Livourne, Abravanel et le « Nahlat Avot « 

Je me demandais comment les séfarades en fuite après l’exode de 1492 avaient transmis la tradition alors que le Choulan Haroukh (codification de la halakha réalisée par Joseph Caro qui sert de référentiel pour tout le monde traditionnel aujourd’hui) écrit à Safed en Galilée au XVIème siècle n’existait pas.

C’est alors que dans la bibliothèque de mon ami le Rav Harboun, j’ai mis la main sur un ouvrage curieux, le Nahlat Avot d’Abravanel, qui m’a donné un début d’explication. Voici cette édition de 1925 éditée à Livourne sous la férule d’Elia Benamozegh comme il est écrit en hébreu (photo).

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Isaac Ben Judah Abravanel (1437–1508) fut un homme d’état, un financier, un philosophe, un talmudiste… qui  avait avancé de considérables sommes d’argent à la couronne d’Aragon et de Castille pour sa guerre contre les maures. Grenade avait été reprise le 2 janvier 1492 scellant la fin de 780 années de présence musulmane dans la péninsule ibérique et la fin de la reconquista… Mais il fallait unifier le nouvel empire et solder les dettes de guerre envers les créanciers. C’est ainsi que naquit l’idée d’expulser les juifs.

Abravanel s’est opposé à l’expulsion des juifs jusqu’au dernier moment en rencontrant personnellement les souverains d’Espagne qu’il servait et qui voulaient le retenir au vu de son prestige. Par trois fois, Abravanel tenta de faire annuler l’édit, offrant pour cela par trois fois des sommes considérables. Les souverains de leur côté tentèrent même d’enlever son petit-fils pour le retenir, mais celui-ci avait déjà été envoyé au Portugal.

Peine perdue, Abravanel s’embarque à Valence avec sa famille en juillet 1492 quelques jours avant le le 9Av 5252 (2 août1492)  qui voit les juifs expulsés de la péninsule.

Abravanel arriva à Naples bientôt envahie par l’armée de France. Il fuit et arrive à Messine, avant de faire voile vers Corfou en 1495, puis Monopoli petit port des Pouilles sur l’Adriatique en 1496. C’est là qu’il écrit à la demande de son plus jeune fils en juin 1496 le Nahlat Avot, l’ « Héritage des Pères », un commentaire du Pirqé Avot que nous lisons en cette période du Omer. Il s’agit d’un long commentaire de la halakha qui commence à la naissance et se termine à la mort d’un homme avec une description de la vie juive concrète à toutes les étapes : naissance, brit, bar mitzvah, mariage, décès…

Abrabanel dans le Nahlat Avot réfléchit à la liberté de l’homme, à la supériorité du judaïsme sur la culture humaniste environnante qui l’entoure tout en utilisant cette même culture.

Abrabanel se fixe à Venise en 1503 où il négocie avec le Portugal pour le Doge. L’œuvre d’Abrabanel est immense. On reste rêveur devant une telle activité de diplomate, homme d’affaire, intellectuel et l’intense énergie de cet homme d’immense renom en méditerranée en perpétuelle fuite clandestine.

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