Mékoudéchet !

En cet anniversaire de notre Kiddouchine quelques photos de celles et ceux qui nous ont accompagnés jusqu’à cet instant du 13 mai, veille de l’anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. Que soient bénis les Rabbanim Harboun et Korsia, tous deux Haïm !

Bamidbar, « dans le désert » : Reviens vers ta terre !

Cette méditation est dédiée à Benjamin de la tribu de Lévi nouveau Bar Mitsva d’Israël ; et à mon ami Antoine Leschi, berger en Corse dans le Niolu depuis 30 ans, fils du Peuple Corse et de celui d’Israël.


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Yéroushalaïm Harédim

Kotel
Motsé Chabbat
Kotel, fouilles
Méa Chéarim

La communauté harédite (« Craignants-Dieu ») est souvent vue comme un seul bloc noir coupé de la société moderne israélienne pour les non-initiés.

En réalité elle est multiple, composée de 40% de hassidim, 30% des lituaniens et 30% des sefardim. Chacune de ces micro sociétés à ses codes et ses minhaguim (coutumes) alimentaires vestimentaires, sociales.

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Entre deux infinis

Tout ce que nous voyons, tout ce que nous contemplons n’est qu’une émergence de l’Incommensurable. Il y a dans la plus petite goutte d’eau un infini de particules et d’intelligence vitale dont nous sommes incapables de faire le ‘reverse ingineering’… alors qui pourrait expliquer ou créer de rien la fleur, l’arbre, l’océan ou l’enfant ?… Toute vie qu’elle s’étende aux confins de l’univers ou dans une goutte d’eau est infinie, entre deux infinis comme disait Pascal mais pas au sens spatial, au sens spirituel. L’âme est comme posée dans Celui qui réside partout. C’est l’homme qui est dans l’âme et pas l’âme qui est dans l’homme comme on le croit communément.

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Si je prends les ailes de l’aurore…

Ce matin, second jour de Hanouka, j’ai entendu un cri dans le ciel comme une basse-cour. Je me suis précipité en pensant  à des canards mais les volatiles étaient gros dans le ciel d’hiver. C’était des oies qui criaient comme si elles se disputaient en voyageant !

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Ces oies cendrées venues de Suède ou du Danemark font leur grande migration de plusieurs milliers de kilomètres vers le delta du Guadalquivir qui passe à Cordoue et Séville et pour certaines se dirigent vers l’Afrique du Nord…

Guadalquivir

Guadalquivir – Séville

« Si je prends les ailes de l’aurore, pour m’établir aux confins des mers, Même là ta main me guide, et ta droite me saisit. Si je dis: « Qu’au moins les ténèbres m’enveloppent, que la lumière du jour se change en nuit pour moi! ». Même les ténèbres ne sont pas ténèbres pour toi, et la nuit comme le jour est lumière, l’obscurité comme la clarté. » (Téhilim 139, 9-12)

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GLASSES ARE FOREVER : mes lunettes sont éternelles…

Didier Long-lunettes

Un jour alors que je signais un de mes livres dans un salon en Normandie un monsieur vient me voir
« Vous vous intéressez à Jérusalem ?
– Euh, vous aussi ?
– Mon grand-oncle y a fait des fouilles pendant des années, et il a été moine bénédictin à la Pierre-Qui-Vire comme vous…
– Et vous êtes ?
– Paul Vicomte de La Panouse (le fondateur du parc de Thoiry).
– Et quel était le nom de votre grand-oncle ?
– Melchior de Vogüe. Ma mère était une de Vogüe… »
J’ai saisi mes lunettes (tréfilées doré de chez Morel) :
– Hé bien, aussi étrange que cela puisse paraître, je porte ses lunettes ! Car lorsque les vieux moines meurent au monastère, il arrive qu’on donne aux jeunes les lunettes de ceux qui sont partis… Et je porte celles de votre grand-oncle ! »
Melchior, marquis de Vogüe avait été banquier (administrateur du Crédit Lyonnais) puis était entré tardivement à la Pierre-Qui-Vire  »

Voilà pour mes lunettes, je le porte encore, depuis 30 ans. La générosité de D-ieu est éternelle.

Massé Berechit / Massé Merkaba

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Abraham et les anges, participant au Maassé Merkaba selon le Midrach.

La mystique juive nous parle du Maassé Berechit- « l’oeuvre de création », qui est associée  au Maassé Merkaba-« l’oeuvre du char ». On retrouve cette association dans le El Adon (D-ieu de la Création) de la prière du matin : « Shevach notnim lo kol tzevah marom. Tiferet u’gedulah serafim ve’ofanim ve’chayot hakodesh. » Ces termes de la mystique biblique et talmudique primitive ne décrivent les cieux mais sont en fait une description de la profondeur de la psychologie humaine comme nous l’avons appris du Rav Harboun.

L’ange de la dispersion et le Maassé Merkaba

« L’Éternel-Dieu dit : « Voici l’homme devenu comme l’un de nous, en ce qu’il connait le bien et le mal. Et maintenant, il pourrait étendre sa main et cueillir aussi du fruit de l’arbre de vie; il en mangerait, et vivrait à jamais. » Et l’Éternel-Dieu le renvoya du jardin d’Éden, pour cultiver la terre d’où il avait été tiré. Ayant chassé l’homme, il posta (vayachéken) en avant du jardin d’Éden les chérubins, avec la lame de l’épée flamboyante, pour garder les abords de l’arbre de vie. » (Gn 3, 22-24)

Ce dernier acte après la chute est difficilement compréhensible :

  • Si le Maassé Beréchit (l’acte de création) décrit l’émergence de l’homme dans le gan eden (le jardin de son humanité !), pourquoi Adam devrait-il quitter ce jardin béni après sa désobéissance, Dieu ne serait-il pas assez grand pour qu’il fasse téchouva quelle que soit la faute du couple ?
  • Pourquoi Adam connaîtrait désormais le bien et le mal comme l’Eternel lui-même ?
  • Pourquoi l’« arbre de vie » lui est-il désormais interdit et l’entrée gardée par les keroubim (chérubins) ?
  • Que signifie cet arbre de « vie » ?
  • Pourquoi les kéroubim qui sont des lions ailés à tête d’homme, sorte d’anges qu’on trouvait en sculpture sur les temples en Babylonie et qu’on retrouve sur l’Arche d’alliance dans le Livre de l’Exode (Ex 25, 18-22) se retrouvent-ici ?
  • Pourquoi tiennent-ils une l’épée (laat) « flamboyante » ou plutôt « tournante » ?

Il faut probablement éclairer ce texte par un autre, son antithèse pour comprendre la clé de ce paradoxe. On ne peut en effet comprendre le massé beréchit qu’à la lumière de son opposé : le Maassé Merkaba – « l’œuvre du Char ». Le problème est que le texte qui éclaire la Genèse est encore plus mystérieux que celui de la Genèse.

Le prophète Ezéchiel commence son livre en nous rapportant qu’il se « trouvait avec les exilés près du fleuve de Kebar », en Babylonie donc à l’époque de l’exil suite au siège de Jérusalem et à la destruction du premier temple en l’an – 586, et il nous dit : « le ciel s’ouvrit et je vis des apparitions divines » (Ez 1, 1)

Suit une description assez étrange de sa vision :

« Or, je vis soudain un vent de tempête venant du Nord, un grand nuage et un feu tourbillonnant avec un rayonnement tout autour, et au centre, au centre du feu, quelque chose comme le hachmal. Et au milieu l’image de quatre Haïot (vivants); et voici leur aspect, elles avaient figure humaine. Chacune avait quatre visages et chacune quatre ailes. Leurs pieds étaient des pieds droits ; la plante de leurs pieds était comme celle d’un veau et ils étincelaient comme de l’airain poli. Et des mains d’hommes apparaissaient sous leurs ailes des quatre côtés ; et les quatre avaient leurs visages et leurs ailes. Quant à la forme de leurs visages, elles avaient toutes quatre une face d’homme et à droite une face de lion, toutes quatre une face de taureau à gauche et toutes quatre une face d’aigle. Et leurs faces et leurs ailes étaient déployées vers le haut ; elles en avaient deux jointes ensemble, et deux recouvraient leur corps. Chacune allait droit devant elle ; du côté où l’esprit dirigeait leur marche, elles allaient, sans se détourner dans leur vol. Quant à l’aspect des Haïot, elles apparaissaient comme des charbons en feu, incandescents, comme des flambeaux ; un feu circulait entre les Haïot, et ce feu avait un rayonnement et du feu sortaient des éclairs. Et les Haïot allaient et venaient, tel l’éclair.

Et je regardais les Haïot, et voici qu’il y avait une roue (ofan) à terre, près des Haïot, vers leurs quatre faces. L’aspect des roues (ofanim) et leur structure ressemblaient au Tarchich; toutes quatre avaient même forme; et pour leur aspect et leur structure, c’était comme si une des roues était encastrée dans l’autre. Elles allaient de leurs quatre côtés, quand elles se mouvaient, sans se retourner dans leur marche. Leurs jantes étaient d’une hauteur redoutable et toutes quatre avaient leurs jantes pleines d’yeux tout autour. Et quand les Haïot marchaient, les roues avançaient aussi avec elles, et quand les Haïot s’élevaient de terre, les roues s’élevaient aussi. Où l’esprit voulait aller, elles allaient, et les roues s’élevaient dans le même sens qu’elles, car l’esprit de la Haïa était dans les roues. […]

Puis, il y eut une voix au-dessus du firmament qui dominait leur tête: quand ils s’arrêtaient, leurs ailes pendaient immobiles. Et par-dessus le firmament qui dominait leur tête, il y avait comme une apparence de pierre de saphir, une forme de trône, et sur cette forme de trône une forme ayant apparence humaine par-dessus. Et je vis comme un hachmal, comme une sorte de feu entouré d’un réceptacle, depuis ce qui semblait ses reins jusqu’en haut; et depuis ce qui semblait ses reins jusqu’en bas, je vis comme un feu avec un rayonnement tout autour. » (Ez 1, 1-27)

Le chariot décrit ici, surmonté de quatre figures humaines ailées, et surtout vivantes – les haïot, des chérubins dorés – ces animaux (v7) à face d’homme du proche orient ancien, tournées vers les 4 horizons, c’est à dire toute la surface de la terre… avance venant du nord, porté par des roues elles-mêmes vivantes, qui font corps avec lui. Le hachmal (un mot qui signifie « énergie, puissance », « électricité » en hébreu moderne) est au milieu surmonté par une voix céleste.

Il est bien clair que la description qu’on trouve ici fait écho à l’arche d’alliance portée par les lévites au désert et aux chérubins d’or ailés qui la surplombent et entre lesquels se tient la Gloire de Dieu.

Tout le livre d’Ezechiel est structuré par la Gloire (kavod) en exil au fleuve Kebar, quand elle quitte le Temple (Ch 8 à 11) puis le réintègre (43, 1-12 ; 44, 2. 4). La vision répond à la question : comment être « vu par Dieu » au Temple lors des trois fêtes de pèlerinage annuel alors que désormais celui-ci n’existe plus ? Sa disparition signifie-t-elle la fin du Dieu d’Israël ?

Un autre texte du Premier livre des Chroniques confirme cette assimilation du chariot d’Ezéchiel à l’arche. Quand David décrit le plan du Temple futur, il décrit l’arche sous le nom de « char ». Un passage qui relie directement le Char à l’arche et aux chérubins.

« « Ecoutez-moi, mes frères, mon peuple! J’avais à cœur, moi, de bâtir une résidence stable pour l’arche d’alliance de l’Eternel et le marche-pied de notre Dieu, et j’avais fait des préparatifs pour cette construction ». Mais Dieu m’a dit: « Ce n’est pas toi qui bâtiras une maison en l’honneur de mon nom, car tu es un homme de guerre, et tu as répandu du sang! » […] [Il remit] aussi le plan du char, des chérubins d’or ayant les ailes étendues et recouvrant l’arche d’alliance du Seigneur » (1Ch 28, 2-3. 18)

Israël en exil privé de son Temple médite sur cette arche qui était dans le saint de saints de son Temple (1 Rois 8, 1–8) désormais détruit. Cette absence lui pose la question du lieu de la Chékhina (de chakan, « demeurer »), de la présence de Dieu qui résidait dans le Saint des Saints, le Lieu. Le mot chakan, un mot qu’on retrouve dans le texte racontant l’expulsion du jardin d’Eden : « il posta (vayachéken) en avant du jardin d’Éden les chérubins ». Et la conclusion des prophètes de l’exil est que la Shékina « git dans la poussière » et que l’arche accompagne Israël en Exil. C’est le symbolisme du chariot entouré de Kéroubim.

La visite de Dieu à Abraham (Gn 18) lui montrera, selon le Midrach (Beréchit Rabba 82, 6) qu’il fait partie du Maassé Merkaba. Dieu lui apparaitra en mérite de la pureté de ses actions généreuses. Sa tente deviendra la résidence de la Chékhina.

De quelle nature est la « gloire » qu’on trouve sur le chariot entre les chérubins et qui ressemble étrangement au glaive de feu tournoyant tenu par le chérubin à la porte du jardin d’Eden, « à l’orient » justement puisque c’est vers cette direction qu’ont été déportés les exilés par les Babyloniens… et que la Gloire reviendra dans le Temple (Ez 43, 4)

Le Yalkout Chimoni sur Ezéchiel explique ce qu’est un hachmal :

« Qu’est-ce qu’un ‘hachmal’ ? Rabbi Yéhouda décompose en ech et amar « puissance de feu qui parle ». Et dans la Michna on a enseigné : « parfois silencieux (‘hach) parfois parlant (mal). Quand la parole jaillit du Tout Puissant, elles (les puissances) se taisent; quand la parole ne jaillit pas du Tout Puissant, elles parlent. »

Le Chabbat a permis en Babylonie de construire un sanctuaire dans le temps qui permet de sortir des tâches de la semaines symbolisées par les taches servant à construire le tabernacle au désert. Ce saint des saints dans le temps permet grâce au septième jour de sanctifier les six autres jours profanes (massé berechit). De la même manière, le Massé Merkaba fonctionne comme l’arche du saint des saints accompagnant Israël au désert et étendant la Chékhina au monde entier. Le Talmud dit que le chabbat, qui permet de retrouver son âme, « sauve de l’exil » :

« Rav Naḥman Bar Yitz Yak a déclaré : Celui qui se régale (de chabbat) est sauvé de l’oppression de l’exil. Car il est écrit ici (à propos de Chabbat) : ‘‘Et je vous ferai monter sur les hauteurs (bamotei) du monde’’ (Is 58,14), et il est écrit: ‘‘Heureux es-tu Israël, qui te ressemble ? Une nation rachetée par Dieu, le bouclier qui vous aide et l’épée de votre triomphe. Vos ennemis tenteront de vous vaincre et vous piétinerez leurs hauts lieux (bamoteimo)’’(Dt 33, 29). Rav Yehuda a déclaré que Rav avait déclaré : Tous ceux qui aiment le Shabbat, Dieu leur accorde les désirs de leur coeur, comme il est dit : « Et vous vous régalerez de Dieu et Il vous accordera les désirs de votre coeur » (Ps 37, 4). Ce plaisir je ne sais pas ce que c’est. Quand il dit: ‘‘Et vous appellerez le Chabbat plaisir (oneg)’’, ce plaisir c’est le Shabbat.» (TB Chabbat 118b)

Le chabbat est l’héritage de Jacob est l’héritage de Jacob « au sujet duquel il est écrit, ‘‘et tu t’étendras à l’ouest, à l’est, au nord et au sud” (Gn 28, 14). Il n’y a pas de limites pour la portion de Jacob. » (TB Chabbat 118b).

Les quatre vivants d’Ezéchiel sont tournés vers les quatre horizons et remplissent l’univers non seulement sur toute sa surface mais aussi de haut en bas. Bref, la Gloire de Dieu remplit tout l’espace, tout l’univers. Ce passage est explicité de manière allusive dans le traité Haguigua quand il parle du Maasé Merkaba et fait allusion à un Adam ‘cosmique’ qui remplit l’univers avant le péché.

L’Adam cosmique

« Rav Yehuda dit que Rav dit : Adam, le premier homme, s’étendait d’un bout du monde à l’autre, ainsi qu’il est écrit: ‘‘Depuis le jour où Dieu a créé l’homme sur la terre et d’un bout du ciel à l’autre’’ (Dt 4, 32 ), ce qui signifie que le jour où Adam a été créé, il couvrait d’un bout des cieux à l’autre. Une fois qu’Adam a péché, le Saint, béni soit-il, a posé sa main sur lui et l’a diminué, comme il est écrit : ‘‘Tu me devances et me poursuis tu m’enserres tu as posé ta main sur moi’’ (Ps 139, 5), Adam a d’abord parlé « derrière et avant », ce qui signifie partout, puis Dieu a posé sa main sur lui et l’a diminué. (TB Sanhédrin 38b)

Rabbi Elazar dit: ‘‘Adam, le premier homme, fut à la hauteur du sol jusqu’à son firmament, ainsi qu’il est énoncé:« Depuis le jour où Dieu a créé l’homme sur la terre, et d’un bout du ciel à l’autre.’’ Adam se leva. “Sur la terre” et s’est levé jusqu’au bout des cieux. Une fois qu’Adam a péché, le Saint, béni soit-il, pose sa main sur lui et le diminue, comme il est écrit: « Tu me devance et me poursuis tu m’enserres tu as posé ta main sur moi  » Ces versets se contredisent. La première interprétation est que sa taille allait d’un bout du monde à l’autre et la seconde interprétation est qu’il allait de la terre jusqu’au ciel. L’un et l’autre valent : d’un bout du monde à l’autre et de la terre jusqu’au ciel, sont une seule mesure, c’est-à-dire la même distance. » (TB Sanhédrin 38b)

La mystique juive s’emparera de ce thème dans le Chiour Koma (mesure du corps de Dieu), la partie des plus anthropomorphiques du Zohar au Moyen Age pour en exalter l’immensité extatique par des mesures incommensurables et des combinaisons littérales et numériques.

Mais cet Adam cosmique hypostasié dans la figure du Métatron, un ange suprême envoyé par Dieu pour guider Israël au désert (Ex 23, 20) sorte de démiurge est déjà présent chez le Midrach et le Talmud… (TB Sanhédrin 38b). Elicha Ben Abouya sombrera dans l’hérésie en contemplant le Métatron. Il finira par croire qu’il y a deux divinités dans le ciel (TB Haguiga 14a). On peut penser qu’il fleurtait avec les thèses des minim de la 19ème « bénédiction », des chrétiens ou des juifs hellénisés.

Le traité Haguiga poursuit sa description de l’Adam cosmique en disant que Dieu a montré à Adam chaque génération d’étudiants en Torah jusqu’à Rabbi Akiba…

« Reish Lakish dit: Quel est le sens de ce qui est écrit: « Ceci est le livre des générations d’Adam » ( Gn 5, 1 ) ? Ce verset enseigne que le Saint, béni soit-Il, a montré à Adam chaque génération et ses interprètes de la Torah, chaque génération et ses sages. » (TB Sanhédrin 38b)

Bref l’exil d’Adam du jardin d’Eden dont parle le Maassé Beréchit c’est l’humanité toute entière répandue sur toute la terre du début à la fin de l’histoire, Adam est l’archétype de l’humanité en route, une humanité que Dieu n’abandonne pas dans son exil comme le montre le Maassé Merkaba. Et l’arbre de vie dont il est ici question donne naissance aux hayot, à l’Humanité vivante d’une vie sans fin, traversant l’histoire du monde comme le peuple au désert, accompagnée par le Shékina « dans la poussière » transférée du saint des saints à toute la terre, c’est-à-dire à toute les Nations. C’est le paradoxe de l’Exil : sans l’Exil les Nations ne connaitraient pas l’Eternel. Et pourtant l’exil détruit Israël.

Massé Beréchit / Massé Merkaba, structuration du psychisme humain

Le judaïsme se méfie de la mystique quand elle prétend être un dépassement des mitsvot ou du Talmud et plus simplement quand elle s’affranchit de la raison. C’est le cas de l’œuvre du Char.

« On n’enseigne pas les lois des unions interdites devant trois étudiants, ni l’oeuvre du Commencement devant deux, ni l’oeuvre du Char, fût-ce à un étudiant, à moins qu’il soit sage et comprenne de lui-même. » (TB Haguiga 2a).

Mais on doit pousser plus loin cette analyse. Jusque dans ses conséquences psychiques les plus profondes. Le Maassé Beréchit, m’a dit le Rav Haïm Harboun :

« … représente la terre d’Israël, le Massé Merkaba c’est le juif en galout (dispersion, exil, diaspora).
En terre d’Israël le juif vit sous les ailes de la Providence, il est protégé, il est construit dans son identité, il est fortifié par la bénédiction. Mais quand le juif part en galout, il perd son identité, il est dispersé, fragmenté, il souffre.
Le mot Galout nous dit le Maharal est composée de la racine : guimel, lamed, hé, qui donne le verbe galé : « découvrir » (ani mégalé : « je découvre »).
Le juif en diaspora « découvre » son vrai caractère, il se connait. « La galout mange les juifs » dit le proverbe talmudique. En galout le juif voit su ses convictions sont solides. Dans l’exil le peuple juif perd son intériorité mais il connait « le bien et le mal » dont il ignorait tout jusque-là.
Celui qui n’est pas passé par la galout n’a jamais souffert il ne peut pas comprendre quelqu’un qui souffre. »

Nous sommes à la fois des psychismes en miettes, dispersés, incapables de recueil et d’accueil, physiquement en galout, en diaspora, dispersés dans le monde de la duplicité. Fracture mentale, fracture sociale, fracture spirituelle donc. Mais nous possédons en nous en même temps au plus profond de nous l’image de Dieu, un principe d’Unitude qui nous appelle à l’unité intérieure.

Les deux mots galout (exil) et guéoula (rédemption) ne diffèrent que par une lettre nous dit le Maharal de Prague. Ils contiennent tous les deux les lettres guimel et lamed, mais galout contient la lettre hé. De valeur 4 comme les quatre dimensions de l’univers. Le mot guéoula contient les lettres guimel – aleph – lamed. La lettre aleph étant la première lettre, celle de l’intériorité, du retour à l’unité. Israël est l’aleph des nations qui va leur rendre leur intériorité, les relier.

Exil et Rédemption sont les deux faces d’une même réalité ontologique qui traverse l’âme humaine. Sans l’exil, Israël ne pourrait se répandre parmi les nations pour accomplir sa mission et en même temps cet exil exige sa techouva, son « retour » vers sa terre qui n’est rien d’autre que son gan eden.

L’Exil du gan Eden, l’exil d’Israël de sa terre lui fait « découvrir » son moi profond, l’expose à la violence, sa propre violence désormais froidement lisible, fratricide.

« Le message de Jésus, Vérités et manipulations » dans Le Monde des Religion

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20181025_213744ICI UNE VERSION PLUS DÉTAILLÉE DE L’ARTICLE :

Quelle est votre méthode pour tenter de remonter au « Jésus historique » ? 

Ma méthode pour remonter, autant que possible ! au Jésus de l’histoire a été :

De relire les évangiles pour ce qu’ils ont été, c’est à dire des midrachim (de la racine darach , chercher) juifs dans le monde littéraire juif de leur époque. Ces midrachim cherchent à montrer en quoi l’Ecriture s’accomplit pour eux grâce à un maître particulier dont le nom Josué, Yoshoua signifie « le salut ». Lire la suite de « « Le message de Jésus, Vérités et manipulations » dans Le Monde des Religion »

Cédrat mystique

Etrog

Le cédrat (étrog) « Péri Ets Adar », est le « fruit de l’arbre splendide » pour la Torah. Adar, la Splendeur.

La guémara Soucca (35a) qualifie l’étrog de « עץ שטעם עצו ופריו שוה », « un fruit dont le goût est semblable à celui de son arbre », un arbre magnifique. Celui qui le réchauffe dans sa main respire un parfum sacré et se dit sans savoir pourquoi : « c’est beau ». Par le cédrat la splendeur se fait émotion. Car l’odorat est le sens le plus sacré.

Notre perception des odeurs est liée à nos émotions. De tous nos sens, l’odorat est le plus viscéral, lié à notre respiration et aux couches les plus profondes de notre cerveau, touché par l’influx nerveux sans passer par la partie analytique du cortex.

Le bulbe olfactif actif à chaque respiration possède aussi un pouvoir de rémanence des odeurs, plus important que les autres sens. L’odeur est donc liée à la mémoire. L’odeur d’un plat de sa mère signifie l’amour. Il me suffit de sentir un cédrat pour penser à ma grand-mère qui m’en envoyait à chaque automne, de sentir les merrizane (aubergines farcies à la mie de pain et au brocciu mijotées longuement dans une sauce à la tomate au basilic) pour ressentir sa tendresse alors qu’elle se levait le matin pour les faire et que l’odeur me réveillait à la montagne en Corse du Sud.

C’est probablement ce que signifie la guemara quand Rabbi Abahou dit :

« le fruit qui réside [lit : Ha Dar] sur son arbre d’une année à l’autre, et c’est : le Etrog » (Souka 35a)

Le Rambam dans son introduction à la Michna explique que le que Rabbi Abahou a juste trouvé dans le verset un appui à une tradition étant déjà en vigueur, pour expliquer que bien que le fruit en question ne soit pas déterminé explicitement l’allusion suffit pour prouver que le fruit dont se servaient Josué, les prophètes, et tous les bné-Israël était le étrog ! Persistence de la mémoire olfactive la Torah de nos pères et de nos mères transmise comme un parfum spirituel depuis le Sinaï !

Le cédrat comme la cabane permettent de nous reconnecter avec cette expérience de liberté toute neuve que nos ancêtres ont du éprouver quand ils sont sortis d’Egypte.  Cette identification symbolique par le parfum est quasi magique.

L’arbre splendide est celui du Gan Eden. Celui qui respire l’odeur du cédrat a un avant gout du Olam Aba. L’Etrog fait signe dans le monde matériel du monde spirituel. Comme une mémoire de la création du monde qui advient dans l’être à chaque instant. En réalité la lumière de D-ieu la Or ein sof , sa Splendeur est toujours là mais nous ne voyons pas, L’Omniprésent s’est comme « contracté » dit la Cabbale pour que notre monde puisse exister (ce sont évidement des images!). Heureusement pour nous car cette Lumière crue, cette vérité insupportable, nous ferait désespérer de nous même. C’est ce que D. explique à Moïse par les 13 attribut divins alors qu’il voulait le voir… ce qui est impossible sans mourir. Les Noms, eux, sont de ce monde. Ils disent la splendeur de D.ieu en désignant le comportement requis de l’homme. Si le mot Emet (Vérité) n’était pas entouré de deux hessed (bonté) nous serions pulvérisés sur place. L’homéostasie de nos systèmes circulatoire (nerveux, endocrinien, lymphatique…) comme une sorte de Torah naturelle permet d’équilibrer à chaque instant notre température, la quantité d’eau dans notre sang, notre pression artérielle, nos battements de coeur, notre respiration… 5°C de plus ou de moins et un vin est imbuvable. Le coeur de l’amoureux bat à tout rompre mais cette situation n’est pas durable. Nul ne peut tenir un instant dans l’Autre monde trop extrême pour l’homme.

D-ieu se fait donc discret indicible, comme le parfum, le « souffle ténu d’un brise légère » pour Elie à l’Horeb, sa théophanie se montre en se voilant. Pourquoi ? D’abord parce que nous en sommes incapables et aussi pour que nous le cherchions, par amour behaava….

Cependant l’émotion de la beauté olfactive, quand nous sentons une rose ou un cédrat par exemple nous revoit à la Beauté, une idée que nous ne pouvons qu’éprouver (personne n’a jamais vu la Beauté!). Nous vivons dans un monde fragmenté, multiple, voire de duplicité,  chez nous l’intention n’est jamais contemporaine de l’action comme dans le Yehi Or Vayehi Or…alors que D-ieu Lui, est UN. C’est donc l’homme qui est en D-ieu et non D-ieu dans l’homme, l’homme qui est dans l’âme et non l’âme dans l’homme comme sa plus haute partie.

Le parfum du cédrat comme celui d’une femme ou du sein d’une mère pour le bébé nous permet de comprendre la « beauté » sans fin, il nous informe du spirituel « visage contre visage » « panim al panim » avec ce monde. Sans l’humilité de Moïse, sa contraction diraient les quabbalistes, la Torah ne pourrait être dévoilée comme Lumière pour les hommes. Le tsadik cherche ce contact permanent avec l’Invisible, il est comme enamouré de la splendeur de D.ieu (vehaavta !). Celui accepte sa finitude, l’anaw, l’humble peut commencer à espérer cette splendeur perçue dans l’étude et la mitsva. Israël est Nér Mitzva, la flamme de la Mitsva comme dit le Maharal de Prague.

La tache du juif est juste de s’éveiller en allumant la lumière, de « pratiquer la Justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec son D-ieu » (Michée 6, 8)

Le Rabbi de Kotzk dit :  » Dans ce monde obscur D.ieu a laissé un petit coin de lumière ».

L’Etrog possède le gout, il est bon à manger et à une odeur, c’est à dire comme nous le dit la guémara, il symbolise celui qui étudie et en tire des massim tovim (actes de bonté), qui allie la raison et la sensibilité. Le cédrat représente le coeur.

Qui est comme Toi, ô Eternel, Toi qui recherche les humbles ?

 

Avinou Malkénou !