Cette phrase de l’évangile de Luc ouvre la parabole du Bon Samaritain (Lc 10, 30-37). Je vous propose une visite de cette route qui descend de Jérusalem, située sur une montagne, à environ 800 mètres d’altitude à Jéricho vers la ville la plus basse de la planète, à plus de 250 mètres sous le niveau de la mer!
Le monastère Saint-Georges de Choziba est accroché à la falaise de pierre du wadi Qelt-« wadi » qui en arabe désigne une rivière dont le lit reste sec toute l’année sauf lors de la saison des pluies. Il est érigé sur un des versants de la falaise de pierre. Fondé à la fin du Ve siècle, ce monastère réunissait pour la liturgie, le dimanche et pour les fêtes les ermites qui vivaient dans les grottes de la falaise. Selon la légende, le prophète Élie se serait déjà reposé dans une de ces grottes en se rendant dans le Sinaï. Un lieu magique.
Hébron : impact de balle dans le tombeau d'Abraham : Av' aam, le père de tous les peuples.
Suite de la discussion avec un de nos frères, juif orthodoxe de Bnei Brak.
Concernant l’élection d’Israël et les rapports entre judaïsme et christianisme On ne peut qu’être d’accord. Mais comment vis tu une religion qui s’est trompée pendant 1900 ans ? Pourquoi lui donner raison malgré le “pardon” accordé ? Qu’apporte le christianisme “en plus” du Judaïsme ? Je te pose une question qui je l’espère ne te choquera pas. Nous sommes là pour discuter, pas pour nous combattre. Pour le Judaïsme, le christianisme est considéré comme un comportement idolâtre. C’est d’ailleurs pour cela que nous n’avons pas le droit d’entrer dans des églises alors que nous pouvons entrer dans des mosquées. Comment peux-tu expliquer cela ? Comment considères-tu le christianisme comme purement monothéiste?
DL : Merci pour ta franchise. Aucune question ne me choque. Selon mon point de vue, le christianisme est une torah orale particulière, celle d’un rabbi juif pharisien de Galilée, Jésus qui a vécu toute sa vie sous la Torah (participation aux fêtes, Mitsvot comprises, purification dans des mikvaot avant d’aller au Temple, etc… je montre cela dans mon livre Jésus le rabbin qui aimait les femmes). Ce rabbi pharisien marginal, sans doute assez nationaliste, ne pouvait pas se targuer de l’enseignement d’un grand maître (comme Paul par exemple qui dit qu’il a appris la torah aux pieds de Gamaliel, le petit fils d’Hillel) avait un enseignement qui s’adressait aux juifs et se situait dans les strictes limites d’Israël : « N’allez pas chez les païens et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. » (Mt 10). Cet enseignement pharisien visait clairement à rassembler Israël dans une période de grande trouble religieux (Cf : le Talmud : « après Hillel et Shammaï il y avait deux torot en Israël ») et politique. Plus précisément je montre à la suite de Geza Vermes que l’enseignement de Jésus se rapproche de celui de la piété des hassidim (baignée des psaumes) comme deux figures charismatiques du judaïsme galiléen qui ont vécu autour de l’an 70 : Honi le traceur de cercles et Hanina ben Dosa qui apparaissent dans le Talmud. Jésus a donc fondé un mouvement en vue de rassembler tout Israël pour la venue finale de Dieu. Il s’est trouvé dans une opposition frontale face aux sadducéens, ennemis politiques (proches du pouvoir romain et du temple et fondamentalistes de l’Ecriture qui avaient bien l’intention que rien ne change) et ennemis religieux des pharisiens, ce qui lui a couté sa vie .
En dialogue avec un français qui est parti vivre en Israël depuis huit ans et réside dans la ville orthodoxe de Bne Brak, voici un point de vue chrétien sur la question suite à mon dernier post sur le sujet.
-Tu sais pourquoi Dieu parle dans le désert ? -Non... - Parceque rien n'y appartient à personne dit le Talmud! (sage sentence reçue d'un ami talmudiste dans ce désert prés de Jéricho)
Concernant l’élection d’Israël
Comme chrétien je pense que cette révélation confiée à Israël est au cœur de l’histoire de l’humanité et son moteur profond. Seule l’adoration du Dieu Unique peut permettre de sortir de l’idolâtrie constitutive de tout désir humain, quelle que soit la culture. Pourquoi ? Parce que les cultures et les individus, quels que soient leurs efforts ou leur fulgurances restent enfermés dans l’idolâtrie. Sans l’Amour de Dieu, sans l’acceptation du « joug de la Torah » le désir de chacun de nous, la volonté de vivre des peuples, va de soi à soi en méprisant autrui. Cette annexion prédatrice d’autrui, la réduction d’autrui et des autres peuples ou religions à notre propre point de vue ne peut conduire qu’à la haine destructrice et à la guerre. La séduction (l’attitude du faible) n’est qu’une autre forme d’idolâtrie, une manière déguisée de continuer à exister sans Dieu. Donc sans Dieu, impossible de sortir de ce cercle infernal. En attendant la rédemption, nous sommes simplement invités à entrer dans le chema : « aime Dieu de tout ton cœur, de tout ton âme, de toutes tes forces… » Et d’autre part à réaliser ce que Dieu à fait connaître à Israël ; « ce qui est bien, ce qui est juste : pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec notre Dieu » (Mi 6,8), bref aimer son prochain. Il est bien clair que la rétribution de la terre découle de cet amour de Dieu et du prochain. La révélation à Moïse a été donnée à Israël de manière irrévocable, Israël en possède la plénitude jusqu’à ce que Dieu se manifeste à toutes les nations.
D’un point de vue chrétien on ne peut pas abroger l’élection d’Israël, elle n’est pas effacée par le christianisme, elle n’est pas caduque. Le lien entre le peuple juif et la Torah est affirmé par Jésus, Paul (“Les dons de Dieu sont sans repentance” (Rm 11,29), la tradition primitive de l’église et par le Concile Vatican 2 (1965) (Constitution Nostra Aetate) sans aucune ambigüité… C’est vrai que les chrétiens commencent seulement à le redécouvrir… après avoir persécuté les juifs. Toutes les tentatives de substitution du judaïsme par le christianisme, sont des erreurs théologiques et des fautes graves devant Dieu qui ont conduit à des atrocités.
Concernant erets israël D’autre part et c’est notre sujet, si on affirme cela, l’élection, l’alliance de Dieu avec Israël entraine la reconnaissance du lien entre le peuple d’Israël et sa terre, est constitutif de l’élection d’Israël au même titre que son lien avec la Torah. Lire la suite…
Je n’avais jamais été frappé en lisant ce verset du Deutéronome à quel point le mot justice (répété deux fois) était lié à la possession de la terre (erets) d’Israël.
Qu’est ce que la justice ? La justice dont il s’agit ici (tsedek) de Dieu n’est pas celle des tribunaux (michpat), tsedek est parfois traduit par ‘charité’ mais il s’agit surtout d’un commandement éthique , d’une injonction. La possession de la terre découle de la poursuite de la justice et non l’inverse . En clair, on ne peut pas coloniser et ensuite attendre la paix…
Tsedek donne tsadik le juste. Qu’est-ce qu’un juste ? Une personne qui vit en conformité avec la Torah, qui devient une torah vivante, qui fait tenir debout la torah comme dit le talmud. La Bible nous dit que « Noé était un homme juste et intègre dans ses générations. Noé marchait avec Dieu » (Gn 2,9). Grâce à cette justice c’est toute l’humanité qui est sauvée dans le texte. Or Noé n’était ni juif, ni musulman, ni chrétien… ou pour le dire autrement : Dieu n’a pas de religion ! Lire la suite…
Je vous avais parlé l’an dernier d’un pèlerinage en Terre Sainte avec des épiscopaliens américains. Et bien cette année c’est moi qui ai organisé le pèlerinage pour une vingtaine de decision makers avec un ami. Quelques impressions.
L’oeil du cyclone ou une réelle détente ?
Thanks to Obama, la pression est descendue d’un cran dans le West Bank, avec beaucoup moins de check points, l’heure est à la détente. Cependant il est de plus en plus clair qu’aucune des deux parties du conflit Israélo palestinien ne veut faire la paix malgré tous les discours.
D’un coté, les ultras en Israël veulent la terre, 500 000 colons vivent à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, dans une stratégie d’étouffement et de fait accompli ; et d’autre part, dans le West Bank le Hamas qui a pris le pouvoir à Gaza (impossible à visiter) a rayé Israël de sa carte du Moyen Orient. L’Iran pèse comme une épée de Damoclès et l’Islam politique (frères musulmans, hezbollah), qui fait pression de l’extérieur, n’est pas prêt de rendre les armes. Les religieux des deux camps qui sont montés peu à peu ont donc maintenant pignon sur rue, plutôt pour le pire comme le montre Charles Enderlin qui est venu nous parler de son livre : “Le grand aveuglement : Israël et l’irrésistible ascension de l’islam radical“. Une étincelle et c’est l’explosion.
Gel des settlements ?
Le gel des settlements que la communauté internationale appelle de ses voeux pour permettre la négociation reste largement une illusion. Les colonies représentent maintenant des villes immenses (photo) comme des forteresses médiévales sur les collines parfois baties en à peine dix ans, elles représentent des enclaves réparties dans tout le West Bank aux points stratégiques. Comment les stopper ? Toujours le même sentiment d’impuissance devant cette situation.
Les chrétiens de Terre sainte sous pression Les chrétiens, écrasés entre le marteau et l’enclume, sont sommés de choisir leur camp. Ils sont passés de 70% à 12% dans une ville comme Bethléem, ils sont 1,4% dans le West Bank (60 000 ; 400 000 sont partis à l’étranger) et plus aucun des marchands autour du Saint Sépulcre dans la quartier arabe de la vieille ville de Jérusalem n’est chrétien. Une lueur d’espoir, un village comme Taybeh – Ephraïm, 100% chrétien (catholiques et Melkites grecs). Le moins qu’on puisse dire c’est que son curé, le père Raed Abu Sahlieh (photo), n’est pas désespéré ! Il a planté 30 000 oliviers et créé des business pour faire vivre un quart de la population du village, soit 86 familles (40% du village est au chômage)! Il vend chez Cora, Match, Leclerc, Super U, Auchan, Carrefour… La France n’a même pas été capable d’accorder des financements pour un moulin à huile à Taybeh… donc financement italien.
D’autre part il soutient l’école tenue par des religieuses (50 enfants de 5 à 15 ans) qui a besoin de financement, l’éducation d’un enfant coute 400 € par an, un prof 3000 €, à bon entendeur… Il est absolument clair que la montée d’une classe moyenne dans le West Bank et la création de business est le meilleur rempart contre les islamistes et l’exode vers l’étranger.
Cependant l’âge des communautés religieuses dans le West Bank frappe n’importe quel observateur et c’est par les chrétiens que passent l’éducation et les hopitaux dans tout le Moyen Orient. Les modérés de tous les camps et de tous les pays ont donc intérêt à se mobiliser. Sans parler des répercussions de ce conflit en France et ailleurs dans le monde.
Fabrique de Bière à Taybeh (Ephraïm)
Une autre originalité : une fabrique de bière (photo) tenue par des chrétiens au même endroit (Cf. article du NYTimes : A Beer for Palestine ).
Dieu parle arabe… à Nazareth Nous avons assisté à la messe du dimanche de Pentecôte à Nzareth. Mgr Fouad Twal, Patriarche latin de Jérusalem la présidait. C’était magnifique.
Dieu parle ici arabe, et ce, bien avant l’Islam, déjà au premier siècle de notre ère comme en témoigne le récit de la Pentecôte dans le Livre des Actes de Apotres : « Ils furent tous remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres langues, comme l’Esprit leur donnait de s’exprimer. Or, à Jérusalem, résidaient des Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. A la rumeur qui se répandait, la foule se rassembla et se trouvait en plein désarroi, car chacun les entendait parler sa propre langue. Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?
Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et de la Libye cyrénaïque, ceux de Rome en résidence ici, tous, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu. » (Ac 2, 1-4) Pour tout simplifier l’arrière fond de ce récit est juif… Le feu est celui de la remise de la Torah à Moïse au Sinaï, le bruit est celui de la montagne du Sinaï… un fête célébrée par les juifs à Chavouot, la Pentecôte juive quelques jours plus tôt, la tradition est de faire Talmud Torah toute la nuit. Cette pratique conduit à éprouver en soi le feu intérieur par l’unification de la Torah, à devenir une “Torah vivante”, comme les disciples dans le récit des pélerins d’Emmaüs : ”Notre coeur n’était-il pas tout brulant en nous alors qu’il nous ouvrait les Ecritures”(Lc 24), Dieu étant censé babiller toutes les langues (Cf. le récit inversé de Babel dans la Genèse dans lequel les hommes ne parlent plus la même langue, qui a donné “babillage”). D’origine païenne, la Pentecôte était une fête agricole où l’on célébrait la fin de la moisson des blés (Ex 23,16 ; 34,22), d’où le nom de fête “de la moisson” (Ex 23,16) ; son rituel se lit en Lv 23,15-21. Elle doit avoir lieu “sept semaines complètes, cinquante jours” après la Pâque (Lv 23,15-16). De là, les noms de “fête des Semaines” en hébreu ( Chavouot), et de “Pentecôte” dans le judaïsme hellénistique (le “cinquantième jour”, en grec). Bref, on célèbre la fête avec un récit judéo-chrétien profondément enraciné dans la traditon juive et adressé aux arabes ! Tradire trahire (traduire c’est trahir) ? ou traduction = tradition ? Bienvenue dans le Moyen-Orient compliqué…
Voitures de luxe à Ramallah
J’ai, d’autre part, constitué une belle collection de photos de 4×4 à Ramallah et de programmes immobiliers somptuaires alors que la crise de l’immobilier bat son plein dans le monde entier… preuve que les aides européennes qui n’ont pas réussi à faire décoller le pays ne sont pas perdues pour tout le monde.
Premier chapitre de : “Au pied du mur, au coeur de la Terre sainte en guerre, Paris-Jérusalem-Ramallah, petit guide à usage politico-spirituel”, Marie-Pierre Samitier, Bourin Editeur.
Ce post pour vous annoncer la parution du livre « Au pied du mur » de Marie-Pïerre Samitier ce 18 mars (Bourin Editeur). Un pélerinage avec des américains épiscopaliens démocrates dans la Terre sainte en guerre. Quelques images et une présentation sur son blog : www.samitier.net
Je reviens d’un petit pèlerinage en Terre Sainte avec des amis épiscopaliens (anglicans US). Voici quelques images qui commentent la situation désespérée des chrétiens dans les Territoires :
Jérusalem vue du Mont de Oliviers
Le Mur, “de séparation” assurant la sécurité pour les uns, ” de la honte ” et créant l’apartheid pour les autres est omniprésent. 450 km sont construits sur les 750 prévus. 600 000 personnes vivent coté palestinien. Ici il coupe l’ancienne route qui allait de Jérusalem à Jéricho (Jérusalem Est).
Des Checkpoints barrent routes et rues (ici Al Shuada street à Hébron) et il faut des laisser passer pour les traverser.
De l’autre coté, dans Al-Shuada Street qui mène au tombeau des patriarches (un no man’s land)
Les checkpoints sont ausssi présents sur les routes créant des files d’attente pour le contrôle des véhicules.
A Hébron dans la vieille ville… au dessus les habitations des colons. No comment.
En 1948, les chrétiens représentaient encore 47 % de la population non juive de Jérusalem; aujourd’hui 1,6 %. 20% de la population palestinienne, ils sont aujourd’hui 1,8 %. L’exode des chrétiens de Terre sainte n’a pas commencé avec la création de l’État d’Israël, mais dès la fin du XIXe siècle, lors de persécutions sous l’Empire ottoman. Aprés l’échec du socialisme et du nationalisme arabe, la condition de ces communautés est dramatique dans tout le proche-Orient.
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