la télé, dans les entreprises… ils nous méprisent ».. « Les juifs c’est des crevards ?.. – ça veut dire quoi ?- Ils sont riches, ils vivent entre eux, retranchés, et il ne donnent rien à personne. La classe est unanime. Mohamed Ulad : « Et tu as déjà vu un juif ? – Euh oui, non, j’en connais un… dans une grosse maison…. – Et toi ? Non, j’en ai jamais vraiment rencontré. » Et Charlie Hebdo :  » Ils nous ont pris pour  des cons… nous les musulmans, c’est pas normal ! (on comprend que les vies humaines sont un détail et que c’est tant pis pour eux ). Un jeune, solide, posé, fait entendre une voix discordante : « Non ce n’est pas normal, chrétien, juif ou musulman c’est des hommes, on n’a pas le droit de tuer, c’est tout ».

Ses camarades interrogent un jeune (au milieu sur la photo). Elles : « Tu viens d’où ? – Sri Lanka. -Comment tu es arrivé ici ? – Mon père était un ennemi du régime alors ses ennemis m’ont enlevé. Comme ses ennemis politiques devenaient trop dangereux, mon père a donné 11 000 euros à un passeur – Et alors ? – Je suis passé de pays en pays en mangeant juste une pomme… puis rien pendant deux jours, puis une carotte et rien encore pendant quelques jours… un matin je me suis réveillé sur le banc d’un parc. J’étais à Paris. A Saint Denis. – Tu avais quel age ? 15 ans. Une des ados française, noire, musulmane, pleure… D’un coup n’importe qui comprend que ce gosse, lui, a vraiment souffert et on comprend qu’il a vraiment besoin de l’aide de la France des droits de l’Homme. Elles ont soudain de l’empathie et elles ont compris qu’il y avait plus malheureux qu’elles. On a la gorge serrée en l’écoutant. A la fin il dit : « J’aimerai devenir français ». Qu’est-ce qu’on attend ?

Kenza, Arafat et Chloé font le débriefing de leur micro-trottoir

Kenza, Arafat et Chloé font le débriefing de leur micro-trottoir

Les profs, super courageux, les derniers républicains qui se coltinent la banlieue :  » J’ai reçu une copie, un immense discours antisémite comme dans les années 30… en un an et demi l’islam salafiste a contaminé tout le monde … -Comment ? – Via Facebook « .

Deux familles avec les enfants autour de la maman, des super-mama, hyper courageuses et directes : « Je les envoyais au cours d’arabe mais comme il y a eu tous ces événements (Charlie) maintenant notre imam c’est le père. On est tous derrière lui pour la prière. » Une pensée me traverse :  où sont les pères de famille ?

Des jeunes Français de l’immigration Maghrébine et Africaine très touchants dont la plupart rejettent résolument l’appartenance à la France et revendiquent un communautarisme dont ils ont un peu de mal à définir les contours, un grand père des ancêtres. Qui rejettent la faute sur la France, les juifs en premier lieu… qu’ils n’ont jamais rencontré.

reportage

Le film raconte en filigrane le formidable travail que font en banlieue Isabelle Wekstein et Mohamed Ulad qui crèvent l’écran. Le reportage passe mercredi soir prochain 03 février à 23 h 30. Pourquoi 23 h30 ? C’est pas le moment de parler de tout ça aprés Charlie, L »Hyper Casher, le Bataclan ? Et de se demander où on va tous ensemble ? Pourquoi pas à 20 h 30 ?

Quelques notes en bas de page

Le processus victimaire

La première chose qui frappe, c’est la faible estime de soi de ces jeunes. Ils se sentent les parias de la France où ils sont nés. Ce qui n’est pas faux… essayez de devenir avocat à Saint Germain en vous appelant Mouloud, envoyez votre Cv… Mais ce qui est plus curieux c’est la conclusions qu’ils en tirent : on a plus rien… alors on est « algérien » ou « musulman » ou… un essai de recomposition d’identité rêvée bricolée au lieu de se dire : « Maintenant stop !  j’avance ».

La personne qui écrit ces lignes a vécu deux ans au foyer de jeunes travailleurs de Thiers dans les années 80, à coté du « Val d’enfer », je n’invente rien, avec des turcs et des beurettes : Fella, Najat… (voir ici) qu’est ce qui a changé depuis les années 80?
– Il n’y a plus de petits boulots à l’usine ou à l’hôpital.
– La drogue est toujours là… mais elle ne fonctionne plus comme un antidépresseur mais comme une opportunité de business, une carrière possible.
– La religion semble une issue de recomposition d’identité écroulée. Pour le meilleur (le jeune qui prie à la maison et va parfois à la mosquée et y trouve des re-pères) ou pour le pire : le salafisme violent et mondialisé avec ses discours simples et complotistes a de beaux jours devant lui…. et l’Islam a tout à y perdre.

Seconde constatation. La mécanique biblique est retournée en miroir, de manière perverse.

On le sait dans la Bible les cadets qui n’ont pas droit à l’héritage (Jacob face à son frère Esaü) , les femmes délaissées, les stériles (Sarah, Rachel…), les pauvres (Moïse le bègue, David face à Goliath, Amos le berger derrière le troupeau) sont choisis par l’Eternel qui en fait ses envoyés et modèles. D-ieu choisi le faible, les Anawim (« humbles » d’une racine hébraïque qui signifie ‘courbé’ selon Rachi, Moïse est un anaw, « le plus humble des hommes que la terre ait porté »). Leur faiblesse démontre la puissance du Saint, et par eux, D. révèle sa vérité et son amour non pas seulement aux juifs mais à tous les bné Noah c’est à dire à tous les hommes et femmes, quelle que soi leur religion ou absence de religion.

Hors là, le processus victimaire retourne l’argument selon l’analyse de Pascal Bruckner : « Je suis une victime puisque j’ai été colonisé, donc j’ai tous les droits moraux au nom de ma tribu, donc je peux tout justifier, fut-ce le  meurtre (Charlie Hebdo) ». Or c’est juste l’inverse que dit la tradition biblique. Le faible est choisi par D. non pas parcequ’il est la figure inversée du puissant qui voudrait devenir ce qu’il envie (le riche) mais parcequ’il a su rester moral et juste bien que défavorisé, stérile, malade (Job) , pauvre (la veuve de Sarepta) et mal aimé en ce monde. Ce retournement est la victoire éclatante non pas du pauvre qui se serait approprié la richesse du riche mais de D. qui dirige véritablement ce monde et qui en est la vraie Lumière. La prière du hassid (le fidèle hassida = la cigogne, qui revient chaque année) vise le Nom (au delà de tout nom en ce monde), le Bien au delà de tous les biens, l’Un au delà de la multiplicité et non pas les richesses de ce monde… ce qui est de l’idolâtrie. Celui qui est un authentique monothéiste sait cela.

L’alliance avec Israël la séparation,  le kadosh ne vise pas a constituer un petit groupe d' »happy few dans le carré VIP » comme le croient les jeunes interviewés dans ce lycée technique mais à particulariser Israël dont la Torah et les usages se devraient d’être une lumière (éthique) pour les Nations. Israël, par sa pratique, ne demande pas aux musulmans ou aux chrétiens de devenir juifs mais essaie de montrer comment abandonner l’idolâtrie au sein d’une cultre très particulière celle d’un petit peuple. C’est ce que dit Maïmonide qui avait réfléchi à la suite de Ibn Rush (Avéroès) et  Ibn Sînâ (Avicenne) :

Malgré tout, les pensées du Créateur du monde sont impénétrables pour l’homme, notre conception et notre pensée sont différentes de la sienne. En effet, toutes ces choses-là concernant Jésus le nazaréen, et l’Ismaélite qui vint après lui [Muhammad], ne sont venues qu’afin de préparer le chemin pour le roi Messie, pour améliorer le monde entier à servir Dieu ensemble : Alors je transformerai les peuples d’un langage commun pour que tous invoquent le nom de l’Eternel et le servent d’un cœur unanime

Moïse Maïmonide, Mishné Torah (lois des Rois 11, 4).

Le reportage montre une fascination-répulsion par rapport au Juif imaginaire qui est à la racine de l’antisémitisme et fonctionne comme la guérison irrationnelle mais puissamment fantasmée et finalement impossible d’un narcissisme originaire frustré. La racine de l’antisémitisme naît de la mésestime de soi et du narcissisme frustré. D’où cela vient-il ? Comment changer cela ?

L’éducation

Ce que ne savent pas ces jeunes, c’est que les riches juifs qu’ils envient… ne sont pas riches et pour certains comme mon rabbin sont nés dans les Mellah de Marrackech. Des espaces clos où régnait la mort et le trachome (maladie des yeux qui rend aveugle). Ils mourraient comme des mouches. Un ruisseau d’urine au milieu des rues où ne passe par un homme et un âne servait d’égout. Ils parlaient l’arabe et l’hébreu. Et c’est là qu’ils se sont mis à étudier à perte de vue. Et c’est de là, et des Shtetls d’Europe de l’est, que sont sortis les 20% de juifs qui sont aujourd’hui prix Nobel.

Juifs du Maroc vers 1950

Juifs du Maroc vers 1950

Pourquoi ? Parce qu’ils ont cru à l’éducation des fils par  les pères. Parce que les pères n’ont pas délaissés leurs fils mais les ont construit (tout en allant à la prière), se sont occupés d’eux, leur ont parlé. Et c’est comme cela qu’ils ont construit l’estime de soi qui fait que des gamins du Mellah comme mon rabbin ont fini à la Sorbonne.

Comme l’a montré mon ami Gérard Haddad le problème ne vient pas de l’Islam mais du monde arabe sunnite qui n’a jamais trouvé de modèle politique et économique et a testé le socialisme, les dictatures et maintenant le salafisme. Il n’est pas normal que les millions de dollars du pétrole saoudien n’ai pas conduit à créer des universités dans le monde arabe comme il y en a malgré tout en Iran, en Turquie et dans l’immense Asie musulmane. Les plus grands de nos Sages comme Maïmonide parlaient arabe (voir ici). Où est passé la Cordoue d’Al Andalus ? Quand l’argent servira-t-il a construire des âmes au lieu de tuer ?

Les juifs qui s’en sont sortie ne doivent pas cela à je ne sais quel complot mondial… Ces gens étaient arabes comme toi. Ils priaient. Leur vie était sans issue. Mais même dans ces conditions d’enfermement autrement plus graves que celles de Saint Denis et de ses Lycées techniques rutilants neufs – des milliards ont été versés dans les plans banlieue, un père peut aimer sont fils, lui parler, le structurer, en faire un homme, une femme morale.Une femme arabe invitée à Shabbat m’a dit un jour :  » ce qui est formidable chez vous, les juifs et les chrétiens c’est que vous parlez à vos enfants pour les éduquer… »

La structure de la famille

Le plus inquiétant dans ce reportage est l’absence des pères. Je vais résumer ce ce que j’ai appris des gens nés au Mellah .

Dans la famille arabo-musulmane traditionnelle le père est tout puissant, la mère lui obéit. L’enfant est le fils de sa mère ou d’une des épouses. Donc il voit sa mère dévalorisée et son père qui ne s’occupe pas de lui. Cette absence de valorisation de l’enfant par le père conduit à la mésestime de soi. Celle-ci conduit mécaniquement à la volonté d’exister et potentiellement à la violence (qui permet de se « grandir » en écrasant autrui), à la misère sexuelle (si une femme n’est rien alors elle est à ma disposition comme un objet). L’enfant devenu père sera dans ce cas un homme frustré qui devra s’affirmer par rapport à son entourage en le dominant. Le corollaire de cette structure parentale est la misère sexuelle à l’âge adulte.

C’est bien sûr une caricature et on ne peut pas généraliser. Qui dira l’amour des mères musulmanes pour leurs enfants ? les sacrifices des papa au travail pour leur familles ? La fidélité sans faille de millions de musulmans à l’Un que Lui seul connait ? … mais il me semble que cette analyse contient des éléments de vérité. Le statut de la femme est l’indicateur d’humanité et le levier de transformation de toute société. Une société où les femmes n' »existent pas » développe sa propre ruine morale et sociale.

Cette structure familiale est propre au monde arabe. L’Islam, comme le christianisme, comme le judaïsme, a su changer, s’adapter. On peut tous changer… Je rêve ? Nous français, riches, au XXème siècle, on ne peut trouver un modèle de société pour vivre tous ensemble ? Voilà la question que pose ce reportage.

Regardez le.

 

Catégories :Education Balises :

Le 27 janvier 1945, il y a 71 ans…


Auschwitz

Le 27 janvier 1945, tout en repoussant devant elles la Wehrmacht, les troupes soviétiques découvrent le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, à l’ouest de Cracovie accueillies par 7000 détenus survivants. Le monde découvre la Shoah. Le début de Si c’est un homme de Primo Levi

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur,
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants,
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

Si c’est un homme, Primo Levi

Catégories :Mémoire

Rav Israël Abi’hssira, Baba salé


Le 14 janvier c’était la Hiloula de Rabbi Israël Abi’hssira – plus connu sous le nom de « Baba Salé » (en arabe : « père priant ») ZAL. Hier à Chabbat le Rav Harboun nous a raconté quelques anecdotes :

 « En 1952 l’Alliance Israélite universelle m’a envoyé dans les villages du sud-est du Maroc, le Tafilalet, la porte du désert, près de la frontière avec l’Algérie. L’objectif était de construire des écoles juives dans les villages pour des populations complètement fondues dans la population arabe. Impossible de reconnaître un juif. Comment faire ?

Juif de Guirland prés de Rissani 1950

Juifs de Guirland prés de Rissani 1950

carte-maroc

Alors j’ai été à la synagogue. Ce sont des synagogues avec une toute petite porte où il faut quasiment se coucher pour entrer. Et habillé à l’occidental au milieu de tous les enfants juifs je me suis mis à dire les Tehilim. Ils disaient : ‘‘ Il y a un goy dans la synagogue qui dit les Tehilim !’’

Synagogue de Rinssani - 1950

Synagogue de Rinssani – 1950

Et c’est ainsi que j’ai rencontré Baba Salé. Né au Maroc le 1er Tichri 5650 (1890) à Rissani le jour de Roch Hachana. C’était un véritable tsadik.

Baba Salé

Son ancêtre Rav Chémouel Elbaz Abissiha est décit par Le ‘Hida, dans Shem Hagedolim, comme un Ish Elokim kadosh, un homme de D-ieu saint. Il était né en Erets Israël et avait vécu à Damas avant que sa famille arrive au Maroc dans le Tafilalet. En arabe, Abou’hatsira signifie : le père de la natte… parce qu’une légende raconte qu’il avait échappé à ses ennemis grâce à une natte. Le fils de Rav Chémouel, Yaacov, connu sous le nom de « Abir Ya’acov », succéda à son père comme Rav du Tafilalet. Le fils aîné de cet homme, Messaoud, le père de Rabbi Israël, Baba Salé était, lui, Av Beth Din du Tafilalet. ».

« Baba Salé dormait comme un bébé les jambes croisées sous un drap. Quand j’arrivais sa femme disait : ‘‘ Réveille-toi Rabbi il y a Harboun qui est là !’’ »… et il émergeait… Il s’est peu à peu pris d’affection pour moi. C’était un homme d’une incroyable générosité »

« Le chant et la musique tiennent une place centrale dans la famille Abi’hssira, c’est grâce à eux qu’on a les zemiroth de Chabbath toutes les mélodies des Piyoutim (chants de prière), le le Iom Achévii, Yodou Lékha, Ashira Na Lididi…

On va du chant à la mémoire et non l’inverse, celui qui ne chante pas ne sera bientôt plus juif ! »

Grand honneur à ce Tsadik.

Baba Salé s’est installé définitivement en Israël en 1964 et il est mort à Netivot, dans le Néguev, le 4 shevat 5744 (dimanche 4 janvier 1984).
Abihssira1 Abihssira2 Abihssira3

 

Catégories :spiritualité, Témoignage

La dame hors cadre sur la photo, Edmonde Charles-Roux


prix-de-la-ville-de-saumur

La dame à gauche coupée sur la photo c’est Edmonde Charles-Roux. Avec Jean Claude Brialy -à droite, et le jury, ils m’avaient donné le plus haut Prix, celui de la Ville de Saumur en 2005 pour mon livre  Défense à Dieu d’entrer à la surprise générale … on ne donne pas de Prix aux passants… (ici avec JCB ECR et le maire de l’époque !).

11 000 personnes étaient passées à Saumur ce week-end. (voir article du monde). La veille, en signature, un type était venu me voir , « C’est vous Didier Long ? Demain, restez prés de l’estrade, on ne sait jamais »… Il ne m’avait pas reconnu, mais moi je me disais que je connaissais ce type. Après ça m’est revenu. Oui c’était le type qui m’avait sauvé d’une pneumonie à la Pitié un an avant. Le professeur Jean-Philippe Derenne, patron de la pneumo à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, lui aussi membre du Jury et passionné… de livres de cuisine. Il  m’avait sauvé deux fois la vie ! Et Edmonde Charles Roux ?

Infirmière ambulancière volontaire pendant la seconde guerre mondiale elle rejoint la Légion (11 ème REI), blessée en secourant un homme au feu  à Verdun. Direction le maquis et la Résistance. 5 ème division blindée après le débarquement de Provence (« C’est nous, c’est nous les africains qui revenons de loin.. »), Croix de guerre et Chevalier de la Légion d’Honneur en 1945.

Hors cadre

Aprés guerre elle est l’amie de Balthus, Giacometti, Colette, Orson Welles. Anticonformiste elle impose ses vues à Vogue à partir de 1950, mais elle en est virée en 1966 pour avoir mis une femme noire en couverture : «Quand je suis allée chercher mon salaire chez le comptable […], il m’a tendu l’enveloppe en disant : « Je crains bien que ce ne soit la dernière ».» Elle écrit alors son premier roman Oublier Palerme et reçoit le prix Goncourt  trois mois plus tard. La prochaine femme noire en une sera Naomi Campbell en 1988. Entre temps Edmonde Charles-Roux a épousé Gaston Defferre maire de Marseille. Elle consacrera sa vie à la littérature.Parallèlement, elle aide les légionnaires démunis et reçoit en 2007 le grade de caporal d’honneur de la Légion étrangère.

Elle a quitté la photo

Son père diplomate l’avait appelé Edmonde en souvenir d’Edmond Rostand, un ami de la famille décédé deux ans avant sa naissance en 1920. Cette année 2005 à Saumur elle avait donné une conférence sur Coco Chanel, un de ses grandes amies et inauguré une plaque « Gabrielle Chanel » au 26, rue Saint-Jean, lieu où la couturière née Gabrielle Chanel le 19 août 1883 dans l’hôpital de la rue Seigneur avait vécut ses premières années (GC, elle, prétendait ne pas être née à Saumur mais que sa mère avait accouché dans le train entre Tours et Saumur en rejoignant son père négociant en vins du Midi … voir ici ).

«Vivre, c’est dire non» disait-elle, en citant Kafka. Hier, cette femme de combat est partie vers l’Éternel. la vie vaut la peine d’être vécue en femme libre ! Ce soir avant de dormir je vais le dire à ma fille.

Grand honneur à cette dame !

saumur Edmonde Charles-Roux

DL, Jean-Yves Clément, Macha Méril,  Jean-Michel Marchand-maire de Saumur, Edmonde Charles Roux, Jean-Claude Brialy

L’article du monde

Catégories :Non classé, Témoignage
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