L’expulsion des 39 derniers juifs de Catalogne


Port vendres
Le 3 septembre 1493, Charles VIII restitue le Roussillon et la Cerdagne à l’Espagne. Le 13 du même mois, les Rois Catholiques pénètrent dans Perpignan.

Le 21 septembre 1493 un second édit dexpulsion est proclamé. Il est écrit en catalan et signé seulement par Ferdinand. Il accorde trente jours à tous les Juifs pour partir de ses terres. Il n’en restait que fort peu.

Rassemblés dans la baie de Port-Vendres dans lattente du départ prévu pour le 21 octobre, mais épuisés, malades, et devant des éléments naturels déchaînés, ils obtiennent lautorisation dattendre quelque temps avant de sembarquer à Collioure en direction de Naples sur le “Santa Maria i sant Cristofor” de Pierre Soler. Mais pour ce faire, il leur faut payer “un nolis de deux ducats en or, par tête, en exceptant les enfants à la mamelle et ceux que les femmes grosses portent dans leur sein”.


Totalement ruinés, ils sont obligés de demander au procureur royal de pourvoir à leur alimentation pendant la traversée.

Entassés sur cette embarcation, ces trente-neuf exilés, ces trente-neuf derniers Juifs catalans qui ont refuse la conversion voient avec tristesse s’éloigner cette terre que leurs ancêtres avaient tant aimée, et malgré tous les ressentiments qu’ils auraient pu éprouver, malgré tout ce qu’ils avaient pu endurer, ils lemportèrent avec eux dans leur cœur. Et durant des années, des décennies et même des siècles, ils continuèrent à vivre, à parler, à chanter, et même à cuisiner comme leurs lointains ancêtres.

Madame Francesca Caruha, auteur de cette œuvre artistique en a défini elle-même la symbolique : “En projetant leur ombre de soleil sur le socle en forme de Méditerranée, ces trous gravent la place des âmes ancrées en pays catalan”.

Qu’il nous soit permis de lire une dernière fois leurs noms :
Gracia Menahem Mossé, sa fille et son gendre.
Abraham Fuentes et sa femme.
Jucef Hasday et sa famille.
Na Stelina et son fils.

Bendit et sa mère.
Nissim et sa famille.

Jucef Léo Salomon et ses enfants.
Salomon de Larat et ses enfants.

Na Petrossa.
Ysaac de Piera et sa famille.

Nathan Mossé et sa famille.
La Lolita et un enfant.

Jacob et sa femme.

Source : https://sites.google.com/site/lalettresepharade/home/la-revue-par-numero/numero-17/l-exil-des-derniers-juifs-catalans

Seli’hot : Pourquoi la vérité nous échappe


Ange du jugement

Marc Chagall, L’ange du jugement

Emet

Parmi les 13 attributs divins donnés à Moïse en Ex 34, 6-7 la Vérité (EMET) est au centre.

Attributs de D-ieu

Elle est entourée deux fois par le ‘hessed, la bonté, la générosité comme nous l’avons déjà noté. La vérité est donc entourée de 2 fois 6 attributs. l’exclamation Ad-onaï, Ad- onaï ouvrant le vayavor pour attirer l’attention de l’auditeur sur ce qui va être dit :

Emet

Le cœur du mot Emet = aleph, mem, tav, est la lettre mem, la 13ème de l’alphabet hébraïque. 13, la valeur de ehad (un) et de ahava (l’amour), comme si l’Un était au cœur de la vérité au centre des 13 attributs divins.

La valeur de mem est 40, le nb de jours de selihot avant kippour, de jours au désert avant d’entrer en terre promise, de jours de Moché au Sinaï, de séa d’eau dans un mikvé. Un chiffre qui symbolise la naissance et la vie.

Alef est la première lettre de l’alphabet hébraïque tandis que Tav est la dernière. La vérité semble donc au début et à la fin de la vie de l’homme. Et la foi au milieu.

La racine de Emet permet de construire les mots : Amen « cela est vrai » et emouna « la foi ». Celui qui croit n’adhère pas à une vérité mais à la volonté de la chercher…

EMET (vérité) est l’anagramme d’Elohim Mélékh Tamid.

Si ma lecture est juste il doit y avoir une sorte de parallélisme de construction des 13 attributs : la clémence de D-ieu s’opposerait à la rébellion de l’homme, la lenteur à la colère de D-ieu aux 1000 générations de l’homme, le péché de l’homme à D-ieu Lire la suite de « Seli’hot : Pourquoi la vérité nous échappe »

Que signifient les pains de Chabbat (‘hallot)


halla

בָּרוּךְ אַתָּה יְהוָֹ-ה אֱלהֵינוּ מֶלֶךְ הָעולָם. הַמּוצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ

Bénis sois-tu, Éternel, notre D-ieu, Souverain du monde, qui fais sortir le pain de la terre.

Les ‘hallot (deux pains du Chabbat) représentent les deux portions de manne que les Hébreux recevaient le vendredi pendant la traversée du désert (ils avaient une double portion le vendredi car ils ne pouvaient pas en ramasser le samedi en raison du Chabbat).

Nos Sages ont lu le texte du livre de l’Exode interdisant d’effectuer un travail à chabbat (sous peine de mort!) (Ex 31, 14-17), en l’éclairant par le passage qui le suit immédiatement.

Ce dernier commente la construction du Tabernacle (le michkane d’un verbe qui signifie « demeurer », ou « tente de la rencontre »- ohel moed) au désert, indiquant les différentes mélekhet mahachevet (œuvres conscientes) utiles à sa construction et au fonctionnement du culte qu’on y rendait. on consacre le pain car il présente cette oeuvre de la semaine, du temps profane.

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Seli’hot : 13 est l’autre nom de l’amour


« Le Saint, béni soit-il, voulut créer le monde selon l’attribut de rigueur [comme les lois implacables du cosmos], mais constatant que le monde ne pourrait subsister il ajouta l’attribut de miséricorde »
(TB Berakhot 31b)

Nos Sages ont enseigné que « le repentir est si grand qu’il atteint le Trône de gloire » (Yoma 86a)

Selihot

Dans les communautés séfarades, on récite les Seli’hot (« pardons ») pendant tout le mois d’Eloul qui va vers Roch Achana. Nous implorons la clémence divine pour nos fautes. « D-ieu te répondra au jour de la détresse » (Ps 20, 2).

Ce Vidouy – « Reconnaissance » est suivi de la récitation des treize attributs de la miséricorde divine contenus dans Exode 34, 6-7. Vayavor Adonaï al panaïv, vayqra…

ו וַיַּעֲבֹר יְהוָה עַל-פָּנָיו, וַיִּקְרָא, יְהוָה יְהוָה, אֵל רַחוּם וְחַנּוּן–אֶרֶךְ אַפַּיִם, וְרַב-חֶסֶד וֶאֱמֶת.

6 La Divinité passa devant lui et proclama: « ADONAÏ est l’Étre éternel, tout puissant, clément, miséricordieux, tardif à la colère, plein de bienveillance et d’équité;

ז נֹצֵר חֶסֶד לָאֲלָפִים, נֹשֵׂא עָוֺן וָפֶשַׁע וְחַטָּאָה; וְנַקֵּה, לֹא יְנַקֶּה–פֹּקֵד עֲוֺן אָבוֹת עַל-בָּנִים וְעַל-בְּנֵי בָנִים, עַל-שִׁלֵּשִׁים וְעַל-רִבֵּעִים.

7 il conserve sa faveur à la millième génération; il supporte le crime, la rébellion, la faute, mais il ne les absout point: il poursuit le méfait des pères sur les enfants, sur les petits-enfants, jusqu’à la troisième et à la quatrième descendance. »

ח וַיְמַהֵר, מֹשֶׁה; וַיִּקֹּד אַרְצָה, וַיִּשְׁתָּחוּ.

8 Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna;

13 attributs de D-ieu

Le mot « é’had » qui signifie « Un » a également la valeur numérique de 13.

Ce chiffre 13 est aussi la valeur numérique de ahava, l’amour, qui a une valeur numérique de 13.

La somme de l’amour et de l’Un, de ahava et de é’had, est 26, qui est la valeur numérique du Nom divin.

C’est pourquoi on répète 26 fois le Vaya’avor (2 x 13) à Kippour.

Quand nous faisons la somme de toutes nos (grandes!) qualité et aussi de nos petits défauts…. puis de nos bonnes actions et des moins bonnes… nous n’allons, hélas, pas bien loin… La proclamation de l’amour de D-ieu pour sa créature est in fine le seul appui qui reste à l’homme. qui implore la miséricorde : Rahem, « pitié ! »; Rahamim, « la miséricorde », un mot réhem qui désigne la matrice féminine, l’utérus, les entrailles de D-ieu qui a pitié de sa créature comme une femme de l’enfant de ses entrailles.

 » Rabah a dit au nom de Rab: «Le jour se compose de douze heures; Au cours des trois premières heures, le Saint, béni soit-il, s’occupe de la Torah, pendant les trois suivantes, il siège pour le jugement sur le monde entier, et quand il voit que le monde est si coupable qu’il mérite la destruction, il se déplace Lui-même du trône de la Justice au trône de la Miséricorde… » (TB Avoda Zara 3b)

 » Tout est entre les mains des cieux sauf la crainte des Cieux  » (TB Berakhot 33b)

« Quel D-ieu est semblable à toi, qui pardonnes l’iniquité, qui oublies les péchés du reste de ton héritage ? Il ne garde pas sa colère pour toujours, car il prend plaisir à la miséricorde (hessed). » (Mi 7, 18)

Yedid Nefesh, « Amant de l’âme »


Alta Rocca

Yedid Nefesh, « Amant de l’âme » est un poème liturgique que l’on chante à Chabbat. Il a été composé au XVIè siècle par Rabbi Elazar ben Moshe Azikri (1533 – 1600), auteur du Sefer haredim. Il exprime l’amour intense que l’on doit ressentir pour D-ieu.

Chacun des quatre versets a pour première lettre l’une des quatre lettres du Tétragramme, le Nom ineffable. ( YHWH )

Youd
« Bien-Aimé de l’âme, Père miséricordieux, incite Ton serviteur à réaliser Ton désir. Il accourra alors comme un cerf, pour se prosterner devant Ta grandeur !
Douce est pour lui Ton affection, plus suave que le miel le plus pur »


« Source rayonnante de ce monde, mon âme languit, dolente de Ton amour. Je T’implore, mon Dieu, guéris-la donc, en lui dévoilant la splendeur de Ton éclat !
Elle se ranimera et la santé elle recouvrera, pour Te servir à jamais »

Vav
« Ô Vénérable, que s’éveille Ton émoi, prends en pitié Ton fils qui Te chérit tant. Car au plus profond de lui, à contempler la magnificence de Ta puissance il aspire !
Je T’en prie, mon Dieu, désir de mon âme, ne tarde pas, ne Te dérobe pas »


« Révèle-Toi, Ami intime, sur moi déploie Ton pavillon de paix. Éveille la Terre à Ta gloire, et nous exulterons, ferons éclater notre joie !
Hâte-Toi, Bien-aimé, il me tarde de te rencontrer. Accorde-moi, je Te prie, Ta tendresse comme au temps passé »

יְדִיד נֶפֶשׁ, אָב הָרַחְמָן
מְשךְ עַבְדָךְ אֶל רְצונָךְ
יָרוּץ עַבְדָךְ כְמו אַיָל
יִשְתַחֲוֶה מוּל הֲדָרָךְ
כִי יֶעְרַב לו יְדִידוּתָךְ
מִנּפֶת צוּף וְכָל טָעַם

הָדוּר, נָאֶה, זִיו הָעולָם
נַפְשִי חולַת אַהֲבָתָךְ
אָנָא אֵל נָא, רְפָא נָא לָהּ
בְהַרְאות לָהּ נעַם זִיוָךְ
אָז תִתְחֵזֵק וְתִתְרַפֵא
וְהָיְתָה לָךְ שִפְחַת עולָם

וָתִיק, יֶהְמוּ רַחֲמֶיךָ
וְחוּס נָא עַל בֵן אוהֲבָךְ
כִי זֶה כַמֶה נִכְסף נִכְסַף
לִרְאות בְתִפְאֶרֶת עֻזָךְ
אָנָא אֵלִי, מַחְמָד לִבִי
חוּשָה נָא, וְאַל תִתְעַלָם

הִגָלֵה נָא וּפְרשׂ, חָבִיב
עָלַי אֶת סֻכַת שְלומֶךְ
תָאִיר אֶרֶץ מִכְבודָךְ
נָגִילָה וְנִשְׂמְחָה בָךְ
מַהֵר, אָהוּב, כִי בָא מועֵד
וְחָנֵנִי כִימֵי עולָם

Memoria ebraica di u nostru Paese


אֵלִי אַתָּה וְאוֹדֶךָּ אֱלֹהַי אֲרוֹמְמֶךָּ

Eli Atta veodeyka Eloaï arromemeyka

Sì u mio D-iu è ti ludaraghju;
Mio D-iu ! t’esaltaraghju.

« Tu es mon D-ieu, je te rends grâce, mon D-ieu ! je t’exalte. »

(Ps 118, 28)

Tradition orale d’un paesanu du Niolu :

« En Corse il y a des hommes, des femmes et les maccabi ».

Ce terme ne désigne pas les mazzeri ou les âmes mais des corses spéciaux.

En hébreu Makabim est l’acronyme de : Mi kamocha Ba’elim Adonai : « Qui est comme toi parmi les dieux Seigneur? ».

מִי כָמֹכָה בָּאֵלִם יְהוָה  מִי כָּמֹכָה נֶאְדָּר בַּקֹּדֶשׁ נוֹרָא תְהִלֹּת עֹשֵׂה פֶלֶא

Qui t’égale parmi les dieux, Éternel? Qui est, comme toi, paré de sainteté; inaccessible à la louange, fécond en merveilles? (Ex 15, 11)
Prière du matin

 

Storytellings au Moyen-Orient


Une tribune de mon ami Frank Tapiro

Quelques photos que j’avais faites en 2010 dans un no mans land à Hébron prés du tombeau des patriarches, Ramallah, le check point de Kalandia, les 4 x 4 de l’Europe qui abreuvent Ramallah comme une manne (j’en ai toute une collection photo), les toits d’Hébron… Je suis passé à peu prés partout dans le West Bank. Sauf Gaza bien sûr, le « pavillon témoin ».

En plein Festival de Cannes, nous assistons depuis quelques jours à l’un des plus incroyables scénarios jamais écrit de l’histoire de la politique moderne.

La crise de l’accord iranien se déroule comme un épisode de 24 heures chrono. Sans déterminer qui interprète Jack Bauer, chaque protagoniste y joue un rôle précis, parfaitement maitrisé en fonction de son positionnement pour le bon déroulement du conflit et de l’objectif à atteindre : la renégociation du traité.

Tout commence par une visite de Macron chez Trump. Lire la suite de « Storytellings au Moyen-Orient »