Comment, un japonais, Chiune Sugihara, a sauvé la Yéchiva de Mir des nazis

Je ne sais pas quel ‘hasard’ Google vient de publier un Doodle de Chiune Sempo Sugihara ?(Doodle = ces petites images qui apparaissent à coté de la barre de recherche)

Google Doodle de Chiune Sempo Sugihara

Je voudrais vous raconter aujourd’hui l’incroyable histoire de la plus grande yechiva du monde (6000 étudiants) aujourd’hui en Israël et comment ses étudiants et leur Rav ont été sauvés par… Chiune Sugihara ,  זֵכֶר צַדִּיק, לִבְרָכָה, la mémoire du Juste est une bénédiction (Pv 10, 7).

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En souvenir de Primo Levi-Zal, « Si c’est un homme »

On commémore aujourd’hui le centenaire de l’écrivain Primo Levi (Zal), prisonnier numéro 174 517 à Auschwitz né le 31 juillet 1919 et mort le 11 avril 1987.

Primo Levi

« Aujourd’hui, dans le monde actuel, l’enfer, ce doit être cela. » (Le Lager)
Si c’est un homme, pg. 21

Il rencontre Lorenzo, un maçon italien, qui lui donne de la soupe et du pain, tous les jours pendant 6 mois :
« Il existait encore, en dehors du nôtre, un monde juste, des choses et des êtres encore purs et intègres que ni la corruption ni la barbarie n’avaient contaminés » Si c’est un homme, pg. 189

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Chiune Sugihara, le ‘dernier des justes’, de Kaunas (Kovno) – Lituanie, 1941

Tout siècle obscur voit naître dès son premier jour le bourreau et le Juste… Jacob était un jumeau dans le même ventre qu’Esau… Chiune Sugihara le japonais qui a sauvé 6000 juifs de Kaunas en Lituanie, un peuple inconnu dont il n’avait jamais entendu parler quelques années auparavant… est l’un d’eux. Il est l’Oscar Schindler japonais. Un destin qui est l’exacte antithèse de celui du SS Karl Jäger, que son nom soit à jamais effacé, qui tua 137 346 juifs en cinq mois dans la même ville de Kaunas en 1941. Kaunas est la ville où est né et a grandi Emmanuel Lévinas.

Chiune Sugihara, Helsinki, Finlande, 1937-1938

Les assassinats des Einsatzgruppen de Karl Jäger à Kaunas

Le rapport Jäger, un document de neuf pages daté du 1er décembre 1941, énumère froidement comme un bilan comptable les 137 346 victimes du commandant, hommes, femmes, vieillards et enfants, du SS-SD[1] Karl Jäger et des nazis appuyés par des populations locales enthousiastes à Kaunas, capitale de la Lituanie jusqu’en 1940.[2]

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Bronislaw Huberman, le violoniste de génie qui sauva 1000 musiciens juifs en 1936 et fonda l’Orchestre d’Israël

Partout où il y a des juifs il y a de la culture. Lors du colloque organisé par Patricia Trojman et Régine Bessis ce jeudi à Nice j’ai rencontré Josh Aronson, interviewé par le compositeur Hélios Azoulay (qui travaille sur la musique des camps). Ce documentariste américain a réalisé « L’Orchestre des exilés » un documentaire qui raconte l’incroyable histoire de Bronislaw Huberman.


Didier Long, Hélios Azoulay, Josh Aronson
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Dans l’atelier de Shelomo Selinger avant Kippour

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Ruthy, Shelomo, Didier

Une impression étrange m’a saisi en entrant dans l’atelier de Shelomo Selinger. Celle d’être en face d’une foule de gens avec qui je suis lié par une solidarité invisible, celle du Am Israël. A 13 ans et demi Shelomo a été retrouvé sur un tas de cadavres à Terezin par un officier soviétique juif qui l’a emmené à l’hôpital militaire. En sortant il a été amnésique pendant 7 ans. Il est sorti de l’amnésie par l’art en sculptant ces étranges visages comme quelqu’un qui tente de ressusciter ceux qui sont partis.

Shelomo m’a dit :

« Je ne crois pas en D-ieu mais c’est mon Kaddish, c’est étrange non ? un juif non religieux qui dit le Kaddish ».

J’ai failli lui dire que l’Eternel était au delà de tout mais je me suis repris. Il n’y a pas de réponse au camp. Gérard Haddad me l’a dit.

Ruthy porte en elle toute la noblesse des juifs russes, elle est une sorte de mystique hassid, elle a toujours ces yeux bleus qui brillent qui reviennent de très loin comme s’il avait plu sur son âme. Elle m’a dit :

« A ta Houpa on voyait la sainteté dans cette Shul, je n’ai jamais vu un mariage comme cela de ma vie, les gens qui ont parlé étaient au delà de tout, j’ai croisé le regard du rabbin Harboun, c’était quelque chose d’extraordinaire, inouï » Lire la suite de « Dans l’atelier de Shelomo Selinger avant Kippour »

Shelomo Selinger

 

Shelomo

Photo Rami Selinger

A 13 ans et demi Shelomo a été retrouvé sur un tas de cadavre à Terezin par un officier soviétique juif qui l’a emmené à l’hôpital militaire. En sortant il a été amnésique pendant 7 ans. Il est sorti de l’amnésie par l’art.
La veille de ses 90 ans Shelomo Selinger vient d’achever de tailler la sculpture monumentale qui sera le mémorial de la Shoah à Luxembourg. Il a travaillé comme un forçat et voilà l’oeuvre est née.

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Comme une revanche contre la folie nazie.

Les nazis, que leur nom soit effacé, ont tué son père (zal) en lui faisant aspirer de l’eau sous pression avec un tuyau. Shelomo a dessiné tout cela.

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Shelomo Selinger

C’est toute  la famille de Shelomo, Ruthy sa femme, Rami son fils qui est un jazzman très sensible, sont selon moi un seul et même miracle de la vie. Avec leur sensibilité d’artistes et de chercheurs de mémoire ils ont été pour moi comme des signes de piste par rapport à ma propre amnésie marranne.

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Ruth Selinger

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Rami Selinger

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A mon mariage ma femme Rachel a demandé à Rami de jouer « Sometimes I Feel Like A Motherless Child  » de Louis Armstrong.

C’est la chanson qu’écoutait ma mère quand elle a eu les eaux de ma naissance.

Shlomo, Ruth, Rami, c’est la victoire de la vie. Qu’ils soient bénis !

Am Israël Haï, le peuple d’Israël est tellement, éternellement, vivant.

Aaron Appelfeld (zal) est parti

Aaron Appelfeld

Aharon Appelfeld était l’écrivain de langue hébraïque le plus traduit au monde. La France l’a découvert par le prix Médicis Étranger en 2004. C’était un immense écrivain qui vivait à Jérusalem à Mevasseret Zion. Il disait :

« Je ne suis pas un écrivain de l’holocauste et je n’écris pas sur cela, j’écris sur les hommes juifs »

Comme Primo Lévi, Agnon, Celan il a écrit sur l’impensable des camps.

Il dit dans Histoire d’une vie :

« J’ai éprouvé le besoin de rassembler toutes les bribes de mon existence pour en avoir un aperçu. Histoire d’une vie, ce sont les mémoires d’un écrivain, non d’un historien ou d’un chroniqueur. Enfant, j’ai été très marqué par la disparition de mes parents. Mon existence d’alors comprend de nombreuses failles que j’ai tenté de combler. Il y a donc un peu de fiction dans ces mémoires intitulées « Histoire d’une vie »  et non «  Histoire de ma vie »  par souci d’exactitude ; il s’agissait de prendre un exemple, de dérouler le fil d’une destinée. L’imagination a pu suppléer aux insuffisances de la mémoire ; par ailleurs, il y a des événements sur lesquels je n’arrive pas encore à écrire, la façon dont ma mère a été tuée, les cruautés dont j’ai été témoin… »

« Ma mère a été assassinée dès le début de la guerre, lorsque les Roumains et les Allemands ont envahi notre région à la frontière roumano-ukrainienne. J’ai été renvoyé de chez nous avec mon père vers un lieu de regroupement et c’est là qu’a commencé une marche extrêmement longue de ces pauvres affamés. Nous avancions sans nourriture, l’hiver était rude, les gens tombaient, et une fois qu’ils étaient à terre, on les abattait. C’est ainsi que nous avons marché jusqu’à ce que nous soyons arrivés à un endroit clos, où l’on m’a séparé de mon père, suite à quoi, je ne l’ai plus jamais revu. Lorsque j’étais avec lui, c’était bien mieux. Mon père prenait soin de moi, me protégeait. Nous avons vendu nos habits, un manteau, un pull, tout ce que nous portions sur nous, malgré le froid intense, pour acheter de la nourriture. À l’âge de huit ans et demi, je me suis retrouvé seul, enfant juif isolé, pris entre les Allemands et les Ukrainiens, avec à l’horizon cinq années de guerre et le sentiment intuitif que je devais cacher mon judaïsme et mon identité. »

« J’imaginais que ma mère m’attendait, qu’elle reviendrait me chercher, et je n’avais aucun doute à ce sujet, tant elle m‘aimait et était attachée à moi, qu’il était totalement hors de question qu’elle ne vienne pas à moi. Je savais qu’elle n’était plus de ce monde, mais j’ai conservé cette illusion qui m’a accompagné durant toute la guerre. »

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La lumière et l’ombre

Hanoukia

Le rabbin Akiva Posner a été le dernier rabbin de la communauté de Kiel en Allemagne. sa famille a quitté l’Allemagne en 1933 et est arrivée en Palestine en 1934.

En 1932, juste avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler, Rachel Posner, son épouse, a pris une photo du chandelier, posé, comme c’est la coutume, sur le rebord de la fenêtre  de son appartement. En face, un bâtiment arborant les drapeaux nazis à la croix gammée.

Cette photo est à Yad Vashem.

Au dos de la photo, elle a  écrit en allemand :

“Hanukkah 5692,

Mort au peuple juif

dit la bannière.

Vive le peuple juif !

crie la lumière.”

dédicacemenorah

Chaque jour nous allumons pour que la lumière monte un peu plus en nous !

Vel D’Hiv, Bastia, Souviens-toi, Izkor.

Envoyé par mon père ce matin. Devant la synagogue Beit Knesset Meïr de Bastia .
Les Corses n’ont pas livré les juifs en 40.
Vel d’Hiv, 16 et 17 juillet 1942, 75 ans déjà. Aucun n’en reviendra La plupart ont été déportés au camp d’extermination d’Auschwitz Birkenau.
Les lois, la  police, la préfecture… étaient français. Il s’agissait de femmes, d’hommes et de vieillards mais aussi d’enfants que les français on rajouté à la rafle dépassant les ordres allemands.

Aucun des quelque 600 Juifs vivant en Corse n’a connu le même destin des juifs à Paris en 1942. Nous, le peuple Corse, le préfet de Bastia… n’avons pas obéi. Nous ne livrons pas nos frères et soeurs. Celui qui touche un juif touche la prunelle des yeux de D-ieu.

« Oui, ainsi parle l’Éternel des armées: Après cela, viendra la gloire! Il m’a envoyé vers les nations qui vous ont dépouillés; Car celui qui vous touche touche la prunelle de Son œil. Oui, voici, je vais diriger ma main contre eux, de sorte qu’ils deviennent la proie de ceux qui leur étaient asservis : Alors vous saurez que l’Éternel des armées m’a envoyé » (Zacharie 2, 8)

Meïr Long.

Bastia Vel d'Hiv1Bastia Vel d'Hiv2

Le Rema à Cracovie

Une de mes amies marrane, juive de Corse s’est rendue à Auschwitz et avant à Cracovie sur la tombe du Rabbi Moshé Issarlès dit le Rema.

Le Rema (1520-1572) était un éminent talmudiste et célèbre décisionnaire de la Renaissance connu pour son commentaire du Choulkhane Aroukh (la Table dréssée – recuell des lois de la Halakha orthodoxe composé par Yosef Caro à Safed au XVIè siècle encore valable de nos jours) nommé hamappa modestement, « la nappe». Dans son enseignement, il s’oppose au pilpoul (la casuistique talmudiques sans fin et parfois sans conséquence vitale) pour s’en tenir à la simple interprétation du Talmud.

Au Maharshal qui lui reprochait d’avoir fondé une partie de ses décisions
sur Aristote, Il répond qu’il a étudié la philosophie grecque selon Maimonide dans son « Guide pour les Perplexes », et alors seulement le Chabbat et Yom Tov (jours de fête) – et de plus, il est préférable, dit-il, d’étudier la philosophie que la cabale qui peut être source d’erreurs dans le rapport à Dieu.

Cracovie : tombe du Rema et synagogue avant hier :

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