Salon du livre de la LICRA


Haïm Harboun -« Le rabbin aux mille vies »et Didier Long « Mémoires juives de Corse » au Salon du livre de la LICRA dimanche 21 mai 15-19 h 00 mairie du 5éme.

 

Catégories :Témoignage

Le cédrat : un parfum spirituel, fragrances corses dans le monde juif


Conférence de Didier Meïr LONG à la WIZO (Women’s International Zionist Organization) sur la « Mémoire transgénérationnelle juive; et en Corse en particulier »- introduction, le 14 mai 2017.

Comment parler d’une odeur ? Celle trés particulière du cédrat ? J’ai fait sentir le parfum de fleur de cédrat aux gens de ma conférence de la WIZO.

Parfum copie

Parfums spirituels : l’odeur du cédrat du jardin d’Eden


Pour Soukkot, à la synagogue, nous tournons autour des rouleaux de la Torah en élevant vers les quatre directions le loulav un bouquet de saule, de myrte et d’olivier et un cédrat de l’année, comme les lévites tournaient autour de l’autel des offrandes du Temple avec des branches de saule dressées[1].

cap-corse-Cédrat

La première fois où j’ai fait cela j’ai respiré le cédrat… ce parfum m’a envahi l’âme et m’a bouleversé, je ne savais pas pourquoi et je me suis mis à pleurer. Cette odeur était gravée au fond de moi. Je repensais au cédrat que ma grand-mère m’envoyait de Bastia à chaque automne. Sa fragrance citronnée m’a fait sortir de l’amnésie et c’est tout un monde qui est revenu en moi, je retrouvais la mémoire, la temps perdu et retrouvé. C’est comme ça que je suis redevenu juif grâce à ce parfum. J’avais retrouvé grâce à mes sens ma mémoire psychique transgénérationnelle.

Souccot-Loulav

Et du fond de mon cœur est monté un seul mot : Toda rabba Eloaï, comme on ditr le matin quand on se réveille et qu’on sort de la mort du sommeil Rabba Emounatera ! Merci mon D-ieu, Grande est ta emouna (foi, confiance) !

Des traditions rabbiniques rapportent que le cédrat était le fruit défendu du Jardin d’Eden. On le nommait au Moyen-Age en Allemagne l’Adamsapfel, la pomme d’Adam. Le cédrat pour un juif est le symbole de celui qui étudie fait de bonnes actions. Quand on est un peu perdu ou cabossé, respirer l’amour qu’on a reçu enfant fait tant de bien à l’âme.

Hier je suis passé devant un magasin Guerlain. Je suis rentré et j’ai acheté cette eau de fleur de cédrats. Elle a été créée en 1920. Je l’ai offerte à la petite fille pour qu’elle n’oublie pas.

eau de fleur de cédrat

J’ai découvert qu’à l’Hôpital de Garches, spécialisé dans les grands accidentés, un dame, Patty Canac, spécialiste des parfums réveille les amnésiques après de graves trauma en leur faisant respirer des odeurs pour les aider à retrouver une partie de leur mémoire enfouie. L’odorat, celui du bébé, est le premier sens se mettre en route.

Lisez les articles sur ce qu’elle fait, ses livres, c’est très beau.

http://www.olfarom.com/medias/pdf/express_27-09-2004.pdf 

http://www.olfarom.com/patty-canac.php

En ce printemps, retrouvez le chemin des fragrances, c’est une thérapie douce et efficace. Prenez le chemin de l’enfance spirituelle. La nature a tant à nous apprendre sur notre âme.

 

[1] Ces prières chantées demandent une année de pluies abondantes, Souccot est une antique fête de l’engrangement des récoltes. Le psaume 118 est au cœur de la liturgie juive de la fête on tourne autour du rouleau de la Torah avec le loulav, en chantant les hosanot : « Hochiana – de grâce, exauce-nous! ».

 

Catégories :spiritualité

Parfums spirituels : Alta Rocca – Corse, là où pousse l’immortelle – a muredda


L’odorat est le sens le plus spirituel dit le judaïsme. Un extrait de mon livre Des Noces éternelles, un moine à la synagogue :

 » Je viens par mes ancêtres de cette montagne que décrit Prosper Mérimée aux premières lignes  de Mateo Falcone :

« En sortant de Porto-Vecchio et se dirigeant au nord-ouest, vers l’intérieur de l’île, on voit le terrain s’élever assez rapidement, et après trois heures de marche par des sentiers tortueux, obstinés par de gros quartiers de rocs, et quelquefois coupés par des ravins, on se trouve sur le bord d’un maquis très étendu. Le maquis est la patrie des bergers corses et de quiconque s’est brouillé avec la justice. […] Si vous avez tué un homme, allez dans le maquis de Porto-Vecchio, et vous y vivrez en sûreté, avec un bon fusil, de la poudre et des balles, n’oubliez pas un manteau bien garni d’un capuchon, qui sert de couverture et de matelas. Les bergers vous donnent du lait, du fromage et des châtaignes, et vous n’aurez rien à craindre de la justice ou des parents du mort, si ce n’est quand il vous faudra descendre à la ville pour y renouveler vos munitions. ».

Mérimée décrit parfaitement cette ambiance de l’extrême sud de la Corse, l’Au-delà des Monts, et le plateau de l’Alta Rocca perdu dans les montagnes à mille mètres au-dessus de la baie de Porto-Vecchio où serpente le chemin de mare a mare, qui rejoint les côtes est et  ouest de l’île. Le maquis inextricable y exhale le myrte, et l’arbousier. Napoléon, exilé à Sainte-Hélène, disait qu’il reconnaîtrait la Corse les yeux fermés, à son parfum, et il ajoutait: «Tout y était meilleur et plus beau qu’ailleurs». Çà et là un olivier ou un chêne liège offrent leur ombre à basse altitude mais au fur et à mesure que l’on s’élève parmi les rocs de granit ils laissent la place aux pins laricciu, de grands résineux de cinquante mètres de haut dont les canopées se rejoignent pour former un plafond végétal, là-haut, comme dans une cathédrale. On pénètre dans cette forêt de colonnes d’arbres comme dans un temple végétal. Le soleil qui traverse çà et là illumine un tapis de fougères vert tendre éparses parcouru  parfois de ruisseaux d’eau claire qui rebondissant entre des moellons de granit recouverts de lichens. Les cochons corses, agressifs avec un poil noir de sangliers, les ânes et des vaches ombrageuses vivent là en toute liberté. On y trouve aussi des chevaux et des troupeaux de chèvres enclos.

Ce plateau est la patrie des plantes et des odeurs comme autant de souvenirs et d’émotions : la menthe aquatique épicée aux fleurs mauve lavande ; la menthe pouliot aux notes citronnées, vert tendre aux feuilles velues et aux fleurs roses. Mais surtout les tapis vert pomme de Mentha requienii, une menthe endémique de Corse au parfum mentholé et poivré aux toutes petites feuilles vert pomme parsemée de minuscules fleurs lavande rosée et, bien sûr l’Herba Iatim dont l’odeur caractéristique dégage les sinus comme du poivre…, le même marqueur olfactif que l’herbe à chat, quand il estampille son territoire… d’urine…

Tout là-haut, au col de Focce Alta à 1200 mètres au-dessus de la mer règne l’Immortelle– a murza. Ses buissons jaunes d’or luttent avec les rochers de granit et le thym dont l’effluence emplit les sinus et tout le crâne jusqu’à ce que la nuque frissonne. Une goutte d’essence d’Immortelle suffit à doper le système sanguin et irriguer d’une miséricordieuse fraicheur les brulures du soleil et de l’esprit. Là-haut près du ciel, on peut voir en contrebas l’océan des pins larriciu dont l’horizon meurt dans la mer embrumée du golfe de Porto-Vecchio. De l’autre côté du col, le soleil couchant lutte avec les crêtes de rideaux de montagnes en contrejour qui passent du bleu le plus sombre à l’azur laiteux. A l’horizon, la mer miroite et rejoint le ciel rose au bout de la vallée du Valinco.  Dans cet écrin de montagnes on découvre Lévie, le plus gros bourg de l’Alta Rocca, dans son val de verdure.

Ici, la nature offre en permanence au rythme des lunes et des saisons son « sacrifice d’agréable odeur ». Sa liturgie parfaite est rythmée par la lune et les saisons. Voilà la Corse de mon enfance.

Dans ce parc naturel point de maison mais des petits lieux-dits de quelques modestes bergeries devenues les résidences de vacances des descendants de ces bergers venus de la ville ou du continent mais qui retrouvent chaque année les mœurs du lieu au milieu du thym sauvage, des lentisques et des cistes.

Lévie (Levie) et immortelles (a muredda); Cairn, Forêt et barrage de l’Ospédale (U spidali); Golfe de Porto-Vecchio (Portivechju), Fleurs d’immortelle de Corse.

 

Catégories :Non classé, spiritualité

« Aime ton prochain comme toi-même »: une erreur de traduction et de point de vue ?


aimer« Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Cette phrase du Lévitique que nous avons lue à Chabbat dans la paracha Kedochim, largement reprise partout, vient évidemment, et c’est assez peu connu du cœur du judaïsme.

Cependant sa postérité repose sur une sorte de malentendu dû une erreur de traduction. La traduction la plus proche de Vehaavvta Lekhakha et Kamora, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19, 18) n’est pas la bonne il faudrait plutôt traduire :

« Tu aimeras ton prochain, car il est comme toi ».

Cette erreur de traduction de Lv 19, 18b et 34 ou plutôt ce glissement de sens  a des conséquences très importantes. Ce n’est pas une erreur « chrétienne » mais juive. Car la traduction par le grec « agapêseis ton plêsion sou hôs seauton » « comme toi-même » provient de la traduction de ce passage par la communauté juive hellénistique dans la Septante vers 270 avant notre ère. On en trouve la trace dans le Talmud :

 « On raconte que cinq anciens traduisirent la Torah en grec pour le roi Ptolémée, et ce jour fut aussi grave pour Israël que le jour du veau d’or, car la Torah ne put être traduite convenablement » (Talmud Babylone Soferim 1, 7).

Bref « Traduire c’est trahir », cette phrase est choquante mais je vais montrer que nos Sages avaient raison.

Le malentendu de l’amour

Le problème avec l’amour c’est qu’il y a souvent malentendu, c’est parfois une sorte de « je vous ai compris » qui repose sur une illusion, un contentement narcissique, une jouissance de soi qui se heurtera forcément au mur du réel de l’altérité d’autrui dès le lendemain. C’est ainsi que naissent les haines et les guerres, les trauma familiaux des « divorces qui ne s’arrêtent jamais », de blessures inconsolables, d’amours déçus.

Le veaavta n’est donc pas une extension du domaine de l’amour, un narcissisme étendu à autrui ; mais prend pour point de départ autrui en disant « Regarde il est comme toi, il veut juste vivre ! » pour revenir à soi-même et fort de cette émotion qui voit autrui dans sa faiblesse lui porte secours. Une empathie réciproque qui s’abstient d’un jugement ‘premier’. Il ne s’agit donc pas d’une espèce de commandement d’amour illimité et héroïque -qui en fait revient à se mettre à la place de l’Eternel- mais un appel à regarder autrui avec ses propres yeux et à essayer de se mettre à sa place, adopter son point de vue… et non pas un amour illimité de soi qui s’étend aux autres et ne reste qu’un narcissisme, une charité bien ordonnée qui commence par soi-même.

Cette relation horizontale avec celui qui devient mon frère, celle qui devient ma soeur et dont le constat des droits m’oblige, se conjugue avec une verticalité. Car le vehaavta, « Tu aimeras » du Chema, « De tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force » vise l’Eternel qui par définition est absent de ce monde. « L’amour Eternel » vient de D. et l’homme est invité à cette réciprocité, mais cet élan se heurte immédiatement à l’obligation de chercher la Justice. « La justice, la justice tu la chercheras » (Choftim).

Cette empathie provoque un oubli de soi qui revient à soi-même. Je me vois dans les yeux d’autrui ramené à ma simple valeur, un parmi d’autres, et à ce moment je peux faire communauté, accepter autrui comme un autre moi et non plus comme l’extension de moi-même. Ce qui revient à un travail d’analyse et de reconnaissance de ma propre violence prédatrice qui asservit les autres pour les dominer ou les séduit… pour les dominer encore. Le frère n’est pas un objet sous la main dans un rapport narcissique idolâtrique. Voilà ce que dit la Torah et nos Sages, très loin du monde grec donc. Lire la suite…

Daniel Eleazar (zal) : « Can Sephardic Judaism be reconstructed ? »

Catégories :Judaïsme

Mémoire transgénérationnelle et généalogie juive


C’est bon, vous pouvez couper la TV… et vous remettre à une activité spirituelle…

Didier Long

Ma conférence donnée hier soir à la loge Anne Frank du Bnei Brit, à lire  :

à Télécharger ici : Conférence Généalogie Bnai Brit 02 MAI 2017 (39 pages)

Introduction : Mémoire et mémoire juive. 3

  • La mémoire comme processus d’hominisation. 3
  • La mémoire juive. 6
  • La renaissance de l’hébreu/ Yom Haatsmaout 8
  • Mémoire transgénérationnelle, la piste scientifique. 9

« … Et ceux qui viennent de Sefarad » : une approche historique. 10

  • Généalogies en Corse. 12
  • Espagne 1391. 13
  • Espagne 1492. 15
  • Portugal 1497. 16
  • Italie 1492- XVIIème siècle. 18
  • La mémoire marrane. 20

« De qui sommes-nous le nom ? » : une approche psychologique. 22

  • La mémoire transgénérationnelle du nom, Pierre Beck. 23
  • La mémoire de la mitsvah. 24
  • La mémoire cachée. 28
  • Les images de nos disparus. 29
  • Nos tiroirs comme des tombeaux. 31
  • Notre petite histoire et la grande. 33
  • Les coïncidences. 35

Généalogies : une approche théologique. 37

  • Jusqu’à la millième génération. 37
  • Even, de père en fils  38
Catégories :Marranes, Sources juives
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