Bibliothèques Médicis : « Mémoires juives de Corse »

25 juin 2016 1 commentaire

Jean-Pierre ELKABBACH reçoit Marc LAMBRON, Didier LONG, Ariane BOIS et Loïc BARRIERE

Jean-Pierre ELKABBACH, Marc LAMBRON, Didier LONG, Ariane BOIS et Loïc BARRIERE

Toute l’émission , J’interviens de 2:03 à 2:43 puis de 39:45 à 51 : 53

« Si l’Eternel ne bâtit pas une maison, les bâtisseurs travaillent en vain »


Achem lo ibné baït, chav amlou bonaïv bo

« Si l’Eternel ne bâtit la maison, c’est en vain que bâtissent les bâtisseurs »

im Achem lo ichmar Ir, chav shakad chomèr (le gardien)

« Si l’Eternel ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes ». (Ps 127 , 1)

Hiné lo yanoum vélo yichane chomèr Israël

« Il ne dort pas, il ne sommeille pas le gardien d’Israël » (Ps 121,

Le verbe banaïr signifie construire et éduquer en hébreu

אִם-יְהוָה, לֹא-יִבְנֶה בַיִת–    שָׁוְא עָמְלוּ בוֹנָיו בּוֹ

אִם-יְהוָה לֹא-יִשְׁמָר-עִיר,    שָׁוְא שָׁקַד שׁוֹמֵר.

 

Si l’Eternel ne bâtit la maison, c’est en vain que bâtissent les bâtisseurs; si l’Eternel ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes.

 הִנֵּה לֹא-יָנוּם, וְלֹא יִישָׁן–    שׁוֹמֵר, יִשְׂרָאֵל.

Non , il ne dort pas ne sommeille pas, le gardien d’Israël.
Catégories :Sources juives, spiritualité

Eliahou AhNavi !


Hier une association juive des Hauts-de-Seine m’a invité avec le Rabbin Harboun à parler de mon livre « Mémoires juives de Corse ». On était pleins de juifs et de Corses ! Il ne me connaissaient pas et m’ont accueilli avec ce gâteau (cacher). On a chanté Elyahou Ahnavi, c’était magique ! Chabbat Chalom !

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Catégories :Non classé

Kaddish pour Léonard Cohen, chabbat chalom


« Magnified, sanctified, be thy holy name »
Itgadal veitkedash sheme rabba (kaddish קדיש qaddich, « sanctification »)

יִתְגַּדַּל וְיִתְקַדַּשׁ שְׁמֵהּ רַבָּא

« Hineni, hineni (« me voici » en hébreu)
I’m ready, my lord »
Leonard Cohen, You want it Darker
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«  Rabbi Yossi a dit : un jour, je me promenais sur le chemin, et je suis entré dans une ruine parmi les ruines de Jérusalem afin de prier. Vint Eliyahou le prophète de souvenir béni, qui se posta à la porte (et m’attendit) jusqu’à ce que j’aie fini ma prière. Après que j’ai fini ma prière, il me dit :’Paix sur toi, Rabbi’ et je lui dis :’Paix sur toi, Rabbi et mon maître’.Il me dit:’mon fils, à cause de quoi as-tu pénétré dans cette ruine?’; je lui dis:’pour prier'[…] Il me dit :’mon fils, quelle voix as-tu entendu dans cette ruine ?’ et je lui dis :’j’ai entendu un écho roucoulant comme une colombe [la bat kol , l’écho de la voix littéralement, roucle comme une colombe dit le talmud], disant: Malheur aux fils par les péchés desquels J’ai détruit Ma maison, brûlé Mon autel et les ai éloignés au sein des nations.
Il me dit :’Sur ta vie et la vie de ta tête, ce n’est pas en cette seule heure que l’écho de la voix (bat kol) dit cela, mais chaque jour, trois fois par jour; non seulement cela, mais à l’heure où Israël entre dans les synagogues et les maisons d’étude, et répondent Yèhè shèmè hagadol mevorakh [« que le Grand nom soit sanctifié », le kaddish] »

Talmud Bavli Berakhot 3a

Catégories :Art, Non classé

De la démocratie en Amérique… Une crise spirituelle.

9 novembre 2016 4 commentaires

One Dollar note

En réalité l’avènement d’un populiste sans scrupule sur le thème « America is back » proposant de construire des tunnels, des ponts (premier discours de Donald) tout en baissant les impôts (mais alors comment payer les tunnels et les ponts ?) dans la même phrase; l’idée de se replier sur la vieille Amérique arrivée d’Europe sur le Mayflowers, terrorisée par les basanés –( les latinos étaient 3 % de la population des États-Unis il y a 50 ans, 17 % aujourd’hui) … un soi disant capitaliste milliardaire deux fois en faillite personnelle qui a planté ses banquiers et leur disant qu’ils auraient du mieux surveiller les business qu’il coulait; un type qui nie le réchauffement climatique… évidement tout cela fait beaucoup…Mais si finalement Trump n’était pas la maladie mais le symptôme forcément spectaculaire, d’une crise spirituelle bien plus profonde ?

D’autre part, la « révolte des petits blancs » n’est pas une nouvelle pour les Clinton… Robert Reich le premier secrétaire d’Etat d’emploi de Bill Clinton de 1993 à 1997, l’un des mentors politique le plus proche d’Hillary avait analysé dés 2008, dans Supercapitalisme[1], bien avant la crise actuelle, les causes de ce qui se passe aujourd’hui. la financiarisation de l’économie sous Reagan et Thatcher dopée aux théories de Milton Friedman, et la fin de la classe moyenne, vrai pilier de la création de richesse. La colère légitime de l’homme blanc, père de famille protestant, travaillant à la ferme où à l’usine, bref, la classe moyenne américaine, laminée par la désindustrialisation et la digitalisation du monde, bercée aux sirènes de la globalisation et du free market vient de s’exprimer dans les urnes. Essayons de comprendre pourquoi la classe moyenne a voté contre les supposés « démocrates » et pour ce symptôme de son désespoir.

En préalable je voudrais lever un malentendu, la personne qui s’exprime ici n’est pas « de gauche » je suis un pur capitaliste, consultant en stratégie et organisation digitale, formé par les idées de James McKinsey et de Marvin Bower. Marvin était le responsable d’une secte protestante descendent des pilgrims du Mayflower. A la fin de sa vie il distribua ses actions à ses partners au prix nominal d’entrée car ils n’avaient plus les moyens de les acheter, l’entreprise ayant immensément grandi sous sa direction. Marvin Bower qui inventa le conseil en organisation rapporte ce passage de la Bible (Exode 18, 14-28) où Jethro, le beau-père de Moïse lui conseille d’améliorer son organisation en créant un organigramme (Source : Diriger, c’est vouloir, p. 102.)

Je crois à ces valeurs de la Torah et à cette Civilisation du capitalisme et à la Globalisation dont l’âge digital n’est qu’une nouvelle forme, une civilisation qui a émergé au Moyen Age en mariant l’économie de marché et la création de richesse au bénéfice du plus grand nombre en interaction avec la démocratie et des sociétés ouvertes ce qui ne veut pas dire free boundaryless… et je ne vois pas d' »autre modèle » alternatif (voir ici : La « Civilisation du Capitalisme » (Schumpeter) : des Market places médiévales à Amazon Web Services (AWS)). Contrairement à ce qui est répété en boucle Trump n’a rien à voir avec le capitalisme, il a à voir avec l’avidité, ces golden boys greedy qui ont décidé de s’emparer du capitalisme à partir des années 80 en se moquant de toute création de valeur, toujours border line, la loi sans l’éthique. Un pompier pyromane qui a alimenté ce qui est justement en train de nous exploser à la figure, l’hyper capitalisme.

Back to 1835…

De la démocratie en Amérique

Le noble normand Tocqueville, un incroyant fervent partisan d’une stricte séparation de la religion et de l’Etat, parcourt l’Amérique en 1835. Dans La Démocratie en Amérique il constate la « passion pour l’égalité des américains » est la marque des peuples démocratiques. Elle permet aux individus de poursuivre un goût naturel qui n’avait pu être satisfait auparavant : le goût du bien-être (ibid., p. 182).

« Les avantages de l’égalité se font sentir dès à présent, et chaque jour on les voit découler de leur source… L’égalité fournit chaque jour une multitude de petites jouissances à chaque homme. Les charmes de l’égalité se sentent à tous moments, et ils sont à la portée de tous ; […] La passion que l’égalité fait naître doit donc être à la fois énergique et générale. »

L’interaction entre la liberté, l’égalité et goût du bien-être matériel fait de la société démocratique une société industrielle capable de produire des richesses au service de tous de manière égalitaire. Chacun a sa chance et une génération cultive l’espoir d’être plus aisée que la précédente.

Il ajoute aussi que la composante religieuse est fondamentale dans cette croyance commune :

 « Des hommes semblables et égaux conçoivent aisément la notion d’un Dieu unique, imposant à chacun d’eux les mêmes règles et leur accordant le bonheur futur au même prix. L’idée de l’unité du genre humain les ramène sans cesse à l’idée de l’unité du Créateur tandis qu’au contraire des hommes très séparés les uns des autres et fort dissemblables en arrivent volontiers à faire autant de divinités qu’il y a de peuples, de castes, de classes et de familles et à tracer mille chemins particuliers pour aller au ciel. »

Tocqueville constate que les philosophes des Lumières « expliquaient d’une façon toute simple l’affaiblissement graduel des croyances ; le zèle religieux, disaient-ils, doit s’éteindre à mesure que la liberté et les lumières augmentent. Il est fâcheux que les faits ne s’accordent point avec cette théorie. ».
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Catégories :Capitalisme, spiritualité

Les cédrats sont éternels

6 novembre 2016 1 commentaire

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Ce matin j’ai trouvé devant ma porte un cédrat confit avec ce mot :

Cher Ami, Bonjour, Ce matin je suis allé vous remettre le petit échantillon d’ « etrog » confis, que j’ai déposé. Je vous souhaite de le déguster, vous et les vôtres en pensant, comme l’a fait mon épouse, à votre vénérée grand-mère. באהבה ובלב טוב (avec amitié et bon cœur). Lucie et Raphaël

Raphaël a 90 ans, il est le doyen de ma synagogue, né dans le Mellah de Marakech. Chaque automne pendant mon enfance ma grand-mère Corse, m’envoyait un cédrat confit, qui m’a remis sur le chemin de ma judéité.

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Coïncidence, à cet instant même, mon ami Benny qui s’appelle Méir (du nom de son grand-père) comme moi, m’a téléphoné de Corse.

Les cédrats de Corse

A l’origine le cédratrier est un arbre des vallées méridionales de l’Himalaya. Il est acclimaté en Perse (Médie) durant la première moitié du premier millénaire avant notre ère (-1500, -500 avant notre ère). Il est probable que les Cédrats sont arrivés en Israël de Perse en contact permanent avec l’Inde via les caravanes à cette époque.

Le Cédrat de Corse est une variété très particulière (voir ici ), il est le seul à avoir une fleur blanche alors que celle des autres cédrats est violette. Il a été cultivé de manière intensive en Corse au XIXème siècle sous l’impulsion des rabbins ashkénazes de Lituanie comme je l’ai montré dans mes mémoires juives de Corse.

Le père de mes amis Guy et Benny Sabbagh et leur grand-père le rabbin Méir Toldéano zal liés à la famille Mattéi via Salomon Hassan allaient chaque année pour Souccot chercher les meilleurs fruits, gros, avec queue et pas bosselés dans l’exploitation des Mattéi grands distilleurs à Bastia.

Le cédrat symbolise la descendance du tsadik, du juste qui est lui-même un arbre.

« Le Juste est comme un arbre planté près d’un ruisseau qui donne du fruit en son temps et jamais son feuillage ne meurt » (Psaume 1)…

La Torah (Lévitique 23, 40) évoque le Cédrat pour la fête de Souccot comme פְּרִי עֵץ הָדָר « le fruit de l’arbre/ du bois de Hadar » hadar un mot qui veut dire (« éclat, splendeur » en hébreu). Le « fruit » c’est la descendance de l’arbre, c’est-à-dire les descendants des tsadikim (les « justes »), qui sont les bonnes actions et sont comme des arbres.

Pourquoi le cédratier, le « bel arbre » est-il « planté prés d’un cours d’eau » (Cf Psaume 1) car dit le Talmud Soucca 35a :

Ben ‘Azaï dit : Ne lis pas hadar (« beau »), mais hudör [qui en grec désigne l’eau, hudör a donné hydr- ou hydro-]. Et quelle espèce a besoin d’irrigation artificielle [et pas seulement d’eau de pluie] ? Dis c’ets le cédrat » (TB Soucca 35a)

La fête de Souccot est éternelle comme le symbolise le chiffre sept, celui de la plénitude : « Vous la fêterez, cette fête du Seigneur, sept jours chaque année, règle immuable pour vos générations;  c’est au septième mois que vous la solenniserez » (Lévitique 23, 41).

Les véritables « générations » laissées par les justes sont constituées par leurs bonnes œuvres (Beréchith raba 30, 6).

Le cédrat symbolise donc le fruit du Tsadik, juste non pas « de sa génération » comme Noah que nous avons écouté hier dans la Paracha de Noah : « Ceci est l’histoire de Noé. Noé fut un homme juste, irréprochable, entre ses contemporains; il se conduisit selon Dieu » – Gn 6, 9 ). Mais un juste pour toutes les générations de toute l’humanité comme Abraham. Un juste pour l’Eternité, qu’on ne voit pas et qui lui-même ne le sait pas.

 « Ce sont les générations de Noé » : Noé était un homme juste et parfait dans ses générations.  R. Johanan dit: « Dans ses générations », mais pas dans d’ autres générations ! (Tb Sanhédrin 108 a).

En clair, si Noé avait appartenu à la génération suivante, celle d’Abraham juste il n’aurait compté pour rien (Beréchith raba 30, 9). En effet Abraham est qualifié de tsadik par la Torah alors qu’il tente de sauver les justes de Sodome et Gomorrhe, ce qui n’est pas sauvable ! Sodome et Gomorrhe ! (Genèse 18,25). Un raisonnement à fortiori : Celui qui sauve ce qui est complètement perdu sauve forcément toute l’humanité et pour toujours.

Un de ces 36 justes qui sont générés par l’Éternel à chaque génération pour être les colonnes de l’humanité. Les Tsadikim Nistarim (צדיקים נסתרים), les « Justes cachés », ou encore les Lamed Vav Tsadikim (לו צדיקים). Lamed, vav = 36 de chaque génération, que rien ne distingue des auters hommes et qui eux-mêmes ne le savent pas et sans qui le monde serait détruit.

Le cédrat est le fruit de l’arbre, un fils des tsadikim.

« Selon Rabbi Méir un cédrat prélevé au titre de la seconde dîme ne ne saurait êter utilisé pour s’acquitter de l’obligation [de tenir en main les quatre espèces] le jour de la fête » (TB Soucca 35a).

Pourquoi cette obligation de posséder le cédrat ? à cause du « vous prendrez pour vous du fruit du bel arbre » (Lv. 23, 40). La seconde dîme selon Rabbi Méir est un bien sacré dont le propriétaire ne peut disposer à sa guise. L’idée est que la mitsva ne fonctionne que si elle est entièrement généreuse.

Les amulettes de guérison de la Kabbalah

1 novembre 2016 2 commentaires

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Le plus vieil homme de ma syna, 90 ans, né dans le Mellah de Marrakech m’a envoyé ce Caméo (amulette) de la tradition juive marocaine. J’ai trouvé son geste émouvant et profond comme s’il me transmettait au delà du parchemin quelque chose d’important.

Le Chiviti (שויתי ) est une représentation méditatives de la Ménorah (chandelier du temple à 7 branches) utilisé pour la méditation de la contemplation du Nom (tétragramme). Cviti est le premier mot du psaume 16, 8 :

ח  שִׁוִּיתִי יְהוָה לְנֶגְדִּי תָמִיד:    כִּי מִימִינִי, בַּל-אֶמּוֹט. 8 Je fixe constamment mes regards sur le Seigneur; s’il est à ma droite, je reste inébranlable.
ט  לָכֵן, שָׂמַח לִבִּי–וַיָּגֶל כְּבוֹדִי;    אַף-בְּשָׂרִי, יִשְׁכֹּן לָבֶטַח. 9 C’est pourquoi mon cœur se réjouit, mon âme jubile, mon corps même repose en sécurité.

La réalité spirituelle qui sous tend ces amulettes est donc profonde spirituellement. Largement diffusée par la Kabbalah au Moyen Age (tradition ésotérique; Qabbala « réception » au sens de tradition reçue : messarah et transmise : kabbalah; Cf Pirké Avot 1, 1), elles proviennent à l’origine de Babylonie. Lors de l’exil à Babylone au VIème siècle avant notre ère, les israélites ont appris à utiliser les amulettes de leurs voisins. Elles accompagnent la Refoua Chelema (prière pour les malades) et on les attachaient au cou ou sur la poitrine du patient. Les sages d’Israël ont essayé, souvent en vain, d’arrêter ce qu’ils considéraient parfois comme des superstitions.

En pièces jointes, une page appelée  » קמיע  « , contient plusieurs termes faisant appel à la Protection divine et que, de tradition, on plaçait au chevet du  חתן דמים  הי ו

כן השם ישמורך מכל רע ויתן לך רפואה שלמה

ונאמר לך

ברוך הבה בשם ה

באהבה ובלב טוב

Le חתן דמים  הי ו, hatam damim, « l’époux du sang » se réfère à un passage mystérieux de la Torah (Exode 4, 24-26) dans lequel Moïse revient de chez Jethro son beau-père et descend avec toute sa famille parler à Pharaon en Egypte. En cours de route Séphora, la femme de Moïse, circoncis son fils.

כד וַיְהִי בַדֶּרֶךְ, בַּמָּלוֹן; וַיִּפְגְּשֵׁהוּ יְהוָה, וַיְבַקֵּשׁ הֲמִיתוֹ. 24 Pendant ce voyage, il (Moïse) s’arrêta dans une hôtellerie; le Seigneur l’aborda et voulut le faire mourir.
כה וַתִּקַּח צִפֹּרָה צֹר, וַתִּכְרֹת אֶת-עָרְלַת בְּנָהּ, וַתַּגַּע, לְרַגְלָיו; וַתֹּאמֶר, כִּי חֲתַן-דָּמִים אַתָּה לִי. 25 Séphora saisit un caillou, retrancha l’excroissance de son fils et la jeta à ses pieds en disant: « Est-ce donc par le sang que tu es uni à moi? »
כו וַיִּרֶף, מִמֶּנּוּ; אָז, אָמְרָה, חֲתַן דָּמִים, לַמּוּלֹת.  {פ} 26 Le Seigneur le laissa en repos. Elle dit alors: « Oui, tu m’es uni par le sang, grâce à la circoncision! »
כז וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַהֲרֹן, לֵךְ לִקְרַאת מֹשֶׁה הַמִּדְבָּרָה; וַיֵּלֶךְ, וַיִּפְגְּשֵׁהוּ בְּהַר הָאֱלֹהִים–וַיִּשַּׁק-לוֹ. 27 L’Éternel dit à Aaron: « Va au-devant de Moïse, dans le désert. » Il y alla; il le rencontra sur la montagne et l’embrassa.
Catégories :Judaïsme

Genèse : d’où viennent la parole et le Nom ?


Dans la Sidra Bereshit, on découvre un D-ieu très étrange qui crée l’Univers en 10 paroles comme en écho aux dix paroles/ commandements du Sinaï. Ce que D-ieu dit jailli immédiatement dans l’être. Ensuite, l’Eternel crée l’homme a son image… ce qui de prime abord pourrait sembler une projection idolâtrique dans le divin de la finitude humaine et de nos frustrations. Paradoxe étrange. Car si D-ieu était absolument incompréhensible à l’homme ou définissable uniquement parce qu’il n’est pas (apophatie) nous ne pourrions rien en dire et pas même le prier (en quel langage ?). Pourtant, et c’est un paradoxe, dans la Torah D-ieu est décrit dans des termes humains. Trop humains ? 

Je voudrais par ces quelques notes de recherche interroger la tradition juive sur ce rapport complexe de la créature avec son Créateur et la manière dont Celui-ci se révèle à l’homme. Des notes en bas de page de la Sidra Berechit.

Le noeud des tefilins

«  »Et je retirerai ma paume et tu verras mes traces » – Rav ‘Hana bar Bizna dit, Rabbi Chim’on le Pieux a dit : Cela nous enseigne que le Saint béni soit-Il a montré à Moïse le nœud des tefillin» (TB Berakhot 7a, v.15).

Dans ce célèbre passage, le Talmud avec une sorte de naïveté seconde s’interroge sur le fait que Moïse ait demandé à D. de voir sa face, que l’Éternel ait laissé passer sa gloire (kavod) et l’ai protégé de sa main caché au creux du rocher : « Tu ne saurais voir ma face; car nul homme ne peut me voir et vivre […] Alors je retirerai ma main et tu me verras par derrière; mais ma face ne peut être vue »(Ex 33, 20-23)…

Le Talmud imagine l’Éternel en train de prier avec ses téfilin ! dont Moïse n’aurait vu que le nœud derrière la tête et pas son visage [1].

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Le noeud la tefila sur la nuque (photo DL)

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Le chin dela tefila de la tête (photo DL)

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Le Chin de la mezouza. (photo DL)
Pour le Midrach, Chaddaï est l’acrostiche de CHomer Dlatot Israel (Celui qui garde les Portes d’Israël). 

Pourquoi ? Parce que l’homme ne peut voir D. dans sa puissance : Chaddaï (le D. Tout Puissant). La lettre Chin marquée sur la tefila du front et sur la nuque -sous la forme d’un Dalet à l’envers, mais aussi sur les mezouzot à l’entrée des maisons, symbolise le D. qui dit Daï (« ça suffit! »), la limite de l’homme en ce monde. Selon le Talmud  (Haguiga, 14b), Chaddaï signifie « qui dit à Son monde assez! » (sheamar le’olamo daï).Cette limite qui fait que nous ne sommes qu’un parmi d’autres rend possible l’éthique, la fraternité des humains.

El Chaddaï est un des noms de D., mais il y en a beaucoup d’autres : El Elyon (le Très-Haut), El Olam (l’Eternel), El Gibbor (Le Puissant). Et bien sur les 13 attributs divin de ses Noms que D. déroule devant Moïse : Rahoum (Celui qui prend en pitié, cf Rakhem !), Hannoun (Celui qui fait « Grâce »), Tsaddiq (le Juste), Dayan (le Juge) Ces mots sont comme le doigt qui désigne la lune, ils  signifient ce que nous ressentons et désignent de loin mais ne peuvent être confondus avec le signifiant ultime. On remarque bien que dans la Sidra Bereshit D. parle à l’homme mais il parle aussi aux cieux et à la terre, aux animaux ou aux pierres les maintenant dans l’existence limitée liée au langage telle que nous la comprenons, et dans une langue qu’eux seuls connaissent…

Dans les Pirqé de Rabbi Eléiézer un très ancien Midrash, au chapitre 3 il dit :

« Avant la Création de l’Univers il n’existait que le Saint béni soit-Il et son Nom seul »

Ce que dit la Torah à l’homme c’est donc que l’Eternel se révèle dans le langage, au fond de son inconscient, pas parce que le langage serait sacré mais parce que celui-ci est le lieu d’émergence et la condition de possibilité pour que D. appelle l’homme de son néant, son Tohu.

Car quel est le contraire du langage ?  Le silence ? La Torah dit que ce néant est désigné par le « Tohu Bohu » en Gn 1,2 : « La terre n’était que « solitude et chaos » (Tohu vavoou, ). Ce terme Tohu n’existe que deux fois dans la Torah. On le retrouve en Dt 32, 10 :  « Il le rencontre dans une région déserte, dans les solitudes (tohu) aux hurlements sauvages; il le protège, il veille sur lui, le garde comme la prunelle de son œil. » Le tohu c’est ce cauchemar de l’homme où le langage ne signifie plus rien, devient insignifiant, quand on en peut plus se parler, le début de la haine . Nous serions donctirés de notre chaos mental et spirituel par la Parole de D-ieu, Son souffle (ruah’) qui nous appelle par notre nom que lui seul connait, tirés de la terre où nous retourneront inévitablement comme dit Bereshit à propos de la création d’Adam. La femme, elle-aussi sort de la torpeur, du sommeil d’Adam, comme dit Bereshit à propos de la création de la femme. Et c’est seulement à partir de ce moment qu’ils sont ish et isha (féminin et masculin), des mots en miroir, en rapport, formant dans le couple humain un seul être parlant (ehad) à l’image du D. UNqui leur a parlé le premier dans son infinie générosité, par amour.

Comme si le langage humain, proféré par le souffle de l’Eternel puis en interactions entre l’homme et la femme appelait l’être humain et chacun de nous à notre vocation spirituelle d’être enfin un peu humain, détachait l’homme de la terre pour l’inscrire dans la position verticale de la Amida, debout entre ciel et terre, avec ses tefilins.

On sait à quel point en psychologie moderne la nomination est importante dans la construction psychologique de l’enfant. Le nom inscrit l’enfant dans le champs du langage et établit un rapport entre le signifiant et le signifié fondateur de toute parole et du rapport à la vérité ou au mensonge. Le nom comme le souligne le Talmud Berakhot semble contenir un héritage de mérites ou de mauvaises actions. Le Talmud Berakhot 7b le souligne.

D’où savons nous que le nom est déterminant ? Rabbi Eliézer dit : « Car  le verset a dit :« Allez, regardez les oeuvres de l’Eternel qui a mis des ruines sur la terre » (Ps 46, 9), ne lis pas « ruines » (chamot) mais des « noms » (chémot) ». Et  Rabbi Yo’hanan dit au Nom de Rabbi Chim’on ben Yo’haï : « La mauvaise éducation dans sa maison est plus dure pour un homme que la guerre de Gog et Magog »

Mais le Talmud souligne aussi que l’héritage psychique ne conditionne que partiellement le destin d’un enfant et des générations. Opposant le : « Il sanctionne la faute des pères sur les enfants » (Ex 34, 7) à « Les enfants ne mourront pas à cause des pères » (Dt 26,6)  et résolvant cette contradiction en disant que « le second verset [promet la vie sauve] à ceux qui abandonnent les voies tortueuses de leurs pères ». (TB Berakhot 7a)

« Faisons l’homme à notre image »

Maïmonide au Moyen-Age explique ce mystère du fait que le langage humain est utilisé par la Thora pour décrire l’Eternel de manière apparemment naïve, dans sa discussion sur les  attributs divins dés le début de son Guide des égarés (écrit en arabe avec des lettres hébraïques). Il est bien sûr en discussion, à partir des concepts Aristote avec les philosophes arabes et chrétiens. Relisant le Naassé Adam Betsléémnou, « Faisons l’homme à notre image » (Berechit 1,26), il évite d’emblée la vision naïve, créationniste qui projette la réalité humaine dans le Divin.

 » II y a eu des gens, qui croyaient que tcélem, dans la langue hébraïque, désignait la figure d’une chose et ses linéaments, et ceci a conduit à la pure corporification (de D-ieu), parce qu’il est dit (dans les Ecritures) : « Faisons un homme à notre image (betçalmenou) selon notre ressemblance (Genèse 1, 26). Ils croyaient donc que D-ieu avait la forme d’un homme, c’est-à-dire sa figure et ses linéaments, et il en résultait pour eux la corporification pure qu’ils admettaient comme croyance, en pensant que, s’ils s’écartaient de cette croyance, ils nieraient le texte (de l’Ecriture) ou même qu’ils nieraient l’existence de D-ieu s’il n’était pas (pour eux) un corps ayant un visage et des mains semblables aux leurs en figure et en linéaments »

(Guide des égarés I, 1, « L’homonymie de Tcélem », traduction de l’arabe de Salomon Munk, pg. 29).

et il dit plus loin :

Quand nous disons de D-ieu qu’il est la forme dernière du monde, ce n’est pas comme la forme ayant matière est une forme pour cette matière, de sorte que D-ieu soit une forme pour un corps. Ce n’est pas ainsi qu’il faut l’entendre, mais de la manière que voici : de même que le forme est ce qui constitue le véritable être de tout ce qui a forme, de sorte que, la forme périssant, l’être périt également, de même D-ieu se trouve dans un rapport absolument semblable avec tous les principes de l’être les plus éloignés; car c’est par l’existence du Créateur que tout existe, et c’est lui qui en perpétue la durée par quelque chose qu’on nomme l' »épanchement » […]. Si donc la non-existence du Créateur était inadmissible, l’univers entier n’existerait plus, car ce qui constitue ses causes éloignées disparaîtrait, ainsi que les derniers effets de ce qui est intermédiaire; et, par conséquent, D-ieu est à l’univers ce qu’est la forme à la chose qui a forme et par là est ce qu’elle est, la forme constituant son véritable être. Tel est donc le rapport de D-ieu au monde, et c’est à ce point de vue qu’on a dit de lui qu’il est la forme dernière et la forme des formes; ce qui veut dire qu’il est celui sur lequel s’appuie ne dernier lieu l’existence et le maintien de toutes les formes dans monde, et c’est par lui qu’elles subsistent, de même que les choses douées de forme subsistent par leurs formes. Et c’est à cause de cela qu’il a été appelé dans noter langue, hay âolamim, ce qui signifie qu’il est « la vie du monde ».

(Guide des égarés I, 69, « La Cause première », traduction de l’arabe de Salomon Munk, pp. 167-168).

On le comprend pour Maïmonide, D. n’est pas le plus haut ou le plus puissant des étants mais la condition même de possibilité de ceux-ci. Et cet à-priori du monde phénoménal ou plutôt de la vie (hay âolamim), et là Maïmonide quitte le registre de l’ontologie (la science de l’Etre, avec des échos dans le אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה Eyé acher Eyé « Je suis qui je suis/ serai » car ces mots  indiquent une action inaccomplie, en devenir) aristotélicienne  pour parler en terme de vie.

Note [1]: on peut noter que quelques versets avant il est dit que « l’Éternel s’entretenait avec Moïse face à face (panim al panim), comme un homme s’entretient avec un autre » (Ex 33, 11)

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