« le « H’erech » (le sourd), le fou et l’enfant »


En discutant avec mes amies Gabrielle et Deborah Portnoï, toutes deux CODA (Children of deaf adult : enfants entendants de parents sourds), dont la langue des signes est la langue maternelle, et qui ont créé l’association  « La parole aux sourds » et militent dans l’association des sourds juifs de leurs parents (ACSJF) :

Alors qu’une autre amie, Nurith Aviv cinéaste franco israélienne qui est en train de réaliser une film sur la langue des signes qui sortira ce printemps aprés Langue sacrée langue parlée, Traduire…

… je voudrais résumer ce que dit la Halakha à ce sujet pour éviter des contresens. Ceci est contenu dans le traité ‘Haguiga 2b.

« le « H’erech » (le sourd), le fou et l’enfant »

Dans le Lévitique 19,14 il est écrit:

« Tu ne peux pas insulter le sourd. »

La traduction française est imprécise, il faudrait plutôt dire: « Tu ne dois pas prendre le sourd à la légère. »

 

Talmud HAGUIGA 01Talmud HAGUIGA 02

Que peut on en conclure ?

Que désigne le H’erech ?

L’expression qui assimile « le « H’erech » (le sourd), le fou et l’enfant », du Talmud disant qu’ils ne sont pas soumis aux Mitsvot ne signifie pas qu’un juif muet ou un sourd ou un sourd-qui ne sait pas parler est exclus d’Israël.

Le contexte est celui-ci : la mitsva dans le judaïsme doit être une action consciente de l’homme qui permet de sanctifier le temps c’est-à-dire de prendre conscience de sa valeur, de le fixer pour être vécu de manière vivante. Elle s’oppose au fait de tuer le temps, d’oublier dans l’addiction, etc…

Le H’erech ne correspond pas à des caractéristiques physiques mais à un état d’inconscience, celui de l’enfant, du fou, de celui qui serait complètement coupé des autres et qui de ce fait ne peut témoigner de manière responsable dans un beit Din ou une assemblée en prière.Le « H’erech » celui qui n’entend pas et ne parle est comparé au fou ou à l’enfant parce qu’il n’est pas en possession de ses moyens de conscience.

C’est pour cela que le talmud distingue le « H’erech » qui parle mais qui n’entend pas (le sourd), ainsi que celui entend mais qui ne parle pas (le muet), tous deux considérés comme des gens de parfaite constitution en tous points parce qu’ils ne comprennent pas une situation.

Selon Rachi, il est préférable d’utiliser la langue des signes plutôt que de lire sur les
lèvres.

Le Talmud dit dans le traité Guitin 59a dit :

« Quand le sourd fait un signe, nous pouvons le lui rendre. »

Le sourd dans le contexte antique

Cette discussion du 3ème siècle doit être replacée dans le cadre de l’ancien Droit romain, selon lequel le sourd ou le muet ne pouvaient faire de testament sans la permission du Prince ou se marier de peur que le ou la sourd(e)- muet(te) ne comprenne pas les charges et les devoirs du mariage. Il s’agissait d’un préjugé qui pensait que le sourd-muet ne comprenait pas.

Ler Choul’han Aroukh dit que le sourd-muet qui connaît la langue des signes ou le
sourd qui parle peut tout à fait compléter le minyan (Choul’han Arou’h, Ora’h ‘Hayim 55,8)

L’avis du Rav Ovadia Yossef

Le Rav Ovadia YOSSEF (1920-2013) zal , la plus haute autorité orthodoxe séfarade, dans Chou’t Yéh’avé Da’at vol.2 chap.6 dit que selon le strict Din, il est possible de s’appuyer sur les décisionnaires qui autorisent de compter dans le Minyan un sourd-muet qui a étudié dans une école spécialisée. Parce qu’il est conscient.

 

Le livre de la Genèse raconte-t-il vraiment les premiers instants de l’univers ?


Suit ici une réflexion inspirée des enseignements des Rav Haïm Harboun et Rav Nathan Mrejen

Nous avons lu hier la Paracha Berechit. Quand on demande aux gens ce que raconte le Livre de la Genèse ils répondent souvent « la Création du monde »… ce qui n’est pas faux. Mais de quelle création parle-t-on ? des premiers instants de l’Univers que décrit aussi la théorie scientifique du big bang ? Mais alors dans ce cas qui faut-il croire la science ou la Torah ? Peut-on faire une lecture de ce texte comme un reportage du commencement de l’Univers ?

big bang

Qu’est ce qui a été créé en premier ? « Qui a commencé ? »

Une célèbre page de la guemara du traité Haguiga s’étonne « Lors de la création il a créé le ciel puis la terre » comme le dit le premier verset de la Torah « Au commencement lorsque D. créa les Cieux et le terre » alors qu’il est dit plus loin dans l’ordre inverse « Le jour où l’Éternel D. fit la terre et le ciel il n’y avait encore aucun arbuste des champs… » (Gn 2,5). Pourquoi cette incohérence logique ? Pour nous prévenir, bien sûr! disent les Hakhamim de ne pas opérer une lecture littérale.

D’après l’école d’Hillel la terre a été créée en premier, à quoi les disciples de Chammaï qui pensaient que le Ciel a été créé en premier. A quoi les disciples d’Hillel répondaient : « d’après vous on bâtit l’étage et après la maison ? » (TB Haguiga 12a)… Mais selon les autres Sages tout a été créé en même temps comme les deux mains de D-ieu car « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied : quelle est la maison que vous pourriez me bâtir, le lieu qui me servirait de résidence ? Mais, tout cela, ma main l’a créé ! » (Is 66, 1-2) à rapprocher de : « C’est ma main qui a fondé la terre, ma droite qui a étendu les cieux. Je leur adresse mon appel : aussitôt ils se présentent ensemble.(Iakhdav) » (Is 48, 13).

Rachi le célèbre Maître de Troyes, vigneron au Moyen-Age ajoute :

« Au commencement, Eloqim créa » Ce texte demande, en fait, à être explicité. C’est comme nos maîtres l’ont expliqué : Le monde a été créé pour la Tora qui est appelée « le “commencement” de Sa voie » (Michée 8, 22), et pour Israël qui est appelé « le “commencement” de Sa moisson » (Jr 2, 3). Mais si tu veux l’expliquer selon le sens littéral, fais-le ainsi : Au commencement de la création des cieux et de la terre, alors que la terre était tohou et vohou et que les ténèbres…, Elohim a dit : « que la lumière soit ! » Ce texte ne vient pas nous donner l’ordre de la création, nous dire que ces éléments ont été créés en premier. Si tel était le cas, le texte aurait dû porter barichona (« en premier lieu »), car on ne rencontre jamais le mot réchith dans la Bible sans qu’il soit lié au mot suivant. Exemples : « Au commencement (beréchith) du règne de Yehoyaqim » (Jr 26, 1), « le commencement (réchith) de son royaume » (infra 10, 10), « les prémices (réchith) de ton blé » (Devarim 18, 4). Ici, de même, tu dois expliquer : « Au commencement, Elohim créa… », comme s’il était écrit : beréchith bero, « au commencement de l’acte de la création », à rapprocher de : « au commencement (te‘hilath) où Hachem parla à Osée » (Osée 1, 2), c’est-à-dire : « au commencement de la parole adressée par le Saint béni-Soit-Il à Osée, Hachem dit à Osée. ». […] Force est donc d’admettre que le texte ne nous enseigne absolument pas l’ordre chronologique de la création (Gn rabba 1, 6, Lv rabba 36,4)

Bref le fait de penser la création comme précession historique est une erreur. Ce n’est pas de cela que le texte parle.

Alors comment résoudre ce paradoxe originel ?

Le paradoxe originel

Rabbi Yossé dit que l’expression amayim, « les eaux » vient de chécham mayim, c’est-à-dire une forme contractée de ech et maïm le feu et les eaux.

La création contient donc en son principe des opposés comme l’eau et le feu, des paradoxes qui ne sont pas contradictoires du point de vue du Saint, béni soit-Il mais pas réconciliable du point de vue de la nature ou de la logique humaine.

L’enseignement de Rabbi Akiba propose que chamayim et arets sont les noms du Saint, béni soit-Il. Comme si la nomination originaire se référait à une unité originaire paradoxale incompréhensible pour l’homme qui ne peut la penser qu’en terme de confusion, lui qui vit non pas dans le monde de l’UN mais dans celui de la séparation, du langage, condition de possibilité et d’intelligibilité et aussi nostalgie de l’unité perdue (cf Babel).

Le traité Haguiga se demande pourquoi les scélérats comme les justes profitent de la lumière en ce monde alors que D. a séparé la lumière des ténèbres. Et il explique que D. l’a mise en réserve à l’usage des justes pour les temps à venir (TB Haguiga 12a). La création est donc une réalité paradoxale « qui n’a pas encore eu lieu » mais qui va advenir lors de la délivrance. Une sorte de processus entre le début et la fin du monde qui renvoie l’homme non pas à l’origine ou à la fin mais à son présent, l’histoire où il peut choisir la lumière ou les ténèbres à chaque instant.

J’ai reçu un enseignement du Rav Mrejen à ce sujet.

« C’est pourquoi l’homme (ich) quitte son père et sa mère, il s’unit à sa femme (ichto) et ils ne font qu’une seule (ehad) chair » (Gn 2, 24) : Il s’agit d’un paradoxe du masculin et du féminin qui désirent s’unir pour réaliser l’Unité (ehad) de éternelle et qui se repoussent comme les pôles opposés d’un aimant. ich et icha qui sans le Yah deviennent Ech, le feu destructeur. Paradoxe étrange car sans la femme l’homme ne peut se comprendre, laissé à sa solitude. Nous y reviendrons.

Haguiga 12a

Celui qui lit littéralement la Torah est juste un malheureux

Et rabbi Yossé rapporte ensuite une baraïta : « Malheur aux créatures qui voient et ne savent pas ce qu’elles voient qui se tiennent debout et qui ne savent pas pourquoi elles se tiennent debout, la terre sur quoi repose -t-elle ? Sur des colonnes puisqu’il est dit « il fait trembler la terre sur ses bases et ébranle les colonnes qui la supportent » (Job 6, 9). Ces colonnes sont sur l’eau puisqu’il est dit : « Pour Celui qui étend la terre sur l’eau » (Ps 136, 6).

A la Renaissance Le Maharcha[1] indique que Yossé commence son enseignement par la mot « Malheur » parce qu’il déplore le « malheur » qui consiste à croire en une description physique de la nature alors que le but de ce texte est de révéler le fondement spirituel de l’univers. En quoi est-ce un « malheur » ? Parce que l’oubli de cette reconnaissance de la profondeur spirituelle de l’univers conduit à l’absence de prise de conscience de la responsabilité de l’homme qui consiste à changer le monde.

J’ai reçu un autre enseignement du Rav Mrejen à ce sujet : ce qui est curieux c’est qu’après avoir créé les réalités spirituelles de la terre (erets) et des cieux (achamaïm) :

« Dieu fit l’espace, opéra une séparation entre les eaux qui sont au-dessous et les eaux qui sont au-dessus, et cela demeura ainsi. Dieu nomma cet espace le Ciel. Vayiqra Elohim laraqia chamaïm. (Gn 2, 7-8)

Pourquoi alors que les Cieux (chamaïm) et la Terre (erets), réalités spirituelles , ont été créées, le  Raqia doit il être « nommé »  chamaïm, « les Cieux »? Comme si on n’avait pas compris… Parceque l’homme a besoin de la nomination pour attribuer un sens spirituel à la réalité, pour considérer ce monde selon son élévation spirituelle, pour penser par allégorie.

Dit en d’autres mots : celui qui s’assimile au monde des choses considère la réalité et les autres comme des choses et en devient une. C’est ce qu’on appelle l’idolâtrie.

Si je ne vois les femmes que comme des proies sexuelles je deviendrai un objet sexuel et je ne pourrai pas comprendre la féminité ni la richesse sentimentale d’une relation réelle et pas fantasmatique. Si je ne considère les autres que comme des objets sociaux rapportés à leur surface financière je perdrai la gratuité sans laquelle aucune relation vraie n’est possible. Si je considère les autres comme des objets de ma séduction ou de mon pouvoir je serai réduit à mon rôle de maître ou d’esclave, d’objet sous la main ou de tyran inaccessible te je ne serai jamais libre, etc…. Et le sexe, l’argent ou le pouvoir ne sont que des catégories de l’idolâtrie parmi d’autres…

On est déterminé par la manière dont on regarde le monde. L’homme qui voit et vit ainsi ne peut donc qu’être malheureux puisqu’il n’accomplit pas sa vocation spirituelle, ce pour quoi il est fait, ce pour quoi l’Eternel l’a rendu contemporain de Lui-même par amour.

J’entends déjà un de mes enfants me poser la question « Mais alors qu’est-ce qu’il y avait ‘avant’ la lumière et les ténèbres ?»

L’Etat originaire : la solitude

Berechit explique ce qu’il y avait ‘avant’ : « Or la terre n’était que solitude et chaos; des ténèbres couvraient la face de l’abîme, et le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. » (Gn 2, 2). Rachi commente :

Tohou et vohou Tohou signifie « étonnement, stupéfaction », l’homme étant frappé d’étonnement et de stupeur en présence du vohou.[2]

Les deux mots hébreux tohu et bohu son treliés par et. Tohu signifie « inhabité, inhabitable, le désert ». Comme il est écrit :

« Il le rencontre dans une région déserte, dans les solitudes (tohu) aux hurlements sauvages; il le protège, il veille sur lui, le garde comme la prunelle de son œil. » (Dt 32, 10)

Le second mot bohu ne se rencontre que trois fois dans la Torah il et est donc difficile à définir, il est toujours lié à tohu.

Rachi décrit ce réalité comme stupéfiante. « Tohou et vohou Tohou signifie étonnement, stupéfaction, l’homme étant frappé d’étonnement et de stupeur en présence du vohou. »

L’homme est donc interloqué, sans voix face au chaos qu’il est avant la parole de D. Sans D. sa vie est un « désert où hurle la solitude »

C’est de cette agitation que la femme vient le tirer, comme une réalité paradoxale sans laquelle il ne peut trouver sa propre signification.

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul »

Le couple humain est une réalité paradoxale en quête de l’unité originaire et qui sans elle se repousse et se détruit. « L’Éternel-Dieu dit: « Il n’est pas bon que l’homme soit isolé; je lui ferai une aide digne de lui. » » (Gn 2, 18). L’homme est en danger sans son vis-à-vis. Il risque de se croire pouvoir réaliser l’unité de Dieu. Il lui faut une femme avec il va pouvoir réaliser l’unité le ehad qui est en Dieu.

Le Zohar déclare :

« Un homme seul, ou une femme seule, n’est que la moitié d’un corps » (Zohar III 7b, 109b, 296a)

Et les Hakhamim disent :

« L’épouse d’un homme est comme son propre corps. » (Talmud Menahot 93b, Bekakhot 35b).

 

« Une aide qui soit face à lui Si l’homme a du mérite, elle lui sera une aide. S’il n’en a pas, elle sera contre lui et le combattra » (Beréchith rabba 17, 3. et Yevamoth 63a).

Le Tohu Bohu c’est donc « l’avant » de la création et du couple humain. Un espace de confusion sans vis-à-vis (lumière/ ténèbre ; haut/ bas ; jour/ nuit ; terre/ eau ; homme/femme…) donc sans signification.

Berechit ne raconte pas les premiers instants de l’univers mais comment chacun de nous peut ici et maintenant choisir d’advenir en ce monde comme un être humain dans la avoda hachem, en couple.

Tohu Bohu

[1] MaHaRCHA (initiales de Morénou Harav Rabbi CHmouel Aidels – « Notre Maître Rabbi Samuel Eidels ») Rabbi Chemouel Ben Yeouda Halevy Edel de Pologne (1555-1631). Commentaire du Talmud intitulé Hidouchei Maharcha (Hidouchei signifiant « Nouvelles Explications par »).

[2] Et Rachi ajoute « En français médiéval : « estordison ». Vohou signifie vide et solitude. La face de l’abîme A la surface des eaux qui étaient sur la terre. Et le souffle de Elohim planait Le trône de la majesté divine se tenait dans les airs et planait à la surface des eaux grâce au souffle de la bouche du Saint béni soit-Il et par Sa parole, comme une colombe qui plane sur son nid (Gn rabba 2, TB Haguiga 15a). En français médiéval : « acoveter ». »

 

Hochana Rabba : le verdict


Aujourd’hui nous fêtons Hochana Rabba (הושענה רבּה, la grande délivrance) qui est le septième jour de la fête de Souccot. Le jugement rendu à Roch Hachana et consigné à Yom Kippour est scellé et entre en vigueur.

lulav-and-etrog-sukkot

 

De quelle Toute-Puissance l’Eternel est-il le nom ?

Et quiconque aura survécu, parmi tous les peuples qui seront venus contre Jérusalem, devra s’y rendre chaque année pour se prosterner devant le Roi, l’Eternel-Cebaot (D. des armées), et pour célébrer la fête des Tentes. Et celle des familles de la terre qui n’irait pas à Jérusalem pour se prosterner devant le Roi, l’Eternel-Cebaot (D. des armées), celle-là ne sera pas favorisée par la pluie. Que si la famille d’Egypte n’y monte pas pour faire ce pèlerinage, elle non plus ne sera pas indemne; mais elle subira le fléau dont l’Eternel frappera les [autres] peuples, pour n’avoir pas fait le pèlerinage de la fête des Tentes. Tel sera le châtiment de l’Egypte et le châtiment de toutes les nations qui ne feraient pas le pèlerinage de la fête des Tentes. (Zacharie 14, 16-19)

Le Midrach des théhilim commente : « [Guidé par les paroles de tes lèvres, j’observe les actions des hommes, les voies des gens violents.] Affermis mes pas dans tes sentiers, pour que mes pieds ne glissent point. » (Ps 17, 5)

« À Roch Hachana, tous ceux qui vont dans le monde passent devant Lui comme un troupeau et les enfants d’Israël passent aussi devant Lui avec ceux qui vont dans le monde. Les ministres (angéliques) des nations du monde disent [alors] : « Nous avons triomphé et remporté le jugement » et nul ne sait qui a triomphé, Israël ou les nations du monde…

Comme le premier jour férié de la Fête arrive et que tout Israël, grands et petits, portent leur loulav (branche de palme) dans la main droite et leur etrog (cédrat) dans la main gauche, tous savent immédiatement qu’Israël a remporté le jugement.

Comme arrive le jour de la Hochana Rabba, qu’on prend les branches de saule et qu’on fait sept processions pendant que le chantre de l’assemblée se tient tel un ange de Dieu, un Livre de Torah au bras, et que le peuple tourne autour de lui à l’image de l’autel … les anges du service divin se réjouissent et disent : « Les enfants d’Israël ont gagné, les enfants d’Israël ont gagné, le rejeton d’Israël ne mentira pas et ne regrettera pas ! » (Midrash Tehillim sur Psaume 17, 5)

Si nous « gagnons » en ce jour c’est évidement dans la guerre contre nous-mêmes, contre nos fanatismes de toute puissance qui nous font croire de manière infantile que le monde est à notre main et ne peut nous résister. La Toute puissance de D. annoncée à Roch Hachana, scandée à Kippour celle le du Roi, l’Eternel-Cebaot (D. des armées), n’a rien à voir avec nos rêves de Toute puissance, avec les armes et armées humaines. Si nous nous mettons à genoux pour prier à Kippour pour la seule fois de l’année (le cœur des prières quotidienne se dit Amida « Debout ») c’est pour tomber de notre arrogance.

La Toute puissance de l’Eternel c’est la puissance du Clément, Miséricordieux, Lent à la colère, Plein d’amour et de vérité. Une « puissance » contre laquelle les chars ne peuvent rien. Une puissance qui nous désarme, nous rend vulnérable aux autres. Nous pouvons enfin baisser la garde et enfin leur parler, car ce n’est pas nous qui assurons notre vie mais Celui qui nous la donne à profusion dans l’eau et la pluie qui sont la Vie. Sans ce Chalom comment célébrer la joie ?

De la joie

« Vous serez joyeux, en présence de l’Éternel votre D.ieu, pendant sept jours » (Lv 23, 40-43),

Souccot est la fête de notre joie. La Sim’hat Beth Hachoéva, est la « Joie du Puisement de l’Eau ». L’habitude à la synagogue est de faire des hoshianot autour de la Tebah avec le loulav pour supplier et demander la pluie.

Loulav

Hoshana-Rabbah

Hochana Rabba, Bernard Picart (1673-1733), Synagogue portugaise d’Amsterdam.

Le Mishna Roch Hachana 1, 2 ajoute :

« Lors de la Fête, le monde est jugé sur l’eau »

Le Talmud dit :

« Celui qui n’a pas vu la joie de Sim’hat Beth Hachoéva n’a pas vu de joie de sa vie. » (TB Soucca 5 )

Non seulement nous sommes les hôtes de la création mais en plus nous serions bien incapables d’en faire tomber une goutte de pluie en cette saisons des pluies d’hiver qui commence (Souccot marque le début de la saison des pluies). Quant à détruire notre écosystème au lieu de de veiller sur lui avec amour pour nos enfants, nous avons déjà largement œuvré en ce sens.

La fête de l’eau était à l’époque du second Temple, une fête pour les femmes dans la cour des femmes du Temple. On y jouait de la flûte (TB Soucca 5,1)

La Soucca de la Reine Hélène était-elle cachère ?


La guemara parle au Traité Soucca d’un personnage pittoresque, la Reine Hélène. Personne d’autre à ma connaissance ne s’appelle Hélène dans le Talmud… et pour cause, les Hellènes ce sont les grecs, les étrangers à Israël… cette reine était d’origine hellénistique. Essayons de comprendre de quoi il s’agit.

Soucca1

L’espace de la Soucca et le temps de l’amour

Il s’agit d’un passage où les sages se demandent ce que doit être la taille d’une Soucca. Dans la première Michna qui commence le traité Soucca. Un tana[1] anonyme dit que le toit doit être à moins de 20 coudées [2] du sol, donc moins de 8 mètres du sol. Mais selon Rabbi Yéhouda (135-170, tana de la 5ème génération, élève de Eliézer Ben Horkanos, Rabbi Akiba, Rabbi Tarfon et d’autres sages de Yavné), même au delà « elle est parfaitement valable ». Cependant  les deux tanaïm invalident une soucca « qui n’a pas  dix paumes (largeur d’un poing fermé )[3] de haut (80 centimètres[4]) qui n’a pas trois parois ou qui a plus de soleil que d’ombre », etc…

La guemara (qui commente en araméen la Michna en hébreu s’empare) de l’affaire… et repart très curieusement de la discussion sur l’erouv (un espace privatisé entre plusieurs familles) à chabbat dans Erouvin[5]. Pourquoi ? probablement parce que l’interdit de la construction d’une maison (le mishkane) est un des trois principes structurant les interdits de chabbat (mélakhot), avec ceux concernant les habits et la fabrication du pain correspondant à la socialité et à la nourriture.

Notre grand risque est de croire qu’une maison ce sont des murs (solides et qui défient le temps), la soucca nous rappelle que le seul but d’une maison est de créer une espace de vie et d’accueil, de convivialité familiale et avec nos amis. Nous sommes de nomades, des passants provisoires en ce monde. Les plus vieilles habitations du monde ont quelques millénaires, le Hessed (amour) dure 1 000 générations soit 20 000 ans nous dit la Torah, Choisir est juste une question de lucidité !

Réfléchir à une maison (la Soucca) revient à réfléchir à ce qui s’y passe et non points au batiment provisoire, à la maison en temps que carrefour de relations familiales et espace d’accueil (la maison). Et si les hakhamim discutent si longuement… pourquoi mois de 20 coudées ? Parce que, dit la guemara, la soucca doit avoir un toit transparent pas trop loin pour qu’on puisse « en prendre conscience » au moment où celui-ci fait de l’ombre. Puis elle ajoute qu’au-dessus de 20 coudée il s’agit d’une maison en dur et donc plus une soucca. Pour Raba l’habitation dans la soucca renvoie aux temps messianiques (2b). Puis après la discussion sur la hauteur on passe à celle de la superficie minimale (20 coudées par 20 coudées), l’in dit qu’on doit pouvoir y installer une table, un autre que les gens de l’antiquité mangeaient allongés sur un lit, un autre encore qu’il suffit d’y passer la tête et une partie du corps, tec… Une intense discussion donc sur l’espace et le temps qui concerne moins des calculs pointilleux qu’une réflexion de fond sur les catégories fondatrices et structurantes de l’anthropologie humaine que révèle la maison comme espace symbolique.

La maison c’est l’homme. Les différents lieux de la maison sont les fonctions humaine : manger, dormir, se reproduire… la maison nous « enveloppe » et crée un espace de liens des membres qui forment ensemble une « famille » réunie comme on réunit les espèces du loulav : palme, saule, myrte, Cédrat, qui représentent Tout Israël. (photo). Son intérieur révèle beaucoup de l’intérieur de ses habitants . Notre désordre intérieur correspond souvent à un désordre physique. La décoration d’une maison raconte notre histoire familiale avec ses mythes et ses secrets. Posséder une maison fait parfois partie de l’estime de soi pour un couple, au delà de la reconnaissance sociale. Alors camper dans une tente avec un toit qui laisse passer la lumière c’est tout un programme !

Soucca Meïr2

Nous pensons spontanément dans l’espace en terme de taille et de grandeur mais la vraie grandeur est spirituelle, intime, d’amour. Quand on relativise l’espace on peut comprendre la vraie réalité spirituelle, et éventuellement l’Incommensurable.

Nous ne cessons-nous de répéter depuis Roch Achana et Kippour :

Vaya’vor Adonai al panav, vayikra: Adonai Adonai El rahum v’hanun erekh apayim v’rav hesed v’emet, notzer hesed la’alafim… « La Divinité passa devant lui et proclama: « ADONAÏ est l’Etre éternel, tout puissant, clément, miséricordieux, tardif à la colère, plein de bienveillance et de vérité, il conserve sa faveur à la millième génération ». (Ex 34, 6-7)

L’espace que révèle la cabane renvoie au temps de l’amour. L’inscrire dans notre vie la prolonge sur mille générations… c’est le symbole de la soucca provisoire, une réalité d’amour. Venons-en à la Reine Hélène.

La Reine Hélène

Vient un long passage (ci-dessous) qui nous parle de la Reine Hélène et de sa Soucca, dont le toit était bien au dessus de 20 coudée de hauteur ! Bref non seulement elle n’est pas cacher mais ce n’est pas une soucca mais un palais ! Et Rabbi Yehouda demande : « Une reine aurait-elle l’habitude de s’asseoir dans une petite soucca ? »… Pas cachère? Pourtant les Sages de la Torah y allaient dit la guemara. Et un autre rétorque : une femme n’est pas soumise aux obligations de la soucca (liée au temps). Mais un autre affirme : elle avait sept garçons et donc l’un d’entre eux devait avoir au moins treize ans, et donc était soumis à cette règle, imposée aux hommes… Alors casher ou pas ?

Talmud Soucca Reine Hélène

Qui donc peut donc être cette הלני המלכה, Reine Hélène dont nous parle le Talmud ?

La reine Hélène, d’Abiadène, une province sous domination perse proche du Tigre, (nord de l’actuelle Syrie, ancien Kurdistan) est une convertie au judaïsme vers l’an 30. Elle embrassa la religion juive avec ses fils Monobaz et Izatès et une partie de sa cour . Son royaume fut le seul à porter secours aux juifs lors du conflit avec Rome qui aboutira à la première guerre judéo-romaine et au massacre de 70 (25% de la population de Judée fut assassinée) et à la destruction du Temple. Son sarcophage découvert en 1860 dans les tombeaux souterrains des rois de Jérusalem est exposé au Louvre. Il porte une double inscription, gravée à la hâte, mentionnant en hébreu et en araméen « la reine Tzada » plus connue sous le nom d’Hélène, reine d’Adiabène.

Tombe de la reine hélène

détail

Hélène d’Adiabène possédait une palais à Jérusalem à l’époque du second Temple et on peut penser que la vie sous la Soucca était assez loin de ce luxe  :

palace-of-adiabene-empress-helena

(source : Musée d’Israël, Jérusalem)

Hélène d’Adiabène était connue pour sa générosité. Le Talmud parle des présents importants que la reine a donnés au Temple de Jérusalem. La Michna (Yoma 37 a) rapporte que la reine consacra un candélabre d’or au Temple, qui fut placé au-dessus de la porte conduisant à la Cour d’honneur « lorsque le soleil se levait ses rayons étaient réfléchis par le chandelier et tout le monde savait que c’était le temps de lire le Chema ». (Yoma 37b; Tosefta Yoma 82)… Dans le Talmud (Baba Batra 1 et 11) son fils est crédité d’avoir sauvé Jérusalem de la famine (du moins selon Rachi).

Selon le Rabbi Yehoouda  » la Reine Hélène (et ses sept fils) suivaient en tous points les instructions de sages », Ils étaient strictement observants des enseignements des Hakhamim nous dit le traité Soucca.

Ceci est confirmé par une michna du traité Nazir. La Reine Hélène est l’une des rares personnes identifiées par son nom dans le Talmud comme étant devenue une Nazire par trois fois :

MISHNAH . SI UN HOMME NAZIR DE LONGUE DURÉE A TERMINE SON TEMPS ET ENTRE ALORS DE LA TERRE [D’ISRAËL], L’ECOLE DE SHAMMAI DIT QU’IL EST UN NAZIRITE POUR TRENTE JOURS, MAIS CELLE D’HILLEL DIT QUE SON NAZIRAT RECOMMENCE COMME AU DÉBUT. IL EST DIT DE LA REINE HÉLÈNE QUAND SON FILS (IZATES) S’ÉTAIT ENGAGÉ DANS L’ARMÉE QU’ELLE A DIT: «SI MON FILS REVIENT VIVANT DE LA GUERRE JE SERAI NAZIRE POUR 7 ANS.  SON FILS EST REVENU VIVANT DE LA GUERRE ET ELLE A OBSERVES LE NAZIRAT PENDANT 7 ANS ; À LA FIN DES 7 ANNÉES, ELLE EST MONTEE EN TERRE D’ISRAËL, ET L’ECOLE D’HILLEL A DÉCIDÉ QU’ELLE DEVAIT ÊTRE NAZIRE POUR 7 ANS DE PLUS. VERS LA FIN DE CETTE PÉRIODE, ELLE A CONTRACTE UNE IMPURETÉ RITUELLE, ET ELLE A DONC ÉTÉ NAZIRE POUR VINGT-UN ANS [LA PÉRIODE A RECOMMENCE, 7 FOIS 3 = 21 ] . R. JUDAH A DIT: ELLE N’A ÉTÉ NAZIRE QUE 14 ANNÉES… (TB Nazir 19b)

Il est donc intéressant de constater que la guemara du Traité Souccot nous présente comme exemple du juif observant en cette fête universelle, non pas un homme mais une femme (qui n’est pas astreinte aux mitsvoth positives liées au temps comme celle de demeurer te manger dans la Soucca à partir du 15 Tichri). Non pas un juif mais une prosélyte sincère qui respecte scrupuleusement les décisions des sages.

Le plus étonnant est que Talmud dit :

« Les sages ses fils étaient assis dans une Soucca de plus de seize coudées carrées (la soucca doit avoir 49 paumes carrés au moins), les autorités rabbiniques de l’époque ne lui ont adressé aucun reproche bien que ses fils fussent assis à coté d’elle » (TB Soucca 2b)

Les fils sont qualifiés de Sage (Rakhamim) et elle est assise parmi eux. Ce qui désigne l’étude en langage talmudique.

Je ne connais qu’une autre « femme assis parmi les Sages » dans la Talmud , il s’agit de Berouria la fille ainée de Rabbi ‘Hanania Ben Téradyone devenue la femme de Rabbi Meïr, une femme savante qui  « étudiait 300 Halakhot en un seul jour nuageux » dit le traité Pessahim (62 b).

Hélène est donc comme Ruth l’archétype du guyour. Grand honneur à cette femme !

Etrog Meïr

[1] Les Tanaïm – תַּנָּאִים (répétiteurs) étaient des maîtres de la loi orale. Le tana était le maître qui enseignait la Torah à l’époque de la Michna. Il faisait partie du Sanhédrin, l’assemblée des rabbins qui discutaient la loi et ses applications pratiques.

[2] Amah, אמה : Une coudée = Longueur de l’avant-bras. Distance séparant le coude du médium « Une coudée vaut six palmes » et Rachi précise « c’est l’avis de Rabbi Meir qui dit toutes les coudées étaient de longueur moyenne » (TB Soucca 5b). Entre 40 et 57,6 cm environ.

[3] Sit, סיט : largeur d’un poing fermé.  De 8 à 9,6 cm. Unité utilisée pour la mesure des tissus.

[4] Choul’han Aroukh Ora’h ‘Haïm 633, 8

[5] Erouv signifie mélange ; les différents domaines se confondent et sont comme mélangés pour devenir un seul grand domaine.

– dans le temps (érouv Tavchiline) il s’agit de prolonger un temps avant une fête pour cuisiner pour le chabbat qui suit.

– dans l’espace, Durant Chabbat, il est interdit de transporter quoi que ce soit du domaine privé vers le domaine publique ou vice versa, il s’agit de créer un espace entre plusieurs maisons, où l’on peut porter en faisant un érouv (symbolisé par un fil).

Le rendez-vous avec la Joie


Il y a bien 40 ans que je n’avais pas construit de cabane avec mon frère jumeau !

Ah! qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être UN (iahad : UN)! C’est comme l’huile parfumée sur la tête, qui découle sur la barbe, la barbe d’Aaron, et humecte le bord de sa tunique; comme la rosée du Hermon qui descend sur les monts de Sion; car c’est là que Dieu a placé la bénédiction, la vie heureuse pour l’éternité. (Tehilim 133)

Souccot, la fête de la Joie

Chaque année le 15 du mois de Tichri (mercredi soir) nous fêtons l’engrangement. A cette occasion nous fabriquons des cabanes (Soucca) d’où la fête de Souccot appelée « le temps de notre joie » qui dure sept jours.

Les dons de la nature sont l’œuvre de D. mais à force de recevoir la grâce il nous arrive de faire des grâces. Alors nous quittons notre maison et nous construisons un espace fragile, ouvert pour que nous redevenions accessibles. Il est vrai que Kippour nous a préparés à cette vulnérabilité. D. nous a conduit dans des tentes au désert. Cette fête de cabanes nous rappelle notre condition d’errant au désert.

Le Talmud parle à l’infini de la dimension de la Soucca. Cette réflexion et la mitsvah cette construction physique sont une façon de structurer l’espace. Nous vivons dans l’espace et celui-ci peut devenir non pas une demeure qui reflète le pouvoir ou la richesse ou la surface de la personne, mais un lieu d’accueil. La vie s’enclot pour vivre qu’on pense à la membrane de la cellule, à l’habit qui nous permet de communiquer à la maison… trois interdits (faire une maison, un habit, du pain… qui correspondent à la fabrication de la tente de la rencontre ou D. habitait au désert) qui structurent les melakhot (interdits du Chabbat). La Soucca comme le Chabbat est structuration fondamentale de l’existence. Le toit doit laisser passer la lumière celle du ciel. Un coté doit être ouvert pour accueillir. La Soucca c’est le Hessed, l’Amour Universel.

L’Universel et le particulier

Souccot est la fête universelle par excellence. On offrait alors au Temple 70 taureaux pour les 70 nations de la terre. Une manière de dire que si D. a choisi Israël ce n’est pas parce qu’il est le D. d’Israël mais le D. de l’humanité. Ce que nous juifs symbolisons pour tous à Souccot.

A Souccot on lit la Haftara des prophéties de Zacharie :

« L’Éternel sera Roi sur toute la terre ; en ce jour, l’Éternel sera un et unique sera son nom ». (Zac 14, 9).

… un verset que nous disons à la fin de chacune de nos prières. La soucca permet de réunir la famille et les amis, Israël et les Nations, le loulav réunit les espèces (saule, myrte, palme, cédrat). Souccot est la fête de l’Unité ET de l’universalité. Etrange paradoxe. Incompréhensible à vue humaine.

Le Rambam éclaire ce ‘ehad (UN) des peuples dans son Michné Torah :

Malgré tout, les pensées du Créateur du monde sont impénétrables pour l’homme, notre conception et notre pensée sont différentes de la sienne. En effet, toutes ces choses-là concernant Jésus le nazaréen, et l’Ismaélite qui vint après lui [Muhammad], ne sont venues qu’afin de préparer le chemin pour le roi Messie, pour améliorer le monde entier à servir Dieu ensemble : Alors je transformerai les peuples d’un langage commun pour que tous invoquent le nom de l’Eternel et le servent d’un cœur unanime. Moïse Maïmonide, Mishné Torah (Lois des Rois 11, 4).

Le rendez-vous avec la Joie

Nos maîtres de mémoire bénie venaient danser au Temple à Souccot, à l’occasion de la cérémonie de la libation d’eau. On puisait de l’eau à la source de Gihon qui était versée sur l’autel, afin d’obtenir la grâce divine pour les pluies comme nous le demandons aujourd’hui dans les ochiana. Sans eau pas de récolte et pas de vie.

Cette cérémonie était une fête pour les femmes et se déroulait dans le l’azarat nashim (la partie du Temple réservée aux femmes). On y jouait de la flute (TB Soucca 5,1)

« Celui qui n’a pas vu la joie de Sim’hat Beth Hachoéva n’a pas vu de joie de sa vie. » (TB Soucca 5 ). On trouve la trace de cela dans le Livre d’Isaïe :

וּשְׁאַבְתֶּם-מַיִם, בְּשָׂשׂוֹן, מִמַּעַיְנֵי, הַיְשׁוּעָה

Vous puiserez de l’eau avec allégresse aux sources du salut » (Is 12, 3)

Que cette joie t’habite cher lecteur, chère lectrice !

Gmar hatima tova


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Rabbi Eliézer a dit :
Fais téchouva un jour avant ta mort. »
Ses élèves lui demandèrent :
« Un homme connaît-il le jour de sa mort ? ».
Rabbi Eliézer répondit :
« À plus forte raison, qu’il fasse téchouva aujourd’hui de peur qu’il mourra demain.
Ainsi, tous ses jours seront en téchouva. (TB Chabbat 153a)

La Guémara poursuit :

Parole de Rabbi Yo’hanan ben Zakaï :
« À quoi cela ressemble-t-il ?
À un roi qui convia ses serviteurs à un festin mais qui n’en a pas fixé l’heure. 

La vraie nature de la Techouva


Par le Rav Chlomo Haïm Hacohen Aviner – chelita – en 5757 (1997). 


1. La Techouva : a priori ou a posteriori ?

D’après nos Sages, la Techouva aurait été créée avant le monde, avant toute présence humaine. A première vue, puisqu’il n’est de faute sans présence humaine, la Techouva semblerait inutile.

Mais surtout, l’homme a été créé faillible, tel qu’il est susceptible de faire des erreurs et de fauter. “Il n’existe pas de juste sur terre qui fasse le bien sans jamais fauter”. La Thora ne cache pas qu’à plusieurs reprises, Moïse lui-même a commis des erreurs ; le peuple juif s’est rendu coupable d’une faute extrêmement grave avec le veau d’or. Aucun être n’est exempt d’erreurs, d’où la nécessité de la Techouva, sorte d’issue de secours. Selon un adage célèbre : “C’est la Loi qui créé la faute”, autrement dit, sans Loi, sans mitsvot, sans interdit, il n’y aurait pas de faute ! Grande habileté du fondateur de christianisme auteur de cette phrase. Mais le Mal est le Mal, ce n’est pas la Loi qui l’engendre. Le Mal est Mal dans son essence, que nous le comprenions ou non. Il est admis que le vol est de l’ordre du mal, il nous faut comprendre que profaner le Chabbat relève également du mal.

2. Le mérite du ‘Ba’al Techouva’

La Techouva, cet acte qui nous permet de nous décharger de tout ce Mal qui nous accable sans relâche permet une purification. Mais la Techouva est plus que cela.

Le terme de Techouva, intraduisible en français si ce n’est pas le terme de ‘Retour’, comporte un relent négatif. S’il s’agit d’un retour, c’est qu’on a fait fausse route et qu’il faut revenir sur soi, réparer ce qu’on a détérioré. Si on peut détériorer, on peut également réparer. C’est donc un processus a posteriori de l’âme. Des dégâts ayant été commis, il importe de restaurer la situation telle qu’elle était au départ. Certes, il aurait été préférable qu’il n’y ait pas d’erreur, de faute et que la Techouva ne soit pas nécessaire. C’est donc après coup que les dégâts ayant été commis, il faut s’efforcer de les réparer.

Nos Sages ont précisé que “là où se tiennent les Ba’alé Techouva, les Tsadikim guemourim ne sauraient se tenir”, conférant ainsi un avantage au Ba’al Techouva par rapport à celui qui est toujours demeuré dans la voie droite. Cette opinion est en fait l’objet d’une controverse dans le Talmud. Selon l’un des Sages, le Ba’al Techouva est effectivement supérieur au Tsadik gamour, au Juste parfait, alors que d’autres présentent une opinion contraire en affirmant que “toutes les promesses des prophètes ne concernent que le Ba’al Techouva ; quant à ce qui attend le Tsadik gamour, aucun œil ne l’a contemplé”, pas même l’œil prophétique qui perçoit le lointain de l’histoire mais est dépassé par la réalité du Tsadik gamour [Berakhot 34b]. Ce qui signifierait que le monde que les prophètes nous promettent et nous présentent, c’est un monde qui appartient aux Ba’alé Techouva et qui est construit par eux. Mais le monde des Juifs intègres est un autre monde.

Une controverse dans le Talmud, ne signifie pas que les propos soient divisés entre le vrai et le faux, entre lesquels il faudrait choisir. De toutes les controverses qui surgissent dans le Talmud, il est écrit : “celles-ci et celles-ci sont des paroles du Dieu vivant” [‘Erouvin 13b]. La réalité est complexe, elle présente différents aspects, différentes facettes, différentes lumières. Chaque opinion fait apparaître une facette de la réalité. Chacun perçoit une couleur, un aspect, et ce sont les propos de tous nos Sages ensemble qui constituent la vérité.

Et ce sont les propos de tous nos Sages dans leur ensemble qui forment la réalité. Il est bien évident par ailleurs que chacun des Sages connaissait l’opinion de l’autre, d’autant qu’elles procèdent de la même argumentation. Elles se fondent d’ailleurs toutes deux sur le même verset.

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