D’Athènes au Sinaï, histoire d’une conversion au judaisme.


Louis-Jean, Dominique de son nom de religion (catholique) pendant 20 ans, est devenu mercredi dernier Chmouel au Mikvé consistorial de Vitry où nous sommes passés de notre côté avec Rachel et Rivka il y a un an jour pour jour le lendemain.

Autant le chemin qui va du Mont Sinaï à Athènes ou Rome est un chemin fréquenté, autant le chemin qui remonte au Sinaï est un sentier relativement solitaire. Voici l’histoire d’une guyour (de guer, « étranger », ce qui sort de l’étranger, conversion au judaïsme).

Vééchiv lèv avot al banim, velèv banim al avotam
 » Et il fera retourner le cœur des pères vers les fils, et le cœur des fils vers leurs pères  »

(Malachie 3, 24)

Quelques lignes de son histoire que je n’ai apprise que récemment :

Louis-Jean a trouvé « Des noces éternelles, un moine à la synagogue » à la librairie du Temple à Paris il y a quelques années et il a mis des mots, sur ce qu’il vivait depuis. Il avait découvert par la généalogie, à l’âge de 14/15 ans ses racines juives lointaines côté paternel et avait connu un petit cousin de son père, polonais qui avait échappé à la mort grâce à son violon et avait vécu dans le ghetto de Varsovie. C’est ainsi que Louis-Jean est devenu musicien, organiste, violoniste. Il a étudié le solfège, le violoncelle, le chant et l’orgue au Conservatoire de sa ville natale.

Comme il me l’a dit : « Je fréquentais à l’époque assidument un libraire juif dont la librairie à malheureusement disparu. Il m’aurait vendu tout le contenu de sa librairie… Quand j’ai commencé à enseigner la musique, le directeur qui m’engageait m’a proposé de partir de la musique juive pour retracer l’histoire des musiques religieuses, pas de hasard, je me suis retrouvé à la bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle, depuis 16 ans maintenant j’enseigne toujours la musique juive qui a pris, petit à petit, de plus en plus de place… »

Voici ici ce qu’il dit du grand compositeur juif Gustav Mahler.

Je lui laisse la parole suite à son mikvé :

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Chers amies, amis,

Vous avez été nombreux à m’envoyer des messages de soutien, de sympathie, en suivant l’itinéraire de cette journée presque d’heure en heures… Ou tout simplement avoir pensé à ma démarche en ce jour… Soyez-en remerciés du fond du coeur. Je vous partage quelques impressions de ce moment unique. Mais les images se bousculent ! Mercredi après l’office du matin à la Synagogue de la Victoire, j’ai pris le chemin de Vitry-sur-Seine où j’avais rendez-vous avec le Beth Din pour le « mikvé », le bain rituel. J’ai vécu cela comme un voyage « initiatique », en solitaire, une sorte de traversée du désert mais pour arriver enfin en terre connue et promise. Ce moment tant attendu est à la fois le couronnement de cet itinéraire mais le début d’un nouveau chemin, d’une nouvelle vie. A mon arrivée au Centre communautaire une ambiance très conviviale régnait déjà, chargée de beaucoup d’émotion, rythmée de « Mazel tov », des familles remontaient du bain rituel avec leurs enfants, j’avais la réelle impression d’être dans une véritable « maternité », tout à fait inouï! Puis ce fut à mon tour de m’engager devant le Beth Din à respecter les mitsvoth de la Torah et de verser la goutte de sang de l’Alliance, la « Hatafat Dam Brit » qui authentifie la circoncision. Attendre encore… Puis mon nom a retenti une nouvelle fois, une douche, tenue d’« Adam arichone » et puis l’entrée dans la salle du mikvé, les trois immersions dans la position presque foetale pour être parfaitement immergé et les deux bénédictions d’usage toujours devant le Tribunal Rabbinique. Ce fut ensuite les larmes de la nouvelle naissance… Le mikvé ne serait-il pas à l’image du ventre maternel ? La porte de la vie, la pure rivière qui coulait dans ce Jardin du Paradis. On y entre sans rien, on y est vulnérable, abandonné mais pour renaître. Le mikvé, c’est tout d’un coup la Lumière. Le mikvé c’est l’unification de tout l’être, c’est aussi le signe du retour, de la « téchouva » vers notre Créateur. Un chemin pour retrouver notre état de perfection originelle ? En tout cas un moment unique comme celui de notre naissance ! Le Talmud nous l’affirme:

« Rabbi Yossi dit : Un juif converti est semblable à un enfant qui vient de naître » (TB Yebamote).

En s’habillant quelle joie de pouvoir revêtir pour la première fois le « tsitsit », les « franges » rituelles ainsi que quelques instants plus tard, dans la synagogue mettre les téfilines pour réciter le Chema et Minha.

Je vous partage le message que j’ai reçu d’une amie : « Un grand mazel tov et bienvenue parmi un peuple très vieux, un peu difficile à comprendre, qui a une histoire pas toujours drôle mais est cependant plein d’humour et d’auto-dérision, qui aime la discussion, qui pose toujours beaucoup de questions sur le monde et sur lui-même, qui peut être très généreux, très accueillant ou parfois pas du tout, qui est comme tout le monde et cependant pas tout à fait comme tout le monde, qui aime la vie plus que tout, bref, bienvenue parmi les Juifs ! »

Nous disons si justement cette bénédiction: « Béni soit D.ieu qui nous a fait vivre, exister et parvenir pour assister à cet instant ».

Très cordialement, Louis-Jean (Chmouël Ben Avraham)

Photo : La première montée à la Thora de Chmouel le lendemain.  (3ème en partant de la gauche)

Quaddich pour Chaoul Brami (zal)


« Rabbi Elazar a dit: Celui qui accomplit des actes de charité en secret est plus grand que Moïse, notre maître). » (TB Baba Batra 9 b)

Lors de notre Quiddouchine le 13 mai 2019

De la montagne enneigée où je suis, je dédie ces pages de guemara à Chaoul Brami Zal qui nous a quittés .

Un seul mot pourrait qualifier toute sa vie : tsedaka, la « charité », un mot qui signifie le don en hébreu mais aussi la justice. La tsedaka répare le monde, rétablit l’équilibre que les hommes ont cassé. Voici quelques pages du traité Baba Batra sur la tsedaka en l’honneur de l’âme de ce juste, on peut vraiment dire de lui « Tsedaka tatsil mimavet ». La tsédaka sauve de la mort. En lisant ces lignes sa présence est venue à moi.

Avec toute notre affection pour ses enfants Pierre Jean et François Yossef et sa famille.

אמר רב אסי לעולם אל ימנע אדם עצמו [מלתת] שלישית השקל בשנה שנאמר והעמדנו עלינו מצות לתת עלינו שלישית השקל בשנה לעבודת בית אלהינו ואמר רב אסי שקולה צדקה כנגד כל המצות שנאמר והעמדנו עלינו מצות וגו » מצוה אין כתיב כאן מצות

Rav Asi dit: Une personne ne devrait jamais s’empêcher de donner au moins un tiers d’un shekel par an à des œuvres caritatives, comme il est écrit: «Et nous avons aussi établi des mitsvot sur nous-mêmes, de nous charger chaque année du tiers d’un shekel. pour le service de la maison de notre Dieu » (Nh 10, 33) N. Et Rav Asi dit: La charité est équivalente à toutes les autres mitsvot ensembles, comme il est dit dans ce verset: «Nous avons également établi des mitsvot sur nous – mêmes » Il n’est pas écrit une mitsva, mais des mitsvot, au pluriel, ceci t »enseigne que cette mitsva est équivalente à toutes les autres mitsvot. (TB Baba Batra 9a)

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תניא היה רבי מאיר אומר יש לו לבעל הדין להשיבך ולומר לך אם אלהיכם אוהב עניים הוא מפני מה אינו מפרנסן אמור לו כדי שניצול אנו בהן מדינה של גיהנם וזו שאלה שאל טורנוסרופוס הרשע את ר »ע אם אלהיכם אוהב עניים הוא מפני מה אינו מפרנסם אמר לו י שניצול ו בהן מדינה של גיהנם

Il est enseigné dans une baraïta : Rabbi Meir disait : un adversaire peut plaider contre vous et vous dire : « si votre Dieu aime les pauvres, pour quelle raison ne les soutient-il pas lui- même? » Dans un tel cas, dites-lui : « Il nous commande d’agir en tant que ses lieutenanst pour soutenir les pauvres, afin qu’à travers eux nous soyons crédités de l’accomplissement des mitsvot et donc que nous soyons sauvés du jugement de Géhenne ». Et c’est la question que Turnus Rufus le méchant a posée à Rabbi Akiva [NDA : Turnus Rufus, général romain en 117 a fait torturer à mort Rabbi Akiba en l’écorchant avec des peignes de fer] : « Si votre Dieu aime les pauvres, pour quelle raison ne les soutient-il pas lui- même ? Rabbi Akiva lui dit : Il nous commande de soutenir les pauvres pour que nous leur donnions grâce à la charité que nous leur donnons le jugement de la géhenne. »

אמר לו [אדרבה] זו שמחייבתן לגיהנם אמשול לך משל למה הדבר דומה למלך בשר ודם שכעס על עבדו וחבשו בבית האסורין וצוה עליו שלא להאכילו ושלא להשקותו והלך אדם אחד והאכילו והשקהו כששמע המלך לא כועס עליו ואתם קרוין עבדים שנאמר ( ויקרא כה, נה ) כי י בני ישראל עבדים

Turnus Rufus a dit à Rabbi Akiva: « Au contraire, c’est cette charité qui vous condamne, vous, le peuple juif, à la Géhenne parce que vous donnez. Je vais illustrer cela avec une parabole. À quoi cette affaire est-elle comparable ? Elle est comparable à un roi de chair et de sang qui était fâché contre son esclave et l’a mis en prison et a ordonné qu’il ne soit pas nourri ni qu’on lui donne à boire. Et une personne est allée levoir et l’a nourri et lui a donné à boire. Si le roi avait entendu parler de cela, ne serait-il pas en colère contre cette personne ? Et vous, après tout, vous êtes appelés esclaves, comme il est dit : « Car les enfants d’Israël sont mes esclaves » (Lévitique 25:55 ). Si Dieu a décrété qu’une personne devrait être appauvrie, celui qui lui donne la charité défie la volonté de Dieu.

אמר לו ר »ע אמשול לך משל למה הדבר דומה למלך בשר ודם שכעס על בנו וחבשו בבית האסורין וצוה עליו שלא להאכילו ושלא להשקותו והלך אדם אחד והאכילו והשקהו כששמע המלך לא דורון משגר לו ואנן קרוין בנים דכתיב ( דברים יד, א ) בנים אתם לה ‘יכם

Rabbi Akiva a dit à Turnus Rufus : « Je vais t’illustrer cela avec une parabole différente . À quoi cette affaire est-elle comparable ? Elle est comparable à un roi de chair et de sang qui était en colère contre son fils et qui l’a mis en prison et a ordonné qu’il ne soit pas nourri ni que lui soit donné à boire. Et une personne est venue e voir et l’a nourri et lui a donné à boire.

Si le roi avait entendu parler de cela une fois sa colère retombée, ne réagirait- il pas en envoyant un cadeau à cette personne ? Et nous sommes appelés fils, comme il est écrit: «Vous êtes des fils de l’Éternel, ton Dieu» ( Dt 14, 1 ).

(TB Baba Batra 10a)

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ואמר רבי יצחק כל הנותן פרוטה לעני מתברך בשש ברכות והמפייסו בדברים מתברך בי »א ברכות הנותן פרוטה לעני מתברך בשש ברכות דכתיב הלא פרוש וגו ‘ועניים מרודים תביא בית וגו’ כי תראה ערום וגו »

Et le rabbi Yitzḥak dit: Quiconque donne un perouth à un pauvre reçoit six bénédictions, et celui qui le console avec des mots de réconfort et d’encouragement, reçoit onze bénédictions. La Guémara explique : Celui qui donne un peruth à un pauvre reçoit six bénédictions, comme il est écrit : «N’est-ce pas pour partager ton pain avec ceux qui ont faim, et pour amener les pauvres qui sont chassés chez toi? Quand tu le vois nu, couvres le » (Is 58,7). Et les versets suivants énumèrent six bénédictions: «Alors ta lumière éclatera comme l’aurore, et ta santé germera rapidement, et ta justice ira devant toi, la gloire de l’Éternel sera ton arrière-garde. Alors, tu appelleras, et le Seigneur répondra; tu crieras et il dira: Je suis là » (Is 58, 8-9).

(TB Baba Batra 9b)

Tizku l’mitzvot

600 juifs (120 familles) sont arrivés à Ile-Rousse en Corse en 1767 grâce à Pascal Paoli ! Et en voici la preuve


Le 26 juin 1760 Paoli écrit à Domenicu Rivarola, consul du Piémont, de prendre langue avec des « rabbins accrédités » et lui dit « si les juifs voulaient s’établir parmi nous, nous leurs accorderions la naturalisation et les privilèges pour se gouverner avec leurs propres lois, parlez–en à quelque rabbin accrédité ».

On trouve dans la correspondance de Paoli la mention d’un Juif nommé Modigliani parmi les premiers habitants de la cité d’Ile Rousse. Il y est arrivé en 1763 si l’on en croit une lettre à Salvini du 8 novembre 1763[1] . Modigliani demande à bénéficier des mêmes droits que les habitants nationaux selon la promesse de Paoli et Paoli a proposé l’installation d’une colonie juive sur le modèle de la ville franche de Livourne où les insurgés Corse ont passé pas mal de temps. Pascal Paoli faisait bien sûr cela pour concurrencer les génois.

On sait de mémoire orale en Corse que des noms d’île Rousse sont ceux de juifs.

Tous les historiens savaient déjà que Pascal Paoli avait passé un traité avec les rabbins de Livourne pour échanger le corail de corse taillé dans une manufacture à Livourne contre des armes. On sait tout cela par James Boswell un ami anglais de Paoli.
Mais on ignore les détails de cet accord passé avec le consul de Piémont à Livourne, Antonio Rivarola, fils de Domenico, ancien chef de la révolte corse, au service du Piémont au moment de la guerre de succession d’Autriche.

Cet échange de corail contre des armes réalisées par des Juifs de la péninsule italienne n’est pas nouvelle. Des canons juifs fabriqués dans le
Ghetto de Lerici  près de la Spezia (Ligurie) à une vingtaine de kilomètre de Massa (On se rappelle que Pietro Massa est le fondateur de Ventimiglia la Nuova-Porto Vecchio en 1569) sont arrivés en Corse dés la Renaissance
en 1507 et en 1508
.(voir ici )

Mais jusque-là on ignorait combien de personnes étaient arrivées à Ile-Rousse. Et d’où venaient-ils ? Un de mes fidèles lecteurs m’a mis sur la piste d’un document inconnu du samedi 17 octobre 1767 dans The London Chronicle. Pour la petite histoire le Roi Théodore est mort chez un juif à Londres et Pascal Paoli y a passé la moitié de sa vie au 77 South Audkley Street avant d’y mourir en 1807, à l’âge de 81 ans.

Voici ce que dit The London Chronicle ce samedi 17 octobre 1767 :

« Ils écrivent de Barcelone que plus de 120 familles juives avec leurs affaires, pour la plupart très riches ont embarqué tardivement sur des felouques française (bateaux à voile) et espagnoles pour l’île de Corse.

Par lettres de Livourne, on recommande aux juifs du Levant [NDA : sépharades du Bassin méditerranéen oriental : ottomans, balkans, syriens, libanais, israéliens, égyptiens] offrent en cadeau gratuit un million de florins au Général Pascal Paoli à conditions de circuler à cheval sur l’île, mais on ne sait pas si cette proposition a été acceptée »

Une lettre de New Providence mentionne que les Espagnols ont pris un port de cette île sur la côte et ont fait du commerce principalement à Puerto Pio, près de Carthagène (Murcie-Espagne), et le navire et la cargaison ont été condamnés »

120 familles de l’époque correspondent à une population de 5 personnes en moyenne, cela fait 600 personnes qui ont débarqué à l’Île Rousse. Que sont-elles devenues ?

On sait que le 4 juillet 1568 Gênes donna la Corse à la France et que le Traité de Versailles du 15 mai 1768 interdit « Que jamais la Corse ne puisse devenir souveraine et indépendante ni posséder aucune place ou un établissement maritime qui puisse porter préjudice à la navigation » (Graziani, ibid.) ; Les juifs (probablement espagnols) d’Ile Rousse (et les Corses !) sont-ils passé par pertes et profits de cette histoire ?


[1] source : Graziani, Pascal Paoli : Père de la patrie corse, Taillandier 2002

Pourquoi hait-on les juifs ?


Ce Chabbat aprés-midi

Voici une conférence que j’ai prononcée le 15 décembre dans un cercle privé, avec Tsvia Walden la fille de Shimon Pérès et Rafi Walden son mari qui était le médecin personnel de Pérès (photo) et passe son temps à soigner des palestiniens gratuitement avec l’association qu’il a créée. Selon mon analyse (inspirée de mon rav Haïm Harboun) l’antisémitisme est une haine de soi existentielle…  dont le juif est le symptôme. C’est ce qui vient d’arriver à Alain Finkielkraut.

L’antisémitisme a un peu plus de 3000 ans, c’est-à-dire l’âge du peuple juif, et il ne s’arrêtera pas. Pourquoi ? Parce que les antisémites de tous poils ne négocient pas avec Israël ou avec des juifs réels mais avec un juif imaginaire qui n’est que l’envers de la frustration de leur désir d’exister. L’antisémitisme est une histoire d’égo frustré, de conscience sociale ou religieuse humiliée.

Les antisémites de tous poils se contrefichent bien du sort des palestiniens, d’Israël ou des juifs du 93 sans le sou, de tous les juifs réels qui vivent des petites vies en essayant d’apporter leur pierre à l’édifice de la civilisation humaine par l’éducation de leurs enfants, l’étude et la prière… puisqu’ils utilisent le juif imaginaire pour combler leur déficit à être.

La haine des juifs est la réponse à l’angoisse existentielle humaine. Elle a déjà une longue histoire.

La judéophobie romaine

Pour l’Empire romain l’affaire est simple, les terres conquises doivent délivrer l’impôt et les esclaves indispensables à la survie de l’imperium (la force) dans une société bâtie sur l’énergie humaine. Les voies romaines sont faites pour cela.

Avec 8 à 10%  de la population juive à l’intérieur des limes (les frontières de l’empire) au tournant de notre ère les juifs représentent une spiritualité orientale assez ‘hype’ par rapport à la religion civique romaine au formalisme fonctionnarisé. Mais les romains sont surtout des animaux politiques. La religion juive sans dieux ni représentation vient heurter la religion civique qui fonde la cité.

Tite-Live au premier siècle constate déjà : « [Les Juifs] ne disent pas à quel dieu appartient le temple de Jérusalem et aucune image ne s’y trouve car ils ne pensent pas que la divinité ait une figure. » Bref… comment désirer ou aimer ce qu’on ne voit pas.

Mais les romains sont avant tout des bêtes politiques. Le petit territoire de Judée dans la banlieue de l’Empire sous dépendance de la Province de Syrie est le verrou vers l’empire Parthe, un empire menaçant à l’Est aussi grand que celui de Rome et qui va jusqu’en Inde.

En 70, Rome envoie donc Vespasien (devenu Empereur suite à cet exploit), puis son fils Titus pour mater la révolte et tuer 25% de la population de la Judée (500 000 morts) puis raser le Temple. Les juifs d’Alexandrie sont décimés en 115… etc… La seconde révolte juive est matée en 135 avec la même effusion de sang et Jérusalem rasée avec interdiction aux juifs d’y remettre les pieds.

Les reproches faits aux juifs aujourd’hui ne sont pas nouveaux. On les accuse alors d’être les « ennemis de l’humanité », Sénèque les trouve « malfaisant et dangereux » (sceleratissima), Juvenal les estime cupides et responsables de la décadence romaine.
Mais au 4ème siècle l’empire agonise… l’Empereur Constantin a alors une idée géniale : utiliser la mort d’un chef de guerre juif (machia’h en hébreu, messie) du 1er siècle : Jésus, pour revitaliser l’Empire. « A un grand empereur il fallait un grand Dieu » résume fort justement Paul Veyne. Une obscure secte juive apocalyptique monte sur le devant de la scène et l’Empire devient chrétien.

Qui a tué Jésus de Nazareth le nouveau Dieu et clé de voûte de l’Empire ? Les juifs bien sûrs ! Ceux qui empêchent l’Empire d’être enfin l’Empire : « Make Roma great again ! »

La prophétie d’auto accomplissement messianique dura quand même… un millénaire et demi… tout le monde est chrétien dans un monde massivement rural du 5ème siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale, propageant le repos du Chabbat pour l’homme libre, l’esclave ou l’âne… qui devient le dimanche au 4ème siècle, la fin de l’esclavage d’Egypte qui aboutit à la civilisation mécanisée du capitalisme médiéval, une culture qui protège les faibles contre la culture de la violence de l’Imperium…

Le moyen Age chrétien : les juifs (et les arabes) à la mer !

Les juifs, eux, paient le prix fort. Après les persécutions romaines et celles de l’empire devenu chrétien, ils sont régulièrement massacrés. A partir du Xème siècle on assiste à un pogrom tous les 20 ans. Il faut maintenir les juifs  en vie mais « avilis » (persécutés !) comme dit Augustin d’Hippone… pour manifester le « verus israël », le vrai Israël, l’Eglise qui en a confisqué les textes se proclame le Nouvel Israël, les juifs sont dés lors le « vetus Israël » le vieil Israël appelés à dégager la piste de l’histoire des vainqueurs. Le juif est donc « décide » et « perfide ». Un repoussoir qui permet de construire une identité bâtie sur la négation de ce qui l’a fondée ! L’antisémitisme théologique est né.

Des phénomènes comme l’Inquisition espagnole mêleront cet antisémitisme théologique au nationalisme paranoïaque pour reconstituer une identité chrétienne et nationaliste fictive (l’Espagne n’existe pas mais seulement des provinces séparées avant l’expulsion de 1492) basée sur la haine des juifs… et des maures, musulmans. Les juifs ? ils sont brulés ou leurs cadavres déterrés pour être jugés. 180 à 200 000 quittent la péninsule ibérique, une partie meurt en mer. Las, 50 ans plus tard l’Empire espagnol fait faillite. Malgré la conquête de l’or du nouveau monde Il ne s’en relèvera pas.

Mais il est clair que l’expulsion des maures puis des juifs fortifia l’identité d’une Nation peu sûre d’elle-même.

La contestation du pouvoir de l’Eglise en Occident ne bougera pas les frontières de l’antisémitisme chrétien . Car une fois débarrassé de l’Eglise l’antisémitisme ne s’éteint pas ; selon Voltaire les juifs « sont ennemis du genre humain. Nulle politesse, nulle science, nul art perfectionné dans aucun temps, chez cette nation atroce. ».

Fermez le ban.

Un ‘dar al islam’ judenrein

L’antisémitisme musulman est plus diffus dans un premier temps, même si dés le départ l’Islam se définit directement comme le sceau de la révélation (juive) et affirme que si les chrétiens sont des idolâtres, les juifs, eux, ont menti.

Cependant, la vie d’un Maimonide au 12ème siècle, placée sous le signe de l’exil permanent et de la persécution nous montre qu’il y avait moyen de rester juif dans un monde musulman même intégriste : Maimonide fuit à Fès la capitale marocaine de ‘l’islamisme’ almohade de l’époque, une ville où il va enseigner ! puis devient le médecin de Salah El Din à Fostat (Le Caire) un monarque éclairé.

Il ne faut pas oublier que pendant le premier millénaire plus de la moitié de la population juive mondiale vit en Babylonie ou naît le Talmud dans une certaine quiétude.

Le « Grand Turc » accueillera les expulsés séfarades de 1492 avec magnanimité. De même dans les pays du Maghreb. La vie dans les Mellah sera sous pression de la dhimmitude mais probablement moins violemment que dans les Shtetels de la Mittle Europa ou de Russie où les communautés sont affrontées à des pogroms meurtriers.

Cependant l’incapacité des pays d’Islam à se développer économiquement et l’échec identitaire musulman dans le nationalisme, puis le socialisme conduira à « la solution c’est l’Islam ». Puisque la modernité en fonctionne pas, direction l’Islam des origines… Et l’Islam humilié, sorti de l’histoire de la modernité finira par trouver la réponse à la frustration narcissique des égos grâce au ‘Nouvel antisémitisme’ qui se porte bien dans tout le monde musulman devenu Judenrein… et dans les banlieues d’Europe.

La réalité c’est que la plupart des commentateurs européens du conflit Israélo-Palestinien ne connaissent pas la situation sur place et n’ont pas mis les pieds de l’autre coté du mur de séparation qui définit le West bank depuis la seconde intifada (2000-2006). Le storytelling est donc utilisé contre la vie de juifs bien réels eux, à Toulouse ou à l’hyper casher de Vincennes.

Hébron, no mans land, 2012
Ramallah 2009

Qand on parle avec des gradés de l’armée (Tsahal) ou du Shin Beth (renseignement intérieur israéliens) ce sont tout sauf des extrémistes. Regardez ce reportage :

Dans les banlieue d’Europe, une connaissance sommaire de l’islam et encore plus du judaïsme par les oubliés de la globalisation, beaucoup d’insécurité, un avenir forme en voie de garage dans les banlieues de mégapoles et un peu de paranoïa ont été largement suffisants pour créer de bons antisémites qui en état de décompensation sont passé à l’acte, et qui de musulmans sont devenus de vrais assassins.

Là encore cet antisémitisme a appuyé sa fragile identité sur un ennemi imaginaire. Mais le Maghreb, la Turquie ou l’Iran, les banlieues françaises, nettoyés de leurs juifs vont-ils vraiment mieux ?

Les nationalismes européens

Les nationalismes identitaires frustrés du 19 ème siècle engendrent la dégradation de Dreyfus. Là encore l’ennemi est intérieur, antipatriote, il faut éliminer le bouc émissaire, le juif bien sûr, pour enfin exister « Make France great again ! ». Herzl se « convainc de la nécessité de résoudre la question juive » par la Nation juive. Israël est né en tant qu’Etat. Sion comme réponse à l’île du diable.

Le juif est à nouveau l’ennemi intérieur, celui qui empêche la grande Allemagne aryenne d’être enfin elle-même arrivée au sommet des races humaines. Les juifs doivent doit être éliminés pour libérer « l’espace vital » aryen. Ainsi naît la « solution finale de la question juive » : 6 millions de morts. Le bolchevisme honni (un messianisme néo-juif : la théologie de l’histoire d’Hegel revue et corrigée par une fiction économique) fait partie des ennemis de l’Allemagne nazie, avec le juif américain capitaliste buveur de whisky. Là encore, tous les ennemis, à l’est, à l’ouest et à l’intérieur sont juifs. Avec le succès qu’on sait d’un Reich qui devait durer 1000 ans.

Les juifs reçoivent-ils de la communauté de Nations un petit territoire grand comme la Belgique au milieu du Moyen Orient qu’ils n’ont jamais quitté depuis trois millénaires et espéré dans la prière trois fois par jour ? Les voilà en train de panser leur plaies après 6 millions de mort ?  Il transforment ce désert en jardin ? Il doivent le rendre, ils l’ont volé, forcément ! L’humanité sera enfin complète avec toute sa terre et les pays musulmans iront soudain mieux…

Réfléchissons juste une minute… qui a pillé le pétrole arabe, colonisé le Maghreb, l’Irak, la Syrie, l’Afrique, le Moyen Orient, l’Egypte pour du pétrole et son énergie … les juifs ?

Résonances modernes

Les prolétaires disparus, qu’à cela ne tienne ! le lumpen prolétariat des cités de banlieue essentialisé dans l’Islam ferait très bien l’affaire. L’extrême gauche leur trouva un remplaçant : le musulman. Le musulman serait le Juif du 21ème siècle. La globalisation capitaliste n’a pas de visage ? (chacun de nous y participe quand il achète son pull Primark à 6€ ou clique sur Facebook) ? Pas de problème ! Israël la représente.  Les juifs sont riches et ils tirent les ficelles du capital mondialisé et des médias ! C’est bien connu. L’antisionisme est né comme une nouvelle forme de haine des juifs.

Donc on adore la Shoah mais on disqualifie l’Etat juif. On vénère les juifs morts dans les camps en multipliant les films et on tue les juifs réels…. après les avoir chargés de tous les péchés du monde. Juif = Nazi !

Dès lors, Le palestinien, (c’est-à-dire le ‘réfugié’ le plus aidé du monde !) sorte de fiction où peuvent se projeter à bon compte les égos de tous les frustrés de la planète tombe à pic ! Un palestinien fictif bien sûr. J’ai pour ma part, essayé d’aider à Ramallah… et constaté que la gauche antisioniste n’était pas là pour monter des projets de développement économique ou sociaux. les seuls qui pourraient établir la paix dans le conflit.

Ceci dit, le conflit fut un peu gommé par les Printemps arabes (des émeutes de la faim en réalité liées à l’incapacité de ces Etats de prendre en charge leurs populations) et aussi car naquit alors en plein Moyen Orient un pseudo Etat islamique tuant les chrétiens, yézidis, kurdes et ‘musulmans modérés’ par milliers après avoir rétabli l’esclavage…. alors que la dictature d’a coté déclenchait une guerre qui fit 350 000 morts en 7 ans ! Des proportions qui n’ont absolument rien à voir avec le conflit israélo-palestinien !

L’Etat juif fait la taille de la Belgique dans l’immense monde musulman vidé de ses minorités chrétiennes, druzes, yézidies ou juives ? Peu importe il est « le dernier obstacle à la paix dans la région », l’épine dans le pied de la paix mondiale, un mantra répété en boucle sur les télés françaises pour calmer les frustrations de la banlieue et la haine de la France bine réelle, elle, des enfants de la décolonisation.

Ceci n’enlève évidement pas la responsabilité d’Israël pour construire la paix et si possible deux Etats libres (d’ailleurs on peut se demander pourquoi seul l’un d’eux devrait accueillir des juifs et des arabes!) … mais cela n’autorise pas l’utilisation d’un micro réalité régionale pour résoudre des conflits liés à la globalisation, l’immigration et à l’écho de la décolonisation en Europe.

Et bien sûr tout cela ne résolut rien pour les territoires perdus de la république ou 25% de la population est au chômage dont 50% de jeunes. Une situation bien sûr intenable. Et maintenant on fait quoi ?

Les chevaliers du Selfisme

L’insécurité culturelle engendrée par la globalisation (ou quand la moitié de la population a l’impression de ne pas avoir sa part du gâteau et que ses enfants en auront encore moins !), jointe aux migrations globales engendre une frustration économique, un sentiment d’abandon culturel, le sentiment surtout de ne pas faire partie d’un jeu qui tourne sans les oubliés.

Donc naissent dans tous les pays du monde en France, en Italie, au Brésil, eu UK, aux US mais aussi en Asie (on le sait moins) des nationalismes identitaires nostalgiques d’une souveraineté abandonnée et vécue comme un âge d’or. Le précariat (Guy Standing) , c’est à dire la jonction de populations durablement out et sans intérêt commun que la convergence de leur déclassement : le jeune bac + 10 à la caisse à la Fnac, la femme seule avec 3 enfants, l’immigré dont le seul nom interdit la réponse à son CV, les travailleurs pauvres qui ne peuvent pas vivre avec le Smic quand l’essence augmente… Et forcément il faut un coupable à tout cela, une symptôme de la frustration collective qui se fédère… pourquoi pas le Juif : Attali, Finkielkraut ou Rothschild ?

Les Gilets jaunes sont-ils antisémites ? Je ne le crois pas. Ils manifestent seulement l’exaspération des sans droits et sans avenir dont les élites globalisées qui parlent le globish des aéroports et des conseils d’administration se passent depuis bien longtemps, qui « ne sont rien » ou a plutôt a qui on dit « Vous n’êtes rien ». Mais nous les juifs nous savons que toute personne est un infini. et que celui qui détruit une vie (même symboliquement) détruit toute l’humanité. Que certains d’entre eux le soient ? ça ne fait aucun doute. Mais par pitié oubliez nous un peu… les juifs ne peuvent pas être entre l’enclume et le marteau des problèmes de la société française !

Une insécurité culturelle de gauche et de droite ! C’est l’histoire de la tuerie de la synagogue de Pittsburgh : comment le mâle blanc sur son canapé guetté par le ‘grand remplacement’ et frustré dans son identité locale par la globalisation et la migration mondiale allait-il survivre ? Notre homme se tourna immédiatement vers la 5ème colonne insidieuse qui favorisait la grande migration… le juif bien sûr ! cet éternel réducteur de l’ »espace vital » aspirant l’air et la richesse ambiante; le juif, cet oiseau migrateur apatride forcément promoteur de la grande migration mondiale. Comment rester là assis sur sa chaise alors que l’Apocalypse menace ? Et puisqu’il est si facile de tuer le juif d’à côté désarmé dans sa synagogue en train de nommer un bébé… résultat : 11 morts de 54 à 97 ans.

Quel rapport entre le suprématiste de la tuerie de Pittsburgh, l’islamo gauchiste qui voit dans le sionisme un nouveau nazisme, l’hyper nationaliste insécurisé par l’arabe, le turc, le paki, le mexicain au pied de son immeuble (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas un problème d’immigration et que le boundaryless soit la solution !)… ? Le juif bien-sûr qui arrive à point nommé comme un nouveau cataplasme sur une jambe de bois, la plaie de l’identité de gauche ou de droite menacée et une (nouvelle ?) obsession, l’écharde qui empêche d’avancer. Là où il y a conspiration il faut des gens dont la principale activité est de frustrer insidieusement le bonheur collectif ou l’identité nationale… qu’on a d’ailleurs bien souvent le plus grand mal à définir.

Le juif est le canari de la mine. après lui on exclura les noirs, les arabes, les homosexuels, les chauves, les pauvres, les riches, le barbus, les roux, les bègues… à nouveau le problème est celui d’une identité insécurisée. Suffit-il d’exclure pour se définir ? Et à la fin, qui resta ?

Il était inévitable que les réseaux sociaux et le selfisme, cette nouvelle religion ou chacun étale son bonheur (et frustre celui des autres !), s’affiche à côté d’une star qui va prolonger son ego vers des sommets inatteignables de manière réaliste à vue humaine ou des paysages et des monuments inaccessibles aux copines et aux copains au boulot… bref ce tout à l’ego de l’apothéose narcissique… ne deviennent la caisse de résonance des égos frustrés islamistes ou néo-nazi., des théories conspirationnistes de tous poils.  Là encore, le juif imaginaire devient le repoussoir de la frustration du désir d’exister qui habite toute vie humaine sur cette terre.

Les antisémites ne sont pas obsédés par les juifs ou la Révélation du Sinaï… ni même par l’Islam ! mais par eux-mêmes. Et le juif imaginaire menaçant l’apothéose de leur désir d’exister ou leur survie n’est jamais que le révélateur de la frustration insupportable de leur désir d’exister. L’antisémitisme n’est pas une obsession des juifs mais une obsession de l’idéal de soi. Il passe son temps a réclamer des comptes au juif comme si celui-ci lui volait la part manquante de son moi idéal. D’où le juif riche, pas partageur, (il a ce qui me manque), forcément antisocial et communautarisé (sans lui la paix serait possible et la société unie), etc…

La réponse juive: « Réparer le monde »

Comme juifs nous n’avons pas grand-chose à répondre à tout cela car l’antisémitisme ne constitue pas notre identité.

Nous avons développé la nôtre, voilà plus de 3 000 ans, un héritage que nous partageons avec les autres fils d’Abraham, le monothéisme.

Il s’agit une posture de toute l’existence qui consiste à considérer que nous sommes du côté du multiple, du relatif, de l’oublié, de la stérile, du cadet… et qui dit que l’absolu, du côté de l’Un, l’Eternel nous échappe. Nous représentons dans le monde (ce que les gens appellent le peuple « élu » mais qui en réalité se dit kadosh, c’est à dire particularisé) cette faille du désir humain car nous disons que pour exister en tant que désir humanisé celui-ci doit se référer à un autre du monde invisible et spirituel (de « souffle », ce qu’on ne voit pas) qui le fonde.

Cette stricte séparation anéantit toute volonté de diviniser le réel et d’abord notre égo, nos désirs, notre nationalité. L’idée est que notre identité se construit de manière ouverte sur l’Eternel et que ce monde, du coup, doit être pris très très au sérieux. D’où l’étude, les sciences, la médecine. Chez nous les enfants sont sacrés. Nos coutumes s’inscrivent dans des pratiques et des manières de penser multimillénaires que nous transmettons à nos enfants, accrochons à nos bras, sur notre front chaque matin, aux portes de nos maisons.

Notre Loi n’a rien d’agréable pour le désir individuel : « Ton désir est limité il finit ou commence celui d’autrui, D.ieu t’interdit de le tuer » ; « D.ieu te rend responsable de ce qui ne va pas autour de toi, tu dois aider celui qui a eu moins de chance que toi », « Tu dois changer ta vie (pas celle des autres!) essayer d’être meilleur » , « Ramasse l’âne de ton ennemi qui est tombé », « Aime l’étranger comme toi même, toi aussi tu as été étranger en terre d’Egypte »… etc…

Nous sommes là pour « réparer » le monde (tikkoun Olam) c’est à dire pour recoder le code quand il a été cassé, oublié, qu’il re-devient inhumain, brutal aux faibles, à l’étranger, à la veuve, à l’orphelin, à l’aveugle, au prisonnier, à la stérile, à celui qui n’a pas de manteau… nous disons ces bénédictions chaque matin.

Ceci a des conséquences relationnelles. Tout être humain en face de nous n’est pas un ennemi pour notre ego (ou sa prolongation par la force !) mais un frère, une sœur, un message du D-ieu vivant. Le désir de vivre, d’exister, de faire communauté ou Nation est donc toujours rapporté à une extériorité qui les dépassent. 

Il y a plus de 3000 ans que nous existons avec ce savoir improbable et nous avons survécu à tous les égos et à tous les Empires. Plus personne ne parle le grec, le latin, ou les langues des empires Parthes, perses ou sassanides… Nous sommes 0,19 % de la population mondiale mais nous avons apporté 25% des prix Nobel à l’humanité…

Mais il semble que notre manière de vivre et simplement d’être là est une gifle pour le narcissisme des Nations et des égos en quête d’apothéose dans des sociétés de la célébrité qui les frustrent en permanence à longueur de clics. Une sorte de mélange de fascination et de haine nous accompagne. Celle des egos frustrés de tous les damnés de la terre.

Nous sommes le Peuple juif  et nous serons toujours là, au service de l’humanité.

Le messianisme juif dans la pensée de Moïse Maïmonide


Le prophète Elie annonce l’arrivée du Messie, Haggadah de Venise, 1609

Contrairement au christianisme, la foi messianique n’est pas centrale dans le judaïsme. Voici quelques textes du maître andalou Moïse Maïmonide qui a longuement réfléchi à ce sujet.

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« Nous ne désirons pas et n’espérons pas les jours du Machia’h pour les nombreux avantages et la richesse, pas pour chevaucher des chevaux, pas pour boire du vin avec toutes sortes de chants, comme l’imaginent les esprits dérangés, mais les prophètes et les hommes pieux ont aspiré aux jours du Machia’h et leur désir ardent s’est développé en eux parce qu’il y aura un rassemblement de justes, une direction bonne et sage, la justice du roi et toute sa droiture, le débordement de sa sagesse et sa proximité de Dieu comme il est dit : ‘‘L’Eternel m’a dit :Tu es mon fils, c’est moi qui, aujourd’hui, t’ai engendré ! ’’ (Ps 2,7) et l’application de tous les commandements de la Torah de Moïse, notre maître, que la paix soit sur lui, du fait qu’il n’y aura plus de négligence, ni de paresse, ni de violence… »

(Maïmonide, Commentaires de la Michna, Introduction au Chapitre ‘Héleq)

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« Le Roi Machia’h se lèvera un jour pour rétablir la royauté de David en son état, comme lors de son institution, et il reconstruira le Sanctuaire, et il rassemblera les exilés d’Israël.

Tous les jugements seront rendus comme autrefois : on offrira des sacrifices, on observera les années sabbatiques et les jubilés, selon toutes les prescriptions établies par la Torah.

Quiconque n’y croit pas, et n’attend pas sa venue ce n’est pas les Prophètes ultérieurs qu’il conteste, mais la Torah elle-même et Moïse notre Maître, car la Torah elle-même témoigne sur lui, ainsi qu’il est écrit « et D.ieu ramènera ta résidence et te prendra en pitié, et il reviendra te rassembler (…), et même si ton exil est au bout du ciel (…) D.ieu te ramènera ». Ces paroles énoncées par la Torah contiennent en elles toutes les promesses dites par tous les Prophètes. »

(Maïmonide, Michné Torah, Lois des Rois, Chapitre 11, 1)

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« Qu’il ne te vienne pas à l’esprit que le Roi Machia’h devra opérer miracles et merveilles, changer quelque chose au monde ou ressusciter les morts, ou opérer des choses semblables. Il n’en est rien, et nous le voyons de Rabbi Akiba, qui était un grand Sage parmi les Sages de la Michnah, qui soutenait le Roi Ben Kouziba, et disait de lui qu’il était le Roi Machia’h, et croyait, lui et tous les Sages de sa génération qu’il était le Roi Machia’h, jusqu’à sa fin malheureuse. Puisqu’il fut tué, ils comprirent qu’il ne l’était pas. Jamais pourtant les Sages ne lui avaient demandé de signes ou de miracles. Le point fondamental est ainsi : cette Loi, ses dogmes et ses ordonnances sont valables à tout jamais, et on n’y ajoutera rien, on n’en retranchera rien. »

(Maïmonide, Michné Torah, Lois des Rois, Chapitre 11, 3)

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« Qu’il ne te vienne pas à l’esprit qu’à l’époque de Machia’h sera annulée quelque chose dans la marche du monde, ou que sera changée la nature de la création : le monde suivra son cours, et ce qui est dit par Isaïe « le loup habitera avec le mouton et la panthère paîtra avec l’agneau » (Is 11, 6) est une parabole et une allégorie, dont le sens est qu’Israël résidera en paix parmi les méchants du monde, comparés au loup et à la panthère, ainsi qu’il est dit « le loup des steppes les pillera, la panthère guette leur ville » (Jr 5, 6)

Alors tous retourneront à la Loi de Vérité et cesseront de voler et de détruire. Ils vivront paisiblement des choses permises, avec Israël, ainsi qu’il est dit « le lion comme le bétail mangera de l’herbe ». De même toutes les paroles de ce genre à propos de Machia’h sont des paraboles, et à l’époque de Machia’h tous connaîtront le sujet de ces paraboles et leur signification.

Nos Sages ont enseigné : « la seule différence entre notre époque et les temps messianiques est la fin de notre assujettissement aux peuples ». (TB Berakhot 34, 2)

Il apparaît à la lecture des paroles des Prophètes qu’au début de l’époque messianique aura lieu la guerre de Gog et de Magog6 et qu’avant cette guerre s’élèvera un Prophète pour remettre Israël dans le droit chemin et stimuler leur coeur, comme il est annoncé « voici je vous envoie Elie etc… ».(Malachie 3, 23 sv.)

Il ne viendra pas pour déclarer impur le pur, ni pur l’impur, ou invalider des personnes respectées, ou habiliter des personnes non acceptées, mais pour instaurer des rapports pacifiques dans le monde10, ainsi qu’il est dit « il ramènera le coeur des pères vers les fils etc… ».

Il y en a parmi les Sages qui pensent que c’est avant Machia’h que viendra Elie.

Et toutes ces choses, nul ne sait comment elles se dérouleront jusqu’à ce qu’elles aient lieu, car ces paroles des Prophètes sont énigmatiques. Les Sages eux-mêmes n’ont rien reçu par tradition à ce sujet, si ce n’est ce qu’en disent les textes, et c’est pourquoi ils sont partagés sur ces sujets. Dans tous les cas, la façon dont ces choses auront lieu en détail n’est pas un sujet fondamental de la foi. C’est pourquoi un homme ne devrait pas s’occuper des récits ni s’attarder sur les contes énoncés sur ces sujets, ni en faire un problème fondamental car ces préoccupations ne l’amènent pas à plus de crainte et plus d’amour de D.ieu De même on ne devrait pas chercher à connaître la date de la venue de Machia’h. Nos Sages ont dit « que se vide l’esprit de ceux qui calculent la fin des temps » (TB Sanhédrin 97, 2) . Mais il faut attendre et croire au principe de la venue de Machia’h, comme nous l’avons expliqué. »

(Maïmonide, Michné Torah, Lois des Rois, Chapitre 12, 1-3)

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« Il n’y a pas de temps pour la venue du Machia’h dont on puisse faire dépendre ses actions en disant de lui : il est proche ou il est éloigné. […] Et l’obligation résultant des commandements ne dépend pas de la venue du Machia’h. En revanche, nous devons nous occuper de la Torah et des commandements et nous efforcer de parfaire leur accomplissement. Après que nous aurons fait ce que nous devons faire, si Dieu nous accorde à nous, à nos enfants ou nos petits-enfants de voir le messie, cela sera encore mieux. Si non, nous ne perdrons rien, mais nous profiterons des actions que nous avons dû faire. »

(Maïmonide, Epitre aux juifs du Yémen)

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Et s’il s’élève un Roi de la lignée de David, érudit dans la Loi, adonné aux commandements comme David son aïeul, selon les préceptes de la Loi écrite et de la Loi orale, qui amène tout Israël à en suivre les chemins et à en fortifier les positions, et qui mène les guerres de D.ieu, on présume qu’il est le Machia’h.

S’il agit ainsi et réussit, et qu’il reconstruit le Sanctuaire à son emplacement et rassemble les exilés d’Israël, c’est le Machia’h  avec certitude. Il corrigera le monde entier pour servir D.ieu ensemble, ainsi qu’il est dit « alors je donnerai aux peuples un langage clair pour qu’ils invoquent tous le nom de l’Eternel et l’dorent d’un cœur unianime (e’had) »  (Sophonie 3,9).

(Maïmonide, Michné Torah, Lois des Rois, Chapitre 11, 4)

לִקְרֹא כֻלָּם בְּשֵׁם יְהוָה, לְעָבְדוֹ שְׁכֶם אֶחָד

Si je prends les ailes de l’aurore…


Ce matin, second jour de Hanouka, j’ai entendu un cri dans le ciel comme une basse-cour. Je me suis précipité en pensant  à des canards mais les volatiles étaient gros dans le ciel d’hiver. C’était des oies qui criaient comme si elles se disputaient en voyageant !

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Ces oies cendrées venues de Suède ou du Danemark font leur grande migration de plusieurs milliers de kilomètres vers le delta du Guadalquivir qui passe à Cordoue et Séville et pour certaines se dirigent vers l’Afrique du Nord…

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Guadalquivir – Séville

« Si je prends les ailes de l’aurore, pour m’établir aux confins des mers, Même là ta main me guide, et ta droite me saisit. Si je dis: « Qu’au moins les ténèbres m’enveloppent, que la lumière du jour se change en nuit pour moi! ». Même les ténèbres ne sont pas ténèbres pour toi, et la nuit comme le jour est lumière, l’obscurité comme la clarté. » (Téhilim 139, 9-12)

La cigogne se dit hassida en hébreu comme hassid « le fidèle », celui qui revient.

גַּם-חֲסִידָה בַשָּׁמַיִם, יָדְעָה מוֹעֲדֶיהָ, וְתֹר וסוס וְעָגוּר, שָׁמְרוּ

אֶת-עֵת בֹּאָנָה; וְעַמִּי לֹא יָדְעוּ, אֵת מִשְׁפַּט יְהוָה

« Même la cigogne (hassida) dans les cieux connaît ses rendez-vous (moadim, comme les fêtes); la tourterelle, l’hirondelle et la grue observent l’époque de leurs migrations, mais mon peuple ne connaît point le décret (michpat) de l’Eternel! » (Jr 8, 7)

« Même le passereau (tsipor) trouve une maison, l’hirondelle un nid où elle dépose ses petits. [Moi, je rêvais] de tes autels, Eternel-Cebaot, mon roi et mon Dieu. Heureux ceux qui habitent dans ta maison, et sans cesse récitent tes louanges! Sélah! Heureux l’homme qui met sa force en toi, dont le cœur connaît les vraies routes! En traversant la vallée des larmes, ils en font un pays de sources, qu’en outre une pluie précoce couvre de bénédictions.» (Téhilim 84, 4-7)

L’oiseau connait la lune et les étoiles et il sanctifie le temps et les moadim.

En l’entendant passer en grandes discussions quel cœur humain, même le plus dur, n’adresserait à D-ieu sa prière remplie de bénédictions ?

« Prodigieuses sont Tes œuvres (maassim*), toute mon âme le sait. » (Téhilim 139, 14)

נִפְלָאִים מַעֲשֶׂיךָ;    וְנַפְשִׁי, יֹדַעַת מְאֹד

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* comme maassé berechit / maassé merkaba, ou maasim tovim = les actes de bonté

Suite : « Celui qui rêve d’une oie peut espérer acquérir la sagesse » (Berakhot 57a)

GLASSES ARE FOREVER : mes lunettes sont éternelles…


Didier Long-lunettes

Un jour alors que je signais un de mes livres dans un salon en Normandie un monsieur vient me voir
« Vous vous intéressez à Jérusalem ?
– Euh, vous aussi ?
– Mon grand-oncle y a fait des fouilles pendant des années, et il a été moine bénédictin à la Pierre-Qui-Vire comme vous…
– Et vous êtes ?
– Paul Vicomte de La Panouse (le fondateur du parc de Thoiry).
– Et quel était le nom de votre grand-oncle ?
– Melchior de Vogüe. Ma mère était une de Vogüe… »
J’ai saisi mes lunettes (tréfilées doré de chez Morel) :
– Hé bien, aussi étrange que cela puisse paraître, je porte ses lunettes ! Car lorsque les vieux moines meurent au monastère, il arrive qu’on donne aux jeunes les lunettes de ceux qui sont partis… Et je porte celles de votre grand-oncle ! »
Melchior, marquis de Vogüe avait été banquier (administrateur du Crédit Lyonnais) puis était entré tardivement à la Pierre-Qui-Vire  »

Voilà pour mes lunettes, je le porte encore, depuis 30 ans. La générosité de D-ieu est éternelle.