Remember Jean-Louis Rambaud

Il y a dix ans, le 1er janvier 2010, mon ami Jean-Louis Rambaud (Apax Partners) disparaissait dans une avalanche aux Arcs (Combe des Lanchettes) avec ses deux compagnons.

Ces quelques vers de Leonard Cohen (Avalanche) en souvenir. Toute notre affection à Isabelle et à ses enfants. La vrai mort c’est l’oubli. Que sa mémoire soit une bénédiction (ZAL) :

Well I stepped into an avalanche,

It covered up my soul;

When I am not this hunchback that you see,

I sleep beneath the golden hill.

You who wish to conquer pain,

You must learn, learn to serve me well.

Avalanche, Leonard Cohen

En mémoire de Jean Andréani : la machine de mort industrielle nazie au KL de Dora.

Jean Andréani

Les Corses n’ont pas à rougir de ce qu’ils ont fait pendant la seconde guerre mondiale.

Je tombe ce jour ces documents sur le neveu de ma grand-mère maternelle : Jean Andreani. Fils d’Angèle sa cousine germaine d’Aix en Provence, né à Bougie (Algérie).

Etudiant en droit en 1940. Il habitait le 2 cours Gambetta à Aix-en-Provence et était étudiant en droit et… serrurier.
Pris le 3 mai 43 pour sabotage anti-allemand, il n’a pas de casier judiciaire, aucune organisation politique. Il passe par Compiègne (un des principaux camps de transit)
et est livré à Buchenwald le 27 juin 43 où on le tatoue du numéro : 14 366.

Dora, une usine de mort fabriquant des armes de mort

Dora est une annexe de Buchenwald , où les nazis fabriquaient les fusées V2 à partir d’août 43. Les milliers de déportés du camp étaient loués par la SS aux entreprises allemandes chargées de réaliser les fusées. Sous les hurlements des kapos, ils vivent dans un enfer souterrain, creusant le sol dans une étouffante poussière minérale. Il y a tous les jours des morts, victimes des mauvais traitements, de la faim, du typhus, du froid ou, simplement, tués pour l’exemple.

L’un de ses compagnons d’infortune dit de Dora :  » Il fallait pouvoir se relever. Une gifle vous envoyait par terre et puis, c’était les coups; et, si on ne pouvait pas se relever, les claques redoublaient; on était battus à mort.  »

Là, pas de four crématoire. A Dora, on mourait d’épuisement au travail. D’avril à Août 1944, Himmler, farouche partisan de l’élimination par le travail forcé l’avait emporté sur les industriels allemands partisans d’un régime plus léger (il fallait produire le missile qui devait pulvériser Londres).

Jean Andréani y est soigné de la cinquième molaire le 2 février 44.

Las, il meurt de tuberculose pulmonaire (typhus?) le 22 juin 1944 à 4h 30. En juin 44 les bâtiments de construction de Dora sont installés hors du tunnel-usine. Jean Andreani est Commando extérieur à Dora. Il meurt probablement dans la construction de l’usine des V2. Sa mort est constatée le 27 juin 1944 .

Le 9 sept 1944 on propose de renvoyer ses affaires contre facture. Pas de date, pas de signature du responsable des envois.

L' »oubli » de Dora

Pourquoi le KL de Dora a-t-il été ‘oublié’ ? Parce que les américains ont exfiltré (opération paperclip) en découvrant les milliers de cadavres de Dora en avril 1945 ont interpellé plusieurs savants et techniciens dans un petit hôtel du Tyrol.

Parmi eux, Werner von Braun, éminent ingénieur et père du V-2, le maître d’oeuvre invisible d’une usine bien particulière.

Loin d’être inquiété et jugé comme criminel de guerre, ce  » négrier distingué « , selon le mot d’un historien, est discrètement emmené aux Etats-Unis avec l’une de ses fusées. S’ensuit une brillante carrière dans la recherche spatiale, de la mise au point du premier missile balistique américain au lancement du satellite Explorer et à l’entrée à la NASA en 1960. Von Braun mourra en scientifique célèbre et couvert d’honneurs.

D’autres savants de son équipe participeront, côté soviétique, aux travaux qui mèneront au Spoutnik.

L’Amicale des déportés se bat pour raviver les mémoires.

Nous ne devons pas oublier ce qui s’est passé.

Que vive ta mémoire de Jean Andreani (zal). Soldat (presque) inconnu du peuple Corse.

Pourquoi les vrais Justes (tsadikim) ne sont pas des célébrités ?

Au bal des célébrités « Faisons-nous un nom ! »

Notre époque est avide de produire des célébrités et les gens se mesurent comme les marques de lessive à leur taux de popularité. Peu importe que l’œuvre n’existe pas (les « socialite » comme Paris Hilton) ou que ces gens n’aient absolument rien fait pour aider leur prochain (la téléréalité et ses flatulences a remplacé le Téléthon qui au moins soignait des gens), pour élever le degrés de science de l’humanité ou… donner leur vie comme n’importe quel prix Nobel ou mère de famille.

Le : « Faisons-nous un nom durable » (Gn 12, 4) de la tour de Babel règne en maître et les idoles du PAF et autres youtubeuses fleurissent comme narcisses au printemps.

Cette version gréco-romaine des dieux du stade par lequel, grâce à ses exploits, le héros s’élève au-dessus des hommes pour se rapprocher des dieux est étrangère au judaïsme.

Au royaume de l’Esprit ne règnent en réalité que des inconnus.

La Torah : misère des héros fatigués

Les deux premiers millénaires règne un chaos indescriptibe : Adam est déchu, le doux Abel est assassiné, après 10 générations d’idolatrie Noé apparait, c’est un tsadik mais « dans sa génération »… celle du déluge, un tsadik en pantoufles qui serait passé inaperçu 10 générations plus tard dans celle d’Abraham nous dit Rachi.

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Le ‘Rabbinou’ de Chirac

Quelques pages de mon Livre Des Noces éternelles, un moine à la synagogue paru il y a quelques années. Que la mémoire de cette homme qui a tant fait pour les Juifs soit une bénédiction.

Je débarquais un jour de février 2012, avec mon chapeau ! chez le Grand Rabbin Haïm Korsia en plein Shabbat, il n’était pas encore Grand Rabbin de France. En effet, un de mes amis artiste peintre, Olivier qui habitait Reims m’avait proposé de rencontrer l’ancien rabbin de la ville avec qui il avait sympathisé, le rabbin Korsia qui avait été le collaborateur le plus proche de Joseph Sitruk, Grand Rabbin de France. Il nous accueillit un jour de Shabbat dans son petit appartement des boulevards maréchaux.

Un énorme bouquet de fleur apparut dans l’entrebâillement de la porte. Marie-Pierre s’exclama :

« Oh le beau bouquet !

Chirac apparut hilare derrière les fleurs. Il chantonnait :

– C’est Shabbat, c’est Shabbat ! et déclara affectueusement

– Comment va mon rabbinou ?

L’ancien président même s’il avait perdu certains de ses moyens restait alerte.

– Très bien ! asseyez-vous Monsieur le président.

Chirac salua un des fils de Haïm dont il était le parrain et s’écroula dans le canapé en skaï dans ce salon de 15 mètres carré où une bibliothèque peinait à supporter tous les talmuds estampés de lettres d’or sur leur dos. Nous étions trois hommes sur deux canapés, face à face, les femmes entamaient une discussion passionnée de leur côté.

Je n’avais jamais vu Chirac, il avait exactement les mêmes mimiques qu’aux Guignols de l’info. Il me désigna en parlant à Haïm :

– Lui aussi il est juif !

– On peut le dire comme ça si vous voulez (je ne l’étais pas alors)… répondit Haïm

– Bon, où sont mes bières ?

Stéphanie, l’épouse du Grand Rabbin Korsia, précédait tous ses désirs, elle lui glissa une première bouteille de Corona.

– Ah parfait… Alors c’est Shabbat ? (Comme s’il ne le savait pas !)

Au loin les femmes riaient et parlaient fort.Ah mais c’est un monde ! Elles ne savent pas se taire !

– On ne se tait pas à Shabbat ? demanda Chirac.

– Non on invite plutôt ses amis, répondit Haïm.

– Ah bon ? Alors, taisez-vous mesdames ! Il y a une autre bouteille ?

La bouteille arriva comme par enchantement sur le rebord du canapé.… et… une petite Pizza, peut-être ?

– Oui mais froide, c’est… Shabbat.

–  Ça ira mon rabbinou.

Le vieux président semblait savourer sa bière quand il se réveilla subitement :

– Mais ça pue ! Haïm, tu ne peux pas remettre tes chaussures, non ?

Marie-Pierre parla avec Chirac qui se souvenait très bien de son père député des Yvelines et maintenant décédé, ami de rugby et du Conseil Général de Franck Borotra (Il siégeait à coté de Christine Boutin !). Une lueur s’alluma sur le visage du vieil homme qui avait dirigé la France et demandé pardon pour le Vel d’Hiv : « Ah oui, je me souviens… ». Marie-Pierre s’en souvenait, elle aussi. Elle avait couvert l’évènement. Yvan Levaï l’avait désignée pour cela alors qu’elle était journaliste à France Inter. Elle avait toujours vu dans cette tâche mémorielle une sorte de signe. 

Elkabbach qui avait embauché Marie-Pierre à France 2… Un jour, alors que nous croisions Elkabbach avec Nicole Avril son épouse (dans un restaurant à huitre à Montparnasse !), il m’avait dit : « C’est un peu grâce à moi qu’elle est venu vous voir dans votre monastère ! ». Je lui « devais » ma femme ! Lui, le juif laïc d’Algérie comme Haïm Korsia. Laïc comme Marie-Pierre. Les juifs de la république.

Le vieux président qui avait perdu sa mémoire courte avec l’âge, se souvenait du Vel d’Hiv’, et les juifs, eux, ne l’oublieront jamais. Même si Dieu oubliait, le peuple juif, lui, n’oublie pas.

De quoi MOIX est-il le nom ?

MOIX est un nom judéo-espagnol catalan. MOIX c’est Moisès, Moïse, en judéo Catalan … à mon avis ça explique beaucoup de toute cette histoire d’ambivalence : haine et admiration du judaïsme à la fois.

« Aliyah », de Salvator Dali au Musée de Figueras, Catalogne espagnole

Au musée Salavator Dali de Figueras en Catalogne espagnole au 4ème étage on trouve l’oeuvre « Aliyah » de Dali. Commande datée de 1968 elle commémore les vingt ans de la proclamation de l’État d’Israël.
Pour illustrer les différentes significations du mot hébreu aliyah, littéralement « migration vers la terre d’Israël », l’artiste s’inspire à la fois de la Torah et de l’histoire contemporaine.

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« Nous autres réfugiés » – Hanna Arendt

L’article « Nous autres réfugiés » de Hanna Arendt écrit et publié dans The Menorah Journal, en janvier 1943, aux Etats-Unis dans la langue de sa patrie d’adoption, alors qu’elle a fui l’Allemagne, vient d’être opportunément publié en Français par les éditions Allia. J’invite à lire ces lignes visionnaires.

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Psaume 121, « Je lève les yeux vers les montagnes »

א  שִׁיר, לַמַּעֲלוֹת:
אֶשָּׂא עֵינַי, אֶל-הֶהָרִים–    מֵאַיִן, יָבֹא עֶזְרִי.
1 Cantique des degrés. Je lève les yeux vers les montagnes, pour voir d’où me viendra le secours.
ב  עֶזְרִי, מֵעִם יְהוָה–    עֹשֵׂה, שָׁמַיִם וָאָרֶץ.2 Mon secours vient de l’Eternel, qui a fait le ciel et la terre.
ג  אַל-יִתֵּן לַמּוֹט רַגְלֶךָ;    אַל-יָנוּם, שֹׁמְרֶךָ.3 Il ne permettra pas que ton pied chancelle, celui qui te garde ne s’endormira pas.
ד  הִנֵּה לֹא-יָנוּם, וְלֹא יִישָׁן–    שׁוֹמֵר, יִשְׂרָאֵל.4 Non certes, il ne s’endort ni ne sommeille, celui qui est le gardien d’Israël.
ה  יְהוָה שֹׁמְרֶךָ;    יְהוָה צִלְּךָ, עַל-יַד יְמִינֶךָ.5 C’est l’Eternel qui te garde, l’Eternel qui est à ta droite comme ton ombre tutélaire.
ו  יוֹמָם, הַשֶּׁמֶשׁ לֹא-יַכֶּכָּה;    וְיָרֵחַ בַּלָּיְלָה.6 De jour le soleil ne t’atteindra pas, ni la lune pendant la nuit.
ז  יְהוָה, יִשְׁמָרְךָ מִכָּל-רָע:    יִשְׁמֹר, אֶת-נַפְשֶׁךָ.7 Que l’Eternel te préserve de tout mal, qu’il protège ta vie!
ח  יְהוָה, יִשְׁמָר-צֵאתְךָ וּבוֹאֶךָ–    מֵעַתָּה, וְעַד-עוֹלָם.8 Que le Seigneur protège tes allées et venues, désormais et durant l’éternité!

D’où vient l’étoile de David (maguen David) ?

Post en l’honneur de l’anniversaire du Rav Haim Harboun.

« Je suis un narcisse de Saron , Un lys des vallées » (chochanat ha-‘amaqim) » (Ct 2, 1)

Salomon rendit un vibrant hommage au lys dans son Cantique des Cantiques.

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Pyoutim : Yom Chabbaton יוֹם שַבָּתוֹן « Notre âme est sans répit qu’elle ne repose en toi »

Yom Chabbaton chané par le Grand Rabbin Haïm Harboun

Le chant de chabbat, Yom Chabbatton de Yéhuda Halévy, rabbin, philosophe, médecin et poète séfarade, né à Tudèle dans l’émirat de Saragosse vers 1075 et mort au Caire en 1141, surnommé le Chantre de Sion, il a écrit huit cent poèmes, dont les Odes à Sion et aussi le Kouzari , est structuré par l’acrostiche  » Yéhoudah ».
La chanson contient cinq strophes de quatre lignes de huit syllabes chacune, pour un total de vingt lignes, chaque strophe commençant par une autre lettre du prénom du poète, Yehudah: 
yud , hey , vav , daled , hey .
Le refrain : « La colombe a trouvé le repos, En toi, les travailleurs cessent leur quête fatiguée. » est bien sûr inspiré :
– par le psaume 84, 4 :
 » Même la colombe a trouvé une maison, l’hirondelle, un nid pour abriter sa couvée : tes autels, Eternel Cébaot , mon Roi et mon Dieu ! . « 
– et dans sa seconde partie est une citation de Job 3, 17 :  וְשָׁם יָנוּחוּ, יְגִיעֵי כֹחַ. « là; se reposent ceux dont les forces sont à bout »
Mais on peut encore plus probablement voir cette colombe comme se référant à la colombe de Noé envoyée de l’arche pour vérifier si l’inondation du déluge était terminée (Gn 8, 12). Car le chœur dit en refrain : « Yona matza vo ma-no-ach », La colombe (yona en hébreu) ​​a trouvé le repos (ma-no-ach).
Ainsi Yéhuouda Halevy établit un lien entre la colombe de Noé et le jour du Chabbat que la tradition n’opère pas à ma connaissance. Un lien opéré par un glissement sémantique entre noach « noé » et Ménoah « le repos » à la fin du poème. Les eaux du repos (du chabbat) s’opposant aux eaux du déluge.
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