« L’amour aveugle et muet est le sens de l’homme ». Wassili Grossman


« J’ai trempé ma foi dans l’enfer. Ma foi est sortie du feu des fours crématoires, elle a franchi le béton des chambres à gaz. J’ai vu que ce n’était pas l’homme qui était impuissant dans sa lutte contre le mal, j’ai vu que c’était le mal qui était impuissant dans sa lutte contre l’homme. Le secret de l’immortalité de la bonté est dans son impuissance. Elle est invincible. Plus elle est insensée, plus elle est absurde et impuissante et plus elle est grande. Le mal ne peut rien contre elle ! L’amour aveugle et muet est le sens de l’homme. »

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Vassili Grossman (à gauche), Berlin mai 1945.
Entre 1941 et 1945, Vassili Grossman a passé plus de mille jours sur le front.

La plupart des êtres qui vivent sur terre ne se fixent pas pour but de définir le « bien » . En quoi consiste le bien ? Le bien pour qui ? Le bien de qui ? Existe-t-il un bien en général, applicable à tous les êtres, à tous les peuples, à toutes les circonstances ? Ou, peut-être, mon bien réside dans le mal d’autrui, le bien de mon peuple dans le mal de ton peuple ? Le bien est-il éternel et immuable, ou, peut-être, le bien d’hier est aujourd’hui un vice et le mal d’hier est aujourd’hui le bien ?
Le jugement dernier approche, les philosophes et les théologiens ne sont plus les seuls à se poser le problème du bien et du mal, il se pose à tous les hommes, cultivés ou analphabètes. Lire la suite…

Catégories :Témoignage

La Corse va recevoir une Menora d’or pour son action pour les Juifs !


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Le désir d’éternité chez Qohélet, à la poursuite du vent

1 janvier 2017 1 commentaire

 

Qhoélet (l’homme de l’assemblée- qal en hébreu, c’est à dire un quidam sans nom, entre John Doe et mister Nobody) est le maître des formules ramassées. Sa poésie, attribuée au roi Salomon, toujours très psychologique contient des influences stoïciennes (comme le Pirké Avot), en quelques mots, des formules lapidaires.

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Alberto GIACOMETTI (1901-1906), L’Homme qui marche I, 1959-1960

On lit ces versets magnifiques chez Qhoélet au chapitre 3, tout est dit :

י רָאִיתִי אֶת-הָעִנְיָן, אֲשֶׁר נָתַן אֱלֹהִים לִבְנֵי הָאָדָם–לַעֲנוֹת בּוֹ. 10 J’ai observé la besogne que Dieu a assignée aux fils d’Adam pour se fatiguer en efforts.
יא אֶת-הַכֹּל עָשָׂה, יָפֶה בְעִתּוֹ; גַּם אֶת-הָעֹלָם, נָתַן בְּלִבָּם–מִבְּלִי אֲשֶׁר לֹא-יִמְצָא הָאָדָם אֶת-הַמַּעֲשֶׂה אֲשֶׁר-עָשָׂה הָאֱלֹהִים, מֵרֹאשׁ וְעַד-סוֹף. 11 Il a fait toute chose excellente à son heure; il a mis aussi dans le cœur de l’homme l’éternité (aolam), sans quoi celui-ci ne saisirait point l’œuvre accomplie par Dieu du commencement à la fin.
יב יָדַעְתִּי, כִּי אֵין טוֹב בָּם–כִּי אִם-לִשְׂמוֹחַ, וְלַעֲשׂוֹת טוֹב בְּחַיָּיו. 12 J’ai reconnu qu’il n’y a pas de plus grand bien (tov) que de s’égayer et de se faire une vie bonne (tov)

Tout est dit du désir de l’homme.

  • La fatigue inépuisable d’exister.
  • Un désir sans mesure qui dépasse sa mesure.
  • La présence permanente de la fin potentielle qui limite ce désir. Nous marchons inévitablement sur les ruines des civilisations soi-disant immortelles qui nous ont précédés !
  • L’idée qu’une vie bonne (tov) est en soi un bien (tov) et que cette vie juste suffit.

« Nul homme n’est maître du vent (rouah’), capable d’emprisonner le vent. Il n’est point de pouvoir contre le jour de la mort »
(Qo 8, 8)

… dit il ailleurs, et pour qui n’aurait pas compris un dernier aphorisme :

  » Mieux vaut un chien vivant qu’un lion mort »
(Qo 9, 4)

 

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Les chemins qui mènent à D-ieu, avec Moïse Maïmonide


Il envoie ses ordres sur la terre, sa parole vole avec une extrême rapidité.

Il répand la neige comme des flocons de laine, sème le givre comme de la cendre.

Il lance par morceaux des glaçons: qui peut tenir devant ses frimas?

Il lance un ordre, et vient le dégel; il fait souffler le vent: les eaux reprennent leur cours. (Téhilim 147, 15-18)

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Ce matin l’olivier à ma fenêtre, photo DL

Résumé : Notre perception nous permet en voyant le frima sur l’olivier, l’arbre immortel de la méditerranée, de comprendre que de monde réagit à des principes vivants, des lois, dont la beauté et la présence en nous nous illumine d’une lumière éternellement renouvelée. L’étrange n’est pas que nous comprenions les lois de l’univers dans son silence infini mais qu’y projetant notre esprit, celui-ci nous réponde. Celui qui a perdu une fois de sa vie la mémoire dans un trauma (ex : sortie d’un suicide) sait que le fait que les mots se posent sur les choses en les épousant est en soi un miracle. Quels sont le chemins pour aller à D-ieu qu illuminent le corps et l’âme ? 

  • celui de l’allégorie prophétique, c’est à dire l’étude
  • celui de la mistwah qui permet de conformer sa vie à l’amour et le vérité de D-ieu en ce monde  

Essayons de le comprendre avec le Dalâlat al’ Hâyirîn (le guide de ceux qui sont indécis ou égarés) relu à la lumière du Michné Torah, La répétition de la Torah. Lire la suite…

« Un temps pour se lamenter et un temps pour danser » Kohélet 3


ב        עֵת לָלֶדֶת,        וְעֵת לָמוּת;
עֵת לָטַעַת,        וְעֵת לַעֲקוֹר נָטוּעַ.
2 Il y a un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour déraciner ce qui était planté;
ג        עֵת לַהֲרוֹג        וְעֵת לִרְפּוֹא,
עֵת לִפְרוֹץ        וְעֵת לִבְנוֹת.
3 un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour démolir et un temps pour bâtir;
ד        עֵת לִבְכּוֹת          וְעֵת לִשְׂחוֹק,
עֵת סְפוֹד         וְעֵת רְקוֹד.
4 un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser;
ה        עֵת לְהַשְׁלִיךְ אֲבָנִים,        וְעֵת כְּנוֹס אֲבָנִים;
עֵת לַחֲבוֹק,         וְעֵת לִרְחֹק מֵחַבֵּק.
5 un temps pour jeter des pierres et un temps pour ramasser des pierres, un temps pour embrasser et un temps pour repousser les caresses;
ו        עֵת לְבַקֵּשׁ         וְעֵת לְאַבֵּד,
עֵת לִשְׁמוֹר        וְעֵת לְהַשְׁלִיךְ.
6 un temps pour chercher [ce qui est perdu] et un temps pour perdre, un temps pour conserver et un temps pour dissiper;
ז        עֵת לִקְרוֹעַ        וְעֵת לִתְפּוֹר,
עֵת לַחֲשׁוֹת        וְעֵת לְדַבֵּר.
7 un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler;
ח        עֵת לֶאֱהֹב         וְעֵת לִשְׂנֹא,
עֵת מִלְחָמָה        וְעֵת שָׁלוֹם.  {פ}
8 un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps pour la guerre et un temps pour la paix.
Catégories :Sources juives

La vraie Connaissance de Dieu c’est de l’aimer sans cesse, Moïse Maïmonide


Beaucoup de gens pensent que l’expérience de D-ieu est une affaire réservée à quelques mystiques dans des yéshivot ou des lieux retirés d’où l’on pourrait alors contempler l’Eternel en ayant quitté le temps et les occupations des hommes. Il n’en est absolument rien.

Un de mes amis à Bnei Brak, Jérémie Berrebi, me disait que dans le système du kollel, où les jeunes gens après leur mariage étudient à plein temps pour une longue durée, certains pour diverses raisons s’arrêtaient et, dépités, se retrouvant dans des business n’arrivaient pas à faire le lien avec leurs études antérieures (ceux qui étudient full time toute leur vie jouissent d’un forte consédération sociale dans le milieu haredi). Il me confiait qu’il leur disait : « C’est maintenant que ça commence, c’est maintenant que tu dois pratiquer les enseignements du Sédér Nézikim » (‘les dommages’ une partie du Talmud traitant des dommages et du droit des affaires, des lois relatives aux droits civil et pénal [1]). »

En réalité,  comme nous l’ont enseigné nos maîtres de vive voix, le judaïsme est une sanctification du temps, une prise de conscience et une intelligence de la réalité concrète. Le religieux est celui qui prend conscience par la mistva qui oriente de l’esprit vers D. à chaque instant de la profondeur du monde comme une sorte d’évidence qui l’oblige. La mistsva est toujours concrète et matérielle; sanctification d’une coupe, d’un fruit, d’un légume de la terre…

Peu de gens en ce monde s’intéressent à Dieu. Peut-on le connaitre ? et comment ? C’est ce que cherche à comprendre Maïmonide dans son Guide des égarés (Dalātat al-Ha’irīn en arabe ;  Mōreh ha-Nebūkhim en hébreu) .

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Maïmonide commence son discours sur la « vraie connaissance de Dieu » par une parabole :

J’ouvre mon discours en te présentant la parabole suivante : Le souverain est dans son palais, et ses sujets étaient en partie dans la ville et en partie hors de la ville. De ceux qui étaient dans la ville, les uns tournaient le dos à la demeure du souverain et se dirigeaient d’un autre coté ; les autres se tournaient vers la demeure du souverain et se dirigeaient vers lui, mais jusqu’alors ils n’avaient pas aperçu le mur du palais. De ceux qui s’y portaient, les uns arrivés jusqu’au palais, tournaient autour pour en chercher l’entrée ; les autres étaient entrés et se promenaient dans les vestibules ; d’autres enfin étaient parvenus à entrer dans la cour intérieure du palais et étaient arrivés à l’endroit où se trouvait le roi, c’est-à-dire la demeure du souverain. Ceux-ci, toutefois, quoique arrivés en cette demeure à entrer dans cette demeure ne pouvaient ni voir le souverain, ni lui parler ; mais après avoir pénétré dans l’intérieur de la demeure, ils avaient encore à faire d’autres démarches indispensables, et alors seulement ils pouvaient se présenter devant le souverain et lui parler. »

Puis il raconte que ceux qui étaient « en dehors de la ville » sont ceux qui n’ont aucune croyance religieuse ni spéculative ni traditionnelle. Lire la suite…

L’Origine de la barbarie, Maïmonide

26 décembre 2016 1 commentaire

L’origine de la violence

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Statut de Maimonide à Cordoue

En matière de barbarie Maïmonide en connaissait un rayon. Toute sa vie est une fuite face à la persécution. On peut dire que Maïmonide est le premier juif caché, ce que seront les marranes des siècles suivants. Il naît à Cordoue sous la dynastie tolérante des Almoravides en 1138 mais à 13 ans sa famille doit fuir vers Fès où se trouve le fief des Almohades, l’Etat islamique de l’époque qui a envahi Cordoue, des fanatiques qui imposent la conversion à l’Islam ou la mort violente par décapitation. Maimonide fuit à Fès… le siège des Almohades ! y devient professeur à l’université d’Al Quaraouiyine, probablement imam, juif caché. Comment le sait-on ? Simplement parce que quelques années plus tard, au Caire, Maimonide sera accusé d’apostasie de l’Islam devant un tribunal islamique (Source : Haïm Harboun, Maïmonide pourquoi l’Egypte ?). Ce qui lui vaut la dénonciation des médecins égyptiens et…. de membres de la communauté juive qui l’accusent de vivre en conversos. Maïmonide s’en tirera.
Reconnu comme l’un des plus célèbres herboristes et phytothérapeutes de l’époque, il devient médecin de la cour des Fatimides à Fostat (Le Caire de l’époque), médecin attitré du secrétaire de Salah El Din (Saladin), le  vizir Al-Fadhil puis du sultan Salah-Al-Din.
Dans son Guide des égarés le Rambam, un des plus grands esprits de tous les temps, s’interroge, sans animosité quand on connait son histoire personnelle, sur l’origine de la barbarie. Il écrit (en arabe avec des lettres hébraïques car les juifs ne devaient pas utiliser la langue du Coran) :

Ces grands maux que les hommes s’infligent les uns aux autres, à cause des tendances, des passions, des opinions et des croyances, découlent tous d’une privation ; car ils résultent de l’ignorance, c’est-à-dire de la privation de la science. De même que l’aveugle, à cause de l’absence de vue, ne cesse de se heurter, de se blesser et de blesser aussi les autres, quand il n’a personne pour le conduire dans le chemin, de même les partis d’entre les hommes, chacun selon la mesure de son ignorance, s’infligent à eux-mêmes et aux autres des maux qui pèsent durement sur les individus de l’espèce (humaine). S’ils possédaient la science qui est à la forme humaine ce que la faculté visuelle est à l’œil, ils seraient empêchés de se faire aucun mal à eux-mêmes et aux autres car la connaissance de la vérité fait cesser l’inimitié et la haine »

Plus loin Maïmonide relisant Isaïe (11, 6-8) et sa prophétie de l’agneau vivant en paix avec le loup et le léopard avec la chèvre aux temps messianiques indique que le sujet même de la vraie connaissance est D-ieu lui-même. Lire la suite…

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