Pourquoi notre rapport au travail est-il marqué par la souffrance ?


GerardHaddadL’interview de Gérard Haddad par Philippe Vallet sur France Info

Pourquoi notre rapport au travail est-il marqué par la souffrance, comme en témoigne l’étymologie du mot « tripalium », terme latin désignant un instrument de torture ? Et pourquoi certains peuples refusent-ils le progrès technique, s’enfermant dans le sous-développement ? Telles sont les questions que se pose Gérard Haddad, agronome en Casamance, au Sénégal, dans les années 1960.
Il a alors l’intuition de subdiviser les opérations de travail agricole en unités minimales. Apparaissent ainsi trois, et seulement trois, structures élémentaires du travail. Puis il découvre que ces trois structures ressemblent étrangement à celles définies par Freud dans le travail du rêve. Ce qui établit un pont entre activités corporelles et activités psychiques.
Le problème s’éclaire d’une lumière nouvelle : en rejetant le progrès, les Africains casamançais refusaient d’abandonner leur mode de travail, sacré à leurs yeux, car il les liait à la terre de leurs aïeux. À la fois structurelle et psychanalytique, cette analyse nous livre une clé majeure, inexplorée, pour comprendre la souffrance que l’homme moderne ressent devant les tâches toujours plus technicisées qui sont les siennes…

Ecoutez son interview par Philippe Vallet sur France Info :
http://www.franceinfo.fr/livre/le-livre-du-jour/le-livre-du-jour-haddad-938935-2013-04-03

Le premier Chapitre de Tripalium  à lire ici :
  Tripalium-Chapitre1

Tripalium. Pourquoi le travail est devenu une souffrance, de Gérard Haddad est publié aux éditions François Bourin (116 p., 15€)

Crise de foi : managers et salariés frappés d’acédie


Dans le quotidien La Tribune  22/12/2011, un article de Sophie Péters

Pour Didier Long, moine bénédictin pendant dix ans à La Pierre qui Vire, puis consultant chez McKinsey et aujourd’hui dirigeant fondateur du cabinet de conseil en stratégie Internet Euclyd, l’acédie est le nouveau mal qui ronge les entreprises et l’économie

Sophie Péters

Le concept est ancien, très ancien : Au IVe siècle, des moines partis vivre dans le désert d’Égypte diagnostiquèrent l’acédie comme une maladie de l’âme. Une maladie extrêmement dangereuse qui détruit la volonté même d’exister et donc la communauté. Pour Didier Long, moine bénédictin pendant dix ans à La Pierre qui Vire, puis consultant chez McKinsey et aujourd’hui dirigeant fondateur du cabinet de conseil Euclyd, l’acédie est le nouveau mal qui ronge les entreprises et l’économie : « Beaucoup ont l’impression que poussés par les vagues des marchés financiers, des flux et reflux économiques mondiaux incontrôlables, les destins individuels et ceux des entreprises sont devenus les jouets de forces obscures imprévisibles. L’impuissance, l’impression de ne pas pouvoir s’approprier sa trajectoire, l’absence de visibilité long terme, les paroles creuses qu’il ne faut surtout pas croire si on ne veut pas devenir dindon de la farce, le sentiment d’être baladé, la perte de goût dans l’avenir en sont les symptômes ». Docteur, c’est donc grave ! Cette forme de dépression qui traverse notre civilisation et le capitalisme occidental ne se manifeste d’ailleurs pas seulement par un abattement teinté de tristesse. Evrage le Pontique le décrit au IVe siècle comme étant paradoxalement un état de suractivité, d’agitation, de fébrilité physique et mentale. Ambiguïté du tableau donc pleinement assumée qui ne fait que refléter selon Evrage les contradictions de l’acédie : entrelacement de dynamiques contraires, « où le premier étant furieux de ce qui est à sa disposition et le dernier languissant après ce qui ne l’est pas ».

Ici la personnalité abattue côtoie l’hyper-actif dans le même bateau. Le premier est irrémédiablement triste, inquiet et son esprit vagabonde vers des ruminations obsessionnelles. Il est indécis et incapable d’idées neuves. Le second est fébrile, agité par le besoin de donner du sens à sa vie et vagabonde, lui, de projet en projet, sans jamais concrétiser quoi que ce soit. Seul le mouvement lui est salutaire et lui donne le sentiment de progresser. Cette boulimie laborieuse qui permet de fuir la confrontation avec soi-même évite toute question existentielle et compense la mise en sommeil des idéaux par des combats à l’extérieur de soi-même. Lire la suite de « Crise de foi : managers et salariés frappés d’acédie »

« Civilisation du capitalisme », quels enjeux RH ?


Au cours de ce petit déjeuner, Didier Long présente la « Civilisation du capitalisme » d’où nous venons et pose les enjeux en termes de RH.

Duane Hanson, Man on Mower, 1995, sculpture. Un regard sur la middle class US

 Hypercapitalisme : la fin d’un monde ?
Didier Long débute par un résumé des 30 dernières années et la crise actuelle.
La crise de 2008 : « la faille dans la coque du Titanic » ? Tout un fonctionnement est remis en cause.
Trois leviers expliquent l’hypercapitalisme : l’émergence des nouvelles technologies, la globalisation, la dérèglementation.
Sans l’hyperconsommation l’hypercapitalisme ne fonctionnerait pas, ce qui pose la question de la responsabilité individuelle de chacun dans cette crise, la responsabilité de chacun de nous dans l’affaiblissement du politique depuis 30 ans. La crise du capitalisme est aussi une crise de la démocratie.
La classe moyenne a perdu de son pouvoir d’achat, l’endettement des ménages a augmenté construisant une gigantesque bulle pour stimuler la croissance qui ne peut plus être garantie que par les Etats : jusqu’à quand ?
La concurrence renforcée génère la montée des lobbyings, derniers leviers d’avantage concurrentiels et donc le détournement de l’intérêt général à des fins privées, cause de l’affaiblissement de la démocratie.
Les leviers traditionnels de la politique (nombreux militants, débats d’idées, partis intégrés à la vie de la cité) ont été remplacés par des opérations de marketing et de communication politique qui permettent de gagner les élections pour des partis qui représentent en tout 2% des citoyens électeurs (812 000 personnes pour 44M d’électeurs et 63M de français !).
Cette crise économique, politique, morale, oblige à se demander d’où nous venons et quelles sont les croyances du capitalisme ? Car les vrais leviers de l’hypercapitalisme sont en réalité religieux : ainsi la croyance en la dérégulation (Friedman), en la « raison financière » ou en la vertu intrinsèque des marchés pour générer le bonheur social ont fait illusion pendant 30 ans après l’échec communiste et la fin de la guerre froide mais ils sont aujourd’hui clairement compris comme des superstitions.

 

Le Prêteur et sa femme, Quentin METSYS, 1514, Flandres.

La Civilisation du capitalisme (Schumpeter) :  d’où venons-nous ?

Vers 800, c’est la création des premiers monastères, les premières « world companies », sociétés religieuses de production aux réseaux internationaux.
An 1000 : décollage économique de l’Europe le PIB par habitant revient à celui de l’empire romain en 1000 (400$/ habitant/an) et double entre 1000 et 1500 selon l’analyse longue d’Angus Maddison (OCDE 2001).
Les world companies de Cluny, mais surtout de Cîteaux seront les premières à fonder une économie sur une organisation rationnelle du travail et de la production. Cîteaux, contre la thésaurisation de Cluny, invente la frugalité économique et le réinvestissement perpétuel du capital sans en jouir, un mécanisme dont Weber affirmera qu’il est les leviers déterminants et distinctif de l’ « esprit du capitalisme », l’ attribuant à tort au seul protestantisme calviniste.
Le Moyen-âge, la chrétienté, est la première civilisation après l’empire gréco-romain qui fonde son énergie sur les énergies non humaines (inventions technologiques : collier d’épaule, énergie hydraulique et moulin eau …). Cette fin de l’esclavage est directement corrélée à la fin de l’empire romain (fin des trafics internationaux d’esclaves à bon marché) et à la christianisation de l’Europe (Duby) ) à partir du 7ème siècle. Lire la suite de « « Civilisation du capitalisme », quels enjeux RH ? »

Manager en temps de crise


European Business School, 25 mars à 18h au Centre de Conférences MICROSOFT France

avec :

  • Eric Boustouller, Président,Microsoft France. Vice-Président,Microsoft International.
  • Maurice Thévenet, Professeur au CNAM et à Essec Business School. Auteur de “Manager en temps de crise”.
  • Didier Long, Président, EUCLYD, cabinet de conseil en stratégie Internet. Ancien moine bénédictin. Auteur de “Capitalisme et Christianisme”.
  • Eloi Duverger, Membre du Comité de Direction de Groupama (EBS 85).
  • Alain le Bagousse, Directeur en charge des partenariats stratégiques, Right Management France.

Animateur de la Conférence :

Antoine Cormery, Journaliste, France 24.

Qui sauvera la Civilisation du capitalisme ?


La crise que traverse le capitalisme occidental n’est pas seulement une crise économique mais plus profondément une crise de la civilisation du capitalisme qui succéda à Rome. Sortir de la crise oblige à résoudre des questions qui dépassent l’économie et dont paradoxalement seuls les chefs d’entreprises sont aujourd’hui capables.

Lire l’article paru dans la Revue RH&M de janvier 2010: RH&M Capitalisme et christianisme

Grand débat Global RH/ RH&M : « Quel DRH pour le troisième millénaire? »


Le 05 février 2007 Grand débat Global RH 2007 « Quel DRH pour le 3ème millénaire? » organisé par Edgar Added et la revue RH&M avec:

  • Jean-Hervé LORENZI, Économiste, Président du Conseil de Surveillance, EDMOND DE ROTHSCHILD Private Equity Partners et Président du Cercle des Économistes;
  • Michel GODET, Prospectiviste, Consultant en prospective et stratégie, Professeur au CNAM
  • Didier LONG, Philosophe, Théologien, Consultant EUCLYD, Ancien Moine bénédictin
    François-Xavier PIETRI, Directeur de la Rédaction de LA TRIBUNE
  • La croyance « moteur de l’entreprise » par Didier Long, revue RH&M
    La croyance a toujours précédé les civilisations et les projets humains. La ‘civilisation globale’ et l’entreprise du IIIème millénaire n’y échappent pas. La croyance portée par des individualités fortes est le levier déterminant de la création de valeur.