D-ieu peut-il souffrir ?


La guémara du Traité Sanhédrin raconte une histoire étrange :

Rabbi Meir dit  le pasouq «car celui qui est pendu est une malédiction (kilelat) de Dieu» doit être comprise comme cela : Quand l’ homme souffre à la suite de son péché (suite à une pendaison), quelle expression la Présence Divine (Chekhina) utilise-t-elle? Ma tête est trop lourde [kallani] mon bras est trop lourd, ce qui signifie que moi aussi je souffre lorsque les méchants sont punis. Il en découle que si le Lieu (A Maqom-  D.ieu) souffre à cause du sang des méchants (quand il est versé et qu’ils méritent d’être punis), a fortiori le sang des justes. (TB Sanhédrin 46 a)

Cette guemara exprime à quel point il est douloureux pour D.ieu lorsque ses enfants souffrent, même s’ils méritent d’être punis pour leurs iniquités, comme un père déplorerait la douleur de son fils pécheur.

Kalonymus Shapiro

Elle m’a été suggéré par le rabbin Kalonymus Shapiro (1889–3 November 1943), Rabbin au Ghetto de Varsovie (dont il faut lire l’excellente biographie par Catherine Challier) a relu cette phrase en disant que non seulement l’Omniprésent se « contracte » pour que l’homme ne soit pas pulvérisé par sa présence et qu’il le cherche mais aussi qu’il y a en Dieu de l’empathie pour sa créature et qu’il se « contracte » face à l’injustice. Les mots utilisés : « tête lourde, bras lourds » sont bien sûr des allégories, le Lieu n’a ni tête ni bras ! 

Il ne s’agit pas d’une réflexion d’un intellectuel au chaud, mais celle d’un homme qui essaie de comprendre la souffrance injuste des innocents qui évidement n’a aucune réponse en ce monde. le rabbin Kalonymus Shapiro voit alors mourir autour de lui les enfants, les nazis procéder chaque jour à des exécutions sommaire et procéder à des sélections dans la nasse du Ghetto de Varsovie.

C’est la réflexion d’un homme qui se demande comment rester un juste et garder foi dans le D.ieu d’Israël quand seul reste l’argument de survie. Une foi qui restera forte et inébranlable chez lui et qui a continué à inspirer les autres jusqu’à la fin de sa vie. Il a vécu toutes les étapes du ghetto: sa fermeture à l’automne 1939, le typhus de l’hiver 1941, les déportations massives vers Treblinka de l’été 1942 et la révolte héroïque d’avril 1943. Il fut finalement déporté dans un camp de travail et fusillé en novembre 1943, probablement après une tentative de soulèvement.

Il nous reste de lui le Aish Kodesh (le feu sacré), un mince volume qui présente ses derachot lors de rassemblements clandestins de la Sé’oudah chlichit . (une conférence ici

« Mon fils que cherches-tu ? » « Tu as posé une question importante »


Blessing

Il n’y a pas de question idiote. Chacun de nous devrait vivre cet instant sur terre comme le dernier et la simple question d’autrui comme un miracle. Celui qui pose une question à un autre manifeste leur humanité commune. Est père celui qui est engendré par la question de son fils. Est maître celui qui est capable de s’enrichir de la question de n’importe quel passant.

« Ben Zoma disait : Qui est sage ? C’est celui qui apprend de chaque homme » nous dit le Pirké Avot (4,1)… est Sage (Hakham) et non pas le savant ou celui qui a la tête bien remplie comme on pourrait le croire et dispenserait généreusement son savoir… mais celui qui s’enrichit des questions des autres.

Une anecdote talmudique rapportée au traité Chabbat 30b-31a raconte cette patience paternelle du Sage Hillel ou premier siècle que le Pirqé Avot caractérise par une de ses citations : ‘‘Aime les créatures et amène-les à la Torah” (1,12) :

« On raconte que deux hommes avaient fait un pari. Ils dirent : « celui-qui réussira à mettre Hillel en colère aura gagné quatre cents zouz » (le salaire mensuel d’un ouvrier). Lire la suite de « « Mon fils que cherches-tu ? » « Tu as posé une question importante » »