Juifs berbères de l’Atlas – Exposition au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme

En ces temps post-covid le Musée sont vides. Le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (MAHJ) n’échappe pas à la règle. Et c’est bien dommage car celui qui s’y rendra visitera une magnifique exposition sur les juifs du Maroc, un monde juif rural largement disparu et tellement émouvant.

On y découvre les photos de Jean Beansacenot qui parcourt les communautés juives berbères du Protectorat français marocain entre 1934 et 1939.

Nè Jean Girard, Jean Besancenot, jeune émoulu des Arts Déco est l’héritier des ethnologues français du début du 20e siècle comme Paul Rivet (1876-1958) ou Marcel Mauss (1872-1950).

Passionné d’art, Besancenot photographie, filme, dessine et peint ce patrimoine de costumes marocains indemnes de l’influence occidentale qui le fascine. Ses photographies et croquis sont accompagnés de textes explicatifs. Il classifie ces images par origine géographique et populations.

Femme de Tinghir (JB, MAHJ)

Je porte le nom de Meïr en mémoire de Meïr Tolédano né en 1889 à Tibériade, enterré à Bastia où il est arrivé dans les années 30, fils d’une lignée de rabbins venue de Meknès et grand-père de Guy et Benny Sabbagh (le teinturier en arabe) qui m’ont tant aidé.

Leur grand-mère paternelle Bouda Pérès, née en 1895, dont les ancêtres avaient fui l’Inquisition Espagnole au XVème siècle, venait de Tinghir au Maroc, ce haut Tafilaleth, à 1300 mètres d’altitude sur le massif de l’Atlas. (https://didierlong.com/2015/05/20/les-juifs-en-corse-apres-1915-lile-des-justes/).

Voici ce qu’en dit Besancenot en 1934 :

Ces juifs berbères de l’Atlas, que présente l’exposition sont déjà décrit par Ibn Khaldoun l’un des plus grands philosophes du Moyen Âge au 14ème siècle. Il décrit l’attirance qu’ils représentent sur les Berbères. Un monde figé depuis des siècles que découvre Jean Besancenot.

Les juifs au Marco sont des Dhimmi à partir de l’islamisation du Maroc sous les Almohades au 12ème sicèle, ils ont le droit de pratiquer leurs rites mais en échange s’acquittent de l’impôt, subissent une ségrégation vestimentaire…

Type de vieillard juif de Tinghir, Todra,
portant dans la main un chasse-mouche fait d’une queue de vache,
sur la tête, un mouchoir bleu à pois blancs (JB, MAHJ)

Agdz, Goulmina dans le Fekla, vallée du Ziz, vallée de Mgoun, Midelt, Tahala, Bnei Sbih, Tamgrout, Tinghir, Tiznit, Erfoud, Onaouzgit, Mgouna, …

… ces lieux ne vous disent probablement rien, mais des communautés juives y ont vécu depuis plusieurs millénaires, bien avant les chrétiens et l’Islam, bientôt rejointes au XVIème siècle par les expulsés de Sefarad (meguorashim), d’un très haut niveau de culturel : des conseillers, financiers, cartographes, astronomes, ministres ou médecins des califes musulmans d’Al-Andaluz ; des juifs modernes qui ont alors pris l’ascendant culturel sur les communautés juives rurales autochtones (toshavim) en dehors des communautés des franges présahariennes.

L’effondrement au 17 ème siècle de la première dynastie chérifienne des sa’diens et le déclin du commerce transsaharien conduit à l’appauvrissement des populations juives. Elles sont sous la protection de système féodale de la dehiba, jusqu’à l’arrivée du protectorat en 1012 et jusqu’en 1955. Le protectorat va déstabiliser l’équilibre traditionnel millénaire entre juifs et berbères depuis l’Antiquité.

Le Maroc se videra ensuite de ses juifs berbères entre 1960 et 1970.

L’exposition est incroyable. Les femmes y portent des colliers de grosses perles d’ambre et de croix d’argent contre le mauvais œil.

Goulmima, région du Tafilalet
Jeune femme en drapé blanc

Les hommes dont certains portent la djellabah comme les musulmans mais celle-ci est noire, survivance d’un passé ou cette couleur était obligatoire pour les juifs seulement quelques années avant la capuche retombant sur l’épaule gauche pour gêner le mouvement, signe de servitude (photo ci dessous).

Nous découvrons devant nous la vie d’un monde perdu .

Combien de fois mon Rabbin Haïm Harboun m’a parlé les larmes dans les yeux de son maître au Heder (la chambre en hébreu), la classe où ils entraient dès l’âge de 4 ans et répétaient par cœur et par 40°, 12 heure par jour et au milieu des mouches des textes sacrés collés sur une planche. Et là, dans l’exposition, les voici ces élèves attentifs ou nonchalant et leur maître bienveillant comme une mère.

Des métiers complètement disparus comme le porteur d’eau réapparaissent devant nous. Le puits est quasi biblique.

Une femme met son pain à chauffer dans un four enterré…

Ce serait trop long de tout raconter ici et l’exposition propose pleins de commentaires qui ressuscitent sous nos yeux un monde juif perdu.

Grand hommage soit rendu à ceux qui l’ont réalisé et à ce Besancenot, un chrétien épris de ces juifs disparus et grâce à son regard généreux et affectueux pour ces femmes, ces hommes, ces enfants, les fait revivre devant nous.

Ces deux enfants sont les filles de Baba Salé.

Rouhama (Rissani, Maroc, 1922 – Ramlé, Israël, 2007) et Sarah (née à Rissani en 1925, vit en Israël) sont les filles du rabbin Israël Abehassera (1889-1984), dit Baba Salé, grand kabbaliste. L’une des deux jeunes filles porte le costume de fête en vigueur durant les huit jours des festivités, l’autre a revêtu celui en usage après le huitième jour, lorsque le mariage a été consommé et que la jeune femme porte la derra, chemise à longues manches évasées, et la coiffure à cornes recouverte de la sebniya, écharpe de soie à franges dont les pans retombent en arrière. La mariée est vêtue d’un manteau (qeftan) de brocart serré à la taille par une ceinture. La coiffure, en attendant celle à cornes, est le swalef à cheveux de soie recouvert d’un enroulement de soieries monté sur un large ruban gommé. (Source MAHJ)

Et voici une belle histoire à propos de Laila Sarah la fille de Baba Salé qui a 90 ans aujourd’hui et qui a du obéir à son oncle Baba Haké pour être photographiée contre son grès…

BLACK LIVES MATTER FOR JEWS – Persiste et signe. Meïr LONG

Les 8 minutes de recueillement pour George Floyd ne sont pas comprises par beaucoup d’entre vous. Vous ne croyez pas à l’antisémitisme? Habillez vous en juif et allez faire un tour à Barbès. Vous ne croyez pas à la discrimination sur la peau ? Grimez vous en noir et descendez dans le métro…

Je ne vais pas aux manifestations. Sauf pour Mireille Knoll et Madame Halimi. Le rassemblement d’hier s’est déroulé dans la dignité. Pas du tout le type de rassemblement du CRAN, antifas et propalestiniens habituels.

Nous les juifs nous avons souffert de la persécution pendant 3 millénaires. Nous les juifs devons condamner tout racisme à l’intérieur des sociétés où nous vivons. Ce n’est pas un choix. C’est un injonction de la Torah répétée de multiples fois : « Tu aimeras l’étranger comme toi-même, car vous avez été vous-mêmes des émigrés dans le pays d’Égypte. » (Lv 19)

Nos frères de couleur ont droit à notre plus profond respect. Il en manquent le plus souvent cruellement. George Floyd, quel que soit son parcours, caque immigré ou fils d’immigré de ce pays mérite notre prière et ses enfants notre affection. Ce n’est pas négociable.

BLACK LIVES MATTER FOR JEWS

Dans la Bible il est écrit que Moïse, ayant fui l’Égypte, se trouvait au nord-ouest de la péninsule arabique. Là il défendit des bergères et il épousa l’une d’elles, Séphora (ou Tsipporra). Fille du pays de Kouche, que l’on situe vers le Soudan et la Nubie (sud de l’Egypte) elle avait la peau d’ébène.

C’est la paracha de ce Chabbat (Nombre 12) :

א וַתְּדַבֵּר מִרְיָם וְאַהֲרֹן בְּמֹשֶׁה, עַל-אֹדוֹת הָאִשָּׁה הַכֻּשִׁית אֲשֶׁר לָקָח:  כִּי-אִשָּׁה כֻשִׁית, לָקָח. 1 Miryam et Aaron médirent de Moïse, à cause de la femme éthiopienne (Kouchite) qu’il avait épousée, car il avait épousé une Ethiopienne,
ב וַיֹּאמְרוּ, הֲרַק אַךְ-בְּמֹשֶׁה דִּבֶּר יְהוָה–הֲלֹא, גַּם-בָּנוּ דִבֵּר; וַיִּשְׁמַע, יְהוָה. 2 et ils dirent: « Est-ce que l’Éternel n’a parlé qu’à Moïse, uniquement? Ne nous a-t-il pas parlé, à nous aussi? » L’Éternel les entendit.
ג וְהָאִישׁ מֹשֶׁה, עָנָו מְאֹד–מִכֹּל, הָאָדָם, אֲשֶׁר, עַל-פְּנֵי הָאֲדָמָה.  {ס}3 Or, cet homme, Moïse, était extrêmement humble, plus que tout homme sur la face de la terre.
ד וַיֹּאמֶר יְהוָה פִּתְאֹם, אֶל-מֹשֶׁה וְאֶל-אַהֲרֹן וְאֶל-מִרְיָם, צְאוּ שְׁלָשְׁתְּכֶם, אֶל-אֹהֶל מוֹעֵד; וַיֵּצְאוּ, שְׁלָשְׁתָּם. 4 Soudain l’Éternel dit à Moïse, à Aaron et à Miryam: « Sortez tous trois vers la tente d’assignation! » Et ils s’y rendirent tous trois.
ה וַיֵּרֶד יְהוָה בְּעַמּוּד עָנָן, וַיַּעֲמֹד פֶּתַח הָאֹהֶל; וַיִּקְרָא אַהֲרֹן וּמִרְיָם, וַיֵּצְאוּ שְׁנֵיהֶם. 5 L’Éternel descendit dans une colonne de nuée et se tint à l’entrée de la tente, et il appela Aaron et Miryam, qui sortirent tous deux;
ו וַיֹּאמֶר, שִׁמְעוּ-נָא דְבָרָי; אִם-יִהְיֶה, נְבִיאֲכֶם–יְהוָה בַּמַּרְאָה אֵלָיו אֶתְוַדָּע, בַּחֲלוֹם אֲדַבֶּר-בּוֹ. 6 et il dit: « Ecoutez bien mes paroles. S’il y a parmi vous des prophètes, moi, Éternel, je me manifesterais à lui par une vision, c’est en songe que je m’entretiendrais avec lui.
ז לֹא-כֵן, עַבְדִּי מֹשֶׁה:  בְּכָל-בֵּיתִי, נֶאֱמָן הוּא. 7 Mais il n’en est pas ainsi pour Moïse est mon serviteur; de toute ma maison c’est le plus fiable.
ח פֶּה אֶל-פֶּה אֲדַבֶּר-בּוֹ, וּמַרְאֶה וְלֹא בְחִידֹת, וּתְמֻנַת יְהוָה, יַבִּיט; וּמַדּוּעַ לֹא יְרֵאתֶם, לְדַבֵּר בְּעַבְדִּי בְמֹשֶׁה. 8 Je lui parle face à face, dans une claire vision et non avec des énigmes; c’est l’image de D.ieu même qu’il contemple. Pourquoi donc n’avez-vous pas craint de parler contre Mon serviteur, contre Moïse? »
ט וַיִּחַר-אַף יְהוָה בָּם, וַיֵּלַךְ. 9 La colère de l’Éternel s’enflamma contre eux, et Il s’en alla.

Tiskoul le Mitzvot

Black is beautiful for Jews !

BLACK LIVES MATTER FOR JEWS !

« C’est pour cela que l’homme a été créé seul, pour t’apprendre que celui qui ôte une vie, détruit un monde entier ; et celui qui sauve une vie, sauve un monde entier.»

Talmud de Babylone, traité Sanhedrin 5, 5

Cette après midi à 18h00, à l’instant où George Floyd a été porté en terre aux US nous nous sommes réunis place de la République en sa mémoire pour huit minutes et 46 secondes de silence. Que la mémoire de ce père de deux enfants soit une bénédiction.

Pour nous les Juifs, les vies noires comptent.

On ne naît pas noir ou blanc ou juif ou musulman ou chrétien… on nait dans l’humanité.

MIMOUNA : Terbeh !!! Que tu réussisses

Il est de tradition juive marocaine, depuis trois siècles, de préparer à la sortie de Pessah la mufleta – une fine crêpe faite d’eau, de farine et d’ huile consommée chaude, tartinée de beurre, de miel, de sirop ou de  confiture… Au même moment dans certaines villes du royaume des familles musulmanes préparaient le nécessaire pour les crêpes, galettes, petit pain … qu’ils emmenaient ce soir chez leurs voisins ou amis juifs. On met sur la table  une assiette avec des pièces anciennes, des fèves. Le mot « Mimouna » viendrait d’Emouna, la foi en hébreu, la croyance en la venue du Messie. La Mimouna vient aussi de « Mimoun », la chance en arabe.
On mange aussi du couscous sucré.
L’explication de mon Rav Harboun sur l’oeuf dans la farine :

« Le dernier jour de Pessah s’appelle en araméen « Yoma dimchi’ha » en Hébreu « yom hamachiah » nous lisons le chapitre 11 du livre d’Isaïe qui traite du Messie.  Mais le problème est que le jour du Messie est précédé par  » Hévlé Machiah » qui signifie les souffrances à la suite de la venue du Messie. Pour échapper à ces souffrances les Juifs du Maroc ont institué la  ‘Mimouna’  mot arabe qui signifie la chance, au Maroc les juifs étaient particulièrement superstitieux et la peur de la souffrance les pétrifiaient. On a donc réservé le dernier jour de Pessah pour se persuader qu’on a de la chance et qu’on échappera à la souffrance du Machia’h. Pour donner corps à cette croyance il fallait la matérialiser par des symboles. L’oeuf symbolise une vie en puissance. Chaque oeuf peut devenir un poussin. La farine symbolise la vie :  un oeuf dans la farine cela veut dire que la chance ne reste pas en puissance mais qu’elle se manifeste dans la vie l’oeuf = vie en puissance;  la farine= vie manifeste. »


On fait cela en Corse aussi avec les campaniles : un œuf enserré dans le pâté qui n’est autre que le gâteau de Pourim au Maroc.

Pourquoi la Libération d’Egypte est un événement universel pour Israël et les Nations

Marc Chagall, La Traversée de la Mer rouge, 1954-1955 Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne

La libération d’Egypte et le miracle de la mer ont été repris par de nombreuses traditions spirituelles de l’humanité. On pourrait s’en étonner en ce jours où les juifs célèbrent Pessah et les chrétiens Pâques en se référant exactement aux mêmes récits : Création du monde, Sortie d’Egypte, Akedah (ligature) d’Issac… un très vieux Targoum (traduction et commentaire publics en araméen de la Torah du 1er siècle) dit que « quatre nuits sont inscrites dans le Livre des Mémoires », quatre nuits du monde où D.ieu agit : la Création, l’ akedah d’Issac, la nuit de Pessah et celle de la Rédemption du monde.

 » Quand le monde arrivera à sa fin pour être libéré ; les jougs de fer seront brisés et les générations perverses seront anéanties et Moïse montera du milieu du désert et le Roi Messie viendra d’en haut. L’un marchera à la tête du troupeau et l’autre marchera à la tête du troupeau et sa Parole marchera entre les deux et eux et moi marcherons ensemble. C’est la nuit de la Pâque pour le nom de l’Etrenel, nuit réservée et fixée pour la libération de tout Israël au long de leurs générations »

Targoum Neofiti Ex 12, 42

Or comme je vais le montrer, cet événement, d’un point de vue juif, a une portée universelle temporelle et ontologique pour tout fils d’Adam, c’est à dire pour toute humanité bien qu’un non juif ne puisse consommer l’Afikoman qui symbolise le Korban Pessah. La sortie d’Egypte signifie une mutation ontologique de l’humanité toute entière à la suite d’Israël, elle est centrale.

Universalité du temps et de l’espace

Le fait est bien connu tout père juif raconte la Haggadah en faisant mémoire des patriarches pour que cette histoire fasse sens et s’actualise maintenant.

« A chaque génération, l’Homme doit se voir lui-même comme s’il était sorti d’Egypte »

TB Pessa’him chapitre 10 michna 5

Cette transmission (messarah) et reception (kabbalah) est au coeur du judaïsme (Cf Pirkei Avot 1, 1). Celui, celle qui parle à son fils (ou à sa fille) ouvre la porte à Celui qui est l’Éternel en même temps que le Lieu, l’Incommensurable et aussi l’Omniprésent. Asymptote de l’Espace et du temps humain à la fois.

In fine la tache de déterminer hic et nunc comment l’agir particulier doit se conformer à l’exigence de justice , c’est-à-dire de faire humanité dépend de l’humain, de tout humain et à chaque instant. Le mémorial de libération invoque un autre temps pour faire pénétrer dans l’instant présent la libération, le passage de l’esclavage à la liberté, d’une vie objectale perdue dans le monde de la consommation et des choses à l’émergence du sujet désirant créateur de sa propre liberté par un acte libre, déterminé et volontaire.

Cet universalisme temporel et messianique est clairement exprimé dans la Haggadah :


« On rappelle la sortie d’Egypte la nuit. Rabbi Eléazar ben Azaria a dit : j’ai l’air d’avoir 70 ans, et je n’ai pas mérité que soit mentionnée la sortie d’Egypte la nuit, jusqu’à ce que Ben Zoma interprète le verset : pour que tu te rappelles le jour de ta sortie d’Egypte tous les jours de ta vie, l’expression « les jours de ta vie » désigne le jour, « tous les jours de ta vie » désigne la nuit. Les Sages disent : « les jours de ta vie » désigne ce monde ci, « tous les jours de ta vie » pour amener les jours du Messie »

Berakhot ch.1, michna 5

Pour D. le temps n’existe pas. Et pour le juif ce ne sont pas le cosmos, les astres, la lune ou le soleil qui fixent le temps mais une décision libre du Sanhédrin ou de l’homme. C’est pour cela qu’on peut précéder le coucher du soleil pour dire le Quiddouche du Chabbat cette sanctification qui fait passer du temps sacré au temps sanctifié c’est à dire « particularisé » en hébreu. Il n’y a même pas un instant dans le temps puisque cet instant est l’objet de discussion c’est à dire sous la parole et la décision de ceux qui en discutent comme le montre le Talmud de Jérusalem.

Si cela est vrai les temps messianiques ne sont pas une période de l’histoire mais une irruption de la rédemption dans les fractures de l’histoire, un asymptote d’humanité. Les temps messianiques seraient alors une porte d’Éternité capable de s’ouvrir pour qui l’attend vraiment; à commencer par celui qui souffre, le malade sur son lit d’angoisse et d’agonie, le pauvre qui confie sa vie vulnérable à l’Éternel, le soignant qui affronte sa peur de mourir pour sauver une vie, sauvant ainsi toute l’humanité comme dit le Talmud.

Le messie n’est pas une « belle aventure à venir » mais il est à la porte de Rome ici et maintenant, parmi les mendiants nous dit le Talmud.

 » Un jour, Rabbi Yehochoua ben Levy rencontra le prophète Elie à l’entrée de la grotte de Rabbi Shimon ben Yo’hai et lui demanda :  » Quand le Messie viendra-t-il? » Elie répondit : Va donc interroger le messie lui-même – Mais où puis-je le trouver? – Aux portes de Rome. – Et comment pourrai-je le reconnaître? – Il est assis parmi les pauvres et les malades et panse leurs plaies.
R. Yehochouah alla donc trouver le Messie. [Il le reconnût parmi les mendiants parce que, contrairement aux autres lépreux, il ne se changeait qu’un pansement à la fois. Pourquoi? Il ne voulait pas que tous ses pansements soient défaits en même temps, pour pouvoir s’en aller à tout moment].

« Maître, quand viendras-tu? demande R. Yehochoua ben Levy. – Aujourd’hui même », répondit le messie. R. Yehoshoua retourna vers le prophète Elie. Celui-ci lui demanda : « Qu’a dit le Messie? – Il m’a menti, car il m’a dit « Aujourd’hui », mais il n’est pas venu. – Tu n’as pas compris sa réponse. Le Messie t’a cité un verset des Psaumes (95:7) : « Aujourd’hui, si vous écoutez Sa voix ».

TB Sanhédrin 98a

Où est le macchiah ? si l’on en croit cela, il avec les seniors dans les Epahd en train de mourir, seuls chez eux ou en réanimation isolés de leur famille, parmi les gilets jaunes honnis d’hier : caissières et médecins sans masques, caristes, personnel logistique exposés à tous les flux, livreurs, routiers, infirmiers, aides soignantes, assistants sociaux de proximité, aides ménagères… ces héros d’aujourd’hui, ces périphériques de la globalisation triomphante, risquent ici et maintenant leur vie sur le terrain quand les élites continuent de diriger le monde en télétravail de leur résidence secondaire en attendant que la crise passe. Où est le Messie ? Quand viendra la Géoula (Rédemption) ?

Lévinas interprétait ce passage en disant :

S’il y a du messianique, ce n’est pas en raison d’un événement miraculeux ou extérieur, c’est parce que nous devenons capables d’entendre.

Le Maharal de Prague, lui, relisait ce récit en prévenant toute lecture au premier degré :

« Il ne s’agit pas d’un fait concret… car les paroles des Sages sont abstraites de toute considération matérielle. »

Netsa’h Israël, chap. 28.

« le niveau du Machia’h ne relève pas du monde de la nature » dit-il, « le monde de la nature s’oppose à lui ». Le Machia’h est donc une réalité en tension avec le monde naturel. Et de cette tension naît l’histoire comme Providence. Ecouter aujourd’hui la voix du Messie ouvre une porte dans le temps, à Rome même, centre de l’Empire, coeur de l’opposition à Jérusalem.

« Que se vide l’esprit de ceux qui calculent la fin des Temps » nous préviennent nos Sages (TB Sanhedrin 97b). Bref, le messianisme dans son hystérisation impatiente du réel pour y voir apparaître un dieu… rend fou.

Quand le Prophète Elie viendra nous aurons la réponse à tout cela répond la discussion talmudique.

La sortie d’Egypte met en route la roue du temps et de l’Eternité d’Israël.

Le Yalkhout Shim’oni souligne ce commencement du temps avec la sortie d’Egypte :

« Rabbi Yéhochoua ben Lévy dit : ‘‘Le départ d’Israël d’Egypte évoque la similitude avec un roi qui possédait une horloge qu’il consultait souvent pour connaître l’horaire. Quand son fils devint majeur, il lui confia son horloge. Ainsi lui a dit le Saint, béni soit-Il : ‘Jusqu’à présent c’est de moi que relevait le compte des mois, à partir de maintenant je te confie cette charge’. Votre « oui » sera un oui votre « non » sera non. Mais quel que soit votre compte ce mois sera le premier des mois »

Yalkouth Shim’oni, paracha Bo

Quelle est la vocation d’Israël par rapport au temps des Nations ? Israël est éternel :

« Il existe une alliance éternelle entre Dieu et Israël. Le choix d’Israël n’est pas motivé par le nombre de personnes appartenant à ce peuple. C’est son petit nombre représentant toute 1’humanité, qui est à l’origine du choix de Dieu. L’état minoritaire a fait d’Israël un peuple microcosme. Israël commence par la lettre Yod qui est la plus petite de l’alphabet. Dieu a placé Israël au plus bas de l’échelle pour lui permettre d’évoluer et de s’élever constamment vers le spirituel. Cela fait partie de l’alliance contractée entre Dieu et Israël. Cette alliance durera éternellement ainsi que la pérennité du peuple juif »

Maharal de Prague, Guévourot Hachem 20, 28-29

Universalisme des Nations

On sait que la fête de Souccot est une fête clairement universelle.

On offrait ce jour là 70 taureaux aux 70 Nations de la terre, c’est à dire toutes. Les descendants de Sem, ‘Ham et Yaphèt sont compris comme les 70 nations de la terre. Israël est la nation e’had : « une », séparée des 70 autres, particularisée, goy kadoch : Ce peuple « vit solitaire et il ne se confond pas avec les Nations » (Nb 23,9).

L’espace du Temple réservé aux juifs était d’ailleurs tout petit par rapport à la cour de gentils. Le Temple n’est pas construit pour Israël mais il est « une maison de prière pour toutes les Nations » (Is 56, 7). Le Temple, réalité hautement spatiale, et dont toute la symbolique ‘monte’ (d’où les « psaumes des montées », on montait à Jérusalem où « l’Eternel réside » comme disent les Tehilim) de la cour des Nations à celle des juifs montant par des marches (où se tenaient les lévites chantant avec leurs instruments) qui entourent le sanctuaire (Saint, Quadoch) avec en son coeur le Kodesh Hakodashim, le Saint des Saints… vide de toute réalité spatiale et physique.

Mais le Maharal dit que cet universalisme de Souccot n’est pas central. C’est à Pessah que se déploie l’universalisme juif. La sortie d’Egypte est selon lui « le sujet central de toute la Torah, la base de toutes les bases et la racine de tout »

« Il faut se rendre compte que la Torah a fait de la sortie d’Egypte le sujet central de toute la Torah, la base de toutes les bases et la racine de tout. Il y a une multitude de mitsvot dans le Torah qui sont venues pour nous faire éprouver le message de la libération. Pourquoi ce même sujet revient dans différentes mitsvot ? Pourquoi la fête de Souccot ? Pour nous rappeler que le Saint béni soit-Il a fait résider les enfants d’Israël dans le désert »

Maharal de Prague, Guévourot Achem 3

Le Maharal va plus loin encore, il dit que la proclamation de la libération d’Egypte à Pessah ne concerne pas seulement les juifs mais toutes les Nations.

Dans le chapitre 3 du Guévourot Achem le Maharal de Prague nous explique que chaque jour dans le Chema nous évoquons la sortie d’Egypte. A chaque Chabbat nous célébrons la création du monde et la sortie d’Egypte… alors pourquoi célébrer Pessah ?

Avec son génie habituel le Maharal dit que non seulement chaque juif doit célébrer la sortie d’Egypte à chaque instant mais que le soir de Pessah en lisant la Haggadah à ses enfants qui raconte cette libération l’annonce au monde entier :

« Le soir de Pessah on n’a pas seulement l’obligation de se rappeler de la sortie d’Egypte mais on a une obligation supplémentaire celle de raconter et de diffuser l’évènement de sortie d’Egypte pour annoncer le Nom de Dieu au monde entier (baeolam) »

Maharal de Prague, Guévourot Achem 3

La particularité de Pessah est d’annoncer cet événement au monde entier. Pourquoi ? parcequ’il est concerné. Pourquoi ? parce que la libération psychique d’un individu, sa sortie d’Egypte n’est pas un événement juif mais un événement universel, ontologique qui concerne le cosmos et toute la création.

Ailleurs le Maharal fait un détour par la Paracha de Yitro pour redire cette universalité. En se demandant ce qu’Yitro « notable de Midiane » ou un prêtre idolâtre ‘qui connaissait toutes les formes d’idolâtrie du monde’ comme dit Rachi. Un non juif donc, qui allait devenir le beau père de Moïse, le premier converti. Qu’a entendu Yitro ?

« Ce fut une honte pour Moïse et les six cent mille Juifs qui n’avaient pas prononcé une bénédiction jusqu’à ce que Jéthro vienne dire : ‘Béni soit D.ieu’ »

Sanhedrin 94 a

Alors que le juifs n’ont fait que chanter à la sortie du Miracle de la mer Yitro, ce roi de Madiane est le premier dans la Torah à prononcer une bénédiction, avant la révélation au Sinaï. Oui, lui, un goy !

Et le Zohar commente :

« Tant que Yitro n’était pas venu remercier l’Éternel, la Torah n’avait pas été donnée au peuple juif. Lorsqu’il est arrivé et a déclaré : “Béni soit D.ieu qui vous a sauvés. Maintenant je sais que D.ieu est plus grand que toutes les divinités…”,

Zohar sur Exode 18, versets 10 et 11.

Bref, tant que les Nations n’ont pas béni, Israël est incapable de la Révélation !

Nos Sages ont relevé que la Paracha d’Yitro commence par vayishma « Et Yitro fut celui qui a entendu (vayishma) (Dt 18, 1) ? » Et bien sûr, ils se sont demandés : « mais qu’a-t-il entendu ? ». Le passage de la mer des Joncs et la guerre de Amaleq répondent-ils  :

Rabbi Josué dit : ‘‘Il a entendu parler de la bataille avec les Amalécites, comme il est écrit avant (en Ex 18, 1)’’, et Josué a déconcerté Amalek et son peuple par le tranchant de l’épée (Ex 18, 13).
R. Eleazar de Modim dit : ‘‘Il a entendu parler du don de la Torah et est venu. Lorsque la Torah fut donnée à Israël, le son de celle-ci la traversa d’une extrémité de la terre à l’autre, Et tous les rois païens furent saisis de tremblements dans leurs palais, et ils chantèrent, comme il est dit : Et tous dans son temple s’écrient : « Gloire ! » (Ps 29, 9) Ils se rassemblèrent tous près du faible Balaam, et lui dirent : ‘‘Quel est ce bruit tumultueux que nous avons entendu : peut-être un déluge vient sur le monde’’, car il est dit : « Le Seigneur était assis au-dessus des eaux tumultueuses ? – Le Seigneur est assis comme Roi pour toujours », il a répondu : le Saint, L’un, béni soit-Il, a déjà juré qu’il n’apporterait pas d’autre inondation sur le monde. [NDA : il ne peut régner sur ses créatures si celle-ci sont détruites par le déluge]

TB Zevahim 116a

Le Maharal de Prague interprète la réponse des Sages en disant que ces deux événements comme la proclamation de la Torah au Sinaï ont été entendus de manière universelle, « d’une extrémité de la terre à l’autre ». Il reprend le Midrach qui dit que ce ne sont pas que les eaux de la mer des joncs qui se sont ouvertes mais toute les eaux dans le monde entier, les mers, les lacs, les torrents, les ruisseaux, les sources, et jusqu’à la moindre goutte. Une séparation des eaux ontologique donc.

Yitro le converti a donc entendu au fond de son âme ces événements qui ont bousculé l’ordre de la Création et l’ont traversée de part en part… et il est venu au sein d’Israël. Et c’est seulement sa bénédiction du Trés Haut qui a permis la Révélation à Israël. Sans l’élévation de la sagesse profane, la pensée des cultures et des Nations, la Révélation spirituelle n’est pas possible. Il y a donc bien une interaction systémique entre la sagesse des Nations propédeutique et la Révélation qui l’irrigue à son tour. Un universalisme que nous devrions méditer.

Renaître

La sortie d’Egypte est le fondement psychique de l’individu libre, une sortie de l’idolâtrie, de la dispersion, de la perception de soi comme « on » parmi les objets de ce monde. Le passage d’une existence de consommateur à une vie de créateur. Comme l’homme, « tue le temps », en fuyant sa responsabilité à cause de sa peur de mourir, la Torah l’enjoint de l’affronter comme un espace de décision et de responsabilité.

Chacun de nous en proclamant cet événement au monde est invité à écouter une autre voix.

On sait que le Ari zal décompose le mot Pessah en Pé sa’h, « la bouche qui parle ! » (Pri Etz ‘Haïm chaar mikraé kodech 4).

Le Zohar souligne que l’émergence de l’individu libre dans l’histoire permet sa prise de parole. Elle est la condition pour que la parole soit audible, ce qui est une réalité psychologique et mystique :


« Quand Moché vint, la Voix apparut, mais Moché était une voix sans parole, parce que la Parole était en exil, et pendant tout le temps où la Parole était en exil, Moché était une voix sans parole. »

Zohar, Vaéra 25a

Ce n’est pas pour Israël que D.ieu a parlé à Israël mais pour l’humanité entière. D.ieu n’est pas le D.ieu d’Israël mais de toutes les créatures passées, présentes et à venir. Le Saint béni soit-il nous a libéré d’Egypte, nous les juifs, pour que toute créature puisse se dire :

 » C’est moi que D.ieu dans son infinie miséricorde, Celui « que les cieux et la terre ne peuvent contenir » et dont « le monde est l’escabeau de ses pieds » (psaumes), Ribono Chel Olam, le maître du temps et de l’espace, appelle à sortir ici et maintenant d’Egypte « 

La sortie d’Egypte est une réalité psychique profonde, une sortie de l’Empire de l’illusion non pas pour habiter le monde de la Vérité mais pour sortir au désert, aller au Sinaï et entendre une autre voix. Le projet de D.ieu était que la sortie d’Egypte, le Sinaï et l’Entrée en Egypte se passe dans le même mois nous dit le Maharal, malheureusement Moïse n’avait pas mesuré l’état d’addiction d’un peuple passé par 200 années d’esclavage. L’Egypte était un Etat totalitaire dont il était impossible de sortir.

« Il n’y avait pas au monde un peuple dont les mœurs fussent plus abominables que celles de l’Egypte, particulièrement dans la dernière génération, qui asservit Israël »

Maharal de Prague, Guevourot Achem, 4

L’avènement d’Israël à la sortie d’Egypte a modifié la structure mentale et des Juifs et des Nations. Une mutation ontologique qui fait que la mort et la haine n’ont plus de pouvoir définitif en ce monde. La sortie d’Egypte touche l’être humain au coeur de sa réalité psychique comme une nouvelle naissance.

« Ainsi le peuple juif en Egypte était comme un fœtus qui se développait dans le ventre de sa mère, suite à quoi il sortit lorsque son développement fut terminé. Ainsi les enfants d’Israël grandirent et se développèrent en Egypte jusqu’à atteindre leur perfection par le nombre de 600 000 personnes ; alors ils sortirent ». 

Maharal de Prague, Guévourot Achem 3

Pessah est le premier jour des mois car à ce moment se met en route un processus de croissance d’Israël. Le Maharal[1] souligne que l’agneau sacrifié n’est pas un animal abouti comme le taureau mais un premier né de l’année, un animal en puissance. C’est à chaque instant Pessah car la dynamique de libération commencée avec le premier Pessah est encore à l’œuvre à chaque instant. Elle nous fait advenir à nous mêmes en sortant de l’Empire de l’illusion, de la confusion, de nos addictions et de nos petits mensonges pour enfin écouter quelqu’un d’autre que nous. Sortir d’Egypte c’est naître dans l’humanité libre.

Israël est un premier né au sens où il signifie une humanité enfin possible :

« Israel est le cœur de la création, c‘est pourquoi seul Israel est appelé ‘Adam’, les autres créatures existent par ricochet, par rapport à Israël. Israel a été le premier parmi les nations. »

Maharal de Prague, Tiferet Israël 5

La sortie d’Egypte n’est pas un fait de l’histoire pour le Maharal, elle est « éternelle »[1] , elle est un événement métaphysique indépassable qui engendre la Nation juive et sa liberté et la dépasse.[2] Israël la proclame mais tout être humain en vit.


[1] Netsa Israël 8

[2] Cf. Benjamin Gross, Le messianisme juif dans la pensée du Maharal de Prague, Albin Michel 1994.


[1] Guevourot Achem 36

Brûler le ‘hamets qui est en nous

 » Que tout ‘Hamets, qui se trouve en ma possession, que j’ai vu ou que je n’ai pas vu, que j’ai aperçu ou n’ai pas aperçu, que j’ai détruit ou que je n’ai pas détruit, dont je n’ai pas connaissance, soit considéré comme inexistant et sans valeur, comme la poussière de la terre. »

Coronavirus, retrouver l’Unité psychique et la santé de l’âme et du corps à Pessah

Cette méditation est adressée à Maurice B. en salle de réanimation du Coronavirus et à un autre de mes amis qui se reconnaîtra.

Le psalmodie des Thehilim – psaumes

La prière qui souhaite la pleine guérison se dit Refoua Chelema en hébreu. On souhaite à la personne de retrouver le Chalom (Chelema). Ce Chalom ne désigne pas seulement la paix mais l’état profond de l’Unité intérieure. le Chalom c’est la complétude; C’est pourquoi on dit en hébreu : « Ma Chlomer ? « – Comment vas-tu ? Comment est ton chalom ? es-tu unifié ce matin (ou en vrac) ?

La maladie, les trauma, la mort nous laissent en vrac, incapables de nous accueillir et surtout recueillir.

Le psaume raconte ce cri primitif du vivant :

« Unifie (iha’ed comme e’had) mon cœur pour qu’il craigne ton Nom »

יַחֵד לְבָבִי,    לְיִרְאָה שְׁמֶךָ

Ps 86,11

Le « Nom » dans la Torah, imprononçable, est celui de D.ieu, révélé à Moïse. Il renvoie à tous les noms et à tous les mots du monde et des rêves et à toute parole qui pourrait être prononcée. D. sait donc bien de quoi nous avons besoin avant même que s’ouvrent nos lèvres. Il n’a nul besoin de nos prières. Alors pourquoi prions nous ? Parce que celui qui prie accomplit la crainte du Nom, il fait révérence à D. et ainsi accomplit sa vocation d’être humain en se remplissant de l’amour de D. et surtout du prochain sans lequel toute prière est vaine. Il s’unifie comme D. est Un.

JEWISH TROUVETOU : fabriquer un Keli

Trucs et Astuces en temps de Coronavirus

Vous êtes coincé car vous n’avez pas de kéli pour faire Netilat Yadayim ?

Comment en fabriquer un avec un cintre, une bouteille de Shampoing et un élastique ?

Sobre, design, fonctionnel, efficace, less is more… Mies van der Rohe quoi…

Coronavirus, la prière d’Israël : NIchmat Kol ‘Haï

L’enseignement spirituel du Coronavirus

Dans 7 jours c’est le mois de Nissan. Le Printemps. Cette année Pessah (le 14 au soir et pour une semaine) sera forcément cacher à la maison
En attendant on peut étudier pour comprendre.

Le message aux vivants est le suivant : c’est la vie et l’univers bactérien qui vous portent depuis 3,8 milliards d’années et non l’inverse. Vous, les humains, êtes juste des passagers de dernière minute. Si vous tuez la vie, ce n’est pas vous qui gagnerez mais elle. Cette planète et les bactéries que portent les animaux s’occuperont de vous.

C’est l’absence de conscience du vivant qui a conduit au Coronavirus, cette crise n’est pas seulement une question scientifique mais en profondeur une question spirituelle que la Vie nous adresse.

L’univers bactériel : l’homme à la dernière minute

En quelques jours avec le Coronavirus notre planète vient de se rappeler que ce n’est ni le capitalisme, ni la politique, ni la guerre qui mènent ce monde mais l’Univers bactériel dont nous ne sommes que les passagers.

La vie a commencé bien avant nous et a créé des processus de symbiose et de cooptation d’une intelligence dont l’homme est absolument incapable. Elle a commencé sans nous et continuera probablement sans l’humanité. Le fait de nous croire au sommet est une illusion. La vie nous porte dans toutes nos cellules et bactéries. A l’échelle de l’évolution planétaire, nous venons juste de naître. La période des cavernes à aujourd’hui ne représente que 1% du temps écoulé depuis la naissance de la vie. Les micro-organismes nous précèdent , nous sommes leurs hôtes.

Un jour il y a 3 milliards d’années une bactérie a commencé à battre sous la lumière dans l’océan des origines. Les cellules eucaryotes (avec noyau) seraient le résultat d’une suite d’associations symbiotiques avec différents procaryotes (cellules sans noyau). C’est ainsi que seraient nées les cellules complexes il y a 4 milliards d’années, les végétaux et les animaux. Nous portons tous en nous, les traces de cette fusion originelle.

Un jour des bactéries se sont entendues pour coopérer et s’informer à distance. Un jour l’assimilation chlorophyllienne a commencé a produire la fine couche d’oxygène à la surface de cette planète. Un jour, au temps des dinosaures, des sociétés intelligentes d’insectes sociaux comme les abeilles sont apparus et ont vaincu par leur intelligence collective : ils représentent 2 % des espèces d’insectes mais la moitié de la biomasse des insectes et sans eux la vie disparaît.

Les micro-organismes ont inventé toutes les formes d’organisation et de coopération, d’intelligence que nous découvrons à peine. Ainsi des lichens, unions entre une algue unicellulaire photosynthétique et un champignon : le champignon retire de l’algue le glucose que l’algue produit par photosynthèse ; l’algue retire de la relation un apport important en eau et en sels minéraux ainsi qu’un gîte. La découverte de l’ADN ne date que de… 1944. Grâce à lui, la cellule se recode et… ressuscite.

Arrivant seulement au crépuscule de l’histoire de l’évolution, nous portons comme « compilée » en nous la trace de la coopération originaire des bactéries qui a produit la vie et la conscience. 

C’est la vie qui commande et pas nous. Et si nous ne nous réveillons pas, le voyage continuera sans nous car l’aventure humaine c’est 1 minute à l’échelle de l’âge de l’univers. Regardez la nature, elle n’a pas besoin de nous pour accomplir chaque jour son miracle. Il suffit d’ouvrir les yeux.


L’homéostasie de chacun de nous, ses systèmes régulateurs en rééquilibre permanent (ce qui suppose une ‘conscience’ cachée) qui règlent nos battements de coeur, notre température, la quantité d’eau dans notre sang, notre respiration, sont le fruit de millénaires de coopération des bactéries, de lois innommables, d’une intelligence et d’une algorithmie dont le substrat est biologique et dont nos IA peinent à imiter les balbutiements.

De la prédation à la prise de conscience

A la fin, à la dernière minute de l’Univers donc, l’homme, conscient de lui-même et de son humanité est apparu avec comme seul but de garder et maintenir la vie et poursuivre l’aventure (comme toutes les espèces vivantes, survivre-se reproduire), mais avec quleque chos en plus, une conscience d’nu don originaire, qu’on nomme Création en théologie. Dit en termes religieux : Nous avons été créés par amour.

La volonté de l’homme pilote son destin. C’est parce que des êtres humains ont eu pitié d’autres, on voulut ne plus souffrir qu’est née la médecine et non pas comme une science séparée née de l’observation qui se serait ensuite constituée comme médecine. La conscience ne s’origine pas dans des algorithmes

L’homme est le plus grand des prédateurs… et il peut aussi se suicider.

Notre vision darwinienne de l’évolution, de la vie sociale, du capitalisme… est en fait un mythe néo-darwinien que nous sommes en train de payer avec le Coronavirus. Le soucis d’autrui, de ses émotions et de ses droits, la coopération humaine pilote l’évolution et non pas les guerres qui n’en sont que des crises de croissance. Les symbioses mutualistes nous entourent. L’escherichia coli dans notre intestin aide à la digestion, régule le système immunitaire et empêche la colonisation par des organismes pathogènes.

Car comme l’a montré Lynn Margulis (1938-2011) dans l’Univers bactériel :

« La vision de l’évolution comme étant le produit d’un combat sanglant entre des individus et des espèces – une distorsion populaire de la notion darwinienne de la « survie du plus apte » – se dissout alors que de nouvelles visions émergent de coopération continuelle, d’interaction et de dépendance forte entre les formes de vie »

De la Vie et de la Conscience le reverse engineering est impossible. L’Univers bactériel, l’homéostasie du vivant en ce monde est un système de coopération et de lutte qui se maintient selon ses propres lois et il n’y a pas de place pour un prédateur qui l’anéantirait.

L’être humain n’est que le berger de la Vie et pas son auteur, et nous devrions prendre cette crise comme un avertissement spirituel de dame Nature.

La franchissement de la barrière des espèces facteur de pandémies

Quelle est la crise écologique planétaire qui est en train de se passer et dont le Coronavirus est juste un début.

L’origine du Coronavirus comme du VIH (38 millions de morts), d’Ebola (20 000 morts) ou de Zika est un franchissement de la barrière des espèces de l’animal vers l’homme.

La destruction des habitats animaux par l’homme conduit les espèces à se rabattre sur l’espace d’habitat humain pour survivre et a franchir des barrières que le vivant a organisé pour maintenir la vie de tous.

L’origine du Coronavirus est la transmission à l’homme du Sars-CoV-2 transmis à l’homme via un animal (pangolin, chauve souris ? on ne sait pas). Le piège s’est refermé sur plusieurs centaines de millions de personnes en Chine avant de se propager à d’autres pays.

Le VIH est un virus simien le SIVcpz, dont le VIH est une réplique, qui vient du Zaïre qui est passé du chimpanzé à l’homme par consommation mais s’est répandu par l’urbanisation et l’industrialisation. La grande diversité des souches présentes à Pointe-Noire, Kinshasa et plus largement au Congo confirme qu’il s’agit bien du berceau de l’épidémie de sida.  L’urbanisation intense de Léopoldville (devenue Kinshasa), la diffusion par la ligne de chemin de fer Congo-Brazzaville, ont lancé l’épidémie en Afrique.  37 millions de morts.

Ebola aussi est un franchissement de la barrière des espèces de l’animal vers l’homme. La carte de la déforestation en Afrique de l’Ouest suit celle d’Ebola. La déforestation massive en Afrique de l’ouest et l’exploitation minière ont favorisé le contact du virus avec les populations humaines. L’hôte de l’animal, des roussettes, une espèce de chauve-souris frugivores produit des flambées du virus Ebola quand il déborde vers des populations humaines.

Zika sur le continent américain provient lui aussi d’un réservoir bactérien animal. Le virus provient du singe macaque rhésus utilisé comme « sentinelle » (animal en captivité faisant l’objet d’examens périodiques) lors d’une surveillance de la fièvre jaune dans la forêt Zika, au bord du lac Victoria sur la presqu’île d’Entebbe en Ouganda.La transmission à l’homme s’est faite par un moustique.

parfois l’homme utilise le franchissement de cette barrière des espèces comme un apprenti sorcier. Ainsi La maladie de Lyme l’a fait dans un cadre de guerre bactériologique… ( voir ici et ici). La transmission par la tique de la Borrelia Burgdoferri et de nombreuse co-infections n’en est qu’à son début.

Le seul remède contre les pandémies est la prise de conscience par l’homme de la puissance de l’univers bactériel et l’écologie.

L’apport du judaïsme à l’humanité : un art de vivre écologique intégral ( Léavdil)

Les traditions spirituelles de l’humanité sont simplement des arts de vivre millénaires. Quand l’humain oublie D. il n’est pas plus libre comme on le croit généralement… il commence juste à adorer n’importe quoi, son argent, son pouvoir ou son sexe.

Des milliards de personnes pendant des millénaires ont réfléchi à ce que signifiait une vie humaine. C’est à dire qui ne soit pas une prédation d’autrui et des faibles ou de la planète mais qui permette de faire sens pour le plus grand nombre sur fond d’incommensurable et d’Eternité. Voici quelques idées venues du judaïsme.

Dans la Bible D. cré les monde en séparant (léavdil) : la lumière des ténèbres, le jour de la nuit, les eaux du haut de celles du bas, la terre de l’herbe, les espèces. Et D. finit sa création en ordonnant à l’homme de séparer le temps profane du travail de celui sacré du repos (Chabbat) ou il retrouve son âme en étudiant, priant, recevant ses amis, faisant l’amour (Chabbat Vayinafash de nefesh âme). Chabbat qui se finit par le rite de la Havdala (de léavdil) la colture qui rend le temps au travail profane pour le sanctifier c’est à dire le rapporter ) D. Bref en rendant la création et le Travail de la semaine à son Origine ultime. D. Cette séparation originaire est une sanctification du temps (zeman) qui structure à travers le Chabbat et les fêtes et les Roch hodech (lunaison, début du mois) toute la vie juive. On devrait réfléchir à cette séparation d’un point de vue écologique.

Cacher veut dire « convenable » (Esther 8, 5), qui respecte la vie.

Par exemple, nous, les juifs ne mangeons pas de crustacés. Nous laissons aux poissons leur nourriture. Les « animaux interdits » visent à ne pas briser la chaîne et l’équilibre écologique. Les fruits de la mer, les crabes, les moules, les langoustes, les crevettes etc… constituent la nourriture pour les autres poissons. En les consommant, l’homme détruit un équilibre écologique ce qui a pour conséquence la disparition de nombreuses races de poissons privés de la nourriture qui leur était destinée.

Dans le Chema que nous disons deux fois par jour, le coeur de la prière juive, nous disons :« tu aimeras » et tout de suite après de manière très étrange on nous parle d’écologie et des résultats d’un comportement éthique ou non sur notre environnement écologique:


« si vous écoutez bien Mes commandements que Je vous ordonne aujourd’hui, d’aimer l’Éternel votre D.ieu et le servir de tout votre coeur et de toute votre âme. Je donnerai la pluie de votre terre en son temps, averse d’automne et ondée printemps, et tu récolteras ton blé, ton vin et ton huile. Je donnerai l’herbe dans ton champ pour ton bétail, tu mangeras et tu seras rassasié. »

Mais si nous nous laissons à retourner à la confusion idolâtrique, au mélange des genres, au viol de la nature et au tohu bohu primitif décréateur :

« La colère de l’Éternel s’enflammerait contre vous. Il fermerait les cieux, il n ‘ y aurait plus de pluie et la terre ne donnerait plus sa récolte, et vous disparaîtriez bientôt du bon pays que D.ieu vous donne. »

Nous ne mélangeons pas le lait et la viande pour rappeler l’interdiction du mélange des générations. La Torah nous enseigne à 3 reprises :

“Tu ne cuiras pas l’agneau dans le lait de sa mère”

La clôture, la séparation sont une structuration de toute notre vie dans ses moindres détails pour laisser la place : aux autres qui ont eux aussi le droit de vivre (‘Tu aimeras ton prochain car il est comme toi-même » est la juste traduction de l’injonction du Lévitique); aux vivants; à D. sont les fondements de notre art de vivre.

La circoncision du prépuce (orla) qui signifie la séparation d’avec D. et donc l’Alliance est une réalité écologique de apparaît quand la Torah elle dit que le fruit de l’arbre fruitier qui vient d’être planté « est incirconcis (orla) pendant trois ans… on n’en mangera pas » selon le code Lévitique (Lv 19, 23).  La Tradition juive a remarqué que, chaque fois que le terme orla est employé dans la Bible, il désigne une barrière faisant obstacle à un résultat favorable. Ainsi, la résistance de quelqu’un au repentir est appelé la orla du cœur : « Supprimez donc la ‘orla de votre cœur  » (Dt 10, 16). La suppression de l’obstacle rétablit donc l’alliance avec D. en même temps qu’elle frustre le corps de sa prétention à l’unité sans Dieu. En enlevant le prépuce, l’homme juif signifie la séparation qui le fait entrer dans l’humanité juive, qui n’a d’autre prétention que de signifier aux autres êtres humains l’humanité tout court, la sortie de l’animalité pour accéder à l’humanité sociale. C’est d’ailleurs ce jour-là que l’enfant reçoit son nom, il entre dans la filiation qui le rend redevable de son humanité dont le nom –la psychanalyse l’a suffisamment montré, est le sceau symbolique et la porte d’accès au langage et au Réel.  C’est en ce sens qu’il faut comprendre le : « Et le Seigneur, ton Dieu, circoncira ton cœur et celui de ta postérité. » (Deut. 30, 6). L’homme n’est donc pas le dominateur de la création mais il  est celui qui la protège et qui veille sur elle. Lé’ovdah oulchomrah. Par son action et ses choix il peut conduire l’humanité au désastre, mais il a aussi  et surtout la possibilité de parfaire le monde.
L’éthique et l’écologie du vivant sont donc liés. Ce n’est pas le capitalisme ni l’avidité ni les délires des puissants qui pilotent la Vie.

Voilà ce que mon Maître, le Rabbin Haïm Harboun, m’a appris.

Voir ici : Tou Bichvat, le judaïsme est une écologie

« L’associé principal de l’homme dans l’aventure du vivant n’est rien d’autre que D. lui-même. c’est pourquoi, toute action de l’homme ne doit pas détruire la part de D. »

Rav Haïm Harboun