Lettres de l’exil Séfarad : Les pogroms de 1391 par Hasdaï Crecas


En Espagne les émeutes antijuives ont commencé en 1391 un siècle avant l’exil de 1492. Ces émeutes signèrent la fin du brillant judaïsme arabo-ibérique.

On parle beaucoup de Sefarad (l’Espagne) mais dehors du « RAMBAM » (Rabbi Moché Ben Maimon dit Maïmonide-12e siècle, Cordoue-Fès-le Caire) et du RAMBAN (Rabbi Moché Ben Nahman dit nahmanide, Gérone- Jérusalem ?) les penseurs séfarades sont des quasis inconnus pour la culture occidentale.

Gérone-Didier Long

Gérone – photo DL

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Ces auteurs sont les légataires directs des géonim babyloniens comme Rabbi Saadia ben Yosseph Gaon Soura (Egypte 9ème siècle, Babylonie 10ème siècle) dit Saadia Gaon qui assurèrent la survie du judaïsme rabbinique babylonien face à la conquête et l’assimilation arabo-musulmane et les maîtres du judaïsme arabo-andalou dont Maïmonide sera un des légataires incontesté.

Les plus importants penseurs, décisionnaires commentateurs de la Torah, poètes séfarades, étaient des rationalistes. Ils étaient tous de grands savants dans les sciences profanes de leur époque (médecine, astronomie…) en même temps que des philosophes de langue arabe puisant à travers les penseurs arables chez les grecs… Ils sont aujourd’hui de quasi inconnus. Ils considéraient le Talmud et le midrach comme la base de toute l’étude juive et, en dehors d’un Nahmanide, envisagent la kabbale comme une note en bas de page des tannaim, amoraim et autres guéonim…

Sage juif

Le simple fait que le considérable « Livre de la splendeur » (Zohar) de milliers de pages, puisse avoir été écrit en araméen en plein 13ème siècle par Moïse de Léon en araméen à la manière de de la guemara imitant des maîtres du premier siècle, ce dont sa propre femme n’ignorait pas le fait ! dit la familiarité avec le talmud et les midrachim et le puits de mémoire et de sagesse que ces gens étaient. Le retour opéra par un Rabbi Yehouda Levaï ben Betzalel dit le MAHARAL de Prague (17ème siècle) au midrach, alors que sa structure de pensée doit aussi à la kabbale sans qu’il le revendique ou en cite les écrits, en dit long sur la filiation avec la source arabo-andalouse et sur ce que le judaïsme moderne lui doit.

Juif Gérone

Le juif Salomon Vidal, Musée de Gérone, photo DL

Ces esprits sont donc d’une puissance inégalée et on ne trouve après eux qu’un Maharal de Prague qui admet sa filiation pour se hisser à leur hauteur. Au-delà des aléas de l’histoire et de notre long voyage en galout que l’Éternel semble bien avoir inscrit dans la structure même de l’être comme nous en a averti le Maharal (Guevourot AChem), nous devons absolument retourner à ces sources si nous voulons aujourd’hui juste comprendre les premiers mots de notre propre tradition juive.

Qui connait :

  • Rabbi Itsh’ak Elafassi surnommé le « RIF » au 11ème siècle,
  • Bah’ya ibn Pakouda dit Rabbenou Bahya (« notre maître Bahya ») au 11ème siècle, le chantre des « Devoirs du Cœur » (Hovot ha-lev) face à une génération engluée dans le matériel et la piété de routine et ce qu’il appelle « les devoirs à accomplir par les parties du corps » (Hovot ha-evarim)…,
  • Shmouel HaLevi ben Yosseph HaNaggid, grammairien, rabbin andalou et vizir et chef des armées d’un royaume d’Al Andalus qui mène la guerre et y écrit des poèmes magnifiques,
  • Plus connu ( ?) Yehoudda Halévy l’homme aux 800 poèmes au 11ème siècle le chantre de Sion et l’auteur du Kouzari,
  • Et bien sûr Benjamin de Tudèle, qui parcourut tout le monde juif de son temps au 12ème siècle et que notre maître le Rav Haïm Harboun a suivi d’un livre dans ses pérégrinations,
  • Ibn Tibon et sa famille aux 12ème et 13ème siècles rabbins provençaux traducteurs en hébreu d’ouvrages philosophiques gréco-arabes,
  • Rabbi Chelomo Ben Aderet dit « RACHBA » au XIVème siècle, Rabbénou Nissim, dit le « RAN » au 14ème siècle… ?
  • Qui connait le Or Hachem de Hasdaï Crescas ? un des plus puissants penseurs juifs de la fin du Moyen Âge, lié à la cour du roi d’Aragon et grand rabbin de la communauté de Saragosse au 14ème siècle ? Cet homme assistera aux grands massacres de juifs de 1391 et y perdra son propre fils à Barcelone. La reconquista s’est faire aux cris de « morts aux juifs ». Crescas écrit alors une lettre à la communauté des juifs d’Avignon pour raconter en détail ce qui s’était passé.

Les massacres contre les juifs de Séville le 4 juin 1391. Ils se sont propagés  dans la vallée du Guadalquivir : à Cordoue, Andújar, Montoro, Jaén, Úbeda, Baeza… et ensuite de la Meseta Sud : Villa-Real — aujourd’hui Ciudad Real —, Cuenca, Huete, Escalona, Madrid, Tolède (18 juin), et à d’autres zones castillanes : Logroño (12 août) et de la couronne d’Aragon : Valence (le 9 juillet), Orihuela, Xàtiva. Le massacres atteignent leur aproxysme à Barcelone, (5 août) puis continuent à Lérida (13 août). A Palma de Majorque le 2 août.

 

Nombre de réfugiés juifs fuient en Afrique du Nord après les massacres qui inaugurent le phénomène marrane.

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Hasdaï Crescas qui perd son fils le 09 juillet 1391 dans le pogrom de Valence écrit à la communauté juive d’Avignon :

« En ce jour amer de Roch ‘hodech Tamouz 5151 [été 1391], Dieu banda l`arc de l’ennemi contre la communauté de Séville où habitaient sept ou huit mille familles juives. Ils mirent le feu à ses portes et en assassinèrent un grand nombre ; cependant que la plupart étaient convertis au christianisme et que d`autres, en particulier des femmes et des enfants, étaient vendus comme esclaves aux arabes ; et les quartiers juifs devinrent déserts. Beaucoup périrent en martyre, beaucoup d’autres transgressèrent l`alliance sacrée. De Séville, l’incendie se propagea et anéantit tous les cèdres du Liban des communautés de Cordoue. Là aussi beaucoup abdiquèrent leur foi et la communauté fut anéantie.

Le 17 du mois de Tamouz fut un jour de douleur et de sanction, un jour plein de souffrances. La colère de Dieu s’enflamma contre la communauté de Tolède, source de la Torah et de la parole de Dieu. Cohanim et prophètes furent massacrés dans le temple de Dieu, les Rabbanim périrent publiquement en martyre, la noble descendance de Rabbi Acher ben Yih’iel [Roch], ainsi que leurs fils et leurs disciples. Là aussi beaucoup de ceux qui ne purent se défendre acceptèrent la conversion.

Le 7 du mois de Av, Dieu éradiqua sans pitié la communauté de Valence en laquelle vivaient environ mille familles. Près de 250 personnes y périrent en martyre tandis que les survivants fuyaient vers les collines, mais peu en réchappèrent et la plupart furent convertis. La plaie se répandit ensuite aux communautés de Majorque dans les îles de la mer. Le jour de Roch ‘Odech Eloul, des intrus pénétrèrent dans le quartier juif et le violèrent et le mirent au pillage et l’abandonnèrent comme une coquille vide. 300 personnes y périrent en martyre tandis que 800 autres fuyaient dans la tour du roi et que le reste subissait la conversion. Le Chabbat suivant, la colère de Dieu se déversa comme le feu, profanant son temple et violentant la couronne de sa Torah – la communauté de Barcelone –  qui fut percée et ce jour et compta 250 morts. Tout le reste de la communauté trouva refuge dans la tour alors que les ennemis, mettaient à sac toutes les rues juives et incendiaient certaines d’entre elles. La main du Gouverneur n’eut pas l’avantage mais il s’efforça de les sauver de toute sa puissance ; il fit apporter aux juifs qui se trouvaient là du pain et de l’eau, et opéra une sortie pour capturer les brigands. Alors la masse des simples gens rugit et se dressa contre les gouverneurs, et ils combattirent les juifs réfugiés dans la tour, armés d’arcs et de catapultes. Ils les frappèrent et les battirent dans la tour. Beaucoup périrent en martyre, parmi eux mon fils unique, une brebis innocente. Je l’ai offert tel un holocauste, j’accepterai le verdict et me consolerai en sachant la bonté de son destin et la félicité de son sort. Beaucoup d’entre eux se suicidèrent, certains en se jetant du haut de la tour et ils étaient déjà déchiquetés avant même d’avoir parcouru la moitié de leur chute. Quelques-uns abandonnèrent la tour et périrent en martyre dans la rue. Tous les autres furent convertis au christianisme, hormis quelques-uns qui s’enfuirent vers les villes aux alentours, si peu nombreux qu’un enfant les compterait mais de grands hommes. A cause de nos fautes, il n’existe plus un seul être humain aujourd’hui à Barcelone qui puisse être qualifié de juif. De même, dans la ville de Lérida, beaucoup périrent, le reste fut converti, seuls quelques juifs s’échappèrent.

A Gérone, où l’érudition et l’humilité s’étaient jointes en un seul lieu, les Rabbanim périrent publiquement en martyre. Seuls quelques-uns acceptèrent la conversion, la plupart trouvèrent refuge dans les maisons des habitants de la ville. Ils sont enfermés aujourd’hui dans la forteresse.

En fin de compte, dans le royaume de Valence, il ne reste plus aucun juif hormis dans la ville de Murviedro (Sagonte).

Dans la province de Catalogne, il ne reste plus aucun juif, hormis le peu qui échappèrent au massacre dans les villes alentours et ailleurs. Quant à nous ici, dans les villes d`Aragon il ne s’est produit ni brèche ni violence. Par la bonté divine toutes nos communautés sont rescapées ; mais malgré tous nos efforts, après la dispersion de nos biens, il ne nous reste rien d’autre que nos corps. Nos cœurs sont pleins de frayeur et nos yeux sont levés vers le ciel afin qu’il soit miséricordieux, qu`il guérisse nos blessures et nous aide à ne pas défaillir. »

(Rav Hasdaï Crescas, extrait de sa Lettre à la communauté d ‘Avignon traduite par Eric Slimévitch dans Lumière de l’Éternel, Hermann 2010).

 

 

L’antisémitisme ou l’envers du désir d’exister


antisemitismL’antisémitisme a un peu plus de 3000 ans, c’est-à-dire l’âge du peuple juif, et il ne s’arrêtera pas. Pourquoi ? Parce que les antisémites de tous poils ne négocient pas avec Israël ou avec des juifs réels mais avec un juif imaginaire qui n’est que l’envers de la frustration de leur désir d’exister. L’antisémitisme est une histoire d’égo frustré, de conscience sociale ou religieuse humiliée.

Les antisémites de tous poils se contrefichent bien du sort des palestiniens, d’Israël ou des juifs du 93 sans le sou, de tous les juifs réels qui vivent des petites vies en essayant d’apporter leur pierre à l’édifice de la civilisation humaine par l’éducation de leurs enfants, l’étude et la prière puisqu’ils utilisent le juif imaginaire pour combler leur déficit à être.

La haine des juifs est la réponse à l’angoisse existentielle humaine. Elle a déjà une longue histoire. Lire la suite de « L’antisémitisme ou l’envers du désir d’exister »

Storytellings au Moyen-Orient


Une tribune de mon ami Frank Tapiro

Quelques photos que j’avais faites en 2010 dans un no mans land à Hébron prés du tombeau des patriarches, Ramallah, le check point de Kalandia, les 4 x 4 de l’Europe qui abreuvent Ramallah comme une manne (j’en ai toute une collection photo), les toits d’Hébron… Je suis passé à peu prés partout dans le West Bank. Sauf Gaza bien sûr, le « pavillon témoin ».

En plein Festival de Cannes, nous assistons depuis quelques jours à l’un des plus incroyables scénarios jamais écrit de l’histoire de la politique moderne.

La crise de l’accord iranien se déroule comme un épisode de 24 heures chrono. Sans déterminer qui interprète Jack Bauer, chaque protagoniste y joue un rôle précis, parfaitement maitrisé en fonction de son positionnement pour le bon déroulement du conflit et de l’objectif à atteindre : la renégociation du traité.

Tout commence par une visite de Macron chez Trump. Lire la suite de « Storytellings au Moyen-Orient »

Comment Csanad Szegedi, cadre du Jobbik (extrème droite hongroise)… a fait sa Bar Mitzvah !


Un jour de 2012, Szegedi, 30 ans, Haut responssable du parti ultranationaliste et antisémite Jobbik en Hongrie, au Parlement européen, découvre… que son adorable grand-mère est juive, survivante d’Auschwitz.

Pourtant, il y a seulement quelques années, le même homme méprisait les Juifs, les considérant comme une sinistre cabale de spoilers intrigants, de malfaiteurs congénitaux, une cinquième colonne cosmopolites qui entravait les aspirations légitimes de la Hongrie en tant que fière et prospère nation chrétienne au coeur de l’Europe !

Chassé de son parti, il se fait circoncire et célèbre sa bar Mitswah.

La Bande-annonce de Keep Quiet le documentaire anglo-hongrois de Joseph Martin et Sam Blair :

Le documentaire :

Image

Avec le Rabbi Baruch Oberlander,  Hassid Loubavitch.

Un article du Jérusalem Post : http://www.jpost.com/Jerusalem-Report/A-whole-new-Jew-478706

Chemins de l’exil séfarade en méditerranée aux XVIè et XVIIè siècles… et en Corse en particulier.


Le rôle central de Gênes dans l’exil des juifs d’Espagne a été minimisé. Les chemins de l’exil séfarade furent en grande partie ceux des marchands de la thalassocratie Ligure et de ses comptoirs. Cette réalité occultée permet de mieux comprendre l’histoire souterraine des juifs en Corse et l’apport de juifs à la naissance de la globalisation moderne. 

Alors que demain commence la cantilation des Selihot pour le monde séfarade, essayons de nous remémorer notre histoire. On trouvera une partie des informations données ici dans mon livre Des noces éternelles, un moine à la synagogue. De plus je vous invite à suivre le groupe Facebook  MEMORIA EBRAICA DI A CORSICA pour qui j’ai écrit cet article. La diffusion publique et gratuite de ce savoir me semble importante.

Les chemins de l’émigration juive séfarade et les destinations se superposent parfaitement avec les chemins commerciaux et bancaires génois en méditerranée aux cours du XVIè siècle (voir cartes), ce « siècle de Gênes » qui est aussi celui du premier exode de masse juif depuis la chute du Temple de Jérusalem en l’an 70.

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Route commerciales et comptoirs génois (cliquer pour agrandir)

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Ainsi Gênes qui règne sur la méditerranée en 1492 et durant tout le XVIè siècle devient la  premier Hub trafic à destination de ses comptoirs avant que Livourne ne prenne la relève au XVIIè siècle. Lire la suite de « Chemins de l’exil séfarade en méditerranée aux XVIè et XVIIè siècles… et en Corse en particulier. »

Maccabbi Games 2015, La chute du mur de Berlin


Soixante-dix ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, Berlin accueille  plus de 2.000 athlètes pour les 14e European Maccabi Games, les Olympiades juives, sur les lieux des Jeux nazis de 1936.


Berlin

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Ce soir à Berlin  La flamme est portée dans le stade par des motocyclistes,ayant fait le chemin depuis Israël en traversant l’Europe, comme le firent les motards pour annoncer la première compétition des Maccabiades en Israël (Palestine mandataire de l’époque) en 1932.

Fabrice Madar, Vice-président France de Maccabi : « Ich bin ein Berliner »

Ich bin ein Berliner » (« Je suis un Berlinois ») avait dit John Fitzgerald Kennedy dans son discours lors de sa visite à Berlin-Ouest le 26 juin 1963, à l’occasion des quinze ans du blocus de Berlin. C’est ce que déclare de soir Fabrice, un de piliers de notre communauté qui concourt là bas avec tous ses amis. Nous sommes très fiers de lui !!! AZAK FABRICE ! !!

Fabrice

Les joutes compteront 19 épreuves, du football aux échecs en passant par le tennis, le basket, la natation, le bowling, l’escrime ou le bridge, mais aucune des épreuves d’athlétisme classique sur stade.

Aujourd’hui 70 ans après, les Olympiades juives se déroulent dans le grand stade créé par les nazis. Pied de nez de l’histoire et moment historique. C’est un second mur de Berlin qui tombe. Hitler, que sa mémoire soit effacée, doit se retourner dans sa tombe

Coucou Adolf, nous revoilà…

Car les nazis avaient particulièrement soigné  la préparation des Jeux d’été de 1936, qui se déroulèrent du 1er au 16 août. Un immense complexe sportif fut construit, des drapeaux olympiques ainsi que des drapeaux à croix gammée ornaient les monuments et les bâtiments d’un Berlin en fête et bondé. La plupart des touristes ne savaient pas que le régime nazi avait provisoirement enlevé les panneaux antisémites ni que le ministère allemand de l’Intérieur venait d’organiser une rafle de Tsiganes à Berlin. Les efforts de la propagande se poursuivirent bien après les Jeux, avec la sortie internationale en 1938 des Dieux du Stade, de Leni Riefenstahl.

JO 1936

Dans le Stade Olympique, les spectateurs allemands saluent Adolf Hitler lors des 11èmes Jeux Olympiques. Berlin, Allemagne, août 1936.
Dans le Stade Olympique, les spectateurs allemands saluent Adolf Hitler lors des 11èmes Jeux Olympiques. Berlin, Allemagne, août 1936.

Le mouvement Maccabi est né au XIXe siècle, à l’initiative de juifs berlinois,  d’inspiration sioniste, visait à permettre aux juifs exclus de quantité d’associations sportives de développer leur goût du sport. La fédération Maccabi a organisé les premiers Jeux olympiques européens en 1929 à Prague, et les premiers JO internationaux en 1932 en Israël.

A l’époque Berlin était une plaque tournante de la communauté juive, comptant 170 000 personnes. Aujourd’hui, la ville compte une communauté de 10 000 personnes, pour la plupart qui ont fui la Russie et le bloc de l’Est après la chute du Mur.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, s’est dit « fier et reconnaissant » de la « confiance » témoignée à l’Allemagne par les organisateurs de ces Olympiades, alors que choisir Berlin était à ses yeux « tout sauf évident » pour des athlètes juifs. Le cinquantième anniversaire des relations diplomatiques entre Israël et l’Allemagne, fêté cette année, « n’a été possible que parce qu’Israël nous a tendu la main de la réconciliation, et parce que l’Allemagne a assumé sa responsabilité dans l’Holocauste », a-t-il ajouté dans un communiqué.

Des milliers de juifs assis dans son stade construit pour célébrer la gloire de la race aryenne en train de chanter Am Israël haï,  » Le peuple d’ Israël est vivant  » : Le pire cauchemar d’Hitler ! Comme disait le titre du film commandé par la propagande nazi à  Leni Riefenstahl… « Les Dieux du stade » !

Allez une petite chanson de Léonard Cohen pour finir  : First we take Manhattan, then we take Berlin

Ici la cérémonie en live : http://www.hauptstadtsport.tv/emg2015

Tisha be Av 5775 : Le jour où les juifs ont quitté la France


Je suis venu te dire que je m’en vais…

Hier j’ai passé Shabbat chez des amis qui font leur Alyah. Il est chef d’entreprise, elle a trois enfants. La joie de les voir partit à Jérusalem et en même temps la tristesse de les perdre. C’était un sentiment paradoxal car Shabbat est un jour de réjouissance et Tisha beAv qui célèbre la destruction du Temple est un jour de deuil. Le jeune a été reporté aujourd’hui à cause de l’interdiction de jeûner et d’être triste à Shabbat. La joie et les pleurs mêlés.

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Ce sont les meilleurs d’entre nous qui quittent la France. Pourquoi ? Parce que lorsque nous ne pouvons plus aller prier sans qu’un car de CRS  armés jusqu’aux dents monte la garde devant la synagogue, parce que lorsque j’amène ma fille au centre aéré… nous traversons un premier rang de militaires de la République puis le service d’ordre juif. Merci à eux de tout coeur. C’est vrai que les enfants font des cauchemars.

Et mes amis ont terminé avec ce cri du coeur : « Mais quel avenir pouvons nous construire pour nos enfants, ici c’est fini ? « … « Et tout le monde s’en fout…la situation ne fait que se dégrader, les juifs s’en vont et ceux qui rentrent en Europe ne sont pas les plus brillants esprits…. on n’est pas en Amérique…  »

C’est la deuxième famille de mes amis juifs proches qui part. Les autres sont partis en avril, tous les deux médecins spécialisés. Ils ne voyaient plus d’avenir pour eux en Europe. Oui des médecins spécialisés ! On importe quoi à  la place des futurs Mohamed Merah ou Amedi Koulibali ?

Des amis à Sarcelles (Ils y vivent depuis 1962) : « Au début on s’est dit que juifs venus du Maghreb et musulmans on était tous des fils d’Abraham venus du monde arabe, on vivait ensemble en frères, maintenant il n’y a pas un gamin en dessous de 25 ans ici qui ne croient que l’Algérie va conquérir la France… le rêve est fini »

Même si je dois bien l’avouer j’ai aussi rencontré des gens plus modestes, un taxi à Strasbourg qui est parti à Tel Aviv, le seul qui n’était pas arabe à la gare ! Il avait déjà quitté l’Algérie en 62 ! Mais c’est vrai un taxi c’est un entrepreneur. Et  la France déteste AUSSI les entrepreneurs.

J’essaie chaque fois d’expliquer que la sécurité à Tel Aviv ou Jérusalem est toute relative.Je le sais j’ai parcouru tout le West Bank.

« Oui, mais au moins là bas on sait ce qu’on risque, le Shin Bet est un des meilleurs services du monde et ils se préparent, font l’armée… en France tout le monde dort, et les français s’en fichent, ils dorment… on constate les attentas, et maintenant les égorgements… à postériori, on a peur « .

Alyah9 à 10 000 juifs quitteront le territoire français en cette année 2015;  3000 rien que cet été, peut être 100 000 dans les 10 prochaines années ? (ils sont déjà 200 000 en Israël soit 25% des juifs vivant en France) avec des retours estimés, faute d’études précises, à 7 à 8%. C’est beau mais c’est triste aussi.
Lisez Alyah d’Eliette Abécassis, tout est raconté très simplement sans exagération avec beaucoup de sensibilité. Vous l’avez vu sur un plateau télé au 20h de TF1 Eliette ? Avant on l’invitait parce qu’elle a des tas de choses à dire. C’est quelqu’un qui réfléchit, pas une excitée. Mais là on n’en entend pas parler, parce que les français se taisent, beaucoup à gauche adoptent déjà la rhétorique inversée des islamistes : « Entre les islamistes et la démocratie les torts sont partagés… On les a bien colonisés… Les juifs sont les nazis des palestiniens qui sont les juifs du 21e siècle, etc… » (sic! ). Tout cet habillage n’est que celui de leur démission. Ils ont peur eux et ils rasent les murs. Alors les journalistes qui ne sont jamais que la voix de la France se taisent; ça fait partie de ces sujets dont on ne parle pas dans un dîner en ville si on est bien élevé.

L’agneau appelle le loup. En début d’année je voyais déjà Marine à l’Elysée et cette peur m’a gagné, Je me suis dit que je devais partir à Miami (30 000 dollars d’avocat sans garantie de carte verte pour siroter des daikiri au bord d’un piscine entouré de vieux) ou à Montréal (6 mois de vie sous terre par an), j’ai sérieusement étudié comment. Et puis je me suis dit que mes deux grand pères étaient morts en 40 que ma mère était pupille de la nation à 4 ans. Je suis juif mais aussi Corse et nous en Corse on meurt les armes à la main. Populu armatu populu rispetatu. Bon  ce n’est pas la solution non plus. Je suis pris entre le « qui vit par le glaive périra par le glaive » et le Talmud bien plus réaliste : « si quelqu’un vient te tuer, lèves toi et tue le ! « . Tu dois protéger ta vie. Mais après tout il y a plus grave que la peur : la peur d’avoir peur.

Un juif ne craint que D. Je reste. Am Israël Haï. En Galout ou en erets.

Après un Espagne sans les juifs, une France sans juifs ?

Comparaison n’est pas raison et l’histoire ne bégaie pas mais elle reste malgré tout maîtresse d’expérience. L’expulsion des juifs d’Espagne est hors de proportion avec celle des juifs de France. Mais je me suis rappelé que nos ancêtres avaient fui l’Espagne face à l’édit d’expulsion d’Isabelle la catholique et Ferdinand d’Aragon précisément la veille de ce 9 Av 1492 (31 juillet 1492).

Comme si l’histoire se répétait. Qu’ont gagné l’Espagne et le Portugal au départ des juifs puis des maurisques ? A la « Reconquista » de 1492 qui vit la chute de Grenade, les arabes et les juifs boutés du Royaume? Le Royaume de D. enfin chrétien ? Le « Siglo de oro », le bien nommé « Siècle d’or » dont l’apogée culmine sous Philippe II (1527-1598) qui règne sur un empire « où le soleil ne se couche jamais » c’est en réalité l’auri sacra fames. Cette maudite soif de l’or venu des Amériques a conduit à la conquête cruelle et brutale du Nouveau Monde et à la saignée de l’Afrique pour la traite des noirs. Mais paradoxalement, au lieu d’aboutir à la prospérité de l’Espagne… elle a conduit à sa ruine. En effet, l’Espagne percevait alors 25% de l’or qui passait par son territoire. Et pourtant les guerres de conquête moyennant de coûteux mercenaires et le train de vie de l’Espagne conduisent le roi Philippe II, protecteur du catholicisme, à s’endetter auprès de l’armée et de banquiers étrangers. Le royaume subit trois faillites, en 1557, 1575 et 1596. Avant de sortir de la scène de l’histoire au profit de la France de l’Angleterre et des Pays-Bas. (lire ici le détail de cette faillite). Un peu plus d’un demi siècle après l’expulsion des juifs, la faillite de l’Espagne était prononcée, comme une sorte de colère de D. Ci-gît l’Espagne qui pensait construire le pavillon témoin du Royaume de Dieu catholique sur terre et ne s’est jamais vraiment remis de ce délire messianique. Ca n’empêchera pas l’Allemagne de reprendre les même délires. En pire.

Les juifs quittent donc la France et peu semblent s’en émouvoir. « Qu’ils s’en aillent en Israël, avec leurs samedi chômé et tous ces trucs auquel on ne comprend rien !… Ils sont toujours en train de se plaindre ! … Il n’y en a que pour eux ! « … etc…

Ami français réfléchis. Juste cinq minute. En ce jour d’arrivée du tour de France !.. et de Tisha be Av.

Le paradoxe de Tisha beAv

Tisha be av

Aujourd’hui est jour de deuil. Nous nous rappelons de la destruction des deux Temples de Jérusalem en – 586 par Nabuchodonosor II et en l’an 70 par les romains. Un bain de pierres et de sang (500 000 morts un quart de la population de la Judée en l’an 70). On se rappelle la fuite d’Espagne et tous ces morts innocents. On jeûne, on enlève les tissus d’ornement à la synagogue. On ne porte pas de chaussures de cuir. On ne salue pas sauf discrètement les incultes et les non juifs pour ne pas les blesser. On évite les promenades. On a pas envie de rire. On vit dans la pénombre du deuil.

Tisha B'av, tableau de Leopold Horowitz, 1887
Tisha B’av, tableau de Leopold Horowitz, 1887

Etrange impression comme si le Temple détruit c’était nous mêmes. Comme si la destruction faisait aussi partie de la construction, de la vie. Ben et banaïr « enfant » et « construire » ont la même racine en hébreu. On n’élève pas un enfant, on le construit. On s’assoit par terre…

Une femme détenue dans le camp surpeuplé de Bergen Belsen racontait comment elle avait trouvé le squelette d’une chaise parmi les immondices. Cette chaise munie d’une planche était devenue une sorte de trône dans son baraquement pour ceux qui ne pouvaient vivre, ou plutôt mourir, que debout ou couchés sur des chalis exigus. Leur seule richesse sur laquelle ils s’asseyait à tour de rôle. Comme si la chaise était le début du symbolique, un commencement de maison et de construction au milieu des ruines.

On n’étudie pas car l’étude fait éprouver la simha Torah, la joie de la Torah. On ne dit pas les psaumes que je retiens sur les lèvres « au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions… comment pourrions nous chanter un air joyeux loin de Sion ? Jérusalem si je t’oublie que ma main droite m’oublie ». On lit les Lamentations de Jérémie, les kinot (élégies) qui racontent la suite de nos malheurs?. C’est un 9 Av que les juifs ont été pour la première fois de France en 1306. C’est à la même date qu’ils avaient été expulsés d’Angleterre en 1290. C’est aussi un 9 Av que Heinrich Himmler reçut l’ordre d’approbation de la Solution finale le 2 août 1941; c’est encore un 9 Av que commença la déportation de masse du ghetto de Varsovie en 1942. Les Kinot tirées des Lamentations de Jérémie 21, 14-16 ne sont pas des « jérémiades », elles ont de vraies raisons de pleurer :

 קוֹל בְּרָמָה נִשְׁמָע נְהִי בְּכִי תַמְרוּרִים–רָחֵל, מְבַכָּה עַל-בָּנֶיהָ; מֵאֲנָה לְהִנָּחֵם עַל-בָּנֶיהָ, כִּי אֵינֶנּוּ.  {ס} « Une voix retentit dans Rama, une voix plaintive, d’amers sanglots. C’est Rachel qui pleure ses enfants, qui ne veut pas se laisser consoler de ses fils perdus!
טו כֹּה אָמַר יְהוָה, מִנְעִי קוֹלֵךְ מִבֶּכִי, וְעֵינַיִךְ, מִדִּמְעָה:  כִּי יֵשׁ שָׂכָר לִפְעֻלָּתֵךְ נְאֻם-יְהוָה, וְשָׁבוּ מֵאֶרֶץ אוֹיֵב.  Or, dit le Seigneur, que ta voix cesse de gémir et tes yeux de pleurer, car il y aura une compensation à tes efforts, dit l’Eternel, ils reviendront du pays de l’ennemi.
טז וְיֵשׁ-תִּקְוָה לְאַחֲרִיתֵךְ, נְאֻם-יְהוָה; וְשָׁבוּ בָנִים, לִגְבוּלָם.  {ס} Oui, il y a de l’espoir pour ton avenir, dit le Seigneur: tes enfants rentreront dans leur domaine.

On sait que lorsque la Guéoula arrivera, le jour de Ticha bé-Av se transformera en jour de joie et d’allégresse. Le Messie naîtra un jour de Ticha bé-Av Le Maharal de Prague nous a enseigné que le mot Galout (l’exil, la dispersion, la dispora) a la même racine que Géoula, la Rédemption. On se rappelle de Rabbi Akiba qui éclata de rire en voyant un renard sortir du Kodesh akodashim détruit et de répondre à ses amis qui pleuraient que la destruction du Temple annonçait sa reconstruction. Celui qui ne prend pas part aux pleurs de la ruine de Jérusalem ne participera pas à la joie de la reconstruction du Saint des saints. Comme si les pleurs et les rires étaient paradoxalement mêlés, la destruction et le construction, la Galout et la Géoula de manière ontologique, avant la création du monde, le maassé bereshit. Après tout nous sommes bien nés en pleurant…

9 Av 5775, les juifs quittent l’Hexagone,  « Quand l’Eternel ramena les captif à Sion nous étions comme des rêveurs » …dit un psaume.  Je vous en supplie amis français, réveiller vous ! redites moi que nous sommes des frères et que tout ce cauchemar va bientôt s’arrêter.

Quoi qu’il arrive ce qui ne tue pas rend plus fort. Israël est ressuscité de toutes ses morts. Baroukh ata adonaï méaié Amétim. Benis sois tu Seigneur qui réssucite les morts. Am Israël haï. Les enfants d’Israël rentreront dans leur domaine.

« Dans le passé Rabban Gamaliel, Rabbi Eléazar ben Azariah, Rabbi Yehoshua et Rabbi Akiva marchaient à Jérusalem et, arrivés au mont Scopus, ils déchirèrent leurs vêtements.

Arrivant ensuite à la montagne du Temple, ils virent un renard qui sortait du Saint des Saints. Ils se mirent à pleurer, mais R. Akiva riait. Ils lui dirent : ‘Pourquoi ris-tu ?’ Il leur dit : ‘Pourquoi pleurez-vous ?’

Ils lui dirent : ‘L’endroit duquel il a été écrit ‘et l’étranger [non-lévite] qui s’en approchera sera mis à mort’ (Nb 1,51), voici que maintenant des renards y sont allés, et nous ne pleurerions pas ! « Il leur dit : ‘c’est pour cela que je ris ! Il est écrit : ‘je prendrai avec moi comme témoins, des témoins dignes de foi, le prêtre Urya et Zacharie, fils de Yeberekyahu’ (Is 8,2). Que vient faire Urya auprès de Zacharie ? En effet Urya est du premier Temple, alors que Zacharie est du deuxième Temple ! Mais en réalité l’Ecriture a fait dépendre la prophétie de Zacharie de celle d’Urya. Dans la prophétie d’Urya il est écrit : ‘C’est pourquoi, à cause de vous, Sion sera labourée comme un champ, etc…’ (Mi 3,12 ; Jr 26,18-20) et dans la prophétie de Zacharie, il est écrit : ‘De nouveau, vieillards et femmes âgées s’assiéront sur les places de Jérusalem…’ (Za 8,4). Tant que n’était pas accomplie la prophétie d’Urya, je craignais que ne s’accomplit pas la prophétie de Zacharie. Maintenant que s’est accomplie la prophétie d’Urya, il est certain que le prophétie de Zacharie est en train de s’accomplir !’

Ils lui dirent : ‘Akiva, tu nous as consolés, Akiva, tu nous as consolés !’ » (TB. Makkot 24a-b ).