La valeur sacrée de la vie

Hommage

 

À la mémoire Guilad, Naftali et d’Éyal

Sur cette même montagne, Il déchirera le voile qui enveloppe toutes les nations, la couverture qui s’étend sur tous les peuples.
À jamais il anéantira la mort, et ainsi le Dieu éternel fera sécher les larmes sur tout visage et disparaître de toute la terre l’opprobre de son peuple: c’est l’Éternel qui a parlé. (Is 25, 7-8)

 

Visages

 

mères

Grand Rabbin de France : Pourquoi j’appelle à voter pour Haïm Korsia – Par le Rabbin Haïm Harboun

Haïm Korsia

On permettra un homme âgé de 82 ans, né dans le Mellah de Marrakech, plusieurs fois docteur des universités, rabbin depuis 63 ans, à Boulogne, Versailles, Aix en Provence, Vaucresson… de donner son avis sur la grande affaire qui inquiète le judaïsme français, mais aussi la République, en cette période où notre pays ne sait  plus trop que penser de notre communauté  après les affaires qui ont défrayé la chronique,  et tandis  que l’antisémitisme renaît comme un hydre menaçant. Qui sera le prochain  Grand  Rabbin de France ? Et surtout pour quoi faire ?

Faut-il préciser qu’à mon âge,  je suis entièrement libre par rapport aux instances communautaires  et n’attend plus rien que de repartir vers la terre de nos pères. Lire la suite de « Grand Rabbin de France : Pourquoi j’appelle à voter pour Haïm Korsia – Par le Rabbin Haïm Harboun »

Livourne, Abravanel et le « Nahlat Avot « 

Je me demandais comment les séfarades en fuite après l’exode de 1492 avaient transmis la tradition alors que le Choulan Haroukh (codification de la halakha réalisée par Joseph Caro qui sert de référentiel pour tout le monde traditionnel aujourd’hui) écrit à Safed en Galilée au XVIème siècle n’existait pas.

C’est alors que dans la bibliothèque de mon ami le Rav Harboun, j’ai mis la main sur un ouvrage curieux, le Nahlat Avot d’Abravanel, qui m’a donné un début d’explication. Voici cette édition de 1925 éditée à Livourne sous la férule d’Elia Benamozegh comme il est écrit en hébreu (photo).

Nahlat avot 2 Nahlat avot 3 Nahlat avot 4

Isaac Ben Judah Abravanel (1437–1508) fut un homme d’état, un financier, un philosophe, un talmudiste… qui  avait avancé de considérables sommes d’argent à la couronne d’Aragon et de Castille pour sa guerre contre les maures. Grenade avait été reprise le 2 janvier 1492 scellant la fin de 780 années de présence musulmane dans la péninsule ibérique et la fin de la reconquista… Mais il fallait unifier le nouvel empire et solder les dettes de guerre envers les créanciers. C’est ainsi que naquit l’idée d’expulser les juifs.

Abravanel s’est opposé à l’expulsion des juifs jusqu’au dernier moment en rencontrant personnellement les souverains d’Espagne qu’il servait et qui voulaient le retenir au vu de son prestige. Par trois fois, Abravanel tenta de faire annuler l’édit, offrant pour cela par trois fois des sommes considérables. Les souverains de leur côté tentèrent même d’enlever son petit-fils pour le retenir, mais celui-ci avait déjà été envoyé au Portugal.

Peine perdue, Abravanel s’embarque à Valence avec sa famille en juillet 1492 quelques jours avant le le 9Av 5252 (2 août1492)  qui voit les juifs expulsés de la péninsule.

Abravanel arriva à Naples bientôt envahie par l’armée de France. Il fuit et arrive à Messine, avant de faire voile vers Corfou en 1495, puis Monopoli petit port des Pouilles sur l’Adriatique en 1496. C’est là qu’il écrit à la demande de son plus jeune fils en juin 1496 le Nahlat Avot, l’ « Héritage des Pères », un commentaire du Pirqé Avot que nous lisons en cette période du Omer. Il s’agit d’un long commentaire de la halakha qui commence à la naissance et se termine à la mort d’un homme avec une description de la vie juive concrète à toutes les étapes : naissance, brit, bar mitzvah, mariage, décès…

Abrabanel dans le Nahlat Avot réfléchit à la liberté de l’homme, à la supériorité du judaïsme sur la culture humaniste environnante qui l’entoure tout en utilisant cette même culture.

Abrabanel se fixe à Venise en 1503 où il négocie avec le Portugal pour le Doge. L’œuvre d’Abrabanel est immense. On reste rêveur devant une telle activité de diplomate, homme d’affaire, intellectuel et l’intense énergie de cet homme d’immense renom en méditerranée en perpétuelle fuite clandestine.

La haine de soi ou le refus d’être juif

Theodor_Lessing_nach_1925Il faut relire : La Haine de soi : le refus d’être juif (Der jüdische Selbsthaß), de Théodor Lessing écrit en 1930, trois ans avant l’accession d’Hitler au pouvoir et trois  ans avant l’assassinat de Lessing  le 31 août 1933 à Marienbad par des Allemands des Sudètes, sympathisants nazis.

Celui qui ouvre ce livre par hasard sans savoir qui en est l’auteur a l’impression d’un livre qui décrit l’ambiance d’aujourd’hui. En dehors des faits rapportés, tout est dit et écrit avec une précision et une lucidité intellectuelle peu communes. Je le relis ici en y apportant mes propres réflexions. Lessing note que toute personne qui ne veut pas se remettre en cause accuse son ennemi de sa propre violence. L’homme chasse les grands fauves ? C’est parce que ce sont des bêtes sauvages. Les serpents ? c’est qu’il sont rusés … la bonne vieille habitude paranoïaque qui consiste à accuser autrui de sa propre violence est une constante de l’humanité que chacun peut constater autour de lui.

Toutes les cultures faudrait-il ajouter se considèrent spontanément comme supérieures. Et c’est bien naturel : le processus culturel est un processus d’apprentissage par imitation dés l’enfance d’une langue, de manières de vivre, de manger, d’une morale…comment ne pourrais-je pas être fier de la culture qui m’a formé ? L’antisémitisme, est donc consubstantiel au processus  d’identification et d’acculturation. Hier comme aujourd’hui Israël est accusé à cause de sa particularité plurimillénaires de tous les maux des nations. Un racisme d’autant plus fort en monde musulman que chrétien du fait que le juif n’a nul besoin du chrétien ou du musulman pour développer sa doctrine te définir son identité; alors que l’inverse n’est pas vrai. Cette dette générant à son tour un trouble de l’identification culturelle, une dette originaire d’autant plus insupportable qu’elle est cachée dans les cultures de trame mentale judéo-chrétiennes et les sociétés musulmanes. Mais revenons à Lessing.

Lessing voit grandir autour de lui la culture allemande fière et d’autant plus dominatrice qu’elle est chargée de la revanche sur la misère qui suit la crise de 29 doublée des dettes de guerre allemandes suite à la défaite de 1918. Pour lui l’assimilation juive est le résultat de  la haine juive de soi qu’éprouvent certains intellectuels juifs admirant la culture allemande. Il constate que l’assimilation juive de Mendhelson qui visait à ne plus se distinguer a échouée, ruinée par le marxisme, le juif devenant alors le « riche » ennemi de la cause du peuple après avoir été l' »assassin du Christ », celui censé empoisonner les puits au Moyen-Age, ce déicide que la liturgie catholique célébrera jusqu’au Concile Vatican II.

Le plus percutant dans l’analyse de Lessing, c’est qu’il  montre qu’Israël persécuté à cause de sa particularité depuis trois millénaires, dispersé loin de sa terre parmi les nations a intégré la culpabilité et la mésestime de soi dans son inconscient. Qui n’a pas entendu dire : « Si il m’arrive un malheur, c’est probablement que j’ai quelques chose de mal et que je le mérite. » Lessing écrit :

« Le peuple d’Israël est le premier, le seul peut-être de tous, qui ait cherché en soi-même la coupable origine de ses malheurs dans le monde. Au plus profond de chaque âme juive se cache ce même penchant à concevoir toute infortune comme un châtiment »

bild_lessingOn peut ajouter que c’est cette propension à interpréter chaque malheur comme l’expiation d’un péché commis qui a conduit aux multiples messianismes : christianisme, Bar Kokhba, Shabbataï Tsevi, Jacob Franck… qui ont failli emporter Israël. Ces messianismes sont le résultat d’une angoisse insoutenable liée à une époque : l’oppression romaine,  l’Inquisition, les pogroms… Le messianisme se proposant comme une résolution « mystique » par le haut d’une situation de souffrance insupportable. (ce « feu étranger » qu’apportent les fils aînés d’Aaron avant d’être détruits par le feu dans la paracha de Chemini, « Aaron garda le silence » dit la Torah). La Tradition juive condamne cette voie qui fait du D-ieu un simple monarque des affaires de ce monde, un super ministre de la santé ou des malheurs des hommes, qui enracine la tradition dans les nuages et pas sur cette terre. Le (faux) messianisme « résout » le conflit intérieur en assimilant D-ieu à ce monde et en propulsant l’homme loin de sa tache d’humanité et de justice avec un billet aller pour le ciel. Face à cela nous devons développer une conception du messie maïmonidienne.

Pour Lessing l’âme juive a cédé son identité contre le plat de lentilles de la culture européenne. Les juifs on refusé la mission de Jonas pour devenir banquiers, artistes, metteurs en scène, hommes de théâtre…dans le but de se faire accepter d’une Cité qui ne voulait de toute manière pas d’eux. Cédant à la généralisation qui assimile toutes les religions à un vague état d’âme dans le contemplation des nuages ou à des lieux communs à bon marché du bon cœur. Cette assimilation est un péril pour l’âme juive. Theodor lessing écrit :

On fait généralement grand cas des bienfaits  mutuels pour l’Europe et pour le juif lorsque ce dernier s’est inséré dans la culture du continent.Mais on ne voit pas ou en tout cas on ne dit que très bas le prix qu’il fallut payer pour l’obtention de cette citoyenneté : il fallut trahir les espoirs de nos visionnaires, sacrifier leurs rêves éternels.Aujourd’hui ce ne sont plus nos pieux Sages, mais des juristes et de grands avocats qui dirigent notre peuple. (…) Il eut mieux valu avoir honte de ceux qui ont ainsi dilapidé la richesse de notre peuple. Car ils ne furent peut-être que l’éclat phosphorescent d’un organe en proie au déclin… Ils furent un bref laps de temps au soleil de l’Europe ou notre noblesse s’est brûlée.

Gustav Mahler n’écrivait-il pas à son épouse Alma en découvrant la misère et la crasse des pauvres juifs de l’est (Ostjuden) : « Quand je pense que je suis en famille avec ces gens ! ». La haine de soi est banale. Les juifs assimilés de l’époque de Freud à Vienne, une période violemment antisémite, après mille efforts d’assimilation  n’avaient aucune envie d’être assimilés aux misérables à caftan qui débarquaient dans les rues de Vienne, venus de Galicie ou de Russie chassés par les pogroms. Ces juifs pouilleux des ghettos, Lessing les avait rencontrés lors de sa visite des communautés juives de Pologne, de Galicie et de Russie. Il s’en fera finalement solidaire, constatant que la religion universelle de la raison des Lumières censée réunir tous les peuples avait certes fait tomber les murs du ghetto et amélioré le sort des Juifs mais qu’elle avait, dans le même temps, anéanti le judaïsme : « le droit talmudique n’intéressa plus que les érudits et les petits-fils de Moïse Mendelssohn n’étaient plus juifs. » constate-t-il.

L’antisémitisme ambiant que chacun de nous rencontre et qui redouble en Europe malgré la Shoah, subtil mélange d’admiration : « qu’est ce que vous êtes intelligents! » « comme vous avez souffert! »… et de haine des juifs : « vous êtes vraiment républicains ?… c’est à dire « français » ;  l’adoration de la Shoah en même temps que la détestation des juifs concrets et de l’Etat d’Israël… Cet antisémitisme renaissant refuse la particularité d’Israël, son irréductible assimilation aux désirs des nations, à la volonté universaliste de toute culture de réduire autrui à elle-même. La culture porte en même temps en elle le processus d’hominisation que celui du rejet de ce qu’elle n’est pas: la ‘bouc émissairisation’ des  faibles, des étrangers, des hors-norme et des marginaux…

La Torah se présente comme une pratique d’humanisation léguée à Israël pour l’humanité, une étrangeté irréductible à toute culture locale. Mes « pères » dans la foi juive m’ ont appris que le ghetto volontaire et l’assimilation sont les deux faces de la haine de soi et du refus d’être juif, les deux récifs que doit éviter Israël et chaque juif de chaque coté de sa route pour pouvoir  témoigner du D.ieu UN et qu’Israël se fasse ainsi le sel de la terre et la Lumière des Nations.

Lessing identifie une issue à la honte d’être juif et à la culpabilité éternelle. Il finit sur ce conseil au juif assimilé :

Bas-toi, oui, bats-toi sans cesse. Mais n’oublie pas que chaque vie, même indigne, même criminelle, a besoin d’amour.Nul être ne peut faire plus que de s’accomplir aussi longtemps qu’il dispose d’un bon terreau, d’un bon climat et de bonnes conditions de croissance. […] Tu charries un lourd héritage, et bien  soit ! Débarrasse -t’en. Tes enfants te feront grâce de n’être point l’enfant de tes parents. Ne gruge pas ton destin. Aime-le. Suis le destin. Quand bien même il te guiderait vers la mort. En toute tranquillité ! À travers toutes les souffrances de notre moi humain tu finiras par aboutir au firmament de ton être même. Aboutir en  ton peuple éternel.

Vekhen yehi ratson.

« Sotah » de Naomi Ragen

IMG-20140125-00150Dans la Bible, le mot sotah  désigne la femme soupçonnée d’adultère (Nombres 5, 11-28). Dans le Talmud, un traité entier appelé Sotah est consacré à la question de l’infidélité conjugale. Ce trés beau livre de Naomi Ragen raconte la vie de trois soeurs, femmes dans le milieu haredi.

Les Reich, famille juive ultra-orthodoxe, de huit enfants vivent modestement à Jérusalem à Mea-Shearim. Le père un homme pieux et bon étudie et enseigne toute la journée. C’est la mère, une force de la nature, qui comme cela est fréquent dans ce milieu, gagne l’argent du ménage et tient le foyer. Dvora l’aînée, se marie tardivement (à vingt ans!) via un marieur décrit au portrait inénarrable avec un élève de Yeshiva peu attirant mais gentil dont elle apprendra progressivement à apprécier les qualités.
C’est surtout Dina, la cadette, que le lecteur suivra pas à pas. Ravissante et fragile, elle se marie à 17 ans, sans enthousiasme, avec Judah Gutman, un menuisier de vingt-six ans, géant timide et maladroit. Peu après son mariage, la jeune femme se laisse éblouir par Noah Saltzman, un voisin peu scrupuleux, membre de la même communauté. Elle est bientôt accusée d’adultère par la Brigade des moeurs qui sévit clandestinement dans son quartier. Sa vie bascule.
Pour éviter qu’un scandale jette l’opprobre sur sa famille, elle est contrainte de quitter les siens sans un mot. Elle devient aide ménagère dans une famille juive assimilée de New York, qui ignore tout de son histoire. Malgré la gentillesse de sa famille d’accueil, elle peine à vivre dans cette société qu’elle perçoit comme individualiste, tournée vers la consommation et les loisirs. Une société radicalement différente de celle qu’elle a connue.
Dans ce roman, Naomi Ragen fait pénétrer le lecteur au coeur même du milieu juif ultra-orthodoxe et le confronte au monde moderne. Elle dépeint avec tendresse, cette société soudée, respectueuse de valeurs fortes et n’hésite pas à dénoncer le fanatisme de certains groupes, les injustices et les abus, tout particulièrement en ce qui concerne le statut de la femme.

NaomiDec2004-02L’auteur : Naomi Ragen, née en 1949 à Brooklyn (New York) dans une famille juive orthodoxe. étudie la littérature anglaise, la philosophie et l’histoire à la City University de New York. En 1968, elle rencontre son mari, pratiquant comme elle, étudiant en mathématiques. En 1971, le couple décide de s’établir à Jérusalem. En 1989, elle publie son premier roman Jephte’s Daughteroù elle décrit le malaise qu’elle ressent à vivre dans un quartier qui devient de plus en plus rigoriste. Elle reçoit alors des centaines de lettres de femmes qui l’encouragent, lui demandent des conseils et lui apportent leur témoignage. C’est en 1992, avec son deuxième roman Sotah, qu’elle obtient la reconnaissance du grand public avec plus de 200000 exemplaires vendus aux Etats-Unis et en Israël.  Depuis, elle a écrit cinq autres romans.

Chana Tova !

Chofar« Trois livres sont ouverts (Daniel 7, 9-22) … un pour les justes accomplis, un pour les méchants irrécupérables et un pour les moyens.

Les justes sont aussitôt inscrits et consignés pour la vie (Psaumes 59, 28), les méchants irrécupérables pour la mort, et les moyens sont en suspens de Roch Hachana au Yom HaKippourim.

S’ils ont mérité, ils sont inscrits et consignés pour la vie, s’ils n’ont pas mérité, ils sont inscrits et consignés pour la mort. »

Talmud de Babylone Roch Hachana 16a & b ; Talmud de Jérusalem Roch Hachana 1, 3 (57a)

En réalité, la grande majorité d’entre nous n’est ni totalement bon, ni vraiment irrécupérablement mauvais… Nous sommes plutôt, disons… fifty / fifty ! Alors il nous reste les dix jours redoutables jusqu’à Yom Kippour faire pencher la balance par la teshouva, le retour, la repentance, pour vivre finalement. Chana Tova !

Bien que la mitsva de sonner le shoffar à Roch Hachana soit un décret divin, il s’y trouve une allusion, à savoir : « réveillez-vous de votre sommeil, et vous les endormis levez-vous de votre somnolence »  faites un bilan de vos actes, revenez en repentir et souvenez-vous de  votre Créateur. Et vous qui oubliez la vérité par la perte de temps,  et qui   perdez vos années en vanité et en leurre sans aucune valeur,  observez votre âme, considérez vos conduites et vos fautes et que  chacun abandonne son mauvais chemin et ses mauvaises pensées.  (Moïse Maïmonide. Lois sur le repentir)

Walter Benjamin à Portbou, fin de l’histoire ?

Portbou-Didier Long

passeportTERMINUS

Après sept ans d’exil dans différents pays d’Europe c’est un Walter Benjamin épuisé qui arrive à Portbou fin septembre 1940. Quelques jours plus tôt il avait fui Parisle lendemain de l’entrée des nazis dans la capitale.

Il vient à pied de Banyuls-sur-Mer, a grimpé de nuit la montagne au-dessus de Cerbère et Portbou, il marche sur cette « route Lister » qui, un an plus tôt, a vu se tasser 500 000 civils fuyant l’enfer de la guerre d’Espagne au poste frontière français ; en haut de ce col venteux et désert où « hurle la solitude » cette montagne de grés entre ciel et mer où les falaises des Pyrénées plongent à pic dans la mer. Un pays qui se préparait à vivre à l’ombre de la dictature organisée par les éléments les plus conservateurs que l’Espagne aie produit, et ce, pendant des décennies. Benjamin a laissé à José l’ami de Berthold Brecht son cartable avec son manuscrit qui vaut « plus que sa vie » selon lui. (Ci-contre : Passeport de Walter Benjamin vers 1926, Berlin, Archives Walter Benjamin.)

Du haut du col, Portbou apparait, l’Espagne est là. Benjamin est donc sauvé. Hélas…

Portbou-WalterBenjamin 1

Car d’après Lisa Fittko, les autorités espagnoles ont avisé les trois fuyards qu’une nouvelle directive du gouvernement espagnol préconisait la reconduite des réfugiés en France. — une réglementation qui ne sera jamais appliquée. Benjamin ne supporte pas cette  nouvelle. Lire la suite de « Walter Benjamin à Portbou, fin de l’histoire ? »

La SIDRA de TAZRIA « elle concevra » – METSORAH « Le lépreux », 30 Nisan 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

Ce chabbath et les deux suivants nous lirons deux parachioth. Pourquoi ? Tout simplement parce que Le calendrier juif est luni-solaire. Il comprend jusqu’à 54 semaines, ce nombre variant selon les années, « pleines » ou « défectives ». On réunit donc, les parachioth  pour atteindre le nombre de lectures permettant de lire toute la torah en une année.

De l’écologie à la circoncision

L’ordre des sidroth que nous lisons chaque chabbath n’est pas fortuit il répond à une logique, conforme à l’esprit de toute la Torah.  Ces deux sidroth sont placées après la sidra de Chémini  qui s’achève sur le sujet de la nourriture et nous guide dans le choix des animaux que l’on  peut consommer ou non. Ce choix que  propose la Torah répond,  comme nous l’avons remarqué la semaine dernière, à des principes écologiques. Les animaux interdits visent à ne pas briser la chaîne et l’équilibre écologique. Les fruits de la mer, les crabes, les moules, les langoustes, les crevettes etc… constituent la nourriture pour les autres poissons. En les consommant, l’homme  détruit un équilibre écologique ce qui a pour conséquence la disparition de nombreuses races de poissons privés de la nourriture qui leur était destinée.

 La section de la torah lue aujourd’hui commence par la naissance d’un être humain, Lire la suite de « La SIDRA de TAZRIA « elle concevra » – METSORAH « Le lépreux », 30 Nisan 5773 »

SECRETS D’HISTOIRE : « Un homme nommé Jésus »

Stéphane Bern

Dans ce numéro exceptionnel de Secrets d’histoire, Stéphane Bern nous emmène en Galilée, sur les rives du Lac de Tibériade, dans les déserts de Judée, sur les bords de la Mer Morte… sur les traces de Jésus.
J’interviendrai avec d’autres spécialistes lors de cette émission, un portrait  du « Jésus de l’histoire », ce mardi 07 mai 2013 sur france 2 à 20h45.

La bande annconce : http://www.facebook.com/photo.php?v=4867802298725&set=vb.507126765968952&type=2&theater

Direction la Galilée sur les traces de Jésus. Sur les rives du Lac de Tibériade, dans les déserts de Judée et sur les bords de la Mer Morte, Stéphane Bern retrace sa vie terrestre. A l’aide de reportages, d’images et d’interventions de spécialistes pour mettre en lumière le parcours de cette personnalité, retour sur une succession de faits indiscutables, de sa naissance à Nazareth jusqu’à sa crucifixion sous Ponce Pilate. Mais il reste de nombreux mystères, secrets et miracles autour de la vie de Jésus et de la naissance d’une religion comptant aujourd’hui deux milliards de fidèles dans le monde. Mystiques, scientifiques et historiens ne sont pas d’accord sur l’homme. L’Histoire le montre davantage tourmenté, tendre et coléreux. Des découvertes d’archéologues et d’historiens donnent de nouveaux éléments.
Avec la participation de : Jean-Christian Petitfils (historien), Raphaël Draï (professeur de sciences politiques), Daniel Marguerat (théologien et ancien doyen de la faculté de théologie de Lausanne), Henri de Villefranche (bibliste), Didier Long (historien du judéo christianisme), Cardinal André Vingt-Trois (archevêque de Paris), Regis Burnet (professeur d’exégèse du Nouveau Testament), Michel Benoit (spécialiste des origines du christianisme), Armand Abecassis (philosophe), Marc-Alain Ouaknin (rabbin et philosophe) et Michel Quesnel (ancien recteur de l’Université Catholique de Lyon).

Source image  : site de l’émission

Témoins de l’Holocauste (suite) : Leib Rochman – « A pas aveugles de par le monde »

« Il savait que les rayons insaisissables qui aurait pu les unir étaient rompus. Mais pas seulement les leurs. De chaque être émanaient des rayons qui englobaient le monde entier et attachaient les hommes les uns aux autres. Tous intimement mêlés. Tout était dans tout.  Mais les rayons s’étaient éteints. »

a-pas-aveugles-de-par-le-mondeNé à Minsk-Mazowiecka dans un milieu hassidique Leyb Rochman est enfermé dans le ghetto de sa ville natale au début de la guerre et, suite à la destruction du ghetto en 1942, transféré avec sa famille dans un camp de travail. Il s’en évade et se cache pendant deux ans avec sa femme et trois juifs chez une paysanne polonaise. Là il est contraint de rester debout et immobile entre deux murs sans pouvoir bouger. Au lendemain de la Libération il se rend dans les camps de Maidanek et découvre les  chambres à gaz et fours crématoires. Victime par la suite du pogrom de Kielce, qui attendait les survivants qui rentraient chez eux, il se rend en Suisse fin 1945 pour se soigner.

De 1946 à 1948, il a voyagé à travers l’Europe et il tire de ce voyage cet ouvrage. En 1950, il s’installe en Israël. Il y meurt en 1978, à 60 ans, après avoir écrit trois livres : Et dans ton sang tu vivras (1961), A pas aveugles de par le monde (1968) et Le Déluge (1978).

Mit blinde trit iber der erd, A pas aveugles de par le monde, a été traduit du yiddish par Rachel Ertel chez Denoël. C’est un livre étrange sans équivalent dans la littérature de l’Holocauste. Celui d’un mort vivant, d’un revenant. Proche de l’écriture d’un Aaron Appelfeld qui préface le livre. Il commence une semaine après la fin de la seconde guerre mondiale comme une odyssée à travers une Europe de cauchemar. Une écriture sans les contraintes d’espace et de temps dans une Europe hallucinée d’après le Déluge.

S., « je », Leib, personnages interchangeables qui n’en sont qu’un vit dans le cauchemar de celui qui a survécu. Il revient comme Ulysse dans une Ithaque, l’Europe dévastée où ne l’accueillent que des fantômes de ses proches, de sa mère, de sa petite sœur réduits en cendres ou tués d’une balle.

« Leibl aurait lui aussi voulu se réfugier dans le sommeil, étendu sur son lit ; dans un sommeil interminable, ici, dans les montagnes, comme dans le giron de sa mère. Mais Estherké l’en empêchait. Maintenant, libéré des barbelés et des murs, il s’enfonçait continuellement dans une somnolence poisseuse dont il était impossible de le tirer. Il ne comprenait pas comment il avait échappé à tout cela, pourquoi c’était lui qui avait été condamné par le destin à demeurer. Il se souvenait de tous ceux qui l’entouraient jadis. Personne n’était resté. Ils avaient tous expiré leur âme en fumée : sa mère, qui l’avait porté et l’avait expulsé de son corps pour en faire un être indépendant, sa sœur et son frère, qui étaient le fruit de la même matrice et s’étaient nourris au même sein ; toute sa parentèle – oncles, tantes, cousins, issus du même sang. Comment rester seul dans le vide qu’ils avaient laissé ? Les camarades de sa cour, les voisins de sa rue, tous les habitants de sa ville. Tous les Juifs des villes et des pays environnants – des monceaux de cendres dispersés. Et lui, lui, il était là, il existait, on pouvait le toucher. Ce ne pouvait être qu’un châtiment. Ce ne pouvait être l’issue définitive. On lui avait tendu un piège. Comment l’avait-il mérité ? Pour quels actes infâmes ? »

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