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Les vies de Didier Long et Haïm Harboun sur bibliothèque Médicis


(Toute l’émission avec Maurice Olender, Historien, Professeur à l’EHESS, Sylvain Fort, Essayiste, conseiller et plume d’Emmanuel Macron )

Sur la piste des bergers corses dans le Niolu et en Castagniccia : témoignages de la mémoire marrane


אֶשָּׂא עֵינַי, אֶל-הֶהָרִים–    מֵאַיִן, יָבֹא עֶזְרִי. Je lève les yeux vers les montagnes, pour voir d’où me viendra le secours.
יְהוָה שֹׁמְרֶךָ;    יְהוָה צִלְּךָ, עַל-יַד יְמִינֶךָ. C’est l’Eternel qui te garde, l’Eternel qui est à ta droite comme ton ombre tutélaire.
  יוֹמָם, הַשֶּׁמֶשׁ לֹא-יַכֶּכָּה;    וְיָרֵחַ בַּלָּיְלָה. De jour le soleil ne t’atteindra pas, ni la lune pendant la nuit.

Psaume 121

« C’est le Niolo, la patrie de la liberté corse, la citadelle inaccessible d’où jamais les envahisseurs n’ont pu chasser les montagnards … Quand on lève les yeux vers les crêtes, on s’arrête ébloui et stupéfait … Le ciel au-dessus semble violet, lilas, décoloré par le voisinage de ces étranges montagnes. »

Guy de Maupassant, Un bandit corse – 1882

Témoignages de croyances marranes dans le Niolu et en Castagniccia

niolu

Voici ce que m’ont confié deux bergers du Niolu : Antoine et Manuel qui se reconnaîtront. Les photos sont de l’un d’eux. Je les remercie avec une immense gratitude.

Peu à peu les pièces du puzzle de la mémoire juive profonde de Corse s’assemblent… avec le Niolu on est au cœur de la mémoire et de l’âme Corse, fragments de mémoire.

Carte

Casamalccioli, les maguen David de la Santa di Niolu

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Casamalcioli, Niolu

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Slate : « Jusqu’où peut-on chercher l’amour ? »


Une interview émouvante, l’histoire de Didier, un épisode de Transfert d’Hélène Carbonnel (Podcast Slate) :

http://www.slate.fr/podcast/149673/jusquou-peut-chercher-lamour

Contes de sefarad, La Légende du rabbi ben Levi


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Le rabbin Ben Levi, le chabbat, lisait un livre de la loi, dans lequel il est dit : « Personne ne peut regarder Ma face et vivre ». Et, en lisant, il a prié que D-ieu donne à son fidèle serviteur cette grâce de le voir avec ses yeux de mortel et de ne pas mourir.
Une ombre est venue soudainement sur la page, et levant ses yeux, qui devenaient faibles avec l’âge, il vit l’Ange de la Mort debout devant lui, debout, tenant un épée nue dans sa main droite.
Le rabbin Ben Levi était un homme juste, mais il sentit dans ses veines un froid de terreur. Avec une voix tremblante, il dit : « Qu’est-ce que tu fais ici ? ». L’ange répondit : « Le temps approche où tu dois mourir par le décret de Dieu ». « Quoi qu’il arrive lui dit le vieil homme, laisse mes yeux de chair voir ma place au paradis ». « Et bien dit l’Ange, viens et vois ». Rabbi ben Levy ferma le livre saint, et se levant et relevant sa tête grise il dit : « Donne-moi cette épée ». L’ange sourit et se hâta d’obéir. Puis il le conduisit vers la cité céleste, le plaça en haut des remparts où le Rabbi Ben Levy vit de ses propres yeux de vivant sa place au paradis.
Alors dans la cité de D. le Rabbi descendit avec l’épée de l’ange de la mort, et les rues furent parcourues par un vent soudain de quelque chose que là on ignore, que les hommes appellent la mort.
Alors que l’Ange restait à l’extérieur en criant : « Reviens ! » la voix du rabbin lui répondit: « Non ! Au nom de D-ieu, que j’adore, je jure que je ne viendrai pas ! »
Alors tous les anges ont crié : « O Saint, voici ce que le fils de Lévi a fait ! Le royaume des cieux est pris par la violence, et en ton Nom refuse que cela n’arrive ! Le Seigneur a répondu : « Mes anges, ne vous inquiétez pas, est-ce que le fils de Lévi a brisé sa promesse ? Laissez-le rester, et de ses yeux de mortel, regarder ma face et qu’il ne meurt pas encore. »
Derrière le mur, à l’extérieur, l’Ange de la Mort a entendu la grande voix, et a dit dans un souffle haletant : « Rends-moi l’épée et laisse-moi m’en aller ». Sur quoi le rabbin s’arrêta, et répondit : « Non! Tu as déjà assez causé d’angoisse parmi les fils des hommes ». Et quand il se tu, il entendit le terrible mandat du Seigneur qui résonnait dans les airs : « Rends l’épée ! »
Le rabbin baissa la tête dans une prière silencieuse ; Puis il a dit au terrible Ange : « C’est promis, aucun œil humain ne verra plus cela, mais quand tu prendras les âmes des hommes, on ne te verra plus, et avec une épée invisible, tu feras l’appel du Seigneur ».
L’ange repris son épée et s’évanouit dans l’ombre, il erre depuis sur terre sans qu’on le voit.
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Légende tirée de Talmud de Babylone Berakhot 51a.

Tou BeAv : Le couple, rencontre providentielle de deux « inconscients »


« Il y a trois choses qui me dépassent, quatre que je ne connais pas : le chemin que suit l’aigle dans le ciel, le chemin que suit le serpent sur le rocher, le chemin que suit le navire au cœur de la mer et le chemin que suit l’homme pour trouver une jeune fille » (Livre des Proverbes 30, 18-19).

Le quinzième jour du mois d’av (hébreu : ט״ו באב tou bèav) était selon le Talmud, l’un des jours les plus joyeux de l’année juive à Jérusalem à l’époque du second Temple. Tous les jeunes célibataires de Jérusalem sortaient danser dans les vignobles avec des habits blancs , les filles invitant les garçons à les prendre. De la vient la tradition de Chiddouh, les mariages « sur mesure » organisés dans le milieu orthodoxe. Mon rabbin Harboun est spécialiste de cela, docteur en psychologie clinique il s’est fait un questionnaire spécial à cocher pour dire aux couples s’ils sont compatibles… et vérifier « avant ».
Ce jour est l’occasion d’une petite réflexion sur le couple.
Je vous livre ici quelques pages du Commentaire psychologique de la Torah largement inspiré de sa pensée du Rav Harboun mon maître que je suis en train d’écrire.

Marc Chagall, fleurs et couple sur le divan rouge

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Le couple, rencontre providentielle de deux « inconscients »

La Torah s’intéresse longuement au couple et à sa formation :

Le dicton Zivoug Mine hachamayim : « La formation du couple est l’affaire du ciel » rappelle que la construction d’un couple ne relève pas du rationnel, mais de la providence.

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1492 : LES NAUFRAGES DU NOUVEAU MONDE


Tisha Be Av 5777/ Ludareddu, 31 Juillet 2017

Celui qui ne connait de la Corse que les plages de sable fin et la grande bleue turquoise comme aux Antilles ne peut comprendre ce qui s’est passé ici. Il y a cinq siècles des pirates turcs dont le célèbre Dragut mouillaient dans ce golfe. Des bateaux de Constantinople faisaient escale remontant jusqu’à Zonza emmenant des autochtones vers la barbarie, les marchés d’esclaves et de galériens d’Alger. Les juifs en bout de course arrivaient ici avec juste un billet aller…

Ainsi, en Novembre de l’année 1579, 150 familles marranes venues de la cote ligure et de Vintimille, qui firent naufrage en route, tentèrent de Fonder La Nouvelle Vintimille : Vintimillia la nuova, autrement dit Porto Vecchio (voir ici leur histoire : https://memoriaebraica.com/sefarades-de-1492/)

Ludareddu

Le 31 juillet au soir, veillée de la ticha beAv juive cette année (le jour juif commence au coucher du soleil) a lieu une étrange cérémonie à Porto-Vecchio (Portivecjhu, Corse du Sud). Un bonhomme de paille et de liège est sommairement jugé, puis on le promène dans les rues de la ville sur une carriole sous les lamentos éplorés de la foule, enfin il est brûlé sur un bûcher devant l’église ou aux Salines. Cette fête s’appelle Ludareddu, « petit juillet ».

LUDAREDDU 2

Fait étrange, personne n’a jamais été brûle en Corse par l’Inquisition à la Renaissance, et pourquoi un 31 juillet ?

Comme je l’explique dans Mémoires juives de Corse, Il s’agit d’un de ces milliers de souvenirs marranes laissés en Corse comme autant de traces de mémoire par les familles des juifs chassés d’Espagne et du Portugal qui se sont intégrés à la population d’île au XVIè siècle  à la faveur de la colonisation de peuplement génoise. La Corse comme la Crimée (famille juive de Ghisolfi[1]) est gérée par la banque Saint Georges, ce sont des verrous stratégiques pour Gênes.

Les tours génoises qui entourent la Corse et la protégeaient des pirates turcs construites au XVIe siècle.

Il se trouve que ce soir c’est aussi la fête juive de Ticha Be Av et que ce 31 aout est aussi la date de l’édit d’expulsion des juifs d’Espagne en 1492. Signalons au passage que 10 de ces familles de la Riviera ligure ont été envoyées à Ajaccio en 1992 pour fonder la ville.

Que s’est-il donc passé ?

1492

Le 31 juillet 1492 l’édit d’expulsion des juifs d’Espagne décidé par le Roi Ferdinand de Castille et la Reine Isabelle d’Aragon, conseillés par Torquemada l’Inquisiteur de Séville et leur confesseur depuis 1482, arrive à expiration. Le plus grand nettoyage ethnique d’Europe vient de commencer.

Les juifs sont en Espagne depuis que le roi Salomon a installé des comptoirs à Séfarade (Espagne) un millénaire avant l’ère commune. Malgré le baptême forcé des juifs par les Wisigoth, des chrétiens ariens germaniques, au VIIème siècle ; un demi-million de juifs, soit la moitié des juifs d’Europe, habitent l’Espagne en 1391 à la veille des massacres de Séville (7 juin 1391). 4 000 hommes, femmes, vieillards et enfants y sont alors massacrés par la foule au cri de « Le baptême ou la mort ! »… 100 000 choisissent une conversion au christianisme, souvent de façade.

Cette conversion souvent de façade au christianisme leur ouvre les portes du pouvoir dont ils vont rapidement gravir toutes les marches. On les trouve à la cour, trésoriers du roi comme Luis Santangel… En réalité beaucoup font Kippour et judaïsent en secret. Ils ont rejoint la clandestinité pour protéger leurs frères. On se méfie des Conversos ou anousim en hébreu (ceux qui ont été « forcés », le même mot que « violé »). On les traite de marranos, « porcs-maudits » en castillan. Démasqués ils meurent sur les buchers de l’Inquisition par milliers.

Mais entre 1391 et 1492 en un siècle, la psychose grandit en Espagne contre les juifs de cour et ces faux chrétiens. La haine religieuse et raciale se cristallise. La chasse aux sorcières s’intensifie. Des lois de pureté du sang (limpieza de sangre) sont décrétées contre ces Nuovo christianos : tous ceux qui n’ont pas 3 générations de parents chrétiens sont exclus des postes de pouvoir.

Tomás de Torquemada

En 18 ans Tomas de Torquémada a condamné personnellement 9 000 juifs à être brulés vifs et 7 000 à être exhumés pour qu’on brûle leurs cendres. Il ne sort qu’accompagné de 200 gardes armés et 50 cavaliers pour de gigantesques répétition générale du jugement dernier par le feu dont il est le dieu, les autodafés (actes de foi) sur le Quemadero de Séville.

Le 02 aout c’est Tisha beAv de l’an 5252, la commémoration de la destruction des deux temples. Le 31 juillet 1492 date limite du décret royal, 150 000 juifs quittent l’Espagne par la mer. Certains fuient vers les Mellahs du Maroc. D’autres vers Bordeaux ou Amsterdam. Les autres veulent rejoindre le Levant ottoman via les ports d’Italie. Les sardes et les siciliens sous couronne d’Aragon sont expulsés. Certains finissent en Corse directement ou via Gênes qui durant un siècle avant que Livourne ne devienne un port franc à la fin du XVIème siècle, est le « hub trafic » de la méditerranée.

Mais beaucoup périssent en mer, sont tués et violés par les marins et passeurs génois, des enfants dépérissent sur l’ile aux serpents comme le raconte Samuel Usque, des femmes sautent à l’eau avec leur nourrisson, beaucoup finissent aux galères d’où l’on ne revient pas ou sur les marchés d’esclaves en Barbarie… c’est l’épreuve la plus terrible pour Israël avant la Shoah.

Luis de Santangel

Luis de Santangel, conseiller financier des rois d’Espagne, juif clandestin et de cours, dont les cousins ont été dévorés par les flammes à Saragosse sort accablé de son entretien avec le couple royal en ce début 1492. Il sait désormais que le sort d’un demi-million de juifs d’Espagne en est jeté. Il met tout en œuvre pour convaincre les monarques de l’importance de l’expédition de Colomb. En réalité son plan consiste à exfiltrer les juifs et marranes vers la Jamaïque.

Des milliers de juifs arrivent à Gênes. Ils errent en Italie. On organise des ghettos pour qu’ils ne se mêlent pas aux « nouveaux chrétiens » pour les ramener à la foi juive. C’est un flot interrompu qui durera… jusqu’au XVIII ème siècle. Alors qu’en Espagne d’immense processions de marranes portant le San bénito finissent au bucher. Brulés vifs ou après strangulation en cas d’aveux. Ils crient le Chema et se fient au Nom au-dessus de tout nom.

Procès d’Inquisition. Photo Olivier Long, Casa de sefarad, Judéria de Cordoue. http://www.casadesefarad.es/

Le bon vent du large du Nouveau Monde

Mais certains en baissèrent pas la tête. L’ancien monde meurt? qu’importent ils se jettent vers le Nouveau Monde promis par le messianisme apocalyptique.

Le 02 aout Christophe Colomb met mes voiles sur le Nouveau Monde. Ecrivant en espagnol, et non pas en toscan alors qu’il est né génois, ce fils de marranes qui a une maîtresse à Cordoue, conseillé par le géographe juif Abraham Zacuto, est le dernier espoir des juifs. Ils vont arriver au Brésil avec les hollandais, au Pérou, à la Jamaïque par milliers. A Lima, au Pérou l’Inquisition rapporte que « toute la cité ploie sous les Juifs, des brocards aux tissus, des diamants aux graines de cumin en passant par les pierres les plus précieuses ». A Potosie en Bolivie un représentant du Saint-Office écrit que le commerce est « tenu par des crypto juifs ». A port Royal en Jamaïque ils sont pirates, flibustiers et boucaniers et tiennent le pays.[2] Beaucoup, bien informés des trajets des galions, règlent leur comptes avec l’Espagne.

Samuel Pallache

Samuel Palache, élevé dans le Mellah de Fez et héritier de six siècles de lignée rabbinique il devient le président de la communauté Neveh Chalom à Amsterdam ouverte en 1612 où il accueille les conversos. Poursuivi par l’Inquisition on le retrouve rabbin-corsaire en 1609 et 1611 il détourne et attaque les flottes de Philippe II d’Espagne. A 70 ans il monte à l’abordage de galions espagnols en barbarie. Capturé par les anglais il revient en héros aux Pays-Bas en 1615 et le 6 février 1616 six magnifiques chevaux vêtus de noir l’accompagnent à sa dernière demeure suivie des 12 000 juifs d’Amsterdam en pleurs.

Voilà ce qui arriva en des mois de juillet et août 1492.

En Corse les objets des bergers du Niolu gardent la trace et la mémoire des croyances marranes, u segnu di Salomone.

Joug du 19 ème siècle, Niolu, Corse. Segnu di Salomone. (Crédit Manuel Cester Coradini)

Segnu di Salomone

Eglise de Corsica, Niolu

[1] La Crimée, avec Soldaïa et Caffa dans la péninsule de Taman, qui contrôle l’accès à la mer Noire et à la Russie, est  conquise par Gênes en 1270-1275. Elle est gérée au xve siècle et jusqu’en 1483 par la famille juive de Ghisolfi. À la tête de cette famille se trouve le génois Siméon de Ghisolfi dès 1419, puis Zaccharias de Ghisolfi, prince de la péninsule à partir de 1480. On trouve par ailleurs de très nombreux Corses à Caffa : Vivaldo de Bonaparte, Pietro di Capo Corse…

[2] Voir Edward Kriztler, Les pirates juifs des caraïbes, ed. l’Eclat, pg. 21.

 

Vel D’Hiv, Bastia, Souviens-toi, Izkor.


Envoyé par mon père ce matin. Devant la synagogue Beit Knesset Meïr de Bastia .
Les Corses n’ont pas livré les juifs en 40.
Vel d’Hiv, 16 et 17 juillet 1942, 75 ans déjà. Aucun n’en reviendra La plupart ont été déportés au camp d’extermination d’Auschwitz Birkenau.
Les lois, la  police, la préfecture… étaient français. Il s’agissait de femmes, d’hommes et de vieillards mais aussi d’enfants que les français on rajouté à la rafle dépassant les ordres allemands.

Aucun des quelque 600 Juifs vivant en Corse n’a connu le même destin des juifs à Paris en 1942. Nous, le peuple Corse, le préfet de Bastia… n’avons pas obéi. Nous ne livrons pas nos frères et soeurs. Celui qui touche un juif touche la prunelle des yeux de D-ieu.

« Oui, ainsi parle l’Éternel des armées: Après cela, viendra la gloire! Il m’a envoyé vers les nations qui vous ont dépouillés; Car celui qui vous touche touche la prunelle de Son œil. Oui, voici, je vais diriger ma main contre eux, de sorte qu’ils deviennent la proie de ceux qui leur étaient asservis : Alors vous saurez que l’Éternel des armées m’a envoyé » (Zacharie 2, 8)

Meïr Long.

Bastia Vel d'Hiv1Bastia Vel d'Hiv2

Mazzérisme et Cabbale


asphodèleJe poursuis la mise en résonance des conceptions ésotériques corse et juive séfarade en parlant dans ce post de la conception de la mort dans le mazzérisme et la Cabbale .

U Mazzeru : voir la nuit

Le mazzérisme est une croyance spécifiquement Corse, qui, par certains aspects (le rôle des animaux, la métamorphose en animaux comme pour les totem scouts lors des mandraches, la chasse) ressemble aux cultes primitifs chamaniques. En Corse le mazzeru est un «Chasseur d’âmes » ou un «Messager de la Mort ». C’est un homme : mazzeru, ou une femme : mazzera.

«Mazzera» signifie « corde, attache ». Le Mazzeru, est une personne qui par don et souvent tradition et histoire familiale est relié à l’invisible. Ce sont des personnes qui ont les pieds parfaitement par terre mais qui par construction psychique et histoire familiale (morts violentes par exemple) ont développé une forme de mélancolie. Le mazzérisme est héréditaire. Le mazzeru a la capacité de voir la profondeur des choses, des êtres, leur réalité profonde. Il vit dans le monde invisible en même temps que dans le monde phénoménal du commun des mortels.

L’activité des mazzeru se déroule la nuit. Les légendes disent qu’il chasse. En réalité c’est une sorte de somnambuli comme on l’appelle dans certains villages, un éveillé. Une personne en contact avec ce que la plupart des gens appellent l’Autre monde mais qui n’est en réalité que la profondeur de celui-ci.

Je pense que ces personnes sont simplement capables d’accéder à des ressources inconscientes interdites par le surmoi de la plupart des personnes dites « éveillées ». Le corps du mazzeru est là mais son âme « chasse » dans l’autre monde. C’est une personne qui côtoie la mort, protège les vivants et aussi accompagne les défunts vers le monde invisible.

Cet accès au monde du rêve leur permet de « prédire » la mort d’une personne, de la percevoir en rêve nocturne ou éveillé. Le mazzeru annonce alors à la personne sa mort comme un  secret trop lourd pour lui et qui surviendra inévitablement dans l’année.

Les réunions de mazzeri ou combats (mandrache) se déroulaient dans la nuit du 31 juillet au 1er aout aux cols des montagnes (en corse les vallées déterminent des communautés de vie), souvent un samedi. Ces batailles entre mazerri de villages rivaux masqués en animaux déterminaient le nombre de mort dans l’année qui suivait, en fonction de la victoire ou non des combattants.

En réalité le mazzeru n’est pas « tourné vers la mort », c’est une personne qui sépare la mort de la vie et en protège les vivants. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est intégré à la société corse. Le mazzerru représente l’interdit de la mort et la sanctification de la vie dans un monde où la mort violente du fait de la vendetta ou des jalousies de familles est omniprésente (700 morts violente en corse dans les 30 dernières années, 50 par an entre 1830-1900).

Voilà pour la Corse. Je conçois que ce monde étrange ne soit pas habituel pour un continental mais c’est ainsi que ça marchait en Corse depuis des millénaires. Mon arrière grand mère qui ne parlait que la langue Corse (du sud) et ma grand-mère signadori toutes les deux, vivaient dans ce monde qui leur était naturel. En fait il y a en Corse une immense richesse psychique et émotionnelle  chez des gens très simples.

Ces traditions sont bien sûr ésotériques, cachées.

Résonances juives dans le Mazzérisme en Corse 

J’ai fait en écrivant Mémoires juives de Corse une découverte étrange. Je m’étais déjà demandé à propos de la cérémonie du Ludareddu (petit juillet) à Porto-Vecchio, pourquoi la nuit du 31 juillet on promenait aujourd’hui encore un bonhomme de paille et de liège sur un chariot dans les rues de la ville sous les quolibets ; et pourquoi après un jugement sommaire on brûlait cet « abominable homme des lièges » comme bouc émissaire sur un bûcher en le livrant aux flammes à minuit pile, aux salines ou devant l’Eglise.

J’ai travaillé sur l’Inquisition et j’ai alors découvert que la date du 31 juillet n’avait rien à voir avec une quelconque fête agraire mais avec le délai final de l’édit d’expulsion imposé au juifs par Isabelle de Castille et de Ferdinand d’Aragon le 31 juillet 1492. Je remarque que les mazzeri font leur mandrache eux-aussi à cette date anniversaire.

Le lien est fait par Roccu Multedo entre le mazzérisme et ludareddu, à cause du 31 juillet justement[1]

Pourquoi le 1er aout ? Parce qu’on fêtait autrefois en ce jour la fête des Macchabés[2] du nom des sept frères martyrisés en 167 avant notre ère pour leur fidélité à la foi de Moïse.

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