CHABBAT ZAKHOR

Sortie de Chabbat Zakhor, le Chabbat du souvenir d’Amalek
Comme si le souvenir de l’ennemi nous rappelait celui de nos Justes.
שבעה
Sortie de la Chiv’ha Rabbi Raphaël Ohayon zal.
Que ton souvenir soit une bénédiction.
Trois jours pour te pleurer, quatre jours pour faire memoire de tes mérites en ce monde toi notre doyen, et ils étaient si nombreux qu’une bibliothèque ne pourrait les contenir..
Je ferme les yeux et vois ton sourire Rabbi Raphaël.
Aujourd’hui on a parlé de la menorah dans la lecture.
Ta vie nous élève dans la flamme (lux = lucie en lat.) et ton souvenir nous grandit Rabbi Raphaël. Zikhrono livrakha.
Notre affection à ta famille qui se lève.
D. console les endeuillés,
Refa, « guérir » et El, « D.ieu ». D. guérit.
Baroukh Achem mimekomo.
Nous sommes un seul chandelier (e’had).
Chavoua Tov,

Raphaël Ohayon, zatsal, nous a quittés

Baroukh Dayan Ahemet,

Ce chabbat, premier jour du mois d’Adar, le doyen de notre communauté, le rabbi Raphaël Ohayon, zatsal, est parti. Il était né il y a 90 ans à Marrakech en cette saison des oranges. Il se souvenait de l’odeur des orangers en ce mois et venait chaque année m’en parler. Ce mois d’Adar est celui de la récolte des oranges mais aussi de la joie.

« Lorsqu’entre Adar, nous augmentons dans la joie »

Talmud, Taanit, 29a

Il n’a cessé depuis que je suis arrivé dans notre communauté il y a dix ans de venir me soutenir de sa gentillesse et de son humour. Il faisait cela avec beaucouo d’entre nous. Il était le compagnon de chemin du Rav Harboun depuis Marrakech.

Merci de tout coeur Raphaël Ohayon, courage à Lucie, notre affection à vos enfants. Comme l’odeur des fleurs d’oranger notre frère est immortel.

Voilà le dernier mail et le poème acrostiche sur son nom qu’il m’a écrit le 05 janvier comme il nous en écrivait pleins :

 » Cher Rav Meïr היו

En pièces jointes, nos souhaits et nos bons vœux pour vous et pour tous les vôtres,que nous confirmons et validons et dont la signature suit page suivante.

Lucie, Rapha »

L’âme Corse, Malanni

La voix est rude comme la pierre de notre pays, elle est profonde et spirituelle car nous les corses nous vivons avec nos ancêtres dans l’ombre et toute réalité a une profondeur insoupçonnée. Les paroles et la voix sont tragiques. Ma grand mère avait ces intonations quand elle disait dans notre langue : « Ici le sang ne sèche jamais ». Hélas c’était vrai.

La guitare est celle d’un troubadour avec des accords ouverts comme en Flamenco car malgré le drame ce n’est jamais fini. Elle pleure mais elle est douce comme un homme pleure et tente de se raisonner. C’est l’âme désoccupée qui erre avec le vent. La mélancolie du traggulinu, le marchand ambulant qui errait dans nos campagnes et colportait le rêve à bon marché. L’âme corse est indestructible. Nous sommes la Nation de l’esprit. Les biens aimés de Celui qui a créé la Mare Nostrum. Nul n’est une île ? Nous sommes l’île ! Et nostalgiques nous avons vu dans tes paysages la beauté Korsica. Nous avons senti la menthe prés de la source et l’immortelle des hauteurs qui nous a guéri de tout. Korsika tu nous a blessés d’une blessure dont on ne revient pas. Sois fier fils de mon île. Relève la tête ma fille, ce monde n’est pas une fin et notre exil prendra fin. Forza mon frère, forza ma soeur le sang de la Nation Corse coule en toi, humiliée mais jamais vaincue car la Nation est en nous. Cette terre est le terminus de tous les malchanceux. Oui cette terre est tragique mais elle est la notre, fraternelle et partagée, celle des communi. Nous sommes le peuple que le destin a choisi pour révéler à toute humanité sa misère. Korsika tu es notre destin et loin de toi, oubliés de Sefarad, âmes perdues, nous sommes orphelins.

Disuccupatu, Chômeur se dit Chabbat en hébreu.

Disuccupatu sò pè la campagna
È mi ne vò pè I so chjassi solu
Fighjendune issi lochi di cuccagna
È aspettendu a notte in paisolu

Lire la suite de « L’âme Corse, Malanni »

Qu’est-ce qu’un homme politique ? Moïse

Moïse de Michel Angelo

De la politique

Comme disait Bernardo Provenzano le chef de Cosa Nostra : « Commander c’est mieux que baiser ! » ; Voilà un sage, il avait choisi !… Nos politiques modernes, eux, allient ces deux addictions avec parfois une autre  : la passion de l’argent. Le pouvoir, le sexe, l’argent voilà l’homme.

La politique selon la Bible n’est pas un culte du pouvoir mais une compassion pour son peuple. Une compassion illimitée pour les proches de son peuple.

On en est tellement loin dans tous les pays du monde : aux US avec l’invasion brutale du Capitole et en face la qualification du petit peuple de « panier des pitoyables » par Hillary Clinton; en France où la tyrannie et le culte par le pouvoir des préfets est en train de dominer la technostructure administrative qui était jusque-là un équilibre de pouvoirs subtils des différents corps…

La France où les ministres se pressent pour faire la Une des magazines comme des people alors que ministre, minister en latin, signifie plus simplement « serviteur »… qu’on se dit que ce message bien oublié de la Bible est proprement révolutionnaire.

Lire la suite de « Qu’est-ce qu’un homme politique ? Moïse »

DESOBEIR, Aristides de Sousa Mendes, le Juste de Bordeaux

Désobéir

Imaginez que vous ayez 55 ans, 14 enfants, vous êtes en fin d’une carrière sans faute. Une maitresse française qui vous a annoncé il y a 3 mois, en mars 1940, qu’elle est enceinte de vous. Imaginez que vous soyez un fonctionnaire inconnu, sans fait politique, en dehors de trafic de biens publics. Imaginez que vous soyez en poste au Ministère des affaires étrangères sous Salazar un dictateur impitoyable ; à Bordeaux plus précisément, dont le maire Adrien Marquet, un grand ami des nazis, sera nommé dans 8 jours, ministre d’État par le tout nouveau président du Conseil, le maréchal Pétain. Ses amis ? Laval, Doriot. Marquet sera bientôt responsable de la police de Vichy.  Que vaut votre vie ? après tout vous n’êtes qu’un petit consul du Portugal ! Les nazis justement : ils avancent et sont à 40 km d’ici.

Et en plus ce 16 juin 1940 c’est dimanche ! une raison de plus pour rester au lit…

Dans cette situation, est-ce que vous prendriez le risque de désobéir aux ordres et de sauver 30 000 personnes, dont beaucoup de juifs, au péril de votre vie ? est-ce que vous miseriez une seule seconde sur vos chances de réussir ? Seriez-vous prêt à finir votre vie dans la honte et la misère pour cette mission ?

C’est pourtant ce qu’a fait Aristides de Sousa Mendes, le Juste parmi les Nations de Bordeaux.

Lire la suite de « DESOBEIR, Aristides de Sousa Mendes, le Juste de Bordeaux »

Hanoucca : la guerre ne se fête pas

Hag Hanouka Sameah ! Belle fête de Hanoucca ! 8ème bougie

« Ne te réjouis pas quand ton ennemi tombe, ne danse pas de joie quand il perd l’équilibre » dit le livre des Proverbes (Pv 24, 17). Nous autres juifs n’avons pas le droit de célébrer une victoire militaire. La guerre ne se fête pas.

Les bougies de la fête de Hanouca célèbrent donc la fiole d’huile pure retrouvée dans les décombres du temple et qui brula huit jours, en mémoire de l’inauguration du premier Temple de Salomon qui  elle-même avait duré huit jours… et non pas la victoire guerrière de Judas Maccabée. On célèbre une victoire spirituelle donc. Ki Tissa, « quand tu partiras en guerre », « contre toi-même » ajoute Rachi.

Dans le judaïsme la guerre se mène donc contre soi-même et le vainqueur est l’Eternel.

Puisse ce qui est lumineux en nous dominer notre ombre en cette fête de Hanouka.

Je vous souhaite cela mes ami(e)s avec beaucoup, beaucoup de cœur. Meïr.

HANOUCA : Que la Lumière brille en vous !

LISEZ !

Soutenez votre libraire et votre cerveau… derniers remparts de la démocratie

S’asseoir en silence

En rangeant mes affaires vers une autre vie j’ai retrouvé les seuls objets que j’avais ramenés du monastère il y a 25 ans. Mon coussin de méditation en silence (zafou) et ma Bible.


Tout un monde de souvenirs est revenu en moi. Les semaines passées seul dans la forêt en ermitage. Le froid dans les cellules. La faim. Le chant de la forêt. 100 hommes en noir en silence absolu. L’obéissance sous une Règle de fer. Le lever à 2h du matin avec les psaumes en disant la première phrase de… la Amida : « Eternel ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange »

Mes frères aussi.

Frère Symphorien qui avait perdu son œil en défendant le bunker d’Hitler à Berlin, Division Charlemagne, après la campagne de Pomeranie, converti sur l’échafaud, il accueillait les sdf et autres routards.

Frère Jean Volot, patron de la résistance, devenu prêtre ouvrier et graisseur incognito sur un navire sous pavillon de complaisance, débarqué en 54, pôle nord avec Paul Émile Victor puis McMurdo en Terre Adélie. Un jour je les ai séparés.
J’ai croisé un jésuite torturé par Pinochet (« ils disaient que nous n’étions pas des hommes ») qui avait pardonné son bourreau rencontré dans la rue, nos frères en mission avaient été enterrés vifs ou tués à coup de baton par les Khmers de Pol pot formés à la Sorbonne, attachés avec des barbelés en Haïti.

J’ai vu frère Jean, 70 ans, perdre la foi pendant 15 ans et continuer de se lever pour les 7 prières de la journée. J’ai creusé les tombes dans le sol verglacé, essuyé les yeux de parents dont les deux enfants s’étaient suicidés, recueilli le souffle de Roberto un sdf, premier prix de piano à Tanger passé par LA (« Marche, ne t’arrête pas traverse la ville… sinon les gens du foyer de nuit vont te tuer »), homo, les années sida. J’ai vu des gens pleurer de joie en retrouvant l’Eternel. Le grand pardon. J’ai rencontré Tendzin Gyatso le Dalai Lama à Toulouse en 94. Appris à battre le tam tam en tronc de baobab  avec mes frères d’Afrique arrivés de la brousse équatoriale. Un envoûtement.

Il y a plein de manières de vivre, on ne peut pas juger, et nous ne sommes que des mendiants.

Quand je suis arrivé je faisais 50 kg. Ils m’ont donné de la dynamite et un marteau piqueur :  » Tu creuses une tranchée dans le granit de 1m× 2m de fond… sur 50m ». Je l’ai fait sous le soleil et l’hiver mes doigts ont éclaté à cause des engelures. Peu restaient.
Uniquement des hommes exceptionnels et extrêmes. Des combattants.


Aujourd’hui les gens vivent dans des cocons standardisés. Que peuvent-ils savoir de la réalité ? De D.ieu ? De l’humain ? De la fraternité ?

Ils sont comme ces oiseaux en cage qui tressaillent en voyant passer des oiseaux migrateurs à l’automne puis se rendorment.

Je vais recommencer à m’asseoir en silence.

Note sur les marranes d’Iran à partir de la généalogie des Mojdeh

Une dame m’a demandé de faire une recherche sur le patronyme de ses ancêtres iraniens.
Je suis remonté dans une histoire marrane étrange, à la recherche des Modjeh ou Mozhdeh qui ont fui aux Etats Unis et partout ailleurs dans le monde à la révolution iranienne.

MARRANES D’IRAN

Il y a eu en Iran un phénomène marrane. Ces marranes ont comme les séfarades (« Espagne » en hébreu) pris le nom d’anousim en hébreu (forcé, violé). « anousi » en persan. Leur persécution aux 17ème et 18 ème siècle est racontée par un poète juif Babaï Loutf de la ville de Kachan et par Babaï Farhad  (son petit fils ou arrière petit- fils) dans leurs chroniques poétiques. Celles-ci enveloppent la réalité historique dans un récit poétique parfois proche de la Meguilah d’Esther.

Un récit qu’il faut lire entre les lignes, comme toute littérature en temps de répression, un récit forcément partisan qui raconte les conversions successives des juifs de Perse à l’Islam sous les shah Abbas 1er qui régna de 1590 à 1629, et Abbas II qui régna de 1632 à 1666.

Car ce ne sont pas une mais des persécutions qui ont eu lieu en Perse aux 17ème et 18ème siècles où le statut précaire des juifs dans un monde musulman chiite, protégé par les mollas fut remis en cause par les vizirs et les fonctionnaires jaloux de leurs prérogatives, dans un monde musulman, qui les tolérait mais les utilisait.

La conversion des juifs ne fut pas là comme en Espagne un problème religieux principalement mais eut d’abord un mobile politique . La conversion de façade à l’Islam comme la raconte Maimonide dans son épitre au Yémen, un islam qu’il a probalement pratiqué à Fès sous le régimes des Almohades qui ne passaient pas pour des tendres… ne touchait pas profondément l’adhésion intellectuelle ou la foi juive.

Entre ces ‘conversions’ forcées juifs reviennent à la première occasion à leur foi ancestrale.


Ligature d’Isaac. Plat iranien du 18ème siècle. Collection DL.

(On remarque le soleil et le Lion en arrière-fond, symbole de l’Iran qu’on retrouve sur les drapeaux de l’Etat. comme si un keroubim s’était emparé du couteau d’Abraham, qui est glaive du drapeau perse, tout se passe au gan Eden dont il est bien connu qu’l est gardé par un kéroubim avec un glaive de feu, ces lions à tête d’homme qu’on trouve dans les temples babyloniens et perses)

Lire la suite de « Note sur les marranes d’Iran à partir de la généalogie des Mojdeh »