Daniel Eleazar (zal) : « Can Sephardic Judaism be reconstructed ? »


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Source : http://www.netanya.ac.il/englishSite/Centers/SecretJewsCenter/Publications/Documents/Reconstructed.pdf

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Musique Juive Yéménite contemporaine : Sagiv Cohen


‘Les Juifs yéménites et leurs ancêtres vivaient dans la pointe sud de la péninsule arabique. Ces juifs orientaux ont été rapatriés en Israël par l’opération « Tapis volant » en 1949. 49 000 personnes firent leur alya face aux pogroms et il ne resta que 1 200 juifs au Yémen. Les Yéménites forment un groupe majeur du judaïsme très proche de ce que furent les communautés de l’Antiquité.

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La prononciation des Yéménites est différente de celle des sefardim. Le Sègol est prononcé comme un A grave, le Holam, comme un é mouillé, un peu comme chez les… lituaniens, ou comme un eu. Le Kamats n’est pas comme un A, mais comme un O fermé. Ils font la différence entre le Sheva et le Tséré. Il en résulte que le mot éhad, (un) et le mot aher (un autre) ont une ressemblance, et nous voyons une trace de ce problème dans un texte de la Guemarah. Certains en déduisent que cette prononciation est plus proche de celle qui était à l’origine.

Sagiv Cohen (né le 20 février 1975) est un chanteur israélien de musique Mizraḥi, il tente de faire vivre la musique yéménite avec des créations contemporaines parfois avec de trés vieux textes. Ecoutez c’est magique.

Poème de Rabbi Shalom ben Yosef Shabazi (1619 – ca. 1720), Abba Sholem Shabbezi ou Salim al-Shabazi (Hebrew: שלום שבזי‎‎, Arabic: سالم الشبزي‎‎), Un de splus grands poètes du 17th siècle au Yemen :

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L’enfance d’un Rav, le Mellah de Marrakech en 1930


Le Rabbin Haïm Harboun raconte son enfance dans le Mellah de Marrakech en 1930et nsou parle de son livre apru chez Lemieux Editeur :

Haim Harboun le rabbin aux mille vies

>>> PDF: Haim Harboun, le rabbin aux mille vies (extrait)

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De la conversion au judaïsme, par le Rav Yossef Messas, zatsal


 Ecoutez cela, ces paroles de Rabbanim immenses. La traduction est d’une amie qui a fait la méthode ASSIMIL  hébreu et de moi-même.

גישתם וחכמתם של רבני צפון אפריקה

חֶרֶב בָּאָה לָעוֹלָם עַל עִנּוּי הַדִּין, וְעַל עִוּוּת הַדִּין, וְעַל הַמּוֹרִים בַּתּוֹרָה שֶׁלֹּא כַהֲלָכָה. מסכת אבות פרק ה משנה ח

דברים מאלפים מהגאון רבינו יוסף משאש זצ »ל (מגדולי הפוסקים, רבה הראשי של חיפה לפני כארבעה עשורים, ומלפנים רב הערים תלמסאן שבאלג’יר ומקנס שבמרוקו) בסוגיית הגיור:

« דבר זה, לגייר כל הבא להתגייר, פשוט הוא בכל מקום, בכל ערי המערב ובכל ערי אלג’יריאן וטוניס, מכמה טעמים והם:

…כמה פעמים אירע שהאישה לא נתגיירה מפני שדחה אותה רב העיר ולא רצה לגיירה, ונסעה לעיר אחרת היא ובעלה וקבעו שם דירתם בחזקת ששניהם יהודים, והולידו בנים ובנות, והבנות היו לאנשים יהודים והולידו גם הם בנים ובנות, ואחר כחמישים שנה נודעה החטאת שהסבתא לא נתגיירה, שאז כל צאצאיה נוכריות הנה, והיו מהומות רבות מזה… ויש מהם שהצאצאים נתגיירו אחר עמל רב ותלאה עצומה, ויש שלא רצו להתגייר ונסעו למרחקים ונטמעו. ומי אשם בכל זה? הרבנים המתחסדים, שאינם חכמים לראות את הנולד ואת תוצאות הזמן.

ובכן מאחר שדבר זה מביא בכנפיו סכנת נפשות, גם הרבה תועליות לקיום המצוות, ומניעת הרבה איסורים, ושלום ושקט לכמה משפחות ומניעת טמיעה לישראל באומות, ואין בדבר אלא איסור דרבנן ולכתחילה, וגם ראינו כמה וכמה גרים שלא לשמן, באו לשמן והיו גרי צדק באמת וישר, בכן מצווה רבה תחשב להקל בדבר, וכל גרות יעשה בדעת, וישקול בפלס מעשיו לראות את הנולד, ויעשה ויצליח בס »ד ».

L’attitude et la sagesse des rabbins en Afrique de Nord concernant la Conversion
par le Rav Yossef Messas, zatsal

Une épée est tombée dans le monde à cause de la procrastination (littéralement. « tortures » de jugement) des jugements (dinim), et sur les entorses à la justice, et sur les décisionnaires de la Thora qui ne décident selon la Halakhah. (Massekhet Avot, chapitre 5, mishna 8)

Paroles édifiantes du Gaon notre rabbin Yossef Messas zal (parmi les plus grands décisionnaires, il était le grand Rabbin de la ville de Haifah, il y a 40 ans. Avant il était le rabbin des villes Tlemcen en Algérie et Meknès au Maroc).

 » Au sujet de conversion vers le judaïsme, cette affaire, convertir tous ceux qui veulent se convertir, et tout simplement partout, dans toutes les villes occidentales et dans toutes les villes d’Algérie et de Tunisie. Et ce pour plusieurs raisons : Combien de fois il est arrivé qu’une femme ne s’est pas convertie par ce qu’elle a été repoussée par le rabbin de la ville qui a refusé de la convertir. Elle est partie avec son mari vivre dans une autre ville. Ils se sont installés là-bas et ont vécu comme des juifs et ont eu des fils et des filles. Les filles se sont mariées et à leur tour ont eu des fils et des filles. 50 ans plus tard il s ‘est avéré que la grande mère n’était pas juive et ne s’était pas convertie au judaïsme. Donc, toutes ses descendantes (filles) ne sont pas juives. Le scandale a été énorme à cause de ça…. certains de ses descendants (es) se sont convertis (ies) après des efforts et tribulations considérables. Et d’autres n’ont pas voulu se convertir et sont partis très loin et se sont assimilés.

Qui est coupable de tout ça ?

Les rabbins qui jouent les charitables (feignent la piété, il y a ici un jeu des mots, pour dire qu’ils sont le contraire, des faux hassidim) qui ne sont pas assez intelligents pour prévoir l’avenir et les résultats  arriveront en leur temps . Et voilà que cela porte sur ses ailes un danger mortel [pour Israël].

Il faut penser à l’utilité de faire les mitzvot et éviter trop d’interdictions, pour qu’il y ait la paix et la sérénité dans les familles et éviter qu’Israël ne s’assimile aux autres nations.

Ceci n’est qu’une interdiction des rabbins.  Nous avons déjà vu plusieurs guerim (des convertis), qui se sont convertis pour des convenances, et par la suite sont devenus des vrais et honorables juifs, qu’on a appelés gerey tzedeq גרי צדק. La mitzva est de faciliter les conversions et chaque fois de le faire après mûres réflexions, et mesurer sur la balance (peles = niveau d’eau, outil pour voir si le mur est droit). Il faut envisager l’avenir.

Faire et réussir, grâce à Dieu. « 

Une conférence trés forte du Rav Haïm Amsellem :

Le Mikvé de Besalû cet été (film de Didier et Marie-Pierre Long), nous sommes de anoussim et nous venons d’Espagne-Portugal puis de Corse :

Quelques idées fausses sur le Mont du Temple après l’émission de M6


Hanoukia

En cette veille de Hanoukah (חג החנוכה Hag HaHanoukka, « Fête de l’Édification ») qui célèbre le retour du culte dans le Second Temple trois ans après son interdiction par Antiochus IV Epiphane et les Séleucides; suite au reportage de M6 « Enquête exclusive – Jérusalem : quand la ville sainte se déchire » où on a l’impression qu’il n’y a que des dingues à Jérusalem qui ne savent que se faire la guerre. Il n’en est rien. Il y a pleins de juifs orthodoxes ou non, d’arabes chrétiens ou musulmans qui désirent vivre en paix et qui sont des vrais fils d’Abraham… et même des gens qui ne croient en rien ! Ils ne se couchent pas forcément en talit katan sur le lieu probable du Kadosh Kedoshim, le Saint des saints du Temple en hurlant… ce qui, soit dit en passant, est interdit par la halakha, ou saoul comme des coings pour Pourim…; Elles n’agressent pas forcément les pauvres gars qui font tout ce qu’ils peuvent pour maintenir la paix du lieu en hurlant comme des pasionaria… ils ne se baladent pas forcément avec une croix de trois kilos accrochée au cou ! Petite visite des lieux et démystification de quelques idées préconçues.

Pour rappel : Le Premier Temple construit par Salomon vers le Xe-IXe siècle fut détruit par les Babyloniens en -587 avant notre ère. Le Second Temple fut reconstruit sous Zorobabel et consacré après près de vingt ans de travaux en 516 avant l’ère commune. Détruit par les armée de Titus en l’an 70, la ville fut rasée par  les romains avec interdiction aux juifs d’y retourner en 135. Les pharisiens, pacifiques et modernes (leur torah orale s’opposait aux bigots sadducéens proches du pouvoir qui ne croyaient qu’aux règlements écrits !), proches du peuple, ancêtres des juifs actuels, s’opposèrent à l’époque à des factions nationalistes radicalisée parfois messianisantes (Révolte de Bar Kokhba) qui n’hésitèrent pas à entraîner 25% de la population de la Judée dans la tombe.

Le Temple est la maison d’Israël

Première idée fausse. Le Temple est celui du Dieu de l’humanité dont Israël est seulement le signe, Israël n’en est que la Lumière, le peuple particularisé pour signifier l’Alliance de D. avec tous les hommes. La Torah est très claire sur ce sujet et d’ailleurs l’immense esplanade du Temple est en réalité en trés grande partie le parvis des goïm, des gentils, des gens de Nations; celui d’Israël et le Saint de saints en comparaison sont tout petits en surface.
L’étranger est donc invité à y adorer le D. de l’Univers, c’est directement dans la Torah quand Salomon prie pour les étrangers qui viennent dans le Temple.

Je t’implore aussi pour l’étranger qui ne fait pas partie de ton peuple Israël et qui viendrait de loin pour honorer ton Nom. Car ils entendront parler de ton grand Nom, de ta main puissante et de ton bras étendu, et ils viendront prier dans cette maison; toi, tu l’entendras du ciel, ton auguste résidence, et tu exauceras les vœux que t’adressera l’étranger, afin que tous les peuples du monde connaissent ton nom, qu’ils te révèrent comme ton peuple Israël, et qu’ils sachent qu’elle est sous l’invocation de ton nom, cette maison que j’ai bâtie. (1 Rois 8, 41-43)

Le Mont du Temple appartient à Israël

Faux. En fait le Mont du Temple appartient à l’Eternel qu’il signifie. Rachi au Moyen Age disait déjà cela  :

« Ainsi, si les nations du monde viennent à dire à Israël : « Vous êtes des voleurs, vous avez conquis les terres des sept nations ! », on pourra leur répondre : « Toute la terre appartient au Saint béni soit-Il. C’est Lui qui l’a créée et Il l’a donnée à qui bon lui a semblé. (Cf. Yirmeya 27, 5). C’est par Sa volonté qu’Il les a données à ces peuples, et c’est par Sa volonté qu’Il les leur a reprises et qu’Il nous les a données ! » (Yalqout chim‘oni, Bo 187).

Israël n’a sa terre en possession que si nous gardons la Torah. Celle-ci peut très bien nous être reprise et cela dépendra de notre seule valeur morale. La Torah ne condamne que la haine. Le Choulhane Aroukh, la « table dressée », rédigé par Yoseph Caro (Tolède 1488- Safed 1575) sur ses vieux jours, et qui est le code de vie de nous auters juifs de stricte observance le dit très clairement en son chapitre 29 :

18. Lorsque quelqu’un, lésé par un autre, ne veut ni le réprimander ni du tout lui en parler, s’il lui pardonne en son cœur, ne le déteste pas, ne le lui reproche pas, il agit avec piété. La Torah ne condamne que la haine.

Un juif ne peut pas aller sur le Mont du Temple

Autre idée fausse, les juifs ne pourraient se rendre là bas. C’est faux. On ne peut pas y porter une kippa ou prier ostensiblement mais rien de plus. La surface du mont du Temple était de 500 coudées carrées. Le Temple était bâti du côté nord-ouest. Certains rabbins interdisent d’aller en ce lieu, d’autres non ou après être passé au Mikveh. (voir ici)

On peut donc s’y rendre et m’y voici… avec ma femme et la petite-fille du Rabbin Serraf de Versailles, zal. Personne ne nous a empêché de passer… mais le monde est plein d’idées bizarres…

Sur le Mont du Temple c’est la guerre

Lire la suite de « Quelques idées fausses sur le Mont du Temple après l’émission de M6 »

Pourquoi on m’a appelé Meïr…


Les origines de Rabbi Meïr sont obscures. Son nom Meïr signifie « celui qui illumine ». Rabbi Meïr l’éclaireur dans les ténèbres.
Il serait originaire d’Asie Mineure et descendrait de l’empereur Néron si l’on en croit le Talmud. (Talmud Avoda Zara 18a)
C’est lui qui a écrit la Mishna.
Bref il fait partie de ces convertis qui ont fait le judaïsme.
Un jour, Elisha ben Abouya son Maître vit un enfant monter à une échelle pour remettre un oisillon dans un nid pour accomplir la mitsva de ne pas prendre l’enfant avec sa mère (Dt 22, 6-7)
L’enfant tomba et mourut.
La foi en l’Éternel d’Elisha Ben Abouya sombra, il déclara qu’il n’y avait au ciel « ni dayan ni beit Din». Non seulement il se trompait mais aussi son disciple écrivit la Michna.
Son nom fit rayé par les Sages et on ne l’appela plus que Aher, « l’autre ».
Mais Rabbi Meïr resta fidèle envers et contre tous à son maître, disciple de rabbi Akiba qui était vaste, dont il continua de suivre l’enseignement. Rabbi Meïr, le fidèle, celui qui ne juge pas.
Rabbi Meïr mourut en Asie Mineure, en demandant à ses disciples de l’enterrer sur la côte faisant face à celle de la Judée, « afin que la mer qui lave la terre de mes pères touche aussi mes os ». Son corps a été rapatrié à Tibériade.

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Tombe de Rabbi Méïr au bord du Lac de Tibériade

Rabbi Meïr Tolédano dont la synagogue de Bastia porte le nom est le lointain descendant de cette Neshama miraculeuse (on l’appelait baal haaness, le « maître du miracle »)

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Il fut rabbin de la synagogue de Bastia de 1920 à 1970. Il avait fui la terre sainte envahie par les turcs en 1915 avec 740 autres juifs que les Corses accueillirent comme des frères de misère.
Il est enterré au carré juif de Bastia.

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Meguila d’Esther du Rav Meïr Tolédano (son nom est gravé en bas à droite)

Ses petits-fils sont Guy et Benny (Meïr) Sabbagh mes amis.

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Guy et Benny

Grâce à tous ces Meïr j’ai retrouvé ma Nechama juive, celle que m’a transmise ma grand-mère maternelle, une marrane, qui m’envoyait chaque automne un cédrat confit, une tradition héritée de sa mère – Branca.(Photos)

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Je suis devenu Meïr le 26 octobre 2016 devant deux témoins Chomer Chabbat dont le Rabbi Haïm Harboun  ainsi que mon frère Jumeau.
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J’ai choisi ce nom parceque ma vie est une suite de miracles venus du Ciel.

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Je suis Juif et Corse, passeurs d’âme entre nos deux peuples jumeaux.

J’attends désormais qu’un Beit Din me convoque et m’accepte pour passer au Mikvé avec ma femme et ma fille. Nous avons fait un très long chemin pour arriver là.

D-ieu de Rabbi Méïr exauce moi ! Beezrat Achem.
Tout est à l’Eternel, le Saint, béni soit-Il.

Du monastère à la Yeshiva, Didier Meïr Long, Tenou’a déc. 2016


Cet hiver, la revue Tenou’a interroge la relation entre Juifs et Chrétiens aujourd’hui, dans l’Histoire et dans le texte. S’ouvrant par les voeux croisés du Grand rabbin de France Haïm Korsia et de l’Archevêque de Paris André Vingt-Trois pour les fêtes de Hanoukka et de Noël, ce numéro vous propose d’explorer cette relation dans les textes et dans l’Histoire ancienne et moderne.

Du monastère à la synagogue

tenoua_166_1_web-780x1040Pendant longtemps, je fus Frère Marc, moine bénédictin dès avant mes 20 ans. Au monastère de la Pierre-Qui-Vire je fus formé par des moines, d’authentiques Chrétiens amoureux de la tradition d’Israël. Ces gens avaient pris au sérieux Nostra Aetate, au point d’aller apprendre l’hébreu en oulpan en Israël et de se nourrir de l’enseignement oral du Maître Ephraïm Urbach.
Après dix ans de vie silencieuse, de prière des psaumes, d’étude et de travail au fond de cette forêt, ayant étudié avec ces frères bons et magnifiques, j’ai rencontré une journaliste, qui allait devenir mon épouse. Elle était d’origine juive mais ni elle ni moi ne le savions. Ce fut un coup de foudre. Du cloître, je suis « retourné dans le monde », nous nous sommes mariés, avons éduqué nos quatre enfants. Devenu consultant spécialiste d’Internet, je passais mes nuits à écrire de nombreux livres sur le judéo-christianisme ancien…
Ce chemin intellectuel et la remontée à ma mémoire de mes ancêtres, des marranes arrivés en Corse du sud il y a plus de quatre siècles m’ont amené à rejoindre le judaïsme séfarade de stricte observance il y a six ans. J’ai été éduqué dans la foi juive par le Rav Haïm Harboun, devenu petit à petit mon père dans le judaïsme. Circoncis, je suis devenu Meïr le 26 octobre de cette année à l’âge de 50 ans.
À partir de cette expérience, je propose quelques réflexions personnelles sur le rapport entre les traditions juive et chrétienne en espérant qu’elles pourront aider le lecteur. Ces paroles sont celles d’un simple témoin.

De la Tradition orale (shébé’al péh) juive

Mon chemin est une suite de prises de conscience successives, de compréhensions et de réinterprétations. C’est ainsi que fonctionnent la connaissance humaine et la tradition. J’ai simplement cherché la vérité et je sais maintenant qu’elle me dépasse infiniment. Comme l’intelligence humaine, les traditions religieuses se développent par re-conceptualisation de concepts élaborés pour faire face à des situations antérieures. Ce processus cognitif de construction de l’intelligence humaine, popularisé par le psychologue Jean Piaget, ce processus de réinterprétation permanente à partir de concepts déjà élaborés pour répondre à une situation nouvelle en s’appuyant sur des délibérations anciennes, constitue ce qu’on appelle la « Tradition ». Elle fonctionne comme une intelligence collective, émotionnelle, post-traumatique, du cœur et de la raison, avec un seul objectif : survivre.
Ainsi, la première mishna du Pirké Avot parle-t-elle de cette Torah – une tradition avant tout orale, « reçue » – kabala et « transmise » – messara depuis le Sinaï. En marche (halakha), en constante réinterprétation pour rester fidèle à son origine divine. La page de Talmud avec ses couches – mishna en hébreu, commentée par la guemara en araméen – témoigne de ce processus de tradition orale de commentaire à l’infini, tel qu’il se vit dans les yeshivot ou les Talmudé Tora et dans l’enseignement de maître à disciple. Un processus qui relève non seulement de l’intelligence rationnelle mais aussi émotionnelle et, plus profondément, de la mémoire psychique et intergénérationnelle profonde. Pour le dire de manière théologique : la parole de D.ieu parle le langage des hommes, ici et maintenant. « La Torah n’est pas dans les Cieux » (Deutéronome 30, traité Baba Métsia 59 b) résume l’adage talmudique. L’oubli du code primitif, les modifications par duplication ou interprétation font muter un ADN originel, lui-même produit d’élaborations successives et de longues expériences partagées et discutées. On ne peut donc pas rencontrer la tradition juive uniquement de manière livresque ou intellectuelle, il s’agit nécessairement d’une transmission vécue de père à enfant comme le dit le Shema.

Comment les traditions juive et chrétienne se sont séparées

C’est bien sûr cette tradition multimillénaire Torah vemistvot qu’ont pratiqué Jésus, Shaül (Paul) ou les premiers Chrétiens. Ainsi, selon les Évangiles, Jésus récitait-il le Shema Yisrael (Mc 12, 29-30 ; Lc 10, 27 ; Mt 22, 37). Alors que s’est-il passé pour que, du Judaïsme déjà millénaire, ait pu naître le Christianisme au tournant de notre ère ?
Le premier « Judéo-Christianisme » et le Judaïsme rabbinique sont nés de manière gémellaire d’un ADN commun: le Judaïsme déjà ancien et fragmenté en de multiples courants d’avant la destruction du Temple (en 70 de notre ère). Leur tronc commun originaire est le judaïsme de tradition pharisienne (orale) qui reconnait les Écritures, désignées par l’acrostiche Tanakh (voir Luc 24 : « la Loi, les Prophètes et les Psaumes ») comme révélées quand elles sont interprétées par la tradition orale.
Jésus ou Paul, l’élève du Rabbin Gamaliel, vivent au cœur de la tradition orale juive (« ce que j’ai reçu je vous l’ai transmis » 1 Cor 15, 3 ; Pirké Avot 1:1) et ils le disent. Les Évangiles doivent donc être lu non pas comme des Écritures mais comme des midrashim issus de traditions orales juives. La tradition de l’Église primitive a paraphé cette idée de témoignages oraux multiples en retenant non pas un mais quatre évangiles.
Le « Christianisme juif » de Jacob, le frère de sang de Jésus, est une forme de judaïsme messianisant (politique) et apocalyptique (mystique), toutes doctrines juives hétérodoxes banales avant 70. Jésus comme Paul n’avaient pas pour projet de créer une « nouvelle religion » mais de rassembler Israël pour la Rédemption qu’ils espéraient d’autant plus proche que croissait la souffrance d’Israël écrasé par Rome sur sa terre. Les messies (chef de guerre) du 1er et 2ème siècle sont monnaie courante; tout aussi courants étaient les apocalypticiens ascétiques sur le mode des Esséniens et Baptistes selon le modèle d’Elie et Elisée qui erraient dans cette même vallée du Jourdain.
L’idée de Paul, pour qui la Géoula [délivrance messianique du peuple juif] était proche, était de rassembler les incirconcis c’est-à-dire les Nations, non pas pour les « convertir au judaïsme », ce qui était parfaitement interdit à un disciple de Gamaliel, mais parce qu’il était persuadé que les Nations, alors païennes, deviendraient noachides, reviendraient au joug des Cieux en abandonnant le paganisme alors largement répandu dans le monde Gréco-romain et monteraient à Jérusalem comme l’ont promis les Prophètes. Voilà le Paul qu’on peut reconstituer si l’on sort de la vision anachronique qui consiste à le relire avec les idées nées lors des Conciles œcuméniques du IVème siècle.
Le « Chrétien » primitif est donc un « noachide » tel que défini par la tradition juive. La religion de l’humanité n’est pas le Judaïsme, le Christianisme ou l’Islam, comme l’a montré Elia Benhamozegh mais l’abandon du paganisme ; il s’agit, pour parler de manière imagée, d’abandonner ses idoles comme Abraham, le père de tous les peuples. Le « dialogue » entre les traditions juive et chrétienne se complique avec la mutation de la tradition chrétienne au IVème siècle, lorsqu’elle quitte le judaïsme pour épouser le modèle politique de divinisation gréco-romain. Dès lors et pour plusieurs siècles, la négation de la « sainteté » d’Israël, c’est-à-dire de sa distinction, a conduit à nier ceux qui justement ne se mélangeaient pas, étaient rétifs aux habitudes de la masse de l’Empire, fidèles à la tradition de leurs pères et de leurs mères… les juifs.
Le déni chrétien de la tradition juive vivante, qui ne prendra fin qu’au xxe siècle avec Vatican II, est une mémoire traumatique, une brûlure côté juif. L’antisionisme banal en milieu chrétien peu éduqué, et ce malgré les paroles philosémites sans faille des papes successifs, le déni de la réalité d’Israël, sont encore les symptômes de cet antijudaïsme historique.

Chrétiens et Juifs

Un jour, alors que j’entrais dans une synagogue parisienne, je fus saisi : Israël continuait sa route ! Ces hommes rassemblés en blanc sous leur tallit continuaient de redire depuis 3000 ans les prières et les coutumes reçues de la Tradition de nos pères. Et moi, je me sentais simplement l’un d’eux ! En moi, s’est alors mis en route un mécanisme auquel j’ai peu à peu consenti. Ma mémoire juive est remontée par bribes, durant sept ans, comme si je sortais du sommeil. Des « coïncidences » émotionnelles, des recherches intellectuelles, mais surtout des gestes qui me touchaient au plus profond de moi-même; j’ai parcouru un long chemin qui m’a ramené à la foi de mes ancêtres à partir de l’odeur d’un agrume : le cédrat que ma grand-mère de Bastia m’envoyait chaque automne. Je découvrais peu à peu, souvent dans la douleur, que j’étais, comme me l’a dit le Grand Rabbin Haïm Korsia, « une âme juive dans un corps de chrétien ».
Même après des générations, même converti, le Juif reste lié à Israël au fond de son identité. Il suffit qu’il rencontre la tradition vivante d’Israël et de ses Sages pour que cette étincelle sous la cendre rallume le feu du Sinaï. Et là il ne s’agit pas d’intelligence uniquement cognitive mais surtout émotionnelle et de mémoire psychique transgénérationnelle profonde.
Faut-il ajouter que sans mes frères moines (dont les frère Matthieu et Mathias), ces amoureux de la tradition d’Israël, je n’aurais jamais pu revenir à la tradition de mes pères ? Faut-il ajouter que sans ces origines marranes, je serais probablement resté un chrétien philosémite ? Faut-il ajouter qu’avant d’être chrétien ou juif, on naît dans l’humanité et que c’est cela le grand cadeau du Saint-béni-soit-Il ? une grâce accordé à toute femme et à tout homme en ce monde. Qu’aurais-je fait sans mon ami le Rabbin Harboun, docteur en psychologie clinique et en histoire, sorti du Mellah de Marrakech, son humour, sa patience orientale et nos longues conversations ? Sans les paroles de Gérard Haddad qui nous a aussi accompagnés ? Sans mes frères et sœurs de la communauté Ohel Abraham la bien-nommée (« la tente d’Abraham », symbole d’accueil) ? Sans la tradition orale bien vivante d’Israël ?
C’est ainsi que je suis sorti de l’amnésie et qu’un beau jour d’octobre 2016, après un long parcours hors des sentiers battus, mon corps a rejoint mon âme, marquant dans ma chair les mots de la promesse faite à Israël au Sinaï. Baroukh Achem veBeezrat Achem.

Didier Meïr Long

Didier Long, Mémoires juives de Corse, Lemieux Editeur 2016.
Haïm Harboun, Le rabbin aux mille vies, Lemieux Editeur 2016.
Didier Long, Des noces éternelles, un moine à la synagogue, Lemieux Editeur 2015.