Interview sur Fréquence Protestante
Jésus, trois livres récents : Jean-Christian Petitfils, Didier Long et Michel Benoît interviewés par Jacques Fischer sur Fréquence protestante samedi 24 décembre à 20h00.
Jésus, trois livres récents : Jean-Christian Petitfils, Didier Long et Michel Benoît interviewés par Jacques Fischer sur Fréquence protestante samedi 24 décembre à 20h00.
Pour la première fois depuis son lancement en 2008, « La baraque à livres », l’émission littéraire hebdomadaire de RCF a été enregistrée EN PUBLIC au FURET du NORD de LILLE le vendredi 7 octobre. L’émission est présentée par Bernard LECONTE et Michel BOUVIER.
Ecouter : Didier Long – La baraque à livres au Furet du Nord
ou écouter : >>> sur le site de RCF
Jésus de Nazareth, juif de Galilée est le premier volet d’une étude consacrée par Didier Long aux origines du christianisme. Il s’agit dans ce premier volume de faire ressortir tout ce qui dans la personne et l’enseignement de Jésus s’explique par le fait qu’il était Galiléen, et permet de mieux comprendre tout ce qu’il reste de juif dans le christianisme. Sans être entièrement nouveau, ce travail approfondi apporte des éclairages novateurs sur la personnalité de l’homme Jésus, sans hésiter à soutenir parfois des points de vue que condamne l’enseignement traditionnel de l’Église. (Communiqué RCF)
aux Presses de la Renaissance, 420 pages.
Depuis vingt siècles, Jésus laisse rarement indifférent. Mais l’homme de Nazareth reste un personnage largement méconnu, trop soumis à la fantaisie des interprétations les plus diverses. Pour comprendre qui il était, l’auteur invite à découvrir sa vie à la lumière du judaïsme du Ier siècle et des recherches historiques les plus récentes sur les écoles de sagesse de l’Antiquité. Les Évangiles doivent être lus pour ce qu’ils sont : les supports d’une tradition religieuse orale vivante née dans un contexte juif. Ils font partie des midrashim, ces recueils de commentaires oraux des paroles d’un maître juif, mis par écrit en temps de crise pour ne pas perdre son enseignement. Ils sont le reflet de pratiques spirituelles qui doivent être décryptées comme telles. On ne peut comprendre les récits évangéliques qu’au coeur de la pratique qui les a vu naître et les a ensuite portés, qu’à la lumière du livre des Psaumes, le manuel du hassid (sage/fidèle), et de la grande prière d’Israël. Voilà l’arrière-fond permanent de tradition vivante sans lequel le « Jésus de l’histoire » et son étrange destin nous resteraient définitivement inaccessibles.
Le lecteur suivra Jésus à la synagogue de son enfance à Nazareth ; au désert, où Jean-Baptiste pratique un curieux geste de baptême un jour de Kippour et où vivent les mystérieux Esséniens ; au coeur de cette « Galilée des païens » qui engendre exorcistes, révolutionnaires et messies. Peu à peu se dégage le portrait déroutant d’un maître spirituel pharisien appartenant à la mouvance populaire des hassidim, au coeur des conflits de mouvements religieux concurrents qui se disputent l’identité juive sous le joug romain. On découvre l’enracinement de Jésus, sa proximité affective et sensible avec Dieu, son profond amour de la Torah. À travers l’histoire de l’homme Jésus, se pose une question lancinante : Qui est cet homme ?
ernard de Clairvaux (1090 ou 1091, château de Fontaine-lès-Dijon, † 20 août 1153, abbaye de Clairvaux)
Personnage le plus célèbre de l’ordre de Cîteaux, Bernard fut aussi l’une des individualités les plus marquantes de l’histoire de l’Église médiévale et l’un des hommes les plus actifs et les plus importants du xiie siècle. Il réforma la vie bénédictine.
Vous voulez donc apprendre de moi pour quel motif et dans quelle mesure il faut aimer Dieu? Eh bien, je vous dirai que le motif de notre amour pour Dieu, c’est Dieu lui-même, et que la mesure de cet amour, c’est d’aimer sans mesure. Est-ce assez explicite? Oui, peut-être, pour un homme intelligent; mais je dois parler pour les savants et pour les ignorants, et si j’ai dit assez pour les premiers, je dois aussi tenir compte des seconds; c’est donc pour eux que je vais développer ma pensée, sinon la creuser davantage. Or je dis que noua avons deux motifs d’aimer Dieu pour lui-même; il n’est rien de plus juste, il n’est rien de plus avantageux. En effet, cette question: Pourquoi devons-nous aimer Dieu, se présente sous deux aspects : Ou l’on demande à quel titre Dieu mérite notre amour, ou bien quel avantage nous trouvons à l’aimer; je ne vois à cette double question qu’une réponse à faire : Le motif pour lequel nous devons aimer Dieu, c’est Dieu lui-même. [...]. Lire la suite…
Vers la fin du troisième siècle, alors que dans l’Empire Romain, le temps des persécutions touche à sa fin, quelques pionniers partirent au désert d’Egypte, le pays honni de la Bible, avec « le pain et le sel » fuyant Alexandrie, son port, ses prostituées et bientôt les évêques de la nouvelle chrétienté, la religion d’Etat de Constantin. Jésus aurait séjourné avec la sainte famille trois ans en Egypte; Israël avait trouvé sa fondation au désert, il n’en fallait pas plus pour les attirer. Et c’est ainsi que « le désert devint une cité » selon le mot d’un historien de l’époque. Voilà pour la légende.
Plus probablement, ces moines poursuivaient simplement l’idéal des communuatés juives parties vivre au désert décrite par Philon d’Alexandrie ou Flavius Josèphe comme les Thérapeutes. Cette communauté d’ascètes juifs retirée au désert prés du lac de Maréotis est proche parente des esséniens du désert de Juda à Qoumrân. Ces ascètes juifs vivaient en ermites, isolés six jours sur sept dans une maison individuelle comprenant une « pièce sacrée » appelée encore monastêrion ou « ermitage » étudiant la Loi, les prophètes et les Psaumes. Mais surtout, ces comunuautés composées d’ascètes hommes et femmes se réunissaient pour la liturgie du shabbat selon Philon d’Alexandrie. Une liturgie menée par « le membre le plus ancien (presbytatos) et le plus versé dans la doctrine ». Ils mangeait du pain levé, accompagné de sel et d’hysope. La fête se poursuivait jusqu’à l’aube, avec des chants alternés féminins et masculins, unis à la fin dans un chœur unique puis des danses.
Les communautés chrétiennes de femmes et d’hommes trois siècles plus tard, elles aussi séparées, se réunissent pour célébrer la liturgie du dimanche. Il faut dire que déjà au moment où Pacôme (292-348) fondait des monastères masculins, sa sœur Marie établissait des communautés féminines. Dans son « Histoire Lausiaque » Pallade a noté qu’un monastère était habité par 400 nonnes (HL, XXXIII, 1). Des chiffres antiques à lire avec prudence ! Le monachisme d’abord érémitique était devenu cénobitique, c’est-à-dire communautaire. cassien servira de trait d’union entre l’Orient et l’Occident. Sa règle inspirera tout le monachisme occidental. On retrouve chez eux le pain et le sel des Thérapeutes. L’ascète qui accueillit Pacôme au désert lui dit : “Considérez, mon fils, dit le vieillard, que du pain et du sel font toute ma nourriture ; l’usage du vin et de l’huile m’est inconnu.”
Quand à la pratique liturgique, elle est décrite par l’ascète qui accueillit Pacôme au désert : “Considérez, mon fils, dit le vieillard, que du pain et du sel font toute ma nourriture ; l’usage du vin et de l’huile m’est inconnu. Je passe la moitié de la nuit à chanter des psaumes ou à méditer les Saintes Écritures ; quelques fois il m’arrive de passer la nuit entière sans sommeil.” Bref, une pratique de liturgie juive, la lectio divina monastique succédant au talmud Torah (l’étude de la Torah), tandis que le livre des psaumes était devenu le livre des prières juives de la synagogue et de l’office quotidien, vu comme un résumé de la Bible.
Ce n’est pas du tout un hasard si la plus importante communauté monastique se trouvait à l’ouest d’ Alexandrie (cliquez sur la carte pour l’agrandir) , car c’est tout simplement là que se trouvait la diaspora juive la plus nombreuse et la plus ouverte au écoles et pratiques de méditation stoïciennes.
Etrange personnage que l’abba (“papa” en araméen) Chenouté mort en 456 , ou Shenouda comme on voudra. Moins connu qu’Antoine ou Pacôme – grands organisateurs de mouvement monastique l’homme part au désert d’Egypte au IV siècle pour réformer la règle pacômienne… trop douce à ses yeux! Chenouté est persuadé que dans ses monastères règne une foire permanente. Il acquiert vite une réputation de sévère réformateur et la légende lui prête même d’avoir tué un moine de ses propres mains. Ses écrits ne sont qu’invective envers ses moines. Le vigoureux Chénouté est par ailleurs responsable de la destruction d’un grand nombre de temples égyptiens pharaoniques de sa région, trop païens à son gout. La communauté organisée par Chénouté d’Atripé avait sa branche féminine. Grand fondateur du monachisme copte on dit que l’archimandrite eu jusqu’à deux mille moines et mille huit cents moniales sous ses ordres.
Ce court ( !) préalable pour introduire le texte d’une prière émouvante de ce saint copte, si proche des prières du Kippour juif :
Folio 1 Recto
« La prière de l’archimandrite du monastère d’Atripé.
Dieu, pardonne-moi, car j’ai péché contre Toi en tant qu’homme. Pardonne-moi en tant que Dieu bon.
Dieu, aie pitié de moi en ce monde et en celui qui va venir.
Dieu, aie pitié de mon corps et de mon âme. Dieu aie pitié de moi à cause de la faiblesse de ma chair.
Dieu, accorde-moi un peu de répit dans Ta bonté. Lire la suite…
Les mots d’Augustin dans la Cité de Dieu ont un coté un peu magique. L’idée est qu’en chacun et jusqu’à la fin des temps deux principes cohabitent en tout homme, il n’y a donc pas de théocratie possible. En cela Augustin s’opose à la conception constantinienne de l’empire qui le précède. Une théologie politique (qui sera celle de l’empire Byzantin) formalisée par Eusèbe de Césarée (v. 270 – v. 340). Pour lui le gouvernement du monde est donné par le Père au Christ-Logos médiateur, lequel le délègue à l’empereur. Rien de cela chez Augustin. Rome est tombée le 24 aout 410 sous les coups du Barbare Alaric, et Augustin tente d’expliquer cette catastrophe dans La cité de Dieu (Livre 24, Chapitre 28) – photo église St Patrick, NYC :
« Deux amours ont donc bâti deux cités : l’amour de soi-même jusqu’au mépris de Dieu, celle de la terre, et l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi-même, celle du ciel. L’une se glorifie en soi, et l’autre dans le Seigneur; l’une brigue la gloire des hommes, et l’autre ne veut pour toute gloire que le témoignage de sa conscience; l’une marche la tête levée, toute bouffie d’orgueil, et l’autre dit-à Dieu : « Tu es ma gloire, et c’est toi qui me fait marcher la tête levée (1) » ; en l’une, les princes sont dominés par la passion de dominer sur leurs sujets, et en l’autre, les princes et les sujets s’assistent mutuellement, ceux-là par leur bon gouvernement, et ceux-ci par leur obéissance; l’une aime sa propre force en la personne de ses souverains, et l’autre dit à Dieu : « Seigneur, qui es ma vertu, je t’aimerai (2) ». Aussi les sages de l’une, vivant selon l’homme, n’ont cherché que les biens du corps ou de l’âme, ou de tous les deux ensemble; et si quelques-uns ont connu Dieu, ils ne lui ont point rendu l’homme et l’hommage qui lui sont dus, mais ils se sont perdus dans la vanité de leurs pensées et sont tombés dans l’erreur et l’aveuglement. En se disant sages, c’est-à-dire en se glorifiant de leur sagesse, ils sont devenus fous et ont rendu l’honneur qui n’appartient qu’au Dieu incorruptible à l’image de l’homme corruptible et à des figures d’oiseaux, de quadrupèdes et de serpents; car, ou bien ils ont porté les peuples à adorer les idoles, ou bien ils les ont suivis, aimant mieux rendre le culte souverain à la créature qu’au Créateur, qui est béni dans tous les siècles (3). Dans l’autre cité, au contraire, il n’y a de sagesse que la piété, qui fonde le culte légitime du vrai Dieu et attend pour récompense dans la société des saints, c’est-à-dire des hommes et des anges, l’accomplissement de cette parole : « Dieu tout en tous (4) ». »
1. Ps. III, 4 .- 2. Ps. XVII, 2 . – 3. Rom.. I, 21-25. – 4. I Cor. V, 28.

Le messianisme, âme de l’occident
S’il fallait résumer en un seul mot l’inspiration fondamentale qui guide l’histoire des deux premiers millénaires en occident ce serait : l’espérance messianique. Le refus de la situation présente, l’espoir d’un monde meilleur, la volonté que la justice s’établisse un jour, voilà l’âme de l’occident. Celle-ci nous conduit spontanément à croire que l’histoire a un sens, que nous avons une vocation d’humanité à accomplir sur cette terre, que la vie surpasse les pulsions de mort dans l’histoire. Le messianisme, impatience de Dieu, exige la réalisation de l’espérance. Courant apocalyptique, il exige de Dieu la réalisation immédiate de sa promesse face à un surcroît de malheur insupportable. Lire la suite…
Dans la « Lettre 192 » adressée au diacre Célestin par Saint Augustin en 418 une petite méditation en cette période de ” Crise et chatiment ” :
’amour est une dette qui ne s’efface pas : une fois payée, on en reste toujours débiteur. On a beau s’en acquitter, on la doit encore ; quand on l’a payée, on en est toujours redevable.
C’est quelque chose qu’on ne perd pas en la rendant, mais qui redouble en quelque sorte par cette restitution même, car pour payer de retour l’affection des autres, il faut en avoir également, ce qu’on ne peut faire qu’en possédant soi-même un même fond d’amour.
C’est un sentiment qui grandit au plus profond de l’homme, à mesure qu’il le manifeste, et qui devient d’autant plus grand, que davantage de personnes en sont l’objet. Or, comment pourrait-on ne pas avoir d’amour pour ses amis, alors qu’on en doit même à ses ennemis ? Seulement envers les ennemis, c’est un devoir qu’on remplit avec de multiples précautions, tandis qu’envers des amis, on le remplit en toute sécurité. […]
Il n’en est donc pas de l’amour comme de l’argent. Plus on dépense d’argent, plus il diminue ; mais plus on dépense d’amour, plus il augmente. Il y a encore cette différence : nous aimons d’autant plus ceux à qui nous donnons de l’argent, que nous avons moins la pensée de la leur redemander un jour ; tandis que dans les largesses de l’amitié, on exige autant qu’on donne. […]
C’est pourquoi, frère, je suis heureux de te rendre cette amitié que tu as pour moi. Ces sentiments que je reçois de toi, je te les redemande encore, et ce que je te rends, je te le dois toujours.
Je ne résiste pas au plaisir de vous transmettre ce petit texte d’un moine du XIème siècle (en cette veille de shabbat!) :
Allons, homme chétif !
il est temps de fuir un peu tes préoccupations.Dérobe-toi, pour une fois, au tumulte de tes pensées,
Rejette à cette heure les soucis pesants
et remets à plus tard les affaires laborieuses.Consacre à Dieu, ne serait-ce que pour une faible part,
ton activité, et repose-toi en Lui.Descends dans le secret de ton âme, bannis-en toute chose
hormis Dieu et ce qui peut t’aider à le chercher,
et la porte close, cherche-le.
Anselme de Cantorbéry (1033-1109)
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