Voyage éclair au Paradis, avec Cyrille Putman

Hier j’ai revu Cyrille Putman. On s’était perdus de vue il y a 20 ans. Inchangé. Comme toujours avec les amis la conversation a repris comme si on s’était vus la veille.

Il vient d’écrire un très bon livre tordant ! à lire immédiatement :

Couverture de Jean-Charles de Castelbajac ! (Attention, c’est là que commence le name dropping !)

J’ai rencontré Cyrille en 1992 dans des circonstances improbables.

Cyrille fils d’Andrée Putman et Almine de Froment (aujourd’hui épouse Picasso) fille de Georges Rech avaient ouvert un des lieux « d’art contemporain » comme on disait à l’époque, les plus en pointe. A Paris, dans le Marais, rue Charlot.

Ils avaient découvert l’artiste français Fabrice Hyber : Le passionné du vert et de la biologie; l’américain James Turell et son « roden crater » dans le désert d’Arizona : ancien pilote chargé de missions secrètes pour la CIA Turell creusait une série de chambres et de tunnels dans un volcan et les trous dans cette mine donnaient sur la lumière du soleil et des étoiles; John McCracken un californien qui ressemblait à Clint Eastwood, le chinois Huang Yong Ping… tous promis à un brillant avenir.

Didier Long, Fabrice Hyber, Gernot Distler, Claudio Faiola (Stresa), devant le dessin préparatoire de « L’Artère » de Fabrice Hyber, une sculpture en céramique à la mémoire des victimes du sida et en hommage à ceux qui se consacrent à la lutte contre l’épidémie.

Après « le plus gros savon du monde » et un tableau monochrome d’ 1m2 de rouge à lèvres, Fabrice avait créé un ballon carré… le genre de truc à ne pas louper !

Moi, pendant ce temps j’étais dans mon monastère où il faisait – 28 degré en 1985 et me levais à 2h du matin pour dire les psaumes… j’avais déjà passé 8 ans à faire de « l’art sacré »… dans un ambiance plutôt austère donc, à l’Abbaye de la Pierre Qui Vire.

J’étais passé à la Biennale de Venise en Architecture pour mon « Tympan de la création« , 4 tonnes de béton, de fresque, de céramique, de granit et de cuivre, qui s’est révélé… une maguen David ! Où diable allait-il chercher tout ça ?

Un jour, épuisé de « chi..r du marbre », je décidais de bruler toute mes peintures ‘sacrées’ qui me semblaient de bonnes vieilles idoles à la papa et me réorientais vers un matériau légèrement moins noble et aussi plus difficile à adorer… de simples bidons en plastique.

Le bidon, objet transitoire me semblait une bonne parabole du corps humain et de son intériorité. Une fois vidé de son contenu plus personne ne s’intéressait à lui et hop ! direction la poubelle. Une parabole des humains. Les bidons rentraient dans le clôture du monastère, cet espace fermé ou vivent les moines et en ressortaient, ce qui n’allait pas tarder à m’arriver !

Par exemple, voici : « Vision intérieure » à la galerie en mai 1994.

La personne voit un trou de serrure sur le bidon, elle s’approche et forcément colle son oeil, forcément un peu voyeure et coupable.

Et là elle se demande ce qu’est ce spectacle sur cette petite télévision d’enfant dans le bidon… tiens ça bouge ! En fait c’est un périscope à l’envers et l’image ce sont ses pieds…

J’avais créé pleins d’autres rébus bidons comme ça… voir ici

Les moines adoraient. On laissé une vielle maison abandonnée pour cela aux carreaux cassés, c’est devenu mon atelier .

Un jour on avait offert une caméra au monastère, sur le conseil de mon frère jumeau j’ai fait une petite vidéo de mes bidons et l’ai envoyée à quelques galeries de son choix avec un petit mot : « Ne pouvant venir, enfermé dans un monastères, etc… »

C’était trop mystérieux. Cyrille et Almine ont débarqué au monastère un semaine plus tard. Et ils ont flashé sur mes bidons. En sortant de l’atelier, il neigeait. J’étais devenu un artiste de la galerie !

Il faut dire que le papa de Cyrille et Andrée de vénérée mémoire était un copain de Barm Van Velde découvert dans la rue, de Samuel Becket et d’autres créateurs un peu intransigeants. Alors ils ont décidé de faire une exposition « frère marc ».

Le soir du vernissage je suis venu du monastère. Malcom McLaren le manager des Sex pistols, Vivienne Westwood, Pierre Cornette de Saint Cyr et tout le ghetto du gotha artistique se pressait autour de Cyrille et Almine. Andrée aussi bien sûr, qui avait passé son enfance dans le cloitre de l’Abbaye de Fontenay.

Moi J’étais sorti de ma clôture , une sorte de E.T. débarqué de sa planète, une clôture monacale dans la forêt du Morvan ! signe certain d’une profonde intériorité, tout comme mes bidons.

Éventhia Senderens dont le mari Alain était alors « le chef de Luca Carton » m’avait on dit, sans que je comprenne vraiment ce que cela voulait dire, a acheté « Vision intérieure ». On a vendu 8 pièces le soir du vernissage, juste avant le crack du marché de l’art contemporain ! c’était énorme.

Andrée est partie en 2013.

Andrée Putman et mon fils en juin 1999.

J’ai retrouvé Grégory Salinger, le fils de Pierre, le conseiller des Kennedy, et pote de Cyrille à New York ou ils ont vécu avec Basquiat et Keith Haring chez mon amie Diane Segalen.

Moi je me suis remis à la peinture à l’occasion d’un post trauma de guerre. Je peins les gens que j’aime.

C’est grâce à Cyrille en 2005 aussi que j’ai écrit mon premier livre « Défense à Dieu d’entrer », il y a tout un chapitre sur lui et il y en a aussi un sur Fabrice et moi dans son livre : « Premières pressions à froid », chapitre « l’Art de rien ». Lisez c’est sa vie, c’est dingue.

Imperturbable, Cyrille a ouvert une nouvelle galerie à visiter sur Instagram, à Arles !

C’est ainsi que j’ai essayé de créer à l’époque un art non idolâtrique. Grâce à Cyrille et aussi Andrée.
Bref un truc un peu juif. La vie est passée par là et tout s’en va.


Gam zou Letova (Tout est pour le bien)

Cyrille Putman during Cyrille Putman Exhibition – After Party at Gallery Enrico Navarra V.I.P. Room in Paris, France, 2005. (Photo by Foc Kan/WireImage)

Ca c’est « idole païenne », une chambre à air de camion qui se gonfle et se dégonfle !

Cops are Coming ! – courtesy coll. particulière Cyrille Putman,( quand on tire la poignée au lieu d’être touché par balle une sirèle de police retenti dans la galerie)

HIV 2, (un ballon de baudruche danse dans un cône d’air au milieu des clous sans exploser)

Bidon Vuitton, 2010

La sexualité selon la « Lettre sur la Sainteté » (Kabbale – XIII ème siècle)

La fiancée juive, Rembrandt

La Lettre sur la sainteté (Iggeret ha-Qodesh), un texte kabbalistique du XIIIᵉ siècle, écrit en Espagne entre 1290 et 1310, en 6 chapitres, sous la forme d’une épître adressée à un ami, traite des relations sexuelles et de la procréation.

Elle surprend par la profondeur et la modernité de son approche de la sexualité. Loin d’une vision archaïque ou strictement normative, ce texte développe une conception de l’acte sexuel fondée sur le « consentement » selon ses propres mots. L’accord intérieur des partenaires, la reconnaissance de leur subjectivité respective étaient ce concept central. À bien des égards, cette pensée médiévale anticipe des notions que l’on considère aujourd’hui comme caractéristiques de la modernité morale et psychologique.

Dans cette œuvre, le rapport sexuel n’est pas réduit à un acte biologique ni même à l’accomplissement d’un devoir conjugal. Il est conçu comme une rencontre entre deux intentions (kavana). La transparence à Dieu de la relation comme dans l’exécution de la mitsvah dépend de l’intention. Lorsque ces intentions ne sont pas accordées — lorsque le désir n’est pas pur, pas partagé, lorsque l’un agit dans la précipitation ou la contrainte, lorsque la femme est endormie ou non disposée — l’acte perd sa valeur spirituelle : la Shekhina, la présence divine, s’en retire.

Le consentement n’est donc pas envisagé comme une simple permission extérieure, mais comme une condition ontologique de l’acte lui-même. Sans accord intérieur, il n’y a pas véritablement relation.

Cette exigence va de pair avec un refus explicite de toute forme d’objectivation du corps féminin. Le texte condamne la brutalité, la violence verbale ou physique, mais aussi les formes plus subtiles de domination, comme la satisfaction unilatérale du désir masculin. Il reconnaît à la femme une intériorité propre, une pensée, une intention qui doivent être prises en compte. L’homme y est la Khorma, la sagesse mais la femme est l’intelligence. Et sans cette conjonction la Shekina s’absente. La relation devient alors non pas un feu divin mais un feu dévorant esh esh, qui détruit le couple.

L’idée selon laquelle « sa pensée n’est pas en accord avec ta pensée » suffit à invalider l’acte marque une reconnaissance remarquable de la subjectivité féminine pour une époque médiévale.

La lettre sur la sainteté accorde à la corporéité une place centrale. Elle n’est en rien un mépris du corps car tout ce que Dieu a créé est bon (Genèse) , donc c’est l’intention humaine qui rend ses actes bon ou mauvais.

La Lettre sur la sainteté parle donc concrètement du corps et accorde au désir féminin un rôle fondateur. Elle recommande que la femme « émette sa semence la première », faisant de son désir la matière première de l’engendrement. L’homme n’est pas présenté comme celui qui prend ou impose, mais comme celui qui éveille, accompagne et répond. Le désir féminin n’est ni marginal ni toléré à titre accessoire : il est constitutif de l’acte juste et fécond. Une telle conception inverse les schémas patriarcaux dominants et confère à la femme un rôle actif dans la dynamique sexuelle et créatrice.

Cette pensée est également étonnamment proche de certaines intuitions modernes sur la dimension psychique de la sexualité. Le texte affirme que la pensée et l’intention au moment de l’étreinte influencent la « forme » transmise à la semence. Autrement dit, l’engendrement ne relève pas uniquement du biologique : il est marqué par la qualité du lien, de la présence psychique et de l’orientation intérieure des partenaires. Cette idée préfigure des conceptions contemporaines de la transmission psychique, de la psychosomatique ou encore de l’importance de l’environnement émotionnel dans la filiation.

Enfin, la modernité de cette approche tient à son caractère profondément relationnel. Il ne s’agit pas d’appliquer mécaniquement des règles, mais de développer une capacité de discernement, une attention à l’autre, au moment, à la réciprocité du désir. Là où certains discours contemporains réduisent le consentement à un accord formel ou juridique, la Kabbale du XIIIᵉ siècle en propose une conception exigeante et intégrale : consentement du corps, de l’esprit, du désir et de l’intention.

Ainsi, loin d’être un vestige du passé, cette approche kabbalistique apparaît comme étonnamment actuelle. Elle conçoit la sexualité comme une rencontre de sujets libres et désirants, dont l’accord intérieur conditionne la dignité, la fécondité et la portée même de l’acte. En ce sens, elle ne précède pas seulement la modernité : elle la défie encore.

En voici un extrait traduit par Charles Mopsik :

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 » Il convient donc que l’homme engage sa femme par des paroles appropriées, certaines évoquant la volupté, d’autres évoquant la crainte du Ciel. Qu’il converse avec elle au milieu de la nuit ou à l’approche de son dernier tiers, comme nos maîtres disent dans le traité Berakhot :

Lors de la troisième veille, la femme converse avec son époux et le nourrisson tête le sein de sa mère. Qu’il ne la pénètre pas contre son gré et qu’il ne lui fasse pas violence parce que si la relation sexuelle n’est pas accomplie, parce que si elle n’est pas accompagnée avec beaucoup de désir, d’amour et de liberté, la Chekhina n’y est pas présente. Cela parce que son intention à lui est le contraire de son intention à elle et que son esprit n’est pas d’accord avec le sien. Il ne faut pas se quereller avec elle ni la frapper à propos du rapport sexuel, comme nos maîtres disent dans Yoma :
« Comme le lion rugit et dévore sans honte, l’homme insulte frappe [sa femme] et [la] pénètre sans éprouver de honte. »
En revanche, il sied d’attirer son cœur par des paroles de grâce et de séduction, et par d’autres choses convenables et apaisantes, afin que tous deux aient une même intention, dirigée vers le Ciel. Il ne faut pas non plus pénétrer la femme quand elle est endormie, parce qu’il n’y a pas eu accord unitaire des deux et que sa pensée n’est pas en accord avec ta pensée. Mais il faut la réveiller en manifestant bienveillance et désir, comme nous l’avons dit.

Pour conclure : lorsque tu te verras toi-même disposé à faire usage de ton lit, fais en sorte que la disponibilité de ta femme soit en accord avec la tienne et ne te dépêche pas de satisfaire ton désir et d’éveiller sa force, afin de rendre ta femme réceptive. Introduis-toi par la voie de l’amour et du consentement de façon qu’elle voie à émettre sa semence la première¹³⁷, pour que sa semence à elle soit comme la matière et ta semence à toi comme la forme, ainsi qu’il est dit : « Une femme qui fera semence engendrera un mâle » (Lév. 12:2). Tu sais déjà ce que nos sages ont dit sur ce hassid qui, lors des relations sexuelles, découvrait un palme, en recouvrait deux autres et dont la femme disait qu’il ressemblait à quelqu’un contraint par un démon ; c’est-à-dire qu’il ne visait pas seulement la jouissance des ébats mais qu’il était à ses yeux semblable à celui qui s’occupe d’une chose qui ne relève pas de sa profession et qui était mis dans l’obligation de la mener à son terme à cause du « moment » et de sa prescription énoncée dans la Torah. Réfléchis à cette vision grandiose et tu verras comment ce hassid y investissait une intention élevée et comment son action se portait tout entière vers le Ciel et vers le parachèvement d’un commandement.

S’il en est ainsi, de tout ce que nous t’avons appris dans les chapitres précédents et dans celui-ci, tu devras déduire de nombreux éléments que nous n’avons pas mentionnés, tu rassembleras le tout et de toi-même tu appréhenderas le style de conduite que l’homme doit adopter au moment du rapport sexuel, [qui doit être] encore plus empreint de pudeur que celui dont tu uses le reste du temps, lors du manger et du boire et des autres servitudes matérielles. Car c’est suivant la pensée que tu adoptes au moment de l’étreinte que la forme affectera la goutte de semence. Tel est le secret du verset : « Engendrements d’Isaac fils d’Abraham, Abraham engendra Isaac » (Gen. 25:19). Après que le Nom, béni soit-Il, lui eut annoncé : « Sarah, ta femme, t’enfantera un fils etc., et j’établirai mon alliance avec lui » (ibid. 17:19), Abraham se concentra au moment de l’étreinte et attacha sa pensée aux [réalités] supérieures et lia à elle son intention et sa pensée.

Cette pensée est exercée par tous les autres hassidim, hommes de coeur. »

(Traduction Charels Mopsik, Verdier 1993)

Comment Dieu se dévoile en se voilant dans la Kabbale

En ce chabbat de la hiloula de Baba Salé (zatsal). Rabbi Israël Abehassera ou Abouhatsera (hébreu : ישראל אבוחצירא), plus connu sous le titre de Sidna Ribbi Baba Salé (hébreu : באבא סאלי, arabe : بابا صلى)

Je me suis marié il y a un an. Rabbi Yaakov Haviv, parent de Baba Salé arrivait du Maroc un peu par hasard, siman tov, et il a pu célébrer mon mariage à la « mairie de Jerusalem ». Deux mois avant de rencontrer ma femme, ma belle sœur avait prié pour que sa sœur trouve un époux sur le kever de Baba Salé en Israël. Elle a demandé le bénédiction d’une mariée. Deux mois après je rencontrais mon mazal.

Baba Salé ne le 26 septembre 1889, Rissani, Maroc –
Date de décès : 8 janvier 1984 Netivot,  Israel

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Dans la Kabbale, Dieu ne crée pas en apparaissant, mais en se retirant. Il ne règne pas par la force de l’évidence, mais par la fragilité du caché. La création est le lieu d’un paradoxe vivant : Dieu est d’autant plus présent qu’il accepte de ne pas l’être pleinement.
Le processus de création est donc un drame sacré : Dieu s’exile de lui-même pour que l’homme puisse exister, aimer, réparer et, à son tour, révéler en respectant le voile. C’est dans cet entre-deux — ni présence écrasante, ni absence totale — que se joue l’aventure spirituelle de l’humanité.

Juik kabbaliste tenant un arbre de sephirots,  Portae Lucis, Augsbourg 1516

Le paradoxe fondateur du processus de création


La Kabbale développe une intuition vertigineuse : Dieu ne se révèle qu’en se retirant. La création n’est pas un simple acte de manifestation, mais un mouvement paradoxal de voilement, sans lequel aucune altérité, aucune liberté, aucune histoire ne serait possible. Ce paradoxe structure l’ensemble de la pensée kabbalistique, depuis le Zohar jusqu’à la Kabbale lourianique : Dieu se donne au monde en se cachant.


L’Ein Sof : Dieu avant toute révélation


Au point de départ, la Kabbale affirme l’absolue transcendance de Dieu sous le nom d’Ein Sof (l’Infini). L’Ein Sof n’est pas un « être » parmi d’autres, ni même l’Être au sens philosophique : il est au-delà de toute détermination, au-delà du langage, de la pensée et de la représentation. Dire quelque chose de l’Ein Sof, c’est déjà le limiter.
Ainsi, avant la création, Dieu est partout et nulle part : il n’existe aucun « extérieur » à lui. Dans une telle plénitude, la création est impossible, car il n’y a aucun espace pour l’autre. La question devient alors centrale : comment un monde fini peut-il émerger d’un Infini absolu ?


Le Tsimtsoum : se retirer pour faire place

La réponse décisive est formulée par Isaac Louria : le tsimtsoum. Contrairement à une création par débordement, le tsimtsoum est un acte de retrait. Dieu contracte sa lumière, laissant apparaître un « vide » (ḥalal panouï), un espace où autre chose que lui peut exister.
Ce retrait n’est pas une absence réelle : Dieu n’abandonne pas le monde. Il se voile, dissimulant sa présence pour rendre possible l’autonomie du créé. La création commence donc par une auto-limitation divine, comparable à une respiration : Dieu « inspire » son infinité pour permettre l’émergence du fini.
Déjà apparaît une loi fondamentale : la révélation passe par le retrait. Plus Dieu se cache, plus le monde peut exister.

Les Séfirot : la lumière filtrée

Après le tsimtsoum, la lumière divine ré-entre dans l’espace créé sous forme structurée : ce sont les Séfirot, dix modalités de manifestation divine. Elles ne sont pas des parties de Dieu, mais des canaux, des filtres, des vêtements de la lumière.
Chaque Séfira est à la fois révélation et dissimulation :
Hokhma révèle la sagesse mais voile l’Infini,
Hesed révèle l’amour mais en limite l’absolu,
Gevoura révèle la rigueur tout en la contenant.
Dieu ne se donne jamais directement : il s’habille (hitlabshout). La lumière nue serait destructrice. Seule une lumière voilée, mesurée, permet au monde de subsister.


La brisure des vases : l’échec nécessaire

Selon la Kabbale lourianique, les premiers réceptacles de la lumière divine — les kelim — furent incapables de contenir l’intensité de cette lumière. C’est la brisure des vases (shevirat ha-kelim). Les vases éclatent, la lumière se disperse, et des étincelles divines tombent dans la matière.
Cet événement n’est pas un accident : il est structurel. La création est dès l’origine fracturée, marquée par l’exil du divin dans le monde. Dieu est présent, mais caché, emprisonné dans l’opacité du réel.
Le mal, le chaos, la souffrance ne sont donc pas extérieurs à la création : ils sont le prix de la liberté et de la différenciation. Dieu accepte de se perdre partiellement dans le monde pour que le monde puisse être.

Hester Panim : le visage caché de Dieu


La Bible parle de Hester Panim, le « voilement du visage ». La Kabbale radicalise cette notion : Dieu se cache pour que l’homme puisse le chercher. Un Dieu trop visible annihilerait toute responsabilité humaine.
Le voilement est ainsi un acte d’amour. Dieu renonce à l’évidence de sa présence pour ouvrir un espace éthique, historique et spirituel. L’homme vit dans un monde où Dieu est suffisamment absent pour être nié, mais suffisamment présent pour être trouvé.

Le Tikkoun : réparer en révélant


La finalité de la création n’est pas la brisure, mais la réparation (tikkoun). Par ses actes, ses mitsvot, son intention (kavana), l’homme libère les étincelles divines prisonnières du monde.
Chaque acte juste est une mini-révélation, un dévoilement partiel du divin caché. Mais cette révélation ne supprime jamais totalement le voile : elle l’affine. Le monde ne sera pas aboli, mais transfiguré.
Dans cette perspective, l’homme devient partenaire de Dieu dans le processus créateur. Dieu s’est voilé pour que l’homme puisse participer à son dévoilement.


Le Zohar : Dieu se révèle dans le secret


Le Zohar affirme que « il n’y a pas de lumière sans vêtement ». Le secret n’est pas l’opposé de la révélation : il en est la condition. Le dévoilement total serait une annihilation du sens.
Ainsi, la Kabbale ne cherche pas à lever tous les voiles, mais à apprendre à lire à travers eux. Le monde est un texte crypté, une écriture divine fragmentée.

Sergio della Pergola commente « La Fin des juifs de France ?  » dans Contemporary Jewry

Pour ceux qui s’inquiètent de la démographie juive alarmante et des dangers auxquels est exposée la communauté juive en France comme nous l’avons montré dans « La fin des juifs de France? ». Des conclusions que certains ont immédiatement qualifiées d’ « alarmistes », quand d’autres ont tout simplement dénoncé un livre « indigent »… le mieux est probablement de lire cette recension publiée dans une des revues les plus respectées du monde juif, Contemporary Jewry.

Sergio DellaPergola est professeur émérite et ancien directeur de l’Institut Harman du judaïsme contemporain à l’Université hébraïque de Jérusalem. Spécialiste de la démographie juive. Le professeur DellaPergola a été conseiller du Président de l’État d’Israël et du Bureau central israélien des statistiques. Il est membre de la Commission des Justes parmi les Nations de Yad Vashem et lauréat du prix Sklare (1999) et du prix Landau (2013). Il est né en Italie et vit en Israël depuis 1966.

Lisez ces 3 pages d’analyse. Dans le bruit ambiant il reste des gens qui réfléchissent encore à la condition juive en France. Même si ces vérités qui dérangent peuvent leur couter très cher.

Le « secret dans le secret », le chemin pour aller à D.ieu

Le chant Ve’afilu behastarah exprime l’une des idées les plus radicales et les plus consolantes de la spiritualité juive, telle qu’elle apparaît dans l’enseignement de Rabbi Nahman de Breslev :

דע, כי יש הסתרה, ויש הסתרה בתוך הסתרה.
וכשהשם יתברך נסתר בהסתרה אחת – עדיין אפשר למצוא אותו.
אבל כשיש הסתרה בתוך הסתרה – אזי אי אפשר למצוא אותו כלל.
ואף על פי כן, גם שם בוודאי נמצא השם יתברך.

Sache qu’il existe une dissimulation,
et une dissimulation à l’intérieur de la dissimulation.

Lorsque le Saint béni soit-Il est caché par une seule dissimulation,
il est encore possible de Le trouver.

Mais lorsqu’il y a une dissimulation à l’intérieur de la dissimulation,
alors il semble impossible de Le trouver du tout.

Et pourtant, même là, à coup sûr,
le Saint béni soit-Il s’y trouve.
(Likoutei Moharan I, Torah 56)

Essayons de comprendre ici en quoi consiste cette présence de D. cachée dans la profondeur du monde.

La Torah ou les gènes de la réalité

Le livre Le masque du monde, du médecin et Rabbin d’Afrique du Sud Akiva Tatz (https://akivatatz.com/ ) développe une conception originale et une thèse centrale : la Torah n’est pas seulement un livre sacré ou un récit historique, mais la matrice même de la réalité. Le monde physique n’est pas indépendant d’elle ; il en est l’expression concrète. La Torah constitue la cause, le monde en est l’effet. Chaque détail de l’univers existe parce qu’il est contenu, décrété et continuellement soutenu par la Torah. Mais alors comment l’Omniprésent se révèle-t-il en ce  monde alors même que ce processus de dévoilement le masque et le rend secret ?

L’image la plus courante est celle que nous offre le Talmud :

Istakel be Oraïta ou bara alma – « il a regardé la Torah et créé le monde »
(Midrash Rabba, chapitre 1, sur Béréchit ; Zohar, sur Chémot, Parachat Terouma)

La métaphore est celle du plan d’architecte : de même qu’un bâtiment est construit à partir d’un plan préalable, le monde a été créé à partir de la Torah. Mais cette image semble naïve et insuffisante à première vue. Comment l’expliquer ? Par une analogie plus profonde, celle de la génétique : la Torah est le code génétique du monde. Les gènes ne décrivent pas simplement le corps, ils en sont le mécanisme de construction. De la même manière, la Torah n’est pas une description symbolique du monde ; elle est le système actif qui le fait exister. La réalité matérielle est ainsi le reflet de ce code fondamental. Son effet.

Lorsque nous percevons cette réalité nous sommes aveugles puisque nous confondons l’effet et la cause qui est la profondeur du monde. Mais l’aspect superficiel ne permet pas à l’humain d’accomplir sa vocation. Il est fait pour Dieu et ne trouve de repos tant qu’il ne fait confiance en lui comme un autre que lui, secret et fascinant. C’est le secret de la mystique nous y reviendrons.

Rejoindre sa propre réalité

La parole divine occupe une place centrale dans cette conception. Les mots (devarim) de la Torah sont les mots de D.ieu ; ils ne sont pas de simples sons passagers, mais le médium même de la Création. Ils dépassent le sens et la perception ordinaire puisqu’au Sinai le peuple voyait les voyait les voix : « Et tout le peuple voi(en)t les voix… » (Ex 20, 15). Chaque mot prononcé lors de la Création se cristallise en objet ou en phénomène. C’est le sens profond du mot hébreu davar, qui signifie à la fois « mot » et « chose » : toute chose du monde est un mot divin matérialisé.

La Création, selon cette vision, n’est pas un événement passé mais un processus permanent. À chaque instant, l’univers est recréé. La Torah est le canal continu de cette création. Elle n’est donc ni un simple récit, ni une chronique historique, mais un mécanisme cosmique vivant, actif à chaque instant.

Enfin, Akiva Tatz interroge : où réside la Torah aujourd’hui ? La réponse est que la Torah vit dans la Loi orale, dans l’étude et dans l’esprit de ceux qui la transmettent. La torah ne peut être matérialisé ou saisie, elle est shébé al pé, « sur les lèvres ». Un rouleau de parchemin seul ne suffit pas ; sans sages pour l’interpréter et l’enseigner, la Torah disparaît du monde. Là où elle est étudiée, elle est vivante ; là où elle est négligée, elle s’absente et s’évanouit dans le secret.

La nature est un voile ; celui qui s’habitue à ce voile cesse de percevoir la dimension spirituelle qui la soutient. Seule une vision éveillée permet de voir, derrière le monde visible, la réalité supérieure qui le fonde.

Une vision strictement séculière, qui ne voit que la dimension matérielle du monde, passe à côté de cette profondeur et à coté de lui-même finalement.

Fort de cet enseignement demandons-nous maintenant quel sont les chemins pour aller à D.ieu.

Les chemins qui ne mènent nulle part

Tout d’abord dissipons un malentendu.

Plus une personne est expérimentée dans les chemins qui vont à D.ieu, plus elle pratique l’ hitbodedout (en hébreu: התבודדות, « s’isoler », « se recentrer, se recueillir, faire un avec l’Un »), plus la personne ouvre son cœur, honnêtement et parle simplement à l’Eternel comme un ami parle à un ami, moins elle se sent « forte » spirituellement. « Moise parlait avec D. visage contre visage, comme un ami parle à son ami » (Ex 33, 11). « Moïse était très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté » (Nb 12, 3).

Le Spirituel n’est pas l’objet d’un savoir qui pourrait être capitalisé ou atteint. Devant l’Omniscient il n’y a que des débutants. Chacun chaque matin et disant modé ani (je te remercie) peut se dire : « aujourd’hui je commence. Face à lui les petits « entrepreneurs du spirituel » font faillite. Il n’y a pas de réussite. Et celui qui s’approche de D.ieu ne peut le voir. Il est anéanti. Car D. est à perte de vue.

Le Rabbi de Kotzk estimait que la société, y compris religieuse, est saturée de faux-semblants : conformisme, piété de façade, paroles pieuses sans intériorité. Pour lui, le mensonge le plus dangereux est celui que l’homme se raconte à lui-même. Le plus grand orgueil est religieux. On se conforme, on joue un rôle, on se rassure dans le regard des autres.

D.ieu n’habite pas le bruit, ni même la religiosité spectaculaire, mais l’endroit silencieux où l’homme cesse de se mentir. C’est un grand secret que celui-ci.

Le secret dans le secret

Une explication spirituelle approfondie se situe dans la tradition hassidique, en particulier chez Rabbi Nahman de Breslev comme nous l’avons dit plus haut

Dans la pensée juive, hester panim signifie que Dieu cache Sa face : Sa présence n’est plus perçue clairement dans le monde. Dieu se cache (hester) pour que Son sod (secret puisse exister

« וְאָנֹכִי הַסְתֵּר אַסְתִּיר פָּנַי בַּיּוֹם הַהוּא »
« Et Moi, Je cacherai, Je cacherai Ma face en ce jour-là »
Deutéronome 31,18

« La dissimulation dans la dissimulation » (hester she-betokh hester) désigne une situation spirituelle extrême où non seulement Dieu semble absent, mais l’idée même que Dieu puisse être présent disparaît, la souffrance paraît absurde, sans sens, sans horizon. Même là, dans l’obscurité totale, quand tout langage religieux semble mensonger, Dieu est présent.

La foi la plus haute n’est pas celle qui voit Dieu, mais celle qui continue à vivre, respirer, parler, même quand Dieu est totalement invisible.

Dans la tradition, on parle de hester panim, la « dissimulation de la face ». Dieu se cache, le monde devient opaque, la justice n’est plus lisible, la prière semble se perdre dans le vide.

Mais le texte du Maître de Bratslav va plus loin encore : il évoque une dissimulation à l’intérieur même de la dissimulation. Il ne s’agit plus seulement de ne pas voir Dieu, mais de ne même plus pouvoir croire qu’Il soit là. C’est l’expérience du noir total, celle où la souffrance paraît absurde, où le langage religieux lui-même semble faux ou inutile.

Et pourtant, le chant affirme avec une insistance presque obstinée : « À coup sûr, là aussi se trouve le Nom béni. » Même là. Même dans cet endroit où plus rien ne fait sens. Même lorsque l’homme n’a plus de mots, plus de foi, plus de prière. Cette affirmation n’est pas triomphante ; elle est fragile, répétée, presque murmurée. Elle ne cherche pas à convaincre par des arguments, mais à tenir debout dans l’obscurité.

Il ne s’agit pas d’un Dieu qui explique la souffrance, ni d’un Dieu qui la justifie. Il ne dit pas : « Tout cela a un sens » ou « Tu comprendras plus tard ». Il dit seulement : « Je suis là. » Une présence silencieuse, sans justification du mal, sans promesse immédiate de réparation. Une présence qui accompagne, et non qui résout.

Le Tasdiq de Bratslav ne demande pas à l’homme d’être fort, ni même croyant. Il ne lui demande pas de comprendre. Il lui dit simplement qu’il n’est pas seul, même lorsqu’il se sent totalement abandonné. Dans cette perspective, la foi la plus haute n’est pas celle qui ressent Dieu, mais celle qui continue d’exister, de respirer, parfois de crier, alors même que Dieu est invisible.

Chez Rabbi Nahman, cette traversée de la dissimulation absolue n’est pas une chute hors de la spiritualité ; elle peut en être le cœur. Là où toute consolation disparaît, là où la foi ne s’appuie plus sur aucun sentiment, quelque chose de plus nu, de plus essentiel, demeure : la relation elle-même, dépouillée de toute évidence.

Ce chant dit, sans emphase et sans promesse facile : même là, même maintenant, quelqu’un se tient avec toi.

« La Corse promise » sur France 3 Corse ViaStella, extraits

📺 Découvrez en exclusivité le nouveau documentaire « La Corse promise », réalisé par Jean-Emmanuel Casalta et Thomas Raguet.

Ce film retrace le parcours de trois rabbins Loubavitch installés en Corse depuis 2016. À travers la mission qu’ils se sont donnée, ils œuvrent à redonner vie à une judéité insulaire en perte de vitesse, sous les regards tantôt enthousiastes, tantôt indifférents, de la communauté juive de l’île.

🎬 En avant-première, des courts extraits à découvrir ci-dessous !

Une coproduction Au Tableau Productions, Mareterraniu Productions et France 3 Corse ViaStella.

« La Corse promise », ce vendredi sur France 3 Corse ViaStella

Avec les Rav Levi Pinson, Zalman Teboul, Chalom Sebag, la communauté juive de Bastia, Didier Long; Frédéric Joseph Bianchi , Monseigneur le cardinal François Bustillo, archevêque d’Ajaccio.

La communauté juive de Corse renait. Sans chef religieux et quasi-moribonde depuis 1970, elle connait aujourd’hui un souffle nouveau grâce l’installation de trois rabbins dans les huit dernières années. La voilà forte de plus de cinq cents âmes en 2024, alors qu’elle n’en comptait que 300 au début des années 2000.
Et l’actualité récente pourrait nourrir cette tendance. En effet, tandis que les actes antisémites se multiplient dans le monde et partout en France depuis les massacres du 7 octobre, l’Île de Beauté se rappelle aux Juifs comme le refuge qu’elle a toujours été pour eux, avant même le régime de Vichy. La Corse pourrait-elle alors devenir une solution pour les Juifs du continent à la recherche d’un havre ?
De Bastia à Ajaccio en passant par Porto-Vecchio, ce film suit les trois rabbins Loubavitch. À raison de cours d’hébreu, d’étude des textes sacrés, de célébrations religieuses ou d’ouverture de centres hébraïques, ils réveillent la présence juive en Corse et revivifient une judéité déclinante sous les regards enthousiastes, parfois circonspects, sinon détachés, des descendants des plus anciennes familles corses de confession juive.

Haya et Zalman Teboul, DL, Frédéric Joseph Bianchi
Rabbin Michaël Hazout, DL, Guy Sabbagh, président du Consistoire de Corse
Cathédrale Saint Jean et la Synagogue Beth Meïr
Bastia – Hiver

Personnages du film

Lévi Pinson, 27 ans, est le premier rabbin Loubavitch de Corse. Il est né à Nice d’une mère américaine et d’une lignée de rabbins, son père est le représentant du mouvement Habad pour la Côte d’Azur. En 2016, marié et père de deux enfants, il s’installe à Ajaccio. Il anime depuis trois ans le centre Beth Habad d’Ajaccio, qu’il a fondé pour répondre aux besoins de sa communauté.


Chneor Zalman Teboul est arrivé en Corse durant l’été 2020, avec son épouse Haya. Depuis quatre ans, le jeune rabbin de 28 ans a créé, à Bastia, un centre communautaire pour redonner un élan à la communauté juive de la ville. Un lieu de rencontres, de prière et de solidarité qui s’avère déjà trop petit pour accueillir les membres de la communauté.


Chalom Sebag, 26 ans, s’est installé à Porto-Vecchio il y a 3 ans, avec sa fille et sa femme. C’est encouragé par Levi Pinson, premier rabbin de Corse qu’il est venu, de Paris, à la rencontre des juifs de l’île, après avoir étudié à Brunoy et à New-York et travaillé dans le secteur du tourisme. Il oeuvre actuellement au développement d’une nouvelle synagogue à Porto- Vecchio.


Regards extérieurs

Didier Meir Long est essayiste, écrivain et théologien. Corse par sa mère, cet ancien moine bénédictin s’est converti au judaïsme. Didier Meïr est expert de la communauté juive en France. Il vit en Corse.
Parmi ses essais, il a publié Mémoires juives de Corse, qui montre l’influence de la mémoire juive marrane dans l’histoire de la Corse. Son plus récent ouvrage La fin des juifs de France ?, coécrit avec Dov Maimon, sort en 2025 aux Éditions du Cherche-Midi.

Mémoires juives de Corse – Lemieux éditeur 2016 : Dans ce livre Didier Long explore la mémoire juive de la corse, des Marranes aux juifs de Paoli, aux Syriens de 1915, à « l’ile des justes ». Comment la Corse a accueilli de nombreux juifs depuis la Moyen-Age et les a intégré au peuple Corse, participants à son identité singulière et au rêve de Pasquale Paoli.

La Fin des juifs de France ?Le Cherche midi éditeur 2025 :

Face à la multiplication des actes antisémites depuis quelques années et leur déferlement après le 7 octobre, l’inquiétude des Français juifs grandit : ont-ils encore un avenir dans leur pays ?
Pendant plus d’un an, Dov Maïmon et Didier Long ont mené une enquête inédite, sillonnant la France, questionnant ministres, policiers, juges antiterroristes, politologues, citoyens et hommes de foi de toutes confessions.
Ils ont aussi eu accès à des données jamais révélées à ce jour, issues de rapports confidentiels des services secrets français et israéliens. Ils analysent les menaces qui pèsent sur les Français juifs aujourd’hui dans un contexte social délétère où la montée de l’islamisme laisse présager un basculement vers un régime autoritaire ou une guerre civile.
Une question se pose alors : les Juifs de France doivent-ils partir avant qu’il ne soit trop tard ?


Frédéric Joseph Bianchi partage sa vie entre Paris et la Corse. En 2017, il a créé l’association Terra Eretz Corsica Israël dont la mission est de développer des relations entre Israël et la Corse sur les plans culturel, universitaire, scientifique, économique et touristique.


Originaire d’Espagne, François Bustillo est diplômé en théologie de l’Institut catholique de
Toulouse en 1997 et co-fondateur le couvent de Saint-Bonaventure à Narbonne. Il est évêque
d’Ajaccio depuis 2021 et a été nommé cardinal en 2023. Proche du Saint-Père, il a organisé sa visite en Corse fin 2024. Il a fait paraître Le coeur ne se divise pas, aux Editions Fayard en 2023.

Quelques images de la Corse

J’ai écrit 16 livres depuis 20 ans…

J’ai écrit 16 livres depuis 20 ans. Des notes de bas de page de mon aventure spirituelle. Juste pour me repérer dans une navigation aventureuse et difficile.
Jumeau, corse, ouvrier chez Michelin à 15 ans, de parents corses tous deux orphelins de père à 3 ans, sans éducation religieuse, je lisais Dostoievski, la Bible, dans mon Foyer de jeunes travailleurs. J’ai découvert les livres, le mode d’emploi de l’existence.
Comme la prière ils me remplissaient l’âme.
D.ieu a mis sur ma route des gens extraordinaires : des artistes magnifiques, des écrivains besogneux, des venture capitalists inquiets, des anarchistes désenchantés, des voyous et des grands flics nerveux, des espions peu locaces, des psy pleins de bonté, des bergers corses lumineux, des moines érudits, un rabbin marrakchi truculent, d’humbles Grands de la Torah, des talmidei Hakhamim vertueux et des hassidim fervents… et bien sûr mon épouse Marrakchi dont la mère a appris l’hébreu au Mellah avec mon maître et dont l’oncle était rabbin à Bastia en bas de chez ma grand mère !
Alors j’ai raconté tous ces miracles pour qu’ils ne meurent jamais.
Et quand je regarde en arrière tous mes livres m’indiquent le chemin comme une boussole : la Terre Promise à Abraham, Beezrat Achem.

Rahmana Liba Bae : « Le Miséricordieux demande le cœur » m’a appris rabbi Haïm mon Maître marrakchi. J’ai aussi retenu un proverbe Yiddish : « Ne croyez pas le désespoir, il ne tient jamais ses promesses ! »

« Le soleil comme la mort ne peuvent se regarder en face »: en mémoire de Jean-Pierre Elkabbach

« Le soleil comme la mort ne peuvent se regarder en face »[1]. Ceux qui voient le soleil en face meurent un peu. Mais surtout ils deviennent des familiers du royaume des ombres. Je dirais cela de Jean-Pierre Elkabbach, il était un homme de la lumière et aussi un familier du royaume des ombres, à commencer par celle de son père.

Pour nous les juifs tant qu’on dit le nom de quelqu’un il ne quitte pas la lumière de la vie. Alors deux ans plus tard, en cette veille de Souccot, la fête des cabanes qui nous rappelle notre condition d’errants précaires, je voudrais le ressusciter.

Jean-Pierre Elkabbach entouré des frères Faiola devant le restaurant Le Stresa

06 octobre 2025

J’ai été à la manif de soutien aux otages hier. Rues grises, du soleil à la fin. Plutôt âgé. Quelques jeunes qui essayaient encore de hausser la voix mais comme dans une cloche en coton, capitonnée de flics. Le gouvernement est de nouveau tombé ce matin. Aujourd’hui deuxième anniversaire de la mort de Jean-Pierre Elkabbach il y a pile deux ans. « Encore une coïncidence bizarre » aurait dit Jean-Pierre, en te fixant sans rire avec ses yeux noirs.

06 octobre 2023

Je reviens d’Israël. Aujourd’hui nous enterrons Jean-Pierre Elkabbach. C’est la « fête des cabanes », la veille de Sim’hat Torah (la joie de la Torah) en Israël, les allées du cimetière Montparnasse sont ruisselantes de rayons qui allongent nos ombres sur les allées.

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SOUCCOT : La mémoire olfactive, notre sens le plus spirituel

Mon cédrat cette année, dans une boite ashkénaze du 19ème siècle que j’ai achetée à mon amie Francine SZAPIRO, grande passeuse de mémoire, à la Galerie Saphir dans le Marais.

Au coeur de notre cerveau

La mémoire olfactive est la plus profonde; notre cerveau a la capacité d’associer des odeurs à des expériences passées. Contrairement à d’autres sens, l’odorat est directement relié aux zones du cerveau responsables des émotions et de la mémoire, comme l’amygdale et l’hippocampe.
Aussi l’odorat est le sens le plus spirituel dans le judaïsme car c’est celui qui fait partie de la mémoire la plus profonde. D’où la cuisine de votre maman !

Cédrat : Corsica, a terra Prumessa

Au 19ème siècle se procurer un cédrat pour Souccot en Lituanie ou en Roumanie supposait que celui-ci arrive à point et casher. Aussi les cédrats valaient une fortune et accomplir cette mitsva était un prodige chaque année incertain.
Les cédrats de Corfou ayant été déclarés non casher car greffés sur une autre espèce (La halakha appelle kilayim un mélange interdit entre deux espèces), le monde ashkénaze a dû se tourner vers des cédratiers casher.

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