« Celui qui sauve une vie sauve le monde entier »… et ça ne coûte (presque) rien !


 

Chekel - face

Il m’est arrivé un « miracle » ce matin. Au moment où ma femme est entrée dans la cuisine et a fouillé dans une de ses poches… cette pièce est tombée : 1 Chekel israélien (photo) ! Il est interdit de manier des espèces à Chabbat… on vide donc nos poches avant, comment bigre ce Chekel était arrivé là ?

Dans la synagogue ensuite on a écouté la Torah et la Sidra de Ki Tissa qui commence ainsi :

« L’Éternel parla à Moïse en ces termes : « Quand tu feras le recensement des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera au Seigneur le rachat de sa personne lors du dénombrement, afin qu’il n’y ait point de mortalité parmi eux à cause de cette opération. Ce tribut, présenté par tous ceux qui seront compris dans le dénombrement, sera d’un demi-Chekel, selon le poids du sanctuaire; ce dernier est de vingt ghéra, la moitié sera l’offrande réservée au Seigneur. Quiconque fera partie du dénombrement depuis l’âge de vingt ans et au-delà doit acquitter l’impôt de l’Éternel. Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du Chekel, pour acquitter l’impôt de l’Éternel, à l’effet de racheter vos personnes. » (Ex 30, 11-15)

Je retrouvais mon Chekel ! Et ma moitié !

« Quand Tu feras le recensement » ou plutôt comme dit exactement le texte :

Ki Tissa et Rosh beneï Israël : « Quand tu élèveras la tête des enfants d’Israël » (Ex 30, 12)

ce que le traité du Talmud Baba Bathra (10b) interprète comme une élévation spirituelle : Celui qui donne réalise une élévation spirituelle.

Chacun de nous est un Univers créé par D-ieu

Un être humain est un monde nous a dit notre ami Jacob Ouanounou faisant référence à son professeur Emmanuel Lévinas (né à Kaunas en Lituanie le 30 décembre 1905). On n’a donc pas le droit de compter les gens, comme en mathématiques on ne peut pas additionner ou soustraire les infinis. Le Talmud explique :

« C’est pour cela que l’homme a été créé seul, pour t’apprendre que celui qui ôte la vie à un fils d’Israël, détruit un monde entier ; et celui qui sauve la vie d’un fils d’Israël, sauve un monde entier.» (Talmud de Babylone, Sanhedrin 5, 5)

Chacun de nous est donc un Univers clos qui ne communique pas avec les autres comme si la parole était neutre et sans distorsion ou parasite mais avec des aléas, ce qui nous rend si seul et demande que nous parlions à l’infini. Chacun de nous comprends à sa façon la Torah… Dieu parle à chaque homme, à l’arbre, à la pierre, au ruisseau… dans le secret avec des mots que lui seul peut comprendre. Par Amour comme dit la prière. Parfois avec des signes : un Shekel ou une dispute. Dans le couple les quiproquos sont multiples et engendrent parfois, D. nous en garde, disputes et malentendus ! Et parfois ces quiproquos d’amoureux blessés ou d’amis sont des manières de se retrouver. Qui n’en a fait l’expérience ?

Le Talumd dit :

« Un seul être fut créé à l’origine pour le bien de la paix entre les hommes, de telle façon que nul ne puisse dire à son prochain : Mon père est plus grand que ton père ! Et aussi pour proclamer la grandeur du Saint, béni soit-il. L’homme peut tirer plusieurs pièces de monnaie de la même matrice, et elles se ressembleront toutes. Mais le Roi des Rois a fait chaque être humain avec la matrice du premier d’entre eux ; et pourtant, aucun n’est identique à l’autre. En conséquence, chaque individu doit dire : C’est pour moi que le monde fut créé ! » (TB, Sanhedrin, Mishna, 4, 5)

La Responsabilité du chef

La « Responsabilité pour autrui » de Levinas, reçue de son maître talmudiste lituanien, doit être comprise selon lui comme « une mistva pour autrui ».

Si Moïse demande à Dieu d’être effacé de son livre puisqu’Israël a fabriqué le Veau d’or, et de pardonner Israël (dans la même section où les femmes amènent leur or pour construire le Michkane- la tente de la rencontre ce qui est l’exacte inverse du veau d’or), c’est parce que Maoïse se donne à son peuple, si celui-ci doit mourir il meurt avec lui, si celui-ci n’entrera pas en Terre promise… lui non plus et c’est ce qui arrivera. Il est complètement solidaire de son peuple.

Un manager, un dirigeant ce n’est pas quelqu’un qui a la pouvoir et ses attributs ou de la richesse mais quelqu’un qui donne sa vie. En latin Ministre, vient de minister qui veut dire « Serviteur ». Combien l’ont oublié ?

Moïse demande à Dieu : « Découvre-moi donc ta Gloire. » (Ex 33, 18)… Et Lui, lui répond en lui découvrant son amour.

 « C’est ma bonté tout entière que je veux dérouler à ta vue, et, toi présent, je nommerai de son vrai nom l’Éternel; alors je ferai grâce à qui je devrai faire grâce et je serai miséricordieux pour qui je devrai l’être. » (Ex 33, 19)

Et il lui dit les attributs de la miséricorde que nous disons à Kippour cette fête non pas des expiations mais du rachat, du remplacement (Kapper) :

Il lui dit :

« Tu ne saurais voir ma face; car nul homme ne peut me voir et vivre. » (Ex 33, 20)

Et le Talmud nous dit que D-ieu lui a montré le nœud de la nuque de ses tefilines qui montrent son attachement à Israël.

«   »Et je retirerai ma paume et tu verras mes traces » – Rav ‘Hana bar Bizna dit, Rabbi Chim’on le Pieux a dit : Cela nous enseigne que le Saint béni soit-Il a montré à Moïse le nœud des tefillin » (TB Berakhot 7a).

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Que gagne celui qui se donne ? D-ieu lui révèle sa bonté. Il révèle à Moïse les 13 attributs de Sa miséricorde :

« ADONAÏ est l’Être éternel, tout puissant, clément, miséricordieux, tardif à la colère, plein de bienveillance et d’équité. il conserve sa faveur à la millième génération; il supporte le crime, la rébellion, la faute, mais il ne les absout point : il poursuit le méfait des pères sur les enfants, sur les petits-enfants, jusqu’à la troisième et à la quatrième descendance. »» (Ex 34, 6)

Ce que le Rabbi Hama bar Hanina traduit :

 » De la même façon que la Torah nous dit de D-ieu qu’Il a donné des vêtements à des hommes qui n’en avaient pas (Gn 3), nous devons donner des vêtements à ceux qui n’ont pas les moyens de s’habiller ; de la même façon que la Torah nous dit de D-ieu qu’Il a rendu visite à quelqu’un qui souffrait (Gn 18, 1), nous devons rendre visite aux malades; de la même façon que la Bible nous dit de Dieu qu’Il a procédé à une inhumation (Dt 36, 6), nous devons rendre les derniers devoirs aux défunts » (TB, Sota 14a)

Il n’y a rien de plus à chercher dans ce monde.

« La charité (le don) sauve de la mort » : tsedaka tatsil mimavet 

 « Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins ». Un riche ne vaut pas plus qu’un pauvre nous dit le Paracha. Forcément, Dieu ne demande pas seulement à l’homme ses biens mais ce qu’il a et dont il n’est que le gérant provisoire. Lui-même. Et la richesse n’y est pour rien.

Donner donc.

Le Livre des Proverbes (10, 2) nous dit tsedaka tatsil mimavet : la charité (qui est aussi la justice en hébreu) sauve de la mort. « Mais quoi donc, demandait notre ami Jacob, celui qui est riche non seulement il est riche mais en plus il va être sauvé de la mort ou vivre plus longtemps ? et le pauvre non ? »

Un très intéressante étude américaine mené par Harvard sur 75 ans ce qui est extrêmement rare a montré cela, on ne meurt pas plus tôt parce qu’on est riche ou pauvre. Qu’est-ce qui nous garde heureux et en bonne santé tout au long de la vie ? Si vous pensez que c’est la célébrité et l’argent, vous n’êtes pas les seuls – mais, d’après le psychiatre Robert Waldinger, vous vous trompez. Directeur d’une étude d’une durée 75 ans sur le développement adulte, Waldinger a recueilli des données sans précédent sur le bonheur et la satisfaction. Et voilà ce qu’il dit :

 « Nous avons appris trois grandes leçons sur les relations. La première est que les connexions sociales sont très bonnes pour nous et que la solitude tue. Il s’avère que les personnes qui sont plus connectées socialement à leur famille, leurs amis, leur communauté, sont plus heureux, sont physiquement en meilleure santé, et vivent plus longtemps que ceux qui sont moins bien connectés. Et expérimenter la solitude apparaît être toxique. Les gens qui sont plus isolés des autres que ce qu’ils souhaiteraient s’avèrent être moins heureux, leur santé décline plus tôt en milieu de vie, les capacités de leur cerveau déclinent plus vite, et ils ont des vies plus courtes que les gens qui ne sont pas seuls. Et le plus triste est qu’à tout moment, plus d’un Américain sur cinq déclare se sentir seul. »

(traduit ici (en français) : https://fr.tiny.ted.com/talks/robert_waldinger_what_makes_a_good_life_lessons_from_the_longest_study_on_happiness)

Les (bonnes) relations nous rendent plus heureux et en meilleure santé plus longtemps. Et pas l’argent ou la célébrité comme tout le monde le croit. C’est tout.

Nous les juifs, nous le savons depuis 4 000 ans.

La Torah nous a ordonné de donner le Mahatsit hashekel dans l’enceinte du Beth Hamikdach à partir de Roch ‘Hodech Adar jusqu’à Roch ‘Hodech Nissan.

Ashékel maatist ashékel : « un demi Chekel ».

Parce que dans les lettres de « Ashékel maatist ashékel » il y a TSEDAKA (le don, la justice) entouré par EMET (la vérité) et MAVET (la mort). Disons que nous avons résumé tout cela.

Celui qui ne donne pas, qui ne se donne pas, qui ne va pas vers les autres, est déjà mort. Voilà le snes de tsedaka tatsil mimavet.

D-ieu, lui sait ce que la femme ou l’homme donne

Une jolie histoire pour finir, une baraïta (‘au dehors’ ou ‘ceux qui sont resté dehors’ (lors de la discussion), en araméen : désigne les discussions du Talmud non retenue par les Sages mais conservées) :

« On enseigne dans une baraïta : on raconte sur Benjamin le juste qui était préposé à la caisse de la charité.

Une femme se présenta un jour devant lui et lui dit « Mon maître, nourris-moi ! Il lui répondit : Il n’y a rien dans la caisse. Rabbi, lui dit-elle, si tu ne me donnes rien, sept enfants et moi-même allons mourir de faim ». Il lui donna alors de son propre argent.

Plus tard, il tomba malade et était à l’agonie. Les archanges dirent devant le Saint béni doit-Il : « Maître du monde. Tu as dit que « celui qui sauve la vie d’un fils d’Israël, sauve un monde entier » et Benjamin le juste qui a nourrit une femme et ses enfants va mourir dans un temps de vie si court…de suite son décret fut déchiré. » (TB Baba Bathra 11a)

En fait, les miracles ne prouvent rien. Le vrai miracle est que Dieu nous compte parmi les siens. C’est déjà beaucoup.

Chekel - dos

 

 

BO : LA NAISSANCE D’ISRAËL COMME PEUPLE


Le Lekh (« Va !») que Dieu adresse deux fois à Abraham, deux appels entre lesquels s’inscrivent ses actes de foi envers l’Eternel au début de sa vie nomade et au Mont Moryia, est une manière de parler moins respectueuse que le Bo (« viens ») adressé à Moïse. Lekh ! c’est « File ! », Bo ! c’est « Viens ! ». Cette formulation montre le respect de l’Eternel pour Moïse et la grandeur qu’il accorde à cet anaw, cet humble, d’une racine qui veut dire « courbé » souligne Rachi.

Chagall : la sortie d’Egypte (détail du tableau du buisson ardent)

Chagall : le don de la Torah au Sinaï (détail du tableau du buisson ardent)

La libération de l’idolâtrie d’Egypte, naissance du am Israël et le commencement du temps

La délivrance d’Egypte relevait de la volonté du peuple hébreu qui décide de sortir. La volonté divine ne fait que confirmer ce désir. Une fois que la volonté du peuple hébreu de quitter l’Egypte est manifestement exprimée, l’Eternel leur dit :

« Au dixième jour de ce mois, que chacun se procure un agneau pour sa famille paternelle, un agneau par maison… Vous le tiendrez en réserve jusqu’au quatorzième jour de ce mois ; alors toute la communauté d’Israël l’immolera… on prendra de son sang et on en teindra les deux poteaux et le linteau des maisons dans lesquelles on le mangera »  (Ex. 12, 1- 7)

Pourquoi immoler un agneau avant de partir ?

Rachi commente la dernière plaie : la mort des premiers nés qui toucha aussi bien les hommes libres ou esclaves que les bêtes (Ex 5, 5) :

« ‘‘Et tout premier-né d’animal’’ : Parce qu’ils les adoraient en tant que divinités. Lorsque le Saint béni soit-Il punit un peuple, Il punit aussi ses divinités (Mekhilta sur Chemoth 12, 29) ».

Et Midrach ajoute que Moïse prit la parole quand on lui ordonna d’immoler l’agneau :

« Maître de l’Univers ! Comment puis-je accomplir une telle chose ? Tu sais bien que l’agneau est un dieu égyptien. Comme il est dit : ‘‘Or, nous immolerions sous leurs yeux la terreur des Égyptiens et ils ne nous lapideraient point ! ’’ (Ex 8, 22). Dieu répliqua : ‘‘Aussi longtemps que tu vivras, Israël ne partira pas d’ici avant d’avoir tué les dieux égyptiens précisément sous leurs yeux, afin de leur montrer que leurs dieux ne sont vraiment rien.’’ » C’est effectivement ce qu’Il [D-ieu] fit, car cette nuit-là, Il tua les premiers-nés égyptiens et cette même nuit, les Juifs abattirent leurs agneaux et les mangèrent. Lorsque les Egyptiens virent leurs premiers-nés tués et leurs dieux abattus, ils ne purent rien faire, ainsi qu’il est dit : ‘‘Tandis que les Egyptiens enterraient ceux que l’Eternel avait châtiés parmi eux, même tous leurs premiers-nés ; parmi leurs dieux, l’Eternel exécuta aussi Son décret.’’ (Midrach Rabba Ex 16, 3)

Il s’agit donc de se séparer des dieux des Egyptiens, c’est à dire de l’idolâtrie d’Egypte. Les Hébreux ont été esclaves pendant deux siècles environ. Cette condition d’esclavage a façonné en eux une personnalité d’esclave. Ils sont conditionnés par l’idolâtrie. Il s’agit donc de créer en eux un processus d’abréaction, de tuer physiquement l’addiction intérieure qui leur colle à la peau pour changer de vie.

L’agneau était un objet d’adoration pour les Egyptiens.

L’agneau mâle c’est le futur bélier, la force en puissance vénérée par le chamanisme paléolithique qui attribuait aux animaux une âme que le chasseur s’appropriait. L’agneau c’est aussi le symbole du peuple nomade, de ce qui précède la sédentarité, l’Empire. En se constituant comme peuple Israël va recevoir sa terre la sortie d’Egypte et l’entrée en terre promise auraient dû être selon le plan de Dieu un même mouvement d’une seule génération comme le montre le Maharal. Pessah symbolise le passage du paléolithique au néolithique, de l’âge des nomades, comme les Patriarches « araméens errants » à la sédentarisation, via l’esclavage d’Egypte. Lire la suite de « BO : LA NAISSANCE D’ISRAËL COMME PEUPLE »

VAERA : PEUT-ON PERDRE TOUT JUGEMENT MORAL ?


Chagal obscurité sur l'Egypte

Marc Chagall, la neuvième plaie, l »obscurité sur l’Egypte

L’appel de Moïse qui initialise la paracha a été lu par beaucoup de commentateurs comme un reproche :

« Dieu adressa la parole à Moïse, en disant : « Je suis l’Éternel. 3 J’ai apparu à Abraham, à Isaac, à Jacob, comme Divinité souveraine ; ce n’est pas en ma qualité d’Etre immuable que je me suis manifesté à eux » (Ex 6, 2-3)

Rachi commente ce verset en disant :

Il a instruit son procès (voir 2 R 25, 6) pour s’être exprimé en termes durs lorsqu’il lui avait demandé : « Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? »[1] […]  Beél Chaddaï. Je leur ai fait des promesses et chaque fois je leur ai dit : « Je suis beél Chaddaï ». Et de mon Nom Hachem je ne me suis pas fait connaître (lo noda’ti) à eux. Le texte ne dit pas : « je n’ai pas fait connaître » (lo hoda’ti), mais : « je ne me suis pas fait connaître » (lo noda’ti). Je n’ai pas été connu d’eux dans mon attribut de vérité, qui fait que je m’appelle Achem, digne de confiance pour tenir parole. Car je leur ai fait des promesses, mais je ne les ai pas encore exécutées.

En clair : les Patriarches ont éprouvé l’Eternel comme Chaddaï, « celui qui limite » (dai : « ça suffit ») et n’ont pas eu besoin de miracle comme Moïse pour reconnaitre et adhérer à Dieu. Ils ont fait confiance à Dieu bien de manière nishma, désintéressée bien que les promesses qu’Il leur a faites et n’ont pas été encore exécutée, et ce jusqu’à leur mort. Moïse et le peuple ont, eux, besoin de signes, avancent toutes sortes de bonnes raisons avant d’obéir à Dieu : « Je suis bègue… que vont-ils me dire ? Quel est ton Nom ? etc… ». Ce qui peut être lu comme un manque de confiance en Dieu.

Après avoir répété les promesses faiets aux Patriarches, Dieu s’adresse à nouveau à Moïse pour lui fixer sa mission, dans la droite ligne du reproche initial, bien sûr, il renâcle :

« L’Éternel parla à Moïse en ces termes : « Va, dis à Pharaon, roi d’Égypte, qu’il laisse partir de son pays les enfants d’Israël. » 12 Mais Moïse s’exprima ainsi devant l’Éternel : « Quoi! les enfants d’Israël ne m’ont pas écouté et Pharaon m’écouterait, moi qui ai la parole embarrassée! » » (Ex 6, 10-12)

Toute la suite de l’histoire répond à ce premier enfermement de Moïse qui aurait dû bondir de joie à l’annonce de la libération par Dieu de l’esclavage, avec un sourd en chef : Pharaon.

L’enfermement de Pharaon

Un conditionnement psychique ou social eut-il se stratifier à tel point que tout jugement moral disparaisse ? C’est la question lancinante que pose le livre de Chemot à propos de Pharaon, ce puissant sans autre nom que sa fonction. Lire la suite de « VAERA : PEUT-ON PERDRE TOUT JUGEMENT MORAL ? »

Chemot : « Dis moi ton Nom »


Moïse au buisson ardent

Marc Chagal, Moïse au buisson ardent

Chémot : le livre des Noms

Le Livre de Chemot (les noms) ou Livre de l’Exode raconte la croissance d’Israël, de sa vie de fœtus en Egypte, à sa naissance en sortant d’Egypte, à l’expérience de la Loi avec le don de la Torah au Sinaï puis à sa longue éducation au désert.

Le Maharal écrit :

« Ainsi le peuple juif en Egypte était comme un fœtus qui se développait dans le ventre de sa mère, suite à quoi il sortit lorsque son développement fut terminé. Ainsi les enfants d’Israël grandirent et se développèrent en Egypte jusqu’à atteindre leur perfection par le nombre de 600 000 personnes ; alors ils sortirent ».  (Maharal de Prague, Guévourot Achem 3)

Le livre raconte donc l’histoire de la libération psychique du peuple : libération physique de l’esclavage d’Egypte, libération spirituelle par le don de la Torah au Sinaï, et enfin rechute dans le veau d’or, et construction d’un culte libérateur grâce au michkane qui permit de vivre avec la présence divine. Lire la suite de « Chemot : « Dis moi ton Nom » »

VAYE’HI : au delà de nos morts


Jacob pleure Jospeh

Jacob pleure son fils Joseph, Marc Chagall

Jacob vécut

La dernière sidra de Berechit qui raconte la mort de Jacob est intitulée « Jacob vécut » tout comme la paracha qui racontait la mort de Sarah était intitulée ‘Hayé Sarah, « les vies de Sarah ».

Déjà dans la paracha précédente le Pharaon demandait au vieil Israël :

« « Quel est le nombre des années de ta vie ? » Et Jacob répondit à Pharaon : « Le nombre des années de mes pérégrinations, cent trente ans. II a été court et malheureux, le temps des années de ma vie et il ne vaut pas les années de la vie de mes pères, les jours de leurs pérégrinations. » » (Gn 47, 8-9)

Rachi commente cela en disant : « Les années de mon état d’étranger (guér). Toute ma vie, j’ai été étranger sur terre ». Jacob a vécu en étranger aux jeux de pouvoir de ce monde. Lire la suite de « VAYE’HI : au delà de nos morts »

VAYIGACH : au coeur de nos exils


 

Chagall

Marc Chagall, Joseph reconnu par ses frères

Cette Paracha est l’une des plus émouvantes de la Torah.

Voici donc les fils de Léa en fâcheuse posture. Benjamin a été pris la main dans le sac avec une coupe du vice-roi d’Egypte, Joseph, dans son sac. Les frères ont déchiré leurs vêtements en s’apercevant de ce dernier malheur qui les anéanti (Gn 41, 11). Un pur coup monté par Joseph.

« Le Midrach dit :

« Lorsque la coupe fut trouvée dans le sac de Benjamin, ses frères le frappèrent à l’épaule et lui dirent : Voleur, fils de voleuse ! tu nous fais honte comme ta mère a fait honte à notre père quand elle vola les pénates de Laban (Gn 31, 9 ) » (Midrach Haggadah et Tanhouma)

Le geste de déchirer ses vêtements est une sortie d’amnésie. La première fois qu’il est pratiqué dans la Torah c’est 22 ans plus tôt, lorsque Ruben le fils aîné de Jacob qui a sauvé Joseph en conseillant à ses frères de ne pas le tuer, retourna vers ses frères :

« Ruben revint à la citerne et voyant que Joseph n’y était plus, il déchira ses vêtements, et dit: « L’enfant n’y est plus et moi, où irai je? » » (Gn 37, 29-30)

C’est ensuite Jacob qui a déchiré ses vêtements en signe de deuil en apprenant la « mort » de Joseph dont les frères ont rapporté la tunique tachée de sang en guise de preuve.

« Et Jacob déchira ses vêtements et il mit un cilice sur ses reins et il porta longtemps le deuil de son fils. » (Gn 37, 40)

La déchirure est donc la trace mnésique de la mort de l’innocent. Les frères ont maintenant compris que le malheur qui les affecte est la récompense divine méritée de l’abandon de Joseph en esclavage vingt ans plus tôt. Juda va donc rappeler ce passé qui torture sa famille. Et c’est sur ce discours de Juda, qui n’imagine pas un seul instant s’adresser à une autre personne qu’à un haut fonctionnaire égyptien, que commence notre Sidra. Lire la suite de « VAYIGACH : au coeur de nos exils »

Mikets : renoncer à la Toute-Puissance


Voici donc Joseph, « l’homme aux rêves » qui croupit depuis 12 ans au fond de sa prison. L’échanson de Pharaon dont il a interprété le rêve qui a conduit à sa libération il y a deux ans l’a oublié. Joseph a trente ans, son père Jacob cent vingt… il lui en reste encore vingt à vivre pour atteindre l’âge de son père Isaac : cent vingt ans (Gn 35, 28).

Tout semble perdu, sauf, que voilà c’est Pharaon lui-même qui se met à rêver…

Songe de Pharaon – Marc Chagall

Le rêve de Pharaon

« Après un intervalle de deux années, Pharaon eut un songe, où il se voyait debout au bord (al ayor) du fleuve » (Gn 41, 1)

En réalité comme le remarque le Midrach lisant rigoureusement le texte, Pharaon n’est pas au bord du Nil, mais sur le Nil.

« Pharaon eut un songe, il se tenait sur le Nil. Alors que les justes, Dieu se tient (mitqayem) sur eux, comme il est dit : ‘‘le Seigneur se tenait (nitsav) sur lui’’ (Gn 28, 13)» (Midrach Berchit Rabba)

Quand pharaon se prend à rêver il se voit « au-dessus de la vie » qui irrigue toute l’Egypte de ses alluvions fertiles, il la domine, il est divinisé.

La divinisation des rois, une coutume Perse qu’Alexandre le Grand va s’attribuer de son vivant (apothéose) au grand scandale de ses généraux qui devaient se prosterner devant lui à la manière d’un empereur oriental (proskynèse) est une coutume banale en Egypte où le monarque porte couronne, sceptre et coiffe, des attributs royaux mais aussi des dieux comme Atoum, Rê, Osiris ou Horus, considérés comme à l’origine du pouvoir royal et comme les premiers souverains de la vallée du Nil. Quand Pharason est « sur le Nil », il est donc au-dessus de l’origine de la vie comme le Dieu de Jacob était « au-dessus de l’échelle » où montaient et descendaient les anges. Bref, dans ses plus beaux rêves non seulement il côtoie le divin au coude à coude… mais tout simplement il est le divin.

La Torah va passer son temps à contester cette assimilation de Pharaon à la divinité du Nil qui abreuve et vivifie l’Egypte.

« Prononce ces paroles : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici, je m’en prends à toi, Pharaon, roi d’Egypte, grand crocodile, couché au milieu de tes fleuves, toi qui dis: « Mon fleuve est à moi, c’est moi qui me le suis fait! »… Le pays d’Egypte deviendra une solitude et une ruine, et l’on saura que c’est moi l’Eternel parce qu’il a dit : « Le fleuve est à moi, et c’est moi qui l’ai fait. » » (Ez 29, 3.9)

Pharaon entre donc sur la scène de l’histoire juive par un rêve qui en fait le prototype des idolâtres. Pharaon est radicalement hétérogène à Israël comme l’huile et l’eau ne peuvent se mélanger. Joseph va vivre caché à son ombre, mais son successeur va bientôt s’opposer à Moïse comme Nimrod s’est opposé à Avram qui rejetait l’idolâtrie ambiante. Lire la suite de « Mikets : renoncer à la Toute-Puissance »