Daniel Eleazar (zal) : « Can Sephardic Judaism be reconstructed ? »

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Source : http://www.netanya.ac.il/englishSite/Centers/SecretJewsCenter/Publications/Documents/Reconstructed.pdf

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Musique Juive Yéménite contemporaine : Sagiv Cohen

‘Les Juifs yéménites et leurs ancêtres vivaient dans la pointe sud de la péninsule arabique. Ces juifs orientaux ont été rapatriés en Israël par l’opération « Tapis volant » en 1949. 49 000 personnes firent leur alya face aux pogroms et il ne resta que 1 200 juifs au Yémen. Les Yéménites forment un groupe majeur du judaïsme très proche de ce que furent les communautés de l’Antiquité.

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La prononciation des Yéménites est différente de celle des sefardim. Le Sègol est prononcé comme un A grave, le Holam, comme un é mouillé, un peu comme chez les… lituaniens, ou comme un eu. Le Kamats n’est pas comme un A, mais comme un O fermé. Ils font la différence entre le Sheva et le Tséré. Il en résulte que le mot éhad, (un) et le mot aher (un autre) ont une ressemblance, et nous voyons une trace de ce problème dans un texte de la Guemarah. Certains en déduisent que cette prononciation est plus proche de celle qui était à l’origine.

Sagiv Cohen (né le 20 février 1975) est un chanteur israélien de musique Mizraḥi, il tente de faire vivre la musique yéménite avec des créations contemporaines parfois avec de trés vieux textes. Ecoutez c’est magique.

Poème de Rabbi Shalom ben Yosef Shabazi (1619 – ca. 1720), Abba Sholem Shabbezi ou Salim al-Shabazi (Hebrew: שלום שבזי‎‎, Arabic: سالم الشبزي‎‎), Un de splus grands poètes du 17th siècle au Yemen :

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L’enfance d’un Rav, le Mellah de Marrakech en 1930

Le Rabbin Haïm Harboun raconte son enfance dans le Mellah de Marrakech en 1930et nsou parle de son livre apru chez Lemieux Editeur :

Haim Harboun le rabbin aux mille vies

>>> PDF: Haim Harboun, le rabbin aux mille vies (extrait)

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De la conversion au judaïsme, par le Rav Yossef Messas, zatsal

 Ecoutez cela, ces paroles de Rabbanim immenses. La traduction est d’une amie qui a fait la méthode ASSIMIL  hébreu et de moi-même.

גישתם וחכמתם של רבני צפון אפריקה

חֶרֶב בָּאָה לָעוֹלָם עַל עִנּוּי הַדִּין, וְעַל עִוּוּת הַדִּין, וְעַל הַמּוֹרִים בַּתּוֹרָה שֶׁלֹּא כַהֲלָכָה. מסכת אבות פרק ה משנה ח

דברים מאלפים מהגאון רבינו יוסף משאש זצ »ל (מגדולי הפוסקים, רבה הראשי של חיפה לפני כארבעה עשורים, ומלפנים רב הערים תלמסאן שבאלג’יר ומקנס שבמרוקו) בסוגיית הגיור:

« דבר זה, לגייר כל הבא להתגייר, פשוט הוא בכל מקום, בכל ערי המערב ובכל ערי אלג’יריאן וטוניס, מכמה טעמים והם:

…כמה פעמים אירע שהאישה לא נתגיירה מפני שדחה אותה רב העיר ולא רצה לגיירה, ונסעה לעיר אחרת היא ובעלה וקבעו שם דירתם בחזקת ששניהם יהודים, והולידו בנים ובנות, והבנות היו לאנשים יהודים והולידו גם הם בנים ובנות, ואחר כחמישים שנה נודעה החטאת שהסבתא לא נתגיירה, שאז כל צאצאיה נוכריות הנה, והיו מהומות רבות מזה… ויש מהם שהצאצאים נתגיירו אחר עמל רב ותלאה עצומה, ויש שלא רצו להתגייר ונסעו למרחקים ונטמעו. ומי אשם בכל זה? הרבנים המתחסדים, שאינם חכמים לראות את הנולד ואת תוצאות הזמן.

ובכן מאחר שדבר זה מביא בכנפיו סכנת נפשות, גם הרבה תועליות לקיום המצוות, ומניעת הרבה איסורים, ושלום ושקט לכמה משפחות ומניעת טמיעה לישראל באומות, ואין בדבר אלא איסור דרבנן ולכתחילה, וגם ראינו כמה וכמה גרים שלא לשמן, באו לשמן והיו גרי צדק באמת וישר, בכן מצווה רבה תחשב להקל בדבר, וכל גרות יעשה בדעת, וישקול בפלס מעשיו לראות את הנולד, ויעשה ויצליח בס »ד ».

L’attitude et la sagesse des rabbins en Afrique de Nord concernant la Conversion
par le Rav Yossef Messas, zatsal

Une épée est tombée dans le monde à cause de la procrastination (littéralement. « tortures » de jugement) des jugements (dinim), et sur les entorses à la justice, et sur les décisionnaires de la Thora qui ne décident selon la Halakhah. (Massekhet Avot, chapitre 5, mishna 8)

Paroles édifiantes du Gaon notre rabbin Yossef Messas zal (parmi les plus grands décisionnaires, il était le grand Rabbin de la ville de Haifah, il y a 40 ans. Avant il était le rabbin des villes Tlemcen en Algérie et Meknès au Maroc).

 » Au sujet de conversion vers le judaïsme, cette affaire, convertir tous ceux qui veulent se convertir, et tout simplement partout, dans toutes les villes occidentales et dans toutes les villes d’Algérie et de Tunisie. Et ce pour plusieurs raisons : Combien de fois il est arrivé qu’une femme ne s’est pas convertie par ce qu’elle a été repoussée par le rabbin de la ville qui a refusé de la convertir. Elle est partie avec son mari vivre dans une autre ville. Ils se sont installés là-bas et ont vécu comme des juifs et ont eu des fils et des filles. Les filles se sont mariées et à leur tour ont eu des fils et des filles. 50 ans plus tard il s ‘est avéré que la grande mère n’était pas juive et ne s’était pas convertie au judaïsme. Donc, toutes ses descendantes (filles) ne sont pas juives. Le scandale a été énorme à cause de ça…. certains de ses descendants (es) se sont convertis (ies) après des efforts et tribulations considérables. Et d’autres n’ont pas voulu se convertir et sont partis très loin et se sont assimilés.

Qui est coupable de tout ça ?

Les rabbins qui jouent les charitables (feignent la piété, il y a ici un jeu des mots, pour dire qu’ils sont le contraire, des faux hassidim) qui ne sont pas assez intelligents pour prévoir l’avenir et les résultats  arriveront en leur temps . Et voilà que cela porte sur ses ailes un danger mortel [pour Israël].

Il faut penser à l’utilité de faire les mitzvot et éviter trop d’interdictions, pour qu’il y ait la paix et la sérénité dans les familles et éviter qu’Israël ne s’assimile aux autres nations.

Ceci n’est qu’une interdiction des rabbins.  Nous avons déjà vu plusieurs guerim (des convertis), qui se sont convertis pour des convenances, et par la suite sont devenus des vrais et honorables juifs, qu’on a appelés gerey tzedeq גרי צדק. La mitzva est de faciliter les conversions et chaque fois de le faire après mûres réflexions, et mesurer sur la balance (peles = niveau d’eau, outil pour voir si le mur est droit). Il faut envisager l’avenir.

Faire et réussir, grâce à Dieu. « 

Une conférence trés forte du Rav Haïm Amsellem :

Le Mikvé de Besalû cet été (film de Didier et Marie-Pierre Long), nous sommes de anoussim et nous venons d’Espagne-Portugal puis de Corse :

Pourquoi on m’a appelé Meïr…

Les origines de Rabbi Meïr sont obscures. Son nom Meïr signifie « celui qui illumine ». Rabbi Meïr l’éclaireur dans les ténèbres.
Il serait originaire d’Asie Mineure et descendrait de l’empereur Néron si l’on en croit le Talmud. (Talmud Avoda Zara 18a)
C’est lui qui a écrit la Mishna.
Bref il fait partie de ces convertis qui ont fait le judaïsme.
Un jour, Elisha ben Abouya son Maître vit un enfant monter à une échelle pour remettre un oisillon dans un nid pour accomplir la mitsva de ne pas prendre l’enfant avec sa mère (Dt 22, 6-7)
L’enfant tomba et mourut.
La foi en l’Éternel d’Elisha Ben Abouya sombra, il déclara qu’il n’y avait au ciel « ni dayan ni beit Din». Non seulement il se trompait mais aussi son disciple écrivit la Michna.
Son nom fit rayé par les Sages et on ne l’appela plus que Aher, « l’autre ».
Mais Rabbi Meïr resta fidèle envers et contre tous à son maître, disciple de rabbi Akiba qui était vaste, dont il continua de suivre l’enseignement. Rabbi Meïr, le fidèle, celui qui ne juge pas.
Rabbi Meïr mourut en Asie Mineure, en demandant à ses disciples de l’enterrer sur la côte faisant face à celle de la Judée, « afin que la mer qui lave la terre de mes pères touche aussi mes os ». Son corps a été rapatrié à Tibériade.

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Tombe de Rabbi Méïr au bord du Lac de Tibériade

Rabbi Meïr Tolédano dont la synagogue de Bastia porte le nom est le lointain descendant de cette Neshama miraculeuse (on l’appelait baal haaness, le « maître du miracle »)

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Il fut rabbin de la synagogue de Bastia de 1920 à 1970. Il avait fui la terre sainte envahie par les turcs en 1915 avec 740 autres juifs que les Corses accueillirent comme des frères de misère.
Il est enterré au carré juif de Bastia.

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Meguila d’Esther du Rav Meïr Tolédano (son nom est gravé en bas à droite)

Ses petits-fils sont Guy et Benny (Meïr) Sabbagh mes amis.

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Guy et Benny

Grâce à tous ces Meïr j’ai retrouvé ma Nechama juive, celle que m’a transmise ma grand-mère maternelle, une marrane, qui m’envoyait chaque automne un cédrat confit, une tradition héritée de sa mère – Branca.(Photos)

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Je suis devenu Meïr le 26 octobre 2016 devant deux témoins Chomer Chabbat dont le Rabbi Haïm Harboun  ainsi que mon frère Jumeau.
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J’ai choisi ce nom parceque ma vie est une suite de miracles venus du Ciel.

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Je suis Juif et Corse, passeurs d’âme entre nos deux peuples jumeaux.

J’attends désormais qu’un Beit Din me convoque et m’accepte pour passer au Mikvé avec ma femme et ma fille. Nous avons fait un très long chemin pour arriver là.

D-ieu de Rabbi Méïr exauce moi ! Beezrat Achem.
Tout est à l’Eternel, le Saint, béni soit-Il.

Du monastère à la Yeshiva, Didier Meïr Long, Tenou’a déc. 2016

Cet hiver, la revue Tenou’a interroge la relation entre Juifs et Chrétiens aujourd’hui, dans l’Histoire et dans le texte. S’ouvrant par les voeux croisés du Grand rabbin de France Haïm Korsia et de l’Archevêque de Paris André Vingt-Trois pour les fêtes de Hanoukka et de Noël, ce numéro vous propose d’explorer cette relation dans les textes et dans l’Histoire ancienne et moderne.

Du monastère à la synagogue

tenoua_166_1_web-780x1040Pendant longtemps, je fus Frère Marc, moine bénédictin dès avant mes 20 ans. Au monastère de la Pierre-Qui-Vire je fus formé par des moines, d’authentiques Chrétiens amoureux de la tradition d’Israël. Ces gens avaient pris au sérieux Nostra Aetate, au point d’aller apprendre l’hébreu en oulpan en Israël et de se nourrir de l’enseignement oral du Maître Ephraïm Urbach.
Après dix ans de vie silencieuse, de prière des psaumes, d’étude et de travail au fond de cette forêt, ayant étudié avec ces frères bons et magnifiques, j’ai rencontré une journaliste, qui allait devenir mon épouse. Elle était d’origine juive mais ni elle ni moi ne le savions. Ce fut un coup de foudre. Du cloître, je suis « retourné dans le monde », nous nous sommes mariés, avons éduqué nos quatre enfants. Devenu consultant spécialiste d’Internet, je passais mes nuits à écrire de nombreux livres sur le judéo-christianisme ancien…
Ce chemin intellectuel et la remontée à ma mémoire de mes ancêtres, des marranes arrivés en Corse du sud il y a plus de quatre siècles m’ont amené à rejoindre le judaïsme séfarade de stricte observance il y a six ans. J’ai été éduqué dans la foi juive par le Rav Haïm Harboun, devenu petit à petit mon père dans le judaïsme. Circoncis, je suis devenu Meïr le 26 octobre de cette année à l’âge de 50 ans.
À partir de cette expérience, je propose quelques réflexions personnelles sur le rapport entre les traditions juive et chrétienne en espérant qu’elles pourront aider le lecteur. Ces paroles sont celles d’un simple témoin.

De la Tradition orale (shébé’al péh) juive

Mon chemin est une suite de prises de conscience successives, de compréhensions et de réinterprétations. C’est ainsi que fonctionnent la connaissance humaine et la tradition. J’ai simplement cherché la vérité et je sais maintenant qu’elle me dépasse infiniment. Comme l’intelligence humaine, les traditions religieuses se développent par re-conceptualisation de concepts élaborés pour faire face à des situations antérieures. Ce processus cognitif de construction de l’intelligence humaine, popularisé par le psychologue Jean Piaget, ce processus de réinterprétation permanente à partir de concepts déjà élaborés pour répondre à une situation nouvelle en s’appuyant sur des délibérations anciennes, constitue ce qu’on appelle la « Tradition ». Elle fonctionne comme une intelligence collective, émotionnelle, post-traumatique, du cœur et de la raison, avec un seul objectif : survivre.
Ainsi, la première mishna du Pirké Avot parle-t-elle de cette Torah – une tradition avant tout orale, « reçue » – kabala et « transmise » – messara depuis le Sinaï. En marche (halakha), en constante réinterprétation pour rester fidèle à son origine divine. La page de Talmud avec ses couches – mishna en hébreu, commentée par la guemara en araméen – témoigne de ce processus de tradition orale de commentaire à l’infini, tel qu’il se vit dans les yeshivot ou les Talmudé Tora et dans l’enseignement de maître à disciple. Un processus qui relève non seulement de l’intelligence rationnelle mais aussi émotionnelle et, plus profondément, de la mémoire psychique et intergénérationnelle profonde. Pour le dire de manière théologique : la parole de D.ieu parle le langage des hommes, ici et maintenant. « La Torah n’est pas dans les Cieux » (Deutéronome 30, traité Baba Métsia 59 b) résume l’adage talmudique. L’oubli du code primitif, les modifications par duplication ou interprétation font muter un ADN originel, lui-même produit d’élaborations successives et de longues expériences partagées et discutées. On ne peut donc pas rencontrer la tradition juive uniquement de manière livresque ou intellectuelle, il s’agit nécessairement d’une transmission vécue de père à enfant comme le dit le Shema.

Comment les traditions juive et chrétienne se sont séparées

C’est bien sûr cette tradition multimillénaire Torah vemistvot qu’ont pratiqué Jésus, Shaül (Paul) ou les premiers Chrétiens. Ainsi, selon les Évangiles, Jésus récitait-il le Shema Yisrael (Mc 12, 29-30 ; Lc 10, 27 ; Mt 22, 37). Alors que s’est-il passé pour que, du Judaïsme déjà millénaire, ait pu naître le Christianisme au tournant de notre ère ?
Le premier « Judéo-Christianisme » et le Judaïsme rabbinique sont nés de manière gémellaire d’un ADN commun: le Judaïsme déjà ancien et fragmenté en de multiples courants d’avant la destruction du Temple (en 70 de notre ère). Leur tronc commun originaire est le judaïsme de tradition pharisienne (orale) qui reconnait les Écritures, désignées par l’acrostiche Tanakh (voir Luc 24 : « la Loi, les Prophètes et les Psaumes ») comme révélées quand elles sont interprétées par la tradition orale.
Jésus ou Paul, l’élève du Rabbin Gamaliel, vivent au cœur de la tradition orale juive (« ce que j’ai reçu je vous l’ai transmis » 1 Cor 15, 3 ; Pirké Avot 1:1) et ils le disent. Les Évangiles doivent donc être lu non pas comme des Écritures mais comme des midrashim issus de traditions orales juives. La tradition de l’Église primitive a paraphé cette idée de témoignages oraux multiples en retenant non pas un mais quatre évangiles.
Le « Christianisme juif » de Jacob, le frère de sang de Jésus, est une forme de judaïsme messianisant (politique) et apocalyptique (mystique), toutes doctrines juives hétérodoxes banales avant 70. Jésus comme Paul n’avaient pas pour projet de créer une « nouvelle religion » mais de rassembler Israël pour la Rédemption qu’ils espéraient d’autant plus proche que croissait la souffrance d’Israël écrasé par Rome sur sa terre. Les messies (chef de guerre) du 1er et 2ème siècle sont monnaie courante; tout aussi courants étaient les apocalypticiens ascétiques sur le mode des Esséniens et Baptistes selon le modèle d’Elie et Elisée qui erraient dans cette même vallée du Jourdain.
L’idée de Paul, pour qui la Géoula [délivrance messianique du peuple juif] était proche, était de rassembler les incirconcis c’est-à-dire les Nations, non pas pour les « convertir au judaïsme », ce qui était parfaitement interdit à un disciple de Gamaliel, mais parce qu’il était persuadé que les Nations, alors païennes, deviendraient noachides, reviendraient au joug des Cieux en abandonnant le paganisme alors largement répandu dans le monde Gréco-romain et monteraient à Jérusalem comme l’ont promis les Prophètes. Voilà le Paul qu’on peut reconstituer si l’on sort de la vision anachronique qui consiste à le relire avec les idées nées lors des Conciles œcuméniques du IVème siècle.
Le « Chrétien » primitif est donc un « noachide » tel que défini par la tradition juive. La religion de l’humanité n’est pas le Judaïsme, le Christianisme ou l’Islam, comme l’a montré Elia Benhamozegh mais l’abandon du paganisme ; il s’agit, pour parler de manière imagée, d’abandonner ses idoles comme Abraham, le père de tous les peuples. Le « dialogue » entre les traditions juive et chrétienne se complique avec la mutation de la tradition chrétienne au IVème siècle, lorsqu’elle quitte le judaïsme pour épouser le modèle politique de divinisation gréco-romain. Dès lors et pour plusieurs siècles, la négation de la « sainteté » d’Israël, c’est-à-dire de sa distinction, a conduit à nier ceux qui justement ne se mélangeaient pas, étaient rétifs aux habitudes de la masse de l’Empire, fidèles à la tradition de leurs pères et de leurs mères… les juifs.
Le déni chrétien de la tradition juive vivante, qui ne prendra fin qu’au xxe siècle avec Vatican II, est une mémoire traumatique, une brûlure côté juif. L’antisionisme banal en milieu chrétien peu éduqué, et ce malgré les paroles philosémites sans faille des papes successifs, le déni de la réalité d’Israël, sont encore les symptômes de cet antijudaïsme historique.

Chrétiens et Juifs

Un jour, alors que j’entrais dans une synagogue parisienne, je fus saisi : Israël continuait sa route ! Ces hommes rassemblés en blanc sous leur tallit continuaient de redire depuis 3000 ans les prières et les coutumes reçues de la Tradition de nos pères. Et moi, je me sentais simplement l’un d’eux ! En moi, s’est alors mis en route un mécanisme auquel j’ai peu à peu consenti. Ma mémoire juive est remontée par bribes, durant sept ans, comme si je sortais du sommeil. Des « coïncidences » émotionnelles, des recherches intellectuelles, mais surtout des gestes qui me touchaient au plus profond de moi-même; j’ai parcouru un long chemin qui m’a ramené à la foi de mes ancêtres à partir de l’odeur d’un agrume : le cédrat que ma grand-mère de Bastia m’envoyait chaque automne. Je découvrais peu à peu, souvent dans la douleur, que j’étais, comme me l’a dit le Grand Rabbin Haïm Korsia, « une âme juive dans un corps de chrétien ».
Même après des générations, même converti, le Juif reste lié à Israël au fond de son identité. Il suffit qu’il rencontre la tradition vivante d’Israël et de ses Sages pour que cette étincelle sous la cendre rallume le feu du Sinaï. Et là il ne s’agit pas d’intelligence uniquement cognitive mais surtout émotionnelle et de mémoire psychique transgénérationnelle profonde.
Faut-il ajouter que sans mes frères moines (dont les frère Matthieu et Mathias), ces amoureux de la tradition d’Israël, je n’aurais jamais pu revenir à la tradition de mes pères ? Faut-il ajouter que sans ces origines marranes, je serais probablement resté un chrétien philosémite ? Faut-il ajouter qu’avant d’être chrétien ou juif, on naît dans l’humanité et que c’est cela le grand cadeau du Saint-béni-soit-Il ? une grâce accordé à toute femme et à tout homme en ce monde. Qu’aurais-je fait sans mon ami le Rabbin Harboun, docteur en psychologie clinique et en histoire, sorti du Mellah de Marrakech, son humour, sa patience orientale et nos longues conversations ? Sans les paroles de Gérard Haddad qui nous a aussi accompagnés ? Sans mes frères et sœurs de la communauté Ohel Abraham la bien-nommée (« la tente d’Abraham », symbole d’accueil) ? Sans la tradition orale bien vivante d’Israël ?
C’est ainsi que je suis sorti de l’amnésie et qu’un beau jour d’octobre 2016, après un long parcours hors des sentiers battus, mon corps a rejoint mon âme, marquant dans ma chair les mots de la promesse faite à Israël au Sinaï. Baroukh Achem veBeezrat Achem.

Didier Meïr Long

Didier Long, Mémoires juives de Corse, Lemieux Editeur 2016.
Haïm Harboun, Le rabbin aux mille vies, Lemieux Editeur 2016.
Didier Long, Des noces éternelles, un moine à la synagogue, Lemieux Editeur 2015.

Les amulettes de guérison de la Kabbalah

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Le plus vieil homme de ma syna, 90 ans, né dans le Mellah de Marrakech m’a envoyé ce Caméo (amulette) de la tradition juive marocaine. J’ai trouvé son geste émouvant et profond comme s’il me transmettait au delà du parchemin quelque chose d’important.

Le Chiviti (שויתי ) est une représentation méditatives de la Ménorah (chandelier du temple à 7 branches) utilisé pour la méditation de la contemplation du Nom (tétragramme). Cviti est le premier mot du psaume 16, 8 :

ח  שִׁוִּיתִי יְהוָה לְנֶגְדִּי תָמִיד:    כִּי מִימִינִי, בַּל-אֶמּוֹט. 8 Je fixe constamment mes regards sur le Seigneur; s’il est à ma droite, je reste inébranlable.
ט  לָכֵן, שָׂמַח לִבִּי–וַיָּגֶל כְּבוֹדִי;    אַף-בְּשָׂרִי, יִשְׁכֹּן לָבֶטַח. 9 C’est pourquoi mon cœur se réjouit, mon âme jubile, mon corps même repose en sécurité.

La réalité spirituelle qui sous tend ces amulettes est donc profonde spirituellement. Largement diffusée par la Kabbalah au Moyen Age (tradition ésotérique; Qabbala « réception » au sens de tradition reçue : messarah et transmise : kabbalah; Cf Pirké Avot 1, 1), elles proviennent à l’origine de Babylonie. Lors de l’exil à Babylone au VIème siècle avant notre ère, les israélites ont appris à utiliser les amulettes de leurs voisins. Elles accompagnent la Refoua Chelema (prière pour les malades) et on les attachaient au cou ou sur la poitrine du patient. Les sages d’Israël ont essayé, souvent en vain, d’arrêter ce qu’ils considéraient parfois comme des superstitions.

En pièces jointes, une page appelée  » קמיע  « , contient plusieurs termes faisant appel à la Protection divine et que, de tradition, on plaçait au chevet du  חתן דמים  הי ו

כן השם ישמורך מכל רע ויתן לך רפואה שלמה

ונאמר לך

ברוך הבה בשם ה

באהבה ובלב טוב

Le חתן דמים  הי ו, hatam damim, « l’époux du sang » se réfère à un passage mystérieux de la Torah (Exode 4, 24-26) dans lequel Moïse revient de chez Jethro son beau-père et descend avec toute sa famille parler à Pharaon en Egypte. En cours de route Séphora, la femme de Moïse, circoncis son fils.

כד וַיְהִי בַדֶּרֶךְ, בַּמָּלוֹן; וַיִּפְגְּשֵׁהוּ יְהוָה, וַיְבַקֵּשׁ הֲמִיתוֹ. 24 Pendant ce voyage, il (Moïse) s’arrêta dans une hôtellerie; le Seigneur l’aborda et voulut le faire mourir.
כה וַתִּקַּח צִפֹּרָה צֹר, וַתִּכְרֹת אֶת-עָרְלַת בְּנָהּ, וַתַּגַּע, לְרַגְלָיו; וַתֹּאמֶר, כִּי חֲתַן-דָּמִים אַתָּה לִי. 25 Séphora saisit un caillou, retrancha l’excroissance de son fils et la jeta à ses pieds en disant: « Est-ce donc par le sang que tu es uni à moi? »
כו וַיִּרֶף, מִמֶּנּוּ; אָז, אָמְרָה, חֲתַן דָּמִים, לַמּוּלֹת.  {פ} 26 Le Seigneur le laissa en repos. Elle dit alors: « Oui, tu m’es uni par le sang, grâce à la circoncision! »
כז וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַהֲרֹן, לֵךְ לִקְרַאת מֹשֶׁה הַמִּדְבָּרָה; וַיֵּלֶךְ, וַיִּפְגְּשֵׁהוּ בְּהַר הָאֱלֹהִים–וַיִּשַּׁק-לוֹ. 27 L’Éternel dit à Aaron: « Va au-devant de Moïse, dans le désert. » Il y alla; il le rencontra sur la montagne et l’embrassa.

Juifs à New York

ManhattanPhoto DL d’hélicopère

Alors qu’en Europe les religions font peur « Après la Chrétienté », selon l’expression de Gianni Vattimo, en Amérique la religion est une composante sociologique majeure des communautés du melting pot. Celles-ci vivent dans une tension parfois fermée et violente, parfois créative. La communauté juive n’échappe pas à cette fragmentation des identités qui fait partie de l’ADN de l’Amérique. La communauté juive est marquée par cette sociologie issue des grandes vagues d’immigration européenne, poussée par les mouvements antisémites en Europe, par les espaces de voisinage. New York est, de loin, la première ville juive du monde et le centre de la communauté juive américaine, la plus importante de la diaspora. Il y a 1,8 million de juifs à New York sur 6 millions aux US. Les premiers séfardim y sont arrivés du Brésil il y a 350 ans en 1654. En 2002, les ashkénazes (972 000 personnes), représentaient 12 % de la population de New York. 25% des juifs de New York ne sont pas pratiquants. Dans les années 1950, les Juifs représentaient un quart de la population de New York. Elle a décliné avec le départ vers d’autres villes américaines (Californie, Miami).

Les juifs d’Amérique savent que l’antisémitisme sévit en France et que 7000 juifs ont quitté la France pour Israël en 2014, el double de l’année précédente. Ils savent ce que cela veut dire, la plupart ont émigré ici depuis moins de 150 ans de la même Europe qui ne semble toujours pas avoir  compris. Il n’y a pas d’antisémitisme ici même si « la tension est vive avec la communauté noire musulmane à Chicago et Seattle » m’a dit l’un d’eux.

Je demande par avance un peu d’indulgence à mon lecteur. Il est impossible de résumer des identités si complexes en un post. Il ne s’agit ici que de quelques éclairages, mes impressions de voyage, rien de plus.

On peut dire que la communauté juive est composée de deux types de communautés composée d’une immense variété d’identités :

  • Les communautés orthodoxes, c’est-à-dire fidèles à la halakha telle qu’elle est définie par le Shoulane Haroukh: on prendra l’exemple des Satmar de Williamsburg à Brooklyn, des Loubavitch de Crown Heights à Brooklyn, et des orthodoxes modernes du Lower East Side, les sefardim orthodoxes.
  • Les communautés libérales. On compte parmi elles une immense variété comme les reconstructionnistes qui se sont adapté sans états d’âme à l’american way of life.
  • Les Conservatives  entre les deux.

 

Satmar de Williamsburg à Brooklyn

Les Satmar sont une dynastie hassidique fondée en 1905 à Satu Mare en Transylvanie (Roumanie-Hhongrie). Ils débarquent après l’Holocauste à Brooklyn dans le quartier de Willimasburg. Une partie vit aussi à Kiryas Joel, au nord de New York. Ils seraient 120 000. Ils refusent le sionisme politique. Le quartier de Williamsburg est mixte, on y trouve majoritairement des familles hassidiques, mais aussi des Portoricains et des noirs. Schtreimel, peot, barbe et Yiddish sont de rigueur. Le mode de vie est celui d’un Shtetl d’Europe orientale il y a un siècle.

Mariage chez les Satmar.

Loubavitch de Crown Heights à Brooklyn

Le mouvement hassidique Loubavitch est profondément marqué par la figure de Menahem Mendel Schneerson né en 1902 à Mykolaïv, en Ukraine et arrivé à New York en 1947 et dernier Rebbe de la dynastie hassidique Habad-Loubavitch. Un érudit très prolixe en commentaires de la Torah. Environ 500 000 juifs dont 1000 français ont célébré l’anniversaire de sa mort en juillet dernier. On ressent une vraie joie à Crown Height qu’il ne quittera pas à partir de cette époque jusqu’à sa mort en 1994. Les Loubavitch sont traditionnels mais accueillants avec un côté très moderne. Comme les Satmar ils ont des familles très nombreuses. On croise des multiples landeaux dans les rues. Une banderole annonce : Moshiah is on his way, let’s be ready! « Le messie arrive, Soyons prêts! ». Le mouvement est très actif pour faire connaitre le judaïsme aux juifs. La communauté, répandue à travers le monde entier (4 600 établissements) est un archétype des grands mouvements religieux en réseau dans la globalisation, en croissance forte.  J’ai déjà parlé du sérieux de l’étude au 770 Eastern Parkway.

 

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Sefardim orthodoxes du Lower East Side

Les premiers Juifs à arriver à New York étaient des séfarades. Jusqu’au 18ème siècle, la population juive de New York est surtout séfarade. Aujourd’hui New York est très majoritairement ashkénaze. La synagogue de la Congregation Beit Yaakov projetée par le philanthrope Edmond Safra avant sa mort a ouvert en 2003 pour une communauté séfarade syrienne.

 

Orthodoxes modernes  du Lower East Side

La grande vague d’antisémitisme qui toucha l’Europe centrale et orientale dans les années 1880 poussa les juifs allemands à immigrer.  Ils s’installèrent dans le Lower East Side.

Les orthodoxies modernes sont principalement dans l’East Side, à l’est de central Park. Le long du quartier chic de Kensington avenue. Les synagogues comme celles de Kehilath Jeshurun  (photos) sont austères et les mezouzot aux portes dans le quartier discrètes.

Les modern orthodox tentent de concilier l’orthodoxie halakhique et l’ouverture au monde moderne, ou comment vivre une vie de Torah Halakhique tout en ne se coupant pas du monde ambiant. L’orthodoxie moderne vient de la néo-orthodoxie des Rabbins Hirsch et Hildesheimer qui tentèrent de créer au XIXème siècle en Allemagne un mouvement «Torah im Derekh Eretz » alliant les valeurs juives et un regard positif sur l’excellence scientifique et la culture profanes. La place faite aux femmes est significative chez eux.
Le Rav Joseph.B. Soloveitchik (1903-1993) est le maître à penser de ce mouvement. Le Rav Isaac Kock Abraham Isaac Kook (1864 – 1935), inspirateur du sionisme orthodoxe en faisait partie.

 

Conservative du Lower East Side

Les Conservative (Massorti en France) un mouvement lancé par Zechariah Frankel (1801-1875) en Allemagne sont une réaction face aux mouvement libéral auquel il a dans un premier temps appartenu. Il respecte la halakha mais de manière plus souple que les mouvements orthodoxes et comporte de facto une ouverture plus forte sur la culture occidentale, la participation des femmes. Comme chez les orthodoxes toute évolution de la Loi doit être justifiée par un raisonnement interne à la halakha, et jamais externe comme chez les libéraux… mais le mouvement d’interprétation de la halakha est plus souple que chez les orthodoxes. On voit ici la synagogue conservative Or Zarua en reconstruction suite à un incendie et le centre communautaire en face.

 

Réformés de la Central Synagogue à Manhattan

En 1840, le mouvement de réforme du judaïsme introduit un changement radical dans les congrégations existantes et provoque la création de nouvelles congrégations à New York City. Les réformés modernisent le rituel, réduisent les contraintes, rapprochent le judaïsme du protestantisme et de l’American Way of Life.

Le judaïsme réformé est éclaté en de multiples mouvements.

Ils ont vis-à-vis de la halakha une latitude d’interprétation plus large à des groupes se reconnaissant dans une forme de  culture et d’ethos juif. Je suis tombé par hasard sur la synagogue Grand Central à Manhattan. Construite en 1872 sur le modèle de celle de la rue Dohány à Budapest elle est la plus ancienne synagogue de New York. « 500 personnes y viennent chaque shabbat annonce son site… et plus de 100 visiteurs se joignent via live streaming » dit son site : http://www.centralsynagogue.org/about_us  Voici quelques photos :

 

A New York on trouve au coin des rues la presse juive. Un fait impossible aujourd’hui à Paris.DSCN5843 DSCN5894

 

C’est sans doute un signe de bonne santé mentale. God bless America.

Chez les fils et les filles du Rebbe de Loubavitch à Crown Heights – Brooklyn

Sachant que j’étais à NYC le Rav Mendy A. m’a conseillé d’aller à Crown Heights « un moment fort » disait-il en un délicieux euphémisme…, car, sans le vouloir, ni savoir où elle se trouvait, ni même en soupçonner l’existence, je me suis retrouvé dans l’immense Yeshiva qui est sous la maison du Rabbi de Loubavitch accueilli avec un très grand hessed (générosité) par ses fils.

Voici ce qui m’est arrivé.

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Crown Heights est dans le borough de Brooklyn, à New York, massivement composé d’afro américain ou issus des Caraïbes pour la plupart très pauvres. J’avais peur d’aller à Brooklyn avec mes enfants car deux policiers ont été tués à quelques rues de là le 20 décembre, il y dix jours, paix à leur âme. 20 000 policiers ont assisté à l’enterrement et 20 000 autres sont déployés dans Brooklyn et le Queens. Nous y avons quand même été en famille.

A Manhattan au moins quatre chauffeurs de taxi ne connaissent pas ce quartier de Crown Heights qui « ne leur dit absolument rien ». Mais on est tombé sur un type efficace, genre new yorkais intrépide, originaire de Guinée, nommé Abdelkader, avec qui on a regardé… Google.DSCN5417

Il nous a largué a l’angle de « Crown » Street (comme Google Map l’avait dit !) et de Brooklyn Avenue.

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Nous avons déambulé dans le sud de Crown Heights, des petites maisons pimpantes avec des hommes en noir et blanc en Borsalino et tsitsit et des femmes qui poussent des landaus entourées d’enfants. Des gens discrets, prévenants et hyper gentils en fait. Détail amusant : les fleurs sont des choux devant les maisons.

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Et sommes remontés sur Kingstone Avenue.

 

La petite ville avec ses petits commerces juifs est accueillante. Pas du tout cette ambiance fermée et obtuse que décrivent les commentateurs ‘progressistes’ bien intentionnés et forcément modernes qui n’ont jamais mis les pieds ici.

Quand au détour d’une rue je suis tombé sur des types en train de vendre des livres sur le trottoir et d’autres qui se rassemblaient regardant ces vieux grimoires en hébreu avec gourmandise. Il n’y a que les juifs pour se précipiter pour acheter des livres quand il n’y a plus une seule librairie à New York ! Forcément c’était intéressant. Je  me suis rapproché.

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Quand un détail a attiré mon attention. Une pierre conservée sous verre. J’ai demandé la signification au « libraire ». En l’écoutant j’ai failli tomber de ma chaise… heureusement j’étais debout. Il m’a expliqué que j’étais devant la maison du Rebbe Menahem Mendel Schneerson !

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Ce dernier est né en1902 à Mykolaïv en Ukraine et qui a quitté ce monde le 12 juin 1994. Plus connu sous le nom de « Rabbi de Loubavitch », septième héritier de la dynastie il a vécu ici la plus grande et prolifique partie de sa vie entre 1941 et 1994. Editant des milliers de livres, commentant la Torah, aidant tous ceux qui passaient chez lui jusqu’à l’épuisement. La maison est au 770 Eastern Pkwy.

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Ce jeune homme réfléchi et souriant m’a spontanément proposé de me montrer la maison. Il y a là un bureau où le Rebbe accueillait toutes les âmes en détresses venues du monde entier pour se confier à lui et recevoir ses conseils.

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Puis il m’a montré des salles dans la maison ou des nombreux hommes de tous ages étudiaient.

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Cet homme avait abandonné sa librairie de rue et me guidait avec une serviabilité pleine de délicatesse comme si j’étais son seul problème.

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Ensuite il m’a conduit dans une immense yeshiva en sous-sol où peut-être 300 étudiants discutaient de pages de Talmud. Ils s’aidaient les uns les autres. J’ai été frappé de l’atmosphère de gentillesse de tous. Ce hessed remplit l’âme comme une musique. Mon coach, me conduisait avec générosité de l’un à l’autre, comme un vieil ami, dans cette salle d’étude où ces hommes s’usaient les yeux sur des pages de Torah et de Talmud pour élever un peu le niveau de spiritualité de ce monde. C’est tellement rare ! J’ai été saisi par cette espèce de joie paisible, intense, chaleureuse, communicative ; émerveillé par cette générosité paisible dans l’étude. Mais qui connait aujourd’hui l’immense valeur de la prière et de l’étude ?

Le jeune rabbi m’a montré au milieu de la salle l’estrade (teba) où leur maître a enseigné, simplement parmi eux et aussi l’aron haqodesh (arches des rouleaux de la Torah) de la tefila. Son fauteuil. La tribune d’où très diminué il continuait d’enseigner à la fin de sa vie.

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C’était comme si tous ces hommes bons n’avaient pas arrêté leur tâche d’étude (avoda) après que leur maître se fut seulement absenté. Mes enfants sont venus nous rejoindre :

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Schneerson n’a pas eu d’enfants mais l’Eternel l’a comblé de jours et de disciples. L’un d’eux qui parlait français est venu m’accueillir spontanément.

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Je leur ai dit que je ne pouvais pas avoir fait 6000 km et être là seulement pour moi; et je leur ai parlé de ma communauté Ohel Abraham Nathanaël et de son Rebbe séfarade ! Je leur ai proposé de photographier pour leur montrer et parce que je m’étais promis de partager tout cela. Et que l’Eternel a guidé mes pas alors que je n’avais rien préparé. Le hasard c’est la manière de D. de passer incognito.

En sortant on était perdu sans plan de Brooklyn. On a trouvé une bouche de métro devant la maison : Kingston.

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Là, quatre femmes, Loubavitch elles aussi, sont spontanément venues à nous et nous ont demandé qui nous étions. En français ! elles étaient de Marseille et avaient entendu parler du Rav Harboun ! Elles menaient des études religieuse ou civiles à Montréal. Elles nous ont accueilli comme des frères et sœurs, nous montrant le chemin jusqu’au métro et jusque dans le wagon pour que nous ne nous trompions pas.

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Voilà qui sont les fils et les filles du Rav Schneerson, des gens bons et généreux dont les actes de bonté ont éclairé notre chemin improbable et illuminé notre journée.

Je viens seulement de comprendre ce que le Rav Harboun nous enseigne depuis plusieurs shabbats : Maassé Avot Simhra Levanim : les actes de pères sont un signe pour leurs enfants. Grand honneur à cet homme là. Un tsadik, un juste.

Merci à ses enfants.  God bless America.

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Article publié ensuite par le site Hassidout.org : ici

Hassidout

Lettres séfarades : quand les juifs parlaient arabe

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Le Rav Harboun m’a confié un petit livre étrange avant de partir à Jérusalem. Comme on peut lire en haut de page c’est un livre du Rambam, (l’acrostiche de ‘Rabbi Moshe Ben Maimon’), Maïmonide, né à Cordoue en 1135 et qui erra en Espagne et à Fès au Maroc puis vécut 40 ans en Egypte. Maïmonide, le plus grand maître du judaïsme, médecin, talmudiste , théologien… dont la tradition dit « De Moïse jusqu’à Moïse, il n’y eut personne comme Moïse » et à qui on se réfère constamment.

Il s’agit des règles du shabbat par Maimonide.

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Rambam Halakhot Chabbat (« Maïmonide, les règles du shabbat »)

Mais le plus drôle c’est qu’on trouve au milieu de la page en lettre hébraïques, m’a fait remarquer mon ami, une inscription en lettres hébraïques mais en arabe : tafsir biarabia. « Commentaire en arabe ».

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L’arabe était la lingua franca des rives de la Méditerranée mais l’usage de ses caractères est prohibé au non musulmans ; l’hébreu était alors l’une des deux langues savantes de l’Europe occidentale. L’arabe était donc devenu la langue vernaculaire des séfarades utilisée aussi pour leurs écrits scientifiques, philosophiques. Dès la seconde moitié du IXe siècle, la plupart des textes juifs en prose, sont écrit directement en arabe.

Tafsir biarabia « le commentaire en arabe » Dans le monde musulman le mot tafsir (تَفْسِير tafsīr, « interprétation ») désigne le commentaire. (voir ici ). Ce mot est aussi utillisé pour l’interprétation du Coran (voir ici)

Il faut dire que la plupart des grandes œuvres sépharades ont été écrites… en arabe. Ainsi, Le Moré Névoukhim, le « Guide des Egarés » de Maimonide, ses épitres (Iggérot),  ont été écrit en arabe. Le Hak-Kûzari « Livre des arguments et des preuves pour le défense de la foi méprisée » (vers 1140) de Judah Ha-Levi est aussi écrit en arabe. Saadia Gaon (Sa`īd ibn Yūsuf al-Fayyūmi  en arabe) qui vit en Egypte et en Babylonie au Xème siècle écrit en arabe. Toute la poésie hébraïque de l’époque s’écrit en langue arabe.

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On écrivait donc en judéo-arabe (arabe en lettres hébraïques) :

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Manuscrit en judeo-arabe du Guide des perplexes Yémen, XIII ou XIVe siècle

 

Quitte à traduire ensuite en hébreu :

Le Guide des Égarés ms. hébreu, XIVe s., Majorque, 1352 traduction de Samuel Ibn Tibbon Bibliothèque nationale de France département des manuscrits © cliché Bibliothèque nationale de France

 

En réalité l’histoire permet de prendre du recul. Les musulmans ont longuement étudié Maïmonide, appelé en arabe Abou Amram Mousa Maïmoun Obad Allah, tout comme Thomas d’Aquin qui le cite en permanence dans sa somme théologique en l’appelant « l’aigle de la synagogue ». Juifs, chrétiens et musulmans ne sont pas nés pour se détester. On ne nait ni juif, ni chrétien ni musulman, on nait dans l’humanité disait Leibovitz. Voilà ce qu’écrivait Maîmonide, en hébreu :

Malgré tout, les pensées du Créateur du monde sont impénétrables pour l’homme, notre conception et notre pensée sont différentes de la sienne. En effet, toutes ces choses-là concernant Jésus le nazaréen, et l’Ismaélite qui vint après lui [Muhammad], ne sont venues qu’afin de préparer le chemin pour le roi Messie, pour améliorer le monde entier à servir Dieu ensemble : Alors je transformerai les peuples d’un langage commun pour que tous invoquent le nom de l’Eternel et le servent d’un cœur unanime [1]

Moïse Maïmonide, Mishné Torah (lois des Rois 11, 4).

[1] Livre de Sophonie 3,  9.