Hag Souccot Sameah ! Joyeuse fête des cabanes !

MARAVINTE, le juif qui portait un nom d’ange

MARAVINTE, (MARAVENTE, MARAVENT…)

Une dame sur Internet m’a demandé ce que signifiait son nom… Et j’ai une histoire magique pour vous… Une très bonne introduction à Souccot la fête des 70 Nations qui arrive ce dimanche.

Nous autres juifs portons des valises depuis 3 millénaires pour féconder ce monde, des valises qui sont… dans notre tête.

Maravinte (c’est son nom) est un nom juif qui exprime merveilleusement les contorsions sémantiques et probablement psychiques qu’ont opérés les juifs pour s’adapter aux univers linguistiques où ils sont passés. En voici l’histoire improbable.

MARAVINTE est un nom juif qui signifie « Merveilleux » en portugais (de maravilhoso).

Je pense que ça vient de la Torah :

« L’ange de l’Eternel lui répondit : Pourquoi demandes-tu mon nom ? Il est merveilleux (Pelii) » (Juge 13, 18)

voir ici : http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0713.htm

C’est probablement le nom d’un marrane à qui on a demandé de donner son nom et qui a répondu ceci en réminiscence ou par plaisanterie religieuse (une manière de cacher sa judéité dans son nom pour qui connait la Torah, le référentiel restant l’hébreu).

Ensuite ce nom donné au Portugal à des juifs venant potentiellement des provinces espagnoles a dérivé car entre la période de 1391-émeutes de Séville et jusqu’en 1492-expulsion d’Espagne… beaucoup de juifs émigrent d’abord au Portugal d’où il ne devront partir ou se convertir au christianisme qu’en 1497. Aura alors lieu le départ vers la Turquie, l’Inde…

Il apparaît en Catalogne sous la forme MARAVENT :

en Turquie à Istanbul sous les formes MARAVENTE et MARAVINTE :

L’une d’elle apparaît à Istanbul :

Source : https://www.myheritage.fr/names/eugenie_maravente

Les prénoms comme « Elsa » sa soeur,

… et le noms de sa mère : « DE ROSALES » indique clairement la diaspora espagnole qui parle Ladino (Rosales c’est chochana en hébreu, la rose).

On retrouve ce nom dans la liste des candidats au retour du gouvernement espagnol, Rosés est une ville au nord de Barcelone en Catalogne à coté de Castello de Empuries qui était une grande ville juive à coté de Gérone :

La plupart des noms en ES ou EZ sont des noms marranes.

Notons que le père est Maky (dit Maurice) « Goldring » (bague en or, ce qui est une manière de dire « nom de mariage ou d’épouse ») un nom en anglais que parlaient les juifs indiens de haute classe au kérala au XIXème siècle… à moins que ce soit du… judéo-malayalam, un vocable « injectant [dans le malayalam-langue du Kérala] du vocabulaire hébreu, tamoul, […] néerlandais et anglais » (source) … les juifs de la péninsule ibérique sont arrivés en 1504 à Cranganore – Etat du Kerala avec les Portugais avant de migrer à Cochin en 1524.

Maurice Goldring s’appelle avant cette maladroite traduction : Rosenberg (« la montagne de la rose » en Yiddish) né en Inde. S’appellait-il, lui- aussi, sous le nom Rosen yiddishisé, CHOCHANA ?…. et serait-il lui aussi un Rosalès tout simplement ?

source

Exemple :

135576   Maravent   Vitali   « Galante, Histoire des Juifs de Turquie »   « Galante, Abraham. Histoire des Juifs de Turquie. Istanbul, Isis, 1940 »   Turkey

On retrouve les MARAVENTE à Alexandrie en Egypte :

135579   Maravente   Joseph   Alexandria Marriage Authorizations 1934-35 (NebiDaniel.org under Documents)   « Alexandria Marriage Authorizations 1934-35, JNUL ARC 4 1815 »   Egypt
135580   Maravente   Leon   Alexandria Marriage Authorizations 1934-35 (NebiDaniel.org under Documents)   « Alexandria Marriage Authorizations 1934-35, JNUL ARC 4 1815 »   Egypt

Source : http://www.nebidaniel.org/documents/mariages1934.pdf

Et bien sûr dans la diaspora séfarade :

135577   Maravent       Sephardim.com archive   Sephardim.com archived version   Sephardic Diaspora
135578   Maravent       Sephardim.com archive   Sephardim.com archived version   Sephardic Diaspora

Voilà comment se constitue une identité unique et magique.

ימים נוראים , Yamim Noraïm, les 10 jours redoutables

Je me reconnais dans ces lignes indépassables de Franz Rosenzweig dans L’Etoile de la Rédemption :

« Les jours redoutables, le jour du Nouvel An et le jour de la Réconciliation (Kippour), placent la rédemption éternelle au sein même du temps. (…) L’éternité est débarrassée de tout éloignement dans l’au-delà ; elle est là réellement désormais, l’individu peut la saisir et l’appréhender, et elle saisit et appréhende l’individu d’une main vigoureuse »

Franz Rosenzweig, L’Étoile de la Rédemption.

Je voudrais vous raconter une histoire.

En septembre 2010, invité par Francine A., une amie spécialiste des récepteurs du cerveau, dont la maman est rescapée du ghetto de Varsovie, je suis arrivé à la synagogue ashkénaze de Montevideo à Kippour pour la prière de Neila.

J’avais un Talit et une Kippa car je me considérais intérieurement comme juif et priais seul en hébreu depuis un an.

Quand je suis entré, toute l’assemblée était occupée à prier de manière intense et quasi tragique. On aurait dit une mer de vagues blanche de taleths sous lesquels s’abritaient ces hommes.

Nous étions là dans ce sanctuaire coupé du temps et de l’histoire et ces hommes en blanc sous les taleth étaient, j’en eu alors la claire perception, mon peuple.

Mon peuple continuait de vivre, malgré les fracas de l’histoire il n’avait pas disparu, il continuait de faire monter sa prière comme un encens du soir vers l’Eternel. Une prière cachée de ceux qui croyaient faire l’histoire.

C’était étrange parce que, depuis mon enfance, je me sens profondément Corse. Nous autres Corses, sommes un peuple, et rien ni personne ne pourra changer à cela.

J’ai souvent fait ce rêve. Il fait nuit, je marche sur le plateau du Cuscione sous la voûte étoilée. C’est un lieu magique entre ciel et terre où courent les chevaux sauvages et où les cieux se reflètent dans l’eau des torrents.  

Plateau du Cuscione

Au loin je distingue un feu. Au fur et à mesure que je m’approche je vois des bergers assis autour. Ces hommes ont des bonnets de fourrure comme autrefois, une couverture sur les épaules. L’un d’eux se lève et m’invite à m’asseoir à ma place autour du feu. Je m’assieds et je me réveille.

En entrant à Montevideo c’était comme si mon rêve s’était réalisé.

Le Cuscione, le soir

Le Chabbat suivant, je suis rentré dans la synagogue au bout de ma rue. Et c’est comme cela que j’ai rejoint la longue marche d’Israël.

Le chofar dit : Éveillez-vous, dormeurs, de votre sommeil et vous, assoupis, de votre torpeur !

Maïmonide, Ya’d Hilkhot teshouva 3, 4
  בְּקוּם לַמִּשְׁפָּט אֱלֹהִים לְהוֹשִׁיעַ כָּל-עַנְוֵי אֶרֶץ D-ieu se lève pour juger, pour sauver tous les humbles (anawei) de la terre. (Ps 76, 10)

« Certains acquièrent le monde futur en une seule heure, et d’autres s’y attellent durant de nombreuses années ! »

Le pouvoir de la techouva est sans limite, une tragique et magnifique histoire, comme le raconte l’histoire d’un « Rabbi » qui avait connu toutes les prostituées du monde dans le traité du Talmud Avoda Zara (17a).

On disait de « Rabbi » Elazar ben Dourdaya qu’il n’y avait pas une prostituée au monde avec laquelle il n’avait eu de relations.

Un jour, il apprit qu’il en existait une dans un port lointain, qui prenait pour salaire toute une bourse de dinars.

Il prit une bourse de dinars et traversa sept fleuves pour arriver jusqu’à elle.

Comme il discutaient ‘l’affaire’, elle dit : « De même que le vent ne revient jamais d’où il est sorti, le repentir d’Elazar ben Dourdaya ne sera jamais accepté ».

Il s’assit entre deux montagnes et deux collines et déclara: « montagnes et collines, intercédez (priez la miséricorde – rakhamim) en ma faveur » . Elles lui dirent: Avant de prier pour ta miséricorde , nous devons prier pour notre miséricorde , ainsi qu’il est écrit : «Car les montagnes peuvent partir et les collines être enlevées» ( Isaïe 54, 10 ). Il déclara: « montagnes et collines, intercédez en ma faveur » . Elles lui dirent: Avant de prier pour ta miséricorde , nous devons prier pour notre miséricorde , ainsi qu’il est écrit : « Car les cieux disparaîtront comme de la fumée, et la terre deviendra vieille comme un vêtement » ( Isaïe 51, 6 ).

Il continua : « Soleil et lune, intercédez pour moi » . Ils lui répondirent: Avant de prier pour ta miséricorde, nous devons prier pour notre miséricorde , car il est écrit: «Alors la lune sera confondue et le soleil honteux» ( Isaïe 24, 23 ).

Il dit: « Étoiles et constellations, priez pour moi » . Elles répondirent: « Avant de prier pour ta miséricorde , nous devons prier pour notre miséricorde » , comme il est dit: «Et toutes les armées du ciel seront couvertes de moisissures» ( Isaïe 34, 4 ).

Alors il conclut : « La chose ne dépend que de moi seul ».

Il plaça sa tête entre ses genoux et éclata en sanglots si violents qu’il rendit l’âme.

Une voix céleste annonça : « Rabbi Elazar ben Dourdaya est destiné à la vie du monde à venir ». Lorsque’il entendit cette histoire Rabbi [Yehuda Ha Nassi] pleura en disant : « Certains acquièrent leur monde futur en une seule heure, et d’autres s’y attellent durant de nombreuses années ! ».

Et Rabbi [Yehuda Ha Nassi] ajouta : « Non seulement les pécheurs repentants sont bien accueillis, mais on va même jusqu’à leur donner le titre de Rabbi ! ».

NB : La Guemara explique la difficulté présentée par cette histoire: Et ici, Elazar ben Durdayya était coupable du péché de relations sexuelles interdites, et pourtant il mourut après s’être repenti. La Guemara répond: Là aussi, puisqu’il était si attaché au péché, dans une mesure qui transcendait la tentation physique qu’il ressentait, c’est semblable à l’hérésie, car c’était devenu comme une forme de culte idolâtrique pour lui.

et la Guemara continue :

 » Rabbi Tanina et Rabbi Yonatan marchaient long de la route lorsqu’ils se trouvèrent à un croisement de chemins : l’ un se dirigeait vers l’entrée d’ un lieu du culte des idoles, et l’autre vers l’entrée d’une maison close. L’un a dit à l’autre: « Allons par le chemin qui mène à l’entrée du lieu de culte des idoles » . Mais comme l’inclination au culte des idoles avait été détruite en eux, l’autre répondit : « Allons par le sentier qui mène à l’entrée de la maison close et maîtrisons notre inclination pour recevoir une récompense » . Quand ils arrivèrent là-bas, ils virent que les prostituées rentraient dans le bâtiment par respect pour les Sages.

Le premier demanda : D’où savais-tu que les prostituées se retireraient devant nous avec embarras? Il lui dit : Il est écrit:  » Puisse la réflexion [ mezimma ] être ta sauvegarde et la raison ta protection! Ainsi tu seras préservé … » ( Proverbes 2, 11 ), (c’est-à-dire que la Torah servira de protection contre l’impudicité). « 

Est omis le verset 16 de Pv 2 qui continue : « Leatsilékha mehisah zara : Tu seras sauvé de la femme étrangère (isha zara comme avoda zara : culte étranger), minakhéria amaréyia ekhélikha du genre aux paroles mielleuses »

La guemara continue :

Les Sages ont dit à Rava: Quelle est la signification de mezimma ? Si nous disons que cela fait référence à la Torah qui vous gardera, comme il est écrit: « Zimma » ( Lévitique 18, 17 ), et nous traduisons ce terme par: Le conseil de [ Atzat ] les pécheurs, démontrant que zimma fait référence au conseil ou à la sagesse, et le terme etza est également écrit à propos de la Torah: «Cela vient aussi du Seigneur des armées: Son conseil est merveilleux [ etza] et sa sagesse est grande » ( Isaïe 28, 29 ), cela est difficile.

La Guemara explique la difficulté: Dans ce cas, le verset aurait dit: Zimma , et non mezimma .

Voici plutôt ce que dit le verset : «De la matière obscène [ midevar zimma ], il veillera sur vous, la Torah vous gardera , c’est-à- dire que le terme discernement est une référence à la Torah.

Chana Tova !

Le ‘Rabbinou’ de Chirac

Quelques pages de mon Livre Des Noces éternelles, un moine à la synagogue paru il y a quelques années. Que la mémoire de cette homme qui a tant fait pour les Juifs soit une bénédiction.

Je débarquais un jour de février 2012, avec mon chapeau ! chez le Grand Rabbin Haïm Korsia en plein Shabbat, il n’était pas encore Grand Rabbin de France. En effet, un de mes amis artiste peintre, Olivier qui habitait Reims m’avait proposé de rencontrer l’ancien rabbin de la ville avec qui il avait sympathisé, le rabbin Korsia qui avait été le collaborateur le plus proche de Joseph Sitruk, Grand Rabbin de France. Il nous accueillit un jour de Shabbat dans son petit appartement des boulevards maréchaux.

Un énorme bouquet de fleur apparut dans l’entrebâillement de la porte. Marie-Pierre s’exclama :

« Oh le beau bouquet !

Chirac apparut hilare derrière les fleurs. Il chantonnait :

– C’est Shabbat, c’est Shabbat ! et déclara affectueusement

– Comment va mon rabbinou ?

L’ancien président même s’il avait perdu certains de ses moyens restait alerte.

– Très bien ! asseyez-vous Monsieur le président.

Chirac salua un des fils de Haïm dont il était le parrain et s’écroula dans le canapé en skaï dans ce salon de 15 mètres carré où une bibliothèque peinait à supporter tous les talmuds estampés de lettres d’or sur leur dos. Nous étions trois hommes sur deux canapés, face à face, les femmes entamaient une discussion passionnée de leur côté.

Je n’avais jamais vu Chirac, il avait exactement les mêmes mimiques qu’aux Guignols de l’info. Il me désigna en parlant à Haïm :

– Lui aussi il est juif !

– On peut le dire comme ça si vous voulez (je ne l’étais pas alors)… répondit Haïm

– Bon, où sont mes bières ?

Stéphanie, l’épouse du Grand Rabbin Korsia, précédait tous ses désirs, elle lui glissa une première bouteille de Corona.

– Ah parfait… Alors c’est Shabbat ? (Comme s’il ne le savait pas !)

Au loin les femmes riaient et parlaient fort.Ah mais c’est un monde ! Elles ne savent pas se taire !

– On ne se tait pas à Shabbat ? demanda Chirac.

– Non on invite plutôt ses amis, répondit Haïm.

– Ah bon ? Alors, taisez-vous mesdames ! Il y a une autre bouteille ?

La bouteille arriva comme par enchantement sur le rebord du canapé.… et… une petite Pizza, peut-être ?

– Oui mais froide, c’est… Shabbat.

–  Ça ira mon rabbinou.

Le vieux président semblait savourer sa bière quand il se réveilla subitement :

– Mais ça pue ! Haïm, tu ne peux pas remettre tes chaussures, non ?

Marie-Pierre parla avec Chirac qui se souvenait très bien de son père député des Yvelines et maintenant décédé, ami de rugby et du Conseil Général de Franck Borotra (Il siégeait à coté de Christine Boutin !). Une lueur s’alluma sur le visage du vieil homme qui avait dirigé la France et demandé pardon pour le Vel d’Hiv : « Ah oui, je me souviens… ». Marie-Pierre s’en souvenait, elle aussi. Elle avait couvert l’évènement. Yvan Levaï l’avait désignée pour cela alors qu’elle était journaliste à France Inter. Elle avait toujours vu dans cette tâche mémorielle une sorte de signe. 

Elkabbach qui avait embauché Marie-Pierre à France 2… Un jour, alors que nous croisions Elkabbach avec Nicole Avril son épouse (dans un restaurant à huitre à Montparnasse !), il m’avait dit : « C’est un peu grâce à moi qu’elle est venu vous voir dans votre monastère ! ». Je lui « devais » ma femme ! Lui, le juif laïc d’Algérie comme Haïm Korsia. Laïc comme Marie-Pierre. Les juifs de la république.

Le vieux président qui avait perdu sa mémoire courte avec l’âge, se souvenait du Vel d’Hiv’, et les juifs, eux, ne l’oublieront jamais. Même si Dieu oubliait, le peuple juif, lui, n’oublie pas.

Journées européennes du patrimoine : Mémoires juives de Corse

Dimanche j’ai parlé des juifs de Corse à la Mairie de Nancy, aux Journées européennes du patrimoine, j’étais accueilli par la communauté juive et la ville. C’est sans doute la meilleure synthèse de mes recherches.

Les clés des marranes

Quand j’étais enfant je montais dans le grenier de ma grand-mère qui donnait sur les toits de Bastia. En bas il y avait l’unique synagogue de Corse la Beth Knesset Rabbi Meïr. Je lui demandais quelles maisons ouvraient ces clés et elle ne répondait pas.

Et un jour je suis allé à Istanbul et là j’ai compris que dans toute la diaspora séfarade nous avions tous les mêmes. C’était celles des maisons que nous avions quittées cinq siècles auparavant à Sefarad (Espagne).

Les clefs étaient une protection contre l’amnésie, pour ne pas oublier notre vraie ‘maison’.

Maintenant je m’appelle Meïr. A cause de la lumière argentée sur la mer et des clés qu’elle m’a transmises.

ברוך המזכיר את הנשכחות

Béni est celui qui remémore les « oublis »

Voir à partir de 2 min le témoignage de Shifra

Beth Knesset Meïr, Bastia

Mon amie Shifra Svironi-jacquet qui parle de la Beth Knesset Meïr à Bastia avec William Zerbib et de l’hébreu (elle a aussi écrit la méthode Assimil hébraïque) dans sa nouvelle méthode de « Partqieu de l’hébreu » (L’asiathèque 2019).
CHABBAT CHALOM

Une belle captive et un fils rebelle (Ki-Tetsé)

Je reprends ici deux interprétations du début de la paracha, l’une du Rav Harboun : « La belle captive » et l’autre de mon ami Jacob Ouanounou : « Le fils rebelle ». La paracha est bien sur beaucoup plus riche que ces deux points d’entrée.

La belle captive

La sidra Ki-tetsé commence ainsi : Ki Tétsé lamiléama, quand tu partiras en guerre. Pourquoi : quand « TU » ? ». Pourquoi pas Ki-Tétséou : quand VOUS partirez à la guerre ? A-t-on déjà vu un homme partir seul à la guerre ?

Cette formulation a interpellé nos Sages qui ont compris cette guerre comme une guerre très particulière, celle contre le monde des pulsions intérieures. En effet nos pulsions nous entrainent souvent bien loin d’où nous aurions voulu aller. Elles semblent parfois irrépressibles. Quand le monde de ses pulsions domine un individu c’est la définition même de l’addiction.

La guerre dont il est parlé ici selon une première explication est donc celle contre un ennemi qu’on doit vaincre pour rester maître chez soi. Cet ennemi à maîtriser ce sont les pulsions égoïstes qui nous dominent : le sexe, l’argent, le pouvoir…. Le Yotser hara désigne non pas le « mauvais » penchant comme certains traduisent –avez- vous déjà vu quelqu’un « pencher » du mauvais côté et tomber ? mais plutôt nos pulsions profondes sans limites, nos appétits incontrôlés.

Une autre explication de nos sages dit qu’il s’agit d’une guerre bien réelle. La première réaction de l’homme en guerre, c’est la peur de perdre sa vie. Fragilisé dans le cœur de ce qui fait l’estime de soi, cet homme, en réaction, va vouloir vivre à tout prix. « Mangeons et buvons car demain nous mourrons » (Is 22, 13) devient sa devise comme l’expliquent nos Sages[1].

Quoi qu’il en soit de l’une ou l’autre explication la mort est au bout de la vie limitée de tout être humain, une durée et une prise de conscience que la guerre exacerbe ; et ce savoir affecte notre manière de nous comprendre et de vivre les instants successifs du temps qui passe qui sont toujours les derniers… Notre désir de vivre est déterminé par la possibilité de son extinction. Et notre Sidra raconte le cheminement du désir et ses conséquences à travers trois épisodes qui semblent séparés mais sont en fait liés :

  • La belle captive
  • La femme dédaignée
  • Le fils rebelle

Explication.

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