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S’asseoir en silence

En rangeant mes affaires vers une autre vie j’ai retrouvé les seuls objets que j’avais ramenés du monastère il y a 25 ans. Mon coussin de méditation en silence (zafou) et ma Bible.


Tout un monde de souvenirs est revenu en moi. Les semaines passées seul dans la forêt en ermitage. Le froid dans les cellules. La faim. Le chant de la forêt. 100 hommes en noir en silence absolu. L’obéissance sous une Règle de fer. Le lever à 2h du matin avec les psaumes en disant la première phrase de… la Amida : « Eternel ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange »

Mes frères aussi.

Frère Symphorien qui avait perdu son œil en défendant le bunker d’Hitler à Berlin, Division Charlemagne, après la campagne de Pomeranie, converti sur l’échafaud, il accueillait les sdf et autres routards.

Frère Jean Volot, patron de la résistance, devenu prêtre ouvrier et graisseur incognito sur un navire sous pavillon de complaisance, débarqué en 54, pôle nord avec Paul Émile Victor puis McMurdo en Terre Adélie. Un jour je les ai séparés.
J’ai croisé un jésuite torturé par Pinochet (« ils disaient que nous n’étions pas des hommes ») qui avait pardonné son bourreau rencontré dans la rue, nos frères en mission avaient été enterrés vifs ou tués à coup de baton par les Khmers de Pol pot formés à la Sorbonne, attachés avec des barbelés en Haïti.

J’ai vu frère Jean, 70 ans, perdre la foi pendant 15 ans et continuer de se lever pour les 7 prières de la journée. J’ai creusé les tombes dans le sol verglacé, essuyé les yeux de parents dont les deux enfants s’étaient suicidés, recueilli le souffle de Roberto un sdf, premier prix de piano à Tanger passé par LA (« Marche, ne t’arrête pas traverse la ville… sinon les gens du foyer de nuit vont te tuer »), homo, les années sida. J’ai vu des gens pleurer de joie en retrouvant l’Eternel. Le grand pardon. J’ai rencontré Tendzin Gyatso le Dalai Lama à Toulouse en 94. Appris à battre le tam tam en tronc de baobab  avec mes frères d’Afrique arrivés de la brousse équatoriale. Un envoûtement.

Il y a plein de manières de vivre, on ne peut pas juger, et nous ne sommes que des mendiants.

Quand je suis arrivé je faisais 50 kg. Ils m’ont donné de la dynamite et un marteau piqueur :  » Tu creuses une tranchée dans le granit de 1m× 2m de fond… sur 50m ». Je l’ai fait sous le soleil et l’hiver mes doigts ont éclaté à cause des engelures. Peu restaient.
Uniquement des hommes exceptionnels et extrêmes. Des combattants.


Aujourd’hui les gens vivent dans des cocons standardisés. Que peuvent-ils savoir de la réalité ? De D.ieu ? De l’humain ? De la fraternité ?

Ils sont comme ces oiseaux en cage qui tressaillent en voyant passer des oiseaux migrateurs à l’automne puis se rendorment.

Je vais recommencer à m’asseoir en silence.

Note sur les marranes d’Iran à partir de la généalogie des Mojdeh

Une dame m’a demandé de faire une recherche sur le patronyme de ses ancêtres iraniens.
Je suis remonté dans une histoire marrane étrange, à la recherche des Modjeh ou Mozhdeh qui ont fui aux Etats Unis et partout ailleurs dans le monde à la révolution iranienne.

MARRANES D’IRAN

Il y a eu en Iran un phénomène marrane. Ces marranes ont comme les séfarades (« Espagne » en hébreu) pris le nom d’anousim en hébreu (forcé, violé). « anousi » en persan. Leur persécution aux 17ème et 18 ème siècle est racontée par un poète juif Babaï Loutf de la ville de Kachan et par Babaï Farhad  (son petit fils ou arrière petit- fils) dans leurs chroniques poétiques. Celles-ci enveloppent la réalité historique dans un récit poétique parfois proche de la Meguilah d’Esther.

Un récit qu’il faut lire entre les lignes, comme toute littérature en temps de répression, un récit forcément partisan qui raconte les conversions successives des juifs de Perse à l’Islam sous les shah Abbas 1er qui régna de 1590 à 1629, et Abbas II qui régna de 1632 à 1666.

Car ce ne sont pas une mais des persécutions qui ont eu lieu en Perse aux 17ème et 18ème siècles où le statut précaire des juifs dans un monde musulman chiite, protégé par les mollas fut remis en cause par les vizirs et les fonctionnaires jaloux de leurs prérogatives, dans un monde musulman, qui les tolérait mais les utilisait.

La conversion des juifs ne fut pas là comme en Espagne un problème religieux principalement mais eut d’abord un mobile politique . La conversion de façade à l’Islam comme la raconte Maimonide dans son épitre au Yémen, un islam qu’il a probalement pratiqué à Fès sous le régimes des Almohades qui ne passaient pas pour des tendres… ne touchait pas profondément l’adhésion intellectuelle ou la foi juive.

Entre ces ‘conversions’ forcées juifs reviennent à la première occasion à leur foi ancestrale.


Ligature d’Isaac. Plat iranien du 18ème siècle. Collection DL.

(On remarque le soleil et le Lion en arrière-fond, symbole de l’Iran qu’on retrouve sur les drapeaux de l’Etat. comme si un keroubim s’était emparé du couteau d’Abraham, qui est glaive du drapeau perse, tout se passe au gan Eden dont il est bien connu qu’l est gardé par un kéroubim avec un glaive de feu, ces lions à tête d’homme qu’on trouve dans les temples babyloniens et perses)

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Relire Qohélet, pour garder l’espoir

Ce temps de Covid est propice à relire Qohélet. Le livre de « celui qui parle à la foule (qahal) » est pourtant… quasiment inconnu du grand public.
Cela tombe bien, le psychanalyste, psychiatre et penseur juif Gérard Haddad vient de l’exhumer pour le faire revivre dans une traduction révolutionnaire.

Folie des folies

Le livre de Qohélet est le récit d’un homme brisé. Arrivé à la fin de son existence, celui qui nous est présenté comme « Fils de David roi à Jérusalem » parle à la foule à la première personne dans un témoignage personnel sans aucune concession sur ce qui lui est arrivé dans sa misérable existence de monarque.

Hevel havalim hakol Hevel, ce leitmotiv de Qohélet doit se traduire non pas « Vanité des vanités tout est vain », bref « la vie est nulle » mais « buée des buées » nous dit le Midrach.

 « Buée de buée, c’est comme un couscoussier à sept étages, la vapeur traverse successivement les différentes couches de couscous, mais arrivée au septième étage, que reste-t-il du fumet ? » (Qohélet Rabba 1, 2)

Sept, car le premier verset de Qohélet contient sept fois le mot hévél (en réalité cinq fois dont deux sont des pluriels, donc 7)

« Folie des folies, a dit Qohélet, folie des folies, tout est folie » (Qo 1, 2)

הֲבֵל הֲבָלִים אָמַר קֹהֶלֶת הֲבֵל הֲבָלִים הַכֹּל הָבֶל.

… L’idée d’evel est celle de la fugacité, quelque chose qu’on ne peut pas saisir. Une de ces métaphores de la réalité humaine auxquelles est habitué le midrach.

« Folie des folie tout est folie » nous propose de traduire Gérard Haddad à partir de l’arabe tunisien. En écho, de ce que Lacan répétait : « Tous à l’asile, tous à l’asile ! Tous fous ». « Son ultime diagnostic sur l’humanité moderne à quelques mois de la quitter » nous dit le psychanalyste et psychiatre Gérard Haddad [1] qui ajoute en commentaire privé : « tout le monde est fou, le psychotique, c’est celui qui a baissé les bras »

hevel, un mot qu’on peut traduire par « folie » au sens de démesure, de l’hubris grecque, cette passion violente inspirée par l’orgueil. Hypernarcissique.

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Le cédrat de Souccot, les multiples avis des Sages

« Vous prendrez, le premier jour, du fruit de l’arbre hadar, des branches de palmier, des rameaux de l’arbre aboth et des saules de rivière; et vous vous réjouirez, en présence de l’Éternel votre D.ieu, pendant sept jours. » 

Lv 23, 40

La tradition commente largement cela dans les pages 30-36b du Traité Soucca :

L’etz hadar, le fruit de l’arbre magnifique a été compris comme le cédrat par la tradition juive.

« le fruit de l’arbre hadar », fait référence à Israël : de même que l’Etrog (cédrat) a un goût et un parfum, le peuple d’Israël compte des personnes qui possèdent la Torah et des bonnes actions.

«des branches de palmier », fait référence à Israël : de même que la date a un goût mais est dépourvue de parfum, le peuple d’Israël compte des personnes qui possèdent la Torah mais non pas des bonnes actions.

« des rameaux de l’arbre aboth », fait référence à Israël : de même que le myrte a un parfum mais est dépourvu de goût, le peuple d’Israël compte des personnes qui ne possèdent pas la Torah mais ont des bonnes actions.

«et des saules de rivière », fait référence à Israël : de même que le saule n’a ni goût ni parfum, le peuple d’Israël compte des personnes qui ne possèdent ni Torah ni bonnes actions.

Que leur fait Hachem ? Les annihiler, cela n’est pas possible ! Hachem dit : Que tous s’attachent dans un seul bouquet et les uns feront expiations pour les autres. Si vous faites ainsi, au moment (de ce lien), Je monte ; c’est pourquoi il est dit (Amos, 9 :6) : « Il a bâti dans les cimes sa demeure sublime (Ma’aLotav) » – quand monte-t-Il ? quand ils forment un seul bouquet, ainsi que le verset poursuit : « et appuyé sa voûte (Agoudato, litt. Son bouquet) sur la terre ».
Aussi, Moshé enjoint le peuple d’Israël : «Vous prendrez, le premier jour ».

Vayikra Rabba, 30, 12

 » Si des imperfections semblables à une ébullition sont apparues sur la majorité de l’ etrog ; si sa protubérance en forme de pilon sur la partie supérieure, l’extrémité de la fleur a été enlevée; si l’ etrog a été pelé, fendu ou percé et qu’il en manque une quantité, il est inapte. Cependant, si des imperfections semblables à une ébullition n’apparaissaient que sur mois de la moitié de la surface; si sa tige, qui le relie à l’arbre, a été enlevée; ou qu’il a été percé mais ne manquer pas de matière, il est conforme. Un etrog Cushite , qui est noir comme un Cushite, est impropre. Et en ce qui concerne un etrog c’est-à-dire vert poireau, le rabbin Meir le juge convenable et le rabbin Yehuda le juge inapte. Quelle est la mesure minimale d’un petit etrog ? Le rabbin Meir dit: Il ne peut pas plus petit qu’une noix en vrac. Le rabbin Yehuda dit: Il ne peut-être pas être plus petit qu’un œuf en vrac. Et pour un grand etrog , la mesure maximale est qu’on puisse en tenir deux dans sa main; selon rabbi Yehuda. Le rabbin Yosei dit: Il est conforme même s’il est si grand qu’il ne peut en tenir qu’un dans ses deux mains.« 

TB Soucca 34b

 » Rabbi Yehuda HaNasi dit: Ne lisez pas le verset tel qu’il est écrit, hadar , signifiant beau, mais lisez-le plutôt hadir , c’est-à-dire la bergerie. Et cela signifie que, tout comme dans cet enclos, il y a des grands et des petits moutons, des moutons sans tache et tachetés , de même que cet arbre a des fruits grands et petits, des fruits impeccables et tachetés . La Gemara s’interroge: Est-ce à dire que parmi les autres fruits il n’y a pas de grands et petits fruits, sans défaut et tachetés ? Comment cette description identifie- t-elle spécifiquement l’ etrog ? C’est plutôt ce que dit le rabbin Yehuda HaNasi : Tout comme dans un enclos, il y a à la fois des grands et petits moutons ensemble, de même, sur un arbre etrog , lorsque les petits apparaissent , les grands existent toujours sur l’arbre; ce qui n’est pas le cas des autres arbres fruitiers. »

TB Soucca 35a

 » La mishna continue: si des imperfections en forme d’ébullition sont apparues sur la majorité de l’ etrog , il est inapte. Rav Ḥisda a dit: Cette déclaration a été déclarée par notre grand rabbin, Rav, et que l’Omniprésent lui vienne en aide. Les Sages ont enseigné cette halakha seulement dans un cas où les imperfections sont concentrées en un seul endroit; cependant, si elles sont distribués à deux ou trois endroits dans l’ etrog , il convient. Rava dit au Rav Ḥisda: Si les imperfections sont réparties en deux ou trois endroits, c’est comme si le etrog était moucheté de différentes couleurs à différents endroits; il manque de beauté et est certainement inapte.« 

TB Soucca 35b

« La mishna continue: si son pitam a été enlevé, il est inapte. Le rabbin Yitzhak ben Elazar a enseigné une baraïta : cela signifie que si sa protubérance semblable à un pilon à son extrémité supérieure a été supprimée.« 

TB Soucca 35b

Chabbat Chouva Chalom !

Plateau iranien, 18e siècle.

Un passage énigmatique tiré du Talmud de Jérusalem (Makot 11 a) nous éclaire sur la Techouva :

« On demanda à la Hokhmah, la Sagesse : Qu’adviendra-t-il d’une âme qui a fauté ? La hohkmah répondit : « Le fauteur ; le mal le poursuivra ».
On posa la même question à la prophétie. Elle répondit : « Le fauteur devra mourir ! »
On posa la même question à la Torah qui répondit : « Qu’il apporte un sacrifice et le pardon lui sera accordé. »
Enfin, on demanda à D.ieu ! D.ieu répondit : « Qu’il fasse Téchouva, qu’il retourne à D.ieu et il sera pardonné. »

Tout cela est bien étrange. Pourquoi la sagesse, la Prophétie, la Torah et D.ieu auraient quatre avis différents ? Les quatre réponses apportées par la sagesse, la prophétie, la Torah et D.ieu sont les quatre étapes indispensables au pardon. Elles ne s’opposent pas mais se suivent. On ne peut pas pardonner comme ça de but en blanc, d’un pardon à bon marché qui ne coute rien mais qui finalement ne vaut rien ! C’est un chemin en quatre étapes. Pour « faire Téchouva », pour opérer un retour sincère à D.ieu. il faut d’abord parcourir une première étape que nous suggère la sagesse, la Hokhmah quand nous prenons un peu de recul. « Le fauteur ; le mal le poursuivra ! »

Nous prenons d’abord conscience de la gravité de notre faute. Nous avons blessé inutilement, nous avons trompé, volé, blessé, peut-être tué en disant du mal à distance. Le lachion hara peut faire tant de mal à distance ! Tant que nous ne sommes pas hantés par notre faute en y pensant chaque fois que nous nous arrêtons, rien ne peut arriver, cette faute détruit notre entourage, mais surtout notre culpabilité détruit. Nous devons être rongés par la faute pour que nos mauvaises actions ne continuent pas leur œuvre de mort en nous, dans notre couple, dans notre famille, dans la communauté, dans la société.

Une fois que nous avons pris conscience du mal que nous avons fait, arrive le message de la prophétie : « Qu’il meurt ! ». Nous sommes écrasés de remords. Nous prenons alors conscience que D.ieu nous a donné un cœur, un corps, une intelligence, la santé et que nous les avons utilisé pour faire souffrir notre prochain. Celui qui est fermement repentant arrive à la conclusion qu’il a gaspillé le don de D.ieu. Nous avons réalisé l’opposé de qui est dit par la Torah qui veut nous faire vivre. Notre vie en ce monde ne vaut donc plus rien : « Qu’il meurt ! » dit la Prophétie.

La Torah rentre alors en piste, c’est le dernier espoir : « Qu’il apporte un sacrifice et le pardon lui sera accordé. ». Mais pourquoi un sacrifice ? D.ieu aurait-il besoin qu’on tue des bêtes pour le satisfaire ? Le sacrifice, le korban d’une bête au Temple, provoque un électrochoc dans l’esprit de celui qui est sincèrement traversé par un remord déchirant. Grâce à ce choc émotionnel, je vois mon plus beau bien, ma plus belle bête sans défaut (temim), mourir. Je prends alors conscience que c’est moi qui aurait dû me trouver sur l’autel à la place de cet animal.

A ce moment, c’est la quatrième étape. Ne peut y arriver que le repentant sincère ! L’Eternel dit simplement : « Qu’il fasse Téchouva, qu’il retourne à D.ieu et il sera pardonné. » D.ieu attend de nous que nous nous améliorions, que nous modifiions notre comportement, et que nous changions nos habitudes. Et à cette seule condition d’avoir franchi ces quatre étapes, nous dit le Talmud, la culpabilité est effacée.

Chana Tova !

Ticha BeAv: Pleurer (et rire) sur Jérusalem

« Et les places de la cité seront pleines de jeunes garçons et de jeunes filles qui s’ébattront sur ses places. » (Za 8, 4)

“De vieux hommes et de vieilles femmes s’assiéront encore dans les rues de Jérusalem.”. (Za 8,4).

Le Talmud au traité Makkot page 24b (verso), se termine par une histoire paradoxale :

« Il arriva encore une fois que Rabban Gamaliel, Rabbi Elazar ben Azaria, Rabbi Josué et Rabbi Akiva se rendirent à Jérusalem. Quand ils atteignirent le mont Scopus, ils déchirèrent leurs vêtements. Quand ils arrivèrent au Mont du Temple, ils virent un renard qui sortait du lieu du Saint des Saints. Les autres se mirent à pleurer ; Rabbi Akiva rit.

Ils lui dirent : « Pourquoi ris-tu ? »

Il leur répondit : « Pourquoi pleurez-vous ? »

Ils lui dirent : « Un lieu [tellement saint] qu’il en est dit : “L’étranger qui l’approche mourra” (Nb 1,51) sur lequel s’est maintenant accompli : “Pour le mont Sion en ruines, traversé par les renards”, (Lamentations 5, 18) nous ne devrions pas pleurer ? »

Il leur dit : « C’est pour cela que je ris. Car il est écrit : “Je ferai témoigner en ma faveur des témoins fidèles, Urie le prêtre et de Zacharie, fils de Yebarékhyahou.”(Is 8, 2)

Quel est le lien entre Urie Et Zacharie ? Urie vécut à l’époque Premier Temple, et Zacharie à l’époque du Second Temple ! La Torah fait cependant dépendre la prophétie de Zacharie de celle d’Urie. Avec Urie, il est écrit : “C’est pourquoi, à cause de vous Sion sera labourée comme un champ ; [Le temple détruit Jérusalem redevient une terre inculte.] (Michée 3, 12). Avec Zacharie, il est écrit : “De vieux hommes et de vieilles femmes s’assiéront encore dans les rues de Jérusalem.”. (Za 8,4). Tant que la prophétie d’Urie ne s’était pas accomplie, je craignais que la prophétie de Zacharie s’accomplisse pas non plus. Mais maintenant que la prophétie d’Urie s’est accomplie, il est certain que la prophétie de Zacharie s’accomplira elle aussi. »

Sur ces mots, ils lui répondirent : « Akiva, tu nous as consolés ! Akiva, tu nous as consolés ! »

Juifs berbères de l’Atlas – Exposition au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme

En ces temps post-covid le Musée sont vides. Le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (MAHJ) n’échappe pas à la règle. Et c’est bien dommage car celui qui s’y rendra visitera une magnifique exposition sur les juifs du Maroc, un monde juif rural largement disparu et tellement émouvant.

On y découvre les photos de Jean Beansacenot qui parcourt les communautés juives berbères du Protectorat français marocain entre 1934 et 1939.

Nè Jean Girard, Jean Besancenot, jeune émoulu des Arts Déco est l’héritier des ethnologues français du début du 20e siècle comme Paul Rivet (1876-1958) ou Marcel Mauss (1872-1950).

Passionné d’art, Besancenot photographie, filme, dessine et peint ce patrimoine de costumes marocains indemnes de l’influence occidentale qui le fascine. Ses photographies et croquis sont accompagnés de textes explicatifs. Il classifie ces images par origine géographique et populations.

Femme de Tinghir (JB, MAHJ)

Je porte le nom de Meïr en mémoire de Meïr Tolédano né en 1889 à Tibériade, enterré à Bastia où il est arrivé dans les années 30, fils d’une lignée de rabbins venue de Meknès et grand-père de Guy et Benny Sabbagh (le teinturier en arabe) qui m’ont tant aidé.

Leur grand-mère paternelle Bouda Pérès, née en 1895, dont les ancêtres avaient fui l’Inquisition Espagnole au XVème siècle, venait de Tinghir au Maroc, ce haut Tafilaleth, à 1300 mètres d’altitude sur le massif de l’Atlas. (https://didierlong.com/2015/05/20/les-juifs-en-corse-apres-1915-lile-des-justes/).

Voici ce qu’en dit Besancenot en 1934 :

Ces juifs berbères de l’Atlas, que présente l’exposition sont déjà décrit par Ibn Khaldoun l’un des plus grands philosophes du Moyen Âge au 14ème siècle. Il décrit l’attirance qu’ils représentent sur les Berbères. Un monde figé depuis des siècles que découvre Jean Besancenot.

Les juifs au Marco sont des Dhimmi à partir de l’islamisation du Maroc sous les Almohades au 12ème sicèle, ils ont le droit de pratiquer leurs rites mais en échange s’acquittent de l’impôt, subissent une ségrégation vestimentaire…

Type de vieillard juif de Tinghir, Todra,
portant dans la main un chasse-mouche fait d’une queue de vache,
sur la tête, un mouchoir bleu à pois blancs (JB, MAHJ)

Agdz, Goulmina dans le Fekla, vallée du Ziz, vallée de Mgoun, Midelt, Tahala, Bnei Sbih, Tamgrout, Tinghir, Tiznit, Erfoud, Onaouzgit, Mgouna, …

… ces lieux ne vous disent probablement rien, mais des communautés juives y ont vécu depuis plusieurs millénaires, bien avant les chrétiens et l’Islam, bientôt rejointes au XVIème siècle par les expulsés de Sefarad (meguorashim), d’un très haut niveau de culturel : des conseillers, financiers, cartographes, astronomes, ministres ou médecins des califes musulmans d’Al-Andaluz ; des juifs modernes qui ont alors pris l’ascendant culturel sur les communautés juives rurales autochtones (toshavim) en dehors des communautés des franges présahariennes.

L’effondrement au 17 ème siècle de la première dynastie chérifienne des sa’diens et le déclin du commerce transsaharien conduit à l’appauvrissement des populations juives. Elles sont sous la protection de système féodale de la dehiba, jusqu’à l’arrivée du protectorat en 1012 et jusqu’en 1955. Le protectorat va déstabiliser l’équilibre traditionnel millénaire entre juifs et berbères depuis l’Antiquité.

Le Maroc se videra ensuite de ses juifs berbères entre 1960 et 1970.

L’exposition est incroyable. Les femmes y portent des colliers de grosses perles d’ambre et de croix d’argent contre le mauvais œil.

Goulmima, région du Tafilalet
Jeune femme en drapé blanc

Les hommes dont certains portent la djellabah comme les musulmans mais celle-ci est noire, survivance d’un passé ou cette couleur était obligatoire pour les juifs seulement quelques années avant la capuche retombant sur l’épaule gauche pour gêner le mouvement, signe de servitude (photo ci dessous).

Nous découvrons devant nous la vie d’un monde perdu .

Combien de fois mon Rabbin Haïm Harboun m’a parlé les larmes dans les yeux de son maître au Heder (la chambre en hébreu), la classe où ils entraient dès l’âge de 4 ans et répétaient par cœur et par 40°, 12 heure par jour et au milieu des mouches des textes sacrés collés sur une planche. Et là, dans l’exposition, les voici ces élèves attentifs ou nonchalant et leur maître bienveillant comme une mère.

Des métiers complètement disparus comme le porteur d’eau réapparaissent devant nous. Le puits est quasi biblique.

Une femme met son pain à chauffer dans un four enterré…

Ce serait trop long de tout raconter ici et l’exposition propose pleins de commentaires qui ressuscitent sous nos yeux un monde juif perdu.

Grand hommage soit rendu à ceux qui l’ont réalisé et à ce Besancenot, un chrétien épris de ces juifs disparus et grâce à son regard généreux et affectueux pour ces femmes, ces hommes, ces enfants, les fait revivre devant nous.

Ces deux enfants sont les filles de Baba Salé.

Rouhama (Rissani, Maroc, 1922 – Ramlé, Israël, 2007) et Sarah (née à Rissani en 1925, vit en Israël) sont les filles du rabbin Israël Abehassera (1889-1984), dit Baba Salé, grand kabbaliste. L’une des deux jeunes filles porte le costume de fête en vigueur durant les huit jours des festivités, l’autre a revêtu celui en usage après le huitième jour, lorsque le mariage a été consommé et que la jeune femme porte la derra, chemise à longues manches évasées, et la coiffure à cornes recouverte de la sebniya, écharpe de soie à franges dont les pans retombent en arrière. La mariée est vêtue d’un manteau (qeftan) de brocart serré à la taille par une ceinture. La coiffure, en attendant celle à cornes, est le swalef à cheveux de soie recouvert d’un enroulement de soieries monté sur un large ruban gommé. (Source MAHJ)

Et voici une belle histoire à propos de Laila Sarah la fille de Baba Salé qui a 90 ans aujourd’hui et qui a du obéir à son oncle Baba Haké pour être photographiée contre son grès…

BLACK LIVES MATTER FOR JEWS !

« C’est pour cela que l’homme a été créé seul, pour t’apprendre que celui qui ôte une vie, détruit un monde entier ; et celui qui sauve une vie, sauve un monde entier.»

Talmud de Babylone, traité Sanhedrin 5, 5

Cette après midi à 18h00, à l’instant où George Floyd a été porté en terre aux US nous nous sommes réunis place de la République en sa mémoire pour huit minutes et 46 secondes de silence. Que la mémoire de ce père de deux enfants soit une bénédiction.

Pour nous les Juifs, les vies noires comptent.

On ne naît pas noir ou blanc ou juif ou musulman ou chrétien… on nait dans l’humanité.