» Ne t’approche pas du pouvoir, les Etats ont des intérêts mais pas d’amis  » – Pirkei Avot 2,3

הֱווּ זְהִירִין בָּרָשׁוּת, שֶׁאֵין מְקָרְבִין לוֹ לָאָדָם אֶלָּא לְצֹרֶךְ עַצְמָן. נִרְאִין כְּאוֹהֲבִין בִּשְׁעַת הֲנָאָתָן. וְאֵין עוֹמְדִין לוֹ לָאָדָם בִּשְׁעַת דָּחֳקוֹ:

Michna 3. [Rabban Gamaliel disait aussi :] Prenez garde au pouvoir car rien ne le rapproche de l’homme hormis son intérêt, il apparaît amical tant qu’il en a profit, mais il n’accorde aucun soutien à l’homme au moment de sa détresse.


Commentaire de Rachi

RACHI : « Prenez garde au pouvoir », c’est-à-dire à ceux qui règnent et ont le pouvoir d’agir comme ils le veulent. Et comment doit-on s’en garder ? En veillant à ne pas être en permanence à leur côté. Car tel est leur usage : ils demandent un emprunt, mais si tu leur donnes, considère que tu as jeté ton bien dans la mer Morte, et n’en espère aucun profit.


Commentaire du Maharal

MAHARAL DE PRAGUE : Après avoir appelé à œuvrer en faveur de la communauté, il déclare : « Prenez garde au pouvoir », car le pouvoir est à l’opposé de la communauté. Un homme de pouvoir, du fait de son importance et de sa grandeur, s’est, en effet, exclu lui-même de la communauté, et il est séparé d’elle. C’est le chemin que suit tout homme de pouvoir : même lorsqu’il veut diriger la communauté et paraît s’affairer à ses besoins, ce n’est jamais le cas. Il déclare donc : « Prenez garde au pouvoir », car le pouvoir est séparé de l’ensemble et n’a aucun lien avec l’ensemble ; et si tu constates que les gouvernants rapprochent d’eux un homme et semblent être son ami, ne t’empresse pas de croire que le pouvoir est proche de l’homme et l’aime, et qu’il a donc un lien avec les autres. Tout cela n’est rien, car ils n’agissent pas ainsi pour tenir l’homme auprès d’eux, mais seulement pour leur profit ; en effet, puisqu’ils n’accordent aucun soutien à l’homme au moment de sa détresse – ce qui est bien le moins qu’ils puissent faire : être un frère dans l’affliction – ils ne feront donc a fortiori rien en sa faveur quand il n’est pas dans la détresse. La cause en est que l’homme de pouvoir est séparé de la communauté, et il ne rapproche donc pas de lui un homme pour établir un lien ou créer une proximité ; et s’il apparaît comme son ami à l’heure de son intérêt, ce n’est certainement pas parce qu’il l’aime.


Une interprétation

Le Pirqei Avot présente une réflexion lucide et disons désenchantée sur la nature du pouvoir et sur la relation qu’il entretient avec les individus.

Le principe posé est simple mais radical : le pouvoir n’est pas animé par l’amitié, mais par l’intérêt. « Les Etats ont des intérêts, pas d’amis » ; Le pouvoir peut sembler proche, bienveillant et protecteur, mais cette apparence n’est qu’une façade de circonstance. Tant qu’un individu présente une utilité, il est accueilli et valorisé ; dès que cette utilité disparaît, le lien se dissout. Cette idée introduit une distinction essentielle entre l’amitié véritable, fondée sur la fidélité et la solidarité, et la relation politique, fondamentalement instrumentale.

Rachi précise concrètement cette mise en garde. Il ne s’agit pas seulement d’une critique abstraite du pouvoir, mais d’un conseil pratique : Evite une proximité excessive avec ceux qui gouvernent ! Cette distance est une forme de protection. Rachi insiste sur l’asymétrie de la relation : lorsque le pouvoir sollicite, il ne faut rien en attendre en retour, c’est comme si l’on jetait son bien « dans la mer Morte ». La réciprocité n’est qu’illusion. Celui qui entre dans une logique d’échange avec le pouvoir se trompe de registre ; il projette une morale de la relation humaine là où règne une logique d’intérêt.

Le Maharal de Prague donne à cette analyse une portée presque ontologique. Selon lui, le pouvoir n’est pas simplement intéressé : il est structurellement séparé de la communauté. L’homme de pouvoir, par sa position même, se met en dehors du collectif. Il ne partage plus réellement le destin commun, car sa grandeur et sa fonction l’en éloignent. Cette séparation explique pourquoi il ne peut pas véritablement aimer ni soutenir : il n’est plus dans une relation d’égalité, condition nécessaire à une fraternité authentique. Chacun de nous a rencontré de ces personnes drapées dans une distance inaccessible fabriquée pour manipuler son prochain. Le seul problème de cette distance n’est pas la « solitude du pouvoir », c’est qu’elle fait quitter la fraternité humaine. Elle chosifie la personne qui objective son prochain et ne peut plus se situer comme un sujet de son existence puisqu’elle pose l’humain comme objet à sa main.

On retrouvera cela chez Hegel :

Pour lui, la relation de pouvoir naît d’un affrontement fondamental : deux consciences se rencontrent et cherchent chacune à être reconnues comme sujet. Cette lutte pour la reconnaissance débouche sur une asymétrie : l’une devient le maître, l’autre l’esclave. Le maître semble triompher, car il est reconnu sans avoir à travailler ; l’esclave, lui, est soumis, contraint, instrumentalisé.

Mais Hegel renverse cette apparence. Le maître, en réalité, dépend de l’esclave : il ne reçoit une reconnaissance que d’une conscience dominée, donc imparfaite. L’esclave, au contraire, par le travail et la confrontation à la réalité (l’objet), transforme le monde et se transforme lui-même. C’est lui qui accède progressivement à une véritable autonomie. La relation maître/esclave est donc dialectique : ce qui semble puissance (le maître) est en vérité dépendance, et ce qui semble faiblesse (l’esclave) contient en germe la liberté.

Si l’on relit la Michna à la lumière de cette dialectique, quelque chose de frappant apparaît. Le texte talmudique décrit un pouvoir qui semble proche mais ne l’est jamais vraiment, qui instrumentalise les individus et ne les soutient pas dans la détresse. Cela correspond à la position du maître hégélien : il entretient une relation asymétrique, où l’autre n’est jamais reconnu comme sujet, mais utilisé comme moyen. Il n’y a pas de véritable reconnaissance réciproque, donc pas de véritable relation humaine.

Le Maharal va encore plus loin en affirmant que l’homme de pouvoir est « séparé de la communauté ». Cela rejoint l’idée hégélienne que le maître est, en un sens, coupé de la réalité vivante du monde : il ne travaille pas, il ne transforme pas, il ne s’engage pas dans la médiation avec l’objet. Il reste dans une position abstraite, dépendante du regard des autres mais incapable de relation authentique.

Ainsi, même lorsque le pouvoir semble agir pour le bien commun, le Maharal invite à la prudence : cette apparence peut masquer une logique interne qui reste orientée vers la conservation et l’exercice du pouvoir lui-même. L’illusion la plus dangereuse est alors de croire que la proximité avec le pouvoir est une forme de reconnaissance ou d’amitié. En réalité, elle est souvent un moyen de contrôle ou d’utilisation.

Au fond, ce texte met en lumière une tension fondamentale entre deux logiques : celle de la communauté, fondée sur le lien, la réciprocité et la solidarité, et celle du pouvoir, fondée sur la distance, l’intérêt et la séparation. La véritable sagesse consiste alors non pas à fuir toute relation avec le pouvoir — ce qui serait irréaliste — mais à en comprendre la nature pour ne pas s’y illusionner. C’est une éthique de la lucidité : savoir que le pouvoir ne doit pas être confondu avec l’amitié, et que la véritable fidélité se trouve ailleurs, dans les liens humains qui résistent à l’intérêt.

 » Le travail c’est bon pour la santé… spirituelle « -Pirkei Avot 2, 2

Michna en hébreu

רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אוֹמֵר: יָפֶה תַלְמוּד תּוֹרָה עִם דֶּרֶךְ אֶרֶץ, שֶׁיְּגִיעַת שְׁנֵיהֶם מְשַׁכַּחַת עָוֹן. וְכָל תּוֹרָה שֶׁאֵין עִמָּהּ מְלָאכָה, סוֹפָהּ בְּטֵלָה וְגוֹרֶרֶת עָוֹן. וְכָל הָעֲמֵלִים עִם הַצִּבּוּר, יִהְיוּ עֲמֵלִים עִמָּהֶם לְשֵׁם שָׁמַיִם, שֶׁזְּכוּת אֲבוֹתָם מְסַיְּעָתַן וְצִדְקָתָם עוֹמֶדֶת לָעַד. וְאַתֶּם, מַעֲלֶה אֲנִי עֲלֵיכֶם שָׂכָר הַרְבֵּה כְּאִלּוּ עֲשִׂיתֶם:


Michna en français

Michna 2. Rabban Gamliel, fils de Rabbi Juda le Prince, dit : C’est bien d’étudier la Torah conjointement à l’exercice d’un métier, car le labeur des deux fait oublier la perversion ; et toute [étude de la] Torah qui n’est pas accompagnée d’un travail finit par s’annuler et provoque la perversion.
Quant à ceux qui œuvrent en faveur de la communauté, qu’ils travaillent avec elle pour le nom des cieux, le mérite de leurs pères les y aidera et leur charité subsistera à jamais.
Et Moi, Je vous compterai un salaire aussi grand que si vous les aviez accomplis.


Commentaire du Rambam

RAMBAM : Le דרך ארץ dont il est question ici est le travail nécessaire pour vivre et assurer sa subsistance. Et il déclare que, sans travail, l’étude de la Torah provoque la perversion, selon ce que nous avons déjà expliqué ailleurs ; et les sages ont dit : « À la fin il volera les autres » (Kid. 29a).
Quant à la phrase « et Moi, Je vous compterai un salaire, etc. », c’est la parole de Dieu à l’adresse de ceux qui œuvrent en faveur de la communauté. Car il arrive parfois que leurs occupations en faveur de celle-ci les empêchent d’accomplir un commandement, et c’est pourquoi Rabban Gamliel dit que Dieu leur compte le salaire du commandement en question, bien qu’ils n’aient pu l’accomplir, puisqu’ils étaient occupés par les affaires communautaires pour le nom des cieux (i.e. gratuitement).


Commentaire de Rabbénou Yona

RABBÉNOU YONA : « Toute [étude de la] Torah qui n’est pas accompagnée d’un travail finit par s’annuler et provoque la perversion », comme il est dit plus loin (chap. 3, michna 17) : « Sans farine, pas de Torah », qu’il faut entendre littéralement : celui qui délaisse le travail est conduit à la pauvreté ; or, celle-ci entraîne certaines perversions et un grand mal, car à cause d’elle il aimera recevoir les dons et ne vivra pas (cf. Prov. 15:27), il sera hypocrite en présence des autres, y compris en présence des injustes, afin qu’ils lui donnent.
Puis, lorsque l’argent des dons viendra à manquer, il se fera voleur ou joueur, et rapportera chez lui les vols du pauvre pour ne pas mourir de faim. Lorsqu’un homme arrive à ces extrémités, plus rien ne le retient, plus rien ne le satisfait ni ne le calme tant qu’il n’a pas transgressé toutes les paroles de la Torah, car « la transgression entraîne la transgression » (plus loin chap. 4, michna 2).


Eclairage

La Michna enseigne, par la voix de Rabban Gamliel, une idée qui dépasse largement le simple conseil pratique d’associer l’étude à un métier. Elle pose en réalité une vision profonde de l’équilibre humain. « Il est beau d’étudier la Torah conjointement avec le derekh eretz », dit-elle. Or, le terme derekh eretz ne se réduit pas au travail au sens économique : il désigne aussi bien le rapport au monde, le comportement social, et plus profondément encore l’ancrage dans la réalité concrète. La Torah représente l’idéal, l’absolu, la vérité ; le derekh eretz, lui, incarne le réel, les contraintes du corps et de la vie. L’homme est appelé à tenir ensemble ces deux dimensions.

C’est pourquoi « l’effort des deux fait oublier la faute ». L’étude seule risque de nourrir une forme d’orgueil intellectuel ou de déconnexion du réel, tandis que le travail seul peut enfermer dans le matérialisme. Mais leur combinaison produit un équilibre : le travail discipline le corps et canalise les pulsions, tandis que la Torah structure l’esprit et donne un sens. Ensemble, ils réduisent l’espace intérieur où peut se développer la dérive morale.

La Michna va encore plus loin en affirmant que toute Torah non accompagnée d’un travail « finit par s’annuler et conduit à la faute ». Cette idée, que Rabbénou Yona développe avec une grande finesse, décrit une véritable chaîne psychologique et sociale. Sans travail, l’homme est exposé à la pauvreté ; la pauvreté engendre la dépendance ; la dépendance conduit à l’hypocrisie, puis à la corruption, et finalement à la transgression. Ce n’est donc pas une simple faute morale individuelle qui est en jeu, mais un processus structurel : la précarité désorganise l’âme et fragilise les limites éthiques. La formule des Sages, « une faute entraîne une faute », prend ici tout son sens.

Le Rambam, dans son commentaire, insiste sur la dimension concrète du derekh eretz : il s’agit du travail nécessaire à la subsistance. Il rappelle avec réalisme que, sans autonomie matérielle, l’homme peut être conduit à voler. La Michna apparaît ainsi comme profondément lucide sur la nature humaine, loin de tout idéalisme naïf.

Cependant, le texte ne s’arrête pas à cette dimension individuelle. Il élève le propos en évoquant ceux qui « œuvrent pour la communauté ». À ce niveau, l’exigence devient spirituelle : il faut agir « pour le Nom des cieux », c’est-à-dire sans recherche d’intérêt personnel ou de pouvoir. Une telle action inscrit l’individu dans une continuité : « le mérite de leurs pères les aide », soulignant que nul n’agit seul, mais qu’il est porté par une histoire, une tradition, une mémoire. De plus, « leur justice subsiste à jamais » : ce qui est accompli pour le collectif dépasse l’éphémère et acquiert une forme de permanence.

La Michna introduit alors une autre idée : Dieu considère comme accomplies les mitsvot que ces personnes n’ont pas pu réaliser parce qu’elles étaient engagées au service de la communauté. Autrement dit, l’intention et la responsabilité collective peuvent, dans certains cas, avoir plus de poids que l’acte individuel lui-même. L’éthique ne se réduit pas à l’action isolée, mais s’inscrit dans une dynamique plus large.

Les versets cités du psaume viennent renforcer cette vision : « Lorsque tu te nourris du travail de tes mains, c’est un bonheur pour toi et un bien pour toi ». Le travail apporte à la fois une dignité dans ce monde et une élévation dans le monde à venir. Il devient ainsi un élément de la vie spirituelle elle-même. De même, « bonne est la sagesse avec un héritage » : la sagesse seule est fragile, la richesse seule est dangereuse, mais leur union produit la stabilité.

Le service du collectif est au sommet de l’engagement humain, car l’intention et l’inscription dans une communauté peuvent donner à l’action une portée qui dépasse l’individu.

Au fond, le travail n’est pas seulement une nécessité économique : il est une structure de l’âme. Sans lui, l’énergie humaine se disperse et se transforme en pulsion ; avec lui, elle peur être canalisée et peut s’ordonner vers le bien.

Virginia Woolf, écrire pour ne pas se dissoudre

Virginia Woolf à Monk’s House, vers 1932

The Poet Acts

Le film The Hours, adapté du roman de Michael Cunningham, propose une relecture contemporaine de la vie et de l’œuvre de Woolf. Il est magnifiquement servi par la musique de Philip Glass dont les thèmes répétitifs font évoluer les émotions comme les sillons d’une vague sur l’eau.

Trois femmes, à trois époques différentes, sont reliées par Mrs Dalloway : Virginia Woolf elle-même, en train d’écrire ce roman, une femme au foyer dans les années 1950, une éditrice new-yorkaise contemporaine.

Le film montre comment une œuvre née d’une souffrance intime vient toucher d’autres existences, la perte donne sens à la vie, nous vivons au fond les uns pour les autres, interdépendants, quoi qu’il arrive.

Cette méditation sur le roman Mrs Dalloway, le temps qui passe, l’écriture qui tente de le fixer, pour ne pas perdre l’instant et se perdre, pour ne pas oublier, peut être une bonne introduction à l’œuvre de Woolf.

Chez Virginia Woolf “the poet acts”. Le poète transforme le réel en donnant forme au flux intérieur. L’écriture est un acte qui organise le chaos du flux mental et crée une cohérence toujours provisoire. Elle résiste à la fragmentation du moi en reliant les monde intérieur et extérieur.

Virginia Woolf, intériorité et apparences en tension

Née en 1882 dans une famille intellectuelle londonienne, Virginia Woolf grandit dans un univers de haute culture, mais aussi dans un climat affectif complexe, marqué par des deuils précoces et des traumatismes, notamment des viols subis dans son enfance.

L’écriture de Virginia Woolf semble une tentative pour donner forme à une expérience psychique profondément fragmentée, instable en déséquilibre permanent car agitée de flux thymiques contradictoires.

Très tôt Virginia se fissure. Elle alterne périodes de lucidité créatrice intense et des épisodes de désorganisation mentale. Ce qui semble être une bipolarité sévère non soignée devient schizophrénie avec les hallucinations. Une existence dans le clivage en tension permanente entre un monde intérieur envahissant et une réalité extérieure qu’elle perçoit comme illusoire.

Une apparence sociale, polie, mondaine, lisse, slick,  sous laquelle se déploient les abimes d’un monde intérieur agité de tempêtes, de tectonique de plaques mentales fragiles et de ressac de souvenirs non clos et envahissants.

Elle va gèrer ce chaos jusqu’à ce qu’il l’emporte.

Ce dédoublement se retrouve magistralement dans son roman Mrs Dalloway.

Mrs Dalloway : la ville et les failles de l’âme

Mrs Dalloway, raconte une journée banale à Londres qui devient le théâtre d’une exploration vertigineuse.

Clarissa Dalloway prépare une réception. En rentrant chez elle, elle analyse son choix des années auparavant d’épouser Richard Dalloway au lieu de Peter Walsh. Cette trivialité est traversée par une infinité de micro-perceptions, de souvenirs, de questionnements existentiels. Quand elle reçoit la visite impromptue de Peter.

En parallèle, Septimus Warren Smith, jeune ex-militaire souffre depuis son retour du front d’un trouble de stress post-traumatique, d’hallucinations et de schizophrénie. Il se défenestre pour échapper à l’internement.

Clarissa Dalloway qui ne connait pas Septimus apprend lors de la soirée par son propre médecin l’acte de Septimus qui la bouleverse alors qu’elle ne le connait pas.

Il peut être lu comme un double de Woolf elle-même — une projection de ce que devient l’esprit lorsque le lien au monde commun se défait et se fait en prmanence, comme si leurs destins se croisaient.

Le roman met en scène deux régimes de réalité : celui du temps social des horloges, des rendez-vous à l’heure et des conventions apprises qui classent ou invisibilisent la personne et celui du temps intérieur. Le monde de la mémoire, des sensations, et des associations libres.

La grande innovation d’écriture de Virginia Woolf est la technique du stream of consciousness (flux de conscience). Il ne s’agit plus de raconter une histoire, mais de restituer le mouvement même de la pensée et de la perception. 

Le regard de Clarissa, dont lapparence sociale est Miss Dolloway, absorbe le monde de Londres qui l’entoure les personnage qui l’entourent qui pourraient être tels que son mari les décrit méchamment mais qui pourraient aussi être vu autrement, les souvenirs passés remontent, l’ouverture dun portail appelle celui d’une autre porte ailleurs qui donne sur la mer avec le même air frais, un instant aurait pu ne pas être et l’océan de gouttelettes d’eau que constitue la vie pourrait ne pas avoir eu lieu sans un certain nombre de conditions qui l’ont permis ou bien pourrait s’arrêter. Ce qui lui en donne son prix.

Le temps n’est plus linéaire. Il est dilaté : une seconde peut contenir une vie entière ; il est fragmenté, circulaire : les souvenirs reviennent, mutent, se réécrivent.

Le son de Big Ben dans Mrs Dalloway rythme la journée — mais ce temps objectif est constamment fissuré par le temps subjectif. Le présent est envahi par le passé. L’identité elle-même devient instable menacé de dislocation psychique permanente.

Leonard Woolf, le containment d’une âme fragmentée

Virginia Woolf fréquente dès sa jeunesse un cercle d’intellectuels londoniens qui deviendra le Bloomsbury Group, un des premiers collectifs bisexuels de l’histoire contemporaine. S’y retrouvent des figures comme Lytton Strachey ou John Maynard Keynes, dans une atmosphère de liberté intellectuelle et artistique.

Après son mariage avec Leonard Woolf en 1912 qui est juif, le couple s’installe dans le quartier de Bloomsbury, où ces rencontres deviennent régulières. Leur relation est souvent décrite comme profondément aimante, bien que peu conventionnelle. Elle lui dit dès le départ qu’elle n’est pas attirée physiquement par lui.

Leonard sera une bouée stabilisatrice de sa vie pendant 30 ans ; pas seulement un mari mais un ange gardien, presque thérapeute.

Il comprend la fragilité psychique de Virginia et organise leur vie en conséquence. Il crée la Hogarth Press, leur maison d’édition qui édite son premier livre. Il édite Virginia mais aussi Sigmund Freud et T.S Eliot.

Ils achètent Monk’s House une maison de campagne située dans le village de Rodmell, en Angleterre en 1919 pour fuir le stress de Londres et offrir à Virginia un environnement plus calme, essentiel à son équilibre psychique. C’est là qu’elle écrit une grande partie de ses œuvres majeures, souvent dans un petit cabanon au fond du jardin.

Il lui fournit une vie régulière qui l’éloigne du stress social. Grâce à lui elle transforme son chaos intérieur en œuvre.

Woolf milite par ailleurs pour les droits des femmes depuis 1910.

Le 28 mars1941, à Monk’s House, Virginia Woolf écrit à Léonard une lettre d’une lucidité bouleversante :

“Je te dois tout le bonheur de ma vie. Tu t’es montré d’une patience absolue avec moi et d’une incroyable bonté. Je tiens à dire cela, tout le monde le sait. Si quelqu’un avait pu me sauver, cela aurait été toi. Je ne sais plus rien si ce n’est la certitude de ta bonté. Je ne peux pas continuer à gâcher ta vie plus longtemps. Je ne pense pas que deux personnes auraient pu être plus heureuses que nous l’avons été.”

C’est son dernier écrit. Elle emplit ses poches de cailloux et s’enfonce dans la rivière de l’Ouse.

Tout est dit. Le naufrage ne vient pas d’un manque d’amour, mais d’un excès de souffrance intérieure. Léonard n’a pas échoué,  il a simplement atteint les limites de ce que l’amour peut contenir.

Se recueillir et symboliser pour ne pas s’écouler et périr dans le flux, en cette période de Pessah

Virginia Woolf a vécu sur une ligne de crête : entre cohérence et fragmentation,
entre monde social et monde intérieur, entre vie et disparition.

Son clivage était littéraire et existentiel. En se recueillant, en rassemblant les fragments d’un moi menacé de dispersion, elle a produit des textes qui traversent le temps et rassemblent nos existences.

On peut y trouver une résonnance religieuse en ces fêtes de Pessah.

Le seder de Pessah est le lieu par excellence du recueillement de soi, rythmé par le mot e’had, UN.

Le sacrifice pascal juif est un agneau d’un an, consommé dans une maison, avec toute la famille, en une seule nuit, pas mi cuit mais complètement, dont on ne brise pas les os. E’had, UN, c’est le nom de l’Eternel.

« La ville sans juifs » (1922), un roman d’aujourd’hui pour les Français juifs

Un visionnaire fantomatique d’actualité

A l’heure où les matsot sont prêtes et que les Juifs se posent mille questions sur la manière de quitter la France en catimini comme leurs ancêtres l’Egypte, il est bon de relire La Ville sans juifs d’Hugo Bettauer. Une sorte de Haggada viennoise écrite en 1922 qui a couté la vie à son auteur 3 ans plus tard. Evidement les nazis n’avaient pas trop le sens de l’humour et le rire aux éclats de ce grand provocateur leur donna 15 ans avant l’Anschluss des poussées d’urticaire.

Hugo Bettauer

Au moment où les juifs des quartiers qui vivent au contact de la Nouvelle France où ils n’ont visiblement plus leur place. Alors qu’un doux parfum de libanisation monte élection après élection. Il faut relire ce précis de l’évacuation légale.

Après que la droite centriste aura sombré dans la guerre des chefs en France en chantant « Vivre-ensemble, vivre-ensemble, vivre-ensemble ! » repris par tous les perroquets. Après que Bardella aura affronté au second tour le centre de gravité de la gauche un certain Melenchein. Il faudra voter pour l’enclume ou le marteau. Et la suite se devine facilement : Victoire pour l’enclume… et 5 ans de chaos avec les juifs entre le marteau et l’enclume. Difficile de fêter Pessah cette année et d’échapper à son destin.

Mais les malins, eux, auront lu La ville sans juifs, une sorte de prophétie autoréalisatrice indispensable sur votre table de chevet qui vous aidera à ne pas dormir et à vous préparer d’ici mai 2027 !

La vie de son auteur, Hugo Bettauer, ressemble à une blague brillante… mais qui finit très mal.

Evoquons là avant de citer quelques extraits croustillants comme des matsot.

Un provocateur en costume de soie

Sa vie est un roman. Fils d’un courtier de bourse, À 16 ans, Bettauer fugue de chez lui pour Alexandrie, d’où le consul autrichien le renvoie illico presto. Deux ans plus tard il se convertit au protestantisme pour s’engage comme volontaire pour un an dans l’infanterie de montagne impériale. Chasseur alpin ou plutôt tyrolien. Tête brulée. Après 5 mois il se brouille avec ses supérieurs, part à Zurich, hérite, épouse Olga Steiner son amour de jeunesse. Ils émigrent à New York, il perd toute sa fortune sur le bateau dans des spéculations désastreuses. Elle est danseuse à New York lui ne trouve pas de job. Retour à Berlin au bout de 3 ans avec la nationalité américaine. Leur fils y nait, il mourra a Auswwitz en 1942. En 1901, après le suicide du directeur du Berliner Hoftheater , qu’il avait accusé de corruption, Bettauer est expulsé du royaume de Prusse.  Il s’installe ensuite à Munich. Il divorce. A 32 ans il rencontre Hélène Muller 16 ans. Coup de foudre et tempête en vue. Ils fuient à New York. On est en 1904. Mariage sur le bateau. Un second enfant dans l’année. Ils y passent 6 ans. Ils reviennent à Vienne. Il est américain donc réformé. À partir de 1920, il publie, quatre ou cinq romans par an. Succès fulgurant. Bettauer publie aussi des journaux d’investigation, des romans photos. Greta Garbo débute sa carrière dans La rue sans joie (sur la prostitution), une adaptation d’un de ses livres.

Il a tout du provocateur élégant : journaliste, romancier, il passe la société viennoise à l’humour acide, avec un zeste de cruauté là où ça gratte et là où ça dérange.

Une idée brillante (ou suicidaire) : La Ville sans Juifs (1922)

Bettauer est un esprit libre : il pousse les idées absurdes jusqu’au bout pour en révéler le ridicule.

C’est ainsi qu’il écrit La Ville sans Juifs, avec une hypothèse simple : et si Vienne décidait d’expulser tous les Juifs ?

Dans son récit, un homme politique fictif ordonne l’expulsion de tous les Juifs de Vienne. la population applaudit d’abord la décision, convaincue que tous ses problèmes vont disparaître. L’Autriche emprunte trente wagons à bestiaux aux pays voisins pour faciliter l’expulsion (vers l’est) des Juifs et de leurs biens ». Une prophétie glaçante, écrite en 1922, que personne ne croit bien sûr. Un peu du genre « La fin des juifs de France ? »

Mais très vite, tout s’effondre : l’économie décline, la vie culturelle se vide, la ville perd son énergie et son intelligence. Vienne devient la capitale européenne de la bêtise. On délaisse la mode La solution miracle vire au désastre. Vienne devient un village bavarois où on se promène en Loden, culotte de cuir tyrolienne et robes villageoises des carapates, une mode de pointe qui fait hurler de rire les étrangers venus de Paris.

Mais Bettauer ne s’arrête pas là. En 1924, son livre est adapté au cinéma. Et là, ce qui était déjà clair devient impossible à ignorer : on voit concrètement une ville se vider de sa richesse humaine et sombrer dans la médiocrité.

Le message est limpide, acerbe. Trop pédagogique pour certains lecteurs…

Les nazis qualifient Bettauer de « poète rouge » et de « corrupteur de la jeunesse ». Il est vrai qu’il prône des mœurs sexuelles assez libres…

En 1925, un jeune prothésiste dentaire national socialiste va chercher Bettauer à son journal et vide son revolver 6 coups sur lui. En mode Charlie Hebdo.

Il agonise et meurt quinze jours plus tard. La morale est sauvée !

Résumé : un type écrit un (grand) livre pour montrer que l’antisémitisme est idiot. Il fait un film pour être bien sûr que tout le monde comprenne. Des idiots comprennent qu’on parle d’eux. Il finit assassiné. C’est beau et bête à la fois.

Morale de l’histoire : Ne surestimez jamais le sens de l’humour des idiots pour comprendre vos blagues !

Regardez bien vos matsots à Pessah. Et l’an prochain à Jérusalem  mes ami(e)s !

Hag Pesah Sameah,

Quelques extraits

Le discours au Parlement

« Qui, depuis la funeste année 1914, a entassé milliards sur milliards ? Les Juifs ! Qui contrôle l’énorme circulation monétaire, qui siège aux postes clés dans les grandes banques, qui se trouve à la tête de la quasi-totalité des industries ? Les Juifs ! Qui possède nos théâtres ? Les Juifs ! Qui écrit les pièces qu’on y monte ? Les Juifs ! Qui roule en automobile, qui fait la noce dans les boîtes de nuit, qui remplit les cafés, les restaurants chics, qui se pare et pare ses femmes de joyaux et de perles ? Les Juifs !

Mesdames et messieurs ! J’ai dit que je tenais le Juif, considéré en soi et objectivement, pour un individu estimable, et je le maintiens. Mais le hanneton doré, avec ses ailes étincelantes, n’est-il pas lui aussi une créature belle et estimable, et n’est-il pas malgré tout exterminé par le jardinier consciencieux, parce que la rose lui est plus chère que le hanneton ? Le tigre n’est-il pas un animal magnifique, plein de force, de courage et d’intelligence ? Et n’est-il pas cependant chassé et traqué parce que la lutte pour la vie l’exige ? C’est de ce point de vue et de lui seul que nous devons considérer la question juive.

C’est nous ou bien les Juifs !

De deux choses l’une : ou bien les neuf dixièmes de la population, que nous sommes, courent à leur perte, ou bien les Juifs doivent disparaître ! Et comme c’est tout de même nous en fin de compte qui avons actuellement le pouvoir en main, nous serions fous, non, nous serions criminels vis-à-vis de nous-mêmes et de nos enfants si nous ne faisions pas usage de ce pouvoir et ne souhaitions pas chasser cette petite minorité qui nous anéantit. Il n’y a pas place ici pour les slogans et les grands mots tels qu’Humanité, Justice, Tolérance. Il y va de notre existence ! »

Pour ceux qui sont dans le textile…

M. Zwickler faisait partie des nombreux petits commerçants qui, grâce à la loi antijuive, avaient fait une ascension fulgurante. Avec l’aide de la Banque des Régions, qui s’était découverte chrétienne depuis toujours, il avait pu, lui le petit marchand minable, acquérir le grand magasin de la Mariahilferstrasse, et les premiers six mois n’avaient été qu’un pur enchantement. Quand M. Zwickler se tenait sur la galerie du grand magasin et regardait la foule qui grouillait au-dessous de lui, il se prenait pour un petit roi et le cliquetis de la caisse enregistreuse, le crissement de la soie et le brouhaha des voix le grisaient pour de bon. Chaque soir, au dîner, il vidait son verre de vin à la santé de Schwertfeger et répétait régulièrement à sa femme, qui désormais ne faisait plus la cuisine qu’en gants de chevreau :

« C’est là qu’on se rend le mieux compte, la vieille, à quel point les Juifs nous ont sucés ! C’étaient eux qui possédaient les grands commerces et nous les chrétiens, nous pouvions toujours trimer et crever de faim dans nos boutiques obscures. Grâce à Dieu, c’est terminé ! »

Mais déjà le premier bilan semestriel avait apporté à M. Zwickler une rude déconvenue. Malgré l’énorme volume des ventes et la foule qui remplissait le magasin, il n’était pas question de profit ; chaque fois qu’on avait acheté à l’étranger, on avait d’une façon ou d’une autre raté son coup. Eh bien souvent M. Zwickler s’était dit à lui-même : « Un Juif compétent, voilà ce qu’il me faudrait, pour me donner des conseils ! »

Les petites pépées

Quand on demandait à Poldi ou à Tini d’où lui venait cette prédilection pour les petits amis juifs, on recevait toujours la même réponse :

« Un Juif est toujours généreux, et quand il épouse une chrétienne il la traite comme une reine. Et puis les Juifs ne se saoulent pas. Je suis sortie autrefois avec un chrétien et je passais tous mes dimanches dans l’angoisse qu’il prenne à nouveau une cuite et fasse du scandale. Maintenant que j’ai un ami juif, nous allons toujours dans des endroits chics, il ne boit presque pas, il est intelligent, il a plein de choses intéressantes à raconter et il ne se montre jamais grossier. »

Et quand les petites pépées se retrouvaient entre elles et qu’elles étaient amies intimes, quand elles se racontaient leurs expériences et leurs aventures amoureuses, elles parlaient aussi de la sensualité des Juifs et de la diversité de leurs goûts érotiques, contrairement à leurs amis aryens, de bons chrétiens et de braves garçons, sans doute, mais infiniment moins rigolos…

Il est possible et même vraisemblable que dans la population masculine de Vienne l’antisémitisme soit devenu si virulent, si fanatique au fil des décennies, parce que le petit gars à croix gammée voyait, sans pouvoir s’y opposer, la concurrence juive lui souffler les jolies filles sous le nez !

Mais tout cela avait bien changé désormais, cette concurrence juive n’existait plus et les petites Viennoises en étaient réduites à se rabattre sur leurs compagnons de race. Ce qu’on ne pouvait en revanche ni empêcher, ni interdire, c’étaient les comparaisons et les souvenirs.

Art Brut, les chiffres de l’âme, à la Galerie Borgnis

Vous n’avez pas été à l’exposition MAGIC NUMBER organisée par la Galerie de mon ami Arthur Borgnis ? Alors foncez ce dimanche après-midi 6 rue Elzévir dans le 3ème. Les vies et les œuvres des fous géniaux qu’il expose ne font qu’un. Après les avoir vues vous regarderez d’autres œuvres d’art et peut être vous-même autrement.

Georges WIDENER

Drink Fast

George Widener naît en 1962 à Covington, Kentucky — un endroit qui, à première vue, ne laissait pas présager qu’on y fabriquerait un jour un homme capable de dialoguer avec les chiffres comme d’autres avec des amis imaginaires. Très tôt, la vie lui fait comprendre qu’elle n’est pas un long fleuve tranquille : son père disparaît alors qu’il n’a que neuf ans, et sa mère, emportée par ses démons liquides, est internée. Le décor est planté — plutôt Dickens que Disney.

Note en bas de page sur l’art et de l’Art brut en particulier

Dimanche, après voter, et avant qu’elle ne ferme, précipitez vous pour visiter l’exposition d’art brut organisée par la galerie Arthur Borgnis jusqu’à ce dimanche après-midi. Le thème en est les chiffres dans l’art brut et je vous présenterai quelques œuvre dans le prochain post.

Esther, Reine des marranes

Le livre d’Esther est le seul livre où le nom d’Achem n’apparaît pas. Pourquoi ?


La figure d’Esther occupe une place unique dans la pensée juive. Plus que toute autre héroïne biblique, elle est associée au thème du caché, au point que les sages du Talmud ont vu dans son nom même une allusion à la dissimulation de la présence divine.

À travers Esther, la tradition juive exprime une conception particulière de la providence : Dieu agit dans l’histoire sans se montrer, surtout dans les périodes d’exil.

La fête de Pourim devient ainsi la célébration d’un miracle invisible. D’un miracle humain.

Les pervers peuvent toujours se cacher, s’enterrer,  D.ieu, lui, dévoile leurs coups tordus en pleine lumière. Suivez mon regard… ou plutôt écoutons ce que nous dit la Meguila.

Voyage éclair au Paradis, avec Cyrille Putman

Hier j’ai revu Cyrille Putman. On s’était perdus de vue il y a 20 ans. Inchangé. Comme toujours avec les amis la conversation a repris comme si on s’était vus la veille.

Il vient d’écrire un très bon livre tordant ! à lire immédiatement :

La sexualité selon la « Lettre sur la Sainteté » (Kabbale – XIII ème siècle)

La fiancée juive, Rembrandt

La Lettre sur la sainteté (Iggeret ha-Qodesh), un texte kabbalistique du XIIIᵉ siècle, écrit en Espagne entre 1290 et 1310, en 6 chapitres, sous la forme d’une épître adressée à un ami, traite des relations sexuelles et de la procréation.

Comment Dieu se dévoile en se voilant dans la Kabbale

En ce chabbat de la hiloula de Baba Salé (zatsal). Rabbi Israël Abehassera ou Abouhatsera (hébreu : ישראל אבוחצירא), plus connu sous le titre de Sidna Ribbi Baba Salé (hébreu : באבא סאלי, arabe : بابا صلى)

Baba Salé ne le 26 septembre 1889, Rissani, Maroc –
Date de décès : 8 janvier 1984 Netivot,  Israel

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Dans la Kabbale, Dieu ne crée pas en apparaissant, mais en se retirant. Il ne règne pas par la force de l’évidence, mais par la fragilité du caché. La création est le lieu d’un paradoxe vivant : Dieu est d’autant plus présent qu’il accepte de ne pas l’être pleinement.
Le processus de création est donc un drame sacré : Dieu s’exile de lui-même pour que l’homme puisse exister, aimer, réparer et, à son tour, révéler en respectant le voile. C’est dans cet entre-deux — ni présence écrasante, ni absence totale — que se joue l’aventure spirituelle de l’humanité.