LA CORSE ET LES JUIFS, La générosité d’un Peuple, le Choix de la vie : Haïm Korsia, Gilles Simeoni, Beate et Serge Klarsfeld, Louis Luciani, Didier Meïr Long, Clara Kessous…

Ce dimanche à Menton l’association Pax Medicalis que préside Daniel Bensoussan a organisé un Colloque en hommage à l’accueil des juifs par les Corses.

Gilles Simeoni, président de la collectivité territoriale de Corse, Le Grand Rabbin Haim Korsia, Louis Luciani– professeur d’histoire et spécialiste du sauvetage des juifs en Corse pendant la seconde guerre mondiale, Serge et Beate Klarsfeld qui ont conclu sur l’ile des justes. On a lu un message d’amitié pour les juifs de l’évêque d’Ajaccio porté par le père Christophe Boccheciampe. Benny et Guy Sabbagh étaient là à l’écran avec le film de Clémentine et du regretté André Campana, via un documentaire intitulé La Corse, île des Justes? et par une lettre de Guy. Guila Clara Kessous, auteure et metteuse en scène Artiste de l’UNESCO a animé tout ce débat.

Notre ami Gérard Lévy, Président de la Communauté de Bastia, la représentait.

Gilles Simeoni, Didier Meïr Long
Gilles Simeoni, Guila Clara Kessous
Père Christophe Boccheciampe, Louis Luciani, Meïr, Camille
Mathieu Messina- Mairie de menton, Père Christophe Boccheciampe, Franck Israël président Régional du consistoire Cote d’Azur, Corse, Yves Juhel, maire de Menton, Gilles Simeoni, président de la collectivité de Corse, Martine Grimaldi- Pax Medicalis, Meïr, Daniel Bensoussan – Pax Medicalis, , Louis Luciani, Guila Clara Kessous, Madame Bensoussan, Camille.
Daniel Bensoussan remet les « Oliviers d’Or » à Gilles SIMEONI et à Beate et Serge KLARSFELD

DIDIER LONG, MEMOIRE JUIVE DE LA CORSE

J’ai ouvert la discussion sur le partie historique à partir de documents inédits pour faire revivre l’histoire :

  • L’arrivée des juifs ou « auparavant juifs » (pour ne pas dire « Nouveaux chrétiens » chassés d’Espagne par l’Inquisition comme les document de Gênes aiment les qualifier) au 16eme siècle
  • la fondation de la Nouvelle Vintimille (Porto Vecchio) par 150 chefs de famille marranes de la côte ligure en 1578
  • l’accueil de 120 familles en Corse au siècle des Lumières sous Pasquale Paoli
  • et enfin les 744 juifs arrivés à Ajaccio en 1915.

Voici ma présentation :

LOUIS LUCIANI, COMMENT LA CORSE N’A PAS LIVRE SES JUIFS EN 1942

On doit à Louis Luciani, professeur d’histoire à Corti, la collecte documentaire dans les archives de Corse qui a permis de montrer comment un système s’est mis en place en Corse entre 1940 et 1945 pour sauver les juifs au nez et à la barbe des autorités de Vichy et faire qu’aucun ne soit déporté. Sans l’appui du préfet Paul Balley et du sous-préfet Pierre Henri Rix par la population aucune de ces opérations n’auraient tout simplement été possibles.

Louis Luciani, professeur d’histoire à Corté, expert de la Corse et des juifs pendant la seconde guerre mondiale

Louis Luciani a montré comment après avoir caché/emprisonné des juifs à Asco dans la montagne et protégé les enfants, Paul Balley et Pierre Henri Rix ont été négocier en mars 1942 avec Bedi Arbel le chargé permanent de la Turquie à Vichy, de vrais faux passeports. Millier de documents vierges aussitôt transformés en faux papiers turcs pour les juifs français de Bastia subitement naturalisés sujets Ottomans… donc intouchables par Vichy.

Les deux compères accueillent avec le sourire les missives de Vichy : « Il n’y a aucun juif en corse! « … « peut-être des touristes, dans les hôtels… ». Chi lo sa ?

Ils seront bien-sûrs trainés dans la boue et menacés par la suite par la presse pétainiste.

BEATE ET SERGE KLARSFELD, L’ILE OU VIVENT DES JUSTES

Beate et Serge Klarsfeld interviewés par le président du Consistoire de la région PACA et par Elie Korchia nouveau président du Consistoire de France en visio ont redit leur admiration pour cette solidarité d’un peuple, de sa population et des représentants de la République fidèles à ses idéaux quand Vichy les avait trahis (ce qui pourrait très bien recommencer…). Ils ont dit que le préfet Balley et de nombreux Corses avaient été des Justes. Et que ces personnes quand on voulait les récompenser disaient qu’elles n’avaient fait que leur devoir et que c’est à cela qu’on reconnait un « juste ».

GRAND RABBIN HAIM KORSIA, ‘L’EROUV’ CORSE

Le Grand Rabbin Haïm Korsia, de son côté, a repris l’histoire de l’accueil et de la protection des juifs en Corse en se demandant comment elle avait été possible. Il a proposé l’hypothèse que la Corse par son insularité définit une sorte de Erouv juif. De quoi s’agit-il ?

Haïm a cité le livre de l’artiste contemporaine Sophie Calle, L’érouv de Jérusalem.

A chabbat un juif ne peut pas porter d’un espace privé à l’espace public, ni l’inverse, ni porter dans l’espace public. Cette obligation qui apparait dès le début du traité Chabbat vise à créer une intériorité, un espace d’accueil des amis pour fêter notre humanité commune. On crée symboliquement de l’intériorité pour aimer D.ieu et son prochain.

Certaines villes ont matérialisé la clôture de l’espace privé en tendant un cordon autour de la ville qui en créant une clôture autour de la ville la transforme en espace privé. Toute personne devient ainsi un proche, une sœur, un frère, un parent.

Haïm Korsia a proposé de partir de là pour penser la Corse et son insularité comme un espace clos mais aussi un espace d’accueil permettant une humanité fraternelle.

Evidement tout le monde s’est demandé ce que ce Grand Rabbin appelé KORSIA avait à voir avec la Corse pour en défendre son peuple avec une telle vigueur… probablement son nom 🙂

GILLES SIMEONI, L’AME D’UN PEUPLE

Gilles Simeoni, a posé la question de peuple Corse et du peuple Juif. En disant que tous les deux étaient des fils de la mémoire. Une particularité assez rare. Il a souligné la complexité de la définition du mot ‘peuple’ en disant à quel point des corses pouvaient se sentir étrangers à quelques kilomètres de villages sur l’île et « Corses » sur le continent, définitivement solidaires. De quelle identité parle-ton ?

Gilles Simeoni a poursuivi en disant que c’était probablement la référence fraternelle à une humanité commune qui transcende les particularités qui a permis de penser (et vivre) l’humain dans la culture Corse. L’accueil de la fragilité du petit, du vulnérable surtout quand sa vie est en grand danger a permis d’unifier le peuple Corse dans une solidarité humaine fraternelle qui s’est manifestée sans faille pendant la seconde guerre mondiale. Cette solidarité est issue des valeurs de la Révélation juive et chrétienne, une tradition orale devenue universelle au siècle des Lumières. Cet héritage humaniste universel porté par Pasquale Paoli et ses compagnons, le premier en Europe à avoir donné le droit de vote aux femmes et à créer une constitution démocratique, permet de fonder un avenir pour le peuple Corse au moment où les peuples européens sont en inquiétude d’identité dans la Globalisation, pour bâtir un avenir solide sur les valeurs d’identité et d’accueil séculaires.

Gilles SIMEONI offre une statue de Pasquale PAOLI à Yves Juhel, maire de Menton, Lucie SIMEONI

« TU L’ENSEIGNERAS A TES FILS » (CHEMA)

L’après-midi a eu lieu une rencontre très émouvante au Jardin de la Paix-Simone Veil. Des discours de de paix et de fraternité afin de lutter contre l’intolérance et l’injustice ont été prononcé par les jeunes du Lycée Pierre et Marie Curie, de Science Po Menton et de l’UEJF. Un hommage extrêmement émouvant et beau qu’a présidé Gilles Simeoni et leur professeure. J’ai ressenti là une vive émotion.

Toutes ces bonnes actions des générations passées ne préfigurent pas de ce que nous ferons de nos vies, nous savons que la violence est toujours possible sur notre ile, mais comme dit le proverbe talmudique appris de mon vénéré maître Haïm Harboun :

Maassé avot siman labanim, « Les actes de père sont un signe pour leurs enfants »,

Puissions-nous être fidèles aux actes sans grandes paroles de nos mères et nos pères et ne pas oublier.

Le soir la Paghjella, ce chant de berger transmis de père en fils entonné par un groupe de chanteurs corses d’Ajaccio Fédeltà nous a ramenés à la profondeur de l’âme Corse. Sempre Vivu.

Je n’ai hélas pas pu filmer le concert mais voici :

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Serge et Beate Klarsfeld et Gilles Simeoni, ont reçu un « olivier d’or » en récompense de l’association Pax Medicalis.

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Franck Israël président Régional israélite Cote d’Azur Corse était toujours avec nous.

J’ai retrouvé avec joie mon ami Jérôme Culioli, président du CRIF Sud-Est.

Le Grand Rabbin de Nice Franck-Daniel Teboul était là pour l’allumage de la Hanoukia.

Le Grand Rabbin de Nice Franck-Daniel Teboul
Lucie et Gilles Simeoni, Haïm Korsia, Guila Clara Kessous, Yves Juhel

LE BETH HABAD EN CORSE

A la même heure le neveu du Grand Rabbin Teboul, Zalman, rabbin du Beth Habad de Bastia allumait la Hanoukia pour la première fois à Bastia avec son épouse sur la place du marché ! Le Beth Habad est très actif en Corse. Le Rav Levi Pinson le dirige.

  • Il a monté la synagogue à Ajaccio en juillet 2016. Un grand centre va s’ouvrir route des Sanguinaires,
  • le Habad a ouvert en juillet 2021 à Bastia,
  • Chaque été le Habad est présent à Porto-Vechhio.
Place du marché, Bastia, hier

Le père Christophe Boccheciampe, curé doyen de Porticcio et de la côte sud, et prêtre des pompiers de Corse du Sud, nous a accompagné de sa bonne humeur joviale et fraternelle.

C’est lui qui a porté en terre Jean-Claude Guibal, maire de Menton né à Ajaccio, et son épouse Colette Giudicelli, à Bastelica au sud d’Ajaccio. Le festival était dédié à leur mémoire, qu’elle soit bénie.

« Un Corse ne quitte pas son ile, il s’absente »

De Menton en hiver on voit la Corse

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