Sonia Delaunay, une amnésie juive

« Ne succombez jamais au désespoir, il ne tient pas ses promesses »

Proverbe Yiddish
En centre : Robert Delaunay-autoportrait, derrière : tableaux de Sonia Delaunay

Le peintre Robert Delaunay est assez connu mais sa femme Sonia qui fut en réalité une artiste majeure, (et peut-être plus importante que Robert) est une figure oubliée. Il suffit de se rendre au Centre Pompidou pour voir les emprunts multiples de l’un à l’une. Mais quelles furent leurs vraies relations ? Que s’est-il passé avec Picasso, Apollinaire ou Chagall ? Pourquoi le coup de foudre  entre elle la jeune juive ukrainienne et Blaise Cendrars, quels lien avec Apollinaire, l’inventeur du cubisme et de la modernité ?

Comment la mémoire juive a-t-elle voyagé à la naissance de l’art moderne au début du 20ème siècle en ce Montparnasse où l’on croise Picasso, Aragon, Elsa Triolet… ?

tableaux (inversés) de Sonia Delaunay- Sonia Delaunay- Prismes électriques, 1914 / Robert Delaunay– Manège de cochons 1922

Résoudre un conflit intérieur

Depuis que je suis enfant ma mère nous a emmené en pèlerinage, de l’exposition Picasso à Vallauris, au Musée Matisse à Nice. Il n’y avait pas une journée sans art, peinture, architecture, etc…, autant vous dire que pour nous, les jumeaux Long, ce fut parfois l’overdose.

Eric Besnier, Jumeaux Long

Mais nous avons gardé l’amour de l’art qui nous conduit parfois à Céret (Pyrénées Orientales) sur les traces des peintres juifs comme Chaim Soutine.

Mon frère, Olivier avant d’être recalé au noviciat jésuites parce qu’il était peu doué pour le célibat, a quant à lui, choisi la peinture, les beaux Arts, il est sorti major de l’école des Arts décoratifs de Paris et à passé une thèse et une agrégation d’arts plastiques, il est aussi Maitre de conférences en arts plastiques à la Sorbonne. Mais c’est surtout un peintre. Nous suivons tous deux un chemin intérieur. De mon coté j’ai eu une carrière artistique brève et fulgurante de dilettante inspiré et j’ai continué a bricoler mes bidons spirituels le dimanche (un bidonneur du dimanche !) quand mon frère jumeau a passé beaucoup de temps en atelier.

Ma mère citait toujours le peintre Pierre Bonnard :

« Un peintre en bâtiment m’a dit : la première couche c’est toujours facile, mais Monsieur, je vous attends à la deuxième ».

Pierre Bonnard

Je n’ai jamais atteint la seconde couche, Olivier en est à la dixième. Ainsi je suis devenu sculpteur d’art brut, cet art des fous et des gens indemnes de toute culture artistique.

Olivier et Didier Long

La vie est ainsi faite que rien ne se perd tout se transforme. Aujourd’hui mon judaïsme recroise la sculpture (www.atcan.biz) à la manière d’une œuvre anti-idolâtrique (le judaïsme nous interdit la représentation ou l’adoration des sculptures de main humaine). « Tout homme qui rejette l’idolâtrie est ‘Juif’ » (Talmud Méguila 13 a). Et comme je voulais comprendre des souvenirs d’enfance qui reviennent aujourd’hui de manière intense, j’ai été à Beaubourg pour voir les artistes juifs : Sonia Delaunay et aussi Marc Chagall (artiste sur lequel je ferai un prochain post). De mon point de vue, ils ouvrent des voies qu’ont occulté le triomphe de Picasso, Léger et autres gloires de l’époque. Olivier avec qui je m’entends comme s’entendent deux frères jumeaux m’a raconté quelques impressions que j’essaie de vous retranscrire ici.

Voici le site des peintures d’Olivier : http://www.olivierlong.com/

Et voici son atelier :

Sonia Delaunay, une enfance juive au Shtetl

Sonia Delaunay, Prismes électriques, 1914

Sonia Delaunay nait Sarah Stern en 1885 dans une modeste famille juive ukrainienne, dans le shtetl de Gradizhsk au sud-est de Kiev. Un milieu très pauvre d’artisans besogneux mais cultivés par le Talmud, on parle le Yiddish à la maison. Elia Stern son père, ouvrier puis patron d’une fabrique de clous, est un juif observant [1], il a épousé Hanna Terk la mère de Sarah (qui parle russe) et ils ont fui en 1884 les pogroms d’Odessa de 1881 et 1884 par les chrétiens orthodoxes (qui se répèteront et 1921). Odessa était alors l’une des plus grandes villes juives du monde avec Vilna et Salonique. Gradizhsk sera brûlée avec ses archives et ses habitants pendant la Shoah. Sonia grandit dans une famille juive traditionnelle. On pratique Shabbat et fêtes en famille, on dit les bénédictions, on mange cacher… mais le fils ainé Guenrikh se fait vite appeler Henri et se convertit à l’orthodoxie chrétienne pour accélérer sa carrière d’avocat.

On lira à ce propos l’excellent livre de Sophie Chauveau, Sonia Delaunay, la vie magnifique publié chezTallandier en 2019 d’où je tire ces détails.

Et c’est à ce moment que la jeune Sarah va être arrachée de ses racines familiales, de sa mère « qui ne cessait de geindre » et de son père chéri : « Je détestais ma mère autant que j’aimais mon père » dira t-elle. Vers l’âge de 5 ans probablement.

Saint Petersbourg… priez pour nous

L’Oncle Terk, frère de Hanna la mère de Sarah-Sonia, débarque de Saint Pétersbourg à Gradizhsk en 1890. Il appartient à un milieu beaucoup plus aisé qui propose à la famille de la etite Sarah, de faire son éducation à Saint Pétersbourg, capitale des arts de la Russie de l’époque. Comment refuser une offre pareil dans la misères du Shtetel. Et ainsi sa femme la stérile Anna Zak aura un enfant de la sœur d’oncle Terk !

La jeune ukrainienne traverse la Russie du sud au nord, passe de sa mère Hanna détestée à sa nouvelle mère, tante Anna… et reçoit une éducation russe classique (Miss anglaise et demoiselle française ainsi qu’une bonne allemande qu’elle adore) d’une famille juive sans intérêt pour sa religion. On l’appelle Sonia. On chante des lieds romantiques à la maison, villégiature d’été en Finlande et mère décide de tout. Enfant solitaire et renfermée Sonia se passionne pour la couleur, l’art des musées européens, qu’elle visite dès son plus jeune âge. Son riche oncle l’envoie faire des études d’art à Munich, les meilleures de l’époque. Max Liebermann que son oncle collectionne lui offre sa première boite de peinture. Elle s’éprend de la peinture de Gauguin et des cerces symbolistes de la ville. Imperceptiblement Sarah Elevna Stern est devenue Sofia, puis Sophie, puis Sonia, une personnalité malléable avec un nom « Terk » qui ne sonne pas l’infamie juive.

Montparnasse, centre du monde artistique

Elle en rêvait : elle part dans la Pension pour jeunes filles étrangères à Paris pour un an en octobre 1906 à 20 ans… elle y restera pour toujours.

Elle quitte la pension un an plus tard et s’installe chez sa tante au 123 boulevard du Montparnasse. Profession : Artiste Peintre. Elle est à l’épicentre du tremblement de terre qui va faire naître l’art moderne. L’année suivante Picasso peindra le manifeste du cubisme, Les demoiselles d’Avignon dans son atelier de Montmartre. En 1911 il s’installera dans un atelier situé au 242 boulevard Raspail, dans le quartier de Montparnasse, qui devient alors le cœur de la vie artistique et intellectuelle parisienne.. Entre 1908 et 1914 Paris déborde de russes. C’est l’époque où Aragon s’installe avec Elsa Triolet sa compagne russe. Les femmes nues sont modèles d’artistes et elles entrent dans les cafés comme les hommes ! la Rotonde le Select ou le Dôme. Sonia s’y attable avec ses amies en mode parisienne et grands chapeaux. Une vie libre. Saint Saint-Pétersbourg est loin. L’affaire Dreyfus est encore dans toutes les mémoires. Elle est juste Terk.

Robert

Robert Delaunay – Manège de cochons 1922 / Sonia Delaunay – Prismes électriques, 1914

Mais Sonia va échapper à la famille Terk qui veut la voir revenir à Saint-Pétersbourg en contractant un mariage blanc avec Wilhelm Uhde un galeriste allemand renommé qui expose Braque, Picasso et le Douanier Rousseau, et aussi sa femme de ménage – au style forcément naïf.

Le mariage avec Uhde rate lamentablement, homosexuel, il la rend riche mais elle reste vierge. Mariée déçue, c’est une séductrice de 24 ans tombe follement amoureuse de Robert Delaunay. Robert est l’ennemi (en peinture) de Picasso un macho riche qui satisfait toutes ses envies… de puissance et de peinture. Elle l’épouse en 1910 après plusieurs années de vie clandestine. A nouveau elle s’évade donc, fuyant son passé russe pour Paris.

Robert Delaunay

Robert est le roi de la fête.

Les fêtes de Robert Delaunay

Véritable pilier du couple, en véritable femme d’affaire, Sonia l’éclectique vole de la décoration à la peinture en passant par la mode. Elle abolit la distinction entre arts mineurs et majeurs, et s’exprime dans de multiples domaines.

Habillée en tailleur Chanel, elle peint chaque matin des gouaches très subtiles, pendant que Robert, moins raffiné, opère de nombreux emprunts à son travail ! Elle est juive (cachée), Robert n’a rien d’un philosémite.  Au Bal Bullier, haut lieu des nuits parisiennes avant la première guerre mondiale, Robert est le roi de la piste avec ses costumes bariolés. Le roi de la piste fait de la boxe. Colérique il n’hésite pas à faire le coup de poing… Sonia cherche un père, elle se damne pour lui. Le couple danse mais c’est lui l’homme fort de la maison. Comme « L’oncle Terk » ce machiste nerveux et intempestif qui l’a sauvé du Shtetl et des pogroms.

Chez Robert au centre du tourbillon de couleur on trouve toujours les bas des filles au centre du Manège de cochons (1922) , et Robert qui a copié le tableau de Sonia de 1914 est toujours le roi de la fête foraine des années folles…

Sonia Delaunay, la véritable inventeur de l’abstraction moderne avant Kandinsky et Klee

Robert est le théoricien des recherches de Sonia, plus intuitive. Sa théorie de la peinture assigne des vitesses aux couleurs, il croise cela avec la course folle du transibérien, l’aviation naissante, la fascination pour la vitesse et les grosses voitures, la théorie des contrastes simultanés de Chevreul et la grand-roue qui tourne au pied de la tour Eiffel, et voilà qu’une théorie de l’abstraction naît : le simultanéisme. Théorie bancale bien sûr… peu importe, les œuvres se multiplient.

La presse du Transibérien et de la petite Jehane de France,
Blaise Cendrars et Sonia Delaunay

La vision de la couleur de Sonia s’enracine dans des émotions d’enfance de la broderie ukrainienne. Sonia repère l’art africain à Paris et se passionne pour les étoffes traditionnelles de ce continent. Loin de la Waxmania contemporaine, ces étoffes disent une cosmologie, un rapport au monde. Leurs couleurs raffinées fascinent Sonia. Comme tous les gens pauvres, elle confectionne des patchworks avec des restes d’étoffe. Elle va coudre une couverture pour la naissance de son fils. Celle-ci sera exposée à Munich. Elle marquera Paul Klee dont le vocabulaire en damier est inspiré de cet ouvrage de dame. Sonia, sans rien en dire, vient d’inventer l’abstraction : un art sans représentation, l’Orphisme naît.

‘Couverture de berceau’ de Sonia Delaunay
Sonia Delaunay- Coffre pour enfant… un manifeste d’art abstrait

Suite à cela, Kandinsky, aura beau jeu d’antidater la « première aquarelle abstraite » pour s’autoproclamer fondateur de l’abstraction avant Sonia. Klee, quant à lui, aura l’honnêteté de reconnaître l’influence de Sonia.

C’est une serial innovatrice : les affiches publicitaires en papier découpé de Sonia Delaunay du tout début du vingtième siècle préfigurent les papiers découpés du Matisse des années 50.

En réalité Sonia est volage.

Le coup de foudre pour Cendrars

Elle est à Paris, ce qu’elle voulait de tout son être, mais, à nouveau la mémoire de l’étape précédente réémerge. Sous forme de coup de foudre cette fois-ci en 1912.

C’est chez Guillaume Apollinaire que Blaise rencontre Robert et Sonia qui dira:

« C’est un coup de foudre. »

C’est ainsi que se fait jour l’idée esthétique de simultanéité qui consiste à introduire des contrastes simultané de couleurs dans sa peinture (Cf, Prismes électriques, 1914) des couleurs complémentaires qui semblent vibrer à leur lisière l’une renforçant la puissance de l’autre, l’une inspirant l’autre. Sonia et Robert ? ou Sonia et Blaise ?

La Prose du Transsibérien de Cendrars évoque le voyage d’un jeune homme dans le transsibérien allant de Moscou à Kharbin en compagnie de Jehanne, « Jeanne Jeannette Ninette « , qui se révèle être une prostituée. Un poème-tableau en accordéon de deux mètres de long où texte et image sont étroitement imbriqués. Les voyages de Cendras à Moscou croisent la vie de Sonia.

Blaise Cendras-Sonia Delaunay « La prose du transibérien et de la petite Jehanne de France » 1913

Bizarrement elle colle ces noms au coeur des Prismes électriques en 1914 . « Jeanne de France », « Blaise Cendrars », « Terk », « Mr Delaunay », mais aussi « Syndrome », « peinture » « représentation », « texte »; Prose et bien sur « transibérien »… le train qui l’a amené en France… une sorte de rébus de sa mémoire personnelle et transgénérationnelle au coeur d’un tableau parfaitement abstrait. Une sorte de surréalisme avant l’heure.

Désormais elle est juive assimilée, incognito. Tout est enfin oublié. Qui est « la Petite Jeanne de France » ? Sonia ?

Robert pouvait-il rêver d’une femme plus soumise ?

Elle répète «Il n’y a que Robert qui apporte quelque chose de nouveau et de réel. Mes “petites choses”, je ne les renie pas, mais c’est une autre sensibilité, elles n’ont que l’importance d’études de couleurs »

A moins que Robert ne soit l’avatar de Sonia ?

Mais les choses se gâtent avec l’arrivée de la seconde guerre mondiale et l’occupation. Robert meurt d’un Cancer de l’anus, soigné par le docteur Piolet.

Par une drôle de coïncidence c’est ce chirurgien qui a soigné le bras de mon frère jumeau à la clinique Saint-Amable à Royat dans les années 70’.

A la mort de Robert en 1941, Sonia lui attribuera la paternité de l’abstraction. Sonia écrit dans son journal: «Ma raison d’être désormais sera de mettre en valeur l’œuvre de Robert, qui n’a pas été appréciée comme elle le méritait pendant sa vie.» 

Ses tours Eiffel font le tour du monde.

Robert Delaunay Tour Eiffel

Elle est une ambassadrice hors pair qui va faire vivre la mémoire du Maître pour la transformer en mythe. En 1955, grâce à elle il est reconnu comme un des maîtres de son époque. Le Musée Solomon R. Guggenheim lui consacre une grande exposition puis une autre à à l’Institute of contemporary art de Boston.

Chez Sonia une nouvelle étape chasse la précédente tout en exprimant le passé en lapsus, c’est ainsi qu’elle finit par faire baptiser son fils dans le christianisme orthodoxe. C’est prudent à l’époque. Rappelons-nous que Cendrars dont elle tombera amoureuse était antisémite, un antisémitisme d’époque, que ses parents ont fui les progroms et que son Shtetl sera rasé par la Shoah pas balles.

Le vol de la Joconde

Après le vol de la Joconde par un italien le 21 août 1911; qui la cache, durant deux ans, dans sa chambre près du canal Saint-Martin, la France moisie s’en prend aux étrangers. Quand la Joconde est volée les juifs, ces « voleurs nés » y sont forcément pour quelque chose. Et c’est là qu’apparait Apollinaire le fils d’une cocotte qui va d’Italie à Nice.

Wilhelm Albert Wlodzimierz Apolinary de Was de Kostrowitsky  dit Guillaume Apollinaire a été amoureux du judaïsme (voir ici) au point d’étudier l’hébreu et d’aimer une femme juive “elle avait des yeux israélites”. On pourra relire son poème “La synagogue”.

Il est un ami de Paul Klee le fameux peintre de l’ange de l’histoire qui inspirera à Walter Benjamin sa théorie messianique d’une histoire des vaincus.

Apollinaire, Poème à Lou
Je porte au cœur une blessure ardente elle me vient de toi ma Lou LOU M’A PERCÉ le cœur J’ai le cœur percé c’est Lou J’aime Lou

Picasso qui n’a jamais eu d’empathie que pour lui-même lâche le pauvre juif Apollinaire quand il est exposé à la vindicte publique suite à un vol de statuettes au Louvre. Il n’a pas commis ce vol, esseulé, miné par cette affaire, Sonia le recueille. Robert c’est le lourdaud qui peint des Tour Eiffel et dont on dit qu’il a inventé le Pop art (WahouEffect assuré). Apollinaire c’est une vision cosmique du monde et de la tourmente qui le porte aux quatre coins de l’Europe.

Amnésies et anamnèses

Chaque étape de la vie de Sonia efface la précédente en même temps que celle-ci réapparait en retour du refoulé sous la forme comme le coup de foudre pour Cendrars.

On peut s’interroger comme le fait Sophie Chauveau dans Sonia Delaunay, la vie magnifique :

 » Passé ses trente ans elle affirmera qu’à cinq ans voire dès trois ans elle détestait sa mère, pis, la méprisait » … « qui peut la croire ? »

L’abandon vécu par la petite Sarah qui lui a peut-être tout simplement de survivre au pogroms et à la Shoah, sa haine « proclamée et sans cesse réitérée tard dans sa vie de sa mère – en mode mineur- pour sa tante, puis pour sa belle-mère et sa bru , comme pour toute femme devenue mere » posent question; la déification d’un père quasi inconnu qui l’accompagna toute sa vie puis de son mari Robert; les changements de noms : Sarah, Sofia, Sophie, Sonia, Stern, Terk, Uhde, Delaunay, une vie volage dont témoigne sa correspondance… sont probablement la clé de ces mutations successives, d’une fuite éperdue à la recherche d’un lien d’amour originaire trop tôt perdu.

L’épigénétique, meme si elle est contestée, montre aujourdhui que les générations nées de la Shoa portent l’angoisse et la peur en héritage (voir ici). Où que nous nous tournions, la mémoire juive transgenerationnelle est celle des traumas.

L’effacement du signifiant juif Sarah en devenant Jeahnne de France ou Sonia, le jeu avec les phonème et les nom de son existence dans le cartouche des Prismes électriques est qualifié par elle-même de « syndrome »

De manière étrange, Sonia Delaunay qui a passé sa vie à effacer l’étape précédente en même temps qu’elle changeait de nom comme d’identité.

Sonia Delaunay, Contrastes simultanés, 1912

C’est pourtant de ce shtetls qu’elle a effacé méthodiquement de sa mémoire que vont naître les couleurs de sa peinture. Elle se rappelle alors qu’elle avait 2 ans :

des maisons blanches, longues et basses incrustées comme des champignons […] Aprés l’hiver éclate un soleil joyeux sur l’horizon à infini… poussent des pastèques, des melons, des tomates ceinturant la ferme de rouge, de grandes fleurs de soleils jaunes aux cœurs noirs éclatant dans le ciel bleu, léger, très haut.

Dans ses souvenirs qui feront sa peinture on entend la Torah du le peuple hébreu au désert : « Nous nous souvenons des poissons que nous mangions en Egypte, et qui ne nous coûtaient rien, des concombres, des melons, des poireaux, des oignons et des aulx. » (Nb 11, 5). Chassez l’enfance et la Torah par la porte, elles reviennent par la fenêtre en gros flocons.

Sonia Delaunay, Rythmes, 1938
Tableaux de Sonia Delaunay

Je voulais rendre hommage à cette femme. Elle fait partie de ces gens moins connus de l’histoire de l’art (on pense Léger,  Picasso, Matisse…) sans qui l’histoire du regard en Occident n’aurait pas pris le même chemin.

La preuve par Rothko

Rothko fait un chemin semblable à celui de Sonia. Né en 1903 à (Daugavpils -Lettonie, alors Dvinsk en Russie de l’époque),  il quitte sa Léthonie natale ) à l’âge de 10 ans avec sa soeur et sa mère pour rejoindre son père à Portland (Oregon) en tenue de rabbin, il est entré à 3 ans au Heder comme tous les enfants du Ghetto. Il emporte avec lui sa mémoire talmudique et le souvenir des pogroms et débarque dans un ghetto de juifs russes au milieu de juifs allemands mieux intégrés.

Le 1er mai 1942, le ghetto de Dvinsk, 16000 personnes au moment du Judenrat est liquidé. les Russes achèveront le travail d’effacement de la mémoire juive. Les autorités ont fait élever un mémorial pour les victimes nazies. Il ne fait aucune mention des victimes juives.

Découvrant à Yale un nouveau monde, Wasp et antisémité, Marcus Rothkowit troque le judaïsme contre l’art moderne. Cependant son oeuvre fait explicitement référence au judaïsme pour qui en est un peu familier. Ainsi ses formes verticales renvoient à la Amida : on doit les regarder « debout ». La couleur débarrassée de l’objet et devient l’unique objet de son oeuvre. Comme Barnett Newman avec ses Onement (« Unitude » : ‘ehad en hébreu) et inversement à Sonia Delanay qui pousse l’assimilation à l’extrème la référence juive est permanente et explicite chez Rothko comme chez Barnett Newman.

Comme Sonia Delaunay, il change de nom. En 1940 dexu ans aprés avoir adopté la nationalité américaine Marcus Rothkowitz devient mark Rothko.

A trente ans Rothko fait sa première exposition individuelle, il est célébré au MoMA. Las cette renommée va le laisser de marbre. Il prend conscience que ses commanditaires des toiles de l’Empire State Building ne font pas une expérience spirituelle face à ses oeuvres ce sont des « porcs ». Et il refuse de leur vendre ses toiles pour le restaurant. La peinture moderne américaine et sa recherche spirituelle (pour lui la peinture est une mitsvah qui répare le monde Tikkoun Olam) ont atteint une impasse. Rothko est désespéré. Sa peinture devient de plus en plus noire et il finit par se suicider.

Alors que de son coté Sonia Delaunay, toute à la promotion de Robert Delaunay, acquiert de son vivant une reconnaissance sociale en France ayant peu d’équivalent pour les femmes artistes de son époque.

Acte de naissance de Mark Rothko

Il oeuvre à la chapelle Rothko à Houston en 1971 qui devient une sorte de lieu de pèlerinage oecuménique de rassemblement des adeptes de la non-violence.

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Bronislaw Huberman, le violoniste de génie qui sauva 1000 musiciens juifs en 1936 et fonda l’Orchestre d’Israël

Partout où il y a des juifs il y a de la culture. Lors du colloque organisé par Patricia Trojman et Régine Bessis ce jeudi à Nice j’ai rencontré Josh Aronson, interviewé par le compositeur Hélios Azoulay (qui travaille sur la musique des camps). Ce documentariste américain a réalisé « L’Orchestre des exilés » un documentaire qui raconte l’incroyable histoire de Bronislaw Huberman.


Didier Long, Hélios Azoulay, Josh Aronson
Lire la suite de « Bronislaw Huberman, le violoniste de génie qui sauva 1000 musiciens juifs en 1936 et fonda l’Orchestre d’Israël »

Gam Gam

Pour nos amis chrétiens :
Remix de Gam Gam (années 70) par Marnik & SMACK

Gam gam Gam ki eleh 
Be beGey tsalmavet 
Lo lo lo Ira Ra 
Ki ata imadi 
Chivtekha oumichantekha
Ema inkhamouni

Incroyable, c’est le v.4 psaume 23 qu’on chante à Chabbat le vendredi soir :
גַּם כִּי-אֵלֵךְ בְּגֵיא צַלְמָוֶת, לֹא-אִירָא רָע– כִּי-אַתָּה עִמָּדִי
שִׁבְטְךָ וּמִשְׁעַנְתֶּךָ, הֵמָּה יְנַחֲמֻנִי

Même si je marchais dans la vallée sombre de la mort, 
je ne crains pas le mal, 
car tu es avec moi; 
ton soutien et ton appui sont ma consolation.

NB : pour nos amis chrétiens, c’était aussi le chant de baptême (en fait une descente dans le mikvé pour les adultes -Cf Tertullien) des chrétiens aux premiers siècles de notre ère… sans le remix 🙂

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Dans l’atelier de Shelomo Selinger avant Kippour

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Ruthy, Shelomo, Didier

Une impression étrange m’a saisi en entrant dans l’atelier de Shelomo Selinger. Celle d’être en face d’une foule de gens avec qui je suis lié par une solidarité invisible, celle du Am Israël. A 13 ans et demi Shelomo a été retrouvé sur un tas de cadavres à Terezin par un officier soviétique juif qui l’a emmené à l’hôpital militaire. En sortant il a été amnésique pendant 7 ans. Il est sorti de l’amnésie par l’art en sculptant ces étranges visages comme quelqu’un qui tente de ressusciter ceux qui sont partis.

Shelomo m’a dit :

« Je ne crois pas en D-ieu mais c’est mon Kaddish, c’est étrange non ? un juif non religieux qui dit le Kaddish ».

J’ai failli lui dire que l’Eternel était au delà de tout mais je me suis repris. Il n’y a pas de réponse au camp. Gérard Haddad me l’a dit.

Ruthy porte en elle toute la noblesse des juifs russes, elle est une sorte de mystique hassid, elle a toujours ces yeux bleus qui brillent qui reviennent de très loin comme s’il avait plu sur son âme. Elle m’a dit :

« A ta Houpa on voyait la sainteté dans cette Shul, je n’ai jamais vu un mariage comme cela de ma vie, les gens qui ont parlé étaient au delà de tout, j’ai croisé le regard du rabbin Harboun, c’était quelque chose d’extraordinaire, inouï » Lire la suite de « Dans l’atelier de Shelomo Selinger avant Kippour »

Pourquoi « Brooklyn Yiddish » est un film magnifique

Il faut aller voir Brooklyn Yiddish de Joshua Weinstein. J’en sors. C’est un film magnifique, tout en émotions sourdes, en paroles à demi mots, aux ambiances envoûtantes et mélancoliques. Le tout en Yiddish. Servi par une musique exceptionnelle d’Aaron Martin (écouter ici toute la bande son). Un extrait :

 

Il raconte une histoire dans le monde haredi. Menashé, employé d’épicerie fait tout de travers, épuisé du début à la fin il est toujours à court d’argent et semble terrorisé par tout son entourage. Il est le père d’un enfant lumineux, Rieven, dont le Rav de la communauté (Grand Rabbin) a ordonné, suite à la mort de sa mère Léah, que l’éducation soit confiée à son oncle jusqu’à ce que son père Menashé se  remarie.

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Et ce Rav va permettre à l’enfant de passer une semaine avec son fils avant le repas qui clos l’année de deuil…

La critique déchaînée…

Il y a plusieurs lectures possibles du film. Les libéraux et les progressistes se sont acharnés : comment ces gens qui vivent en Pologne comme au 18eme siècle en plaine New York où livre Amazon ne respectent pas le « droit de garde » du père ? La communauté hassidique obéit à des principes immuablement « durs » dirigée par des gourous et la faute de Menashé est de transgresser « le respect des règles de sa communauté ». C’est toute la critique de Télérama . Cet homme « se bat pour la garde de son jeune fils », la paternité est un droit, c’est bien connu. Clap de fin. Il ne reste plus aux hassidim qu’à rencontrer John Lennon pour être éclairés par les lumières de la modernité néolibérale.

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Meyer Schwartz

Pour Le Monde ça devient : « Le monde à part de ultra-orthodoxes »… le film montre « Le désarroi de la communauté »… « Le film de Joshua Z. Weinstein est devenu le vestige surprenant d’une Atlantide que l’on croyait disparue, celle du cinéma yiddish américain », etc… Que Le Monde ne s’inquiète pas la Yiddishkeit le précède de plusieurs siècles et lui survivra.

Une autre critique du même Monde est moins « bien pensante » : « Joshua Z. Weinstein filme respectueusement les mœurs et les rites d’un quartier juif ultraorthodoxe. »

Pour Le figaro « un juif hassidique se bat pour récupérer la garde de son fils ». Etc…

Donc, ceux qui pensent d’emblée que les juifs hassidiques qui vient dans le monde de la Torah n’ont rien à leur apprendre en ressortiront confortés dans l’idée qu’ils vivent dans le meilleur des mondes que de dangereuses sectes religieuses menacent. Mais pourquoi aller voir le film dans ce cas ?

Une autre histoire

En réalité il y a une autre lecture possible qui respecte plus l’écriture du film et son narratif.

Le film décrit en fait la fin de l’année de deuil et la date anniversaire de celui-ci (Azkara/ Yorkzeit)… sans ce détail on ne peut pas comprendre le film et le rapport entre la mort et la vie que symbolise la récitation du Kaddish des endeuillés, et du El Male Rahamim (Dieu empli de Miséricorde résidant dans les hauteurs, Accorde le juste repos sur les ailes de la Présence Divine parmi les saints et les purs qui brillent comme la splendeur du firmament…) puis le passage au mikvéh qui clôt le récit.

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Et si l’acharnement apparent du patron, du beau-frère, du Rav… face au « bon gros » en permanence menacé dans sa paternité, dans lequel le spectateur se perd révolté au début du film n’en était pas un ? ça devient une toute autre histoire : celle d’un père qui va le devenir et de son enfant qui devient son fils. L’histoire d’une rédemption. DE la sortie d’un deuil.

Le film décrit un monde dans lequel la paternité n’est pas un droit mais un devoir. La filiation une construction et non pas un état de fait biologique. C’est évident pour la Tradition. Et finalement, le plus inquiétant est probablement que cette vérité du monde orthodoxe semble aujour d’hui si exotique à nos contemporains. on n’est pas père. On le devient.

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Allez voir ce film si dérangeant. Il a probablement quelque chose à vous apprendre. Comme la série Shtisel. C’est une histoire universelle.

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Capture

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NB :

A la fin de la projection des gens se sont précipités sur moi en demandant : – Ils obéissent toujours au Rav ? Réponse : – Oui, si on fait confiance à un Rav ou à un Din sa parole est comme celle du tribunal céleste, c’est une parole de vérité et d’amour, de miséricorde et de justice.

La décision de suppression de l’enfant n’est pas un rabaissement de l’autorité paternelle (interdit par le judaisme), le film est un « cas d’école ». La paternité n’est pas un droit mais une fonction symbolique (Le Talmud envisage le cas où un enfant peut être circoncis par la communauté si le père refuse) Explication.

Un jour que j’étudiais le Seder Nachim (« les femmes », ketouboth, sotah… etc…) je demandais au Rav Harboun :  » Mais pourquoi on dit : ‘si un homme avait une femme et qu’il meurt alors l’héritage ira … etc… puis 2 femmes… puis 3… puis 4… puis 5… etc. » On peut avoir 5 femmes ? Réponse : « Bien sûr que non c’est un cas théorique pour le raisonnement… » et il a ajouté : « Mais nous apprenons aussi de là que l’homme est naturellement polygame « . L’ étude renvoie toujours à l’action et à la décision. ainsi de ce film.

 

 

 

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« Place-moi comme un sceau sur ton cœur, … l’amour est fort comme la mort » (Chir a Chirim 8)

Un des plus beaux poèmes de la Bible le Cantiques des Cantiques (Chir a Chirim, le « chant des chants ») au chapitre 8. C’est tout ce que je vous souhaite !

ו שִׂימֵנִי כַחוֹתָם עַל-לִבֶּךָ, כַּחוֹתָם עַל-זְרוֹעֶךָ–כִּי-עַזָּה כַמָּוֶת אַהֲבָה, קָשָׁה כִשְׁאוֹל קִנְאָה:  רְשָׁפֶיהָ–רִשְׁפֵּי, אֵשׁ שַׁלְהֶבֶתְיָה.

6 Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras, car l’amour est fort comme la mort, la passion terrible comme le Cheol; ses traits sont des traits de feu, une flamme divine.

ז מַיִם רַבִּים, לֹא יוּכְלוּ לְכַבּוֹת אֶת-הָאַהֲבָה, וּנְהָרוֹת, לֹא יִשְׁטְפוּהָ; אִם-יִתֵּן אִישׁ אֶת-כָּל-הוֹן בֵּיתוֹ, בָּאַהֲבָה–בּוֹז, יָבוּזוּ לוֹ.  {ס}

7 Des torrents d’eau ne peuvent éteindre l’amour, des fleuves ne sauraient le noyer. Quand un homme donnerait toute la fortune de sa maison pour acheter l’amour, il ne recueillerait que dédain.

Simani Rakhoutam al libeira, Rakhoutam al zéroeikha

Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras

Ki aza Ramanet aava

car l’amour est fort comme la mort

***

Kacha RiCheol  kinéa rechaféa

la passion terrible comme le Cheol

Richépei ech Chalvétéïa

ses traits sont des traits de feu, une flamme divine (Ya)

***

Maïm Rabim, lo iokhlou lekhabot et aaava

Des torrents d’eau (les grandes eaux) ne peuvent éteindre l’amour

Ounearot lo ichtefoua

des fleuves ne sauraient le noyer

Im iten ich et kol on beito baava

Quand un homme donnerait toute la fortune de sa maison pour acheter l’amour

boz Iavouzou lo

il ne recueillerait que dédain

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Musique Juive Yéménite contemporaine : Sagiv Cohen

‘Les Juifs yéménites et leurs ancêtres vivaient dans la pointe sud de la péninsule arabique. Ces juifs orientaux ont été rapatriés en Israël par l’opération « Tapis volant » en 1949. 49 000 personnes firent leur alya face aux pogroms et il ne resta que 1 200 juifs au Yémen. Les Yéménites forment un groupe majeur du judaïsme très proche de ce que furent les communautés de l’Antiquité.

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La prononciation des Yéménites est différente de celle des sefardim. Le Sègol est prononcé comme un A grave, le Holam, comme un é mouillé, un peu comme chez les… lituaniens, ou comme un eu. Le Kamats n’est pas comme un A, mais comme un O fermé. Ils font la différence entre le Sheva et le Tséré. Il en résulte que le mot éhad, (un) et le mot aher (un autre) ont une ressemblance, et nous voyons une trace de ce problème dans un texte de la Guemarah. Certains en déduisent que cette prononciation est plus proche de celle qui était à l’origine.

Sagiv Cohen (né le 20 février 1975) est un chanteur israélien de musique Mizraḥi, il tente de faire vivre la musique yéménite avec des créations contemporaines parfois avec de trés vieux textes. Ecoutez c’est magique.

Poème de Rabbi Shalom ben Yosef Shabazi (1619 – ca. 1720), Abba Sholem Shabbezi ou Salim al-Shabazi (Hebrew: שלום שבזי‎‎, Arabic: سالم الشبزي‎‎), Un de splus grands poètes du 17th siècle au Yemen :

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Kaddish pour Léonard Cohen, chabbat chalom

« Magnified, sanctified, be thy holy name »
Itgadal veitkedash sheme rabba (kaddish קדיש qaddich, « sanctification »)

יִתְגַּדַּל וְיִתְקַדַּשׁ שְׁמֵהּ רַבָּא

« Hineni, hineni (« me voici » en hébreu)
I’m ready, my lord »
Leonard Cohen, You want it Darker
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«  Rabbi Yossi a dit : un jour, je me promenais sur le chemin, et je suis entré dans une ruine parmi les ruines de Jérusalem afin de prier. Vint Eliyahou le prophète de souvenir béni, qui se posta à la porte (et m’attendit) jusqu’à ce que j’aie fini ma prière. Après que j’ai fini ma prière, il me dit :’Paix sur toi, Rabbi’ et je lui dis :’Paix sur toi, Rabbi et mon maître’.Il me dit:’mon fils, à cause de quoi as-tu pénétré dans cette ruine?’; je lui dis:’pour prier'[…] Il me dit :’mon fils, quelle voix as-tu entendu dans cette ruine ?’ et je lui dis :’j’ai entendu un écho roucoulant comme une colombe [la bat kol , l’écho de la voix littéralement, roucle comme une colombe dit le talmud], disant: Malheur aux fils par les péchés desquels J’ai détruit Ma maison, brûlé Mon autel et les ai éloignés au sein des nations.
Il me dit :’Sur ta vie et la vie de ta tête, ce n’est pas en cette seule heure que l’écho de la voix (bat kol) dit cela, mais chaque jour, trois fois par jour; non seulement cela, mais à l’heure où Israël entre dans les synagogues et les maisons d’étude, et répondent Yèhè shèmè hagadol mevorakh [« que le Grand nom soit sanctifié », le kaddish] »

Talmud Bavli Berakhot 3a

Hineni, me voici

Le psaume 40 inspire la chanson de Léonard Cohen «You Want It Darker», la plus juive de ses chansons. C’est ce que je vis en ces jours. « Hineni, me voici je viens! »

Il y a aussi la première phrase du Kaddish Itgadal, Veitkadash Shémé Rabba, « Magnifié, sanctifié, soit le Grand Nom (D.) »

ז  זֶבַח וּמִנְחָה, לֹא-חָפַצְתָּ–    אָזְנַיִם, כָּרִיתָ לִּי;
עוֹלָה וַחֲטָאָה,    לֹא שָׁאָלְתָּ.
7 Tu ne souhaites ni sacrifice ni oblation, tu as ouvert mes oreilles, tu n’exiges ni holocaustes ni victimes.
ח  אָז אָמַרְתִּי, הִנֵּה-בָאתִי. 8 Aussi je dis: « Voici, je viens ! (Hiné Bati)

«You Want It Darker» de Leonard Cohen

Tu veux que ce soit plus sombre

If you are the dealer, I’m out of the game
Si tu es le croupier, je suis hors- jeu
If you are the healer, it means I’m broken and lame
Si tu es le guérisseur, ça signifie que je suis brisé et bancal
If thine is the glory then mine must be the shame
Si la gloire est tienne, alors la honte est mienne
You want it darker
Tu le veux plus sombre
We kill the flame
Nous tuons la flamme

Magnified, sanctified, be thy Holy Name
Magnifié, sanctifié, soit ton Saint Nom

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Shtisel : au Nom du Père

Je viens de terminer la seconde saison de SHTISEL qui est parue en français.

Shulem Shtilsel le père et son fils Akiva (Michael Aloni) sont toujours sur leur balcon du quartier haredi de Geula à Jérusalem et dans le huis clos de leur cuisine.

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le Rav Shulem, malgré toutes ses déclarations et tentatives, vit dans le souvenir de son épouse disparue qui lui apparaît à chaque moment important du film. Il perd sa mère, celle qui dans un hospice dans la série 1 disait à propos d’un western qu’elle découvrait à la télévision (les harédim ne regardent pas la TV) à une de ses compagnes : « Ils portent des grands chapeaux comme à Hébron… mais ils n’ont aucune morale ! ils se tirent dessus en permanence ! ».

Bref, exit la maman et l’épouse idéalisées, bienvenue la voisine. La séquence où Shulem fait des efforts pathétiques pour se marier avec l’inénarrable veuve d’un chadkhan (« marieur », le chidoukh est un mariage arrangé par un intermédiaire) qui a récupéré le carnet d’adresse du défunt pour marier le fils de Shulem… et qui, dés les fiançailles, veut immédiatement lui faire refaire la cuisine de son ex-épouse. Le sketch est désopilant.

Le rav Shulem, père omniprésent, « coriace » comme il se définit lui-même (épisode 12) vit sous l’emprise du souvenir de ces femmes et… manipule tout son entourage.

On lui doit des répliques cultes comme : « Ta mère aurait voulu que j’étudie plus… ou que je me douche plus souvent… mais elle ne l’a jamais demandé de changer ! tu m’entends bien ? JAMAIS. Ne te marie jamais avec une femme qui te demande de changer ! ». Résultat le Rav Shulem vit dans une solitude pathétique.

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