Chacun de nous peut se dire : « C’est pour moi que le monde fut créé « , Chana Tova !


chana-tova

Du point de vue du judaïsme, chaque vie humaine a une valeur infinie :

« Adam a été créé unique, pour t’apprendre que tout celui qui détruit la vie d’une seule personne, l’Ecriture considère qu’il a anéanti un monde entier et tout celui qui rétablit la vie d’une seule personne, l’Ecriture considère qu’il rétablit un monde entier ;(…)

Et pour raconter la grandeur du Saint, béni soit-Il : car lorsqu’un homme frappe des pièces de monnaie avec un moule, c’est toujours la même pièce qui apparaît ; en revanche, lorsque le Saint, béni soit-Il, façonne les hommes avec le moule d’Adam, chaque créature est différente de l’autre.

C’est pour cela que chacun a le devoir de se dire  » C’est pour moi que le monde fut créé ». »

« La Michna cite une autre raison pour laquelle Adam le premier homme a été créé seul : à savoir l’importance de maintenir la paix entre les peuples, de sorte que personne ne dit à un autre: « Mon père est plus grand que ton père ».»

(Talmud de Babylone, traité Sanhédrin 37a)

Nous savons que la techouva a été créé avant l’homme pour que l’homme renaisse par la techouva :

« La Gemara raconte: Il y avait des voyous [ biryonei ] qui vivaient dans le quartier de Rabbi Zeira. Il les a rapprochés et les a traités avec amitié, afin de les amener à se repentir de leurs péchés, mais les autres Sages ont désapprouvé ses actions.

À la mort de Rabbi Zeira, ces voyous ont dit: « Jusqu’à présent, il y avait le petit homme avec une jambe brulée, à savoir Rabbi Zeira, qui priait pour nous avec compassion. Qui va prier avec compassion pour nous maintenant? »

Ils ont pensé à cela dans leurs cœurs et se sont repentis. En fin de compte, les actions de Rabbi Zeira ont été prouvées comme elles se sont repenties.»

(Talmud de Babylone, traité Sanhédrin 37a)

 

 

Rabbi Chimon Bar Yohai, un spirituel en temps de persécution


 

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Pour comprendre les feux de Lag BoOmer, et son ambiance « messianique » en même temps que la désolation du massacre des 24 000 disciples de Rabbi Akiva il faut le restituer dans son contexte historique qui est central pour comprendre comment est né et s’est structuré le Talmud, une littérature en temps de guerre pour une époque d’une brutalité sans pitié.

Peu avant le seconde guerre Judéo romaine (115-135), Chimon ben Yohaï natif de Galilée est le disciple préféré de Rabbi Akiva avec qui il a étudié treize ans à Bene-Braḳ (Lv Rabba 21) après avoir étudié à Yavné sous Gamaliel II (TB Berakhot 28a). Rabbi Akiva l’appelait ” mon fils “. Il avait pour condisciple Rabbi Meïr lui aussi disciple de Rabbi Akiva. Akiva n’ordonna rabbin R. Chimon qu’après R. Meïr, ce qui le blessa (TJ Ter., 46b, TJ Sanhédrin, 19a).

On le célèbre à Lag Ba Omer, le 18 iyar, le 33ème jour du Omer – période située entre Pessah et Chavouot, de 7 x 7 = 49 jours (d’où penta-Kosté, le 50 ème jour en grec). On y allume de grands feux qui rappellent cette désolation.

Les années de persécution romaine

Les persécutions des Juifs sous le règne de l’empereur Hadrien qui culminera avec la seconde guerre judéo-romaine d’inspiration messianique (115-135) va mener au massacre de nombreux juifs.

L’Imperium règne en maître sur ses provinces taxées et fournisseurs du commerce international d’esclave, la première énergie de Rome. La Judée, est une de ces province « normalisée », marginale mais verrou stratégique vers l’empire Parthe (Babylone) un immense Empire d’Asie qui finira par déstabiliser la puissance romaine en 161 en conquérant le royaume Arménie.

Déjà, la première guerre judéo-romaine en 65-70 a abouti à la destruction du Temple et au massacre de 25% de la population de Judée.

Lire la suite de « Rabbi Chimon Bar Yohai, un spirituel en temps de persécution »

Yom Azikaron-Yom Haatsmaout : « Jérusalem si je t’oublie… »


Hier c’était Yom Hazikaron, le jour du souvenir, et aujourd’hui Yom Haatsmaout, le jour anniversaire de l’Indépendance de l’Etat d’Israël qui a tout juste 70 ans.

Cette liberté d’Israël sur sa terre est pour nous le signe du début de la Délivrance.

Si c'était Jérusalem Couv

Je suis particulièrement fier de recevoir aujourd’hui le livre publié sous la direction de Michel Gad Wolkowicz et Michaël Bar Tsvi, Si c’était Jérusalem en hommage à Raphaël Draï, zal, et Benjamin Gross, zal. Ce sont les 1000 pages d’un congrès de 90 intellectuels auquel j’ai participé : Georges Bensoussan, Philippe Val, Frédéric Encel, Marc-Alain Ouaknin, Cyril Aslanov, Daniel Sibony, Simon Epstein, Dina Porat, Eliette Abécassis, Shmuel Trigano, Jean-Jacques Moscovitz, Richard Prasquier, Rivon Krygier, Jacques Tarnéro… organisé par l’Association Schibboleth actualité de Freud.

Je suis térs fier d’avoir apporté ma pierre à cet édifice.

Je porte toujours une bague qui me répète le verset d’un psaume :

אִם-אֶשְׁכָּחֵךְ יְרוּשָׁלִָם תִּשְׁכַּח יְמִינִי

« Jérusalem si je t’oublie que ma main droite m’oublie » (Ps 137, 5)

Si c'etait Jérusalem

Ce livre sur Jérusalem pose des questions essentielles : Comment se constituent un peuple et une identité intérieure ? Comment s’élaborent un récit et une vérité historique ? Comment se construisent le sujet politique et un certain rapport à la Loi ? Souvent détruite mais néanmoins vivante, souvent conquise mais toujours souveraine, cette capitale de la survie possède deux visages, à en croire les légendes anciennes : Jérusalem terrestre, Jérusalem céleste. L’une, visible, évoque deuil et lamentation. L’autre, insaisissable, apporte paix et éternité.

On trouvera ci-après ma conférence qui est dans le livre avec les références :

Je suis heureux que Micha aie publié ce gros livre qui montre à quel point le symbole Jérusalem est inscrit dans notre mémoire dans notre culture. Lisez le c’est un bel éclairage polyphonique sur Jérusalem (acheter ici)

Une présentation de Micha et Jacques Tarnéro.

LE PESSAH’ DE NOTRE ENFANCE A BASTIA


 Un Texte écrit par Guy Sabbagh à la mémoire de Rebecca Bat Zarah Tolédano (zal), sa tante.

Guy Sabbagh

Guy et Lisbeth Sabbagh à la marche blanche pour Mireille Knoll (zal) la semaine dernière.

 Je devais avoir une dizaine d’années et mon frère Béni sept.

La fête de Pessah’ posait des problèmes presque insurmontables aux juifs de Corse à cause de l’insularité. Par exemple : comment trouver des matsoth pour Pessah ? Autant dire : rouvrir la mer rouge !

D’ailleurs mon grand pére Rabi Meir Toledano (z »l) avait même décrété autorisé dans l’île l’usage de manger du riz à Pessah comme cela se pratique chez les juifs tunisiens.

Un jour, Mon père David(z »l) décida donc de faire une commande groupée de galettes pour l’ensemble de la communauté sur le continent.

Bon commerçant, il décida de mettre en concurrence les fournisseurs ! Et il écrivit ainsi aux différents fabricants de l’époque sur le continent pour obtenir des échantillons.

Une fois les précieux colis arrivés, il nous réunit, nous ses cinq enfants afin de goûter ces différentes sortes de matsoth et donner notre avis. Une sorte de blind test, de test à l’aveugle !

A l’unanimité, nous avons optâmes pour la galette fine de Neymann provenant de Wasselonne dans le Bas Rhin.

La deuxième étape consistait à prendre les commandes.

A la sortie de l’école du Centre a midi et jusqu’à la reprise des cours a 14 heures, à l’aide du fichier de la liste complète des familles juives de la communauté mon père parcourait la ville au volant de sa 203 Peugeot familiale. Mon frère et moi-même, réquisitionnés pour ce grand recensement, parcourions les rues et ruelles de Bastia, grimpions a pied les étages des différents immeubles en notant pour chacun le nombre de paquets de galettes et de farine de matsa. Pour le reste de l’Île (Corté, Île Rousse, Ajaccio, Porto Vecchio) on utilisa le téléphone.

A la réception de la commande, mon père vidait son entrepôt du 18 rue Napoléon pour stocker l’ensemble de cette  marchandise, Puis s’effectuait la livraison selon le même rituel… mais avec en plus la charge des colis dans les étages sans ascenseur.

Le dépôt des commandes pour l’intérieur de l’île se faisait au départ des cars reliant Bastia aux différentes villes.

Une fois ce travail de Titan accompli, je pouvais voir sur le visage de mon père une lueur de joie et de sérénité de la mission accomplie : « Personne ne pourra avoir d’excuses dans l’accomplissement des misvoth de Pessah’  » nous disait il.

Nous les juifs de Corse, avec l’aide de D-ieu avons rouvert la mer Rouge !

 HAG PESSAH’ SAMEAH’ !

La sortie d’Egypte, sujet central de toute la Torah


Marc Chagall, le passage de la mer

Un rituel alimentaire lié aux émotions

Le Seder de Pessah n’est pas un repas ou un rite mais un « ordre » en hébreu, il s’agit d’ordonner et de structurer les choses et sa propre existence personnelle et familiale en profondeur. Le soir de Pessah tout juif enseigne à ses enfants comment ordonner sa vie en homme et en femme libre.

Il s’agit donc d’un processus psychologique abréactif (qui vise à provoquer un choc émotionnel) familial réalisé dans le Seder de Pessah par la consommation de l’agneau (korban Pessah), de la matsa (pain non levé), et du Maror herbes amères… qui touche la profondeur inconsciente des convives et les relie à l’Eternité d’Israël. Nous consommons et nommons ces réalités car comme le dit l’Haggadah :

« Rabbane Gamaliel disait. Celui qui ne mentionne pas à Pessah ces trois choses n’a pas rempli son devoir, ce sont l’agneau pascal, le pain azyme et les herbes amères. PESSAH, MATZA, MAROR.»

Il s’agit donc de convoquer la mémoire émotionnelle liée au gout et aux odeurs, qui est totalement intuitive car elle ne passe pas par la raison et de nommer ces émotions. Si l’on en croit les neurologues, les gouts et les odeurs sont plus évocateurs que les autres systèmes sensoriels comme la vue, l’ouïe, l’odorat et le toucher, elle passe avant le langage ou la vue qui éveillent des régions du cerveau responsables de l’analyse cognitive. L’émotion gustative ou olfactive touche directement la mémoire sans passer par l’intelligence rationnelle. Le goût est directement connecté sur une région qui sert de capteur émotionnel au cerveau : l’amygdale. L’émotion gustative provoque donc une émotion sans passer par le néo-cortex, siège de la conceptualisation de la rationalité et du langage. C’est ce qui fait qu’une odeur ou un goût peut réveiller tout un mode de souvenirs d’enfance, comme la madeleine de Proust ou un plat cuisiné par votre maman que vous aviez oublié sans que celui qui le ressent n’arrive à conceptualiser comment ce souvenir l’envahit en une puissante émotion et parfois des larmes. On se rappelle de la phrase de Proust : « La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse gouté ». L’hippocampe et l’amygdale, deux régions impliquées dans la mémoire sont donc convoquées à ce seder qui est un mémorial, un rappel de la libération de la sortie d’Egypte que chacun doit actualiser de manière personnelle pour se projeter dans un futur, celui de la libération finale de la Géoula.

C’est ce qui se passe dans les Seder de Pessah et Roch Achana. Nous sommes invités à gouter des mets comme l’herbe amer et à les transformer en mots car cette amertume nous explique les seder :

« Ces herbes amères pourquoi les mangeons nous ? C’est parce que les Egyptiens firent une vie amère à nos pères en Egypte ainsi qu’il est écrit : ‘‘ Il leur rendit la vie amère par une dure servitude en les employant à faire du mortier, des briques et des corvées dans les champs, toutes sortes de travaux imposés avec rigueur »

De même le Harosset ce mélange de fruit secs moulus et de dattes écrasées que nous mangeons rappelle le mortier, qu’utilisaient les esclaves hébreux en Egypte pour fabriquer les briques nécessaires aux constructions. C’est le seul élément doux du plateau.

Pessah et l’émergence de la conscience juive

Il s’agit donc de nommer des émotions et de les faire advenir au langage pour être libre. De passer d’une mentalité d’esclave pris dans le flux de ses émotions pour les amener à la conscience. Cette prise de conscience des émotions s’appelle les sentiments pour une neurologue comme Antonio Damasio[1]. La conscientisation est la porte de la liberté, la sortie de l’abrutissement de l’état d’esclave. Sans cette nomination des émotions il est impossible que naisse la conscience qui est le cœur de la vie humaine et juive. On peut transposer à Pessah ces lignes d’Antonio Damasio appliquées au cerveau et au vivant :

Lorsque les sentiments, qui décrivent l’état interne du vivant à un moment précis sont « placés », voir « situés » au sein de la perspective actuelle de l’organisme dans son ensemble, alors la subjectivité émerge. Et à partir de ce moment les événements qui nous entourent et auxquels nous participons (et les souvenirs que nous remémorons) sont investis d’une nouvelle capacité : ils peuvent importer à nos yeux, influencer le cours de notre vie. Les événements nous importent ; ils sont automatiquement qualifiés de bénéfiques ou non. Sans cela les inventions culturelles de l’humanité ne pourraient exister.

L’expérience mentale de l’esclavage, la prise de conscience va conduire les hébreux à un nouveau regard sur eux-mêmes et c’est ainsi que nait Israël en sortant d’Egypte comme conscience de soi. La destruction de l’agneau, dieu des égyptiens, dont les hébreux vont badigeonner les linteaux de leur maison (pour que le mort de l’idolâtrie les épargne !) est une radicale remise en cause de l’Etat totalitaire religieux d’Egypte dont le Pharaon se rêve pour le maître de la vie elle-même, il se rêve « au-dessus du Nil ». Passover dit on en anglais, passer au-dessus, c’est le vrai sens de Pessah, l’émergence, la sortie de la vie morte de l’esclave sans conscience spirituelle ni humaine. La sortie d’Egypte.

Par le mémorial c’est chacun de nous qui expérimente cette conscience de soi renouvelée et peut donc prendre en main son destin en incitant ses enfants à le faire par le récit. La Haggadh de Pessah insiste pour dire que c’est chacun de nous qui sort d’Egypte ici et maintenant :

« Tu raconteras à ton enfant ce jour-là, c’est pour ceci que l’Éternel a agi pour moi quand je suis sorti d’Égypte.

On pourrait penser que (la discussion sur la Sortie d’Égypte) doit avoir lieu dès le premier du mois. Aussi, la Torah dit : « En ce jour-là. »

Mais « en ce jour-là » pourrait vouloir dire quand il fait encore jour ; aussi, la Torah dit : « C’est pour ceci » tu dois le faire seulement lorsque [ceci, c’est-à-dire] la Matsa et le Maror, sont placés devant toi.

Tous les jours de ta vie

La Mitsva ne concerne pas seulement ce soir-là mais chaque jour de l’année. Car on rappelle l’évènement de la sortie d’Egypte à chaque instant de la vie juive, par exemple dans le second paragraphe du Chema matin et soir.

« Je suis l’Éternel votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte pour devenir votre Dieu »

D’autre part, on rappelle la sortie d’Egypte le Chabbat qui est célébration de la création du monde et de la Sortie d’Egypte comme cela est rappelé après la bénédiction du Quidouch du vendredi soir (et dans toute la liturgie de Chaarit, l’office du matin) comme si ces deux évènements étaient liés et concomitants.

« Tu es source de bénédiction, Éternel notre Dieu, Souverain du monde, qui nous as sanctifiés par Tes commandements, et nous as désirés. Son Chabbat saint, Il nous l’a légué avec amour : commémoration de l’acte créateur, première des Solennités, souvenir de la sortie d’Égypte. »

Le texte de la sortie d’Egypte est aussi inscrit dans les tefillins de la tête et du bras.

Toute la vie du juif est donc un « souvenir » de la sortie d’Egypte, mais dans ce cas pourquoi célébrer Pessah ?

Dans le chapitre 3 du Guévourot Achem le Maharal de Prague nous l’explique avec son génie habituel. Le Maharal reprend la discussion de la Michna citée par la Haggadah qui demande s’il faut rappeler cette sortie seulement le jour ou aussi la nuit :

« On mentionne la sortie d’Egypte durant les nuits. Rabbi Eléazar ben Azaria[2] dit : me voici comme âgé de soixante-dix ans et je n’ai pas obtenu qu’on dise la sortie d’Egypte pendant les nuits jusqu’à ce que Ben Zoma l’ait déduit car il est dit : ‘‘ Afin que tu te souviennes tous les jours de ta vie’’ (Dt 16, 3). ‘‘Les jours de ta vie’’ – les jours ; ‘‘tous les jours de ta vie’’ – les nuits. Et les sages disent : ‘‘Les jours de ta vie’’ – ce monde-ci ; ‘‘tous les jours de ta vie’’ – pour inclure le monde à venir. (TB Berakhot 12b)

On en déduit que chaque juif doit célébrer la sortie d’Egypte à chaque instant. Et le Maharal commente :

« Le soir de Pessah on n’a pas seulement l’obligation de se rappeler de la sortie d’Egypte mais on a une obligation supplémentaire celle de raconter et de diffuser l’évènement de sortie d’Egypte pour annoncer le Nom de Dieu au monde entier (baeolam) » (Maharal de Prague, Guévourot Achem 3)

La mémoire de la sortie d’Egypte et la publication du Nom divin aux Nations

Toute l’année donc on se souvient de la sortie d’Egypte, seul in peto mais le soir de Pessah on en parle à tous, on se demande comment publier et diffuser la nouvelle de cet événement considérable non seulement auprès d’Israël mais aussi des Nations. La sortie d’Egypte ne signe pas seulement la naissance du am Israël, elle est un évènement ontologique de portée universelle qui doit être diffusé à toutes les créatures.

Pourquoi ? Parce que la libération d’Egypte du peuple d’Israël est en elle-même une annonce de la réalité d’Achem, du Nom de Dieu, pour les Nations. La sortie d’Egypte fonde Israël comme lieu-tenant de Dieu en ce monde. Israël représente dans le matériel la divinité, le spirituel.

Jusque-là les enfants d’Israël se transmettaient le massé avot siman levanim, ce que leurs pères leurs avaient raconté par la parole, mais désormais les hébreux voient la réalisation des promesses divines comme ils « verront les voix » au Sinaï. Israël parait sur la scène de l’histoire permettant de mettre en rapport le monde avec le Dieu absent de ce monde.

« Il faut se rendre compte que la Torah a fait de la sortie d’Egypte le sujet central de toute la Torah, la base de toutes les bases et la racine de tout. Il y a une multitude de mitsvot dans le Torah qui sont venues pour nous faire éprouver le message de la libération. Pourquoi ce même sujet revient dans différentes mitsvot ? Pourquoi la fête de Souccot ? Pour nous rappeler que le Saint béni soit-Il a fait résider les enfants d’Israël dans le désert » (Maharal de Prague, Guévourot Achem 3)

La sortie d’Egypte est non seulement le fondement de la création du am Israël mais elle initialise un processus de développement du am Israël comme une plante qui pousse. Un évènement qui n’a pas seulement eu lieu il y a 3000 ans, une commémoration, mais que nous revivons dans chaque mistva qui nous faire éprouver cette réalité sous des formes différentes sous la forme d’un mémorial : d’une libération actualisée et amplifiée par l’histoire. Comme le am Israël nous trouvons notre identité par notre libération et notre unification.

La sortie d’Egypte est donc bien au fondement psychique de l’individu libre. Cette liberté est le fondement de la sortie de l’idolâtrie, de la dispersion dans les objets de ce monde comme l’affirme la Haggadah de Pessah.

« Au début, nos pères adoraient des idoles ; mais, maintenant, l’Omniprésent nous a approchés à Son culte, comme il est dit : « Josué dit à tout le peuple : Ainsi parle l’Éternel, le Dieu d’Israël : vos pères vivaient de l’autre côté du fleuve Téra, le père d’Abraham et le père de Nahor, et ils servaient d’autres dieux.

La sortie d’Egypte est un mémorial de l’acte fondateur anti-idolâtrique d’Abraham qui s’exile des idoles de son père Téra pour fonder une dynastie d’errants monothéistes :

« Et J’ai pris votre père, Abraham, d’au-delà du fleuve, et Je l’ai conduit sur toute la terre de Canaan. J’ai multiplié sa descendance et je lui ai donné Isaac, et, à Isaac, J’ai donné Jacob et Esaü. A Esaü, J’ai donné le mont Séir pour qu’il le possède, et Jacob et ses fils, sont descendus en Égypte »

La sortie d’Egypte reconnecte le peuple avec cette famille originaire dont le Dieu est celui d’Abraham, Isaac et Jacob.

Cet évènement fait signe de la libération de la fin des temps, lors de la guéoula, comme le dit Isaïe :

Et en ce jour-là, le Seigneur étendra une seconde fois la main pour reprendre possession du reste de son peuple, qui aura échappé à l’Assyrie, à l’Egypte, à Patros, à Kouch, à Elâm, à Sennaar; à Hamat et aux îles de la mer. Il lèvera l’étendard vers les nations pour recueillir les exilés d’Israël et rassembler les débris épars de Juda des quatre coins de la terre. Alors cessera la rivalité d’Ephraïm et les haineux dans Juda disparaîtront: Ephraïm ne jalousera plus Juda, et Juda ne sera plus hostile à Ephraïm. Mais ils fondront de concert sur les Philistins, au couchant; ensemble ils dépouilleront les fils de l’Orient. Ils feront main basse sur Edom et Moab, et les enfants d’Ammon recevront leurs ordres.

Et l’Eternel imprimera l’anathème au Golfe égyptien; de sa main, de son souffle impétueux, il frappera le grand fleuve, et il le divisera en sept ruisseaux, où l’on marchera à pied sec. Et ce sera une chaussée pour le reste de son peuple, échappé à l’Assyrie, comme il y en eut une pour Israël le jour où il sortit du pays d’Egypte. (Isaïe 11)

Le Maharal, curieusement, lie le mémorial de la sortie d’Egypte et la tente au désert qui n’est pas célébrée à Pessah mais à Souccot car la Soucca nous rappelle non pas le désert mais la sortie d’Egypte.

[1] Antonio Damasio, L’ordre étrange des choses, la vie, les sentiments et la fabrique de la culture, Odile Jacob, Paris, 2017.

[2] Rabbi Eléazar ben Azaria était âgé de 18 ans, ses pairs ont voulu le nommer Prince (nassi) en Israël (le plus grand Rabbi) car c’était un très grand sage dans la Torah ; il était également très riche et était un descendant d’Ezra (le scribe).

« Ecoute, mon fils, les remontrances de ton père, ne délaisse pas les instructions de ta mère » (Livre des proverbes 1,8)


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Image tirée du film Brooklyn Yiddish (en VOD depuis mardi!)

J’adore ce genre de raisonnement tiré du Ach Tov Va Hessed – Une compilation de décisions halakhiques c’est à dire un guide de la jurisprudence de lois journalières d’après le Maran Harav HaGaon Ovadia Yossef, zal (grand guide des séfardim) et du Rishon Létsion HaRav Itshak Yossef Chlita… rapportées par le rav Avraham Cohen Chlita :

« Dit-on Chalom Alekhem quand Pessah tombe un vendredi soir ? Certains décisionnaires disent que l’on ne récite pas Chalom Alekhem quand Pessah tombe un vendredi soir, comme cette année ; car on doit se hâter de faire kidouch. Cependant chacun fera selon sa coutume (miniagh). »

En bref : voilà la Loi et on discute à perte de vue… mais fait ce que ton père et tes ancêtres t’on dit ! car que t’as dit ton père est Torah lemoché mi sinaï, Loi donnée par D-ieu à Moïse sur le mont Sinaï ; c’est beau non ?

Chabbat Chalom !

HAG AHOUKA SAMEAH ! LA LUMIERE EN VOUS !


Hanouka-Meïr Long