Paracha Tetsavé : le corps et les idées

La dracha de Gérard Haddad sur la Paracha Tétsavé sur le site Akadem : cliquer ici

« Et toi tu ordonneras aux fils d’Israël et ils t’apporteront de l’huile d’olive pure pressée pour la lumière
pour faire brûler une lampe sans cesse »
(Exode, chapitre 27 )

neer tamid

Midrach Tan’houma sur Parachat Tetsavé, chapitre 27 §4 « Et ils t’apporteront »

Dieu dit à Moïse: ce n’est pas Moi qui ai besoin de cette lampe, mais c’est pour toi qu’ils l’apporteront, pour que tu puisses voir où tu entres et où tu sors.

A quoi cela ressemble-t-il ?

A un aveugle et un clairvoyant qui marchaient ensemble. Le clairvoyant soutenait l’aveugle. Le soir le clairvoyant dit à l’aveugle, allume-nous la lampe.

L’aveugle lui dit: « jusqu’à présent tu me guidais dans l’obscurité alors que moi-même je n’y vois rien, et maintenant tu me demandes d’allumer la lampe ?! »  Le clairvoyant c’est Dieu, à propos duquel il est écrit « Les yeux de l’Eternel parcourent toute  la terre » (Zacharie 7,10). L’aveugle c’est le peuple juif à propos duquel il est écrit « Nous errons comme des aveugles le long d’un mur, comme des gens privés de leurs yeux nous marchons à tâtons » (Isaïe 59,10).


Mishna Péa, chapitre 1, Mishna 1

Voici les actions dont l’homme mange l’usufruit dans ce monde-ci, mais dont le capital se trouve dans le monde à venir : le respect du père et de la mère, les bienfaits, la réalisation de la paix entre un homme et son ami, mais l’étude de la Torah équivaut à toutes ces actions.

 

Synagogue en Tunisie, le pays de Gérard Haddad
Etude de la Torah dans une synagogue en Tunisie, le pays de Gérard Haddad

Gérard Haddad commente la Paracha de Noa’h sur Akadem

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Gerard Haddad

Noach

Babel

Pourquoi notre rapport au travail est-il marqué par la souffrance ?

GerardHaddadL’interview de Gérard Haddad par Philippe Vallet sur France Info

Pourquoi notre rapport au travail est-il marqué par la souffrance, comme en témoigne l’étymologie du mot « tripalium », terme latin désignant un instrument de torture ? Et pourquoi certains peuples refusent-ils le progrès technique, s’enfermant dans le sous-développement ? Telles sont les questions que se pose Gérard Haddad, agronome en Casamance, au Sénégal, dans les années 1960.
Il a alors l’intuition de subdiviser les opérations de travail agricole en unités minimales. Apparaissent ainsi trois, et seulement trois, structures élémentaires du travail. Puis il découvre que ces trois structures ressemblent étrangement à celles définies par Freud dans le travail du rêve. Ce qui établit un pont entre activités corporelles et activités psychiques.
Le problème s’éclaire d’une lumière nouvelle : en rejetant le progrès, les Africains casamançais refusaient d’abandonner leur mode de travail, sacré à leurs yeux, car il les liait à la terre de leurs aïeux. À la fois structurelle et psychanalytique, cette analyse nous livre une clé majeure, inexplorée, pour comprendre la souffrance que l’homme moderne ressent devant les tâches toujours plus technicisées qui sont les siennes…

Ecoutez son interview par Philippe Vallet sur France Info :
http://www.franceinfo.fr/livre/le-livre-du-jour/le-livre-du-jour-haddad-938935-2013-04-03

Le premier Chapitre de Tripalium  à lire ici :
  Tripalium-Chapitre1

Tripalium. Pourquoi le travail est devenu une souffrance, de Gérard Haddad est publié aux éditions François Bourin (116 p., 15€)

Pessah : Ce soir… sentez vous libre !

Seder de PessahC’est ce soir le seder de Pessah. En étudiant le nom des mets servis lors du Seder (« ordre » en hébreu = repas) la veille de Soukkot,  Gérard Haddad a montré dans son livre « Manger le livre » que les mots hébraïques ( retranscris au fond du plat du seder-photo) ont les mêmes homonymies que les invocations qu’ils « sous-entendent ». Par exemple le mot hébreu pour « fève » ressemble à celui pour « malédiction ». Avaler la fève revient à maudire ses ennemis. Il s’agit donc littéralement de « manger des mots » lors du seder de de la fête de Soukkot.

Ceci rejoint les lois qui séparent le lait de la viande…« Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère » dit le livre du Lévitique. Ces préceptes alimentaires sont avant tout un rappel de l’interdit fondamental de l’inceste. Cet interdit qui fonde toute culture.

Ce soir l’enfant demandera : Ma nishtana halaila hazeh mikol haleilot? « Pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres nuits ? ». Et son père lui racontera  la Haggadah de Pâques, la libération d’Egypte, un texte de bergers vieux de plusieurs millénaires et compilé au moment de la mishna vers 220.

Ainsi, lors de ce seder, alors que les pains azymes (sans levain) rappellent que les hébreux, dans un sursaut de liberté ont quitté l’Egypte sans avoir le temps de faire lever la pâte, il s’agit de « manger la parole » pour être libéré d’Egypte. De manger des azymes pendant une semaine pour s’en souvenir. La dimension symbolique de l’acte de manger, cet acte d’incorporation et l’écriture nous rappelle que pour le judaïsme toute table est un autel.

plat de seder

Un passage du Pirqé Avot (1er siècle) attribué à Siméon Bar Yochai (fin du premier siècle – début du second) dit :

« Lorsque trois hommes mangent ensemble à une même table et n’y disent pas de paroles de les Torah, c’est comme s’ils avaient mangé des aliments offerts en sacrifice à des idoles mortes », comme il est dit: « car leurs tables sont pleines de mets orduriers, sans place pour D.ieu » (Isaïe 28,8). Mais trois personnes qui mangent à la même table et y ont échangent des paroles de la Torah, c’est comme s’ils avaient mangé à la table du Lieu (Maqom) D.ieu le maître du monde). Comme il est dit: « Voici la table qui est devant Hachém » (Ezékiel 42,22). (Pirqé Avot III, 4)

Et un passage du talmud de Babylone rapporte en écho ce raisonnement :

« L’Ecriture laisse entendre que l’on peut conférer son repas un caractère de sainteté puisqu’il est écrit (Ez 41, 22) : « L’autel en bois avait trois coudées de haut et deux coudées de long. Il avait ses angles, sa longueur et ses parois en bois et l’homme me dit : ‘‘C’est la table devant l’Eternel’’». Le verset commence par détailler les dimensions de l’autel… et indique à la fin, qu’il s’agit d’une table ! Rabbi Yohannan et Rabbi Eleazar en tirent tous deux cette idée-force : Tant que le temple existait, l’autel procurait expiation à Israël, et maintenant que le sanctuaire est détruit, la table, enrichie de commentaires sur les textes sacrés, lui sert de substitut » (TB Berakhot 55 a)

Le Temple était le lieu sacrificiel de la rencontre, tous les sacrifices étaient des offrandes de nourriture en réalité (dans l’antiquité toute viande mangée est le fruit d’un sacrifice à un dieu dans un temple), on privait son désir du meilleur pour s’ouvrir à l’Eternel et guérir de son désir mauvais et égoïste (péché). Le temple détruit, les sacrifices arrêtés, la table du seder a pris cette place. Lire la suite de « Pessah : Ce soir… sentez vous libre ! »