Les amulettes de guérison de la Kabbalah


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Le plus vieil homme de ma syna, 90 ans, né dans le Mellah de Marrakech m’a envoyé ce Caméo (amulette) de la tradition juive marocaine. J’ai trouvé son geste émouvant et profond comme s’il me transmettait au delà du parchemin quelque chose d’important.

Le Chiviti (שויתי ) est une représentation méditatives de la Ménorah (chandelier du temple à 7 branches) utilisé pour la méditation de la contemplation du Nom (tétragramme). Cviti est le premier mot du psaume 16, 8 :

ח  שִׁוִּיתִי יְהוָה לְנֶגְדִּי תָמִיד:    כִּי מִימִינִי, בַּל-אֶמּוֹט. 8 Je fixe constamment mes regards sur le Seigneur; s’il est à ma droite, je reste inébranlable.
ט  לָכֵן, שָׂמַח לִבִּי–וַיָּגֶל כְּבוֹדִי;    אַף-בְּשָׂרִי, יִשְׁכֹּן לָבֶטַח. 9 C’est pourquoi mon cœur se réjouit, mon âme jubile, mon corps même repose en sécurité.

La réalité spirituelle qui sous tend ces amulettes est donc profonde spirituellement. Largement diffusée par la Kabbalah au Moyen Age (tradition ésotérique; Qabbala « réception » au sens de tradition reçue : messarah et transmise : kabbalah; Cf Pirké Avot 1, 1), elles proviennent à l’origine de Babylonie. Lors de l’exil à Babylone au VIème siècle avant notre ère, les israélites ont appris à utiliser les amulettes de leurs voisins. Elles accompagnent la Refoua Chelema (prière pour les malades) et on les attachaient au cou ou sur la poitrine du patient. Les sages d’Israël ont essayé, souvent en vain, d’arrêter ce qu’ils considéraient parfois comme des superstitions.

En pièces jointes, une page appelée  » קמיע  « , contient plusieurs termes faisant appel à la Protection divine et que, de tradition, on plaçait au chevet du  חתן דמים  הי ו

כן השם ישמורך מכל רע ויתן לך רפואה שלמה

ונאמר לך

ברוך הבה בשם ה

באהבה ובלב טוב

Le חתן דמים  הי ו, hatam damim, « l’époux du sang » se réfère à un passage mystérieux de la Torah (Exode 4, 24-26) dans lequel Moïse revient de chez Jethro son beau-père et descend avec toute sa famille parler à Pharaon en Egypte. En cours de route Séphora, la femme de Moïse, circoncis son fils.

כד וַיְהִי בַדֶּרֶךְ, בַּמָּלוֹן; וַיִּפְגְּשֵׁהוּ יְהוָה, וַיְבַקֵּשׁ הֲמִיתוֹ. 24 Pendant ce voyage, il (Moïse) s’arrêta dans une hôtellerie; le Seigneur l’aborda et voulut le faire mourir.
כה וַתִּקַּח צִפֹּרָה צֹר, וַתִּכְרֹת אֶת-עָרְלַת בְּנָהּ, וַתַּגַּע, לְרַגְלָיו; וַתֹּאמֶר, כִּי חֲתַן-דָּמִים אַתָּה לִי. 25 Séphora saisit un caillou, retrancha l’excroissance de son fils et la jeta à ses pieds en disant: « Est-ce donc par le sang que tu es uni à moi? »
כו וַיִּרֶף, מִמֶּנּוּ; אָז, אָמְרָה, חֲתַן דָּמִים, לַמּוּלֹת.  {פ} 26 Le Seigneur le laissa en repos. Elle dit alors: « Oui, tu m’es uni par le sang, grâce à la circoncision! »
כז וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַהֲרֹן, לֵךְ לִקְרַאת מֹשֶׁה הַמִּדְבָּרָה; וַיֵּלֶךְ, וַיִּפְגְּשֵׁהוּ בְּהַר הָאֱלֹהִים–וַיִּשַּׁק-לוֹ. 27 L’Éternel dit à Aaron: « Va au-devant de Moïse, dans le désert. » Il y alla; il le rencontra sur la montagne et l’embrassa.

Juifs à New York


ManhattanPhoto DL d’hélicopère

Alors qu’en Europe les religions font peur « Après la Chrétienté », selon l’expression de Gianni Vattimo, en Amérique la religion est une composante sociologique majeure des communautés du melting pot. Celles-ci vivent dans une tension parfois fermée et violente, parfois créative. La communauté juive n’échappe pas à cette fragmentation des identités qui fait partie de l’ADN de l’Amérique. La communauté juive est marquée par cette sociologie issue des grandes vagues d’immigration européenne, poussée par les mouvements antisémites en Europe, par les espaces de voisinage. New York est, de loin, la première ville juive du monde et le centre de la communauté juive américaine, la plus importante de la diaspora. Il y a 1,8 million de juifs à New York sur 6 millions aux US. Les premiers séfardim y sont arrivés du Brésil il y a 350 ans en 1654. En 2002, les ashkénazes (972 000 personnes), représentaient 12 % de la population de New York. 25% des juifs de New York ne sont pas pratiquants. Dans les années 1950, les Juifs représentaient un quart de la population de New York. Elle a décliné avec le départ vers d’autres villes américaines (Californie, Miami).

Les juifs d’Amérique savent que l’antisémitisme sévit en France et que 7000 juifs ont quitté la France pour Israël en 2014, el double de l’année précédente. Ils savent ce que cela veut dire, la plupart ont émigré ici depuis moins de 150 ans de la même Europe qui ne semble toujours pas avoir  compris. Il n’y a pas d’antisémitisme ici même si « la tension est vive avec la communauté noire musulmane à Chicago et Seattle » m’a dit l’un d’eux.

Je demande par avance un peu d’indulgence à mon lecteur. Il est impossible de résumer des identités si complexes en un post. Il ne s’agit ici que de quelques éclairages, mes impressions de voyage, rien de plus.

On peut dire que la communauté juive est composée de deux types de communautés composée d’une immense variété d’identités :

  • Les communautés orthodoxes, c’est-à-dire fidèles à la halakha telle qu’elle est définie par le Shoulane Haroukh: on prendra l’exemple des Satmar de Williamsburg à Brooklyn, des Loubavitch de Crown Heights à Brooklyn, et des orthodoxes modernes du Lower East Side, les sefardim orthodoxes.
  • Les communautés libérales. On compte parmi elles une immense variété comme les reconstructionnistes qui se sont adapté sans états d’âme à l’american way of life.
  • Les Conservatives  entre les deux.

 

Satmar de Williamsburg à Brooklyn

Les Satmar sont une dynastie hassidique fondée en 1905 à Satu Mare en Transylvanie (Roumanie-Hhongrie). Ils débarquent après l’Holocauste à Brooklyn dans le quartier de Willimasburg. Une partie vit aussi à Kiryas Joel, au nord de New York. Ils seraient 120 000. Ils refusent le sionisme politique. Le quartier de Williamsburg est mixte, on y trouve majoritairement des familles hassidiques, mais aussi des Portoricains et des noirs. Schtreimel, peot, barbe et Yiddish sont de rigueur. Le mode de vie est celui d’un Shtetl d’Europe orientale il y a un siècle.

Mariage chez les Satmar.

Loubavitch de Crown Heights à Brooklyn

Le mouvement hassidique Loubavitch est profondément marqué par la figure de Menahem Mendel Schneerson né en 1902 à Mykolaïv, en Ukraine et arrivé à New York en 1947 et dernier Rebbe de la dynastie hassidique Habad-Loubavitch. Un érudit très prolixe en commentaires de la Torah. Environ 500 000 juifs dont 1000 français ont célébré l’anniversaire de sa mort en juillet dernier. On ressent une vraie joie à Crown Height qu’il ne quittera pas à partir de cette époque jusqu’à sa mort en 1994. Les Loubavitch sont traditionnels mais accueillants avec un côté très moderne. Comme les Satmar ils ont des familles très nombreuses. On croise des multiples landeaux dans les rues. Une banderole annonce : Moshiah is on his way, let’s be ready! « Le messie arrive, Soyons prêts! ». Le mouvement est très actif pour faire connaitre le judaïsme aux juifs. La communauté, répandue à travers le monde entier (4 600 établissements) est un archétype des grands mouvements religieux en réseau dans la globalisation, en croissance forte.  J’ai déjà parlé du sérieux de l’étude au 770 Eastern Parkway.

 

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Sefardim orthodoxes du Lower East Side

Les premiers Juifs à arriver à New York étaient des séfarades. Jusqu’au 18ème siècle, la population juive de New York est surtout séfarade. Aujourd’hui New York est très majoritairement ashkénaze. La synagogue de la Congregation Beit Yaakov projetée par le philanthrope Edmond Safra avant sa mort a ouvert en 2003 pour une communauté séfarade syrienne.

 

Orthodoxes modernes  du Lower East Side

La grande vague d’antisémitisme qui toucha l’Europe centrale et orientale dans les années 1880 poussa les juifs allemands à immigrer.  Ils s’installèrent dans le Lower East Side.

Les orthodoxies modernes sont principalement dans l’East Side, à l’est de central Park. Le long du quartier chic de Kensington avenue. Les synagogues comme celles de Kehilath Jeshurun  (photos) sont austères et les mezouzot aux portes dans le quartier discrètes.

Les modern orthodox tentent de concilier l’orthodoxie halakhique et l’ouverture au monde moderne, ou comment vivre une vie de Torah Halakhique tout en ne se coupant pas du monde ambiant. L’orthodoxie moderne vient de la néo-orthodoxie des Rabbins Hirsch et Hildesheimer qui tentèrent de créer au XIXème siècle en Allemagne un mouvement «Torah im Derekh Eretz » alliant les valeurs juives et un regard positif sur l’excellence scientifique et la culture profanes. La place faite aux femmes est significative chez eux.
Le Rav Joseph.B. Soloveitchik (1903-1993) est le maître à penser de ce mouvement. Le Rav Isaac Kock Abraham Isaac Kook (1864 – 1935), inspirateur du sionisme orthodoxe en faisait partie.

 

Conservative du Lower East Side

Les Conservative (Massorti en France) un mouvement lancé par Zechariah Frankel (1801-1875) en Allemagne sont une réaction face aux mouvement libéral auquel il a dans un premier temps appartenu. Il respecte la halakha mais de manière plus souple que les mouvements orthodoxes et comporte de facto une ouverture plus forte sur la culture occidentale, la participation des femmes. Comme chez les orthodoxes toute évolution de la Loi doit être justifiée par un raisonnement interne à la halakha, et jamais externe comme chez les libéraux… mais le mouvement d’interprétation de la halakha est plus souple que chez les orthodoxes. On voit ici la synagogue conservative Or Zarua en reconstruction suite à un incendie et le centre communautaire en face.

 

Réformés de la Central Synagogue à Manhattan

En 1840, le mouvement de réforme du judaïsme introduit un changement radical dans les congrégations existantes et provoque la création de nouvelles congrégations à New York City. Les réformés modernisent le rituel, réduisent les contraintes, rapprochent le judaïsme du protestantisme et de l’American Way of Life.

Le judaïsme réformé est éclaté en de multiples mouvements.

Ils ont vis-à-vis de la halakha une latitude d’interprétation plus large à des groupes se reconnaissant dans une forme de  culture et d’ethos juif. Je suis tombé par hasard sur la synagogue Grand Central à Manhattan. Construite en 1872 sur le modèle de celle de la rue Dohány à Budapest elle est la plus ancienne synagogue de New York. « 500 personnes y viennent chaque shabbat annonce son site… et plus de 100 visiteurs se joignent via live streaming » dit son site : http://www.centralsynagogue.org/about_us  Voici quelques photos :

 

A New York on trouve au coin des rues la presse juive. Un fait impossible aujourd’hui à Paris.DSCN5843 DSCN5894

 

C’est sans doute un signe de bonne santé mentale. God bless America.

Chez les fils et les filles du Rebbe de Loubavitch à Crown Heights – Brooklyn


Sachant que j’étais à NYC le Rav Mendy A. m’a conseillé d’aller à Crown Heights « un moment fort » disait-il en un délicieux euphémisme…, car, sans le vouloir, ni savoir où elle se trouvait, ni même en soupçonner l’existence, je me suis retrouvé dans l’immense Yeshiva qui est sous la maison du Rabbi de Loubavitch accueilli avec un très grand hessed (générosité) par ses fils.

Voici ce qui m’est arrivé.

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Crown Heights est dans le borough de Brooklyn, à New York, massivement composé d’afro américain ou issus des Caraïbes pour la plupart très pauvres. J’avais peur d’aller à Brooklyn avec mes enfants car deux policiers ont été tués à quelques rues de là le 20 décembre, il y dix jours, paix à leur âme. 20 000 policiers ont assisté à l’enterrement et 20 000 autres sont déployés dans Brooklyn et le Queens. Nous y avons quand même été en famille.

A Manhattan au moins quatre chauffeurs de taxi ne connaissent pas ce quartier de Crown Heights qui « ne leur dit absolument rien ». Mais on est tombé sur un type efficace, genre new yorkais intrépide, originaire de Guinée, nommé Abdelkader, avec qui on a regardé… Google.DSCN5417

Il nous a largué a l’angle de « Crown » Street (comme Google Map l’avait dit !) et de Brooklyn Avenue.

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Nous avons déambulé dans le sud de Crown Heights, des petites maisons pimpantes avec des hommes en noir et blanc en Borsalino et tsitsit et des femmes qui poussent des landaus entourées d’enfants. Des gens discrets, prévenants et hyper gentils en fait. Détail amusant : les fleurs sont des choux devant les maisons.

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Et sommes remontés sur Kingstone Avenue.

 

La petite ville avec ses petits commerces juifs est accueillante. Pas du tout cette ambiance fermée et obtuse que décrivent les commentateurs ‘progressistes’ bien intentionnés et forcément modernes qui n’ont jamais mis les pieds ici.

Quand au détour d’une rue je suis tombé sur des types en train de vendre des livres sur le trottoir et d’autres qui se rassemblaient regardant ces vieux grimoires en hébreu avec gourmandise. Il n’y a que les juifs pour se précipiter pour acheter des livres quand il n’y a plus une seule librairie à New York ! Forcément c’était intéressant. Je  me suis rapproché.

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Quand un détail a attiré mon attention. Une pierre conservée sous verre. J’ai demandé la signification au « libraire ». En l’écoutant j’ai failli tomber de ma chaise… heureusement j’étais debout. Il m’a expliqué que j’étais devant la maison du Rebbe Menahem Mendel Schneerson !

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Ce dernier est né en1902 à Mykolaïv en Ukraine et qui a quitté ce monde le 12 juin 1994. Plus connu sous le nom de « Rabbi de Loubavitch », septième héritier de la dynastie il a vécu ici la plus grande et prolifique partie de sa vie entre 1941 et 1994. Editant des milliers de livres, commentant la Torah, aidant tous ceux qui passaient chez lui jusqu’à l’épuisement. La maison est au 770 Eastern Pkwy.

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Ce jeune homme réfléchi et souriant m’a spontanément proposé de me montrer la maison. Il y a là un bureau où le Rebbe accueillait toutes les âmes en détresses venues du monde entier pour se confier à lui et recevoir ses conseils.

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Puis il m’a montré des salles dans la maison ou des nombreux hommes de tous ages étudiaient.

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Cet homme avait abandonné sa librairie de rue et me guidait avec une serviabilité pleine de délicatesse comme si j’étais son seul problème.

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Ensuite il m’a conduit dans une immense yeshiva en sous-sol où peut-être 300 étudiants discutaient de pages de Talmud. Ils s’aidaient les uns les autres. J’ai été frappé de l’atmosphère de gentillesse de tous. Ce hessed remplit l’âme comme une musique. Mon coach, me conduisait avec générosité de l’un à l’autre, comme un vieil ami, dans cette salle d’étude où ces hommes s’usaient les yeux sur des pages de Torah et de Talmud pour élever un peu le niveau de spiritualité de ce monde. C’est tellement rare ! J’ai été saisi par cette espèce de joie paisible, intense, chaleureuse, communicative ; émerveillé par cette générosité paisible dans l’étude. Mais qui connait aujourd’hui l’immense valeur de la prière et de l’étude ?

Le jeune rabbi m’a montré au milieu de la salle l’estrade (teba) où leur maître a enseigné, simplement parmi eux et aussi l’aron haqodesh (arches des rouleaux de la Torah) de la tefila. Son fauteuil. La tribune d’où très diminué il continuait d’enseigner à la fin de sa vie.

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C’était comme si tous ces hommes bons n’avaient pas arrêté leur tâche d’étude (avoda) après que leur maître se fut seulement absenté. Mes enfants sont venus nous rejoindre :

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Schneerson n’a pas eu d’enfants mais l’Eternel l’a comblé de jours et de disciples. L’un d’eux qui parlait français est venu m’accueillir spontanément.

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Je leur ai dit que je ne pouvais pas avoir fait 6000 km et être là seulement pour moi; et je leur ai parlé de ma communauté Ohel Abraham Nathanaël et de son Rebbe séfarade ! Je leur ai proposé de photographier pour leur montrer et parce que je m’étais promis de partager tout cela. Et que l’Eternel a guidé mes pas alors que je n’avais rien préparé. Le hasard c’est la manière de D. de passer incognito.

En sortant on était perdu sans plan de Brooklyn. On a trouvé une bouche de métro devant la maison : Kingston.

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Là, quatre femmes, Loubavitch elles aussi, sont spontanément venues à nous et nous ont demandé qui nous étions. En français ! elles étaient de Marseille et avaient entendu parler du Rav Harboun ! Elles menaient des études religieuse ou civiles à Montréal. Elles nous ont accueilli comme des frères et sœurs, nous montrant le chemin jusqu’au métro et jusque dans le wagon pour que nous ne nous trompions pas.

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Voilà qui sont les fils et les filles du Rav Schneerson, des gens bons et généreux dont les actes de bonté ont éclairé notre chemin improbable et illuminé notre journée.

Je viens seulement de comprendre ce que le Rav Harboun nous enseigne depuis plusieurs shabbats : Maassé Avot Simhra Levanim : les actes de pères sont un signe pour leurs enfants. Grand honneur à cet homme là. Un tsadik, un juste.

Merci à ses enfants.  God bless America.

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Article publié ensuite par le site Hassidout.org : ici

Hassidout

Lettres séfarades : quand les juifs parlaient arabe


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Le Rav Harboun m’a confié un petit livre étrange avant de partir à Jérusalem. Comme on peut lire en haut de page c’est un livre du Rambam, (l’acrostiche de ‘Rabbi Moshe Ben Maimon’), Maïmonide, né à Cordoue en 1135 et qui erra en Espagne et à Fès au Maroc puis vécut 40 ans en Egypte. Maïmonide, le plus grand maître du judaïsme, médecin, talmudiste , théologien… dont la tradition dit « De Moïse jusqu’à Moïse, il n’y eut personne comme Moïse » et à qui on se réfère constamment.

Il s’agit des règles du shabbat par Maimonide.

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Rambam Halakhot Chabbat (« Maïmonide, les règles du shabbat »)

Mais le plus drôle c’est qu’on trouve au milieu de la page en lettre hébraïques, m’a fait remarquer mon ami, une inscription en lettres hébraïques mais en arabe : tafsir biarabia. « Commentaire en arabe ».

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L’arabe était la lingua franca des rives de la Méditerranée mais l’usage de ses caractères est prohibé au non musulmans ; l’hébreu était alors l’une des deux langues savantes de l’Europe occidentale. L’arabe était donc devenu la langue vernaculaire des séfarades utilisée aussi pour leurs écrits scientifiques, philosophiques. Dès la seconde moitié du IXe siècle, la plupart des textes juifs en prose, sont écrit directement en arabe.

Tafsir biarabia « le commentaire en arabe » Dans le monde musulman le mot tafsir (تَفْسِير tafsīr, « interprétation ») désigne le commentaire. (voir ici ). Ce mot est aussi utillisé pour l’interprétation du Coran (voir ici)

Il faut dire que la plupart des grandes œuvres sépharades ont été écrites… en arabe. Ainsi, Le Moré Névoukhim, le « Guide des Egarés » de Maimonide, ses épitres (Iggérot),  ont été écrit en arabe. Le Hak-Kûzari « Livre des arguments et des preuves pour le défense de la foi méprisée » (vers 1140) de Judah Ha-Levi est aussi écrit en arabe. Saadia Gaon (Sa`īd ibn Yūsuf al-Fayyūmi  en arabe) qui vit en Egypte et en Babylonie au Xème siècle écrit en arabe. Toute la poésie hébraïque de l’époque s’écrit en langue arabe.

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On écrivait donc en judéo-arabe (arabe en lettres hébraïques) :

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Manuscrit en judeo-arabe du Guide des perplexes Yémen, XIII ou XIVe siècle

 

Quitte à traduire ensuite en hébreu :

Le Guide des Égarés ms. hébreu, XIVe s., Majorque, 1352 traduction de Samuel Ibn Tibbon Bibliothèque nationale de France département des manuscrits © cliché Bibliothèque nationale de France

 

En réalité l’histoire permet de prendre du recul. Les musulmans ont longuement étudié Maïmonide, appelé en arabe Abou Amram Mousa Maïmoun Obad Allah, tout comme Thomas d’Aquin qui le cite en permanence dans sa somme théologique en l’appelant « l’aigle de la synagogue ». Juifs, chrétiens et musulmans ne sont pas nés pour se détester. On ne nait ni juif, ni chrétien ni musulman, on nait dans l’humanité disait Leibovitz. Voilà ce qu’écrivait Maîmonide, en hébreu :

Malgré tout, les pensées du Créateur du monde sont impénétrables pour l’homme, notre conception et notre pensée sont différentes de la sienne. En effet, toutes ces choses-là concernant Jésus le nazaréen, et l’Ismaélite qui vint après lui [Muhammad], ne sont venues qu’afin de préparer le chemin pour le roi Messie, pour améliorer le monde entier à servir Dieu ensemble : Alors je transformerai les peuples d’un langage commun pour que tous invoquent le nom de l’Eternel et le servent d’un cœur unanime [1]

Moïse Maïmonide, Mishné Torah (lois des Rois 11, 4).

[1] Livre de Sophonie 3,  9.

La valeur sacrée de la vie


Hommage

 

À la mémoire Guilad, Naftali et d’Éyal

Sur cette même montagne, Il déchirera le voile qui enveloppe toutes les nations, la couverture qui s’étend sur tous les peuples.
À jamais il anéantira la mort, et ainsi le Dieu éternel fera sécher les larmes sur tout visage et disparaître de toute la terre l’opprobre de son peuple: c’est l’Éternel qui a parlé. (Is 25, 7-8)

 

Visages

 

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Grand Rabbin de France : Pourquoi j’appelle à voter pour Haïm Korsia – Par le Rabbin Haïm Harboun


Haïm Korsia

On permettra un homme âgé de 82 ans, né dans le Mellah de Marrakech, plusieurs fois docteur des universités, rabbin depuis 63 ans, à Boulogne, Versailles, Aix en Provence, Vaucresson… de donner son avis sur la grande affaire qui inquiète le judaïsme français, mais aussi la République, en cette période où notre pays ne sait  plus trop que penser de notre communauté  après les affaires qui ont défrayé la chronique,  et tandis  que l’antisémitisme renaît comme un hydre menaçant. Qui sera le prochain  Grand  Rabbin de France ? Et surtout pour quoi faire ?

Faut-il préciser qu’à mon âge,  je suis entièrement libre par rapport aux instances communautaires  et n’attend plus rien que de repartir vers la terre de nos pères. Lire la suite de « Grand Rabbin de France : Pourquoi j’appelle à voter pour Haïm Korsia – Par le Rabbin Haïm Harboun »

Livourne, Abravanel et le « Nahlat Avot « 


Je me demandais comment les séfarades en fuite après l’exode de 1492 avaient transmis la tradition alors que le Choulan Haroukh (codification de la halakha réalisée par Joseph Caro qui sert de référentiel pour tout le monde traditionnel aujourd’hui) écrit à Safed en Galilée au XVIème siècle n’existait pas.

C’est alors que dans la bibliothèque de mon ami le Rav Harboun, j’ai mis la main sur un ouvrage curieux, le Nahlat Avot d’Abravanel, qui m’a donné un début d’explication. Voici cette édition de 1925 éditée à Livourne sous la férule d’Elia Benamozegh comme il est écrit en hébreu (photo).

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Isaac Ben Judah Abravanel (1437–1508) fut un homme d’état, un financier, un philosophe, un talmudiste… qui  avait avancé de considérables sommes d’argent à la couronne d’Aragon et de Castille pour sa guerre contre les maures. Grenade avait été reprise le 2 janvier 1492 scellant la fin de 780 années de présence musulmane dans la péninsule ibérique et la fin de la reconquista… Mais il fallait unifier le nouvel empire et solder les dettes de guerre envers les créanciers. C’est ainsi que naquit l’idée d’expulser les juifs.

Abravanel s’est opposé à l’expulsion des juifs jusqu’au dernier moment en rencontrant personnellement les souverains d’Espagne qu’il servait et qui voulaient le retenir au vu de son prestige. Par trois fois, Abravanel tenta de faire annuler l’édit, offrant pour cela par trois fois des sommes considérables. Les souverains de leur côté tentèrent même d’enlever son petit-fils pour le retenir, mais celui-ci avait déjà été envoyé au Portugal.

Peine perdue, Abravanel s’embarque à Valence avec sa famille en juillet 1492 quelques jours avant le le 9Av 5252 (2 août1492)  qui voit les juifs expulsés de la péninsule.

Abravanel arriva à Naples bientôt envahie par l’armée de France. Il fuit et arrive à Messine, avant de faire voile vers Corfou en 1495, puis Monopoli petit port des Pouilles sur l’Adriatique en 1496. C’est là qu’il écrit à la demande de son plus jeune fils en juin 1496 le Nahlat Avot, l’ « Héritage des Pères », un commentaire du Pirqé Avot que nous lisons en cette période du Omer. Il s’agit d’un long commentaire de la halakha qui commence à la naissance et se termine à la mort d’un homme avec une description de la vie juive concrète à toutes les étapes : naissance, brit, bar mitzvah, mariage, décès…

Abrabanel dans le Nahlat Avot réfléchit à la liberté de l’homme, à la supériorité du judaïsme sur la culture humaniste environnante qui l’entoure tout en utilisant cette même culture.

Abrabanel se fixe à Venise en 1503 où il négocie avec le Portugal pour le Doge. L’œuvre d’Abrabanel est immense. On reste rêveur devant une telle activité de diplomate, homme d’affaire, intellectuel et l’intense énergie de cet homme d’immense renom en méditerranée en perpétuelle fuite clandestine.