France-culture / Les racines du ciel : « Les jours du Seigneur »

Gerard Haddad et Didier LongFrédéric Lenoir et Leili Anvar dans l’émission « Les racines du ciel » reçoivent Gérard Haddad et Didier Long (photo) autour du Shabbat juif et du dimanche chrétien :

http://www.franceculture.fr/emission-les-racines-du-ciel-les-jours-du-seigneur-avec-gerard-haddad-et-didier-long-2013-04-28

La Paracha de Kedochim (Lv 19) lue shabbat dernier :

1 L’Éternel parla à Moïse en ces termes: 2 « Parle à toute la communauté des enfants d’Israël et dis-leur: Soyez saints! Car je suis saint, moi l’Éternel, votre Dieu. 3 Révérez, chacun, votre mère et votre père, et observez mes shabbats: je suis l’Éternel votre Dieu.4 Ne vous adressez point aux idoles, et ne vous fabriquez point des dieux de métal: je suis l’Éternel votre Dieu.

La Paracha d’Emor (Lv 23) lue à shabbat hier :

1 L’Éternel parla ainsi à Moïse: 2 « Parle aux enfants d’Israël et dis-leur les solennités de l’Éternel, que vous devez célébrer comme convocations saintes. Les voici, mes solennités: 3 pendant six jours on se livrera au travail, mais le septième jour il y aura repos, repos solennel pour une sainte convocation: vous ne ferez aucun travail. Ce sera le Shabbat de l’Éternel, dans toutes vos habitations.

Musiques :

Pioutim (chants liturgiques) traditionnels du Maroc interprétés et enregistrés par le Rav HAIM HARBOUN : « LIBI OUVSSARI » et « YEDID NEFECH ». (suite ici : http://didierlong.com/2012/10/19/chants-de-shabbat/ )

Le Rav Haïm Harboun
Le Rav Haïm Harboun

La vie est belle

A voir,  » La vie est belle  » avec Roberto Benigni. Quelques scènes cultes de cette fable poétique magique. »

Un nombril fasciste

Une princesse russe

Ce petit mot pour saluer une dernière fois Claude Narishkin qui vient de nous quitter cette nuit (au centre).

Narishkin

Claude Narishkin (au milieu) lors d’une signature le 13 octobre 2007, je dédicaçais « Un ange dans le rétroviseur » et « Manuel de survie spirituelle dans la Globalisation »

Cette princesse russe descendante d’une très vieille famille ayant perdu sa fortune lors de la révolution de 17 (le tsar Alexis Ier avait épousé la princesse Nathalie Naryshkin, jeune fille d’une ancienne famille de boyards et d’une grande beauté, qui devint mère de Pierre le Grand en 1671). Elle avait épousé son mari qui avait émigré aux Etats-Unis. Elle aimait les Etats-unis et la  France où elle vivait et… était une de mes ferventes lectrice.

Claude était une femme magnétique, pétillante et aimante, avec des ‘antennes’ spirituelles. Les pieds bien par terre elle vivait aussi dans un monde magique, spirituel. L’âme russe.

Elle parlait américain quand elle parlait de Dieu et vivait désormais entre sa maison de Cap-Code et notre petire ville avant que le temps ne l’immobilise.

Bienvenue chez les anges Claude ! notre affection, celle de notre petite ville vous accompagne ainsi que votre fille.

Séance de dédicace de Didier Long

Encore une photo prise le 13 octobre 2007.

La SIDRA de CHEMINI (« le huitième »), 26 Nisan 5773

daroch/ darach la séparation des deux moitié des lettres de la Torah
« daroch/ darach » : la séparation des deux moitiés des lettres de la Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

La Paracha se déroule le 8e (Chémini) jour de la dédicace du sanctuaire. Ce renseignement n’a pas été inscrit en début de cette Paracha de manière fortuite. Ce « huitième jour » apparait neuf fois dans le livre du Lévitique, c’est celui de l’expiation d’Aaron (Lv 9, 1), de la circoncision (Lv 12, 3), de la purification du lépreux (Lv 14,  10 et 23), de celle de l’homme (Lv 15, 14), de la femme (Lv 15, 29), du temps, pendant lequel un boeuf, un agneau ou une chèvre doit rester avec sa mère s’il doit être sacrifié (Lv. 22, 27), de l’assemblée solennelle un lendemain de shabbat de la fête des tentes-Soukoth (Lv. 23, 36 et 39). Le huitième jour est donc un jour suprême qui arrive après le shabbat –au sommet de la sainteté du temps de la semaine juive, un jour « surnaturel », les sept jours représentant le temps de ce monde, un jour de pureté (Tahor) de reconnexion avec D., l’impureté consistant non pas à être ‘sale’ mais déconnecté de D., hors circuit. Si cette paracha décrit minutieusement une pratique sacrificielle de purification c’est pour nous expliquer à travers elle la restauration de l’homme et de la création. Cette reconstruction du monde cassé où nous vivons, signifiée par la liturgie juive qui a remplacé les sacrifices du Temple. Elle nous parle de notre guérison quand nous nous mettons au service (avoda) du très-Haut.

 Revivre le trauma pour le guérir
Il est extrêmement étrange que la Paracha commence dès ses premiers versets par dire que le huitième jour Moïse appela son frère Aharon et lui dit : « Prends toi un veau parmi le bétail  pour le sacrifice ». N’importe quel auditeur un peu attentif, sait que c’est Aharon lui-même qui a été à l’origine de la fabrication du veau d’or. Un « veau » précisément. Comment Moïse peut-il rappeler à son frère l’objet de la culpabilité qui le hantait sans aucun doute ? Comme s’il ravivait une blessure en grattant la plaie… A cette question Rachi répond que le « veau » du sacrifice est le moyen de réparer la faute du « veau » d’or prends-toi un veau. « Pour lui faire savoir que le Saint béni soit-Il, par ce veau-là, lui avait pardonné l’affaire du veau d’or à la fabrication duquel il avait participé. ».

Nous retrouvons dans la réponse de Rachi un principe psychologique moderne qui consiste à guérir un traumatisme en faisant revivre ce même traumatisme. En effet, la victime d’un traumatisme est emprisonnée dans des souvenirs qui lui font sans cesse revivre une situation qui a été gravée dans son inconscient. Ce refoulé réapparait dans ses rêves ou à l’occasion d’un affect qui réactive ce trauma parfois bien des années plus tard. Le premier traumatisme est donc une faille, une fêlure intime toujours prête à nous briser en mille morceaux au moment où nous nous y attendons le moins. Il s’agit alors de faire revenir à la conscience cette mémoire enfouie, pour qu’elle cesse de nous hanter.

C’est ce que réalise le sacrifice du veau qui rejoue une scène traumatique, la fait rituellement advenir à la conscience rituelle pour l’exorciser et en anéantir le potentiel destructeur.

L’acte sacrificiel et fondamentalement idolâtre, courant dans le monde religieux païen à l’époque, consistant à donner des aliments ou des êtres fragiles à des dieux, est donc ‘retourné’. Les juifs pratiquent des gestes… mais pour anéantir l’idolâtrie au lieu de l’alimenter. Car le rite sacrificiel conscient du « veau » permet ainsi de guérir de l’idolâtrie (du veau d’or), comme un antidote. La verbalisation, le rite, permet à celui qui l’exécute de comprendre ce qui l’a amené dans un chemin mortifère pour sa vie spirituelle. On le voit, la Torah n’ignore rien de la profondeur de la psychologie humaine, que la science moderne théorisera plusieurs millénaires plus tard. Lire la suite de « La SIDRA de CHEMINI (« le huitième »), 26 Nisan 5773 »

Témoins de l’Holocauste (suite) : Leib Rochman – « A pas aveugles de par le monde »

« Il savait que les rayons insaisissables qui aurait pu les unir étaient rompus. Mais pas seulement les leurs. De chaque être émanaient des rayons qui englobaient le monde entier et attachaient les hommes les uns aux autres. Tous intimement mêlés. Tout était dans tout.  Mais les rayons s’étaient éteints. »

a-pas-aveugles-de-par-le-mondeNé à Minsk-Mazowiecka dans un milieu hassidique Leyb Rochman est enfermé dans le ghetto de sa ville natale au début de la guerre et, suite à la destruction du ghetto en 1942, transféré avec sa famille dans un camp de travail. Il s’en évade et se cache pendant deux ans avec sa femme et trois juifs chez une paysanne polonaise. Là il est contraint de rester debout et immobile entre deux murs sans pouvoir bouger. Au lendemain de la Libération il se rend dans les camps de Maidanek et découvre les  chambres à gaz et fours crématoires. Victime par la suite du pogrom de Kielce, qui attendait les survivants qui rentraient chez eux, il se rend en Suisse fin 1945 pour se soigner.

De 1946 à 1948, il a voyagé à travers l’Europe et il tire de ce voyage cet ouvrage. En 1950, il s’installe en Israël. Il y meurt en 1978, à 60 ans, après avoir écrit trois livres : Et dans ton sang tu vivras (1961), A pas aveugles de par le monde (1968) et Le Déluge (1978).

Mit blinde trit iber der erd, A pas aveugles de par le monde, a été traduit du yiddish par Rachel Ertel chez Denoël. C’est un livre étrange sans équivalent dans la littérature de l’Holocauste. Celui d’un mort vivant, d’un revenant. Proche de l’écriture d’un Aaron Appelfeld qui préface le livre. Il commence une semaine après la fin de la seconde guerre mondiale comme une odyssée à travers une Europe de cauchemar. Une écriture sans les contraintes d’espace et de temps dans une Europe hallucinée d’après le Déluge.

S., « je », Leib, personnages interchangeables qui n’en sont qu’un vit dans le cauchemar de celui qui a survécu. Il revient comme Ulysse dans une Ithaque, l’Europe dévastée où ne l’accueillent que des fantômes de ses proches, de sa mère, de sa petite sœur réduits en cendres ou tués d’une balle.

« Leibl aurait lui aussi voulu se réfugier dans le sommeil, étendu sur son lit ; dans un sommeil interminable, ici, dans les montagnes, comme dans le giron de sa mère. Mais Estherké l’en empêchait. Maintenant, libéré des barbelés et des murs, il s’enfonçait continuellement dans une somnolence poisseuse dont il était impossible de le tirer. Il ne comprenait pas comment il avait échappé à tout cela, pourquoi c’était lui qui avait été condamné par le destin à demeurer. Il se souvenait de tous ceux qui l’entouraient jadis. Personne n’était resté. Ils avaient tous expiré leur âme en fumée : sa mère, qui l’avait porté et l’avait expulsé de son corps pour en faire un être indépendant, sa sœur et son frère, qui étaient le fruit de la même matrice et s’étaient nourris au même sein ; toute sa parentèle – oncles, tantes, cousins, issus du même sang. Comment rester seul dans le vide qu’ils avaient laissé ? Les camarades de sa cour, les voisins de sa rue, tous les habitants de sa ville. Tous les Juifs des villes et des pays environnants – des monceaux de cendres dispersés. Et lui, lui, il était là, il existait, on pouvait le toucher. Ce ne pouvait être qu’un châtiment. Ce ne pouvait être l’issue définitive. On lui avait tendu un piège. Comment l’avait-il mérité ? Pour quels actes infâmes ? »

Lire la suite de « Témoins de l’Holocauste (suite) : Leib Rochman – « A pas aveugles de par le monde » »

Journées littéraires de Saumur : philosophie et spiritualité avec Didier Long, Yvan Levaï, Malek Chebel, Robert Misrahi

J’ai participé ce dimanche à une fête formidable en Anjou, organisée par mes amis Patrice Monmousseau (PDG de Bouvet-Ladubay- vins pétillants de Loire!) , Jean-Yves Clément (accompagné de Myriam Illouz !!! ) et Jean-Maurice Bellaïche (Directeurs artistiques).

Il s’agit des Journées du Livre et du Vin de la ville de Saumur. Il y avait cette année une ambiance formidable et plein de public et d’auteurs trés intéressant.

DL-MPS

J’ai participé à un débat sur le thème : « Religion, spiritualité, philosophie, sources de plaisir » avec Robert Misrahi (philosophe eudémoniste), Malek Chebel (anthropologue des religions), Ivan Levaï et Didier Long (écrivain historien spécialisé dans le judéo-christianisme) animé par Anne-Cécile Juillet-Piton (Le Parisien/Aujourd’hui en France). Vous verrez le résumé trés drôle ici sur le  :  blog de Marie-Pierre Samitier 

Débat-Saumur

Ivan Levaî, Malek Chebel, Didier Long, Robert Misrahi

En 2005  j’avais reçu le Prix Esprit Bacchus de la Ville de Saumur des mains de Jean-Claude Brialy (photo) pour Défense à Dieu d’entrer (Denoël).

Prix de la ville de Saumur

Prix de la ville de Saumur 2005, Didier Long, Jean-Claude Brially

Didier Long au Printemps de entrepreneurs, MEDEF Lyon

Je suis intervenu à la 2ème édition du Printemps des entrepreneurs organisée par le Medef Rhin-Rhône à Lyon ce 9 avril 2013 qui a vu passer 2000 participants. Le sujet était « Les maîtres du temps ». J’ai donc parlé « en vrac » :  du temps de travail et de celui du repos, du shabbat, de l’acédie, de la manière dont le judéo-christianisme a structuré le temps en Occident, de la globalisation et de la révolution numérique engendrée par Internet.

Les participants étaient : Nathalie Decoster -sculpteur, Thibaut de Grandry– PDG de Descours et Cabaud, Christine Vernay – exploitante viticole du « Coteau de Vernon » et « Les Chaillées de l’Enfer », Ronan Lucas– navigateur arrivé second au Vendée-Globe 2012-2013 (entre autres).
 MEDEF LYON

DidierLongMedef

Pour voir la vidéo du débat aller :  ici :

Je parle à partir de 22′ 38 » et suivantes

« La Corse, Île des Justes ? » : France 5 relance le débat

« Les Corses dans leur ensemble ont considéré que c’était une partie d’eux-mêmes que l’on touchait …  c’est une tradition en Corse que l’on accueille les Juifs et ce qui s’est passé pendant la guerre, n’est que la conséquence d’une relation ancestrale ».  (Grand Rabbin Haïm Korsia – Korsica ?)

Bastia

Bastia de chez nous : à droite en bas il y a la rue du Castagno qui donne sur le vieux port et où se trouve l’unique synagogue de l’Ile.

 BeitMeir

En bas de la rue du Castgno (chataignier en corse) : La Beit Knesset beit Meir (synagogue de Rabbi Meir).
Rabbi Meir est un des docteurs de la Mishna (IIème siècle) est mort en Asie Mineure en demandant à ses disciples de l’enterrer sur la côte faisant face à celle de la Judée, « afin que la mer qui lave la terre de mes pères touche aussi mes os » (T.J. Kilayim 9, 4)

bracelet de maman

Heureux comme un Juif en Corse

Je pense que les corses devaient être assez liés aux juifs ou les croisaient en diaspora car ma mère porte ce bracelet juif tunisien que son père militaire colonial avait acheté à sa femme en 1938 en Tunisie à Gabbès (il est mort en 1943 en Afrique noire). Mon grand-père avait demandé à ma grand-mère de le donner à sa fille à naitre. Au milieu il y a le tétragramme, le Nom, en lettres cursives. Il a été réalisé par un bijoutier juif de Gabbès.

 Magasin CohenMagasin Hassan

De multiples éléments de ce type montrent la mémoire juive marrane en corse : ainsi ma marraine corse originaire de toscane tout à fait « catholique » se nomme Venturi (Ben Turi en hébreu). Son père était tailleur parmi les tailleurs, vendeurs de chaussures,  juifs de la rue Napoléon : Cohen, Hassan, Polacci (polonais)…

 Voir l’émission ici en replay

Un article de Charles Monti dans CorseNetInfo

Peux-t-on dire que les Corses ont été des héros très discrets pendant la seconde guerre mondiale ? En 1941, Hitler et Pétain intensifient la politique anti-juive.  Comme toutes les préfectures, la Corse reçoit les ordres du Gouvernement de Vichy de rafler dans un premier temps les Juifs étrangers, en zone libre, puis en zone occupée. Mais alors pourquoi la Corse est-elle le seul département de France qui n’a arrêté  ni déporté de juifs, « sauf peut-être un, accidentellement », comme le dit l’avocat et historien, Serge Klarsfeld ? Le documentaire  » La Corse, Ile des Justes » d’André et Clémentine Campana qui sera diffusé le 14 Avril sur France 5 *** dans « La Case du siècle » apportera peut être un début de réponse Lire la suite de « « La Corse, Île des Justes ? » : France 5 relance le débat »

Témoins de l’Holocauste

Mémorial de la Shoah, jeudi soir dernier
Mémorial de la Shoah, jeudi soir dernier

De nombreux récits nous sont parvenus du coeur de l’Holocauste. Quelques uns m’ont particulièrement touché. L’un est un rouleau enterré au pied d’un crématoire par le  sonderkommando Zalman Gradowski; un autre celui d’un policier juif qui a amené sa femme et sa petite fille au train : Calel Perechodnik. Celui de Chil Rajman décrit Treblinka et la destruction de son peuple. Enfin le pojet Oneg Shabbos d’historiens du ghetto de Varsovie qui ont choisi de documenter leur vie avant d’enfermer ces archives dans des bidons à lait enterrés montre le travail patient et minutieux d’un groupe d’historiens soucieux de faire vivre un monde dont il savait qu’il était en train d’être englouti. 
Une volonté réunit des écrivains : l’écriture était pour ces gens qui savaient qu’ils allaient mourir la seule manière de survivre, de transmettre un monde bientôt disparu, celui du judaïsme ashkénaze de la mitteleuropa. 
Je me permet de les partager avec vous en ce jour de Yom haShoah. L’Holocauste reste un trou noir au fond de l’âme européenne. il faut lire ces lignes fivéreuses et hallucinées d’hommes qui les ont laissées pour qu’on ne les oublie pas.

Du point de vue historique il faut lire ou relire Raul Hilberg : La destruction des juifs d’Europe, Saul Friedlander : Les années de persécution / Les années d’extermination, Annette Wieviorka : Déportation et génocide et l’ère du témoin . Sans oublier le documentaire Shoah de Lanzmann.

Zalmen Gradowski
Le récit de Zalmen Gradowski, un Sonderkommando, a été déterré près du crématoire III de Birkenau, à l’intérieur d’une gourde allemande en aluminium fermée par un bouchon en métal, un carnet de 14,5 x 9,5. Publié sous le titre Au cœur de l’enfer c’est le plus poignant. Il commence ainsi :

« Cher lecteur…
Je dédie ces lignes à ton intention, que tu puisses apprendre au moins en partie comment et de quelle atroce manière ont été exterminés les enfants de notre peuple. Et que tu réclames vengeance pour eux, et pour nous, car qui sait si nous, qui avons dans nos mains les preuves factuelles de toutes ces atrocités nous pourrons survivre jusqu’à l’heure de la libération. C’est pourquoi je veux par mon écriture éveiller en toi un sentiment, semer une étincelle de vengeance, et qu’elle s’embrase, enflamme tous les cœurs, et que soient noyés dans des océans de sang ceux qui ont fait de mon peuple une mer de sang. »

Tout le texte, celui d’un prophète, montre cette volonté d’accumuler des preuves de la barbarie nazie qui se déchaîne, de résister à l’effacement de la mémoire, celle de ses proches qu’il cite avec leur date de mort et la volonté qu’on publie sa photo avec sa femme.

Zalmen et Sonia-Sarah Gradowski
Zalmen et Sonia-Sarah Gradowski

Il faisait partie du Sonderkommando, ces « équipes spéciales » qui assuraient le fonctionnement des chambres à gaz et des crématoires d’Auschwitz-Birkenau, ces juifs chargés d’aider les SS à faire entrer leur propre peuple dans les locaux de déshabillage et de gazage.
Seule lune veille encore sur lui : « Que ton unique rayon, que ton cierge de deuil luise à jamais sur la tombe de mon peuple. Que ce soit la flamme du souvenir que toi seule peut allumer pour lui. ». Des pages magnifiques écrites comme une meguila d’Esther.

« Alors, je courais là-bas, vers ce rivage, vers ce coin où se tenaient avec une sainte piété quelques dizaines de juifs en prière, et là je puisais cette lumière, je captais cette étincelle avec laquelle je pouvais m’enfuir dans ma chambrée. Et à sa chaleur fondait le gel qui glaçait mon cœur… J’avais alors un joyeux shabbat. J’étais emporté sur les vagues de mes années disparues, et lorsque je revenais au rivage, à mon shabbat d’aujourd’hui, mon cœur fondait en larmes. J’étais comblé, j’avais un Shabbat de pleurs »

Trés religieux, Gradowski sera l’un des chefs de la résistance au sein du Sonderkommando, il a probablement été tué durant la révolte du Sonderkommando en octobre 1944 ou peu avant. Un crématoires est alors dynamités et une petite troupe de quelques centaines de révoltés, pauvrement armée, se bat contre des milliers de SS en armes et de chiens hurlant qui finissent par les massacrer. Les dernières lignes de Salman Gradowski datent du 6 septembre 1944.
Il ne sera édité en yiddish et en Israël qu’en 1977. Lire la suite de « Témoins de l’Holocauste »

La Sidra de TSAV, « prescris », 12 Nissan 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

La Sidra de Tsav tombe cette année juste avant Pessah. Le chabbath qui précède la fête de Pessah est appelé Chabbath Hagadol, « le  Grand Chabbath » ; Pourquoi ?  Si c’était le chabbath lui-même qui est grand on aurait dû dire Chabbath Haguédola au féminin puisque le mot « chabbath » est du genre féminin. Mais en fait, Chabbath Hagadol est la contraction de « Chabbath Ness Hagadol », le « chabbath du grand miracle ». Ce qui est grand en vérité, c’est donc le miracle qui s’est produit le chabbath avant Pessah. Après plus d’un siècle d’esclavage en Egypte, dans un pays alors animiste où on adorait des animaux, les Hébreux ont eu le courage d’immoler dans chaque famille un agneau et de badigeonner les linteaux de leurs maisons avec son sang. Or l’agneau était un des dieux égyptiens. Cet acte était une véritable provocation, une révolte d’esclaves dont l’issue ne pouvait que se solder par un massacre exemplaire dans l’antiquité. Ceci prouve que l’esclavage, n’a pas modelé la mentalité des Hébreux, Ces derniers ont trouvé en eux le ressort pour réagir. Ils ont provoqué la fureur des Egyptiens… qui sont restés complètement passifs. Voilà le vrai « grand miracle ».

La sidra précédente, celle de Vayikra, traitait des sacrifices à l’attention des cohanim, par contre la Sidra de Tsav traite du même sujet mais à l’intention du peuple d’Israël. Tout ce qui traite des sacrifices, surtout dans notre civilisation actuelle, donne le sentiment qu’il s’agit d’une véritable boucherie. Quelle différence y a –t-il entre le temple et un abattoir ? En vérité, il y a une grande différence, car tout  dépend de l’intention de la personne qui offre le sacrifice et  du regard qu’on porte à une action. Tout dans ce bas monde est profane. Le judaïsme précise que le but du Juif est de faire passer le profane au stade du sacré. Ainsi, on peut manger comme un animal parce qu’on a faim. Mais pour le Judaïsme, manger est un acte sacré. La table sur laquelle on mange a la même fonction que l’autel sur lequel on procède aux sacrifices. La doctrine juive fait d’un repas un véritable acte spirituel. Par conséquent tout dépend de la finalité d’un acte. Celui-ci doit prendre une signification noble. C’est l’objet de la sidra de Tsav quand elle parle du grand prêtre, des habits des cohanim ou de l’Holocauste (‘Ola).

Le grand-prêtre, homme de parole et le « sacrifice des lèvres »
Un homme ayant des problèmes d’ordre psychologique peut mettre en danger, par son comportement, l’équilibre de la société. C’est pourquoi toute personne culpabilisée par une action fautive avait la possibilité de venir au Temple avec un sacrifice et faire état de tout ce qui est la cause de son désarroi. Le Cohen l’écoute attentivement, prend le sacrifice et apporte le calme et la sérénité à cet homme en état de mal être. Le temple, ou plus précisément son sanctuaire, était donc un lieu qui permettait à l’homme troublé de revenir directement à la spiritualité et au calme psychique. Comment cela se passait-il ?

La paracha de Tsav est la seconde partie de celle de Vayikra. Nous avions alors remarqué qu’il était étrange que « Celui que les cieux ne peuvent contenir » se tienne sur un petit michkane si restreint. Mais mieux encore nous avions remarqué que la voix de D., cette voix dont le psaume 29 que nous chantons après avoir proclamé et commenté la Torah, alors que nous rapportons le rouleau de la Loi dans l’arche, cette voix qui « retentit sur les eaux, le Dieu de gloire tonne »… qui « brise les cèdres, c’est l’Eternel qui met en pièces les cèdres du Liban », « qui  fait trembler le désert de Kadêch » et même « enfanter les biches »…, Et bien cette voix puissante que Moïse entendait n’était pas audible en dehors de la tente pour le peuple… Rachi s’en étonne : « Depuis la tente d’assignation, cela nous apprend que la voix s’arrêtait et qu’elle ne se manifestait pas hors de la tente. J’aurais pu penser qu’il en fût ainsi parce qu’elle était trop basse. Aussi est-il écrit : « “la” voix » (Nombres 7, 89). De quelle voix s’agit-il ? De celle dont il est question dans le livre des psaumes: « “La voix” de Hachem éclate dans la force, “la voix” de Hachem éclate avec majesté, “la voix” de Hachem brise les cèdres » (Tehilim 29, 4). Dans ce cas, pourquoi est-il précisé : « depuis la tente d’assignation ?»  Pour nous apprendre que la voix s’arrêtait. Il en est de même dans : « Et le bruit des ailes des chérubins s’entend jusqu’à la cour extérieure » (Ye‘hezqèl 10, 5). J’aurais pu penser qu’il en fût ainsi parce qu’elle était trop basse. Aussi est-il écrit : « Comme la voix de Qél Chaddaï quand Il parle » (ibid.). Dans ce cas, pourquoi est-il précisé : « jusqu’à la cour extérieure » ? Parce que, dès qu’elle y parvenait, elle s’arrêtait. »

Rachi : le Maître de Troyes qui voulait seulement établir le premier sens de l’Ecriture, après avoir, un jour entendu un père donner une mauvaise traduction à son fils, alors qu’il entrait dans la synagogue ; Rachi, toujours soucieux de précision n’en reste pas là et il commente :

« Il appela Mochè. La voix se propageait et atteignait ses oreilles, et nul en Israël ne l’entendait. ». Rachi en tire la conclusion  « J’aurais pu penser qu’il y eût eu un appel également pour signaler les interruptions dans le discours. Aussi est-il écrit : « lui parla », ce qui veut dire qu’il y a eu un « appel » lors de la prise de parole, et non pour les interruptions. Et à quoi les interruptions ont-elles servi ? À donner à Mochè le temps de réfléchir entre un paragraphe et le suivant et entre un sujet et l’autre. À plus forte raison un simple être humain en a-t-il besoin lorsqu’il étudie auprès d’un de ses semblables». Lire la suite de « La Sidra de TSAV, « prescris », 12 Nissan 5773 »