Comment la Volkswagen a été créée par un ingénieur juif allemand, avant d’être réinventée par Adolf Hitler et ses amis

Bib’

Je suis né dans la civilisation de l’automobile… avant de grandir dans celle d’Internet. La civilisation d’amour de la bagnole faite par le peuple pour le peuple, (Volkswagen, « la voiture du peuple »), a précédé celle de l’amour universel de Facebook : « Tu likeras ton prochain comme toi-même ! ». Je voudrais m’intéresser ici au cas très particulier de la Volkswagen. Permettez moi un contour par une vie la mienne.

Mon père a été ingénieur chez Michelin pendant 25 ans (service Z : mélanges, service F: recherche…), il a construit et travaillé dans les usines de Greenville en caroline du Sud, de Turin en Italie, de Bilbao Espagne, au Brésil, au Japon… Il a fabriqué des machines à mélanger les gommes, à faire éclater des pneus d’avion arrosés d’eau en choc sur une piste d’asphalte dans une chambre blindée, à faire rouler des pneus grands comme des maisons pour la forêt amazonienne en recréant une ambiance de serre à Clermont Ferrand, à faire rouler des heures des 30 tonnes chargés de plomb sur les pistes de Ladoux… Je me rappelle de Ted Key un fournisseur texan de gomme qui venait manger à la maison à Clermont Ferrand, avec son gros accent, sans un mot de français, en chapeau de cow-boy, draguait ma mère, et se tapait des filles aux Texas au fond d’un caravane après quelques whisky. « Un whisky et un barbecue sinon rien ! » J’ai été globalisé dés les années 70 ! Mon père partait aux US pendant des mois et nous envoyait des cartes postales de Cap Canaveral où décollait Apollo. On était super fiers de partir sur la lune nous à la maison !

J’étais un Bib’ (Bibendum) dés15 ans, à Clermont Ferrand. A La Mission (service AP, comme apprenti) car pour devenir cadre il faut d’abord y être ouvrier. Donc 40 heures d’atelier pour commencer, les 3 huit l’été. Un bib’ ne peut être un bon cadre que s’il a été ouvrier. Édouard Michelin, de regrettée mémoire, a usé ses fonds de culotte à La Mission. Ce régime de fer m’a préparé au monastère et recyclé ma passion de la mécanique pour démonter des mobylettes volées à des fins plus morales.

Porsche Cayenne jaunes

Bien des années plus tard, en 2016, l’année de ma Brit mila, alors que je redevenais Meïr, j’ai travaillé avec un grand dirigeant de Michelin pour qui j’ai de l’affection car il porte en lui les hautes valeurs de la manufacture. Nous parlions avec lui et ma collègue Claire du Dieselgate chez Volkswagen, la tricherie du siècle sur les émissions de CO2 par les véhicules.

J’avançais que Ferdinand Piëch le patron de Volkswagen n’était peut être même pas au courant de ce qu’avaient fait ses équipes… et qu’il allait porter le chapeau a cause du Führerprinzip, ce (« principe du chef ») essentiel au fonctionnement du régime nazi qui consiste en la soumission aveugle aux ordres d’un Führer intégré quasi spirituellement, qu’il avait fait régner sur ses équipes pendant des décennies.

Claire m’a immédiatement mis un coup de pied sous la table. Bien visé. J’ai dû faire une grimace derrière ma cravate car mon interlocuteur a répondu :

 » Laissez le parler Claire ! Savez-vous que le patron de Volkswagen Ferdinand Piëch  petit-fils du fondateur de Porsche est arrivé à Aulnat, l’aéroport de Clermont Ferrand, pour rencontre notre manufacture, son fournisseur, il a quelques années, et qu’il a demandé que 3 Porsche Cayenne jaunes l’attendent au pied de l’avion ? « 

Une demande impossible à satisfaire bien sûr, la couleur jaune n’étant pas la plus demandée. Mais comment refuser cela à l’empereur de l’industrie automobile  allemande réunissant Audi, Bugatti, Porsche, Lamborghini ?
La Manufacture à dû alors en dénicher à des milliers de kilomètres.

Pourquoi jaune ? Écoutez la suite. Il faut remonter quelques années en arrière.

Ferdinand Piëch et les nazis recyclés

Michelin à payé cher son combat contre les nazis. Créateur du maquis d’Effiat, Marcel Michelin, fils d’André el cofondateur de Michelin mourra à Buchenwald en 1945 pour Résistance. Son quatrième fils, Jacques et l’épouse de Jean, frère de Marcel, ont arrêtés par la gestapo. Jacques Michelin sera sauvé par les Américains au camp de Flossenburg. Ce qui explique les accords apérs guerre autorisant Michelin a vendre aux US et Goodyear en France

Ferdinand Piëch petit fils de Ferdinand Porsche, grand copain d’Adolf, était un homme dur et impitoyable qui réglait ses comptes sans pitié. Ses deux parents étaient des partisans de l’idéologie nazi, et il avait recyclé  le Führerprinzip comme mode de management chez Volkswagen (« la voiture du peuple ») et dans son empire. Un mode de management ou la fin justifie tous les moyens même les plus immoraux pourvu qu’ils soient efficaces.

Qui se souvient du KDF, Kraft durch Freude « La force par la joie » cette grande organisation de loisirs contrôlée par le Reich intégrée au Deutsche Arbeitsfront (DAF, Front allemand du travail) remplaçant les syndicats, dissous en 1933. La KdF met en place la production d’une voiture bon marché, la KdF-Wagen, ancêtre de la Coccinelle de Ferdinand Porsche, une nouvelle ville, baptisée KdF-Stadt, est construite à côté du village de Wolksbourg près de Hanovre pour y abriter usines et ouvriers, de son système d’épargne pour permettre aux simples ouvriers de s’offrir le luxe d’une voiture ?


Le 17 février 1939, Ferdinand Porsche présente sa KdF-Wagen, ancêtre de la Coccinelle à Adolf Hitler
La coccinelle Volkswagen, Adolf Hitler et le Dr Ferdinand Porsche. (Lane Motor Museum)

Comme l’a montré Yohan Chapoutot, Reinhard Höhn, un ‘brillant juriste allemand’ a intégré le Menschenführung, « la direction des hommes » à la reconstruction de l’industrie allemande après-guerre (voir ici). « On pourrait dire que Reinhard Höhn est une sorte de Josef Mengele du droit« , écrit Johann Chapoutot. Nazi, passe entre les filets de la dénazification en 1945 avant d’enseigner les méthodes de management du Reich dans l’industrie allemande pendant les années 70 avec force de livres indigestes et de méthodes barbares socialisées au nom de la rationalisation des tâches pour le « matériel humain ». Il meurt dans son lit à l’âge de 96 ans. « à sa mort, en 2000, la presse de droite et la presse de gauche l’ont encensé. Tout le monde s’accordait pour dire qu’il avait été le grand artisan du miracle économique allemand« , rapporte Chapoutot. Bien sûr le management a été inventé bien avant les nazis en France et aux US et il ne s’agit que d’une dérive mais ces faits montrent une réalité méconnue.

Pour l’anecdote Reinhard Höhn affectionnait sa Mercedes verte « verte comme son goût pour la nature et comme sa veste de chasse. » rapporte Chapoutot.

Alors quand en mars 2019 le patron de Volkswagen a dit : « EBIT macht frei » (« la rentabilité rend libre ») pour commenter la mauvaise rentabilité de son entreprise, tout le monde a entendu le solgan nazi « Arbeit macht frei » Le travail rend libre » inscrit à l’entrée d’Auschwitz. Il s’est excusé mais depuis le docteur Freud on sait que les lapsus ont parfois un sens.

Ferdinand Piëch a été évincé de son empire en 2015 par le Dieselgate.
Il est mort le verre à la main, au cours d’un repas, à 82 ans, l’an dernier. La presse mondiale l’ a célébré. Mais un petit détail semble avoir échappé aux commentateurs ébahis devant cette saga quasi mythologique d’un Kaiser ressuscitant l’Allemagne après-guerre par le miracle de l’automobile.

La « voiture du peuple » juive

Hitler a annoncé au salon de l’auto de Berlin en 1934 sa volonté de lancer le programme d’une « voiture pour le peuple » : la Volks-wagen sera le pilier de la mythologie de la nouvelle civilisation Völkisch, il appelle à la fondation d’un Etat composé uniquement d’allemands et de germains, un Reich qui doit durer 1 000 ans. Il nomme le Dr Ferdinand Porsche à ce vaste programme de pureté du sang, de rassemblement du peuple et de mythologie païenne délirante qu’affectionne Himmler dont la voiture pour le peuple sera le symbole triomphant.

Josef Gantz, 1933

En cet été 1934, un certain Josef Ganz est la cible d’une tentative d’assassinat. Qui est-il ? un ingénieur juif qui a inventé tous les concepts de la Volkswagen que les nazis on tenté de rayer de la carte de l’histoire et de l’humanité. C’est lui qui a inventé tous les concepts de la Volkswagen qui a symbolisé la résurrection allemande aprés guerre. Un site lui est consacré. La plupart des éléments constitutifs de la Volkswagen, ont été soit brevetés par Josef Ganz, soit il les a fortement recommandés dans son magazine d’automobile Motor-Kritik. Il avait travaillé comme consultant pour Adler, Mercedes-Benz et Standard pour concevoir l’Adler Maikafer ou May Bug, et la Standard Superior et désirait sortir de l’histoire des voitures forcément pour les bourgeois puisque à la remorque des calèches du 19eme siècle. Il a été dénoncé par le fonctionnaire nazi Paul Ehrhardt, qui avait travaillé avec Ganz à Motor-Kritik et la Gestapo l’a arrêté pour chantage industriel présumé.

La KdF-Wagen de Porsche est un peu différentes de la Standard Superior de Ganz de 1933 qu’Hitler voit sur le stand du salon où est Ganz, mais tous les concepts sont là.

Standard Superior 1933
M23A42 1930’s ADOLF HITLER with DR. PORSCHE at the launch of ‘the people’s car’ KDF VW Volkswagen Beetle prototype convertible air-cooled motorcar at Fallersleben Wolfsburg Germany May 1938. Image shot 1938.

Les bombardements alliés ont réduit en poussières l’usine Volkswagen, qui produisait des véhicules militaires pendant la Seconde Guerre mondiale mais les libérateurs britanniques ont vu dans la fabrication de Coccinelle une Résurrection convenable pour l’Allemagne nazie en ruines.

Le Dr Porsche comme beaucoup de dirigeants allemands d’après guerre ne sortait pas de nulle part. Ganz, lui, mourra oublié de tous.

Josef Gantz, 1950

Cette histoire a été racontée par le journaliste néerlandais biographie du journaliste néerlandais Paul Schilperoord dans « The Extraordinary Life of Josef Ganz : The Jewish Engineer Behind Hitler’s Volkswagen ». (voir aussi cet article).

Une exposition au Lane Motor Museum de Nashville, (Tennessee), intitulée « The Josef Ganz Story : How a Jewish Engineer Helped Create Hitler’s Volkswagen » lui a été dédiée.

Alors si vous voyez passer un Porsche Cayenne jaune… n’oubliez pas ceux qui ont porté cette couleur en ce jour de Yom HaShoa.

Frère Matthieu Collin, Vie et mort d’un Mensch

Ce post célèbre le souvenir de frère Mattieu Collin, de mémoire bénie, moine du monastère de la Pierre-qui-Vire décédé à 83 ans des suites d’une embolie pulmonaire, dans la nuit de ce « vendredi saint » pour les chrétiens, le 2 avril 2021, à l’hôpital d’Avallon.

Frère Matthieu en 2012, portrait d’Olivier Long

Matthieu a été mon maître des études et un ami intime jusqu’à sa mort. Il était un passionné d’Israël et du judaïsme. C’est grâce à ses recherches et à ses notes que j’ai écrit  Jésus le rabbin qui aimait les femmes , « Jésus de Nazareth juif de Galilée , L’invention du christianisme , Jésus l’homme qui aimait les femmes, une vision juive de Jésus qui était la sienne comme authentique chrétien. Spécialiste des psaumes, cinq livres considérés comme le résumé de la Torah par la Tradition juive, il me transmettra cette passion.

L’enseignement de Nostra Aetate et l’amitié avec Pierre Leenhardt

Jacques Collin de son nom civil, est né à Valence le 26 février 1938.

Entré à 20 ans au monastère de la Pierre-qui-Vire (Moran) il y revint deux ans plus tard après un bref séjour chez les Carmes pour raisons de santé.

Frère Matthieu, la Pierre Qui Vire, 2012, photo Didier Meïr Long

Matthieu étudie à l’Ecole Biblique de Jérusalem entre 1972-1974 ; c’est là qu’il rencontre Pierre Lenhardt, frère de Sion qui deviendra disciple d’Ephraim Urbach à l’Université hébraïque de Jérusalem et Master Degree in Talmud de l’Université Hébraïque.

Matthieu et Pierre (zal) avaient pris au sérieux l’encyclique Nostra Aetate du Concile Vatican II qui disait  :

« Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux Juifs, le saint Concile veut encourager et recommander la connaissance et l’estime mutuelles, qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel. »

« Les études ? quelles études ? » disait-il. « L’enseignement d’Israël n’est pas universitaire c’est la tradition orale vivante hier et aujourd’hui des Sages d’Israël. Comment étudier si on ne se met pas à l’école des rabbins d’aujourd’hui ? »; et c’est ce qu’il firent.

Ephraïm Urbach sera leur maître.

En Israël, amené à faire des fouilles à propos d’une obscure déesse du panthéon babylonien il tombe amoureux d’une jeune juive. Son père refuse le mariage avec un goy. Matthieu est ramené au monastère par le scapulaire par le père Denis (Huerre, président de la congrégation de Subiaco et mon père spirituel par la suite). Il me racontait l’épisode en rigolant.

Car en réalité Frère Matthieu était un pionnier mais pas seul. C’est le père Abbé de l’époque Denis Huerre, devenu ensuite Abbé général mondial de la congrégation bénédictine de Subiaco qui suite à Nostra Aetate (il qui fut mon père spirituel) avait envoyé Frère Matthias apprendre l’hébreu vivant en Oulpan à Jérusalem et frère Matthieu y faire des études bibliques.

Père Denis Huerre, la Pierre Qui Vire, 1983, photo de Didier Long/ frère marc

Depuis, Pierre Leenhardt (frère Sion) qui vivait à Jérusalem et frère Mathieu, devenus amis, lisaient l’évangile en rétroversion hébraïque à partir du Talmud.

Pierre venait nous faire des cessions de plusieurs jours sur la troisième sonnerie du chofar à Roch AhChana dans la Tradition d’Israël en se lamentant au café « de la catastrophe des mariages mixtes qui allaient faire disparaitre le peuple juif ».

Accomplir la Torah

Frère Matthieu et Didier Meïr Long, La Pierre Qui Vire, 2012

Matthieu considérait que Jésus était un rabbin pharisien de stricte observance venu rassembler uniquement Israël et qu’on ne pouvait comprendre les disputes avec les pharisiens (les Sages du Talmud Hakhamim) que comme une dispute de famille à l’intérieur des croyances partagées par les pharisiens. L’annonce par « la Loi, les Prophètes et les Psaumes » de la résurrection de Jésus dans le récit des pèlerins d’Emmaus (Luc 24) n’était que la réaffirmation du TaNaKh pharisien (acrostiche de Torah, Neviim, Ketouvim).

Quand Jésus dit dans le Sermon sur la montagne : « N’allez pas croire que je sois venu abroger la Loi et les Prophètes (Torah , Neviim : le TaNakh) ; je ne suis pas venu abroger mais accomplir » (Mt 5,17), il rappelle que la Torah et son observance gardent toute leur valeur (Torah vemistvot).

Comment le sait-on ? Car le verbe accomplir est un mot technique de l’exégèse pharisienne.

On retrouve ce mot dans le martyre de Rabbi Akiba alors que les romains l’écorchent vif avec des peignes de fer :

« Quand on fit sortir Rabbi Akiva pour le mettre à mort, c’était l’heure de lire le Chema. On lui déchirait la chair avec des peignes de fer et lui, il recevait le joug du Royaume des Cieux. Ses disciples lui dirent : ‘Ô notre Maître ! Jusqu’à ce point !’ Il leur dit : ‘Tous les jours de ma vie j’ai été préoccupé par ce verset : ‘de toute mon âme’ qui signifie ‘même s’il te prend ton âme’. Je me disais : ‘quand parviendrai-je à l’accomplir (’aqayyemennu) ? Et maintenant que cela m’est donné, je ne l’accomplirais pas !’ Il prolongea le mot ‘Un’ (e’had) jusqu’à ce qu’il rendit l’âme. Une voix céleste se fit entendre et dit : ‘Heureux es-tu Akiva, dont l’âme est sortie en disant : Un’ »

TB. Berakhot 61b

Akiva est un fils de converti, un berger inculte, qui, à quarante ans, ne pouvait distinguer le aleph du beth et qui deviendra… un des plus grand maîtres de la Torah et l’un des dix grand martyrs de la tradition juive. Celle-ci l’absoudra assez vite de ses errances messianiques.

On ne comprenait rien à cet accomplissement, prononcé par Jésus sur la croix en l’an 33 : « Tout est accompli », et aussi par Rabbi Akiba lors de son martyr en l’an 135 sans la tradition pharisienne[1].

Paul, autre rabbin pharisien, utilise ce langage de l’accomplissement vers 55 : « Maudit soit quiconque ne persévère pas dans l’accomplissement de tout ce qui est écrit dans le livre de la loi » (Épître aux Galates 3, 10)

Accomplir le midrach des Sages

‘Accomplir’, selon la tradition pharisienne, c’est d’abord découvrir par le ‘midrash’ des Sages l’interprétation autorisée des Ecritures. Le ‘midrash’, selon la racine du mot hébreu, c’est la ‘recherche’, d’abord celle de D.ieu , donc aussi celle du sens de sa Parole pour la mettre en pratique par amour.

Voilà comment il expliquait cela.

« Deux textes tirés du commentaire le plus ancien du Lévitique vont nous permettre de mieux comprendre cela :

‘Si vous marchez selon mes prescriptions…’ (Lv 26,3). Est-il possible qu’il s’agisse des commandements ? Quand l’Ecriture dit [aussitôt après] : ‘… si vous gardez mes commandements et les mettez en pratique…’ (Lv 26,3). Voici que les commandements sont mentionnés. Eh bien, comment pourrai-je accomplir (mequayyem) ‘si vous marchez selon mes prescriptions’ ? En étant appliqués à la Torah »

Sifra sur Lv 26,3. Ed. Weiss 110c

« ‘Mais si vous ne m’écoutez pas…’ (Lv 26,14). [Ceci veut dire : si vous n’écoutez pas] le midrash des Sages. Ou bien est-il possible qu’il s’agisse de ce qui est écrit dans la Torah ? Quand l’Ecriture dit [aussitôt après] : ‘et si vous ne mettez pas en pratique tous ces commandements’ (Lv 26,14). Voici que ce qui est écrit dans la Torah est mentionné. Eh bien, comment pourrai-je accomplir (meqayyem) ‘mais si vous ne m’écoutez pas’ ? En comprenant que cela veut dire : si vous n’écoutez pas le midrash des Sages. »

Sifra sur Lv 26,14. Ed. Weiss 111b

C’est donc l’exégèse qui dans un premier niveau est accomplissement. Il s’agit par le midrash et la tradition orale de dégager une jurisprudence (Hallakah) qui permet d’agir devant Dieu. Ce qui nous permet d’arriver au second sens de l’accomplissement.

Rabbi Akiva en donnant sa vie à Dieu dans le martyr, « accomplit » l’écriture conformément à l’exégèse qu’il en avait lui-même donné et qui est devenue grâce à lui l’exégèse commune, le ‘midrash des Sages’.

Matthieu Collin commente :

« Le texte parle de lui-même ; la ‘réception du joug du Royaume’ c’est la récitation de la première partie du Chema dont R. Aquiba ne se dispense donc pas au cœur même de ses souffrances dramatiques. Ce qui est essentiel ici, c’est la référence que Rabbi Akiva fait à l’interprétation qu’il avait trouvée (le midrash, premier pas de l’accomplissement !) du verset scripturaire et qu’ il peut maintenant enfin mettre en pratique. Ceci nous permet de mieux comprendre comment Jésus a accompli les Ecritures aussi à ce second niveau »

« ‘Accomplir’, c’est enfin réaliser les promesses de la Torah et des Prophètes. La Tradition rabbinique n’envisage ce troisième niveau d’accomplissement que sur la base des deux autres, celui de l’exégèse et celui de l’action : ‘la fin de l’histoire, la venue du Règne de D.ieu, est sans doute l’accomplissement de toutes choses, mais au centre et à la base de toutes ces choses, il y a la Torah étudiée et agie par Israël.’ Et il citait le Traité du Talmud Makot 24, a-b qui met encore en scène Rabbi Akiva et montre comment cet accomplissement des promesses de Dieu a déjà commencé dans l’histoire du salut, ouvrant à l’espérance du plein accomplissement (Geoula). »

Et Mathieu ajoute : « Le second passage nous permet de mieux comprendre cela : ici le résultat est donné d’emblée avant même la démonstration dialectique. ‘Ecouter D.ieu, c’est écouter le midrash des Sages’. L’enseignement autorisé des Maîtres, leur interprétation de l’Ecriture est donc Parole de Dieu à l’égal du texte biblique ; et c’est l’Ecriture elle-même qui enseigne cela. La cohérence de la Torah consiste à enseigner elle-même qu’elle ne peut être reçue comme Parole de Dieu que dans la Tradition contrôlée et autorisée que transmettent les Sages. »

« La Tradition juive  a compris, dans ce contexte, qu’avant d’agir, de ‘garder les commandements’, il faut étudier ; la pratique sans l’étude préalable n’est pas sûre. Rabbi Akiva l’a dit en conclusion d’un débat avec ses collègues : « c’est l’étude qui est la plus grande, car elle mène à la pratique ». La réponse donnée ici manifeste très clairement que l’Ecriture ne peut être ‘accomplie’ si elle n’est pas , étudiée, comprise et interprétée dans la Tradition. »

Il ajoutait que le récit des pèlerins d’Emmaüs enchainant les péricopes bibliques sur la route alors que leur cœur brulait « notre cœur n’était-il pas tout brulant » -Luc 24…. était une pratique rabbinique classique, la ‘hariza (enfiler des perles) passant d’une péricope à l’autre de l’écriture qu’on retrouve dans le Talmud de Jérusalem (Haguiga Yeroushalmi 2,1) à propos de la circoncision de Elisha Ben Abouya, le maître de Rabbi Méir. Son père avait invité des Sages, Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshoua qui faisaient des ‘hariza : ils « enfilaient des perles » de l’Ecriture en privé et que à ce moment la maison s’est mise à bruler comme un feu du Sinaï. Abouya père, impressionné, décida alors de consacrer son fils à la Torah. Avant qu’il ne tourne mal, devienne hérétique et soit appelé A’her (l’autre). Ce A’her qui emmenait à la choul des livre des minim (de « genre » = hérétiques) en chantant des chansons grecques puis montait à cheval à Chabbat suivi de Rabbi Meïr qui continuait à venir écouter son enseignement bien qu’il fut exclus de la synagogue, cet ‘autre’ hérétique qui avait probablement tourné judéo-chrétien, dont on avait masqué le nom et souligné l »étrangeté’ dans le Talmud tout en ne pouvant se passer de son enseignement, fascinait frère Matthieu.

Frère Matthieu disait que Paul passait dans les synagogues de l’Empire en faisant des Peti’hot (ouvertures) qui ne sont que les introductions des deracha rabbiniques …

Voilà ce qu’enseignait frère Matthieu. Un évangile et un Jésus Cacher en quelque sorte.

La question du Messie

Les machiah (messies, « christ » en grec, l’oint, le gominé) prétendant à la royauté spiritualo-politique étaient nombreux à l’époque du Temple. Ils étaient considérés par l’occupant comme des séditieux voulant émanciper Israël de la tutelle politique et militaire romaine… ce qui était bien leur projet… ; et qui pour les romains qui étaient des animaux politiques était un vrai problème de realpolitik.

C’est donc un anachronisme de projeter les conception contemporaine sur le messianisme de l’époque qui n’a rien de divin disait frère Mathieu. D’ailleurs Rabbi Akiba qui a cru que Shimon Ben Kosiba, relu Bar Kokhba (fils de l’étoile) par Rabbi Akiba et ses partisans, ce à quoi ses amis répondaient « Akiva, l’herbe poussera entre tes dents que le messie n’arrive » (Talmud de Jérusalem, Taanit, 68d) était moqué par ses amis mais ne fut jamais exclus du judaïsme.

C’était donc une erreur de projeter des querelles christologiques en monde grec bien postérieures aux définitions des conciles œcuméniques du 4eme siècle sur le judéo christianisme des premiers siècles araméen et hébraïsant, une minorité de juif messianisants qui respectaient la Loi, célébraient le Chabbat et montaient comme Paul de Tarse pour les sacrifices au Temple en faisant circoncire ses disciples hébreux ne posaient aucun problème réel face à un occupant romain sanguinaire pour les juifs ; un adversaire qui rasera 25% de la population de la Judée de la carte en l’an 70.

Pour frère Matthieu les évangiles étaient seulement un midrach et l’essentiel était la Torah. Il enseignait nos frères africains venus du Congo, du Zaïre, du Togo ou du Rawanda en leur disant que la base était « l’Ancien Testament », bref la Torah, qu’ils devaient traduire dans leur culture en lingala ou monokoutouba et que les évangiles n’étaient qu’une traduction grecque première mais provisoire.

Le Mensch

Frère Matthieu était la liberté incarnée : Bibliothécaire, imprimeur, éditeur, professeur, capable de manier le marteau et le Talmud. Il se moquait des bigots, des pseudos intellos, et des gens un peu trop surs de leur petite personne spirituelle avec un humour caustique et un sourire narquois qui lui constituait des ennemis solides et intransigeants.

Il a accompagné des milliers de foyers dans les bons et les mauvais jours. Je lui ai envoyé récemment un de mes amis qui avait trompé sa femme pendant 3 ans et le couple allait mal. Il lui a dit :

« Bon OK, vous l’avez trompée, c’est pas bien, elle souffre et vous culpabilisez, c’est normal, mais on va partir de là pour comprendre ce que vous avez cherché. Sachez que le désir n’est jamais mauvais dans son fond, vous avez cherché l’amour »

Le couple s’en est sorti.

J’ai un jour amené un groupe de dirigeants chrétiens au monastère. Il a commencé en leur disant. « Vous savez, comme le dit la Kabbale, les réalités profondes de nos vies sont des réalités paradoxales, le bien et le mal, la vie et la mort, la volonté de bien et de détruire se rejoignent en nous » et il a commencé à leur lire La Nuit, d’Elie Wiesel. Ils hallucinaient.

Matthieu était hanté par la judaïsme et peut être par cette jeune femme qu’il avait aimé.

Il était un solitaire intransigeant sur la recherche de la vérité, mais frère Jean-Louis qui a fait son doctorat sur Rabban Maur, frère Patrick qui est devenu un grand professeur de Liturgie ou frère Luc devenu abbé, Mathias mon prof d’hébreu et ami… mes condisciples d’alors, lui doivent une grande partie de ce qu’ils sont et je salue ici avec affection ces chercheurs de D. qui trottent dans ma Amida et se lèvent la nuit en disant en français trois fois : « Adonai Sefata Titfata, Oufi Yagid Théilateka »… et répètent les psaumes nuit et jour Comme un murmure de Cithare selon le titre d’un des livres du frère Matthieu.

Frère Matthieu était soucieux du devenir de l’Eglise catholique qu’il considérait dans un temps de médiocrité morale et intellectuelle. Le dernier livre qu’il m’ait conseillé de lire était celui d’un dissident, ex-jésuite devenu un dissident de la psychanalyse, François Roustang qui résumait sa pensée. En 1966, son article « Le troisième homme », qui lui vaudra une sorte d’excommunication silencieuse, Roustang prophétisait le désintérêt irrémédiable dont la religion catholique allait être frappée. (voir ici); C’est ce que pensait frère Matthieu comme une sorte de prophète du christianisme. Il appelait à la réforme de l’Eglise, à une vision internationale tournée vers l’Afrique et l’Inde, à l’amitié avec Israël et le peuple juif car :

 » Je dis donc: Dieu a-t-il rejeté son peuple? Loin de là ! Car moi aussi je suis Israélite, de la postérité d’Abraham, de la tribu de Benjamin » … »tout Israël sera sauvé, selon qu’il est écrit: Le libérateur viendra de Sion »… « en ce qui concerne l’élection, ils sont aimés à cause de leurs pères. Car Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel. »

Rom 11, Paul de Tarse

Voilà ce que pensait Matthieu, tout comme le pape François qui a choisi la voix de l’étude, de l’humanité, de l’intelligence et des pauvres. Frère Matthieu était proche des jésuites du Centre Sèvres. J’ai fait mes études à la catho de Paris. Cette génération d’hommes a été une bénédiction pour Israël. Mais arriveront-ils à faire appliquer Vatican 2 et changer le logiciel romain multimillénaire de l’Eglise ? Frère Matthieu l’espérait. Mais seront-ils seulement entendus ?

Didier Meïr Long , La Pierre Qui Vire, 2019

J’ai aimé Matthieu comme un maître (des études) ; comme un père, un frère et un ami, je lui dois beaucoup de ce que j’ai appris du judaïsme et de la vie tout court. C’est lui qui m’a conseillé d’aller prier à la synagogue en 2010 et vouait une affection chaleureuse à mon ami le Grand Rabbin Haïm Harboun.

Fidèle à son enseignement j’ai retrouvé mes racines juives et j’ai sauté le pas. D. connait les siens et nous n’avons de comptes à rendre qu’à Lui.

Sois béni mon frère Matthieu (zal). Que l’Eternel t’accueille parmi les Justes. Moi Meïr, je suis ton disciple et ta mémoire vivante ne mourra pas.


[1] Voir : P. LENHARDT, « Voies de la continuité juive. Aspects de la relation maître-disciple d’après la littérature rabbinique ancienne », dans R.S.R.., 66, 1978.

CHABBAT ZAKHOR

Sortie de Chabbat Zakhor, le Chabbat du souvenir d’Amalek
Comme si le souvenir de l’ennemi nous rappelait celui de nos Justes.
שבעה
Sortie de la Chiv’ha Rabbi Raphaël Ohayon zal.
Que ton souvenir soit une bénédiction.
Trois jours pour te pleurer, quatre jours pour faire memoire de tes mérites en ce monde toi notre doyen, et ils étaient si nombreux qu’une bibliothèque ne pourrait les contenir..
Je ferme les yeux et vois ton sourire Rabbi Raphaël.
Aujourd’hui on a parlé de la menorah dans la lecture.
Ta vie nous élève dans la flamme (lux = lucie en lat.) et ton souvenir nous grandit Rabbi Raphaël. Zikhrono livrakha.
Notre affection à ta famille qui se lève.
D. console les endeuillés,
Refa, « guérir » et El, « D.ieu ». D. guérit.
Baroukh Achem mimekomo.
Nous sommes un seul chandelier (e’had).
Chavoua Tov,

Raphaël Ohayon, zatsal, nous a quittés

Baroukh Dayan Ahemet,

Ce chabbat, premier jour du mois d’Adar, le doyen de notre communauté, le rabbi Raphaël Ohayon, zatsal, est parti. Il était né il y a 90 ans à Marrakech en cette saison des oranges. Il se souvenait de l’odeur des orangers en ce mois et venait chaque année m’en parler. Ce mois d’Adar est celui de la récolte des oranges mais aussi de la joie.

« Lorsqu’entre Adar, nous augmentons dans la joie »

Talmud, Taanit, 29a

Il n’a cessé depuis que je suis arrivé dans notre communauté il y a dix ans de venir me soutenir de sa gentillesse et de son humour. Il faisait cela avec beaucouo d’entre nous. Il était le compagnon de chemin du Rav Harboun depuis Marrakech.

Merci de tout coeur Raphaël Ohayon, courage à Lucie, notre affection à vos enfants. Comme l’odeur des fleurs d’oranger notre frère est immortel.

Voilà le dernier mail et le poème acrostiche sur son nom qu’il m’a écrit le 05 janvier comme il nous en écrivait pleins :

 » Cher Rav Meïr היו

En pièces jointes, nos souhaits et nos bons vœux pour vous et pour tous les vôtres,que nous confirmons et validons et dont la signature suit page suivante.

Lucie, Rapha »

L’âme Corse, Malanni

La voix est rude comme la pierre de notre pays, elle est profonde et spirituelle car nous les corses nous vivons avec nos ancêtres dans l’ombre et toute réalité a une profondeur insoupçonnée. Les paroles et la voix sont tragiques. Ma grand mère avait ces intonations quand elle disait dans notre langue : « Ici le sang ne sèche jamais ». Hélas c’était vrai.

La guitare est celle d’un troubadour avec des accords ouverts comme en Flamenco car malgré le drame ce n’est jamais fini. Elle pleure mais elle est douce comme un homme pleure et tente de se raisonner. C’est l’âme désoccupée qui erre avec le vent. La mélancolie du traggulinu, le marchand ambulant qui errait dans nos campagnes et colportait le rêve à bon marché. L’âme corse est indestructible. Nous sommes la Nation de l’esprit. Les biens aimés de Celui qui a créé la Mare Nostrum. Nul n’est une île ? Nous sommes l’île ! Et nostalgiques nous avons vu dans tes paysages la beauté Korsica. Nous avons senti la menthe prés de la source et l’immortelle des hauteurs qui nous a guéri de tout. Korsika tu nous a blessés d’une blessure dont on ne revient pas. Sois fier fils de mon île. Relève la tête ma fille, ce monde n’est pas une fin et notre exil prendra fin. Forza mon frère, forza ma soeur le sang de la Nation Corse coule en toi, humiliée mais jamais vaincue car la Nation est en nous. Cette terre est le terminus de tous les malchanceux. Oui cette terre est tragique mais elle est la notre, fraternelle et partagée, celle des communi. Nous sommes le peuple que le destin a choisi pour révéler à toute humanité sa misère. Korsika tu es notre destin et loin de toi, oubliés de Sefarad, âmes perdues, nous sommes orphelins.

Disuccupatu, Chômeur se dit Chabbat en hébreu.

Disuccupatu sò pè la campagna
È mi ne vò pè I so chjassi solu
Fighjendune issi lochi di cuccagna
È aspettendu a notte in paisolu

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Qu’est-ce qu’un homme politique ? Moïse

Moïse de Michel Angelo

De la politique

Comme disait Bernardo Provenzano le chef de Cosa Nostra : « Commander c’est mieux que baiser ! » ; Voilà un sage, il avait choisi !… Nos politiques modernes, eux, allient ces deux addictions avec parfois une autre  : la passion de l’argent. Le pouvoir, le sexe, l’argent voilà l’homme.

La politique selon la Bible n’est pas un culte du pouvoir mais une compassion pour son peuple. Une compassion illimitée pour les proches de son peuple.

On en est tellement loin dans tous les pays du monde : aux US avec l’invasion brutale du Capitole et en face la qualification du petit peuple de « panier des pitoyables » par Hillary Clinton; en France où la tyrannie et le culte par le pouvoir des préfets est en train de dominer la technostructure administrative qui était jusque-là un équilibre de pouvoirs subtils des différents corps…

La France où les ministres se pressent pour faire la Une des magazines comme des people alors que ministre, minister en latin, signifie plus simplement « serviteur »… qu’on se dit que ce message bien oublié de la Bible est proprement révolutionnaire.

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DESOBEIR, Aristides de Sousa Mendes, le Juste de Bordeaux

Désobéir

Imaginez que vous ayez 55 ans, 14 enfants, vous êtes en fin d’une carrière sans faute. Une maitresse française qui vous a annoncé il y a 3 mois, en mars 1940, qu’elle est enceinte de vous. Imaginez que vous soyez un fonctionnaire inconnu, sans fait politique, en dehors de trafic de biens publics. Imaginez que vous soyez en poste au Ministère des affaires étrangères sous Salazar un dictateur impitoyable ; à Bordeaux plus précisément, dont le maire Adrien Marquet, un grand ami des nazis, sera nommé dans 8 jours, ministre d’État par le tout nouveau président du Conseil, le maréchal Pétain. Ses amis ? Laval, Doriot. Marquet sera bientôt responsable de la police de Vichy.  Que vaut votre vie ? après tout vous n’êtes qu’un petit consul du Portugal ! Les nazis justement : ils avancent et sont à 40 km d’ici.

Et en plus ce 16 juin 1940 c’est dimanche ! une raison de plus pour rester au lit…

Dans cette situation, est-ce que vous prendriez le risque de désobéir aux ordres et de sauver 30 000 personnes, dont beaucoup de juifs, au péril de votre vie ? est-ce que vous miseriez une seule seconde sur vos chances de réussir ? Seriez-vous prêt à finir votre vie dans la honte et la misère pour cette mission ?

C’est pourtant ce qu’a fait Aristides de Sousa Mendes, le Juste parmi les Nations de Bordeaux.

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Hanoucca : la guerre ne se fête pas

Hag Hanouka Sameah ! Belle fête de Hanoucca ! 8ème bougie

« Ne te réjouis pas quand ton ennemi tombe, ne danse pas de joie quand il perd l’équilibre » dit le livre des Proverbes (Pv 24, 17). Nous autres juifs n’avons pas le droit de célébrer une victoire militaire. La guerre ne se fête pas.

Les bougies de la fête de Hanouca célèbrent donc la fiole d’huile pure retrouvée dans les décombres du temple et qui brula huit jours, en mémoire de l’inauguration du premier Temple de Salomon qui  elle-même avait duré huit jours… et non pas la victoire guerrière de Judas Maccabée. On célèbre une victoire spirituelle donc. Ki Tissa, « quand tu partiras en guerre », « contre toi-même » ajoute Rachi.

Dans le judaïsme la guerre se mène donc contre soi-même et le vainqueur est l’Eternel.

Puisse ce qui est lumineux en nous dominer notre ombre en cette fête de Hanouka.

Je vous souhaite cela mes ami(e)s avec beaucoup, beaucoup de cœur. Meïr.

HANOUCA : Que la Lumière brille en vous !

la Corse et les juifs, la générosité d’un peuple, le choix de la vie

Terre pauvre mais aussi carrefour stratégique en méditerranée, la Corse est le creuset d’identités multiples qui ont fabriqué sa culture si spécifique. Les juifs, arrivés à partir du XVIème siècle en font partie. Leurs différentes immigrations, marranes, puis sous Pascal Paoli, en 1915 enfin, se sont profondément intégrées à la Nation Corse, dans une communauté de destin poignante.