En mémoire de Jean Andréani : la machine de mort industrielle nazie au KL de Dora.

Jean Andréani

Les Corses n’ont pas à rougir de ce qu’ils ont fait pendant la seconde guerre mondiale.

Je tombe ce jour ces documents sur le neveu de ma grand-mère maternelle : Jean Andreani. Fils d’Angèle sa cousine germaine d’Aix en Provence, né à Bougie (Algérie).

Etudiant en droit en 1940. Il habitait le 2 cours Gambetta à Aix-en-Provence et était étudiant en droit et… serrurier.
Pris le 3 mai 43 pour sabotage anti-allemand, il n’a pas de casier judiciaire, aucune organisation politique. Il passe par Compiègne (un des principaux camps de transit)
et est livré à Buchenwald le 27 juin 43 où on le tatoue du numéro : 14 366.

Dora, une usine de mort fabriquant des armes de mort

Dora est une annexe de Buchenwald , où les nazis fabriquaient les fusées V2 à partir d’août 43. Les milliers de déportés du camp étaient loués par la SS aux entreprises allemandes chargées de réaliser les fusées. Sous les hurlements des kapos, ils vivent dans un enfer souterrain, creusant le sol dans une étouffante poussière minérale. Il y a tous les jours des morts, victimes des mauvais traitements, de la faim, du typhus, du froid ou, simplement, tués pour l’exemple.

L’un de ses compagnons d’infortune dit de Dora :  » Il fallait pouvoir se relever. Une gifle vous envoyait par terre et puis, c’était les coups; et, si on ne pouvait pas se relever, les claques redoublaient; on était battus à mort.  »

Là, pas de four crématoire. A Dora, on mourait d’épuisement au travail. D’avril à Août 1944, Himmler, farouche partisan de l’élimination par le travail forcé l’avait emporté sur les industriels allemands partisans d’un régime plus léger (il fallait produire le missile qui devait pulvériser Londres).

Jean Andréani y est soigné de la cinquième molaire le 2 février 44.

Las, il meurt de tuberculose pulmonaire (typhus?) le 22 juin 1944 à 4h 30. En juin 44 les bâtiments de construction de Dora sont installés hors du tunnel-usine. Jean Andreani est Commando extérieur à Dora. Il meurt probablement dans la construction de l’usine des V2. Sa mort est constatée le 27 juin 1944 .

Le 9 sept 1944 on propose de renvoyer ses affaires contre facture. Pas de date, pas de signature du responsable des envois.

L' »oubli » de Dora

Pourquoi le KL de Dora a-t-il été ‘oublié’ ? Parce que les américains ont exfiltré (opération paperclip) en découvrant les milliers de cadavres de Dora en avril 1945 ont interpellé plusieurs savants et techniciens dans un petit hôtel du Tyrol.

Parmi eux, Werner von Braun, éminent ingénieur et père du V-2, le maître d’oeuvre invisible d’une usine bien particulière.

Loin d’être inquiété et jugé comme criminel de guerre, ce  » négrier distingué « , selon le mot d’un historien, est discrètement emmené aux Etats-Unis avec l’une de ses fusées. S’ensuit une brillante carrière dans la recherche spatiale, de la mise au point du premier missile balistique américain au lancement du satellite Explorer et à l’entrée à la NASA en 1960. Von Braun mourra en scientifique célèbre et couvert d’honneurs.

D’autres savants de son équipe participeront, côté soviétique, aux travaux qui mèneront au Spoutnik.

L’Amicale des déportés se bat pour raviver les mémoires.

Nous ne devons pas oublier ce qui s’est passé.

Que vive ta mémoire de Jean Andreani (zal). Soldat (presque) inconnu du peuple Corse.

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