Lekh Lekha (va pour toi!) et l’émergence de la femme comme sujet


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Marc Chagall: Abraham pleurant Sarah.1931

Abraham et le monothéisme

Pour la tradition juive Abraham est la figure du croyant monothéiste, de celui qui confronté à de multiples épreuves n’abandonnera pas le monothéisme. Dieu demande à Abraham des renoncements de plus en plus importants : son pays, son village de naissance, son père : « Quitte ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle » (Gn 12, 1). Enfin son fils Isaac.

Sa démarche nous l’oppose à Nimrod constructeur de la tour de Babel mais aussi à son père idolâtre :

Le Midrach enseigne :

 » Nimrod, dit à Abraham : es-tu bien Abraham fils de Tèrah ?
– Sais-tu que je suis l’auteur de toutes les œuvres, du soleil, de la lune, des étoiles et des astres ? Les hommes sont issus de moi. Pourquoi as-tu détruit mon idole ?
À ce moment, le Saint béni soit-Il inspire Abraham qui répond :
– Que votre Grandeur me permette de répondre
– Parle !
– Depuis la création du monde, le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest. Ordonnez donc au soleil de se lever demain à l’ouest et se coucher à l’est. J’attesterai alors que vous êtes le maître du monde. De plus, si vous êtes l’auteur des êtres humains, vous devez connaître avec certitude toutes leurs pensées intimes. Dites-moi donc maintenant ma pensée et mes projets immédiats.

Nimrod, perdu dans ses pensées, caresse sa barbe. Abraham s’adresse à lui :- Ne soyez point surpris. Vous n’êtes nullement le maître du monde, mais plutôt le fils de Kouche. Et si vous étiez le maître du monde, pourquoi n’avez-vous pas sauvé de la mort votre père ? Mais, comme vous ne l’aviez point sauvé, ainsi serez-vous incapable d’échapper vous-même à la mort.

Aussitôt, Nimrod convoque Tèrah et dit :

– Quel traitement réserver à ton fils qui détruisit mes idoles ? Son châtiment serait de le brûler vif !

Mais Nimrod dit à Abraham :

– Prosterne-toi devant le feu et tu auras la vie sauve.
– Je me prosternerai plutôt devant l’eau qui éteint le feu
– Alors prosterne-toi devant l’eau !
– Si c’est ainsi, mieux vaut s’incliner devant les nuages qui supportent l’eau.
– Incline-toi devant les nuages !
– Alors mieux vaut s’incliner devant le vent qui disperse les nuages.
– Très bien, incline-toi devant le vent !
– N’est-il pas mieux de s’incliner devant Dieu qui maîtrise le vent ?
– Alors Nimrod, [s’emportant], dit : assez parler ! Je ne me prosterne, quant à moi, que devant le feu. Je t’y jetterai et que vienne ton Dieu te délivrer.
Aussitôt, on le fit sortir pour le jeter dans une fournaise ardente. Ligoté, enchaîné, placé sur une pierre, il fut entouré de toutes parts de bois ayant cinq coudées de longueur et cinq de hauteur qu’on eut bien soin de flamber.

À ce moment, tous les voisins et les concitoyens vinrent conspuer Tèrah, le frappant sur la tête : – honte ! humiliation ! Le fils que tu disais appelé à hériter ce monde et le monde à venir est en train de brûler vif par les soins de Nimrod !

Mais le Saint béni soit-Il, plein de clémence, descend et le sauve ! »

Abraham n’est pas une personne miraculeusement épargnée de l’idolâtrie dès avant sa naissance, Abraham c’est un homme qui s’arrache en conscience à un milieu baignant dans des croyances idolâtres. Abraham c’est celui qui est revenu de toutes les idolâtries :

Le Midrach s’étonne de ce prodige :

« Rabbi Chimône Ben Yohaï dit : Abraham, notre père, ne reçut d’enseignement ni de son père ni de son maître. Comment a-t-il appris la Tora ? Le Saint béni soit-Il lui a donné des reins aussi grands que des vases débordant de sagesse qui lui enseignaient la Tora et la connaissance durant toute la nuit. Rabbi Léwi dit : il apprit par lui-même la Tora. »

Et souligne l’aspect volontaire de la démarche d’Abraham qui s’oppose à tout son environnement culturel et religieux dans une Babylonie où le culte des astres était une évidence sans discussion :

« Abraham avait trois ans lorsqu’il sortit de la caverne [où l’avait caché son père pour le soustraire à la colère de Nimrod]. S’interrogeant sur le créateur du ciel, de la terre et de lui-même, il passe toute la journée, à adresser ses prières au soleil. Le soir, le soleil se couche à l’occident et la lune se lève à l’orient. Voyant la lune entourée d’étoiles, il se dit : voilà le créateur du ciel, de la terre et de moi-même ; ces étoiles sont ses ministres et ses serviteurs. Toute la nuit, il adresse donc ses prières à la lune. Au matin, la lune disparaît à l’ouest et le soleil se lève à l’est. Il dit : ces deux [astres] sont dépourvus de puissance. Un souverain est au-dessus d’eux, à Lui j’adresserai mes prières et devant Lui je m’inclinerai ! » (Midrach Rabbah sur Gn)

Le lekh lekha : « va pour toi », est une injonction : « pense par toi-même ! ». Cette libre pensée va de pair avec l’émergence de la nomination féminine, c’est-à-dire l’émergence de la femme comme sujet.

Et curieusement la sortie de l’idolâtrie, c’est à dire une manière de se référer au monde, à autrui et à dieu comme un moyen et non comme une fin en soi est liée à l’émergence de la femme comme sujet. Le vrai sujet de la paracha n’est pas Abraham mais Sarah.

De la nomination des femmes et de l’émergence de la femme comme sujet.

« Abram prit Saraï son épouse » (Gn 12, 5)

J’ai reçu un enseignement intéressant d’Ezriel Nathan, rabbin.

Celui-ci remarque que lors de la génération d’Adam le père du genre humain, la femme est nommée icha, d’un nom tiré de celui de l’homme, ich. « Et l’homme dit: « Celle-ci, pour le coup, est un membre extrait de mes membres et une chair de ma chair; celle-ci sera nommée Icha, parce qu’elle a été prise de Ich. » » (Gn 2, 23). Rachi en conclut que « nous apprenons d’ici que le monde a été créé avec la langue sainte, [étant donné que seule la langue hébraïque relie les mots « homme » et « femme » à une racine commune] (Beréchith rabba 18, 4).

De même dans le second récit de création c’est encore l’homme qui nomme la femme non pour elle-même mais comme une fonction de reproduction qui teinte son nom : « L’homme donna pour nom à sa compagne « Ève » [du verbe ‘haya, « vivre » : qui donne la vie à ses enfants] parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. » (Gn 3, 20)

Pendant les dix générations suivantes qui vont jusqu’à Noé alors que la violence grandit sur terre, les femmes seront « des femmes de » mais sans jamais être nommées. Seules les descendantes de Caïn, Ada et Cilla, femmes de Lamec, sont nommées par la Torah (Gn 4, 19) mais dans une pure définition objectale et fonctionnelle : l’une assumant le rôle de fille à plaisir et l’autre la fonction de mère comme le présente Rachi qui condamne ces mœurs :

« Telles étaient les mœurs de la génération du déluge : l’une pour donner des enfants, et l’autre pour le plaisir. On faisait absorber à la seconde une potion destinée à la rendre stérile, on la parait comme une jeune épousée et on la nourrissait de mets succulents. Quant à la première, elle était humiliée et endeuillée comme une veuve. »

Lors de la génération de Noé, père de l’humanité après le déluge, la femme de Noé n’est pas nommée elle est seulement eéchet Noah, de même que « les trois épouses de ses fils », Sem, Ham et Yaphet. (Gn 7, 13).

On le remarque, jusque-là, le féminin n’émerge que comme fonction du masculin. Le monothéisme d’Abraham, le refus du mensonge idolâtrique signe l’émergence de la femme comme sujet et non plus comme objet à disposition de l’homme.

Car il va falloir attendre Abraham, après vingt génération depuis Adam, Abraham, le père de tous les peuples (av‘haam), pour qu’une femme soit nommée pour elle-même, de manière unique et sans « fonction ». C’est Saraï dont Dieu changera bientôt le nom en Sarah.

Quand Rachi commente : « Abram prit Saraï son épouse, Loth fils de son frère, et tous les biens et les âmes qu’ils avaient acquis (hanefech acher assou) à Harân. Ils partirent pour se rendre dans le pays de Canaan… » (Gn 12, 5)… il explique que cette expression signifie qu’ils avaient fait entrer ces âmes sous les ailes de la chekhina (Beréchith raba 39 14) et que Sara convertissait les femmes quand Abram convertissait les hommes.

On est donc, après ce lent murissement de l’humanité qui a conduit de transgression, en assassinat, en destruction massive (maboul = le déluge) résultat d’une perversion morale généralisée, puis d’une perversion proclamant l’abaissement de l’image du père avec ham, fils de Noé, une nouvelle étape de l’humanité. Dans une lente progression on est passé du père des humains, au père de l’humanité et avec Avram au père de toute l’humanité, capable de nommer sa femme comme son égale.

Le Talmud souligne l’universalisme d’Abraham comme de Sarah :

« Abram c’est Abraham (Chroniques 1, 27) : Au début il est devenu père [du seul peuple] d’Aram [av-Aram]et à la fin le il est devenu « père d’une multitude [av amon] de nations » (Gn 17, 5). Saraï c’est Sara ! Au début elle est devenue princesse de sa nation [Car Saraï signifie littéralement « ma princesse »], et à la fin elle est devenue princesse du monde entier (TB Berakhot 13a).

Le Talmud de Babylone (Meguila 14a) dit que ce nom avait une autre raison : sa grande beauté que les gens contemplaient. Ce que confirme et le texte et Rachi.

« Tharé le père d’Abraham a engendré trois fils Abram, Nacor et Harân » (Gn 11, 27). Hors il se trouve que « La femme d’Abram avait nom Sarai, et celle de Nacor, Milka , fille de Harân, le père de Milka et de Yiska.» (Gn 11, 29). Rachi affirme que :

Yiska c’est Sara, ainsi nommée parce qu’elle « voyait » (sokha) par l’esprit divin, et que tous « contemplaient » (sokhin) sa beauté. Ou encore : Yiska est à rapprocher de nesikhouth, qui suggère l’idée de noblesse, tout comme le mot Sara suggère celle de princesse.

Le Talmud (Meguila 14a) affirme qu’il y eu 48 prophètes et 7 prophétesses en Israël : Sarah, Myriam, Deborah, Hannah, Abigaïl, Houldah et Esther. La première des matriarches est donc aussi la seule qui sera définie comme une prophétesse (nevia), la mère de la prophétie dont Abraham, « qui lui était inférieur en prophétie », souligne Rachi, doit écouter la voix : « … tout ce que Sarah te dira, écoute sa voix ! » (Gn 21, 12). Etrange situation par laquelle le premier homme écoutant et obéissant à la voix de Dieu qui l’appelle doit d’abord écouter… celle de sa femme.

L’alliance avec Abraham

Nous trouvons dans cette paracha deux des trois formes d’alliance (bérith) entre Dieu et Israël.

Tout d’abord, on trouve l’alliance qui symbolise le lien de la terre d’Israël et l’Eternel. Celle-ci n’est pas un pays comme les autres, son influence spirituelle sur ses habitants est puissante. Dans notre sidra que nous trouvons la première forme de cette alliance entre la terre d’Israël et Dieu :

« Ce jour-là, l’Eternel conclut avec Abram un pacte en disant : Je donne à ta descendance ce territoire, depuis le torrent d’Egypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve d’Euphrate… » (Gn 15,18)

La deuxième forme de l’alliance concerne chaque individu en Israël. Il s’agit de la circoncision (brith Mila). Abraham la subira a 99 ans et son fils Ismaël à 13 ans :

« Voici le pacte que vous observerez qui est entre moi et  vous,  jusqu’à ta dernière postérité : circoncire tout homme parmi vous » (Gn 17, 10)

Enfin, la dernière forme de l’alliance concerne l’ensemble d’Israël : le don de la Torah au Sinaï.

A part l’alliance conclue avec Noé après le déluge, Dieu ne fit d’alliance qu’avec Israël.

La sidra Lekh lékha, nous raconte le déroulement de cette « alliance entre les morceaux » (brith ben habétarim), la Torah nous indique le déroulement de cet acte.

 « Prépare-moi une génisse âgée de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. Abram prit tous ces animaux, divisa chacun par le milieu et disposa chaque moitié en regard de l’autre » Mais il ne divisa point les oiseaux. Les oiseaux de proie s’abattirent sur les corps, Abram les mit en fuite » [..] Puis voici qu’un tourbillon de fumée et un sillon de feu passeront entre ces chairs dépecées, Ce jour-là, l’Éternel conclut avec Abram un pacte » ( Gn 15, 9-10. 17-18)

Rabbi Yossef Albo dans son ouvrage Séfèr ha’ikarim, explique que l’alliance doit constituer un lien durable entre deux êtres au point de faire des deux une seule personne. Chacun des deux a le devoir de sauvegarder l’existence de l’autre comme la sienne propre. C’est la raison pour laquelle, les animaux sont coupés en deux.

Seule la mort sépare ces deux moitiés. Il en est de même pour les contractants de cette alliance.

Dans cet esprit, le partage évoque une réciprocité entre Dieu et Abraham. L’alliance élève en quelque sorte Israël au niveau de partenaire de Dieu, une alliance qui engage Dieu à l’égard des hommes si ces derniers respectent leur engagement.

Les cédrats de Souccot déjà en vente à Porto-Vecchio !


Dans une semaine la fête des Etroguim (Souccot) !  Déjà en vente à Porto-Vecchio au Spar, route de Bonifacio ! …. (photo de notre ami Philippe Gazaniol). Ils ont leur queue et ils sont de pied franc! donc ils sont cacher !

Le cédrat c’est le symbole du coeur, de celui qui étudie et pratique de bonnes actions, de l’universel.

Que tes filles et des tes fils soient inscrits dans le Livre de Vie ô mon île ! Baroukh Achem mimekomo !

Cédrats Corse

 

Pray for Florida !


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« Si la relation sexuelle n’est pas accomplie avec beaucoup de désir, d’amour et de liberté, la Chekhina (présence divine) n’y est pas présente » (Cabbale, 13ème siècle)


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Quel est le « secret » de la relation conjugale ou plutôt de l’union sexuelle des conjoints ? C’est le sujet de l’ Iggeret ha-Qodech, la Lettre sur la sainteté, écrite non pas par Nahmanide comme on le dit parfois, mais plus probablement par Rabbi Joseph ben Abraham Gikatila (1248-1325), un éminent cabaliste disciple d’Abraham Abulafia, en Castille vers la fin du 13eme siècle. Nous avons déjà parlé de Joseph Gikatila  à propos du mariage juif.

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Rembrandt, la fiancée juive, Photo Meïr Long, Rijksmuseum, Amsterdam

Connue sous d’autres titres, notamment « Les Relations de l’homme avec sa femme » ou encore « Le Dais nuptial », cet opuscule qu’il était de coutume d’offrir aux nouveaux mariés est l’un des plus beaux textes de la Tradition juive sur le couple. Un des plus mystiques aussi.

L’ Iggeret ha-Qodech expose en six chapitres le « secret » (sod en hébreu) de la relation conjugale ou plutôt de l’union sexuelle des conjoints. Lire la suite de « « Si la relation sexuelle n’est pas accomplie avec beaucoup de désir, d’amour et de liberté, la Chekhina (présence divine) n’y est pas présente » (Cabbale, 13ème siècle) »

Contes de sefarad, La Légende du rabbi ben Levi


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Le rabbin Ben Levi, le chabbat, lisait un livre de la loi, dans lequel il est dit : « Personne ne peut regarder Ma face et vivre ». Et, en lisant, il a prié que D-ieu donne à son fidèle serviteur cette grâce de le voir avec ses yeux de mortel et de ne pas mourir.
Une ombre est venue soudainement sur la page, et levant ses yeux, qui devenaient faibles avec l’âge, il vit l’Ange de la Mort debout devant lui, debout, tenant un épée nue dans sa main droite.
Le rabbin Ben Levi était un homme juste, mais il sentit dans ses veines un froid de terreur. Lire la suite de « Contes de sefarad, La Légende du rabbi ben Levi »

Rapprochements entre les traditions et coutumes ésotériques juive et corse, le « mauvais œil »


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Amulette Corse contre le mauvais oeil (les juifs tunisiens portent le même corail)

Je voudrais ici mettre en résonance deux conceptions ésotériques corse et juive séfarades, qui, pour apparaître au premier abord comme des « superstitions » pour l’universitaire post moderne assuré d’avoir dépassé tout cela dans un vision d’hélicoptère hors sol… sont en réalité des conceptions et des pratiques de psychologie clinique étonnement modernes. Je veux parler de l’Ocjhu et du hain hara, le « mauvais œil » d’abord; et de la conception de la mort dans le mazzérisme et la Cabbale ensuite.

Je suis évidemment « situé » (Corse du sud et Alta Rocca) et pas un « expert » de ces coutumes multiformes en Corse comme dans le monde juif, mais des expériences spirituelles récentes m’ont permis d’y voir plus clair.

Le mauvais œil, regard destructeur

Le phénomène corse de signadori, les femmes qui enlèvent l’ochjiu, et pratiquent le rite de l’huile : on verse des gouttes dans un récipient d’eau posé sur la tête de la personne ou sur un linge intime, pour que se forment des « yeux », ; on répète l’opération et les prières jusqu’à ce que les yeux – ceux des jaloux qui ont mal parlé, disparaissent, … est courant et répandu en Corse.

On retrouve ce rite dans le monde juif séfarade sous le forme de ain hara : on verse du plomb fondu dans une casserole d’eau déposée sur la tête du patient en disant : « Que par ce plomb soit ôté toutes sortes de mauvais œil qui a vu, qui a observé, qui a parlé sur Untel fils de Untel ». Le plomb se solidifie, au contact de l’eau, et forme des boules ou yeux. On répète l’opération (plomb, prière, observation du pomb dans l’eau) jusqu’à ce que le plomb ne se solidifie plus de cette façon en formant des boules ou « yeux ».

Un processus d’abréaction psychique

Ces rites n’ont rien de « primitif », bien au contraire, ce sont des processus psychiques d’abréaction de la violence du groupe ; Le ain hara est en fait une visualisation du « lachion hara », la mauvaise langue destructrice qui mé-dit, qui envie et détruit une personne psychiquement et le groupe par contamination. Bien plus dangereuse qu’une rafale de balles puisqu’elle tue à très grande distance et pourrit tout (assimilé à la lèpre par un jeu de mot par le Talmud et nos Hakhamim). La personne se percevant diminuée elle va rabaisser autrui ou médire pour retrouver son intégrité et se hauteur. Ce qui contamine la société de manière virale comme une lèpre. Lire la suite de « Rapprochements entre les traditions et coutumes ésotériques juive et corse, le « mauvais œil » »

176 : le chiffre du bonheur dans la Torah


Qu’est-ce qu’une vie réussie ? C’est ce que nous le raconte la paracha de Nasso

La Paracha de Nasso est la plus longue avec 176 verset s ont remarqués nos Sages. Et ils ont aussi remarqué que le plus long des Tehilim, le Psaume 119, possède lui aussi 176 versets. D’autre part, nos Hakhamim ont remarqué que le traité le plus long du Talmud Baba Batra (la « dernière porte »), qui s’intéresse aux questions liées à la responsabilité individuelle et aux droits des détenteurs de propriétés possédait lui aussi 176 dapim (pages). Alors les Hakhamim (les Sages d’Israël) se sont posé la question.  Pourquoi 176 et pas 175 ou 177 ?

Vous pouvez compter, le psaume alphabétique (ou acrostiche) 119 comporte les 22 lettres de l’alphabet hébraïque multipliées par 8 versets soit 176 versets. Le chiffre 8 représentant la perfection, celle de la circoncision au 8ème jour et du monde qui vient.

Ce psaume qui chante les louanges de la Torah commence par la lettre Aleph comme si celui qui obéissait était un enfant qui épelle les lettres de l’alphabet de l’existence devant Dieu :

Achrei témimei derekh aolékhim betorath adonaï

Heureux ceux dont la voie est intègre, qui suivent la Loi de l’Eternel !

Heureux ceux qui respectent ses statuts, le recherchent de tout leur cœur,

qui, se gardant bien de commettre aucune injustice, marchent dans ses voies (derekh)!

Tu as promulgué tes ordonnances (tsiouta – mitsvah), pour qu’on les observe (lichmor) strictement.

Ah! puissent mes pas être fermes, pour que j’observe (lichmor) tes préceptes!

Alors, je ne serai point déçu, en portant mes regards sur tous tes commandements (mitsvoteikha).

Je te rendrai grâce en toute droiture de cœur, en m’instruisant des règles de ta justice.

Tes statuts, je les observerai (eshmor): ne m’abandonne en aucun temps. »

Ce psaume commence par le mot Achrei, un mot crochet qui dans la Bible renvoie au joug de la Torah. C’est d’ailleurs le premier mot du premier verset des Théhilim, le Psaume 1, qui résume le « joug de la Torah » (le psaume 2 résumant le joug des Cieux et la venue du Machiah[1])

Achrei haish. Acher lo halaKh. Ba’atzat rechaim ouvdérékh ‘hataïm lo amad ouvmochav létsim lo iachav

Heureux l’homme qui ne suit point les conseils des méchants, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et ne prend point place dans la société des railleurs,

Ki im betorah adonaï efétso ouvtorato yégé iomam valayla

mais qui trouve son plaisir dans la Loi de l’Eternel, et médite cette Loi jour et nuit! »

Le Psaume 112, 1 nous confirme ce lien entre la plénitude du bonheur et le plaisir pris au respect des commandements :

« Alléluia ! Heureux l’homme qui craint l’Eternel, qui prend grand plaisir à ses commandements !

Puissante sera sa postérité sur la terre : la race des justes est bénie! » (Ps 112, 1-2)

8 fois 22 c’est donc un peu une plénitude de louanges. La méditation de la Torah permanente qui devient un chemin de vie, un derekh (chemin) ou l’on marche (halakh, marcher)… selon la Halakha justement, procure un bonheur serein et durable. Le psaume 84 reprend cette idée d’un bonheur familial et en chemin à la fois.

« Heureux ceux qui habitent dans ta maison, et sans cesse récitent tes louanges! Sélah!

Heureux l’homme qui met sa force en toi, dont le cœur connaît les vraies routes! » (Ps 84, 1-2)

Le chemin du tsadik est donc un chemin de plénitude et de joie.

« Heureux le peuple connaissant les chants de victoire (terouah’ : la sonnerie du chofar), cheminant, Eternel, à la lumière de ta face ! »

Sans cesse ils sont en joie à cause de ton nom, et s’élèvent par ta justice. (Ps 119, 16)

Nous disons la prière du Achrei, un psaume alphabétique acrostiche (Ps 145) et des versets des psaumes ci-dessus cités trois fois par jour : deux fois à Chaarit, le matin, et une fois à Min’ha, l’après-midi. Cette halakha est tirée de l’enseignement de Eleazar ben Avina dans le Talmud qui rapporte :

« Rabbi Eléazar a rapporté cette affirmation de Avina [son père] : ‘‘ Quiconque dit : ‘Psaume de David…’ (Ps 145) trois fois par jour est assuré du monde futur’’ ; Quelle en est la raison ? Si nous disons ‘parce qu’il suit l’ordre alphabétique’ -on devrait dire: ‘Heureux ceux dont la voie est intègre…’(Ps 119) qui se présente avec de huit façons. Mais parcequ’il y a ‘Tu ouvres tes mains’ (v. 16) on devrait dire le grand Hallel où il est écrit ‘Il donne du pain à toute chair’ (Ps 136, 25) » (TB Berakhot 4b)

L’enfance de l’apprentissage spirituel et les lettres du bonheur

Le psaume 145, l’Achrei a le double mérite d’être alphabétique, il renvoie à l’enfance de l’apprentissage spirituel qui épèle les lettres du bonheur, et de rendre grâce à Celui qui accorde la subsistance. Le Talmud rapproche les versets du Achrei et du Grand Hallel qui remercient pour les nourritures terrestres « Tu ouvres ta main et rassasie tout être avec bienveillance » (Ps 145, 16) // « Il donne du pain à toute chair, sa bienveillance est éternelle » (Ps 136, 25) pour nous enseigner que la prise de conscience du lien entre la nourriture et la crainte de Dieu est une des clés du monde futur. Ce verset 16 est le verset final de la Birkat amazone, de nos fins de repas.

176

On retiendra que le chiffre des176 versets de cette paracha ou du psaume 119 multiplie les 22 lettres de l’Alphabet hébraïque par la plénitude du monde à venir (chiffre 8), comme si l’attitude de l’enfant qui étudie était une des clés du monde futur, comme si la vraie attitude spirituelle du tsadik était celle de celui qui ne sait pas et qui chaque matin dit : « aujourd’hui je commence ». Achrei le premier mot des tehilim et du monde qui vient.

Certains commentateurs ont remarqué que ce huitième jour du monde qui est aussi celui de la brit mila est celui du premier commandement de Dieu à Abraham lors de sa circoncision à l’âge de 99 ans : « Je suis le Dieu tout-puissant (Chaddaï); marche (ithalekh) devant ma face, sois irréprochable (tamim)» (Gn 17, 1). L’enlèvement de la Orla qui sépare l’homme de Dieu rend l’homme parfait, tamim, – un mot qui signifie « sans défaut » comme la bête offerte en sacrifice au Temple ; non pas irréprochable mais « sans obstacle » dans son alliance, sa relation, avec le Saint, Beni soit-il.

Achrei, Le Bonheur, le premier mot du premier monothéiste. C’est tout ce que nous souhaitons à la fille de Clara qui vient de naître.

[1] « Les grands de la terre se liguent entre eux contre l’Eternel et son Messie… celui qui règne dans les cieux s’en amuse et les tourne en dérision » (Ps 2)