Hier j’ai revu Cyrille Putman. On s’était perdus de vue il y a 20 ans. Inchangé. Comme toujours avec les amis la conversation a repris comme si on s’était vus la veille.
Il vient d’écrire un très bon livre tordant ! à lire immédiatement :
Couverture de Jean-Charles de Castelbajac ! (Attention, c’est là que commence le name dropping !)
J’ai rencontré Cyrille en 1992 dans des circonstances improbables.
Cyrille fils d’Andrée Putman et Almine de Froment (aujourd’hui épouse Picasso) fille de Georges Rech avaient ouvert un des lieux « d’art contemporain » comme on disait à l’époque, les plus en pointe. A Paris, dans le Marais, rue Charlot.
Ils avaient découvert l’artiste français Fabrice Hyber : Le passionné du vert et de la biologie; l’américain James Turell et son « roden crater » dans le désert d’Arizona : ancien pilote chargé de missions secrètes pour la CIA Turell creusait une série de chambres et de tunnels dans un volcan et les trous dans cette mine donnaient sur la lumière du soleil et des étoiles; John McCracken un californien qui ressemblait à Clint Eastwood, le chinois Huang Yong Ping… tous promis à un brillant avenir.

Didier Long, Fabrice Hyber, Gernot Distler, Claudio Faiola (Stresa), devant le dessin préparatoire de « L’Artère » de Fabrice Hyber, une sculpture en céramique à la mémoire des victimes du sida et en hommage à ceux qui se consacrent à la lutte contre l’épidémie.
Après « le plus gros savon du monde » et un tableau monochrome d’ 1m2 de rouge à lèvres, Fabrice avait créé un ballon carré… le genre de truc à ne pas louper !
Moi, pendant ce temps j’étais dans mon monastère où il faisait – 28 degré en 1985 et me levais à 2h du matin pour dire les psaumes… j’avais déjà passé 8 ans à faire de « l’art sacré »… dans un ambiance plutôt austère donc, à l’Abbaye de la Pierre Qui Vire.
J’étais passé à la Biennale de Venise en Architecture pour mon « Tympan de la création« , 4 tonnes de béton, de fresque, de céramique, de granit et de cuivre, qui s’est révélé… une maguen David ! Où diable allait-il chercher tout ça ?

Un jour, épuisé de « chi..r du marbre », je décidais de bruler toute mes peintures ‘sacrées’ qui me semblaient de bonnes vieilles idoles à la papa et me réorientais vers un matériau légèrement moins noble et aussi plus difficile à adorer… de simples bidons en plastique.
Le bidon, objet transitoire me semblait une bonne parabole du corps humain et de son intériorité. Une fois vidé de son contenu plus personne ne s’intéressait à lui et hop ! direction la poubelle. Une parabole des humains. Les bidons rentraient dans le clôture du monastère, cet espace fermé ou vivent les moines et en ressortaient, ce qui n’allait pas tarder à m’arriver !
Par exemple, voici : « Vision intérieure » à la galerie en mai 1994.

La personne voit un trou de serrure sur le bidon, elle s’approche et forcément colle son oeil, forcément un peu voyeure et coupable.
Et là elle se demande ce qu’est ce spectacle sur cette petite télévision d’enfant dans le bidon… tiens ça bouge ! En fait c’est un périscope à l’envers et l’image ce sont ses pieds…
J’avais créé pleins d’autres rébus bidons comme ça… voir ici
Les moines adoraient. On laissé une vielle maison abandonnée pour cela aux carreaux cassés, c’est devenu mon atelier .
Un jour on avait offert une caméra au monastère, sur le conseil de mon frère jumeau j’ai fait une petite vidéo de mes bidons et l’ai envoyée à quelques galeries de son choix avec un petit mot : « Ne pouvant venir, enfermé dans un monastères, etc… »
C’était trop mystérieux. Cyrille et Almine ont débarqué au monastère un semaine plus tard. Et ils ont flashé sur mes bidons. En sortant de l’atelier, il neigeait. J’étais devenu un artiste de la galerie !
Il faut dire que le papa de Cyrille et Andrée de vénérée mémoire était un copain de Barm Van Velde découvert dans la rue, de Samuel Becket et d’autres créateurs un peu intransigeants. Alors ils ont décidé de faire une exposition « frère marc ».


Le soir du vernissage je suis venu du monastère. Malcom McLaren le manager des Sex pistols, Vivienne Westwood, Pierre Cornette de Saint Cyr et tout le ghetto du gotha artistique se pressait autour de Cyrille et Almine. Andrée aussi bien sûr, qui avait passé son enfance dans le cloitre de l’Abbaye de Fontenay.
Moi J’étais sorti de ma clôture , une sorte de E.T. débarqué de sa planète, une clôture monacale dans la forêt du Morvan ! signe certain d’une profonde intériorité, tout comme mes bidons.
Éventhia Senderens dont le mari Alain était alors « le chef de Luca Carton » m’avait on dit, sans que je comprenne vraiment ce que cela voulait dire, a acheté « Vision intérieure ». On a vendu 8 pièces le soir du vernissage, juste avant le crack du marché de l’art contemporain ! c’était énorme.
Andrée est partie en 2013.

Andrée Putman et mon fils en juin 1999.
J’ai retrouvé Grégory Salinger, le fils de Pierre, le conseiller des Kennedy, et pote de Cyrille à New York ou ils ont vécu avec Basquiat et Keith Haring chez mon amie Diane Segalen.
Moi je me suis remis à la peinture à l’occasion d’un post trauma de guerre. Je peins les gens que j’aime.

C’est grâce à Cyrille en 2005 aussi que j’ai écrit mon premier livre « Défense à Dieu d’entrer », il y a tout un chapitre sur lui et il y en a aussi un sur Fabrice et moi dans son livre : « Premières pressions à froid », chapitre « l’Art de rien ». Lisez c’est sa vie, c’est dingue.
Imperturbable, Cyrille a ouvert une nouvelle galerie à visiter sur Instagram, à Arles !
C’est ainsi que j’ai essayé de créer à l’époque un art non idolâtrique. Grâce à Cyrille et aussi Andrée.
Bref un truc un peu juif. La vie est passée par là et tout s’en va.
Gam zou Letova (Tout est pour le bien)

Ca c’est « idole païenne », une chambre à air de camion qui se gonfle et se dégonfle !
Cops are Coming ! – courtesy coll. particulière Cyrille Putman,( quand on tire la poignée au lieu d’être touché par balle une sirèle de police retenti dans la galerie)
HIV 2, (un ballon de baudruche danse dans un cône d’air au milieu des clous sans exploser)
Bidon Vuitton, 2010














































