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Un conte (vrai) de Tisha be Av : L’incroyable aventure des juifs de Ventimiglia la Nuova (Porto-Vecchio).

21 juillet 2015 1 commentaire

Des noces éternellesOn retrouvera l’aventure des marranes de Ventimiglia la Nuova et ses sources dans les archives secrètes de Gênes dans mon livre « Des noces éternelles, un moine à la synagogue »

Ventimiglia la Nuova

Par une requête du 14 novembre 1577 au bureau de la Corse de la Banque Saint Georges de Gênes (la banque publique), Pietro Massa, « arquebusier » en 1562 à Bonifacio pour le Sérénissime est devenu « barbier chirurgien » en 1570 … et à Giacobo Parmero proposaient d’emmener 167 familles originaires de la « riviera du ponant (de l’ouest) » à Porto-Vecchio pour y fonder une « colonie » génoise de cultivateurs et d’hommes d’armes. La raison invoquée de ce départ est la soi-disant préférence de ces chefs de famille pour un sort incertain plutôt que de vivre dans l’indigence en Ligurie.

Lettre Massa et Parmero

Lettre de demande de Pietro Massa et Giacobo Parmero au Bureau de la Corse de la République de Gênes,
d’envoyer 150 familles reconstruire Portovecchio (14 Novembre  1577 )
( Archives Secrètes de Gênes,Corse, n.g. 7 ) .

On envoya donc 167 familles, 460 personnes des deux sexes- une véritable armada composée aussi de soldats !  pour fonder la Ventimiglia la Nuova, la Nouvelle Vintimile, Porto-Vecchio.

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Porto-Vecchio vue des marais du golfe

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Porto Vecchio vue de la montagne

Pourquoi de Vintimille ? parceque la Banque Saint Georges (l’Ufficio di san Giorgio) avait acquis Vintimille le 6 novembre 1513. Pietro Massa le fondateur de Porto-Vecchio était très certainement de la famille du jurisconsulte à Gênes Matteo Massa, qui fit partie de l’ambassade envoyée à Gênes lors de la prise de possession de la Banque sur Vintimille. Massa, un mot qui signifie aussi « fardeau »  ou une charge dont on est responsable dans la Bible hébraïque[1] ou massari (le chef d’une communauté juive en Italie à la Renaissance. A moins que l’homme porte comme la plupart des juifs de l’époque le nom de sa ville de résidence. Une charte des Archives secrètes de la sérénissime précise : « Domenico Cipollini, Consul de Nicora, demande et obtient de Gênes que les juifs de Massa et Carrare soient obligés de porter la rouelle quand ils vont à Nicora faire leur marché »

Le patronyme de Parmero est probablement celui d’un juif issu de la ville de Parme à une centaine de kilomètre au nord-est de Gênes. Ceux qui connaissent les manuscrits juifs se souviennent du fameux Psautier de Parme, un livre de Psaumes du XIIIè siècle avec un commentaire d’Abraham Ibn Ezra. Heureux l’homme…

psautier de Parmes

Psautiers (Théhilim) de Parme,  Ms. Parm. 1870 (Cod. De Rossi 510) ,  Bibliothèque Palatine de Parme.
Ce livre des Psaumes enluminé a été composé et décoré vers 1280, probablement à Emilia en Italie du Nord.  

Habillement, et forts de l’expérience de militaire en corse de Massa, les deux compères insistaient sur le fait que leur petit entreprise permettait d’installer une domination génoise entre Bonifacio et Solenzara avec pour effet de sécuriser la cote. Assez curieusement dans cette missive Giacomo s’appelait de son vrai nom « Giacobo ».

La requête de Massa au Bureau de la Corse de l’Ufficio stipulait en son point 22: Che loro Signorie Illustrissime concedino a essi habitatori, che possino dar nome a esso luogo di Portovecchio, di Vintimiglia la nova. « Que vos Seigneurs illustrissimes concèdent à ses habitants de pouvoir nommer ce lieu de Porto-Vecchio, Vintimille la Nouvelle. ».

Le Gouvernement de Gênes édictait le 9 juillet 1578 vingt-six Capitoli (chapitres)[2], adressés à « Pietro Mazza et Giacomo Parmero » qui fixaient les conditions financières et militaires de l’expédition. Massa reçut le commandement de l’expédition, avec le titre de podestat, ayant des droits de justice.

Le chapitre 3 : « Conditions détachées à ce territoire de peur de se quereller au sujet de ses frontières, et des terrains qui sont donnés gratuitement pour toujours » stipule :

« Nous donnons, et accordons librement auxdits Pietro, Giacomo, et leurs compagnons et à leurs héritiers et successeurs : tous les terrains qui existent sur le territoire de Porto-Vecchio, à savoir la vallée de Pruno et Muratello, et San-Martino avec leurs frontières respectives, au lieudit de Porto-Vecchio de cultiver, et semer, mais sans préjudice de tiers. »

Muratello est mon village.

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Les juifs à Gênes

Hors l’Ufficio qui avait financé Christophe Colomb se devait de caser les juifs. Composé de nombreuses familles juives (Ghisolfi, ) et bien sûr marranes il s’atlela à cette tâche discrètement, tout comme Dona Gracia Nassi de la banque Mendès exilée à Amsterdam, Venise, Ferrare… qui sauva des milliers de ses compatriotes.

La Corse en face de Gênes devint vite pour eux une destination crédible. Il y avait deux populations à Gênes, les riches qui pouvaient facilement partir vers la Hollande, la Turquie ou d’autres villes italiennes… et qui surtout était une manne pour la ville… au point qu’on créa les ghetto pour les garder contre les ordres du saint Siège qui demandait de les expulser des villes… et les pauvres qui erraient dans les villages misérablement. La Corse était à 250 km, une encablure… L’Ufficio, selon une politique agraire organisée, peuplait ces terres basses de l’île désertées par les populations autochtones à cause des incursions des corsaires turcs qui hibernaient en hiver dans le golf de Porto-Vecchio et de la malaria, Le « mauvais air » des marécages, mortel.

Palazzo_San_Giorgio

Palazzo di San Giorgio sur le port de Gênes, siège de la banque (Office des compères de Saint Georges) qui administre la Corse et les comptoirs de Crimée, Gazaria (famille juive de Ghisolfi) à partir de 1453.

La Thalassocratie Ligure qui avait toujours assuré le commerce avec les ports de Provence et d’Espagne devint ainsi la première destination des marranes à partir de 1492 et avant la fondation de Livourne en port franc un siècle plus tard (les juifs sont seulement 130 à Livourne en 1600). Le premier navire de réfugiés en provenance d’Espagne était arrivé à Gênes en 1478, mais la plupart étaient arrivés après l’expulsion, en automne et en hiver de 1492-1493. Combien étaient-ils ? Des milliers si l’on en croit un prédicateur de l’époque dont la haine mortelle ajoute peut-être au nombre,.. Ces réfugiés étaient pour la plupart comme nous l’avons remarqué des marranos très pauvres venus d’Espagne et du Levant. Maltraités, dépouillés par les passeurs, ils avaient horriblement souffert en route : « beaucoup sont morts de famine, et d’abord les femmes qui allaitent et les enfants… ceux qui n’ont pas d’argent vendent leurs enfants » rapporte un chroniqueur de l’époque. On raconte un prédicateur se promenant dans le foule affamée et proposant aux mères une miche de pain contre le baptême de leurs enfants.

Seuls ceux possédant ces sauf conduits toujours temporaires qui peuplent les archives de la République avaient le droit de résider dans la ville en portant le badge jaune, les autres avaient le choix entre les galères ou se disperser dans les villages ligures. Rien d’étonnant à cela : toutes les villes d’Italie en ce milieu du XVIè siècle vivent au rythme d’un afflux massif de marranes en fuite. Dans un rapport rédigé en 1564 un serviteur zélé de l’Inquisition s’inquiète : « Il n’y a pas de ville en Italie où l’on ne trouve des marranes portugais qui ont fui l’Inquisition au Portugal. Ils s’enrichissent parce qu’ils commercent de toutes les manières tous les produits sans restriction, comme les chrétiens. Ensuite, ils déménagent en Turquie et informent le grand Turc de tout ce qui se fait ici. »[3]. Les quelques 167 chefs de familles qu’embarqua Massa étaient donc des marranes de la seconde ou troisième génération dispersés sur la côte Ligure dans des conditions misérables en attendant retour à meilleur fortune, alors que la peste frappe à nouveau Gênes en 1556 et la construction de son Ghetto sous l’impulsion du saint Siège en 1560.

Les années 1580 en Espagne, au Portugal et en Italie sont celles où les Etats catholiques comprennent qu’ils ont échoué à convertir les juifs, ils adoptent alors une autre stratégie qui vise à les chasser de la société chrétienne, avant de les enfermer dans des ghettos pour ne pas contaminer leurs ouailles. La pureté de la foi passait désormais par la pureté du sang.

Tisha be Av 1492

Le projet de Massa et Parmero était probablement d’établir une Nouvelle Vintimille, une Nouvelle Jérusalem, où le nom des marranes et de leurs enfants ne serait pas définitivement effacé par le Saint Office de l’Inquisition. L’immense détresse de marranes dans un miliou où on lit un peu trop la cabale s’est transformée en folie millénariste. Le messie doit venir et la Jérusalem céleste régner. Selon la prophétie, les habitants des iles se convertiront au D. unique.

Rien d’étrange à l’époque : Colomb qui quitte l’Espagne le 03 aout 1492 (le décret d’expulsion expire le 31 juillet !), découvrira une Nouvelle Espagne et un Nouveau monde selon un projet prophétique messianique et apocalyptique parfaitement documenté. Arrivant à l’embouchure de l’Orénoque Colomb croit avoir trouvé le fleuve du jardin d’Eden ! Sa circumnavigation (du moins le croit-il) prépare l’Apocalypse, la geoula,  une fin des temps dont il est rien moins que « le Prophète » ! Il signait Christo ferens, « Le porteur du Christ ».

Colomb amalgamait l’Espagne messianique avec la Cité de David dans une exégèse allégorique audacieuse… car le prophète Isaïe ne parle pas de l’Espagne… mais Colomb interpréta le fameux chapitre 60 d’Isaïe en traduisant « Les rois de Tarsis et des îles » par les rois d’Espagne. Une exégèse médiévale qui est en fait juive et qu’on retrouve chez Maïmonide… La Corse faisait donc un bon candidat comme île messianique pour les naufragés de Vintimille.

Fait étrange les « Giacomo » partis le 25 novembre 1578 d’Italie, se sont transformés dans une nouvelle liste en  « Giacobo » le 21 mai 1579, neuf mois plus tard à leur arrivée. la même signature que dans leur lettre de demande initiale. Pas moins de 18 Jacob dans la liste et un seul Giacomo, ce qui exclut la possibilité d’une erreur de copiste. Bien que l’orthographe ne soit pas fixée à l’époque comme aujourd’hui et qu’on portait aussi des prénoms de la Bible… il fait peu de doute que ces Giaccobo soient d’anciens juifs dont on a masqué l’identité au départ à Gênes.

Liste de Jacob

La « liste de Jacob » : Liste des chefs de famille qui se préparent à partir pour la Corse (19 à 24 Août 1578 ) .
( ASG , Corse, ng 7 ; cf. tableau 1 , première colonne ). Tous les Giacobo (Jacob) des courriers et de la liste après le désastre (Jacob ont été transformés en prénoms chrétiens Giacomo (Jean). Parmero est devenu Palmero.

Liste de Jacob 2 Lire la suite…

« Des Noces éternelles » : le tombeau des Patriarches et des Matriaches à Hébron.

19 décembre 2014 3 commentaires

Des noces éternellesUn des chapitres de mon Livre Des noces éternelles, un moine à la synagogue qui sera publié le 23 janvier chez Lemieux-éditeur se situe à Hébron.

On trouve là la Tombe des Patriarches et des Matriarches,  les tombeaux d’Abraham et de Sarah, d’Isaac et de Rebecca, de Jacob et de Léa (celui Rachel se trouve ailleurs) et celui de Joseph. Des cénotaphes plus que des tombes en fait.

Al Shuahada Street, c’est ainsi qu’on nomme la rue qui mène au Tombeau des Patriarches (et des Matriarches) est un no-mans Land où règne la guerre et la peur. Cette rue est l’un des coins les plus fous au monde que j’ai visité en 2009 et 2010.

C’est un lieu dramatique où des juifs ont été massacrés en 1929, des arabes dans la mosquée-tombeau en 1999. L’opération « Bordure protectrice » a commencé suite à l’enlèvement et au meurtre par le Hamas de trois jeunes israéliens dans cette région entre Bethléem et Hébron, et s’est terminée ici à Hébron. Le livre raconte mon histoire et cette folie.

Mais c’est aussi un lieu d’espoir, de mémoire des noces des patriarches et des matriarches, de la fraternité, un jour viendra, des enfants d’Abraham.

Je publierai chaque semaine un reportage sur un lieu du livre. En attendant de lire le 23 janvier, voici déjà quelques images:

 

« Des noces éternelles, un moine à la synagogue » 4 de couverture :
Didier, moine bénédictin pendant dix ans, dit les psaumes dans le silence d’une forêt. Un jour, coup de foudre, il quitte le monastère pour la journaliste de télévision venue l’interviewer.
Quinze ans plus tard, alors qu’il enterre son meilleur ami emporté par une avalanche, les mots des psaumes viennent à ses lèvres… en hébreu. Tel un amnésique, sa mémoire familiale remonte lentement à la surface. L’ancien moine découvre en Jésus un simple homme juif, commence à pratiquer le shabbat, et se résout à pousser la porte de la synagogue au bout de sa rue. Depuis, le moine bénédictin y prie encore.
On croise bien d’autres figures dans ce livre : un Waffen SS français, un bénédictin érudit amoureux d’Israël, un rabbin de conte oriental né dans le Mellah de Marrakech, Jacques Chirac, le Grand rabbin Haïm Korsia, une communauté de juifs séfarades magnifiques…
De la Corse à l’Alsace en passant par l’Algérie, Gênes, Amsterdam et Jérusalem, Didier Long nous entraîne dans une émouvante aventure spirituelle.
À travers cette épopée singulière et fourmillante, Didier Long témoigne aussi du « bricolage religieux » né dans la mondialisation, et phénomène émergent d’un XXIè siècle de plus en plus spirituel.

A Paraître le 23 janvier 2014

(sur le site de Lemieux Editeur)

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