Coronavirus, retrouver l’Unité psychique et la santé de l’âme et du corps à Pessah

Comme si la nomination originaire se référait à une unité originaire paradoxale incompréhensible pour l’homme qui ne peut la penser qu’en terme de confusion, lui qui vit non pas dans le monde de l’UN mais dans celui de la séparation, du langage, de la fragmentation, en vrac. Cet Un serait la condition de possibilité et d’intelligibilité de la création et de l’humain. Non pas une nostalgie de l’unité perdue de l’enfant avec sa mère in utero, une nostalgie qui s’exprime dans le babillage d’avant la parole qu’on retrouvera lors du récit de Babel (d’où vient le mot babillage). Mais une unité « seconde » future et non pas régressive.

Notre dislocation intérieure est aussi celle du cosmos nous dit le Maharal de Prague (Acronyme de Rabbi Yehouda Levaï ben Betzalel) au 16ème siècle, elle habite l’infiniment petit et l’infiniment grand :

« L’univers est disloqué, il est contraire à la Torah. Celle-ci a pour objectif de conduire cet univers vers l’unité. Etant donné que toutes les créatures, toutes les choses de l’existence sont intimement liées les unes aux autres, il est impossible que l’homme en soit une exception. Par conséquent, lui aussi est soumis à l’Eternel et au plan divin de la création »

Maharal de Prague, Derekh Ha’haïm, 3

Une unité qui est celle d’Adam ha richon, l’Adam originaire qui sommeille en chacun de nous :

« Adam a été créé unique, pour t’apprendre que tout celui qui détruit la vie d’une seule personne, l’Ecriture considère qu’il a anéanti un monde entier et tout celui qui rétablit la vie d’une seule personne, l’Ecriture considère qu’il rétablit un monde entier »

Talmud de Babylone, traité Sanhédrin 37a

Ben Azaï (Talmud de Jérusalem Nedarim 9, 41) proposait d’interpréter le verset  : « Ceci est le livre des générations de l’homme » (Zé sefer toldote Adam) (Gn 5, 1) en lisant la suite qui dit que D.ieu a créé l’homme à son image. Ben Azaï soulignait ainsi tous les hommes sont frères. Ce sont les Toldote (engendrements) d’Adam, donc « l’histoire » du genre humain, de l’humanité toute entière et de son histoire qui est Une. Remonter à Adam, ancêtre de tout humain, montre que les Hakhamim comprenaient la fraternité humaine à l’échelle « universelle ».

Notre métier d’humain est donc de nous unifier affirme le Maharal de Prague au 16eme siècle :

« L’homme a le devoir impératif de tendre vers la perfection, de faire l‘unité en lui. Il n’est pas permis à l’homme de transgresser le principe qu’il porte en lui, à savoir une part divine. II est responsable de ce gage précieux qui fait de lui un homme. L’homme est étranger à lui-même, il ne se connaît pas et ne peut pas percevoir sa véritable nature »

Maharal de Prague, Derekh Hahaim, 3. Tel-Aviv, 1955. Trad. Rav Haïm Harboun.

Cette tache vers l’Unité et le Chalom qui est le vrai sens du Korban Pessah -sacrifice de Pessah, d’une racine  קרב – qrv –, signifiant « approcher, apporter » car on s’approchait du prêtre en apportant son morceau d’agneau.

Le texte regorge d’allusion à l’Unité : « On se procure un agneau par maison » (Ex 12, 3), la famille devait rester « unie » , « Celui dont le ménage sera trop peu nombreux pour manger un agneau, s’associera avec son voisin, le plus proche de sa maison » (Ex 12, 4), le groupe qui avait fait le sacrifice ne pouvait pas rajouter une personne après; on devait rester dans un seul lieu jusqu’au matin ; un seul morceau d’agneau pas mi-cuit mais entièrement cuit, qui devait être entier (os non cassés); le pauvre est invité à la table dès le début de la Haggadah, l’étranger, le serviteur, la servante, l’orphelin, la veuve… tous sont Un comme le peuple doit être un, e’had.

Cet accomplissement de l’Unité intérieur et du Chalom ne peut être un accomplissement ou un développement personnel comme le racontent les romans de psycho de gare. Car nous sommes reliés à autrui et à D., relations sans lesquels nous mourrons dans ce monde et dans l’autre (c’est cela la vraie mort) :

« C’est le dévoilement de tout ce qui constitue sa personnalité cachée. Tout un chacun doit découvrir sa véritable personnalité. Cette découverte doit être bénéfique à autrui. Il n’est pas suffisant que l’homme soit en paix avec lui-même, qu’il gravisse tous les degrés de la spiritualité, tout cela est très bon pour lui, mais pour que tant d‘efforts soient appréciés, il est nécessaire que cet homme s’intègre à la perfection universelle qui appartient à tout le genre humain »

Maharal de Prague, Derekh Hahaïm, 3, 48. Trad. Rav Haïm Harboun.

L’Unité que nous proclamons dans Chéma renvoie tout de suite à l’amour (vehaavta ! « tu aimeras »). D. ne voulait pas rester seul alors il nous a créé pour l’aimer et nous aimer comme ça gratuitement.

« Les créatures sont toutes néant dans leur essence, elles ne sont pas durables, viables sans Dieu »

Maharal de Prague, Guevourot Hachem 69, 98

D’où le Maharal a appris tout cela ? Chez l’indépassable Rambam, Moïse Maimonide :

« C’est lui (Maïmonide) qui m’a ouvert une porte de connaissance »

Maharal de Prague, Le Puits de l’exil, 4ème puits

D’autres fêtes de pèlerinages comme celle de Souccot soulignent cette unité. Ainsi le loulav, bouquet composé des Arba Minim – « quatre espèces » (cédrat et branches de palmier, de myrte, de saule) qui doivent être réunies pour symboliser les quatre types de juifs et devenir le symbole de l’unité du peuple juif qui agrège alors les 70 nations de la terre. Unité du peuple, unité du genre humain.

A Chavouot, fête du don de la Torah, quand les israélites entrent dans le désert du Sinaï et campent en face de la montagne (Ex 19, 2), Rachi commente « Israël y campa » (au singulier) en disant « comme un seul homme, d’un seul cœur ». Unité de la Torah, unité du peuple.

Aimer consiste à aimer l’unité d’une personne, cela même les Nations le savent.

Aimer une femme ne consiste pas à aimer ses yeux, ses hanches ou ses jambes comme dans la fameuse scène du fils Le Mépris de Godard d’aprés le roman de Moravia avec Brigitte Bardot mais à l’aimer elle. Chacun de nous veut être aimé pour son unité.

Aimer « totalement, tendrement, tragiquement » comme dit Paul est le grand mystère de ce monde. L’Unité n’existe pas en ce monde, seul D. est e’had, et emet (vérité) mais nous, les vivants, nous vivons dans la monde de la fragmentation de idolâtrie et des ses milliers de dieux qui sont nos désirs, la duplicité, le double discours, le mensonge. Nous tordons le Emet, sommes incapables de son unité. Cela même les nations le savent :

 » Surtout ne vous mentez pas à vous-même. Celui qui se ment à soi-même et écoute son propre mensonge va jusqu’à ne plus distinguer la vérité ni en soi ni autour de soi ; il perd donc le respect de soi et des autres. Ne respectant personne, il cesse d’aimer, et pour s’occuper et se distraire, en l’absence d’amour, il s’adonne aux passions et aux grossières jouissances ; il va jusqu’à la bestialité dans ses vices, et tout cela provient du mensonge continuel à soi-même et aux autres. »

Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski – Les Frères Karamazov

Mais malheureusement contre tous les avertissements nous sommes toujours là à nous mentir un peu en espérant que ça nous profitera et qu’il n’arrivera rien de grave… jusqu’au jour où la réalité reprend ses droits. Seul Adonaï elohekem Emet. Seul D. est vérité, nous le cherchons, cette vérité est le secret de l’amour qui n’est autre que l’éternel et que tout humain peut même sans penser à D. explicitement peut chercher.

Voilà ce qu’en dit le professeur Henri Baruk (Zal) qui fut le Maître de mon Rav Harboun en psychologie clinique. Un des inventeurs de la psychiatrie à visage humain moderne, pour qui la morale et la Torah se rejoignent dans l’unité humaine :

La Torah est le « livre des générations de l’homme »; Elle parle de l’unité humaine.


« La Torah n’est pas une simple conception philosophique, elle constitue non seulement un mode spécial de penser et de concevoir la vie humaine, mais aussi une science pratique en même temps qu’une foi. Loin d’être rejetée comme méprisable, la matière est utilisée comme support de l’esprit qui l’élève et la féconde dans une extraordinaire unité. »

Henri Baruk, Civilisation hébraïque et Science de l’homme, chapitre : Une loi juste, la Torah, éditions Zikarone, 1965.


« Par une espèce de paradoxe, je commençai à entrevoir ce qui plus tard devint une évidence : l’unité profonde de l’homme. Paradoxe puisque je parvenais à cette conception du monde en observant les êtres qui paraissaient soumis au contraire aux plus violentes des ruptures non seulement par rapport à autrui, mais à l’intérieur d’eux-mêmes. C’est pourtant par l’étude des grandes maladies mentales que je parvins à ce aujourd’hui je crois être la vérité profonde de l’être humain. »

Henri Baruk, Des hommes comme nous : Mémoires d’un neuropsychiatre, Robert Laffont, 1976, p. 77

D. ne change pas l’ordre du monde qui « suit son cours » maintenant et aux jours du Machiah (Maïmonide, Michné Torah, Lois des rois 13). Les virus se développent selon l’ordre de la nature dont les lois sont en elle-mêmes un miracle. Sinon que signifierait que D. guérit le racha (pécheur) et envoie le juste à la tombe. Celui qui prie avec les mots des psaumes utilise une littérature d’urgence, des mots brutaux et sans fioritures qui racontent le désespoir et le cri de joie; Les psaumes, c’est la salle de réanimation de celui qui a perdu le contact avec l’Éternel.

Les psaumes sont universel car D. n’a qu’une seule parole de vérité. La multiplicité, la dualité, les doubles langages sont du monde créé. Les dix commandements furent donnés dans les 70 langues de l’humanité comme nous dit le midrach :

« Or, tout le peuple vit les voix et les feux (Ex 20). Rabbi Yohanan enseigne : « La voix jaillissait et se divisait en soixante-dix langues, en soixante-dix voix, afin que le monde entier puisse entendre »

Exod Rabba ch. 5

Les moines comme les juifs les chantent jour et nuit. Qu’on soit juif ou chrétien, c’est une obligation d’amour de le faire pour ceux qui souffrent, Israël et les Nations, sans aucun autre but que d’être frappé par ces mots d’horreur et d’exultation.

J’ai appris tout cela du Rabbin Haïm Harboun et de mon ami le Psychiatre et psychanalyste Gérard Haddad et de sa femme qui m’ont invité à manger le msoki à chaque Pessah depuis 10 ans (mais comment le faire cette année?) . Qu’ils en soient bénis.

Pace è salute a tutti.

Laisser un commentaire