אוֹחִילָה לָקֵל
,אֲחַלֶה פָנָיו
אֶשְׁאֲלָה מִמֶנוּ
מַעֲנֵה לָשׁוֹן
(x2)
אֲשֶׁר בִּקְהַל עָם
,אָשִׁירָה עֻזוֹ
אַבִּיעָה רְנָנוֹת
בְּעַד מִפְעָלָיו
(x2)
לְאָדָם, מַעַרְכֵי לֵב
,וּמֵהַ’, מַעֲנֵה לָשׁוֹן
הַ’, שְׂפָתַי תִּפְתָּח
וּפִי יַגִיד, תְּהִלָתֶךָ
(x2)
Je vais espérer en D.ieu,
Je supplierai devant Lui,
Je Lui demanderai
Une réponse de ma bouche.
(x2)
Au milieu de l’assemblée du peuple,
Je chanterai Sa puissance,
Je ferai retentir des chants de joie
Pour Ses œuvres.
(x2)
À l’homme appartiennent les dispositions du cœur,
Mais de l’Éternel vient la réponse de la langue.
Éternel, ouvre mes lèvres,
Et ma bouche proclamera Ta louange.
(x2)
La prière, une demande d’autorisation
La prière liturgique juive, comme celle des moines chrétiens qui se lèvent la nuit pour dire les psaumes, commence de manière étrange : le(la) fidèle formule d’abord une demande d’autorisation :
Éternel, ouvre mes lèvres,
Et ma bouche proclamera Ta louange.
C’est le verset exact qui ouvre la ‘Amida (Psaume 51,17).
La parole juste ne vient pas de l’ego, la louange ne vient pas de l’homme, la prière n’est pas possible si D.ieu n’en ouvre pas l’accès.
La parole véritable est don et non un auto-jaillissement.
Le fidèle n’abandonne pas sa responsabilité — il prépare juste son cœur — et il accepte que l’achèvement de son intention le dépasse.
À l’homme appartiennent les dispositions du cœur,
Mais de l’Éternel vient la réponse de la langue.
Ce verset (Proverbes 16,1) est théologiquement central.
La vraie prière commence quand je reconnais que je ne sais pas prier.
La parole qui touche et dit vrai — vient d’En-Haut.
En réalité la Tehilla remonte de toute la création vers son Créateur, du brin d’herbe qui aspire à l’eau de la feuille d’arbre qui se tend vers la lumière de l’animal qui attend la nourriture de la main de son maître. La prière va de D.ieu à D.ieu : L’homme prépare, D.ieu inspire. L’homme prononce. La louange remonte vers D.ieu. C’est un circuit vivant.
Mais il semble que D.ieu ait voulu donner à l’homme la parole pour qu’il Le prie avec ses mots à Lui.
Pourquoi cela ? Probablement pour que l’homme comprenne le pont étroit qu’il est entre la Création et D.ieu, la responsabilité de la parole fragile nous incombe. L’homme debout (ce qui se signifie Amida) est comme un trait d’union entre la terre et les Cieux. Probablement aussi pour nous conduire progressivement vers l’état intérieur nécessaire à la ‘Amida : se tenir debout, mais intérieurement humble devant le Maître du monde.
L’intention de la prière, le hassid
Le Talmud Berakhot nous dit que les hassidim priaient une heure en silence avant de parler à D.ieu dans la prière.
חסידים הראשונים היו שוהין שעה אחת ומתפללין
« Les premiers hassidim (les pieux d’autrefois) avaient l’habitude d’attendre une heure avant de prier. » (Berakhot 30b)
Le hassid, le « pieux » en hébreu, c’est celui qui revient m’a expliqué le Rav Harboun. La cigogne (hassida) revient chaque hiver à Marrakech.



Le hassid est rempli de hessed (générosité) ; la hassidout se voit clairement chez les Habad.
Les hassidim arichonim, les « fidèles du début » sont les hassidéens nés après le schisme de Yonathan[1] qui refusaient qu’un grand prêtre soit aussi chef de guerre. Ils sont les ancêtres des Pharisiens (péroushim), ceux qui alors se sont « séparés ».
A propos de ces hassidim arichonim Rachi dit : « Ils restaient une heure — ils dirigeaient leur cœur vers le Lieu (maqom : D.ieu). ». Il s’agit pas de mystique, d’extase mais de kavanah, d’intention, d’orientation intérieure du cœur qui se retourne vers sa source.
Seul le passage par le vide, la solitude, le silence, l’aveu d’impuissance conduit à la vraie prière celui qui revient. Qui se repent, qui fait téchouva. Le mot techouva qui signifie le retour, la repentance signifie aussi la « réponse » en hébreu. Comme si le retour était déjà la réponse de D.ieu et seulement ce à quoi sert la prière.
Le Retour est mouvement vers l’origine. La Réponse est mouvement vers l’appel. Le moment où l’homme comprend qu’il était déjà appelé.
Une demande déjà exaucée
La prière ne consiste pas à demander directement la santé ou la fortune comme si D.ieu était un ministre de la santé ou des finances, c’est à dire en en faisant une sorte de fonctionnaire qui administrerait ce monde, ce qui bien sûr fait de D.ieu une chose de ce monde, et du fidèle un impatient au guichet de l’existence… ça s’appelle de l’idolâtrie… mais à s’adresser d’abord directement au Roi, au maître du Monde.
La prière des 18 bénédictions (Shemone Esré) ou Amida, demande la connaissance, le repentir, le pardon, la guérison, la subsistance, la justice, la protection d’Israël, la reconstruction de Jérusalem et la paix universelle, tout en finissant toujours cette demande par une bénédiction qui est reconnaissance du fait que c’est D.ieu lui même qui accorde le savoir, agrée le repentir, pardonne beaucoup, est le sauveur d’Israël, est le médecin des malades, celui qui bénit les années, rassemble les dispersés, aime la charité et la justice, brise les ennemis et soumets les hérétiques, est le soutien et le refuge des justes, rebâtit Jérusalem, fais germer la corne du salut, exauce la prière, fait revenir sa Chékhina (Présence) à Sion. En clair il n’a nul besoin de l’homme pour tout cela. la prière s’adresse à D.ieu qui sait déjà ce dont l’humain a besoin.
La prière n’a pas de fin en soi, elle est une fin en elle-même. Celle de l’homme qui reconnait sa limite.
Une prière collective
Dans le judaïsme cette expérience même vécue seul est collective : « Au milieu de l’assemblée du peuple, je chanterai Sa puissance. » La prière juive ne se vit pas seulement dans l’intériorité ; elle est d’abord proclamation publique.
Louer D.ieu au sein de l’assemblée, c’est inscrire son expérience personnelle dans l’histoire d’Israël. Le chant n’est pas une émotion privée : il devient témoignage. La voix individuelle rejoint le chœur du peuple, comme si chaque bouche contribuait à une symphonie spirituelle plus vaste. Et en même temps, la parole la plus personnelle nait d’une source qui nous dépasse.
Avant même de parler, le shaliah tsibour, le guide de la prière demande l’ouverture de ses lèvres. Comme si la parole était une porte. Comme si, sans l’aide divine, les lèvres restaient closes ou ne produisaient que du bruit. Cette conscience transforme la prière : elle n’est plus un flux verbal automatique, mais un événement fragile et précieux. Elle est en elle-même une grâce. Il n’y a rien à demander véritablement. Car cette grâce suffit.
Comment prier ? Il suffit que l’homme demande à D.ieu : « apprend moi à prier ». C’est la seule prière et en soi elle est déjà exaucée.
[1] troisième dirigeant de la dynastie hasmonéenne à la suite de Judas Maccabée, de 161 à 143 av. notre ère.




















































