On peut traverser toute sa vie comme une mouche…

Koun Meskin Tmout Charf (en arabe)

Chavoua Tov !

HA TIKVAH

Rav Haïm Harboun, une enfance au Mellah de Marrakech

Mon ami le Rav Haïm Harboun a vécu tellement de vies que lorsque je rencontre un vieux monsieur il me dit : « Oui c’est lui qui m’a circoncis,… qui m’a appris à lire,… qui m’a emmené pour la première fois en colonie de vacances,… … qui nous a mariés ». Voici le Premier chapitre de son livre « Le rabbin aux milles vies « , (Lemieux Editeur, 2017) qui raconte son enfance dans les années 30 dans le Mellah de Marrakech.

Marrakech – Mellah – Hamsa (Main contre le haïn hara – mauvais oeil)
Cigognes à Marrakech
Marrakech, Mellah vers 1930

Les Lamentations de ma naissance

Lorsque je suis né, tout le monde pleurait.  C’était un jour de tristesse, de lamentations, de larmes, de souffrance, une journée historique du calendrier hébraïque.

Pyoutim : Eliahou Hanavi

J’avais eu la bonne idée de sortir mon nez en ce monde un neuf Av au matin, Jour anniversaire de la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 70 de notre ère, tout le monde juif pleurait. Comme tous les hommes du Mellah, mon père était à la synagogue pour prier, lire des élégies et déverser des flots de larmes. Il ne versa donc pas de larmes de joie en voyant son dernier fils et quatrième enfant que ma mère lui avaitdonnés. Il était trop préoccupé à chanter ces élégies élaborées à travers les siècles, à la suite des pogroms, et des persécutions qui ont décimé le peuple juif. Chaque fois qu’une communauté juive était victime de massacres. Les Sages d’Israël consignaient sous forme d’élégies les traces de ce massacre. C’est notamment ce qui s’est passé lorsque les croisés avaient traversé l’Allemagne en 1097, et avaient rasé la ville de Mayence, détruisant du même coup, la population juive de la ville. Les élégies sont des poèmes qui retracent, avec émotion, des événements tragiques de l’histoire du peuple juif. Ces élégies ne peuvent pas laisser insensible un être humain, tellement elles véhiculent sa souffrance et ses blessures. Lorsqu’on lisait ces poèmes, on se mettait, par empathie avec ceux qui étaient brûlés dans leurs maisons ou égorgés, et cela nous faisait monter les larmes aux yeux. Certains fidèles dans la synagogue pleuraient à chaudes larmes.

Pyoutim : Libi Ouvssari

J’avais eu la bonne idée de sortir mon nez en ce monde un neuf Av au matin, Jour anniversaire de la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 70 de notre ère, tout le monde juif pleurait. Comme tous les hommes du Mellah, mon père était à la synagogue pour prier, lire des élégies et déverser des flots de larmes. Il ne versa donc pas de larmes de joie en voyant son dernier fils et quatrième enfant que ma mère lui avaitdonnés. Il était trop préoccupé à chanter ces élégies élaborées à travers les siècles, à la suite des pogroms, et des persécutions qui ont décimé le peuple juif. Chaque fois qu’une communauté juive était victime de massacres. Les Sages d’Israël consignaient sous forme d’élégies les traces de ce massacre. C’est notamment ce qui s’est passé lorsque les croisés avaient traversé l’Allemagne en 1097, et avaient rasé la ville de Mayence, détruisant du même coup, la population juive de la ville. Les élégies sont des poèmes qui retracent, avec émotion, des événements tragiques de l’histoire du peuple juif. Ces élégies ne peuvent pas laisser insensible un être humain, tellement elles véhiculent sa souffrance et ses blessures. Lorsqu’on lisait ces poèmes, on se mettait, par empathie avec ceux qui étaient brûlés dans leurs maisons ou égorgés, et cela nous faisait monter les larmes aux yeux. Certains fidèles dans la synagogue pleuraient à chaudes larmes.

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Kora’h, un autre pouvoir

Le commentaire de la Paracha de Kora’h qui suit est inspiré de l’enseignement du Grand Rabbin Haïm Harboun. Pour lui qui a vécu dans l’insécurité du Mellah la dévalorisation de soi est la source de tous les maux psychiques, ce complexe d’infériorité conduit à la surestimation de soi et à un regard faussé sur la réalité. Ainsi la faute des explorateurs est d’avoir vu les habitants de la Terre sainte comme des géants car ils se voyaient « comme des sauterelles ». Cette mésestime de soi conduit au plus grand mal : le Lachion Hara (la mauvaise langue) qui détruit à distance les personnes, les communautés les familles et même la « terre ruisselante de lait et de miel ».

En cela Haïm Harboun suit l’enseignement de Maïmonide qui, dans sa lettre adressée au fils de Saladin, Al-Afdal, La Guérison par l’esprit, pose d’abord un diagnostic avant d’évoquer le chemin de la guérison spirituelle :

« Les médecins-philosophes nous ont singulièrement mis en garde contre les méfaits du complexe d’infériorité, et ils ont tracé la voie permettant de traiter ceux qui cultivent un tel penchant jusqu’à ce que ce mal – qui est à l’origine de tous les autres – disparaisse complètement » [0]

Grandir autrui, se regarder, le regarder comme D. nous regarde est donc la base de toute guérison psychique et sociale. « Fuis la rabbanout » nous dit le Pirkei Avot, c’est à dire « fuis les honneurs et les délires de grandeur », grandis les autres,  » ne juge pas ton prochain avant d’avoir été à sa place » (PA 2, 4).

Tout le Talmud est plein de cet enseignement :

« Celui qui s’humilie, le Saint bénit soit-Il, l’exaltera, et celui qui s’exalte lui-même, le Saint béni soit-il, l’humilie, celui qui recherche la grandeur, la grandeur le fuit, mais la grandeur recherche celui qui la fuit. » – TB Erouvin 13b

« Hillel disait ‘Mon humilité est mon exaltation, et mon exaltation est mon humilité.’ » – Exode Rabbah 45, 4

C’est ce qu’a fait Haïm Harboun tout au long de son existence.

Kora’h, un autre pouvoir

 » Kora’h, fils de Yiçhar, fils de Kehath, fils de Lévi, forma un parti avec Dathan et Abirâm, fils d’Elïab, et On, fils de Péleth, descendants de Ruben. Ils s’avancèrent devant Moïse avec deux cent cinquante des enfants d’Israël, princes de la communauté, membres des réunions, personnages notables ; et, s’étant attroupés autour de Moïse et d’Aaron, ils leur dirent : « C’en est trop de votre part! Toute la communauté, oui, tous sont des saints, et au milieu d’eux est le Seigneur ; pourquoi donc vous érigez-vous en chefs de l’assemblée du Seigneur ? » (Nb 16, 1-3)

La paracha de Kora’h relate un épisode dramatique semblable à celui du veau d’or. Elle est directement liée aux évènements précédents, avec de multiples rappels. Moïse et Aaron sont accusés de « s’élever au-dessus de l’assemblée de Hachem » (Nb 16, 3). On leur dit juste avant : « c’en est trop pour vous » (alehem rav lakhem), bref ils sont trop grands (rav). Alors que les explorateurs avaient vu la Terre promise « une terre ruisselant de lait et de miel » (Nb 13, 27), les factieux estiment, eux que l’Egypte était « une terre ruisselante de lait et de miel » (Nb 16, 13). Et curieusement alors que les explorateurs avaient estimé que la Terre promise « dévore ses habitants » (Nb 13, 32), la faction de Qora et des descendant de Ruben qui lance la révolte va être elle-même mangée par la terre : « La terre ouvrit sa bouche et les engloutit » (Nb 16, 32). Il est donc question de nourriture, de dévoration et de complexe d’infériorité.

Kora’h l’arrière-petit-fils de Levi ainsi que les descendants de Ruben, Dathan, Aviram et On vivent donc dans le ressentiment d’une grandeur perdue, un sentiment d’infériorité dont Moïse et Aaron sont le symptôme et qui les conduit à vouloir prendre le pouvoir. Pourquoi ?

Ibn Ezra nous explique que Kora’h, arrière-petit-fils de Lévi était un fils premier né (Ex 6, 21), donc avec un droit d’ainesse et qu’il s’est rebellé au moment de l’inauguration du tabernacle car il a vu Aaron et Moïse prendre sa place légitime d’officiant. Et bien sûr ce n’est pas un hasard que ce chapitre suive celui sur l’intronisation des lévites racontée au chapitre 8.

 De même Ruben qui était lui-aussi un premier né a perdu ce statut au profit des descendants de Joseph (Gn 48, 5) ce qui explique que ses descendants se rallient à Kor’ah.

Le Maharal de Prague dit qu’après la faute du veau d’or, le droit d’ainesse est devenu sans valeur. Les bikourim (offrande des premiers nés à Chavouot) le rappellent.

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L’enseignement du Grand Rabbin Haïm Harboun : L’unité de la Torah et du psychisme humain

Comme Maïmonide ou le Maharal de Prague étaient des scientifiques de leur époque en même temps que des talmudistes, des érudits qui parlaient à la fois la langue de la Torah et celle de leur culture l’enseignement de Haïm Harboum (devenu grand Rabbin cette semaine à Aix en Provence) est au croisement de plusieurs influences, celles du Talmud de tradition séfarade et de la psychiatrie moderne d’Henri Baruk, un des fondateurs de l’ethnopsychiatrie moderne . De Maïmonide et du Maharal de Prague. Nous publierons sous peu un « Commentaire psychologique de la Torah » en cinq tomes qui illustre ce propos. On trouvera dans le post ci-après une interprétation de la paracha de Kora’h inspiré par son enseignement. Et ici l’introduction du Commentaire psychologique de la Torah en hommage à notre maître.


Cet ouvrage a pour but de rendre accessible l’enseignement oral vivant de mon maître, le rabbin Haïm Harboun[1].

Rabbi Yehouda Hanassi, le compilateur de la Michna (vers l’an 212) disait : « Si je suis plus brillant que mes collègues, c’est parce que j’ai vu le dos de Rabbi Meïr » (TB, Erouvin 13b). Celui que je considère comme mon maître m’a nommé Meïr le jour de ma circoncision mais la seule chose qui puisse « briller » en ces lignes est d’avoir aperçu son dos.

J’ai rencontré le rabbin Harboun à l’âge de 45 ans. J’avais été moine bénédictin de l’âge de 20 ans à l’âge de 30 ans et un long chemin marrane m’avait ramené au judaïsme que mes ancêtres de Corse avaient oublié.[2]

Le rav Haïm Harboun que je rencontrai alors dans la synagogue au bout de ma rue était né en 1930 dans le Mellah de Marrakech. Fils du Mellah et du ‘heder, petit-fils du rav Haïm Corcos, dayan[3] de Marrakech, engendré par une longue lignée de rabbins, il avait appris le français à l’ombre d’un réverbère à l’âge de dix-sept ans, avant d’émigrer en France et de devenir docteur en histoire et en psychologie clinique à l’école du professeur Henri Baruk (1897-1999).

Les lignes qui suivent sont celles d’un simple étudiant. J’ai essayé d’écouter et de retenir ce que le rabbin Harboun disait à notre petite communauté de Vaucresson le Chabbat puis de le traduire dans mes mots et d’en développer les réflexions. La communauté qui a reçu cet enseignement est comme une petite famille d’une douzaine de chefs de famille dont le rabbin Harboun est le père spirituel.

Certains enseignements, et je le signale, ont été aussi reçus d’érudits qui s’expriment dans notre toute petite communauté comme Jacob Ouanounou, élève d’Emmanuel Levinas né dans le Mellah de Meknès qui y commentent la Torah, sans compter les questions de Gaston notre président et de ses fils Fabrice, Cédric, d’Alexis Madar, de Serge Hosana, de la famille Hardy et bien sûr de Sam et Alexis Cohen, nos cohanim ; sans compter les enseignements pleins de sollicitude de Samuel Amar et de notre doyen Raphaël Ohayon (92 ans) originaire de Marrakech… je ne peux pas tous les citer, mais tous comptent pour moi comme des étincelles du feu de la Torah vivante leMoshé miSinaï (enseignement actualisé de celui donné par D-ieu à Moïse au mont Sinaï) et autant de paroles du D-ieu vivant du miniane de notre petite Jérusalem de l’ouest parisien ! Cet Ohel Avraham (la tente d’Abraham) ouvert aux quatre horizons m’a accueilli avec bonté sous sa tente généreuse alors que j’étais égaré dans le désert de ce monde. C’est ainsi que je suis revenu à Israël avec toute ma famille dans cette petite famille dont il est le père de tous.

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Haïm Harboun nommé « Grand Rabbin »

Ce soir à Aix en Provence le Rav Haïm Harboun a été nommé Grand Rabbin !

On ne s’y attendait pas. Lui non plus. 60 ans de rabbinat. MAZAL TOV !

Le Grand Rabbin Daniel Dahan a lu la lettre du Grand Rabbin Haïm Korsia à la fin de notre conférence ! Immense émotion.

Première bénédiction du Grand Rabbin Haïm Harboun
Grand Rabbin Haim Harboun et Grand Rabbin Daniel Dahan d’Aix en Provence qui a lu la lettre de nomination du Grand Rabbin Haim Korsia
Minha (il ne sait pas encore qu’il va être nommé)
Grand Rabbin Harboun et Grand Rabbin Dahan d’Aix en Provence
Synagogue d’Aix en Provence. Merci au Grand Rabbin Daniel Dahan qui a organisé tout cela et à la communauté d’Aix en Provence !
Grand Rabbin Haïm Harboun
Grand Rabbin Haïm Korsia

Le genre de truc qui n’arrive qu’à Jérusalem :)

Bar Mitsvah – Ya Rayah

Ya Rayah, « celui qui part », à une bar Mitsvah, j’aime cette chanson. Ici chantée par le regretté Rachid Taha :