Complotisme : cherchez le Juif !

Cet été France Culture a exploré les Mécaniques du complotisme, il faut écouter ces émissions passionnantes. Car chaque nouvelle crise ou événement violent fait surgir, quelques heures après, une nouvelle théorie du complot. Internet en a accéléré la diffusion et twitter diffuse instantanément n’importe quelle bêtise, et plus c’est gros plus ça passe. A condition que les juifs en fassent partie bien sûr.

Les juifs, du Sinaï au coté obscur de la Force

On nous cache quelque chose ! On nous ment ! l’Empire (comprendre les Etats Unis et Israël ligués pour gagner de l’argent sur le dos des « halogènes »), poussé par les juifs – ce petit club mondial assoiffé d’argent, c’est bien connu, sont forcément cachés quelque part au coeur du complot

Après l’attentat du World Trade Center et le crash d’un Boeing sur le Pentagone en 2001 Thierry Meyssan passé par le Renouveau charismatique catholique et la militance des droits LGBT lance sa théorie de « L’effroyable imposture ». Le livre dénonce un attentat commandité de l’intérieur par l’armée américaine (« le complexe militaro-industriel ») et se vend à 250 000 exemplaires, comme un Goncourt. Facebook et Youtube , n’existent pas encore mais les forums s’agitent déjà.

Un pur fake : de nombreux témoins ont vu l’avion se crasher sur le bâtiment et on a retrouvé l’ADN de tous les passagers du Boeing dans le Pentagone. Peu importe : Meyssan exporte sa théorie. Traduite en 26 langues dans le monde entier, elle intéresse de Hugo Chavez à L’Iran et au Hezbollah. Meyssan, prudent, ne mouille pas encore les juifs dans le complot. D’autres le font à sa place.

Dés le lendemain du 11 septembre le bruit court que les juifs ont commandité les attentats des tours jumelles. Le 19 septembre 2001, en direct sur Al-Jazira, le présentateur vedette Faycal Al-Qassem annonce qu’« aucun des 4 000 Juifs travaillant au WTC n’est venu travailler le 11 septembre », au Caire le 23 avril ils ont reçu l’ordre du Mossad de ne pas travailler. 3 000 personnes ont péri dans les attentats mais le chiffre de 4000 juifs ne fait ciller personne. En réalité 10 à 15% des victimes du 11 septembre sont juives en cohérence avec les 20% d’habitants de New York…

Meyssan se retrouve aujourd’hui classé ennemi des Etats Unis et il vit désormais établi en Syrie soit disant parce que le Mossad veut l’assassiner,; Syrie où il est rémunéré par un certain Bachar El Assad et d’où il accable « l’Occident et les sionistes » de tous les maux. Nous y voilà.

Fin août 2006 Dieudonné, Meyssan et Soral paradent à Beyrouth et Damas. En 2019 la « Liste antisioniste » lancée avec l’humoriste Dieudonné financée par l’Iran ne rassemble que 1,3 % des suffrages, … avec un seul mot d’ordre à tous les malheurs du monde à Gaza, Ramallah, le Caire ou en banlieue: « C’est la faute des sionistes ! ». Le bon vieux « complot judéo-maçonnique », est devenu le « complot judéo-américain ».

La tuerie de Charlie Hebdo ? Commanditée par Washington et les sionistes bien sûr. « les commanditaires les plus probables [de l’attentat] sont à Washington » selon Meyssan. Soral, Dieudonné et Jean-Marie Le Pen embrayent comme un seul homme.

Le Covid issu du pangolin chinois ou d’une fuite de labo ? Ne soyez pas le dernier à y croire ! c’est une création des labos et des big pharma pour vendre des remèdes au virus qu’a créé… l’Institut Pasteur ! Face à l’engouement face à cette vidéo partagée des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux qui prétend que le Coronavirus a été créé en 2003 l’Institut Pasteur se sent obligé de réagir.

Et bien sûr selon Alain Soral c’est encore la faute de « la Communauté », suivez mon regard :  « Je vais citer les gens qui ont en charge la médecine d’État : Bauer, Lévy, Buzyn, Hirsch, Jacob, Guedj, Salomon » répond Soral ; contre le druide blanc européen Raoult ! Ils ne savent pas que la femme de Raoult est juive et qu’il est philo-sémite, peu importe le conspirationnisme se nourrit d’un mille-feuille d’indices et sans le début d’une preuve.

Depuis maintenant 20 ans l’ultra-droite antisémite et la gauche radicale pro-palestinienne se sont retrouvées dans la même détestation du sionisme qui commence à se répandre comme une sorte d’évidence dans la société. Un processus paranoïaque qui attribue aux juifs une toute puissance imaginaire maléfique et occulte justifiant toutes les violences verbales et bientôt physiques.

Le livre Princeps du complotisme antisémite : Le protocole des Sages de Sion

Mais la palme d’or du complotisme n’est pas née à l’heure d’Internet en France mais en Russie au temps de Nicolas II. Le protocole des Sages de Sion qui rapporte le soi-disant compte rendu d’une réunion secrète des chefs de la communauté juive et leur plan détaillé pour mettre le monde sous leur domination, même s’il est rapidement démontré comme un faux aura une immense postérité nous explique Pierre-André Taguieff. Le plagiat de textes du XIXème siècle réunis pour avertir le Tsar Nicolas II du danger des juifs dans une Russie en insurrection, grâce à son niveau d’abstraction va s’adapter à de multiples contextes avec un seul objectif : se protéger et se débarrasser des juifs.

Ford, Hitler, Goebbels, le grand mufti de Jérusalem… tous croiront fermement à la réalité du fake.

La révolution bolchevique ? les Juifs bien sûr qui veulent déstabiliser le Saint empire chrétien. Hitler déclare : « Le jour où il sera devenu le livre de chevet d’un peuple, le péril juif pourra être considéré comme conjuré. » car il faut étudier en détail la manière de penser du juif cet ennemi absolu et international lié à aucune patrie, pour l’exterminer.

De l’autre coté de l’atlantique et contre l’évidence de leur caractère frauduleux révélé par une enquête du Times de Londres, Henry Ford croit la même chose que celui qui n’est encore qu’un petit trublion d’extrême droite allemand. Il fait imprimer Le protocole des Sages de Sion et distribuer dans les écoles.

La naissance de l’Etat d’Israël, l’infortune arabe avec le nationalisme et le socialisme, la propagande des criminels nazis réfugié en Egypte autour de Nasser transformeront le Protocole en « complot sioniste mondial ».

En 2002, la série, “Le Cavalier sans Monture” adapte en série à la TV égyptienne Le protocole des Sages de Sion en 41 épisodes pour le Ramadan.

Ne le dites à personne: les Corses contrôlent les Juifs qui contrôlent les franc maçons qui contrôlent les américains qui contrôlent le monde… alors, ne vous faites pas avoir ! Vous êtes le premier à le savoir.

Et surtout : Chut ! ça reste entre nous.

Haggadah de Pessah en Californie

וְהִיא שֶׁעָמְדָה לַאֲבוֹתֵינוּ וְלָנוּ
שֶׁלֹּא אֶחָד בִּלְבָד עָמַד עָלֵינוּ לְכַלּוֹתֵנוּ
אֶלָּא שֶׁבְּכָל דּוֹר וָדוֹר עוֹמְדִים עָלֵינוּ לְכַלּוֹתֵנוּ
וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַצִּילֵנוּ מִיָּדָם

Lori Gilbert Kaye ZAL est partie aujourd’hui en voulant sauver la vie du rabbin Mendel Goldstein… Elle laisse derrière elle un mari dévasté et une fille de 22 ans. Elle a réalisé le Kiddouch Achem.

Le rabbin Mendel Goldstein a appelé à la paix alors qu’il avait deux doigts sectionnés par une rafale de pistolet automatique pendant la deracha. Il a dit :

 » Nous sommes forts. Nous sommes unis. Ils ne peuvent pas nous briser. »

La petite Noya Dahan, 8 ans, a demandé que sa photo soit partagée pour que tout le monde sache qu’elle est forte. Elle a quitté avec sa famille la ville israélienne de Sderot pour échapper au terrorisme et aux attaques constantes perpétrées contre leur communauté. Elle est sauvée.
Along Peretz, l’oncle de Noya, âgé de 32 ans, venu de Sderot pour rendre visite à sa famille pour les vacances de la Pâque a lui aussi pris une balle. Il a été blessé pour la protéger.Il est sauvé.
J.E., âgé de 19 ans, a fait irruption et a déclaré: ‘F * ck les juifs ‘. que son nom soit effacé.
AM ISRAEL E’HAD, AM ISRAEL HAÏ

Lettres de l’exil Séfarad : Les pogroms de 1391 par Hasdaï Crecas

En Espagne les émeutes antijuives ont commencé en 1391 un siècle avant l’exil de 1492. Ces émeutes signèrent la fin du brillant judaïsme arabo-ibérique.

On parle beaucoup de Sefarad (l’Espagne) mais dehors du « RAMBAM » (Rabbi Moché Ben Maimon dit Maïmonide-12e siècle, Cordoue-Fès-le Caire) et du RAMBAN (Rabbi Moché Ben Nahman dit nahmanide, Gérone- Jérusalem ?) les penseurs séfarades sont des quasis inconnus pour la culture occidentale.

Gérone-Didier Long

Gérone – photo DL

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Ces auteurs sont les légataires directs des géonim babyloniens comme Rabbi Saadia ben Yosseph Gaon Soura (Egypte 9ème siècle, Babylonie 10ème siècle) dit Saadia Gaon qui assurèrent la survie du judaïsme rabbinique babylonien face à la conquête et l’assimilation arabo-musulmane et les maîtres du judaïsme arabo-andalou dont Maïmonide sera un des légataires incontesté.

Les plus importants penseurs, décisionnaires commentateurs de la Torah, poètes séfarades, étaient des rationalistes. Ils étaient tous de grands savants dans les sciences profanes de leur époque (médecine, astronomie…) en même temps que des philosophes de langue arabe puisant à travers les penseurs arables chez les grecs… Ils sont aujourd’hui de quasi inconnus. Ils considéraient le Talmud et le midrach comme la base de toute l’étude juive et, en dehors d’un Nahmanide, envisagent la kabbale comme une note en bas de page des tannaim, amoraim et autres guéonim…

Sage juif

Le simple fait que le considérable « Livre de la splendeur » (Zohar) de milliers de pages, puisse avoir été écrit en araméen en plein 13ème siècle par Moïse de Léon en araméen à la manière de de la guemara imitant des maîtres du premier siècle, ce dont sa propre femme n’ignorait pas le fait ! dit la familiarité avec le talmud et les midrachim et le puits de mémoire et de sagesse que ces gens étaient. Le retour opéra par un Rabbi Yehouda Levaï ben Betzalel dit le MAHARAL de Prague (17ème siècle) au midrach, alors que sa structure de pensée doit aussi à la kabbale sans qu’il le revendique ou en cite les écrits, en dit long sur la filiation avec la source arabo-andalouse et sur ce que le judaïsme moderne lui doit.

Juif Gérone

Le juif Salomon Vidal, Musée de Gérone, photo DL

Ces esprits sont donc d’une puissance inégalée et on ne trouve après eux qu’un Maharal de Prague qui admet sa filiation pour se hisser à leur hauteur. Au-delà des aléas de l’histoire et de notre long voyage en galout que l’Éternel semble bien avoir inscrit dans la structure même de l’être comme nous en a averti le Maharal (Guevourot AChem), nous devons absolument retourner à ces sources si nous voulons aujourd’hui juste comprendre les premiers mots de notre propre tradition juive.

Qui connait :

  • Rabbi Itsh’ak Elafassi surnommé le « RIF » au 11ème siècle,
  • Bah’ya ibn Pakouda dit Rabbenou Bahya (« notre maître Bahya ») au 11ème siècle, le chantre des « Devoirs du Cœur » (Hovot ha-lev) face à une génération engluée dans le matériel et la piété de routine et ce qu’il appelle « les devoirs à accomplir par les parties du corps » (Hovot ha-evarim)…,
  • Shmouel HaLevi ben Yosseph HaNaggid, grammairien, rabbin andalou et vizir et chef des armées d’un royaume d’Al Andalus qui mène la guerre et y écrit des poèmes magnifiques,
  • Plus connu ( ?) Yehoudda Halévy l’homme aux 800 poèmes au 11ème siècle le chantre de Sion et l’auteur du Kouzari,
  • Et bien sûr Benjamin de Tudèle, qui parcourut tout le monde juif de son temps au 12ème siècle et que notre maître le Rav Haïm Harboun a suivi d’un livre dans ses pérégrinations,
  • Ibn Tibon et sa famille aux 12ème et 13ème siècles rabbins provençaux traducteurs en hébreu d’ouvrages philosophiques gréco-arabes,
  • Rabbi Chelomo Ben Aderet dit « RACHBA » au XIVème siècle, Rabbénou Nissim, dit le « RAN » au 14ème siècle… ?
  • Qui connait le Or Hachem de Hasdaï Crescas ? un des plus puissants penseurs juifs de la fin du Moyen Âge, lié à la cour du roi d’Aragon et grand rabbin de la communauté de Saragosse au 14ème siècle ? Cet homme assistera aux grands massacres de juifs de 1391 et y perdra son propre fils à Barcelone. La reconquista s’est faire aux cris de « morts aux juifs ». Crescas écrit alors une lettre à la communauté des juifs d’Avignon pour raconter en détail ce qui s’était passé.

Les massacres contre les juifs de Séville le 4 juin 1391. Ils se sont propagés  dans la vallée du Guadalquivir : à Cordoue, Andújar, Montoro, Jaén, Úbeda, Baeza… et ensuite de la Meseta Sud : Villa-Real — aujourd’hui Ciudad Real —, Cuenca, Huete, Escalona, Madrid, Tolède (18 juin), et à d’autres zones castillanes : Logroño (12 août) et de la couronne d’Aragon : Valence (le 9 juillet), Orihuela, Xàtiva. Le massacres atteignent leur aproxysme à Barcelone, (5 août) puis continuent à Lérida (13 août). A Palma de Majorque le 2 août.

 

Nombre de réfugiés juifs fuient en Afrique du Nord après les massacres qui inaugurent le phénomène marrane.

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Hasdaï Crescas qui perd son fils le 09 juillet 1391 dans le pogrom de Valence écrit à la communauté juive d’Avignon :

« En ce jour amer de Roch ‘hodech Tamouz 5151 [été 1391], Dieu banda l`arc de l’ennemi contre la communauté de Séville où habitaient sept ou huit mille familles juives. Ils mirent le feu à ses portes et en assassinèrent un grand nombre ; cependant que la plupart étaient convertis au christianisme et que d`autres, en particulier des femmes et des enfants, étaient vendus comme esclaves aux arabes ; et les quartiers juifs devinrent déserts. Beaucoup périrent en martyre, beaucoup d’autres transgressèrent l`alliance sacrée. De Séville, l’incendie se propagea et anéantit tous les cèdres du Liban des communautés de Cordoue. Là aussi beaucoup abdiquèrent leur foi et la communauté fut anéantie.

Le 17 du mois de Tamouz fut un jour de douleur et de sanction, un jour plein de souffrances. La colère de Dieu s’enflamma contre la communauté de Tolède, source de la Torah et de la parole de Dieu. Cohanim et prophètes furent massacrés dans le temple de Dieu, les Rabbanim périrent publiquement en martyre, la noble descendance de Rabbi Acher ben Yih’iel [Roch], ainsi que leurs fils et leurs disciples. Là aussi beaucoup de ceux qui ne purent se défendre acceptèrent la conversion.

Le 7 du mois de Av, Dieu éradiqua sans pitié la communauté de Valence en laquelle vivaient environ mille familles. Près de 250 personnes y périrent en martyre tandis que les survivants fuyaient vers les collines, mais peu en réchappèrent et la plupart furent convertis. La plaie se répandit ensuite aux communautés de Majorque dans les îles de la mer. Le jour de Roch ‘Odech Eloul, des intrus pénétrèrent dans le quartier juif et le violèrent et le mirent au pillage et l’abandonnèrent comme une coquille vide. 300 personnes y périrent en martyre tandis que 800 autres fuyaient dans la tour du roi et que le reste subissait la conversion. Le Chabbat suivant, la colère de Dieu se déversa comme le feu, profanant son temple et violentant la couronne de sa Torah – la communauté de Barcelone –  qui fut percée et ce jour et compta 250 morts. Tout le reste de la communauté trouva refuge dans la tour alors que les ennemis, mettaient à sac toutes les rues juives et incendiaient certaines d’entre elles. La main du Gouverneur n’eut pas l’avantage mais il s’efforça de les sauver de toute sa puissance ; il fit apporter aux juifs qui se trouvaient là du pain et de l’eau, et opéra une sortie pour capturer les brigands. Alors la masse des simples gens rugit et se dressa contre les gouverneurs, et ils combattirent les juifs réfugiés dans la tour, armés d’arcs et de catapultes. Ils les frappèrent et les battirent dans la tour. Beaucoup périrent en martyre, parmi eux mon fils unique, une brebis innocente. Je l’ai offert tel un holocauste, j’accepterai le verdict et me consolerai en sachant la bonté de son destin et la félicité de son sort. Beaucoup d’entre eux se suicidèrent, certains en se jetant du haut de la tour et ils étaient déjà déchiquetés avant même d’avoir parcouru la moitié de leur chute. Quelques-uns abandonnèrent la tour et périrent en martyre dans la rue. Tous les autres furent convertis au christianisme, hormis quelques-uns qui s’enfuirent vers les villes aux alentours, si peu nombreux qu’un enfant les compterait mais de grands hommes. A cause de nos fautes, il n’existe plus un seul être humain aujourd’hui à Barcelone qui puisse être qualifié de juif. De même, dans la ville de Lérida, beaucoup périrent, le reste fut converti, seuls quelques juifs s’échappèrent.

A Gérone, où l’érudition et l’humilité s’étaient jointes en un seul lieu, les Rabbanim périrent publiquement en martyre. Seuls quelques-uns acceptèrent la conversion, la plupart trouvèrent refuge dans les maisons des habitants de la ville. Ils sont enfermés aujourd’hui dans la forteresse.

En fin de compte, dans le royaume de Valence, il ne reste plus aucun juif hormis dans la ville de Murviedro (Sagonte).

Dans la province de Catalogne, il ne reste plus aucun juif, hormis le peu qui échappèrent au massacre dans les villes alentours et ailleurs. Quant à nous ici, dans les villes d`Aragon il ne s’est produit ni brèche ni violence. Par la bonté divine toutes nos communautés sont rescapées ; mais malgré tous nos efforts, après la dispersion de nos biens, il ne nous reste rien d’autre que nos corps. Nos cœurs sont pleins de frayeur et nos yeux sont levés vers le ciel afin qu’il soit miséricordieux, qu`il guérisse nos blessures et nous aide à ne pas défaillir. »

(Rav Hasdaï Crescas, extrait de sa Lettre à la communauté d ‘Avignon traduite par Eric Slimévitch dans Lumière de l’Éternel, Hermann 2010).

 

 

L’antisémitisme ou l’envers du désir d’exister

antisemitismL’antisémitisme a un peu plus de 3000 ans, c’est-à-dire l’âge du peuple juif, et il ne s’arrêtera pas. Pourquoi ? Parce que les antisémites de tous poils ne négocient pas avec Israël ou avec des juifs réels mais avec un juif imaginaire qui n’est que l’envers de la frustration de leur désir d’exister. L’antisémitisme est une histoire d’égo frustré, de conscience sociale ou religieuse humiliée.

Les antisémites de tous poils se contrefichent bien du sort des palestiniens, d’Israël ou des juifs du 93 sans le sou, de tous les juifs réels qui vivent des petites vies en essayant d’apporter leur pierre à l’édifice de la civilisation humaine par l’éducation de leurs enfants, l’étude et la prière puisqu’ils utilisent le juif imaginaire pour combler leur déficit à être.

La haine des juifs est la réponse à l’angoisse existentielle humaine. Elle a déjà une longue histoire. Lire la suite de « L’antisémitisme ou l’envers du désir d’exister »

Storytellings au Moyen-Orient

Une tribune de mon ami Frank Tapiro

Quelques photos que j’avais faites en 2010 dans un no mans land à Hébron prés du tombeau des patriarches, Ramallah, le check point de Kalandia, les 4 x 4 de l’Europe qui abreuvent Ramallah comme une manne (j’en ai toute une collection photo), les toits d’Hébron… Je suis passé à peu prés partout dans le West Bank. Sauf Gaza bien sûr, le « pavillon témoin ».

En plein Festival de Cannes, nous assistons depuis quelques jours à l’un des plus incroyables scénarios jamais écrit de l’histoire de la politique moderne.

La crise de l’accord iranien se déroule comme un épisode de 24 heures chrono. Sans déterminer qui interprète Jack Bauer, chaque protagoniste y joue un rôle précis, parfaitement maitrisé en fonction de son positionnement pour le bon déroulement du conflit et de l’objectif à atteindre : la renégociation du traité.

Tout commence par une visite de Macron chez Trump. Lire la suite de « Storytellings au Moyen-Orient »

Comment Csanad Szegedi, cadre du Jobbik (extrème droite hongroise)… a fait sa Bar Mitzvah !

Un jour de 2012, Szegedi, 30 ans, Haut responssable du parti ultranationaliste et antisémite Jobbik en Hongrie, au Parlement européen, découvre… que son adorable grand-mère est juive, survivante d’Auschwitz.

Pourtant, il y a seulement quelques années, le même homme méprisait les Juifs, les considérant comme une sinistre cabale de spoilers intrigants, de malfaiteurs congénitaux, une cinquième colonne cosmopolites qui entravait les aspirations légitimes de la Hongrie en tant que fière et prospère nation chrétienne au coeur de l’Europe !

Chassé de son parti, il se fait circoncire et célèbre sa bar Mitswah.

La Bande-annonce de Keep Quiet le documentaire anglo-hongrois de Joseph Martin et Sam Blair :

Le documentaire :

Image

Avec le Rabbi Baruch Oberlander,  Hassid Loubavitch.

Un article du Jérusalem Post : http://www.jpost.com/Jerusalem-Report/A-whole-new-Jew-478706

Chemins de l’exil séfarade en méditerranée aux XVIè et XVIIè siècles… et en Corse en particulier.

Le rôle central de Gênes dans l’exil des juifs d’Espagne a été minimisé. Les chemins de l’exil séfarade furent en grande partie ceux des marchands de la thalassocratie Ligure et de ses comptoirs. Cette réalité occultée permet de mieux comprendre l’histoire souterraine des juifs en Corse et l’apport de juifs à la naissance de la globalisation moderne. 

Alors que demain commence la cantilation des Selihot pour le monde séfarade, essayons de nous remémorer notre histoire. On trouvera une partie des informations données ici dans mon livre Des noces éternelles, un moine à la synagogue. De plus je vous invite à suivre le groupe Facebook  MEMORIA EBRAICA DI A CORSICA pour qui j’ai écrit cet article. La diffusion publique et gratuite de ce savoir me semble importante.

Les chemins de l’émigration juive séfarade et les destinations se superposent parfaitement avec les chemins commerciaux et bancaires génois en méditerranée aux cours du XVIè siècle (voir cartes), ce « siècle de Gênes » qui est aussi celui du premier exode de masse juif depuis la chute du Temple de Jérusalem en l’an 70.

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Route commerciales et comptoirs génois (cliquer pour agrandir)

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Ainsi Gênes qui règne sur la méditerranée en 1492 et durant tout le XVIè siècle devient la  premier Hub trafic à destination de ses comptoirs avant que Livourne ne prenne la relève au XVIIè siècle. Lire la suite de « Chemins de l’exil séfarade en méditerranée aux XVIè et XVIIè siècles… et en Corse en particulier. »

Maccabbi Games 2015, La chute du mur de Berlin

Soixante-dix ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, Berlin accueille  plus de 2.000 athlètes pour les 14e European Maccabi Games, les Olympiades juives, sur les lieux des Jeux nazis de 1936.


Berlin

Berilin 2

Ce soir à Berlin  La flamme est portée dans le stade par des motocyclistes,ayant fait le chemin depuis Israël en traversant l’Europe, comme le firent les motards pour annoncer la première compétition des Maccabiades en Israël (Palestine mandataire de l’époque) en 1932.

Fabrice Madar, Vice-président France de Maccabi : « Ich bin ein Berliner »

Ich bin ein Berliner » (« Je suis un Berlinois ») avait dit John Fitzgerald Kennedy dans son discours lors de sa visite à Berlin-Ouest le 26 juin 1963, à l’occasion des quinze ans du blocus de Berlin. C’est ce que déclare de soir Fabrice, un de piliers de notre communauté qui concourt là bas avec tous ses amis. Nous sommes très fiers de lui !!! AZAK FABRICE ! !!

Fabrice

Les joutes compteront 19 épreuves, du football aux échecs en passant par le tennis, le basket, la natation, le bowling, l’escrime ou le bridge, mais aucune des épreuves d’athlétisme classique sur stade.

Aujourd’hui 70 ans après, les Olympiades juives se déroulent dans le grand stade créé par les nazis. Pied de nez de l’histoire et moment historique. C’est un second mur de Berlin qui tombe. Hitler, que sa mémoire soit effacée, doit se retourner dans sa tombe

Coucou Adolf, nous revoilà…

Car les nazis avaient particulièrement soigné  la préparation des Jeux d’été de 1936, qui se déroulèrent du 1er au 16 août. Un immense complexe sportif fut construit, des drapeaux olympiques ainsi que des drapeaux à croix gammée ornaient les monuments et les bâtiments d’un Berlin en fête et bondé. La plupart des touristes ne savaient pas que le régime nazi avait provisoirement enlevé les panneaux antisémites ni que le ministère allemand de l’Intérieur venait d’organiser une rafle de Tsiganes à Berlin. Les efforts de la propagande se poursuivirent bien après les Jeux, avec la sortie internationale en 1938 des Dieux du Stade, de Leni Riefenstahl.

JO 1936

Dans le Stade Olympique, les spectateurs allemands saluent Adolf Hitler lors des 11èmes Jeux Olympiques. Berlin, Allemagne, août 1936.
Dans le Stade Olympique, les spectateurs allemands saluent Adolf Hitler lors des 11èmes Jeux Olympiques. Berlin, Allemagne, août 1936.

Le mouvement Maccabi est né au XIXe siècle, à l’initiative de juifs berlinois,  d’inspiration sioniste, visait à permettre aux juifs exclus de quantité d’associations sportives de développer leur goût du sport. La fédération Maccabi a organisé les premiers Jeux olympiques européens en 1929 à Prague, et les premiers JO internationaux en 1932 en Israël.

A l’époque Berlin était une plaque tournante de la communauté juive, comptant 170 000 personnes. Aujourd’hui, la ville compte une communauté de 10 000 personnes, pour la plupart qui ont fui la Russie et le bloc de l’Est après la chute du Mur.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, s’est dit « fier et reconnaissant » de la « confiance » témoignée à l’Allemagne par les organisateurs de ces Olympiades, alors que choisir Berlin était à ses yeux « tout sauf évident » pour des athlètes juifs. Le cinquantième anniversaire des relations diplomatiques entre Israël et l’Allemagne, fêté cette année, « n’a été possible que parce qu’Israël nous a tendu la main de la réconciliation, et parce que l’Allemagne a assumé sa responsabilité dans l’Holocauste », a-t-il ajouté dans un communiqué.

Des milliers de juifs assis dans son stade construit pour célébrer la gloire de la race aryenne en train de chanter Am Israël haï,  » Le peuple d’ Israël est vivant  » : Le pire cauchemar d’Hitler ! Comme disait le titre du film commandé par la propagande nazi à  Leni Riefenstahl… « Les Dieux du stade » !

Allez une petite chanson de Léonard Cohen pour finir  : First we take Manhattan, then we take Berlin

Ici la cérémonie en live : http://www.hauptstadtsport.tv/emg2015

Tisha be Av 5775 : Le jour où les juifs ont quitté la France

Je suis venu te dire que je m’en vais…

Hier j’ai passé Shabbat chez des amis qui font leur Alyah. Il est chef d’entreprise, elle a trois enfants. La joie de les voir partit à Jérusalem et en même temps la tristesse de les perdre. C’était un sentiment paradoxal car Shabbat est un jour de réjouissance et Tisha beAv qui célèbre la destruction du Temple est un jour de deuil. Le jeune a été reporté aujourd’hui à cause de l’interdiction de jeûner et d’être triste à Shabbat. La joie et les pleurs mêlés.

jerusalem-stones

Ce sont les meilleurs d’entre nous qui quittent la France. Pourquoi ? Parce que lorsque nous ne pouvons plus aller prier sans qu’un car de CRS  armés jusqu’aux dents monte la garde devant la synagogue, parce que lorsque j’amène ma fille au centre aéré… nous traversons un premier rang de militaires de la République puis le service d’ordre juif. Merci à eux de tout coeur. C’est vrai que les enfants font des cauchemars.

Et mes amis ont terminé avec ce cri du coeur : « Mais quel avenir pouvons nous construire pour nos enfants, ici c’est fini ? « … « Et tout le monde s’en fout…la situation ne fait que se dégrader, les juifs s’en vont et ceux qui rentrent en Europe ne sont pas les plus brillants esprits…. on n’est pas en Amérique…  »

C’est la deuxième famille de mes amis juifs proches qui part. Les autres sont partis en avril, tous les deux médecins spécialisés. Ils ne voyaient plus d’avenir pour eux en Europe. Oui des médecins spécialisés ! On importe quoi à  la place des futurs Mohamed Merah ou Amedi Koulibali ?

Des amis à Sarcelles (Ils y vivent depuis 1962) : « Au début on s’est dit que juifs venus du Maghreb et musulmans on était tous des fils d’Abraham venus du monde arabe, on vivait ensemble en frères, maintenant il n’y a pas un gamin en dessous de 25 ans ici qui ne croient que l’Algérie va conquérir la France… le rêve est fini »

Même si je dois bien l’avouer j’ai aussi rencontré des gens plus modestes, un taxi à Strasbourg qui est parti à Tel Aviv, le seul qui n’était pas arabe à la gare ! Il avait déjà quitté l’Algérie en 62 ! Mais c’est vrai un taxi c’est un entrepreneur. Et  la France déteste AUSSI les entrepreneurs.

J’essaie chaque fois d’expliquer que la sécurité à Tel Aviv ou Jérusalem est toute relative.Je le sais j’ai parcouru tout le West Bank.

« Oui, mais au moins là bas on sait ce qu’on risque, le Shin Bet est un des meilleurs services du monde et ils se préparent, font l’armée… en France tout le monde dort, et les français s’en fichent, ils dorment… on constate les attentas, et maintenant les égorgements… à postériori, on a peur « .

Alyah9 à 10 000 juifs quitteront le territoire français en cette année 2015;  3000 rien que cet été, peut être 100 000 dans les 10 prochaines années ? (ils sont déjà 200 000 en Israël soit 25% des juifs vivant en France) avec des retours estimés, faute d’études précises, à 7 à 8%. C’est beau mais c’est triste aussi.
Lisez Alyah d’Eliette Abécassis, tout est raconté très simplement sans exagération avec beaucoup de sensibilité. Vous l’avez vu sur un plateau télé au 20h de TF1 Eliette ? Avant on l’invitait parce qu’elle a des tas de choses à dire. C’est quelqu’un qui réfléchit, pas une excitée. Mais là on n’en entend pas parler, parce que les français se taisent, beaucoup à gauche adoptent déjà la rhétorique inversée des islamistes : « Entre les islamistes et la démocratie les torts sont partagés… On les a bien colonisés… Les juifs sont les nazis des palestiniens qui sont les juifs du 21e siècle, etc… » (sic! ). Tout cet habillage n’est que celui de leur démission. Ils ont peur eux et ils rasent les murs. Alors les journalistes qui ne sont jamais que la voix de la France se taisent; ça fait partie de ces sujets dont on ne parle pas dans un dîner en ville si on est bien élevé.

L’agneau appelle le loup. En début d’année je voyais déjà Marine à l’Elysée et cette peur m’a gagné, Je me suis dit que je devais partir à Miami (30 000 dollars d’avocat sans garantie de carte verte pour siroter des daikiri au bord d’un piscine entouré de vieux) ou à Montréal (6 mois de vie sous terre par an), j’ai sérieusement étudié comment. Et puis je me suis dit que mes deux grand pères étaient morts en 40 que ma mère était pupille de la nation à 4 ans. Je suis juif mais aussi Corse et nous en Corse on meurt les armes à la main. Populu armatu populu rispetatu. Bon  ce n’est pas la solution non plus. Je suis pris entre le « qui vit par le glaive périra par le glaive » et le Talmud bien plus réaliste : « si quelqu’un vient te tuer, lèves toi et tue le ! « . Tu dois protéger ta vie. Mais après tout il y a plus grave que la peur : la peur d’avoir peur.

Un juif ne craint que D. Je reste. Am Israël Haï. En Galout ou en erets.

Après un Espagne sans les juifs, une France sans juifs ?

Comparaison n’est pas raison et l’histoire ne bégaie pas mais elle reste malgré tout maîtresse d’expérience. L’expulsion des juifs d’Espagne est hors de proportion avec celle des juifs de France. Mais je me suis rappelé que nos ancêtres avaient fui l’Espagne face à l’édit d’expulsion d’Isabelle la catholique et Ferdinand d’Aragon précisément la veille de ce 9 Av 1492 (31 juillet 1492).

Comme si l’histoire se répétait. Qu’ont gagné l’Espagne et le Portugal au départ des juifs puis des maurisques ? A la « Reconquista » de 1492 qui vit la chute de Grenade, les arabes et les juifs boutés du Royaume? Le Royaume de D. enfin chrétien ? Le « Siglo de oro », le bien nommé « Siècle d’or » dont l’apogée culmine sous Philippe II (1527-1598) qui règne sur un empire « où le soleil ne se couche jamais » c’est en réalité l’auri sacra fames. Cette maudite soif de l’or venu des Amériques a conduit à la conquête cruelle et brutale du Nouveau Monde et à la saignée de l’Afrique pour la traite des noirs. Mais paradoxalement, au lieu d’aboutir à la prospérité de l’Espagne… elle a conduit à sa ruine. En effet, l’Espagne percevait alors 25% de l’or qui passait par son territoire. Et pourtant les guerres de conquête moyennant de coûteux mercenaires et le train de vie de l’Espagne conduisent le roi Philippe II, protecteur du catholicisme, à s’endetter auprès de l’armée et de banquiers étrangers. Le royaume subit trois faillites, en 1557, 1575 et 1596. Avant de sortir de la scène de l’histoire au profit de la France de l’Angleterre et des Pays-Bas. (lire ici le détail de cette faillite). Un peu plus d’un demi siècle après l’expulsion des juifs, la faillite de l’Espagne était prononcée, comme une sorte de colère de D. Ci-gît l’Espagne qui pensait construire le pavillon témoin du Royaume de Dieu catholique sur terre et ne s’est jamais vraiment remis de ce délire messianique. Ca n’empêchera pas l’Allemagne de reprendre les même délires. En pire.

Les juifs quittent donc la France et peu semblent s’en émouvoir. « Qu’ils s’en aillent en Israël, avec leurs samedi chômé et tous ces trucs auquel on ne comprend rien !… Ils sont toujours en train de se plaindre ! … Il n’y en a que pour eux ! « … etc…

Ami français réfléchis. Juste cinq minute. En ce jour d’arrivée du tour de France !.. et de Tisha be Av.

Le paradoxe de Tisha beAv

Tisha be av

Aujourd’hui est jour de deuil. Nous nous rappelons de la destruction des deux Temples de Jérusalem en – 586 par Nabuchodonosor II et en l’an 70 par les romains. Un bain de pierres et de sang (500 000 morts un quart de la population de la Judée en l’an 70). On se rappelle la fuite d’Espagne et tous ces morts innocents. On jeûne, on enlève les tissus d’ornement à la synagogue. On ne porte pas de chaussures de cuir. On ne salue pas sauf discrètement les incultes et les non juifs pour ne pas les blesser. On évite les promenades. On a pas envie de rire. On vit dans la pénombre du deuil.

Tisha B'av, tableau de Leopold Horowitz, 1887
Tisha B’av, tableau de Leopold Horowitz, 1887

Etrange impression comme si le Temple détruit c’était nous mêmes. Comme si la destruction faisait aussi partie de la construction, de la vie. Ben et banaïr « enfant » et « construire » ont la même racine en hébreu. On n’élève pas un enfant, on le construit. On s’assoit par terre…

Une femme détenue dans le camp surpeuplé de Bergen Belsen racontait comment elle avait trouvé le squelette d’une chaise parmi les immondices. Cette chaise munie d’une planche était devenue une sorte de trône dans son baraquement pour ceux qui ne pouvaient vivre, ou plutôt mourir, que debout ou couchés sur des chalis exigus. Leur seule richesse sur laquelle ils s’asseyait à tour de rôle. Comme si la chaise était le début du symbolique, un commencement de maison et de construction au milieu des ruines.

On n’étudie pas car l’étude fait éprouver la simha Torah, la joie de la Torah. On ne dit pas les psaumes que je retiens sur les lèvres « au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions… comment pourrions nous chanter un air joyeux loin de Sion ? Jérusalem si je t’oublie que ma main droite m’oublie ». On lit les Lamentations de Jérémie, les kinot (élégies) qui racontent la suite de nos malheurs?. C’est un 9 Av que les juifs ont été pour la première fois de France en 1306. C’est à la même date qu’ils avaient été expulsés d’Angleterre en 1290. C’est aussi un 9 Av que Heinrich Himmler reçut l’ordre d’approbation de la Solution finale le 2 août 1941; c’est encore un 9 Av que commença la déportation de masse du ghetto de Varsovie en 1942. Les Kinot tirées des Lamentations de Jérémie 21, 14-16 ne sont pas des « jérémiades », elles ont de vraies raisons de pleurer :

 קוֹל בְּרָמָה נִשְׁמָע נְהִי בְּכִי תַמְרוּרִים–רָחֵל, מְבַכָּה עַל-בָּנֶיהָ; מֵאֲנָה לְהִנָּחֵם עַל-בָּנֶיהָ, כִּי אֵינֶנּוּ.  {ס} « Une voix retentit dans Rama, une voix plaintive, d’amers sanglots. C’est Rachel qui pleure ses enfants, qui ne veut pas se laisser consoler de ses fils perdus!
טו כֹּה אָמַר יְהוָה, מִנְעִי קוֹלֵךְ מִבֶּכִי, וְעֵינַיִךְ, מִדִּמְעָה:  כִּי יֵשׁ שָׂכָר לִפְעֻלָּתֵךְ נְאֻם-יְהוָה, וְשָׁבוּ מֵאֶרֶץ אוֹיֵב.  Or, dit le Seigneur, que ta voix cesse de gémir et tes yeux de pleurer, car il y aura une compensation à tes efforts, dit l’Eternel, ils reviendront du pays de l’ennemi.
טז וְיֵשׁ-תִּקְוָה לְאַחֲרִיתֵךְ, נְאֻם-יְהוָה; וְשָׁבוּ בָנִים, לִגְבוּלָם.  {ס} Oui, il y a de l’espoir pour ton avenir, dit le Seigneur: tes enfants rentreront dans leur domaine.

On sait que lorsque la Guéoula arrivera, le jour de Ticha bé-Av se transformera en jour de joie et d’allégresse. Le Messie naîtra un jour de Ticha bé-Av Le Maharal de Prague nous a enseigné que le mot Galout (l’exil, la dispersion, la dispora) a la même racine que Géoula, la Rédemption. On se rappelle de Rabbi Akiba qui éclata de rire en voyant un renard sortir du Kodesh akodashim détruit et de répondre à ses amis qui pleuraient que la destruction du Temple annonçait sa reconstruction. Celui qui ne prend pas part aux pleurs de la ruine de Jérusalem ne participera pas à la joie de la reconstruction du Saint des saints. Comme si les pleurs et les rires étaient paradoxalement mêlés, la destruction et le construction, la Galout et la Géoula de manière ontologique, avant la création du monde, le maassé bereshit. Après tout nous sommes bien nés en pleurant…

9 Av 5775, les juifs quittent l’Hexagone,  « Quand l’Eternel ramena les captif à Sion nous étions comme des rêveurs » …dit un psaume.  Je vous en supplie amis français, réveiller vous ! redites moi que nous sommes des frères et que tout ce cauchemar va bientôt s’arrêter.

Quoi qu’il arrive ce qui ne tue pas rend plus fort. Israël est ressuscité de toutes ses morts. Baroukh ata adonaï méaié Amétim. Benis sois tu Seigneur qui réssucite les morts. Am Israël haï. Les enfants d’Israël rentreront dans leur domaine.

« Dans le passé Rabban Gamaliel, Rabbi Eléazar ben Azariah, Rabbi Yehoshua et Rabbi Akiva marchaient à Jérusalem et, arrivés au mont Scopus, ils déchirèrent leurs vêtements.

Arrivant ensuite à la montagne du Temple, ils virent un renard qui sortait du Saint des Saints. Ils se mirent à pleurer, mais R. Akiva riait. Ils lui dirent : ‘Pourquoi ris-tu ?’ Il leur dit : ‘Pourquoi pleurez-vous ?’

Ils lui dirent : ‘L’endroit duquel il a été écrit ‘et l’étranger [non-lévite] qui s’en approchera sera mis à mort’ (Nb 1,51), voici que maintenant des renards y sont allés, et nous ne pleurerions pas ! « Il leur dit : ‘c’est pour cela que je ris ! Il est écrit : ‘je prendrai avec moi comme témoins, des témoins dignes de foi, le prêtre Urya et Zacharie, fils de Yeberekyahu’ (Is 8,2). Que vient faire Urya auprès de Zacharie ? En effet Urya est du premier Temple, alors que Zacharie est du deuxième Temple ! Mais en réalité l’Ecriture a fait dépendre la prophétie de Zacharie de celle d’Urya. Dans la prophétie d’Urya il est écrit : ‘C’est pourquoi, à cause de vous, Sion sera labourée comme un champ, etc…’ (Mi 3,12 ; Jr 26,18-20) et dans la prophétie de Zacharie, il est écrit : ‘De nouveau, vieillards et femmes âgées s’assiéront sur les places de Jérusalem…’ (Za 8,4). Tant que n’était pas accomplie la prophétie d’Urya, je craignais que ne s’accomplit pas la prophétie de Zacharie. Maintenant que s’est accomplie la prophétie d’Urya, il est certain que le prophétie de Zacharie est en train de s’accomplir !’

Ils lui dirent : ‘Akiva, tu nous as consolés, Akiva, tu nous as consolés !’ » (TB. Makkot 24a-b ).

Les juifs en Corse après 1492

Contrairement à ce qu’on dit souvent les juifs qui ont quitté l’Espagne en 1492 ne se sont pas retrouvé à Livourne mais à Gênes. En effet Livourne n’est alors qu’un petit port de pécheurs et ne deviendra un port franc avec droit de commerce pour les étrangers qu’en 1587 (voir ici) sous l’impulsion du grand-duc Ferdinand Ier seulement un siècle plus tard donc. Une initiative qui explique son accroissement. Les juifs levantins et conversos et juifs d’Espagne ne s’installeront à Livourne -qui ne compte que 134 marchands juifs en 1601, qu’au XVIIè siècle (711 en 1622; 2500 environ en 1700, 5000 à la fin du XVIIIe siècle). Le Hub trafic de la méditerranée des années 1492- 1592 est donc Gênes en lien avec les ports d’Espagne, Narbonne, le Liban, la Syrie, l’Egypte… et surtout la Corse à quelques encablures seulement plus au sud.

Gênes, port de destination des juifs d’Espagne en 1492

Le premier bateau venu d’Espagne et rempli de juifs d’Espagne arrive à Gênes en 1478.

Genova1493

Genova 1493

Dans un premier temps ceux-ci sont parqués sur les quais du port de Gênes. Combien sont-ils ? « plusieurs milliers » si l’on en croit un prédicateur de l’époque : Bernardino da feltre, antisémite virulent. « Venerunt in urbem nostram plures » commente le doge Matteo Senaréga. il arrivent faméliques : Multi fame absumti sunt et in primis lactantes et infantes… qui non habebant unde naulum solverent, filios vendebant «  des enfants au sein ! .IIs ont été rackettés par les passeurs marins génois au point que des chroniqueurs de l’époque s’émeuvent de leur sort. On les autorise à vendre ce qu’ils ont amené.Certains sont de haute classe sociale, d’autres sont autorisés à commercer ou exercer le métier de médecin en ville, mais d’autres encore sont pauvres et vont devoir vendre leurs enfants comme esclaves (« filios vendebant »); Beaucoup se convertissent par peur de mourir. Les descriptions de Matteo Senaréga rejoignent celles de Joseph Hacohen dans La vallée de larmes (‘Emeq ha-bakha):

En cours de route, cependant, les marins se sont dressés contre eux, les ont suspendus avec des cordes, ont violé leurs femmes sous leurs yeux sans que personne ne vînt à leur aide. Ensuite ils les ont débarqués en Afrique et se sont débarrassés d’eux sur une terre stérile et déserte qui semblait inhabitée. Leurs enfants ont demandé du pain, mais personne ne pouvait rien leur donner, et leurs mères ont levé les yeux vers le Ciel à ce moment fatidique.

Les nazis n’ont rien inventé, comme pendant la Shoa on sépara à l’époque les mères des enfants sans pitié, le marrane Samuel Usque raconte :

« Avant leur départ, les enfants furent baptisés d’autorité et en grande pompe […] plusieurs femmes se jetèrent aux pieds du Roi, demandant la permission d’accompagner leurs enfants mais cela n’éveilla pas la moindre étincelle de pitié chez lui. Une mère… prit son bébé dans ses bras et sans prêter attention à ses cris, se jeta du bateau dans la mer démontée et se noya, embrassant son fils unique »

L’arrivée de la peste en 1493 est imputée aux juifs et change le point de vue des génois jusque là très tolérants et imperméables aux recommandations venues des Etats pontificaux. La prédication du franciscain Bernardino da Feltre à Noël 1493 sur les châtiments réservés à ceux qui hébergent les « ennemis de Dieu dans la cité » et les juifs qui apportent la peste, illustrée par les représentations de l’époque (voir ici) prend soudain corps. Surtout Bernardino da Feltre développe le Mont de Piété à Gênes en 1489-90 pour combattre tous ces juifs qui exercent le métier de préteur. L’objectif est bien sûr de les assécher financièrement.

Da Feltre

Bernardino da Feltre à Gênes

A partir du 5 avril 1501 sous l’impulsion du gouverneur français de la cité Philippe de Clève (qui importe les coutumes françaises de ségrégation des juifs), les juifs doivent porter un badge en tissu jaune, de sinistre postérité, « au moins grand comme quatre doigts ». L’obligation est étendue aux médecins puis aux femmes. Suit en 1505 un édit d’expulsion qui chasse les juifs de la ville. Jusqu’au XVIIIème siècle les décrets oscillent entre les édits d’expulsion et les sauf conduits permettant aux juifs d’exercer les activités de banquier, médecin… dans la ville.

Le ghetto de Gênes est créé en 1660 et agrandi en 1674 (après celui de Venise, le premier d’Italie en 1516).

En réalité les milliers de juifs arrivés d’Espagne à Gênes sont soit partis vers la Turquie, soit ont été coincés dans les villages, soit erraient dans toute l’Italie au gré des édits d’expulsion et de la création de ghettos dans la seconde partie du XVIè siècle sous la menace pontificale : les bourgeois ne voulaient pas expulser les juifs  source de leurs profits, alors on les enfermait au lieu de les expulser comme le voulait l’Eglise.

Dans un rapport rédigé en 1564 un serviteur zélé de l’Inquisition s’inquiète :

« Il n’y a pas de ville en Italie où l’on ne trouve des marranes portugais qui ont fui l’Inquisition au Portugal. Ils s’enrichissent parce qu’ils commercent de toutes les manières tous les produits sans restriction, comme les chrétiens. Ensuite, ils déménagent en Turquie et informent le grand Turc de tout ce qui se fait ici. » (Dans : Cecil Roth, Dona Gracia Nasi, Liana Levi 2007, pg. 132, Roth cite, M. Stren, Urkundliche beiträge über die Stellung der Päpste zu den Juden, pp. 138-143)

Les juifs en Corse : de Gênes à Bastia

Combien de juifs arrivèrent en Corse et se fondirent dans la population? on ne le sait pas précisément. Pour la corse comme en Italie, les archives de Gênes et les documents notariés ne gardent que les traces des notables, médecins et marchands, les contrats de rachat d’esclaves enlevés par les barbaresques turcs vers Constantinople ou Alger. Bastia partageait ses origines génoise avec Ajaccio, fondée en 1492 par l’Office de Saint-Georges, qui installa au fond du golfe cent familles de la riviera génoise, dont probablement beaucoup de marranes.

Bastia ou Bastita, c’est-à-dire « retranchement », « bastide ». La Corse était le verrou géostratégique de protection de Gênes contre les Turcs. Trois siècles et demi durant, de 1453 à 1793, Bastia fut la capitale de la Corse, ou plutôt le siège des administrations génoise puis française, car les Corses, pendant les brefs moments de leur indépendance, préférèrent Corte. Par Bastia la Corse se rattachait au continent. La proximité de l’Italie ajouta une fonction commerciale aux fonctions militaire et politique de Bastia.

Bastia1

Bastia : la rue du Castagno à droite où est la synagogue
dans une ancienne banque fortifiée génoise qui donne sur le port réinvestie vers 1915 par des juifs d’origine marocaine (rabbin Méir Tolédano) venus de Tibériade. Au loin l’ile d’Elbe.

Capture

A la Renaissance, les banques juives comme la banque Mendés au Portugal, ou l’Ufficio di San Giorgio à Gênes utilisèrent leurs réseaux dans les principales villes d’Europe pour organiser la fuite des juifs d’Espagne et du Portugal.Gracia Nasi, dite Béatrice de Luna, épouse Mendès est la plus célèbre de ces passeurs de juifs de la renaissance. Les réseaux bancaires devinrent aussi des filières marranes, leurs agences servaient de relais aux juifs en fuite. Bien sûr ces banques ne ressemblaient pas à nos banques de dépôts modernes. Il banco à l’origine c’est « le banc » où l’on change les monnaies. La banque de l’époque est donc un réseau de familles dispersées dans les ports qui se faisaient confiance et grâce aux lettres de change évitaient à leurs clients de transporter de l’or sur des routes dangereuses, les banques juives avaient des agents commerciaux à Londres, Anvers, Amsterdam, Bordeaux, Venise, Ferrare, Gênes…. Les juifs étaient donc intimement liés à la prospérité des Cités-Etats italiennes dont ils assuraient le commerce de masse comme le monopole des épices ou du corail qui faisait et défaisait les fortunes des cités concurrentes. L’éclatement des juiveries de la péninsule ibérique en 1492 projeta tous ces petits préteurs et négociants, banchieri, dans tout le monde méditerrannéen en faisant un puissant levier de développement économique et commercial international et conduisant à moyen terme l’Espagne à la banqueroute. Le Mont-de-piété est institué en 1479 à Savone par le pape Sixte IV pour secourir : i poveri maltrattati dagli ebrei che con ingorda, avarizia lor succhiavano il sangue delle loro piccole sostanze,… « les pauvres abusés par des juifs qui, avec gourmandise et, cupidité sucent le sang de leurs petites substances ». Tout l’Esprit de l’Eglise de l’poque est résumé ici. Le Monte est institué à Rome en 1555 par le Pape pour contrer les préteurs à gage et revendeurs juifs en même temps qu’est créé le ghetto et que les préteurs marranes sont violemment persécutés à Ancone au cours d’autodafés.(voir ici un article sur les banquiers sépharades de la communauté de Rome à la Renaissance). Le prêt sur gage permettait de contourner la position traditionnelle de l’Eglise affirmée aux Conciles de Latran (1215),  Lyon (1274) et  Vienne (1312), interdisant le prêt à intérêt et menaçant d’excommunication et de privation de sépulture chrétienne toute personne qui le pratiquerait; réservant de facto cette activité aux seuls banquiers juifs.

Un certain nombre de familles génoises éminentes avaient participé à la création et à la gouvernance de la Banque des compères de Saint Georges, y compris les maisons de Grimaldi & Serra. La Banque, puissance mondiale, utilisait les services d’un certain nombre d’agents juifs, dont la famille Ghisolfi qui gérait les comptoirs de la Mer Noire. Un descendant de Simeone de Ghisolfi- le fondateur, Zacharias de Ghisolfi y sera prince à partir de 1480, il sera appelé même par le Tsar.

Les traces d’envois de  « notables » juifs en Corse apparaissent dans les archives de la République de Gênes.

  • Ainsi le 24 mai 1515 Les prottettori di San Giorgio, c’est à dire les dirigeants de la banque publique de Gênes, l’Office Saint Georges, envoient une lettre à l’Office en Corse demandent « d’autoriser le médecin Jacob, fils de Aron, de vivre à Bastia et dans d’autres places pour y pratiquer sa profession ». (Source : Archives Secrètes de Gênes, Primi Cancellieri di S. Giorgio, busta 16, citée par Rossana Urbani e Guidi Nathan Zazzu, The jews in Genoa pg. 95)
  • Le 29 avril 1525 Pietri I dargo, un juif espagnol de Cadix témoigne au lbaptême à Bastia du fils d’un médecin juif. (Source : Archives Secrètes de Gênes, Notaio Antonio Pastorino, filza 45 , citée par Rossana Urbani e Guidi Nathan Zazzu, The jews in Genoa pg. 96)
  • Le Notaire chancelier Giacomo Imperiale de Terrile écrivait en février 1532 un document parlant de Benedetto de Murta, médecin à Bastia, « auparavant juif ». Les juifs qui n’avaient qu’un prénom (Benedetto est évidement Baruch, « le béni », comme le prénom de Spinoza) prenaient comme patronyme des noms de ville comme celle de Murta toute prés de Gênes. (Notaire-Chancelier Giacomo Imperiale de Terrile, liasse 44, 1532. Diversorum. Cité par Antoine-Marie Graziani, Vistighe Corse, guide des sources de l’histoire de la Corse dans les archives génoises, Epoque moderne 1483-1790, Tome 1, Volume 2, Editions Alain Piazzola, Archives départementales de la Corse du Sud, Ajaccio, 2004. Pg. 303.)

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Synagogue de Bastia – rue du Castagno

L’aventure de Ventimillia la Nuova

Il est probable que l’immigration de peuplement opérée par Gênes dans les grandes villes et sur les côtes envoya des milliers de juifs marranes conversos ou encore juifs dans l’île, les plus pauvres bien-sûr, ceux qui n’avaient pas les moyens de continuer la route. Ceux-ci traînaient dans une misérable pauvreté dans les villages d’Italie ne pouvant pas subsister comme les décrit la lettre qui prépare  l’aventure de Ventimiglia la Nuova, la Nouvelle Vintimile, Porto-Vecchio.

Vengtimiglia la Nuova

Giurisdizione di Bonifacio e Portovecchio (da “Carte Nouvelle de l’Isle de Corse” di Robert de Vaugondy, 1756).

La « T. S. San Cipriano » sur la carte est la tour génoise de Saint Cyprien (photo ci-dessous). La côte était défendue par la place fore de Bonifacio et celle de Solenzara, la citadelle de Porto-Vecchio s’inscrivant entre les deux; Un réseau de tours génoises fortifiées et armées complétait le dispositif militaire.

Tour génoise de Saint Cyprien

Tour génoise de Saint Cyprien

Là encore l’Ufficio qui gérait la Corse servit de passeur. il faut bien comprendre que les bateaux qui véhiculaient les juifs appartenaient aux armateurs, majoritairement génois. G^nes servit donc de C’est ainsi qu’en 1569, la banque Saint Georges envoya 167 familles, 460 personnes des deux sexes- issus de villages de toute la côte Ligure  pour fonder Ventimiglia la Nuova, la Nouvelle Vintimile, Porto-Vecchio. Tous partirent sous la houlette de deux compères : Pietro Massa et Giacomo Palmero sous l’égide de la banque génoise. Pourquoi de Vintimille ? Car la Banque Saint Georges avait acquis Vintimille qui passa du pouvoir de Louis XII à l’Ufficio le 6 novembre 1513. Pietro Massa le fondateur de Porto-Vecchio était très certainement de la famille du jurisconsulte à Gênes Matteo Massa, qui fit partie de l’ambassade envoyée à Gênes lors de la prise de possession de la Banque sur Vintimille. Dans cette délégation qui se rendit à Gênes on trouvait aussi Pietro Sperone, chef d’ambassade qui deviendra par la suite Vicaire Général de l’ile de Corse. Massa, un mot qui signifie aussi « fardeau »  ou une charge dont on est responsable dans la Bible hébraïque. Les massari étaient les responsables des communautés juives d’Italie. (Voir Fausto Amalberti, Storia di Ventimiglia La Nuova, La ricostruzione di Portovecchio dell’anno 1578, Cumpagnia d’i Ventemigliusi, 1985. Cumpagnia d’i Ventemigliusi, 1985. Je m’appuie sur le travail de cet historien vintimillais pour les sources génoises non juives. On pourra aussi lire Antoine-Marie Gaziani, Naissance d’une cité, Porto-Vecchio, Editions Alain Piazzola, Ajaccio, 2014, qui le complète remarquablement.)

Le Gouvernement de Gênes édictait le 9 juillet 1578 vingt-six Capitoli (chapitres), adressés à « Pietro Mazza et Giacomo Parmero » qui fixaient les conditions financières et militaires de l’expédition. Massa reçut le commandement de l’expédition, avec le titre de podestat, ayant des droits de justice.

Le chapitre 3 : « Conditions détachées à ce territoire de peur de se quereller au sujet de ses frontières, et des terrains qui sont donnés gratuitement pour toujours » me sauta au visage. Il stipulait :

« Nous donnons, et accordons librement auxdits Pietro, Giacomo, et leurs compagnons et à leurs héritiers et successeurs : tous les terrains qui existent sur le territoire de Porto-Vecchio, à savoir la vallée de Pruno et Muratello, et San-Martino avec leurs frontières respectives, au lieudit de Porto-Vecchio de cultiver, et semer, mais sans préjudice de tiers. » ( A.S.G., Corsica, Decreti del Magistrato di Corsica, n.g. 1316)

L’Ufficio, selon une politique agraire organisée, peuplait ces terres basses de l’île désertées par les populations autochtones à cause des incursions des corsaires turcs qui hibernaient en hiver dans le golf de Porto-Vecchio et de la malaria, des terres comme celles d’Aléria « abandonnées aux infidèles » disait le rapport des commissaires Grimaldo de Bracelli et Troilo Negrone dépêchés dans l’île par la Banque pour analyser les implantations possibles. La dernière grave prédation de corsaire à Porto-Vecchio datait de 1561.

Bateaux de l'Ufficio

On longea les cotes Ligure puis Toscane jusqu’à Piombino où le bateau évita de justesse le naufrage. Puis après des réparations de fortune on quitta l’île d’Elbe vers Bastia pour descendre vers le sud de l’île avec femmes et enfants. L’eau avait pénétré dans le navire et Massa constataient dans un courrier que « tous les vivres embarqués ne valent plus rien ». Tommaso Carbone gouverneur génois de la Corse crie au miracle pour de si faibles pertes et rapporte de son côté « Dans un si long voyage, avec tant de gens, il avait seulement disparu un petit garçon ». (A.S.G., Corsica, Litterarum, n.g. 517, lettre du 15 décembre 1578.). Parti de Vintimille, passé le 31 octobre 1578 à Gênes le bateau arriva le 27 novembre 1578 à Porto Vecchio, le voyage avait duré un mois au lieu de quelques jours. Faute de permission d’appareiller le bateau affronta les tempêtes d’hiver de la Méditerranée.

Porto Vecchio

Golfe de santa Giulia, plage de Palumbagia et golfe de Portjhi Vecchiu; au pied de la montagne, la vallée de Muratellu

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Golf de Portjhi Vecchiu vu de la montagne

Je viens personnellement de Muratello depuis des générations.

Murateddu

Muratello

Les souffrances des marranes ont engendré des délires fous. C’est l’époque des faux messies Salomon Molko et David Reubeni dans les villes d’Italie. Colomb part en cette années 1492 découvrir la nouvelle Espagne. Les marrnes guettent le signe de leur délivrance, Leur imagination transfigure leurs souffrances insupportables en Hevlé Mashiah, les douleurs d’enfantement du messie. On lit beaucoup les prophéties d’Isaïe qui annoncent la venue du Messie dans la Jérusalem (Is 60): « Qui sont ceux-ci, qui volent comme une nuée, comme des colombes vers leurs colombiers ? Ce sont les îles qui attendent mon signal, et d’abord les vaisseaux de Tarchich, pour ramener de loin tes fils! Ils ont avec eux leur argent et leur or, en l’honneur de l’Eternel, ton Dieu, et du Saint d’Israël qui te glorifie. Et les fils de l’étranger bâtiront tes murailles, et leurs rois te serviront; car si je t’ai frappé dans ma colère, dans ma bonté je prends pitié de toi…. Et ils viendront à toi, tête, basse, les fils de tes persécuteurs, et tous tes insulteurs se prosterneront jusqu’à la plante de tes pieds; ils t’appelleront Cité de l’Eternel, la Sion du Saint d’Israël… Ton soleil n’aura jamais de coucher, ta lune jamais d’éclipse; car l’Eternel sera pour toi une lumière inextinguible, et c’en sera fini de tes jours de deuil.Ton soleil n’aura jamais de coucher, ta lune jamais d’éclipse; car l’Eternel sera pour toi une lumière inextinguible, et c’en sera fini de tes jours de deuil. ». La Nouvelle Espagne, le Nouveau Monde de Colomb ou la Nouvelle Vintimille procèdent de ce réveil de la prophétie marrane. La Nouvelle Vintimille, une ruine à reconstruire sur une Ile au pied d’une montagne avait très probablement des accents de Nouvelle Jérusalem pour ces marranes, un rêve de rédemption venu des îles lointaines.  L’homme de la Renaissance, comme Colomb vit à la fois à l’heure de la Bible médiévale et de la boussole moderne.

Mais la surprise fut rude. Les nouveaux occupants de Porto-Vecchio trouvent une place forte ruinée et doivent tout reconstruire en vivant dans des abris de fortune. Les enfants meurent de faim. Le gouverneur de Bonifacio ne lève pas le petit doigt pour aider cette foule de miséreux. Après l’hiver arriva le paludisme venu des marais des baies et du golfe de Porto Vecchio qui décima les plus faibles.

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Les marais de Saint Cyprien et la montagne : l’uomu di cagna

La fondation qui n’était pas la première tentative de Gênes fut un fiasco et les marranes sans le sou, qui s’appelaient Giacomo au départ et Giacobo six mois plus tard se fondirent dans la population autochtone. Le 21 avril 1579 Giovanni Maruffo nouveau gouverneur de l’île interdit toute immigration à partir de la riviera italienne car la peste s’est déclarée en Lombardie et pouvait se répandre dans l’île.(A.S.G., Corsica, Litterarum, n.g. 518).

Certains noms de famille de la liste des descendants de l’expédition figurent dans les annuaires de l’île : Abbo, Bono, Crespi, Guglielmi, Lamberti, Lorenzi, Orengo, Sasso… L’histoire des juifs de corse est une (longue) histoire.Celle des Giacobbi (Jacob), Zucharelli (Zacharie), Simeoni (Siméon)… dont les noms peuplent la mémoire.

Liste de Jacob

La « Liste de Jacob » (voir mon dernier livre)
Elenco dei capifamiglia che si apprestano a partire per la Corsica (19-24 agosto 1578). (A.S.G., Corsica, n.g. 7; cfr. Tabella 1, prima colonna).

A Amsterdam, à Venise, les marranes ces foules de baptisés juifs qui en quelques générations ne savaient plus rien du judaïsme furent ramenés sous les ailes de la Shekhina par des rabbins comme Mennassé Ben Israël. Isaac Cardoso, l’ami de Lope de Vega, juif en secret qui fuit la cour d’Espagne pour s’installer dans le Ghetto de Venise où il redevient juif du jour au lendemain décrit leur détresse dans un traité moral vénitien de 1560 :

« Chacun interroge son voisin, chacune interroge sa voisine, mais ces préceptes sont enseignés par des hommes et de femmes qui n’en savent pas beaucoup plus qu’eux. […] Il faudrait qu’ils pressent de questions chaque savant de cette ville, car tel est le devoir de tout Juif. Quiconque peut enseigner, encourager, et ne le fait pas, quiconque voit, entend et reste chez lui, mérite le plus sévère des châtiments » (Yosef Haïm Yerushalmi, De la Cour d’Espagne au ghetto italien- Issac Cardoso et le marranisme au XVIIè siècle, Fayard, 1987, pg. 184).

Les marranes famélique convertis à Gênes à l’arrivée du bateau contre un tranche de pain pour leur enfant et repartis vers la Ccorse n’eurent pas la chance d’y trouver des rabbins. Ils se fondirent dans la population de l’Ile. Pour nous juifs, ces conversions ne valent rien. Un juif reste juif pour l’éternité. Et D-ieu,Lui, n’oublie pas. Que D.ieu bénisse mon île.

NB : Dans mon livre Des Noces éternelles, un moine à la synagogue, je raconte l’histoire des juifs de Corse.