« Celui qui rêve d’une oie peut espérer acquérir la Sagesse » (Berakhot 57 a)


Un autre vol d’oies sauvages comme celles que j’avais vues le second jour de Hanouka sont passées à nouveau le dernier jour de Hanouka, ce dimanche, au dessus de ma maison.

En route vers l’Andalousie et Sefarad.

Oies sauvages

Le plus étranges est qu’il y avait les mêmes sur la Hanoukia qu’un couple d’amis nous a offert pour notre mariage. C’était étrange.

Hanoukia

J’ai cherché dans le Talmud ce que signifiait ce signe.

« Celui qui rêve d’une oie peut espérer acquérir la Sagesse (Hokhma), car il est écrit ‘‘La Sagesse crie dans la rue ’’ (Pv 1,20). Celui qui s’unie en rêve à elle sera Roch Yechiva. Rabbi Achi* l’atteste : ‘‘moi j’ai vu une oie dans mon rêve, et j’ai été promu à ce poste ’’ » (Berakhot 57 a).

Rav Saadia Gaon (Égypte, 882 ou 892– Babylonie, 942) dit que l’oie c’est la Sagesse. Car dit-il, l’oie,  aouaz a une valeur numérique de 14, et il est écrit : « La sagesse [Hakhomot = la sagesse au pluriel] a bâti sa maison, elle a taillé ses sept piliers » (Qo 9, 11) « les » sagesses ont donc 14 piliers selon ce décompte, la valeur numérique de l’oie.
Beezrat aChem !

* Rédacteur du Talmud né l’année du décès de Rava le plus grand des amoraim babyloniens de la 6ème génération (375-425) qui fut roch yéchiva de Mata-Me’hassya en Babylonie pendant 60 ans.

Le son du Flamenco emplit ma  mémoire.

Si je prends les ailes de l’aurore…


Ce matin, second jour de Hanouka, j’ai entendu un cri dans le ciel comme une basse-cour. Je me suis précipité en pensant  à des canards mais les volatiles étaient gros dans le ciel d’hiver. C’était des oies qui criaient comme si elles se disputaient en voyageant !

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oies

Ces oies cendrées venues de Suède ou du Danemark font leur grande migration de plusieurs milliers de kilomètres vers le delta du Guadalquivir qui passe à Cordoue et Séville et pour certaines se dirigent vers l’Afrique du Nord…

Guadalquivir

Guadalquivir – Séville

« Si je prends les ailes de l’aurore, pour m’établir aux confins des mers, Même là ta main me guide, et ta droite me saisit. Si je dis: « Qu’au moins les ténèbres m’enveloppent, que la lumière du jour se change en nuit pour moi! ». Même les ténèbres ne sont pas ténèbres pour toi, et la nuit comme le jour est lumière, l’obscurité comme la clarté. » (Téhilim 139, 9-12)

La cigogne se dit hassida en hébreu comme hassid « le fidèle », celui qui revient.

גַּם-חֲסִידָה בַשָּׁמַיִם, יָדְעָה מוֹעֲדֶיהָ, וְתֹר וסוס וְעָגוּר, שָׁמְרוּ

אֶת-עֵת בֹּאָנָה; וְעַמִּי לֹא יָדְעוּ, אֵת מִשְׁפַּט יְהוָה

« Même la cigogne (hassida) dans les cieux connaît ses rendez-vous (moadim, comme les fêtes); la tourterelle, l’hirondelle et la grue observent l’époque de leurs migrations, mais mon peuple ne connaît point le décret (michpat) de l’Eternel! » (Jr 8, 7)

« Même le passereau (tsipor) trouve une maison, l’hirondelle un nid où elle dépose ses petits. [Moi, je rêvais] de tes autels, Eternel-Cebaot, mon roi et mon Dieu. Heureux ceux qui habitent dans ta maison, et sans cesse récitent tes louanges! Sélah! Heureux l’homme qui met sa force en toi, dont le cœur connaît les vraies routes! En traversant la vallée des larmes, ils en font un pays de sources, qu’en outre une pluie précoce couvre de bénédictions.» (Téhilim 84, 4-7)

L’oiseau connait la lune et les étoiles et il sanctifie le temps et les moadim.

En l’entendant passer en grandes discussions quel cœur humain, même le plus dur, n’adresserait à D-ieu sa prière remplie de bénédictions ?

« Prodigieuses sont Tes œuvres (maassim*), toute mon âme le sait. » (Téhilim 139, 14)

נִפְלָאִים מַעֲשֶׂיךָ;    וְנַפְשִׁי, יֹדַעַת מְאֹד

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* comme maassé berechit / maassé merkaba, ou maasim tovim = les actes de bonté

Suite : « Celui qui rêve d’une oie peut espérer acquérir la sagesse » (Berakhot 57a)

Vivre et mourir en juif à Venise à l’arrivée de Bonaparte


Le Ghetto de Venise

Au 16 ème siècle les juifs sont partout en Italie. Ils vivent dans les villes d’où ils sont régulièrement expulsés. C’est l’Inquisition qui va lancer les ghettos. Il faut absolument éviter que les juifs qui affluent d’Espagne suite à l’expulsion de 1492 ne se mêlent pas à la population des baptisés. Les badges jaunes qui les marquent et les chapeaux pointus ne suffisent plus.

Canalside houses, The Ghetto, Venice, Veneto, Italy, Europe

Mais les juifs sont de bons médecins et surtout des commerçants internationaux puisque leurs familles ont été expulsées vers les port du Levant, du Maghreb ou de Turquie… les notables des villes d’Italie ne veulent donc pas les expulser. Donc après un débat houleux, le 25 janvier 1516, le Sénat de Venise proclame que l’ancienne forge surnommé ghetto (ghet(t)are, « jeter » , car on « jetait » les barbes des fonderies des canons en cuivre) sera le quartier fermé des juifs. Le couvre-feu est proclamé : « afin qu’ils ne circulent pas toute la nuit, nous décrétons la fermeture à minuit des deux portes de ce quartier, par des gardiens appointés par les juifs. »

Le Ghetto répond donc à une double contrainte : garder les juifs mais les séparer.

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Venise a toujours été une ville multiethnique entre l’Orient et l’Occident, les pays d’Europe et les Turcs de l’Empire ottoman. Toute la diaspora est donc là avec des synagogues pour chaque rite : La Scola Spagnola pour les Sépharades réfugiés d’Espagne et du Portugal, Scola Grande Tudesca pour le juifs venus d’Allemagne et d’Europe centrale, la Scola Canton pour les français, La Scola levantina pour les Levantins réfugiés de Constantinople… On y parlait de multiples langues et dialectes.

La seule liste des créations des ghettos raconte la pénétration des Juifs dans les villes et villages de la société italienne : Venise-1516, Rome-1555, Gênes-1560, Sienne-1571, Florence-1571, Mirandola-1602, Vérone-1602, Padoue-1603, Mantoue-1613, Ferrare-1624, Modène-1638, Urbino, Pesaro, Senigallia-1634, Este -1660, Feggio, Emilia-1670…. Paradoxalement, avec la création des ghettos qui les rejettent, les Juifs s’inscrivent dans la topographie des cités, partout.

Bonaparte à Venise

Le 9 février 1797 Bonaparte pénètre dans le ghetto d’Ancône. Il ordonne d’enlever aux juifs le bonnet jaune et le brassard et d’y substituer…  la cocarde tricolore.

Bonaparte avait dit : « Je serai un Attila pour Venise. », il tint promesse. Le 12 mai 1797 le jeune homme de 28 ans entre dans Venise : il décrète la fin de la République (697-1797), pile la Sérénissime, détruit de nombreux couvents, réaménage la cité en détruisant des églises, envoie au Louvre nombre d’œuvres historiques dont les fameux chevaux de la place Saint-Marc.

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Napoléon Bonaparte avec des députés de Venise, 1797

Ce que Bonaparte a aboli… les anciens régimes vont le restaurer. Le Ghetto est rétabli par les Autrichiens en 1804. Il faudra attendre la libération de Venise et son rattachement au jeune royaume d’Italie en 1866 pour que le ghetto soit supprimé.

Voici quelques tableaux de la vie juive à Venise vers 1780 juste avant que Bonaparte, le petit général Corse ne débarque. Ils sont de Marco Marcuola (1740-1793) au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (Paris).

Circoncision

Circoncision à Venise, vers 1780, Marco Marcuola. (MAHJ)

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Mariage juif à Venise, vers 1780, Marco Marcuola. (MAHJ)

Procession funéraire

Procession funéraire juive à Venise, vers 1780, Marco Marcuola. (MAHJ)

Funérailles

Funérailles juives à Venise, vers 1780, Marco Marcuola. (MAHJ)

GLASSES ARE FOREVER : mes lunettes sont éternelles…


Didier Long-lunettes

Un jour alors que je signais un de mes livres dans un salon en Normandie un monsieur vient me voir
« Vous vous intéressez à Jérusalem ?
– Euh, vous aussi ?
– Mon grand-oncle y a fait des fouilles pendant des années, et il a été moine bénédictin à la Pierre-Qui-Vire comme vous…
– Et vous êtes ?
– Paul Vicomte de La Panouse (le fondateur du parc de Thoiry).
– Et quel était le nom de votre grand-oncle ?
– Melchior de Vogüe. Ma mère était une de Vogüe… »
J’ai saisi mes lunettes (tréfilées doré de chez Morel) :
– Hé bien, aussi étrange que cela puisse paraître, je porte ses lunettes ! Car lorsque les vieux moines meurent au monastère, il arrive qu’on donne aux jeunes les lunettes de ceux qui sont partis… Et je porte celles de votre grand-oncle ! »
Melchior, marquis de Vogüe avait été banquier (administrateur du Crédit Lyonnais) puis était entré tardivement à la Pierre-Qui-Vire  »

Voilà pour mes lunettes, je le porte encore, depuis 30 ans. La générosité de D-ieu est éternelle.

Au Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme


20181118_143123Au Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme à Paris il y a une Soucca du XIXème siècle d’Autriche ou d’Allemagne du sud, composée de 37 panneaux numérotés (pour la remonter chaque année ! ). On y voit une représentation de Jérusalem avec ses murailles, le Kotel et la mosquée Al Aqsa ; au centre un paysage de la région du lac de Constance et à droite un écu avec les premiers mots du décalogue et un décor floral qui rappelle le sens de la fête. C’est très émouvant.

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J’ai enregistré là-bas pour un film sur les gestes dans le judaïsme, en l’occurrence le cédrat pour moi, le cédrat c’est le coeur intelligent, Lev Khorkhma, l’amour intelligent, désintéressé… on est tombé sur cette Soucca, les réalisateurs ont décidé de filmer là.

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Il y a aussi là l’expo sur Freud. A voir absolument.

L’île des Justes


Lettres de l’exil Séfarad : Les pogroms de 1391 par Hasdaï Crecas


En Espagne les émeutes antijuives ont commencé en 1391 un siècle avant l’exil de 1492. Ces émeutes signèrent la fin du brillant judaïsme arabo-ibérique.

On parle beaucoup de Sefarad (l’Espagne) mais dehors du « RAMBAM » (Rabbi Moché Ben Maimon dit Maïmonide-12e siècle, Cordoue-Fès-le Caire) et du RAMBAN (Rabbi Moché Ben Nahman dit nahmanide, Gérone- Jérusalem ?) les penseurs séfarades sont des quasis inconnus pour la culture occidentale.

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Gérone – photo DL

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Ces auteurs sont les légataires directs des géonim babyloniens comme Rabbi Saadia ben Yosseph Gaon Soura (Egypte 9ème siècle, Babylonie 10ème siècle) dit Saadia Gaon qui assurèrent la survie du judaïsme rabbinique babylonien face à la conquête et l’assimilation arabo-musulmane et les maîtres du judaïsme arabo-andalou dont Maïmonide sera un des légataires incontesté.

Les plus importants penseurs, décisionnaires commentateurs de la Torah, poètes séfarades, étaient des rationalistes. Ils étaient tous de grands savants dans les sciences profanes de leur époque (médecine, astronomie…) en même temps que des philosophes de langue arabe puisant à travers les penseurs arables chez les grecs… Ils sont aujourd’hui de quasi inconnus. Ils considéraient le Talmud et le midrach comme la base de toute l’étude juive et, en dehors d’un Nahmanide, envisagent la kabbale comme une note en bas de page des tannaim, amoraim et autres guéonim…

Sage juif

Le simple fait que le considérable « Livre de la splendeur » (Zohar) de milliers de pages, puisse avoir été écrit en araméen en plein 13ème siècle par Moïse de Léon en araméen à la manière de de la guemara imitant des maîtres du premier siècle, ce dont sa propre femme n’ignorait pas le fait ! dit la familiarité avec le talmud et les midrachim et le puits de mémoire et de sagesse que ces gens étaient. Le retour opéra par un Rabbi Yehouda Levaï ben Betzalel dit le MAHARAL de Prague (17ème siècle) au midrach, alors que sa structure de pensée doit aussi à la kabbale sans qu’il le revendique ou en cite les écrits, en dit long sur la filiation avec la source arabo-andalouse et sur ce que le judaïsme moderne lui doit.

Juif Gérone

Le juif Salomon Vidal, Musée de Gérone, photo DL

Ces esprits sont donc d’une puissance inégalée et on ne trouve après eux qu’un Maharal de Prague qui admet sa filiation pour se hisser à leur hauteur. Au-delà des aléas de l’histoire et de notre long voyage en galout que l’Éternel semble bien avoir inscrit dans la structure même de l’être comme nous en a averti le Maharal (Guevourot AChem), nous devons absolument retourner à ces sources si nous voulons aujourd’hui juste comprendre les premiers mots de notre propre tradition juive.

Qui connait :

  • Rabbi Itsh’ak Elafassi surnommé le « RIF » au 11ème siècle,
  • Bah’ya ibn Pakouda dit Rabbenou Bahya (« notre maître Bahya ») au 11ème siècle, le chantre des « Devoirs du Cœur » (Hovot ha-lev) face à une génération engluée dans le matériel et la piété de routine et ce qu’il appelle « les devoirs à accomplir par les parties du corps » (Hovot ha-evarim)…,
  • Shmouel HaLevi ben Yosseph HaNaggid, grammairien, rabbin andalou et vizir et chef des armées d’un royaume d’Al Andalus qui mène la guerre et y écrit des poèmes magnifiques,
  • Plus connu ( ?) Yehoudda Halévy l’homme aux 800 poèmes au 11ème siècle le chantre de Sion et l’auteur du Kouzari,
  • Et bien sûr Benjamin de Tudèle, qui parcourut tout le monde juif de son temps au 12ème siècle et que notre maître le Rav Haïm Harboun a suivi d’un livre dans ses pérégrinations,
  • Ibn Tibon et sa famille aux 12ème et 13ème siècles rabbins provençaux traducteurs en hébreu d’ouvrages philosophiques gréco-arabes,
  • Rabbi Chelomo Ben Aderet dit « RACHBA » au XIVème siècle, Rabbénou Nissim, dit le « RAN » au 14ème siècle… ?
  • Qui connait le Or Hachem de Hasdaï Crescas ? un des plus puissants penseurs juifs de la fin du Moyen Âge, lié à la cour du roi d’Aragon et grand rabbin de la communauté de Saragosse au 14ème siècle ? Cet homme assistera aux grands massacres de juifs de 1391 et y perdra son propre fils à Barcelone. La reconquista s’est faire aux cris de « morts aux juifs ». Crescas écrit alors une lettre à la communauté des juifs d’Avignon pour raconter en détail ce qui s’était passé.

Les massacres contre les juifs de Séville le 4 juin 1391. Ils se sont propagés  dans la vallée du Guadalquivir : à Cordoue, Andújar, Montoro, Jaén, Úbeda, Baeza… et ensuite de la Meseta Sud : Villa-Real — aujourd’hui Ciudad Real —, Cuenca, Huete, Escalona, Madrid, Tolède (18 juin), et à d’autres zones castillanes : Logroño (12 août) et de la couronne d’Aragon : Valence (le 9 juillet), Orihuela, Xàtiva. Le massacres atteignent leur aproxysme à Barcelone, (5 août) puis continuent à Lérida (13 août). A Palma de Majorque le 2 août.

 

Nombre de réfugiés juifs fuient en Afrique du Nord après les massacres qui inaugurent le phénomène marrane.

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Hasdaï Crescas qui perd son fils le 09 juillet 1391 dans le pogrom de Valence écrit à la communauté juive d’Avignon :

« En ce jour amer de Roch ‘hodech Tamouz 5151 [été 1391], Dieu banda l`arc de l’ennemi contre la communauté de Séville où habitaient sept ou huit mille familles juives. Ils mirent le feu à ses portes et en assassinèrent un grand nombre ; cependant que la plupart étaient convertis au christianisme et que d`autres, en particulier des femmes et des enfants, étaient vendus comme esclaves aux arabes ; et les quartiers juifs devinrent déserts. Beaucoup périrent en martyre, beaucoup d’autres transgressèrent l`alliance sacrée. De Séville, l’incendie se propagea et anéantit tous les cèdres du Liban des communautés de Cordoue. Là aussi beaucoup abdiquèrent leur foi et la communauté fut anéantie.

Le 17 du mois de Tamouz fut un jour de douleur et de sanction, un jour plein de souffrances. La colère de Dieu s’enflamma contre la communauté de Tolède, source de la Torah et de la parole de Dieu. Cohanim et prophètes furent massacrés dans le temple de Dieu, les Rabbanim périrent publiquement en martyre, la noble descendance de Rabbi Acher ben Yih’iel [Roch], ainsi que leurs fils et leurs disciples. Là aussi beaucoup de ceux qui ne purent se défendre acceptèrent la conversion.

Le 7 du mois de Av, Dieu éradiqua sans pitié la communauté de Valence en laquelle vivaient environ mille familles. Près de 250 personnes y périrent en martyre tandis que les survivants fuyaient vers les collines, mais peu en réchappèrent et la plupart furent convertis. La plaie se répandit ensuite aux communautés de Majorque dans les îles de la mer. Le jour de Roch ‘Odech Eloul, des intrus pénétrèrent dans le quartier juif et le violèrent et le mirent au pillage et l’abandonnèrent comme une coquille vide. 300 personnes y périrent en martyre tandis que 800 autres fuyaient dans la tour du roi et que le reste subissait la conversion. Le Chabbat suivant, la colère de Dieu se déversa comme le feu, profanant son temple et violentant la couronne de sa Torah – la communauté de Barcelone –  qui fut percée et ce jour et compta 250 morts. Tout le reste de la communauté trouva refuge dans la tour alors que les ennemis, mettaient à sac toutes les rues juives et incendiaient certaines d’entre elles. La main du Gouverneur n’eut pas l’avantage mais il s’efforça de les sauver de toute sa puissance ; il fit apporter aux juifs qui se trouvaient là du pain et de l’eau, et opéra une sortie pour capturer les brigands. Alors la masse des simples gens rugit et se dressa contre les gouverneurs, et ils combattirent les juifs réfugiés dans la tour, armés d’arcs et de catapultes. Ils les frappèrent et les battirent dans la tour. Beaucoup périrent en martyre, parmi eux mon fils unique, une brebis innocente. Je l’ai offert tel un holocauste, j’accepterai le verdict et me consolerai en sachant la bonté de son destin et la félicité de son sort. Beaucoup d’entre eux se suicidèrent, certains en se jetant du haut de la tour et ils étaient déjà déchiquetés avant même d’avoir parcouru la moitié de leur chute. Quelques-uns abandonnèrent la tour et périrent en martyre dans la rue. Tous les autres furent convertis au christianisme, hormis quelques-uns qui s’enfuirent vers les villes aux alentours, si peu nombreux qu’un enfant les compterait mais de grands hommes. A cause de nos fautes, il n’existe plus un seul être humain aujourd’hui à Barcelone qui puisse être qualifié de juif. De même, dans la ville de Lérida, beaucoup périrent, le reste fut converti, seuls quelques juifs s’échappèrent.

A Gérone, où l’érudition et l’humilité s’étaient jointes en un seul lieu, les Rabbanim périrent publiquement en martyre. Seuls quelques-uns acceptèrent la conversion, la plupart trouvèrent refuge dans les maisons des habitants de la ville. Ils sont enfermés aujourd’hui dans la forteresse.

En fin de compte, dans le royaume de Valence, il ne reste plus aucun juif hormis dans la ville de Murviedro (Sagonte).

Dans la province de Catalogne, il ne reste plus aucun juif, hormis le peu qui échappèrent au massacre dans les villes alentours et ailleurs. Quant à nous ici, dans les villes d`Aragon il ne s’est produit ni brèche ni violence. Par la bonté divine toutes nos communautés sont rescapées ; mais malgré tous nos efforts, après la dispersion de nos biens, il ne nous reste rien d’autre que nos corps. Nos cœurs sont pleins de frayeur et nos yeux sont levés vers le ciel afin qu’il soit miséricordieux, qu`il guérisse nos blessures et nous aide à ne pas défaillir. »

(Rav Hasdaï Crescas, extrait de sa Lettre à la communauté d ‘Avignon traduite par Eric Slimévitch dans Lumière de l’Éternel, Hermann 2010).