
« La justice, la justice, tu la poursuivras, afin de vivre et de posséder la terre que l’Éternel, ton Dieu, te destine. » (Dt 16.20 ).
כצֶדֶק צֶדֶק, תִּרְדֹּף–לְמַעַן תִּחְיֶה וְיָרַשְׁתָּ אֶת-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ
Je n’avais jamais été frappé en lisant ce verset du Deutéronome à quel point le mot justice (répété deux fois) était lié à la possession de la terre (erets) d’Israël.
Qu’est ce que la justice ? La justice dont il s’agit ici (tsedek) de Dieu n’est pas celle des tribunaux (michpat), tsedek est parfois traduit par ‘charité’ mais il s’agit surtout d’un commandement éthique , d’une injonction. La possession de la terre découle de la poursuite de la justice et non l’inverse . En clair, on ne peut pas coloniser et ensuite attendre la paix…
Tsedek donne tsadik le juste. Qu’est-ce qu’un juste ? Une personne qui vit en conformité avec la Torah, qui devient une torah vivante, qui fait tenir debout la torah comme dit le talmud. La Bible nous dit que « Noé était un homme juste et intègre dans ses générations. Noé marchait avec Dieu » (Gn 2,9). Grâce à cette justice c’est toute l’humanité qui est sauvée dans le texte. Or Noé n’était ni juif, ni musulman, ni chrétien… ou pour le dire autrement : Dieu n’a pas de religion !
Une idée de justice et de conformité à la Loi d’amour qu’on retrouve chez Matthieu : « si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux» (Mt 5,20). Là encore, la possession de la Terre où Dieu règne découle du souci de la justice et non l’inverse .
On retrouve cette idée de justice aussi dans le Coran : ‘Et que la haine envers un peuple ne vous incite pas à être injuste. Soyez juste ! cela est proche de la piété. Et craignez Dieu. Car Dieu connait parfaitement ce que vous faites.’ (Sourate 5,8)
La terre d’Israël, Erets Israël est cette terre sur laquelle Jésus appelle la réalisation de la volonté de Dieu dans le « Notre Père » : « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel» c’est à dire « que ta loi d’amour règne sur la terre comme au ciel» avec pour arrière fond ce texte : « La Torah n’est pas au ciel pour que tu dises: qui montera pour nous au ciel la chercher, pour nous la faire entendre et que nous la mettions en pratique ! Et elle n’est pas au-delà des mers… Elle est toute proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu l’accomplisses » (Dt 30, 12-14). La terre est cette première terre que Dieu crée en Gn1, «Lorsque Dieu créa le ciel et la Terre (erets)», celle de tous les hommes, de toutes les nations. Cette terre que les béatitudes promettent au doux : « Heureux les doux, car ils posséderont la terre » (Mt 5, 4). Mais de quel douceur s’agit-il ? Cette douceur doit être comprise comme un joug, celui de la Torah dans le monde juif : « Chargez-vous de mon joug… mon joug est aisé et mon fardeau léger » (Mt 11, 29-30). Cette douceur qui était celle d’Hillel le doux qui enseigna quelques années avant Jésus : «Soyez doux comme Hillel et point vif comme Shamaï»(Chabbat, 30b).
La terre d’Israël appartient donc aux justes et aux doux. Elle ne peut être possédée que par la justice et la douceur. Ceci ne nie pas la promesse de Dieu à Israël de posséder la terre; cela en dit le prix : « la justice, la justice » ; et la finalité : que toutes les nations montent à Jérusalem. Il me semble que chrétiens, juifs et musulmans pourraient s’accorder sur ces points.
