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France Info, Le livre du jour de Philippe Vallet : “L’invention du christianisme”


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Jusqu’au IIe siècle, le judaïsme a été multiple…

Ce n’est qu’ensuite que naîtront ce qu’on va appeler d’un côté le judéo-christiannisme et, de l’autre, le judaïsme rabbinique que nous connaissons aujourd’hui. Cela signifie, par exemple, que la plupart des croyances chrétiennes comme le Dieu Père, l’Esprit Saint, la Résurrection des morts ou l’Apocalypse, ne sont que des croyances juives nées bien avant le christianisme. C’est ce que rappelle Didier Long, historien du judéo-christianisme dans son nouveau livre, L’invention du christianisme publié aux Presses de la Renaissance.

Ma nishtana ?

Cette année les Paques juive et chrétienne coincident du point de vue du calendrier. Ce soir c’est Pessa’h.

L’enfant pose rituellement ces questions à son père qui lui répond :

Français
Translittération
Hébreu
En quoi cette nuit diffère-t-elle des autres nuits ?
Ma nishtana, halayla hazè, mikol haleylot
מה נשתנה, הלילה הזה מכל הלילות
Car toutes les nuits, nous mangeons du pain levé ou azyme
pourquoi ne mange-t-on cette nuit que des azymes ?
shèbèkhol haleylot, anou okhlin hametz oumatza,
halayla hazè, koulo matza ?
שבכל הלילות אנו אוכלין חמץ ומצה
הלילה הזה, כלו מצה
Car toutes les nuits, nous mangeons toutes sortes d’herbes
pourquoi mange-t-on cette nuit des herbes amères ?
shèbèkhol haleylot, anou okhlin shèar yeraqot,
halayla hazè, maror ?
שבכל הלילות אנו אוכלין שאר ירקות
הלילה הזה, מרור
Car toutes les nuits, nous ne trempons pas même une fois
pourquoi trempe-t-on cette nuit deux fois ?
shèbèkhol haleylot, ein anou matbilin afilou pa`am a’hat,
halayla hazè, shtei fa`amim ?
שבכל הלילות אין אנו מטבילין אפילו פעם אחת
הלילה הזה, שתי פעמים
Car toutes les nuits, nous mangeons assis ou accoudés
pourquoi, cette nuit, sommes-nous tous accoudés ?
shèbèkhol haleylot, anou okhlin bein yoshvin ouvein mèssoubin,
halayla hazè, koulanou messoubin ?
שבכל הלילות אנו אוכלין בין יושבין ובין מסובין
הלילה הזה, כולנו מסובי

Quelle est la différence entre cette nuit et toutes les autres nuits ? demande l’enfant . C’est la première de quatre questions qui évoquent :

  • La hâte de quitter l’Égypte (le pain non levé),
  • L’amertume de la vie des Hébreux avant l’Exode
  • Les herbes qu’on trempe deux fois signifient la liberté et l’exil, on trempe le fenouil dans l’eau salée qui est celle des larmes
  • La coutume de manger allongé accoudé comme les citoyens romains (comme des hommes libres)

… quatre  grands thèmes de la Haggadah de Pessa’h, le récit de la libération d’Egypte.

Hag Pessa’h Sameah !

La “Légende du Grand Inquisiteur” de Dostoïevski

Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski (1821-1881)A lire et à relire, la “Légende du Grand Inquisiteur”, dans Les Frères Karamazov, le dernier roman de Dostoïevski (1821-1881). Le roman se déroule en six jours illustrant des figures du mal : crime,  folie, athéisme…
Dans la “Légende du Grand Inquisiteur”, Ivan Karamazov raconte à son frère Aliocha, le retour de Jésus, incognito, dans l’Espagne de l’Inquisition. Nous sommes à Séville, au temps des bûchers.
Le grand Inquisiteur, un jésuite, est la figure de la liberté abdiquée à une religion devenue simple convention sociale. Selon lui, les hommes veulent être rassasiés de pain et de miracles, rassurés par le mystère et conduits avec autorité; le diable avait raison et lui-même, dit-il, a pris son parti, acceptant le glaive de César pour le bonheur même de l’humanité.

Il a désiré se montrer, ne fût-ce qu’un instant, au peuple, à cette multitude malheureuse, souffrante, plongée dans l’infection du péché, mais qui L’aime d’un amour enfantin. L’action se passe en Espagne, à Séville, à l’époque la plus terrible de l’Inquisition, lorsque chaque jour on faisait, pour la plus grande gloire de Dieu :

 

“Des autodafés magnifiques

De ces sacripants d’hérétiques.”

Oh, sans doute, ce n’est point la venue qu’il opérera, selon sa promesse, à la fin des temps, dans toute sa gloire céleste, et qui sera soudaine « comme l’éclair qui brille depuis l’Orient jusqu’à l’Occident ». Non, Il a voulu, ne fût-ce qu’un instant, visiter ses enfants, et Il a choisi justement le lieu où flambaient les bûchers des hérétiques. Mû par son infinie pitié, Il vient encore une fois parmi les hommes, sous cette même forme humaine qu’il a revêtue durant trente-trois années quinze siècles auparavant. Il descend dans les « rues brûlantes » d’une ville méridionale où, la veille précisément, dans un « autodafé magnifique », en présence du roi, des grands, des chevaliers, des cardinaux et des plus charmantes dames de la cour, devant toute la population de Séville, le cardinal grand inquisiteur a brûlé en une seule fois près d’une centaine d’hérétiques ad majorem gloriam Dei. Il apparaît modestement. Il ne cherche point à attirer l’attention, et voilà que — chose étrange — tous Le reconnaissent. Ce pourrait être une des plus belles pages du poème, si je parvenais à bien expliquer le pourquoi de cette reconnaissance. Le peuple entraîné vers Lui par une force invincible L’entoure, se presse sur son passage, se met à sa suite. Silencieusement, il traverse les rangs de la foule avec un doux sourire qui exprime une infinie compassion. Un soleil d’amour embrase son cœur, ses yeux lancent des rayons de Lumière, de Science et de Force qui, en tombant sur les hommes, éveillent chez ceux-ci une réciprocité d’amour. Il leur tend les bras. Il les bénit ; de son contact, du contact même de ses vêtements se dégage une vertu curative. Parmi les personnes présentes se trouve un vieillard, aveugle depuis son enfance. « Seigneur », s’écrie-t-il, « guéris-moi, et je Te verrai ! » Il tombe comme une écaille de ses yeux et l’aveugle Le voit. Le peuple pleure et baise la terre sur laquelle Il marche. Les enfants jettent des fleurs devant Lui, ils chantent et lui crient : « Hosannah ! » « C’est Lui, c’est Lui-même ! » répète tout le monde, « ce doit être Lui, ce ne peut être que Lui. » Il s’arrête sur le parvis de la cathédrale de Séville au moment même où un petit cercueil blanc est porté dans le temple, au milieu des lamentations : dans cette bière ouverte repose une enfant de dix-sept ans, la fille d’un des notables de la ville. Le petit cadavre est couché sur des fleurs. « Il ressuscitera ton enfant », crie-t-on dans la foule à la mère en pleurs. L’ecclésiastique venu à la rencontre du cercueil regarde d’un air étonné et fronce le sourcil. Mais soudain la mère éplorée de la défunte fait entendre sa voix : « Si c’est Toi, ressuscite mon enfant ! » s’écrie-t-elle, en se prosternant à ses pieds. Le cortège s’arrête, on dépose le cercueil sur le parvis, devant Lui. Il le considère avec une expression de pitié et une fois encore ses lèvres prononcent doucement : « Tâlipha Koumi — lève-toi, jeune fille ! » La morte se soulève dans le cercueil, s’assied, sourit ; ses yeux s’ouvrent et elle promène autour d’elle un regard étonné. Elle tient dans les mains le bouquet de roses blanches avec lequel on l’a ensevelie. Le peuple est saisi de stupeur, on n’entend que des cris, des sanglots. Et voilà que dans ce moment même passe tout à coup sur la place, près de la cathédrale, le grand inquisiteur en personne. Lire la suite…

Au-delà d’un tropisme pro-palestinien hérité de la pensée unique

Samedi 24 mars, un colloque organisé à l’Assemblée Nationale à l’initiative d’Arnaud Montebourg du Parti socialiste a permis d’exprimer deux conceptions de la politique étrangère de la France.

D’un côté Régis Debray, qui publie un nouveau livre et de l’autre l’ancien Ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine. Le « trotskiste » Debray, puisqu’il s’est présenté ainsi, a savouré cette joute contre l’ancien chef du Quai d’Orsay, fustigeant la ligne suivie par la diplomatie française, laquelle est imprégnée de la philosophie des néoconservateurs américains. Ces néocons, a-t-il remarqué, ne tiennent pas compte de la revendication des peuples à disposer d’eux-mêmes pour imposer leur vision démocratique. Le débat est resté idéologique – d’ailleurs l’ouvrage de Debray titre sur le « rêve »- omettant délibérément les enjeux pétroliers et autres matières premières qui sont les véritables leviers des champs d’action, outre ce qui pourrait mettre en péril Israël et les Etats-Unis.

Petits règlements de compte entre amis
Il n’a été question que de la future stratégie du Quai d’Orsay, si les socialistes conquièrent le pouvoir dans un mois et demi. Tout le monde appréciera que Debray, le vieux briscard du marxisme, un brin mélancolique, pourfende encore le droitdel’hommisme qui a toujours justifié le devoir d’ingérence dont la France s’est faite la première porte-parole depuis les Lumières, devoir personnifié par Védrine.
Les idées mettent toujours plus de temps à mourir que les hommes. Celles de Régis Debray sont héritées d’un trotskisme qui ne compte plus d’adepte dans le monde hormis en France. J’ai donc adoré entendre le beautiful loser du marxisme ressasser sa détestation de la technocratie. Après lui, qui le fera ? Il fait partie des derniers vestiges du XXème siècle, le siècle des idéologies, avant le XXIè, siècle des technologies.

La suite sur le blog de Marie-Pierre Samitier

La presse commente ce qui se passe en France

22 mars 2012 1 commentaire

« Beaucoup pensaient qu’après l’Holocauste et l’occupation nazie, les enfants français ne seraient plus jamais tués de sang-froid à cause de leur religion. Et pourtant, c’est précisément ce qui s’est passé à Toulouse » Haaretz

« Depuis 2000, les juifs de France ont été exposés à la plus importante manifestation d’antisémitisme depuis l’Holocauste. La grande majorité de ces crimes haineux ont été perpétrés par des immigrés arabes qui protestaient contre ce qu’ils considéraient comme des agressions israéliennes dirigées contre les Palestiniens » Jerusalem Post

« Concernant l’antisémitisme en France, il y a eu un enchaînement d’événements ces dernières années (…) Il est temps que la politique cesse de minorer ce type d’incidents »  Frankfurter Allgemeine Zeitung

« We don’t know yet who committed the Toulouse massacre but we do know that it was the work of a Jew-hater who sought out and murdered Jewish children in cold blood solely because they were Jewish. » Commentary

« Ils ont eu une vie, terriblement courte, et je veux avant toute chose leur redonner leur identité, leur nom: Imad Ibn Ziaten (30 ans), Abel Chennouf (24 ans), Mohamed Legouad, (26 ans), Jonathan Sandler (30 ans), Gabriel Sandler (6 ans), Aryé Sandler (3 ans), Miryam Monsonégo (8 ans). Tous enfants de France, porteurs les uns de l’idéal de responsabilité et d’engagement propres au soldat, les autres du futur de la société incarné par l’enfant, ils étaient la garantie de notre pérennité, l’assurance de l’espérance qu’incarne la France lorsqu’elle fait vivre ses valeurs et qu’elle croit en son avenir. Et c’est justement ce que ces meurtres veulent briser. L’espérance et notre futur.” Un article du Grand Rabbin Haïm Korsia Toulouse-Montauban quête de conscience à lire sur le Huffington Post 

La campagne présidentielle sera spirituelle… ou ne sera pas (bis repetita)

J’avais écrit cet article dans Marianne en… 2006. En le relisant  je n’en retirerai pas une ligne. Quelle réflexion a été entamée depuis …? (cliquer sur l’article pour l’agrandir)

Contre la haine, la fraternité

20 mars 2012 1 commentaire

Catégories:spiritualité

Le retour vers leurs racines juives des marranes de Majorque

PALMA DE MAJORQUE (Espagne),  14 mars 2012 (AFP) – Par Virginie GROGNOU
C’est à travers la cuisine que Toni Pinya a renoué avec ses racines juives. Né catholique, il ne s’est jamais senti tout à fait comme les autres. Il fait partie des Chuetas*,  descendants de juifs de l’île espagnole de Majorque, forcés de se convertir. Chef cuisinier de 60 ans reconnu sur cette île touristique des Baléares. Toni s’affaire désormais aussi dans la cuisine de la petite synagogue  de Palma de Majorque, préparant inlassablement tartelettes et brioches casher pour toute  la communauté juive. Les Chuetas, comme tous les juifs qui vivaient en Espagne depuis le Moyen-Age, ont été persécutés et obligés à se convertir au catholicisme à partir du 14e siècle, puis sous l’Inquisition. Mais contrairement aux autres, cette communauté a réussi à conserver ses coutumes, en continuant à pratiquer le judaïsme dans la clandestinité et en privilégiant pendant longtemps le mariage intracommunautaire. La dimension strictement religieuse de ces pratiques a progressivement disparu, mais des habitudes se sont transmises de génération en génération, et perdurent encore aujourd’hui. Toni se souvient par exemple d’avoir vu sa grand-mère systématiquement éliminer la graisse de porc dans ses recettes: “je lui demandais ‘‘Grand-mère, pourquoi tu fais ça?’’, et elle me répondait: ‘‘parce que ma mère faisait comme ça’’.” A la place, elle prenait de “la graisse de poulet ou de poule et la faisaient fondre”. Sa grand-mère nettoyait aussi de fond en comble sa maison le vendredi “pour qu’elle soit bien propre le samedi”, une coutume datant du temps où leurs ancêtres célébraient le shabbat. Mais toute la famille, en bons catholiques, allait à la messe le dimanche. Ni tout à fait catholique, ni tout à fait juif: Toni a longtemps eu l’impression de ne pas être à sa place. Le mot Chueta reste péjoratif dans la conscience collective de Majorque. Enfant, il raconte avoir été souvent la cible d’insultes.        

RECONNAISSANCE
Les Chuetas seraient actuellement 20.000 à Majorque, identifiés par 15 noms de familles. “Parmi eux, la plupart préfèreraient ne pas l’être”, assure Miguel Segura, écrivain et journaliste Chueta. “D’autres se sentent fiers de leurs origines, mais ne souhaitent pas que cela influence leur vie, ils considèrent que cela appartient au passé”, ajoute-t-il. D’autres encore, une minorité, ont choisi de se tourner vers le judaïsme. Lire la suite…

Catégories:Marranes

Eric de Rosny, explorateur spirituel

Nous venons d’apprendre le décès du jésuite français Eric de Rosny vendredi dernier à l’âge de 82 ans. Il sera enterré demain à 15h à l’église Saint Ignace.

Eric de Rosny, né en 1930 à Fontainebleau, a connu l’Exode dans la Sarthe à l’âge de 10 ans. Il décide alors de devenir missionnaire et entre chez les jésuites en 1949 avec le rêve de partir en Chine à la suite de Matteo Ricci. Il débarque… à Douala, au Cameroun, en 1957, puis vivra à Yaoundé.

Passeur entre deux rives, Eric de Rosny sera le premier européen à devenir nganga, c’est-à-dire guérisseur traditionnel africain. le nganga Camerounais « fait le bien », connait la médecine des herbes et la psychologie bantoue, une sorte d’art de guérir la violence de groupe. Il faut absolument lire ses livre Les Yeux de ma chèvre (Plon, 1982) ou encore La nuit, les yeux ouverts (Seuil, 1996), qui racontent son initiation et son parcours de guérisseurs traditionnel dans le « monde de la nuit » au son du tam-tam et des lueurs vacillantes du feu. « Mon dépaysement ne fut pas d’ordre religieux ni culturel, mais plutôt d’ordre cosmo-anthropologique », explique-t-il dans Les Yeux de ma chèvre. Son passeur Din, lui « ouvrira les yeux » pour en faire un guérisseur. Selon la pensée africaine traditionnelle, la maladie est comprise comme une rupture de l’ordre établi, une fracture de la paix du groupe  produite par le double d’une personne ou d’un défunt qui continue de vivre dans le monde de la nuit-du ‘rêve éveillé’. « C’est là qu’intervient le nganga dont la fonction n’est pas tant de désigner le coupable que de ratifier ou non les soupçons de la famille. Une fois le coupable nommé, le malade peut guérir et son corps invisible réintégrer son corps visible par les soins du nganga ». À la fin de son initiation des rêves éveillés lui font « voir » des hommes s’entre-tuer alors qu’il écoute la radio: « Des images intérieures montaient de mes yeux, associées aux paroles que j’entendais. J’entrais ainsi dans le cercle des visionnaires qui ont “quatre yeux”, un privilège rare, dévolu à certains ngangas ». Des brusques flashs d’images lui montrent la violence qui habite entre les êtres. Cette conception s’appuie sur l’anthropologie bantoue de l’homme et son double. Un monde en réalité bien étrange pour un européen post moderne mais que Eric de Rosny a approché avec  le respect absolu d’un homme qui risque son âme pour comprendre et sauver ses frères d’Afrique.

En cette fête de Pourim et ce carême des chrétiens nous souhaitons une belle route au pays des vivants à ce grand homme et saluons sa famille avec amitié.

Catégories:spiritualité, Témoignage

L’invention du christianisme, et Jésus devint Dieu

24 février 2012 6 commentaires

L’Invention du christianisme vient de paraître. Suite de Jésus de Nazareth, juif de Galilée, ce livre retrace, à la lumière des dernières connaissances du judaïsme antique, la longue et fascinante histoire que fut la naissance du christianisme.

Jacques, Pierre ou Paul de Tarse n’étaient pas chrétiens, mais juifs. Leur projet n’était pas de remplacer la Loi juive (Torah) par une autre religion, mais de convertir les païens et de délivrer leur peuple du joug romain – qui conduira à la destruction du Temple en 70 puis à l’anéantissement de Jérusalem en 135. Il faudra près de quatre siècles pour que, de ce premier mouvement messianique juif aux multiples visages, naisse le christianisme.

Au cours du Ier siècle, Paul et les apôtres vont transmettre l’enseignement reçu de Jésus dans les synagogues de la diaspora de langue araméenne – Palestine, Syrie, Mésopotamie, Babylonie…–, et dans la diaspora juive hellénisée – Asie Mineure, Égypte, Rome…– au coeur de laquelle « s’inventera » le christianisme.
À partir du IIe siècle, le judéo-christianisme et le judaïsme rabbinique commenceront à se séparer. Une rupture qui sera consommée au IVe siècle avec la conversion de l’empereur Constantin et la tenue des grands conciles qui fixeront l’orthodoxie chrétienne : l’Empire abandonnera les cultes païens pour se tourner vers le Dieu UN d’Israël via le culte chrétien. Naîtront alors véritablement les deux religions que nous connaissons, toujours jumelles.

 

EXTRAITS :
Lire “L”invention du christianisme”-extrait complet (pdf)

“Jusqu’il y a encore peu, l’histoire du premier christianisme se résumait au récit qu’en avait élaboré l’Église, à partir du
moment où l’Empire gréco-romain était devenu chrétien sous Constantin (272-337). Cette mythologie des origines entérinée au
IVe siècle commençait par le récit du livre des Actes des Apôtres rédigé dans les années 70-80 de notre ère : une odyssée méditerranéenne à la gloire de Paul de Tarse, l’Ulysse chrétien, voyageant de Jérusalem, coeur du judaïsme, à Rome, centre du pouvoir et capitale de l’Empire gréco-romain. Avec lui, le centre de gravité du christianisme se déplaçait de Jérusalem à Rome en suivant le chemin de ses hérauts Pierre et Paul. D’histoire orientale, le christianisme se transformait en une légende occidentale et un mythe fondateur. (…)

Dès lors, à partir du IVe siècle, toute autre forme de christianisme que celui de la Grande Église, selon la magistrale démonstration de Walter Bauer en 1934, jamais sérieusement contestée, était devenu « hérétique ». Les récits des apologètes, des grands hérésiologues
du IIe siècle, à commencer par Irénée, semblaient confirmer cette centralité de la « voie romaine », ce qu’on appelle la « transmission
apostolique » en langage d’Église, et reléguer tous les autres points de vue à des chemins de traverse hasardeux. Mais on sait
aujourd’hui que les premières manifestations du christianisme à Édesse, en Égypte, en Asie Mineure, qualifiées d’hérétiques par
certains auteurs à partir du IIe siècle, constituaient un christianisme protéiforme. Il n’y a pas eu, comme on l’a longtemps cru,
une orthodoxie première et monolithique, puis des hérésies déviantes, mais, dès le départ, une multitude de mouvements. Je montre que ceux-ci sont dus au développement du christianisme dans divers mouvements du judaïsme issus de différents bassins culturels et aussi aux chocs de l’histoire. Ce qui deviendra l’orthodoxie chrétienne au IVe siècle n’est que l’opinion, parmi d’autres, de la communauté romaine.

Nous constaterons à travers des documents que le mouvement de Jésus, qu’on a appelé plus tard le « christianisme », au moins au cours des deux premiers siècles et dans certaines régions jusqu’au VIe siècle, n’était qu’ une  des multiples sectes juives qui prospéraient au sein de l’Empire gréco-romain. « Secte » au sens où Flavius Josèphe parle des hairesis du judaïsme, un mot qui a donné par la suite « hérésie ». Si nous voulons comprendre le premier christianisme, nous devons donc relire l’histoire de son développement comme celui d’une secte juive minoritaire affrontée à d’autres points de vue juifs et ballottée dans les guerres judéo-romaines. Sans cette genèse, on ne peut pas comprendre la formation d’une identité chrétienne spécifique au coeur du monde juif puis le rejet très progressif de cette opinion par la synagogue en réaction aux catastrophes de l’histoire juive (…)

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