Yéroushalaïm Harédim

Kotel
Motsé Chabbat
Kotel, fouilles
Méa Chéarim

La communauté harédite (« Craignants-Dieu ») est souvent vue comme un seul bloc noir coupé de la société moderne israélienne pour les non-initiés.

En réalité elle est multiple, composée de 40% de hassidim, 30% des lituaniens et 30% des sefardim. Chacune de ces micro sociétés à ses codes et ses minhaguim (coutumes) alimentaires vestimentaires, sociales.

L’organisation des cours hassidim (Gur, Belz et Vizhnits, Satmar, Braslav, Habbad) se fait autour d’un Rebbe (Admor) et reprend la structure sociale des cours polonaises au XVIIIème siècle autour d’un prince. Le Rebbe est descendant de dynasties remontant aux xviiie ou xixe siècles.

Les mouvements ashkénazes hassidiques et lituaniens sont nés en réaction à la Haskala, une réforme de Moïse Mendelssohn au XVIIIème siècle qui a conduit à l’assimilation aux cultures européennes. Ainsi, Félix Mendelssohn, le musicien n’est autre que le petit fils de Moïse Mendelssohn dont le père banquier avait converti sa famille au protestantisme.

Le courant harédite séfarade s’est « lituanisé » au Maroc en utilisant le système lituanien de la yeshiva (sous l’influence du R. Zeev Halperin) dans la première moitié du XXème siècle (voir le livre de Haïm Harboun, le Rabbin aux mille vies) avant de se séparer des lituaniens dans les années 50. Le Rav Ovadia Yosef (Zal) dont l’influence à largement dépassé le mouvement harédite séfarade était et reste l’une des grandes figures d’autorité, un ‘géant de la Torah’ en tous domaines éminemment respecté. C’est lui qui a rendu des jugements (sur les femmes par exemple) très respectueux et ouverts.

Tous ces courants sont strictement séparés de la société moderne (TV, internet, téléphones cacher) et séparent strictement juifs et non juifs, hommes et femmes. Le Bet Habbad a une identité très particulière dans cet univers car ils sont modernes et accueillants aux juifs non religieux. Je garde un magnifique souvenir de mon accueil sans prévenir à Crown Height.

Les Harédim essaient de vivre et d’agir quotidiennement Daat Torah : « selon ce que dit la Torah », et Emounat Hakhamim : « selon la foi dans les sages ». Ils sont essentiellement religieux dans le sens où toute leur vie est religieuse. La rencontre et les mariages se font via un marieur (Shadkhan). Ce sont ces petits couples inquiets qu’on voit discuter dans les lobbys d’hôtels (un endroit public) à la recherche de leur Mazal (chance providentielle). La famille, souvent très nombreuse, est la base de la société Harédite.

Les Harédim sont 1 million de personnes en Israël et représentent 12% de la société israélienne, 20% à Jérusalem. Contrairement à ce que croient la plupart des européens les Harédim ne sont pas « nationalistes », ils ne mettent pas le drapeau d’Israël à leur balcon le jour de la fête de l’indépendance et ne « font pas les élections ». Les harédim sont représentés par deux partis : le UTJ-judaïsme uni de la Torah qui représente les ashkénazim (Hasidic Agudath Israël pour les hassidim et Degel HaTorah pour les lituaniens); et le Shas, pour les séfarades. Mais leurs racines sont beaucoup plus profondes que la politique et leur engagement essentiellement religieux. Evidemment, les Harédim, comme toutes les sociétés traditionnelles sont faciles à caricaturer. Ils sont critiqués en Israël pour leur financement par l’Etat et leur refus du service militaire.

Mais la réalité est beaucoup plus nuancée et de profonds mouvements sont en marche vers le travail, certains deviennent médecins. Leur engagement juif qui force le respect représente une partie vivante du judaïsme en lien avec la Tradition que la série Shtisel raconte avec beaucoup de tendresse.

Cet description un peu schématique peut être approfondie ici dans ce Petit Guide de la société Harédite

2 commentaires sur « Yéroushalaïm Harédim »

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