Qu’est-ce qu’un homme politique ? Moïse

Moïse de Michel Angelo

De la politique

Comme disait Bernardo Provenzano le chef de Cosa Nostra : « Commander c’est mieux que baiser ! » ; Voilà un sage, il avait choisi !… Nos politiques modernes, eux, allient ces deux addictions avec parfois une autre  : la passion de l’argent. Le pouvoir, le sexe, l’argent voilà l’homme.

La politique selon la Bible n’est pas un culte du pouvoir mais une compassion pour son peuple. Une compassion illimitée pour les proches de son peuple.

On en est tellement loin dans tous les pays du monde : aux US avec l’invasion brutale du Capitole et en face la qualification du petit peuple de « panier des pitoyables » par Hillary Clinton; en France où la tyrannie et le culte par le pouvoir des préfets est en train de dominer la technostructure administrative qui était jusque-là un équilibre de pouvoirs subtils des différents corps…

La France où les ministres se pressent pour faire la Une des magazines comme des people alors que ministre, minister en latin, signifie plus simplement « serviteur »… qu’on se dit que ce message bien oublié de la Bible est proprement révolutionnaire.

Moïse, dans la Torah, est le messager par excellence de cette compassion pour le peuple, la figure tutélaire d’où émanent les valeurs dont se sont réclamées toutes les révolutions depuis la sortie d’Egypte.

On est loin, très, très loin des politiques modernes redevenus comme les bon vieux empereurs gréco-romain des adorateurs du culte de la force et du pouvoir. L’imperium à Rome c’est le culte de la force, « le fondement de l’imperium est le droit et le pouvoir de consulter les dieux » – Pierre Grimal; Cette faculté sacrée permettait par la divination de savoir si les dieux étaient ou non favorables afin de prendre telle ou telle décision. Exemple : « Alors on le lance ce vaccin ou pas ? »

Nous autres juifs en sommes très loin ! Il ne s’agit pas de paraitre auprès des puissants, et d’éventuellement manger quelques petits fours si possible cachers mais bien d’aimer son peuple.

Le politique pour ce commencement du Livre de l’Exode ce n’est pas un grand homme aux grandes idées qui projette ses concepts dans le réel selon une sorte de ministère de la parole mais quelqu’un qui voit la souffrance de son peuple, la fait sienne et passe à l’action… on est très, très loin.

Examinons donc ce que nous en dit le Livre de l’Exode.

Se faire un nom

Nous commençons Chemot, le Livre de l’exode, le « livre des Noms » en réalité. Pourquoi D.ieu énumère-t-il les dès le début les noms des tribus d’Israël comme au début de chaque livre de la Torah : « Parce qu’il les aime » nous répond Rachi :

« Il les compte cependant à nouveau après leur mort pour marquer combien Hachem leur est attaché (Midrach tan‘houma Chemoth 2). Car ils sont comparés aux étoiles, que Hachem fait sortir et rentrer en les comptant et en les appelant par leurs noms, ainsi qu’il est écrit (Yecha’ya 40, 26) : « Il fait sortir leur légion céleste en les comptant, Il les appelle toutes par leur nom […] aucune n’est manquante » (Midrach tan‘houma). »

Tout a été dit et écrit sur Moïse, ce premier grand homme politique juif que nous présente la Bible. Premier car si Joseph, le premier marrane, vit incognito en Egypte Moïse, lui non seulement est reconnu comme juif, la servante de la fille de Pharaon le reconnait comme un hébreu dans son panier qui flotte sur l’eau : « C’est quelque enfant des Hébreux. » (2, 6) 

En écoutant ce matin, j’ai encore été frappé : le mot Yeladim (les enfants) : (ceux des sages-femmes juives qui les laissent vivre), scande toute cette première paracha. Moïse est appelé ainsi jusqu’à sa nomination par la fille de Pharaon.

Curieusement, La mère juive de Moïse ne lui donne pas de nom à la naissance, Moïse est appelé yèlèd (« nouveau-né, enfant ») par le texte non de sa mère mais par la fille de Pharaon…

Quand ? seulement lorsque « L’enfant devenu grand« .

« L’enfant devenu grand, elle le remit à la fille de Pharaon et il devint son fils; elle lui donna le nom de Moïse, disant: « Parce que je l’ai retiré des eaux. » » (Ex 2, 10)

Rachi s’emmêle les pinceaux pour retrouver la racine juive qui donnerait à Moïse un nom hébraïque, car yèlèd (« nouveau-né, enfant ») est issu de la racine yalad, racine hébraïque équivalente de l’égyptienne mesi/mas/mes qui signifie « enfanter », ce que sait Sforno.

Moshé, est le participe actif de masha en hébreu (littéralement « tiré de »), qui signifie au mieux « celui qui tire, tirant ». Un nom d’origine égyptienne donc. Etrange, étrange.

Les Hakhamim soulignent que sa mère lui a donné l’héritage identitaire hébraïque puisque dés le début il est reconnu par la fille de Pharaon comme tel, et à que sa sœur lui recommande de lui donner une nourrice hébraïque. Son premier acte identitaire juif sera de défendre un homme de son peuple agressé par un égyptien, puis vient immédiatement le second : Moïse empêche des hébreux de sa battre entre eux.

Moshé est donc seulement un « enfant hébreu » tiré des eaux de sa mère, jusqu’au moment où on le nomme et où il devient comme instantanément une émanation symbolique de l’identité de son peuple. Un homme politique.

L’empathie de Moïse pour son peuple

Aussitôt nommé, on précise dès le verset suivant, un seconde fois, que Moïse a grandi. Et le corollaire de cette croissance consiste à voir et éprouver de la compassion pour les gens de son peuple :

« Or, en ce temps-là, Moïse, ayant grandi, alla parmi ses frères et vit leurs souffrances. » (2,11)

Le midrash Beréchith raba s’étonne de la répétition du fait que Moïse ait grandi et commente le « il vit » (Wayar)

« Il s’appliqua de tous ses yeux et de tout son cœur à souffrir avec eux [le vers rao (« voir ») s’employant avec une connotation de sympathie] » 

Qu’est ce qui caractérise avant tout Moïse comme homme politique ? la compassion pour son peuple. Il les voit et ne peut pas ne pas éprouver les même sentiments qu’eux, prêt à tuer pour cela :

« Il aperçut un Égyptien frappant un Hébreu, un de ses frères. Il se tourna de côté et d’autre et ne voyant paraître personne, il frappa l’Égyptien et l’ensevelit dans le sable. » (Ex 2, 12)

Il incarne le lien qui fait le peuple :

« Étant sorti le jour suivant, il remarqua deux Hébreux qui se querellaient et il dit au coupable: « Pourquoi frappes-tu ton prochain? » » (Ex 2, 13)

C’est à partir de cette prise de conscience politique que Pharaon veut le faire mourir.

Problème : Moïse est bègue. Comme diriger un peuple en étant bègue ? C’est donc D.ieu lui même qui va mettre ses paroles dans sa bouche comme il le fera à nouveau pour le prophète Jérémie ainsi que le raconte la Haftarah séfarade de ce jour.

A travers Moïse c’est D.ieu lui-même qui dévoile sa propre identité en disant : « »J’ai vu, j’ai vu [répété deux fois !) l’humiliation de mon peuple qui est en Égypte ; j’ai accueilli sa plainte contre ses oppresseurs, car je connais ses souffrances. » (Exode 3,7-8)

Rachi commente :

Car j’ai vu ses douleurs; C’est comme dans : « Eloqim sut » (supra 2, 25). C’est-à-dire : Car j’ai appliqué mon cœur à comprendre et à connaître ses souffrances. Je ne me suis pas caché les yeux, je ne me suis pas bouché les oreilles pour ne pas entendre leur cri.

Dieu a vu la misère de son peuple, il a entendu ses cris, il est descendu le sauver. Il passe du regard à l’action. Ex 3, 7 est donc un écho de Ex 2,25.

« Puis, le Seigneur considéra les enfants d’Israël et il avisa. » (Ex 2, 25)

Rachi commente :  

« Eloqim sut : Il a porté sur eux Son cœur, et Il ne s’est pas caché les yeux [pour ne pas les voir]. »

Dieu est à perte de vue et a porté de voix mais il voit. Et ce regard n’est que compassion.

Dieu révélera à Moïse qu’il est lui-même cette miséricorde qui l’habite. Cette empathie qui permet de souffrir de la souffrance d’autrui. Quand Moïse lui demande son Nom, il lui répond de sa miséricorde fidèle et bienveillante :

« Éternel, Eternel, D.ieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté, qui reste fidèle à des milliers de générations, qui supporte la faute » (Ex 34,6)

Le prophète Osée exprimera avec force cette exigence de la miséricorde de D.ieu qui est D.ieu lui même, la faisant passer bien avant le culte : « C’est la miséricorde qui me plaît, non le sacrifice. » (Osée 6, 6). Le « Soyez saints car je suis saint » (Lévitique 19,2).

Cette miséricorde qui est la nature même de Dieu est une sagesse politique.

La compassion de Moïse pour son peuple ira jusqu’au bout. Par empathie pour la génération qui a fauté au désert, il n’entrera pas en Terre promise. Condamné avec eux pour avoir fait le veau d’or. Il restera l’homme de sa génération solidaire avec elle jusque dans la punition. Lui « l’homme le plus humble que la terre ait portée » qui avait brisé le veau d’or.

La Torah, un programme politique concret et efficace

La Torah est très claire sur les actions concrètes à mettre en œuvre :

– « Au bout de trois ans, tu prélèveras toute la dîme de tes produits de cette année-là, mais tu les déposeras dans ta ville. Alors viendront le lévite – lui qui n’a ni part ni patrimoine avec toi -, l’émigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans tes villes, et ils mangeront à satiété, pour que le Seigneur ton Dieu te bénisse dans toutes tes actions ». (Dt 14,28-29)

« Au bout de sept ans, tu feras la remise des dettes. Et voici ce qu’est cette remise : tout homme qui a fait un prêt à son prochain fera remise de ses droits : il n’exercera pas de contrainte contre son prochain ou son frère, puisqu’on a proclamé la remise pour le Seigneur. » (Dt 15,1-2)

« S’il y a chez toi un pauvre, l’un de tes frères, dans l’une de tes villes, dans le pays que le Seigneur ton Dieu te donne, tu n’endurciras pas ton coeur et tu ne fermeras pas ta main à ton frère pauvre, mais tu lui ouvriras ta main toute grande et tu lui consentiras tous les prêts sur gages dont il pourra avoir besoin. » (Dt 15,7-8)

« Si, parmi tes frères hébreux, un homme ou une femme s’est vendu à toi et s’il t’a servi comme esclave pendant six ans, à la septième année tu le laisseras partir libre de chez toi. Et quand tu le laisseras partir libre de chez toi, tu ne le laisseras pas partir les mains vides; tu le couvriras de cadeaux avec le produit de ton petit bétail, de ton aire et de ton pressoir : ce que tu lui donneras te vient de la bénédiction du Seigneur ton Dieu. Tu te souviendras qu’au pays d’Égypte tu étais esclave et que le Seigneur ton Dieu t’a racheté. C’est pourquoi je te donne ce commandement aujourd’hui. » (Dt 15,12-15)

On en est loin avec les pouvoirs de ce monde, très, très loin ! ces textes les giflent et D.ieu les vomit.

DESOBEIR, Aristides de Sousa Mendes, le Juste de Bordeaux

Désobéir

Imaginez que vous ayez 55 ans, 14 enfants, vous êtes en fin d’une carrière sans faute. Une maitresse française qui vous a annoncé il y a 3 mois, en mars 1940, qu’elle est enceinte de vous. Imaginez que vous soyez un fonctionnaire inconnu, sans fait politique, en dehors de trafic de biens publics. Imaginez que vous soyez en poste au Ministère des affaires étrangères sous Salazar un dictateur impitoyable ; à Bordeaux plus précisément, dont le maire Adrien Marquet, un grand ami des nazis, sera nommé dans 8 jours, ministre d’État par le tout nouveau président du Conseil, le maréchal Pétain. Ses amis ? Laval, Doriot. Marquet sera bientôt responsable de la police de Vichy.  Que vaut votre vie ? après tout vous n’êtes qu’un petit consul du Portugal ! Les nazis justement : ils avancent et sont à 40 km d’ici.

Et en plus ce 16 juin 1940 c’est dimanche ! une raison de plus pour rester au lit…

Dans cette situation, est-ce que vous prendriez le risque de désobéir aux ordres et de sauver 30 000 personnes, dont beaucoup de juifs, au péril de votre vie ? est-ce que vous miseriez une seule seconde sur vos chances de réussir ? Seriez-vous prêt à finir votre vie dans la honte et la misère pour cette mission ?

C’est pourtant ce qu’a fait Aristides de Sousa Mendes, le Juste parmi les Nations de Bordeaux.

Aristides et César, Les jumeaux diplomates

Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches nait le 19 juillet 1885 à Cabanas de Viriato, petit village portugais du district de Viseu, d’un père notable, de la petite noblesse terrienne juge à la Cour d’appel de Coimbra.

Quand on nait dans ce genre de milieu on est catholique et conservateur de père en fils, monarchiste bien sûr.

Première tuile, première chance, Aristides de Sousa Mendes a un jumeau, ce genre de personnes qui restent amis toute leur vie et qui s’entendent comme larrons en foire quand ils ne se disputent pas.

César et Aristides de Suza Mendes en 1938

Les inséparables obtiennent tous les deux leur diplôme de droit le même jour en 1907 à 22 ans.

en licence de droit en 1905

Les deux frères vont faire leur carrière dans le diplomatie. César est sombre, dur et déterminé; Aristides un peu plus mou et jovial, il aime vivre. La lune et le soleil. Aristides est très attaché à son frère. En 1920, il accourt à Berlin, après de décès de sa première épouse âgée de 29 ans qui lui a donné 5 enfants. Il passe 3 mois auprès de lui.

César est brillant, il sera Ambassadeur en Suède puis nommé ministre des affaires étrangères dans le gouvernement Salazar en 1932. Aristides mènera la vie sans relief d’un homme bien né, dans des petits appartements déguisés en délégations consulaires portugaises à Zanzibar, au Brésil, aux Etats-Unis. Sa propension à faire des enfants, un habitude de son milieu social, de conjugue avec un gaspillage chronique des deniers publics, souvent à des fins personnelles. Il est régulièrement épinglé. Il est condamné aux Etats-Unis en 1923 pour déclarations anti-démocratiques et concussion, en clair : « trafic de deniers publics », ce trafic lui vaut expulsion du pays.

Une carrière de ce genre est impossible sans un peu de flagornerie. En 1929, Aristides de Sousa Mendes écrit au Ministère des Affaires étrangères du Portugal, affirmant sans rire :

« être la personne idéale pour surveiller et anéantir les manœuvres de conspiration des émigrants politiques contre la dictature ».

Il est nommé à Anvers puis débarque à Bordeaux dix ans pus tard à 55 ans. Prêt à profiter d’une fin de carrière médiocre mais replète.

14 enfants dont 3 mineurs… et la petite Marie-Rose, enfant illégitime, qui naitra dans quelques mois. Une femme qu’il aime tendrement… et sa maîtresse française bordelaise, Andrée Cibial, qu’il aime passionnément. La messe tous les dimanche. Un jumeau qui partage tous ses secrets d’Etat et d’alcôve. Nest-il pas comblé ?

Angelina, l’épouse de Mendes

Bref, jusque là la vie de Mendés a été agie par l’histoire de son milieu d’origine, de traditions familliales supposées ancestrales, de grands idéaux et des petites compromissions, l’histoire est remplie de ce type d’homme… mais parfois, certains d’entre nous sortent de leur rôle et du déterminisme et provoqués par le destin, et en quelques jours deviennent des héros.

16 juin 1940, le converti aux cheveux blancs

En ce dimanche 16 juin 1940 Aristides sait parfaitement de quoi sont capables les nazis dont les panzers sont à quarante kilomètres de Bordeaux. Bordeaux, où le gouvernement français de Pétain s’est réfugié. Il le sait car César est Ambassadeur du Portugal à Varsovie en 1939, lors de la sanglante invasion de la Pologne. Une Blitzkrieg barbzre qui ouvre la route de l’est et du territoire des « sous-hommes » aux nazis.

Le 11 novembre 1939, l’autocrate Salazar envoie à tous ses diplomates en poste la circulaire no14, où il   décréte qu’il veut empêcher aux « suspects d’activités politiques contre le nazisme » bref les bolchéviques et à tous les « gens indignes », dont les juifs, de pénétrer au Portugal.

C’est prudent pour garder la neutralité face au tout puissant IIIème Reich. Car en mai-juin 1940 lors de la Débâcle c’est toute l’Europe qui se presse à Bordeaux qui a triplé sa population devant l’avancée nazie. Des milliers de réfugiés juifs y affluent pour parvenir d’Espagne au Portugal et si possible aux États-Unis. mendés leur a ouvert le Consulat. Le neveu de Mendes témoigne devant Yad Vashem :

« Depuis le 10 Mai 1940, jusqu’à l’occupation de la ville, le salon et les bureaux du Consul furent à la disposition des réfugiés, des dizaines d’entre eux , des deux sexes, de tous âges et surtout des gens âgés et malades.

Ils entraient et sortaient, il y avait des femmes enceintes qui ne se sentaient pas bien, il y avait des gens qui avaient vu, sans pouvoir se défendre, leurs parents mourir sur les routes , tués par les canons qui tiraient depuis les avions. Ils dormaient sur des chaises, sur le plancher, sur des couvertures… aucun contrôle n’était plus possible. Même les bureaux du Consul étaient bondés de réfugiés épuisés, fatigués à en mourir parce qu’ils avaient passés des jours et des nuits dans la rue, dans l’escalier et enfin dans les bureaux. Ils ne pouvaient plus satisfaire leurs besoins , ne mangeaient ni ne buvaient de peur de perdre leur place dans la queue, ce qui arrivait pourtant et provoquait des troubles. En conséquence les réfugiés avaient mauvaise mine, ne se lavaient plus, ne se peignaient plus, ne changeaient plus de vêtements et ne se rasaient plus. La plupart n’avaient pas d’autre vêtement que celui qu’ils portaient sur eux. » « Les incidents prenaient de telles proportions qu’il fallait demander à l’armée de maintenir l’ordre. Dans chaque pièce et dans chaque bureau, il y avait un soldat. »(source)

Jeudi 13 juin 1940 c’est l’heure de la décision pour le futur Juste de Bordeaux. fin 1939, un rabbin d’Anvers, Rabbi Jacob Kruger, à qui il a offert l’hospitalité avec sa famille sans même le connaitre, vient le voir et lui demandant un visa, il lui répond : « Je vais essayer de vous aider et de vous faire partir avec votre famille », mais l’autre réplique : « Ce n’est pas seulement moi qu’il faut aider, mais tous mes frères qui risquent la mort ».

Maintenant ils sont là devant la porte, dans chaque pièce. Et ils vont mourir. L’ampleur de la tâche est vertigineuse pour Mendès, trop pour un seul homme.

Rabbi Chaim Hersz KRUGER, Courtesy Family Kruger
Cilla, Chana, Zysla & Rebecca KRUGER – Photo courtesy of the Felix Archives in Antwerp.

Tel Jonas, Aristides de Sousa Mendes… court s’enfermer dans sa chambre. Il y passe 3 jours et 3 nuits à dormir. Angelina, sa femme, José et Pedro ses fils ne savent que faire.

Il arrive parfois que la grâce, pénètre plus facilement les cœurs des sans nom et des anxieux que les cœurs habitués des soi-disant religieux sur lesquels elle rebondit. Suaviter sed fortiter. L’habitude, voilà le péché d’orgueil ultime. Et c’est en ces trois jours et trois nuits au cœur de l’abime que D.ieu attend Aristides de Sousa Mendes. Voici venue l’heure de la tentation pour le futur saint de Bordeaux. Son fils Pédro raconte :

« Et puis il s’est levé comme rasséréné et plein d’une immense énergie, il a ouvert la porte de la chancellerie et a dit, à haute voix :

“Désormais, je donnerai des visas à tout le monde,
il n’y a plus de nationalité, de race, de religion.” »

Petit détail, en ces trois jours de résurrection ou le Juste fend l’armure du médiocre, tous les cheveus de Mendés sont devenus blancs.

Le Rav Kruger et l’aristo catholique aux cheveux blancs se mettent à la tâche aidés des enfants et des neveux de Mendès.

Commence alors une course folle, des dizaines de réfugiés sont-ils en train d’envahir l’escalier qui manque de s’écrouler (le Consulat est au troisième étage dans un petit appartement) ? le Consul les fait sortir et promet « des visas pour tout le monde ».

On entend le : « Il n’y a plus ni juif ni grec ni esclave ni homme libre » de Paul de Tarse. En tout cas, pour les réfugiés de Mendes et le Rav Kruger la rédemption commence.

Les sacs de passeport montent à l’étage et redescendent tamponnés et signés.

Dans Le Consul proscrit[1], le fils de Rabbi Jacob Kruger, le rabbin anversois raconte :

« Mon père descendait dans la rue, sans sa calotte, ce qui ne lui était jamais arrivé, prenait les passeports par poignées et les remontait pour les faire signer par Aristides. »

De 8 heures à 3 heures du matin Aristides signe tous les visas possibles. Il tamponne et signe des visas vers le Portugal. La réserve est épuisée ? On signe des feuilles de papier, puis des notes de fortune en guide de laisser-passer sur tous types de papier disponibles avec juste le tampon et sa précieuse signature.

Quand Lisbonne apprend l’activité frénétique d’Aristides on le menace : « toute autre erreur sera considérée comme de la désobéissance et entraînera un procès disciplinaire ». Il répond à la cantonnée :

« S’il me faut désobéir, je préfère que ce soit à
un ordre des hommes qu’à un ordre de Dieu. »

Sans frontière

Il ne faillira pas dans sa mission et ira jusqu’au bout de sa folie rédemptrice

Le 22 juin, la France capitule. Les allemands entrent dans Bordeaux.

Le gouvernement portugais a décidé de ramener le récalcitrant à Lisbonne avant l’incident diplomatique. On envoie deux fonctionnaires menaçant pour cela.

Mais voilà, à Bayonne, le consul voit la foule qui se presse devant le consulat du Portugal. Le Vice-consul est rétif ? « Je suis encore votre supérieur ! ». Et Mendes distribue les visas à la foule par sacs entiers de passeports tamponnés et signés de son nom.

Le 23 juin Salazar a démis Mendès de ses fonctions.

Un autre « flic » de Salazar débarque à Bayonne ? Mendes file à Hendaye, sur la route il distribue des visas aux réfugiés d’infortune qu’il croise. Il y retrouve ses amis réfugiés de Bordeaux qui ne peuvent entrer en Espagne car elle a fermé ses frontières.

Il poursuit sa route en ordonnant à a son chauffeur de rouler au pas. Un immense cortège se forme derrière la voiture de l’ex-consul. Mendes, les conduit dans une petite auberge toute proche, où il réclame du papier et se met à fabriquer de nouveaux visas. Juste 3 lignes sur un bout de papier et une signature pour la liberté.

Mendes a maintenant décidé de passer la mer Rouge.

Il fait ralentir sa voiture suivie du long cortège de pèlerins-réfugiés. Par chance le poste de douane ne possède pas de téléphone. La policier ne sait donc pas que Madrid a ordonné la fermeture de la frontière. Mendes, impérial, ordonne au policier de ce poste frontière de douane isolé :

« Je suis le consul du Portugal, ces gens possèdent un visa conforme pour gagner le Portugal ».

La colonne de malheureux passe la frontière vers la liberté.

Mendes a sauvé 30 000 personnes de la barbarie nazie.

Une folie rédemptrice.

Le procès et la chute

Le 08 juillet 1940 Mendés est de retour à Lisbonne. Ses affaires se gâtent.

Télégramme de Salazar interdisant le dotaion de visas du 15 juin 1949

Salazar n’aime pas qu’on lui désobéisse. Mendes sera le souffre douleur, le témoin de sa propre vanité devant l’histoire. L’affront ultime pour celui qui se rêve en maître absolu.

Pas une vexation, pas une humiliation, pas une dégradation publique ne sera épargnée à Aristides de Sousa Mendes.

Le 30 octobre 1940, une haute cour condamne Aristides de Sousa Mendes à un an d’inactivité, on divise par deux de son salaire et on le met à la retraite avec interdiction d’exercer sa profession d’avocat. Son permis de conduire délivré à l’étranger n’est pas valable.

Il a : « déshonoré le Portugal devant les autorités espagnoles et devant les forces allemandes d’occupation ».

Il écrit :

« Mon seul objectif était de sauver des gens dont la souffrance était imprescriptible »

Et il répond :

« J’ai toujours honoré, poursuit-il, la mission qui m’était confiée et toujours défendu l’honneur de notre nom et son prestige. » 

Il a toujours entendu des célébrités : « Hommes d’Etat, professeurs, princes de sang, femmes et enfants anonymes (…). J’ai toujours reçu d’elles paroles de respect et de considération pour le Portugal, pays hospitalier et accueillant, le seul en Europe où ils pouvaient trouver tranquillité (…). Pour ma conscience, leurs paroles représentent la plus précieuse récompense. » 

Et il conclut enfin : 

« Je ne pouvais faire des distinctions entre les nationalités, les races ou les religions, étant donné que j’obéissais à des raisons d’humanité qui, elles, ne font pas de distinction entre les nationalités, les races ou les religions. »

Aristides , aidé de son frère César, d’amis et de l’avocat Adelino Da Palma, vont se battre pour obtenir la révision du procès. En vain, son dossier est classé « dossier secret d’État » par Salazar qui s’en occupe personnellement.

Hélas, la sainteté et la grandeur appellent la mesquinerie impitoyable.

Après la guerre, Mendes et sa famille mangent à la soupe populaire juive de Lisbonne.

« J’aidais souvent ma tante qui y travaillait, raconte Isaac Bitton. Un jour, nous avons vu arriver un homme en costume noir et avec un chapeau ; éblouis par sa prestance, nous lui avons dit que la salle à manger pour les Portugais était à un autre étage et qu’ici, c’était pour les réfugiés. Il nous a regardés, a souri et a dit : “Nous aussi, nous sommes des réfugiés.” »

La communauté juive de Lisbonne va aider les fils de Mendès à faire leurs études aux Etats Unis.

INTERVIEW WITH RABBI KRUGER IN YIDDISH NEWSPAPER « DER TOG, » NEW YORK, AUGUST 8, 1941

En 1945 Salazar se vante d’avoir sauvé des juifs, bref, il s’attribue les actions de Mendes qu’il persécute. L’archevêque de Lisbonne à qui Mendès demande d’intervenir propose de faire une prière à Sainte Fatima… sait-on jamais ? La supplique échoue.

Sa femme, la fidèle Angelina, meurt en 1948, il vend tous ses biens, sa famille explose.

Le 16 octobre 1949, Aristides de Sousa Mendes épouse Andrée Cibial, qu’il a rencontrée à Bordeaux en 1939, à cette occasion il reconnait sa fille Marie-Rose née en novembre 1940 à Lisbonne. Il finira dans la misère avec sa seconde épouse.

Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches meurt le 3 avril 1954 à 69 ans, entouré de l’amour d’Andrée Cibial, à l’hôpital franciscain de Lisbonne. Pour passer cette dernière frontière on lui a prêté une bure de franciscain car il n’a plus d’habits dignes des cérémonies de ce monde.

Andrée Cibial

En 1966, Yad Vashem rend sa dignité à Aristides de Sousa Mendes. Il est fait Juste parmi les nations et un arbre à Yad Vashem rappelle sa mémoire.

2016, le ministre des affaires étrangères portuguais H.E. Prof. Augusto Santos Silva devant l’arbre dédié à la mémoire de Aristides de Sousa Mendes

L’historien Yehuda Bauer a qualifié l’action de Mendès de « la plus grande action de sauvetage menée par une seule personne pendant la Shoah »

Rabbi Chaim KRUGER with Aristides de SOUSA MENDES

Zatsal. La mémoire du Juste est une bénédiction.

Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches sois béni, ta mémoire nous oblige.

Une page du registre des visas du 17 juin 1940
avec les noms de personnes ayant obtenu
des visas délivrés par Sousa Mendes (Source : Yad Vashem)

Désobéir enfin

Le temps est au frima, vous voyez votre pays s’effondrer dans une technocratie vérolée par ses têtes alors que des saints publics inconnus continuent de travailler au service de l’intérêt général ? Vous n’osez pas bouger ?  Alors un conseil : désobéissez ! Servez enfin vos semblables.

Comme Mendès laissez votre nom dans l’histoire. Nous, les juifs, nous qui sommes les témoins de la Providence de D.ieu dans l’histoire, nous entretiendrons votre mémoire !


[1] Documentaire de Tereza Olga (1993), réalisé en coproduction par la Radio-Télévision portugaise et France 3 Aquitaine.

Hanoucca : la guerre ne se fête pas

Hag Hanouka Sameah ! Belle fête de Hanoucca ! 8ème bougie

« Ne te réjouis pas quand ton ennemi tombe, ne danse pas de joie quand il perd l’équilibre » dit le livre des Proverbes (Pv 24, 17). Nous autres juifs n’avons pas le droit de célébrer une victoire militaire. La guerre ne se fête pas.

Les bougies de la fête de Hanouca célèbrent donc la fiole d’huile pure retrouvée dans les décombres du temple et qui brula huit jours, en mémoire de l’inauguration du premier Temple de Salomon qui  elle-même avait duré huit jours… et non pas la victoire guerrière de Judas Maccabée. On célèbre une victoire spirituelle donc. Ki Tissa, « quand tu partiras en guerre », « contre toi-même » ajoute Rachi.

Dans le judaïsme la guerre se mène donc contre soi-même et le vainqueur est l’Eternel.

Puisse ce qui est lumineux en nous dominer notre ombre en cette fête de Hanouka.

Je vous souhaite cela mes ami(e)s avec beaucoup, beaucoup de cœur. Meïr.

HANOUCA : Que la Lumière brille en vous !

la Corse et les juifs, la générosité d’un peuple, le choix de la vie

Terre pauvre mais aussi carrefour stratégique en méditerranée, la Corse est le creuset d’identités multiples qui ont fabriqué sa culture si spécifique. Les juifs, arrivés à partir du XVIème siècle en font partie. Leurs différentes immigrations, marranes, puis sous Pascal Paoli, en 1915 enfin, se sont profondément intégrées à la Nation Corse, dans une communauté de destin poignante.

Figures du mal

Serpent de la Genèse, Béatus mozarabe, Escorial IXè s.

C’est une discussion un peu inactuelle que je vous propose ici : parler du mal, de ce Satan biblique, diable grec, antique serpent de la Genèse qui nous semble aujourd’hui si désuet. A tort.

Pourtant le mal existe. Vertigineux. N’importe quel personne qui a un peu écouté les âmes et d’abord la sienne croise cette réalité. On peut même dire que le sens de ce monde est un affrontement de la Lumière et des ténèbres et un dévoilement du mensonge, un accomplissement de la vérité finalement. Et la vie spirituelle un combat sur un champ de bataille : Ki tetésé dit la paracha… « quand tu partiras en guerre »… contre toi-même dit la Tradition.

Aucun fascinatus à cela. Le mal n’est pas un dieu, il se présente plutôt comme une fêlure à l’intérieur du libre arbitre de l’homme qui ouvre un abysse.

Des personnes aiment voir d’autres se fracasser les unes contre les autres, l’organisent par procuration, prennent plaisir au viol ou à la gifle de l’innocent. Je ne parle pas là de l’ignorance ou d’états de fatigue qui peuvent conduire à des catastrophes, je parle de la passion pour la destruction, l’attirance sans frein pour ce qui est sale, vicieux, tordu et sombre. Certaines personnes éprouvent un vrai plaisir à détruire leur semblable et cela constitue parfois un vrai projet de toute une vie. Le diable n’existe pas. Le mal incarné par des personnalités désaxées oui.

La psychanalyse et la psychiatrie modernes semblaient nous avoir affranchis des bons vieux exorcistes, et autres chasseurs de mauvais œil. Elles nous ont prévenu des circonstances atténuantes qu’il faut attribuer aux « pervers narcissiques » et autres psychopathes qui  détruisent leur entourage de manière cachée, commettent des petits meurtres psychiques sur leur entourage. La schizophrénie parfaitement socialisée est plus banale qu’on ne le croit. Et « L’effort pour rendre l’autre fou » et le faire habiter dans deux parties de sa personnalité incompatibles (Double Bind) a été parfaitement expliqué par Harold Searles : « L’individu devient schizophrénique, en partie, à cause d’un effort continu –largement ou totalement inconscient – de la ou des personnes importantes de son entourage pour le rendre fou. »

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S’asseoir en silence

En rangeant mes affaires vers une autre vie j’ai retrouvé les seuls objets que j’avais ramenés du monastère il y a 25 ans. Mon coussin de méditation en silence (zafou) et ma Bible.


Tout un monde de souvenirs est revenu en moi. Les semaines passées seul dans la forêt en ermitage. Le froid dans les cellules. La faim. Le chant de la forêt. 100 hommes en noir en silence absolu. L’obéissance sous une Règle de fer. Le lever à 2h du matin avec les psaumes en disant la première phrase de… la Amida : « Eternel ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange »

Mes frères aussi.

Frère Symphorien qui avait perdu son œil en défendant le bunker d’Hitler à Berlin, Division Charlemagne, après la campagne de Pomeranie, converti sur l’échafaud, il accueillait les sdf et autres routards.

Frère Jean Volot, patron de la résistance, devenu prêtre ouvrier et graisseur incognito sur un navire sous pavillon de complaisance, débarqué en 54, pôle nord avec Paul Émile Victor puis McMurdo en Terre Adélie. Un jour je les ai séparés.
J’ai croisé un jésuite torturé par Pinochet (« ils disaient que nous n’étions pas des hommes ») qui avait pardonné son bourreau rencontré dans la rue, nos frères en mission avaient été enterrés vifs ou tués à coup de baton par les Khmers de Pol pot formés à la Sorbonne, attachés avec des barbelés en Haïti.

J’ai vu frère Jean, 70 ans, perdre la foi pendant 15 ans et continuer de se lever pour les 7 prières de la journée. J’ai creusé les tombes dans le sol verglacé, essuyé les yeux de parents dont les deux enfants s’étaient suicidés, recueilli le souffle de Roberto un sdf, premier prix de piano à Tanger passé par LA (« Marche, ne t’arrête pas traverse la ville… sinon les gens du foyer de nuit vont te tuer »), homo, les années sida. J’ai vu des gens pleurer de joie en retrouvant l’Eternel. Le grand pardon. J’ai rencontré Tendzin Gyatso le Dalai Lama à Toulouse en 94. Appris à battre le tam tam en tronc de baobab  avec mes frères d’Afrique arrivés de la brousse équatoriale. Un envoûtement.

Il y a plein de manières de vivre, on ne peut pas juger, et nous ne sommes que des mendiants.

Quand je suis arrivé je faisais 50 kg. Ils m’ont donné de la dynamite et un marteau piqueur :  » Tu creuses une tranchée dans le granit de 1m× 2m de fond… sur 50m ». Je l’ai fait sous le soleil et l’hiver mes doigts ont éclaté à cause des engelures. Peu restaient.
Uniquement des hommes exceptionnels et extrêmes. Des combattants.


Aujourd’hui les gens vivent dans des cocons standardisés. Que peuvent-ils savoir de la réalité ? De D.ieu ? De l’humain ? De la fraternité ?

Ils sont comme ces oiseaux en cage qui tressaillent en voyant passer des oiseaux migrateurs à l’automne puis se rendorment.

Je vais recommencer à m’asseoir en silence.

Pourquoi l’amour est sans condition

« Tout amour qui est gagé sur une condition, lorsque la condition n’est plus remplie, l’amour s’éteint ; et celui qui n’est gagé sur aucune condition dure pour l’éternité. »
כָּל אַהֲבָה שֶׁהִיא תְלוּיָה בְדָבָר, בָּטֵל דָּבָר בְּטֵלָה אַהֲבָה, וְשֶׁאֵינָהּ תְּלוּיָה בְדָבָר, אֵינָהּ בְּטֵלָה לְעוֹלָם

Pirkei Avot 5, 16. 2ème siècle
Rembrandt, La fiancée juive, Rijksmuseum , Amsterdam, Photo Didier Long


« L’homme commence par s’aimer lui-même, parce qu’il est chair et qu’il ne peut avoir de goût que pour ce qui se rapporte à lui; puis, quand il voit qu’il ne peut subsister par lui-même, il se met à rechercher par la foi, et à aimer D.ieu, comme un être qui lui est nécessaire. Ce n’est donc qu’en second lieu qu’il aime D.ieu; et il ne l’aime encore que pour soi, non pour lui.

Mais lorsque, pressé par sa propre misère, il a commencé à servir D.ieu et à se rapprocher de lui, par la méditation et par la lecture, par la prière et par l’obéissance, il arrive peu à peu et s’habitue insensiblement à connaître D.ieu, et, par conséquent, à le trouver doux et bon

enfin, après avoir goûté combien il est aimable, il s’élève au troisième degré; alors, ce n’est plus pour soi, mais c’est pour D.ieu même qu’il aime D.ieu. Une fois arrivé là, il ne monte pas plus haut

et je ne sais si, dans cette vie, l’homme peut vraiment s’élever au quatrième degré, qui est de ne plus s’aimer soi-même que pour D.ieu. Ceux qui ont cru y être parvenus, affirment que ce n’est pas impossible; pour moi, je ne crois pas qu’on puisse jamais s’élever jusque-là, mais je ne doute point que cela n’arrive. »

Bernard de Clairvaux, Traité de l’amour de D.ieu, 12ème siècle

Dans un traité de droit talmudique écrit en Languedoc au XIIe siècle, les Maîtres de l’âme, Abraham Ben David de Posquières (l’actuelle Vauvert), pose la question du désir et du rapport amoureux . En fondant l’authenticité de ce rapport sur l’intention, il esquisse une philosophie du couple visant à préserver la personne dans l’être désiré, à éviter de l’instrumentaliser à des fins de jouissance égoïste.

Note sur les marranes d’Iran à partir de la généalogie des Mojdeh

Une dame m’a demandé de faire une recherche sur le patronyme de ses ancêtres iraniens.
Je suis remonté dans une histoire marrane étrange, à la recherche des Modjeh ou Mozhdeh qui ont fui aux Etats Unis et partout ailleurs dans le monde à la révolution iranienne.

MARRANES D’IRAN

Il y a eu en Iran un phénomène marrane. Ces marranes ont comme les séfarades (« Espagne » en hébreu) pris le nom d’anousim en hébreu (forcé, violé). « anousi » en persan. Leur persécution aux 17ème et 18 ème siècle est racontée par un poète juif Babaï Loutf de la ville de Kachan et par Babaï Farhad  (son petit fils ou arrière petit- fils) dans leurs chroniques poétiques. Celles-ci enveloppent la réalité historique dans un récit poétique parfois proche de la Meguilah d’Esther.

Un récit qu’il faut lire entre les lignes, comme toute littérature en temps de répression, un récit forcément partisan qui raconte les conversions successives des juifs de Perse à l’Islam sous les shah Abbas 1er qui régna de 1590 à 1629, et Abbas II qui régna de 1632 à 1666.

Car ce ne sont pas une mais des persécutions qui ont eu lieu en Perse aux 17ème et 18ème siècles où le statut précaire des juifs dans un monde musulman chiite, protégé par les mollas fut remis en cause par les vizirs et les fonctionnaires jaloux de leurs prérogatives, dans un monde musulman, qui les tolérait mais les utilisait.

La conversion des juifs ne fut pas là comme en Espagne un problème religieux principalement mais eut d’abord un mobile politique . La conversion de façade à l’Islam comme la raconte Maimonide dans son épitre au Yémen, un islam qu’il a probalement pratiqué à Fès sous le régimes des Almohades qui ne passaient pas pour des tendres… ne touchait pas profondément l’adhésion intellectuelle ou la foi juive.

Entre ces ‘conversions’ forcées juifs reviennent à la première occasion à leur foi ancestrale.


Ligature d’Isaac. Plat iranien du 18ème siècle. Collection DL.

(On remarque le soleil et le Lion en arrière-fond, symbole de l’Iran qu’on retrouve sur les drapeaux de l’Etat. comme si un keroubim s’était emparé du couteau d’Abraham, qui est glaive du drapeau perse, tout se passe au gan Eden dont il est bien connu qu’l est gardé par un kéroubim avec un glaive de feu, ces lions à tête d’homme qu’on trouve dans les temples babyloniens et perses)

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