« L’empreinte d’un geste ». Crypto-judaïsme en Corse. Didier Meïr Long. Musée d’Art et d’histoire du Judaïsme.

Ce matin, jour de la Hiloula de Rabbi Méïr j’ai vécu un très beau moment au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. Céline Masson, psychanalyste avec Georges Perla, metteur en scène et conteur ont créé L’empreinte d’un Geste. Un Pilpoul à 3 temps.

On y a parlé des gestes dans les familles converties ou crypto-juives. La mérouza, le loulav… Il y a eu de très belles interventions, dont celles de la psychanalyste Gorana Bulat Manenti; … et des chercheurs : Cyril Aslanov (Linguiste, Université Hébraïque de Jérusalem) -> à écouter sur cette vidéo ; Joëlle Allouche-Benayoun, sociologue ; Cyril Aslanov, linguiste ; Isabelle de Mecquenem, philosophe ; Francine Kaufmann, traductologue ; Andrée Lerousseau, germaniste ; Regine Waintrater, psychanalyste.

J’ai parlé des juifs des crypto-juifs de Corse. … et des gestes du crypto judaïsme.

Mékoudéchet !

En cet anniversaire de notre Kiddouchine quelques photos de celles et ceux qui nous ont accompagnés jusqu’à cet instant du 13 mai, veille de l’anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. Que soient bénis les Rabbanim Harboun et Korsia, tous deux Haïm !

La médecine de Maïmonide, quand l’esprit guérit le corps

Ariel Toldéano, La médecine de Maïmonide, quand l’esprit guérit le corps, in Press 2018.

Le sommet de la sainteté : prendre soin d’autrui

Ce chabbat nous avons lu la Paracha Quédochim :

Quédochim Tiyou : « Soyez saints… comme moi je suis Saint ».

J’ai entendu cet enseignement ce Chabbat de mon ami Jacob Ouanounou qui lui-même parlait à la suite de son maître de l’ENIO Emanuel Lévinas :

On peut se demander quel est ce commandement qui nous demande d’êtres Saints c’est à dire « séparés » comme Dieu est séparé de notre condition et de notre monde profane, comment être « comme D-ieu » en une sorte de  » miroir » ? Quadosh comme le « méqoudechet » que dit le Hattan (fiancé) à la Kala lors du mariage signifie « particulariser », et particulariser dans un but, pour un usage. Israël est la kallah de l’Eternel, des gens un peu « particuliers » donc, pour Lui. Comme nos actions doivent être pour Lui. Mais comment faire ?

Jean Cocteau accompagnent écrivait : « Le verbe aimer est difficile à conjuguer… Son passé n’est pas simple… Son présent n’est qu’indicatif… Et son futur est toujours au conditionnel. » Comment, alorsaimer D-ieu, ce qui est la première injonction du Chema. Et rappelait notre ami Jacob, En hébreu l’impératif et le futur sont le même temps.

S’agit-il d’être meilleur ou exalté ou consumé de l’amour de D-ieu jusqu’à son dernier nerf ? D’envisager le ciel en oubliant le sol partout et jusqu’au dernier souffle ? De poser deux paires de téfilines, trois ? ? ? De s’enfermer dans un monastère au désert ou une yechiva dans un monde oublié jusqu’à ce que mort s’ensuive ? Avec une poignée d’élus ?

Quédochim à la suite de cet ordre ne nous donne aucune indication sur la sainteté de l’Eternel mais nous donne simplement 51 des 613 mitsvoth[1], des injonctions très concrètes qui nous demandent de ne pas garder de haine dans son coeur, de protéger la vie d’autrui, de na pas couper l’angle de sa moisson pour la laisser au pauvre ou de payer l’ouvrier aprés le coucher du soleil… on n’est pas loin de la Phénoménologie de l’Esprit ou d’un discours programmatique sur les « voies de la Providence ». Ces injonctiosn se finissent par, « car je suis l’Eternel » et consistent en des obligations envers le prochain ; à commencer par : Veahavta lereakha kamokha qu’il faut traduire non pas par « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » mais par « Tu aimeras ton prochain car il est comme toi-même » et donc a les mêmes droits que toi, un appel à la justice d’abord donc :  » ton prochain a autant que toi le droit de vivre « . Une sentence qui résume toute la Torah si l’on en croit le Rabbi Hillel. Les versets « Tu aimeras ton prochain comme toi-même, Je suis l’Éternel » (Lv 19, 18) et « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu » (Dt 6, 5) ont d’ailleurs la même valeur numérique ! 

Et, c’est dans cette paracha Quédochim nous explique le docteur Ariel Toledano, qui vient d’écrire La médecine de Maïmonide, quand l’esprit guérit le corps, que le Rambam va trouver le fondement de son activité de Médecin.

« Ne sois pas indifférent au danger de ton prochain : je suis l’Éternel. » (Lv 19, 16)

Manuscrit médical hébraïque médiéval, Musée de Gérone

L’obligation de prendre soin de la vie d’autrui

Tout semble avoir été écrit sur Maimonide… sauf sur ce que lui-même considérait comme le sommet de sa pratique… la médecine. Il fallait donc un médecin, un praticien pour comprendre ce savoir de D-ieu en acte.

Si une personne à même de sauver la vie de son prochain ne le fait pas nous dit Maimonide elle enfreint la mitsva :

« Ne sois pas indifférent au danger de ton prochain » (Lv 19, 16)

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Les pierres (even) du Temple de Jérusalem

Ces lignes sont dédiées à Ruthy Selinger, d’origine russe, épouse de Shelomo Selinger qui a 90 ans sculpte encore des pierre de plusieurs tonnes, parents de notre ami Rami aux multiples talents et mérites.

La Techouva qui venait du froid

Si vous allez à Jérusalem rendez-vous au Kotel. Le Kotel, ou Mur Occidental à l’air libre, accordé aux juifs mesure à peine 57 mètres de longueur mais en réalité le mur occidental, ancienne enceinte du Temple mesure 497 mètres. Une rivière longeait ce mur de Jérusalem avant que la ville arabe ne soit construite aprés le reconquête de Jérusalem parSaladin en 1187. Pour voir la suite, rendez-vous dans les fouilles sous le temple qui prolongent le kotel sous la ville arabe. Et là vous comprendre ce que cela signifie se rendre là où « Adam fut créé » et aussi ce que signifie la techouva.

Arrivé à la moitié du tunnel, on arrive à un endroit faisant directement face au Kodesh Ha’Kodashim, le Saint des saints. Là, vous verrez des femmes qui prient avec ferveur. Ce sont des harédites russes, les mains agrippées à leur Sidour.

Parfois l’une d’elles se blottit dans un recoin du rocher comme l’a fait Moïse, l’anaw-l’Humble de mémoire bénie. Dans le silence où l’on n’entend que les gouttes qui ruissellent et tombent du ciel et parfois ce sanglot étouffé. Ce cri de l’âme russe qui monte vers D. vous pénètre au fond de l’âme.

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Bamidbar, « dans le désert » : Reviens vers ta terre !

Cette méditation est dédiée à Benjamin de la tribu de Lévi nouveau Bar Mitsva d’Israël ; et à mon ami Antoine Leschi, berger en Corse dans le Niolu depuis 30 ans, fils du Peuple Corse et de celui d’Israël.


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Yéroushalaïm Harédim

Kotel
Motsé Chabbat
Kotel, fouilles
Méa Chéarim

La communauté harédite (« Craignants-Dieu ») est souvent vue comme un seul bloc noir coupé de la société moderne israélienne pour les non-initiés.

En réalité elle est multiple, composée de 40% de hassidim, 30% des lituaniens et 30% des sefardim. Chacune de ces micro sociétés à ses codes et ses minhaguim (coutumes) alimentaires vestimentaires, sociales.

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Jérusalem : « Qu’ils soient heureux ceux qui t’aiment ! »

Chabbat Chalom de Jérusalem ! Bar Mitsvah de Benjamin Lévi.


 » Maintenant nos pas s’arrêtent devant tes portails, ô Jérusalem,

Jérusalem bâtie comme une ville ou tout ne fait qu’UN !

C’est là que montent les tribus, les tribus de l’Eternel, selon la charte d’Israël, pour célébrer le Nom de l’Omniprésent.

Car c’est là que sont établis les sièges de la justice, les sièges pour la famille de David.

Appelez la paix sur Jérusalem: « Qu’ils soient heureux ceux qui t’aiment! »

Que la paix règne dans tes murs, la sécurité dans tes palais!

Pour mes frères et mes amis, je te souhaite tous mes vœux de bonheur. »

(Tehillim 122)

Haggadah de Pessah en Californie

וְהִיא שֶׁעָמְדָה לַאֲבוֹתֵינוּ וְלָנוּ
שֶׁלֹּא אֶחָד בִּלְבָד עָמַד עָלֵינוּ לְכַלּוֹתֵנוּ
אֶלָּא שֶׁבְּכָל דּוֹר וָדוֹר עוֹמְדִים עָלֵינוּ לְכַלּוֹתֵנוּ
וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַצִּילֵנוּ מִיָּדָם

Lori Gilbert Kaye ZAL est partie aujourd’hui en voulant sauver la vie du rabbin Mendel Goldstein… Elle laisse derrière elle un mari dévasté et une fille de 22 ans. Elle a réalisé le Kiddouch Achem.

Le rabbin Mendel Goldstein a appelé à la paix alors qu’il avait deux doigts sectionnés par une rafale de pistolet automatique pendant la deracha. Il a dit :

 » Nous sommes forts. Nous sommes unis. Ils ne peuvent pas nous briser. »

La petite Noya Dahan, 8 ans, a demandé que sa photo soit partagée pour que tout le monde sache qu’elle est forte. Elle a quitté avec sa famille la ville israélienne de Sderot pour échapper au terrorisme et aux attaques constantes perpétrées contre leur communauté. Elle est sauvée.
Along Peretz, l’oncle de Noya, âgé de 32 ans, venu de Sderot pour rendre visite à sa famille pour les vacances de la Pâque a lui aussi pris une balle. Il a été blessé pour la protéger.Il est sauvé.
J.E., âgé de 19 ans, a fait irruption et a déclaré: ‘F * ck les juifs ‘. que son nom soit effacé.
AM ISRAEL E’HAD, AM ISRAEL HAÏ

Le brûlement du Talmud à Paris en 1242

Un rabbin a suggéré que l’incendie de la cathédrale de Paris pouvait être la réponse divine aux 24 chariots de Talmud brûlés sur la place de Grève en 1242. L’idée que D-ieu joue avec des allumettes la veille de Pessah semble quand même improbable. Mais surtout les incendies de toiture d’églises sont banals au Moyen-âge: la cathédrale de Chartres a brûlé deux fois avant son inauguration; les Annales de saint Nicaise rapportent qu’en 1210 « l’église de Reims a brûlé en la fête de Saint Jean, devant la Porte latine », et on a du tout reconstruire, un nouvel incendie en 1481 détruit la charpente : une négligence des ouvriers a mis le feu dans les combles , Reims le 06 mai 1210, etc…. Mais revenons sur le « brûlement du Talmud », que s’est il réellement passé à l’époque ?

Être juif à Paris en 1240

En 1240 on est à l’apogée du Gothique[1]. Les portails de la cathédrale de Chartres viennent d’être terminés. A Paris, les arcs boutants à simple volée, une prouesse technique ! poussent depuis 10 ans les voûtes de Notre-Dame vers le ciel. Les beffrois sont réalisés depuis 10 ans. Grace à Louis IX, alias « Saint Louis », grâce à l’Université de Paris, Paris est le coeur intellectuel de la chrétienté du XIIIe siècle. L’an dernier, le roi acheté pour une somme considérable, la supposée couronne d’épines de la passion de Jésus à des marchands vénitiens.
Vers 1240-1241, le théologien allemand Albert le Grand est à Paris, il y enseigne les traductions des textes grecs et arabes et commence à travailler sur Aristote et Avérroès. Il décrit la Synagogue comme une femme aux yeux bandés. Son futur disciple, Thomas d’Aquin, l’ami théologien de Louis IX qui tentera bientôt de concilier la pensée d’Aristote et la foi chrétienne, à la suite de Moïse Maïmonide pour le judaïsme (qu’il appellera avec admiration »l’aigle de la Synagogue »), n’a encore que 16 ans, il est oblat bénédictin au Mont Cassin. en 1240 Juda al-Harizi vient de terminer la traduction latine du Guide des égarés que vont lire les scolastiques dont Thomas d’Aquin. Les tossafistes, la génération de disciples de Isaac ben Samuel l’ancien lui même disciple de Rabbenou Tam commentent Rachi en Champagne, en Allemagne, en Hongrie. En Espagne Moïse de Léon le rédacteur ou compilateur du Zoharver 1270 vient de naître à
Guadalajara. Le « Sefer Hassidim » de Juda le Hassid (Yehoudah ben Chemouel hê-’Hassid), somme des idées et traditions est le manuel piétiste des hassidim (pieux)
aschkénazim (allemands).

Les juifs circulent beaucoup dans entre les communautés de Bohème, d’Allemagne, de France et d’Espagne. Il n’est pas rare que ces tossafistes soient des convertis au judaisme comme Samson ben Abraham (le RASH) de Sens (1150-1230) ou Isaac ben Abraham le Jeune, son frère, rosh yechiva à Dampierre. Les écrits des tossafistes entre 1150 et 1250 définissent comment établir des relations avec les chrétiens. Les rabbins polémiquent contre l’adoration des images de la mère de Jésus et du crucifix, une idolâtrie.

Mais en ces années 40 du XIIIème siècle les juifs qui vivent dans les quartiers au pied de ces cathédrales rasent les murs…

Meïr ben Baroukh de Rothenburg (v. 1215 – 2 mai 1293) surnommé le Maharam (Morenou HaRav Meïr) et considéré comme le plus grand talmudiste de son époque est de passage à Paris pour assister à une disputatio entre juifs et chrétiens sur le Talmud. Il vient soutenir son ami Yehiel de Paris en mauvaise posture dans ce débat contre un de ses anciens étudiants chassé de sa yéchiva et devenu depuis franciscain qui veut en découdre. Le roi sera là. Un autre rabbin Tossafiste l’accompagne : Moïse ben Jacob de Coucy  qui a ramené des milliers de Juifs d’Espagne à le techouva (repentir).

Promenons nous avec eux dans les rues de Paris de l’époque.


Disputation entre clercs et rabbins.
Gravure sur bois de Johannes von Armsheim – 1483
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CATHÉDRALE DE PARIS, post à une amie catholique

Le mot que j’ai laissé à une amie catholique suite à l’incendie de la Cathédrale de Paris :

De quelques principes constructifs médiévaux

La cathédrale n’a pas grand chose à craindre car les médiévaux savaient mieux que nous la puissance du feu (les maisons autour étaient en bois). On commence seulement à comprendre la complexité des structures gothiques et leurs principes d’interactions de forces pour faire « tenir des pierres en l’air » grâce au calcul par éléments finis.
Cet édifice rompt avec l’époque romane et son principe constructif de murs-poids et d’épaisses colonnes qui ne permettent pas de voir la lumière extérieure (petites ouvertures dans le mur). Le Gothique ce ne n’est pas seulement les « arcs boutants » mais un maîtrise mathématique des forces à l’intérieur de la matière .

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