« Les juifs en Corse ? C’est de la pipette, un mythe ! Ils n’ont jamais existé »


Les juifs en Corse, un mythe ? 

Corse

Le matin de Roch Achana de l’an 5778, Corse Matin a décidé de nous faire savoir, sous la plume d’un certain Ghjilormu Padovani, son chef d’agence à Ajaccio comme on peut le lire dans l’édition papier de Settimana  (gpadovani@corsematin.com) (voir tout en bas), que les juifs en Corse étaient un mythe à détruire : « Les juifs en Corse, la destruction d’un mythe »… on passe sur les fautes d’orthographe…

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Et par un malheureux concours de circonstances on trouve en dessous de ce titre qui appelle à la « destruction » la photo de la synagogue de Bastia avec un homme de notre communauté en train de faire la bénédiction pour mettre son châle de prière. Il est l’un des descendants des 744 juifs arrivés à Ajaccio en 1915… qui n’ont rien d’un « mythe » mais font partie de la société Corse où ils sont nés après y avoir été accueillis par toute la population dont les admirables instituteurs d’Ajaccio de l’époque qui ont pris sur leur propre paie pour les vêtir…
Puis on lit : « la forte influence des juifs en Corse est historiquement fausse »… ce qui peut bien-sûr être débattu… mais ce qui est absolument certain c’est que le vocabulaire sur « l’influence » des juifs dans une société est clairement situé historiquement et politiquement pour qui les mots ont un sens…. Il faut dire que rappeler aux juifs leur place marginale dans la société pour mieux en souder une identité imaginaire avec des arguments fantasmagoriques est une constante depuis… Augustin d’Hippone !

L’article papier continue sur le même ton avec l’intertitre : « Vous êtes juif ? ». On comprend peu à peu qu’ Il s’agit de faire comprendre au lecteur que la Corse serait la seule île de la méditerranée sans « influence juive » en s’appuyant sur le mythe de noms purement locaux et un historien très respectable mais qui n’est en rien un spécialiste des marranes. Il s’agit donc de « détruire le mythe », mais pour établir quel autre ?…

90% des noms Corses se retrouvent en Italie…

En réalité, en dehors de quelques occurrences rares, les noms « uniquement corses » sont pour le coup un vrai « mythe ». 90% des patronymes corses se retrouvent à Gênes et en Italie d’où bien souvent ils proviennent… Si l’on examine les 100 noms les plus fréquents dans l’île (entre 100 et 700 inscriptions dans l’annuaire corse) seulement une dizaine d’entre eux sont absents ou très rares dans l’annuaire italien (moins de 10 inscriptions). Inférer ou non de la présence ou non de patronymes d’origine juives pour en tirer des conclusions définitives sur « les juifs en Corse » et leur « influence » est donc juste une plaisanterie en dehors d’un vrai travail généalogique comme je l’ai montré dans Mémoires juives de Corse. De plus il est faux de dire que tous les noms Corses sont des prénoms, je viens d’un village où il n’y a que des Valli (ma famille), des Tafani (les taons) et des Galluchi (les coqs)…

L’article ferraille contre le mythe juif à partir des patronymes sans aucune preuve. Il y a bien eu des Padovani à Livourne et dans les communautés juives italiennes comme beaucoup d’autres noms juifs tirés de villes : Padovani, Padova, Massa, Rogliano, en Ligurie, etc… Il suffit de consulter les archives juives (voir ci-dessous) pour le savoir, on y trouve de nombreux Padovani dont l’un d’eux Elishama Meïr est rabbin de Bozzolo en Lombardie en 1816-17, un autre Mosé est rabbin à Massa entre 1763 et 1768… d’autres à Livourne. Ajaccio a été fondée l’année de l’expulsion en avril 1492 par la banque Saint Georges avec des familles venues de la Riviera ligure et on trouve dans la région des Padovani. Pour le seul XVIIIe siècle la liste des seuls rabbins est impressionnante :

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Source : Asher Salah : Rabbins, écrivains et médecins juifs en Italie au XVIIIe siècle.

Le village de Zucharello… que l’article pense typiquement Corse (il existe en fait aussi une montagne qui s’appelle ainsi)… est en fait aussi un petit village médiéval de Ligurie.

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La répétition des noms de villages en Italie et en Corse peut être soit une évolution parallèle d’un même phonème sur les deux bords de la méditerranée ou… la réplique d’un village par des migrants qui en étaient issus. C’est ainsi que fut fondée Ventimiglia la Nuova (la nouvelle Vintimille), Porto Vercchio, par des habitants de Ventimille et des villages de la côte Ligure en 1578. (voir ici, en italien). Il est probable que Rogliano en Corse soit dans le même cas. La ville de Rogliano dans les Abruzzes abrite des juifs depuis le Moyen Age (XIe siècle) et certains Rogliano en Corse savent qu’ils viennent d’Italie au XVIIè siècle.

Quant aux Giacobbi il faut savoir qu’au XVIe siècle de nombreuses personnes en Italie comme Jacopo de Barbari (1445-1516) s’appelaient Jacob, tout en étant parfaitement chrétiens !… Donc l’équation Jacob = Juif, est juste une anachronisme ou un amalgame qui court dans certains milieux… ou une blague de Louis de Funès dans Rabbi Jacob.

On pourrait discuter à perte de vue… comme je l’ai montré dans mon livre Mémoires juives de Corse… dont l’auteur ne semble même pas avoir entendu parler après son 5ème tirage ! … les noms ne prouvent rien en dehors d’une généalogie ou de traditions familiales pas forcément nommées ni immédiatement reconnaissables comme juives.

Plutôt que d’inférer du latin le mieux serait donc quand même de demander aux Giaccobi eux-mêmes… une dame Giacobbi allumait les bougies le vendredi soir m’a confirmé mon ami André Campana… et toutes ces personnes soit disant « mythiques » venaient voir le président de la communauté juive de Bastia en déclinant leur « origine juive »… il y a 70 ans au moment des élections… et non pas « à une trentaine d’années tout au plus » comme croit le savoir notre article. Il est vrai que la politique en Corse tient parfois du mythe !

La longue mémoire juive de Corse

J’ai montré que les homophonies de patronymes ou les noms de lieux ne ‘prouvaient’ rien sans la généalogie, les rites et les traditions familiales, culinaires, etc… et que les coutumes d’allumer des bougies le vendredi soir, de graver des maguen David sur les outils de berger dans le Niolu (photo), de ne pas se faire photographier, de ne pas compter les gens, d’offrir des cédrats aux alentours de Souccot, le sceau de Salomon et les traditions des bergers du Niolu de calendrier lunaire (U Contu di Salumone), le fait de poser des pierres sur les stèles à la vierge, de couvrir les miroirs dans la maison d’un défunt, etc … ces rites typiquement juifs se portaient fort bien en Corse… ils sont bien plus précis que d’obscure versions latines de noms improbables ou des étymologies imaginaires… surtout ils racontent une influence métissée de mémoires juives dans la culture de notre île que la population connait, qu’un juif pratiquement reconnait immédiatement, et dont les « historiens » devraient se saisir comme des faits à expliquer.

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Joug de boeuf du XIXè siècle, Niolu, Segnu di Salomone

A moins qu’on renonce au roi Théodore[1] et à Pascal Paoli qui vivaient en amitié avec les juifs à Livourne, Londres puis en Corse (Le roi Théodore meurt chez un boutiquier juif à Londres en 1756) au point de les appeler dans l’île pour y créer une market place; à moins qu’on ignore le rôle des juifs et des corses dans le commerce du corail en méditerranée (voir lettre de Boswell à Paoli), à moins qu’on ne qualifie de mythe le fait que la Corse n’aie pas donné de juifs aux nazis en 40 (un seul par erreur). A moins que je ne jette à la poubelle toutes les émouvantes lettres de témoignages qu’on suscités mes livres, on aura du mal à penser un corse sans les juifs… la généalogie de la lente formation de l‘âme corse, maintenant que nous avons perdu la mémoire orale de nos anciens qui plongeait dans le nuit des temps, me semble tout au contraire d’un intérêt capital si nous ne voulons pas mourir comme Nation. La vraie mort c’est l’oubli dit l’Izkor (souviens-toi) à Kippour.

« En lisant ce qui suit (un commentaire de la paracha Chekalim sur mon blog qui dit qu’il est interdit chez les juifs de compter des hommes) j’ai été surpris et ça m’a rappelé un évènement qui m’était arrivé quand j’avais 10 ans environ :

Nous étions à Evisa dans les années 50 et la famille, mon père, ma mère, ses sœurs, mes cousins et cousines, mes frères et sœurs étaient réunis chez ma Grand’mère, Zia Antonietta Colonna… épouse de mon grand-père Etienne Ceccaldi. On devait mettre le couvert autour de la grande table et il fallait compter le nombre de convives pour mettre les couverts en nombre suffisants. Et je me suis mis à compter en pointant les participants du doigts… « Un, deux, trois, quatre, cinq… » à 5, ma grand-mère m’a arrêté et elle m’a dit très exactement « ce que tu comptes ce sont des humains et pas de moutons, on peut compter les moutons… mais les hommes on ne les compte pas car ils sont … d’une nature différentes des animaux et des objets… »
J’ai à l’époque cru que cela relevait de la superstition, avant d’en comprendre tout le sens profond.

Cordialement
Etienne CECCALDI

Le fait est que grâce à Internet, aux témoignages, la mémoire juive de Corse se réveille, des associations se créent, des gens s’intéressent à notre histoire pas si étrange et parfois la mémoire de notre île revient. Et cela devrait interroger n’importe quel homme ou femme un peu éveillé.

L’anamnèse de la mémoire

La Corse n’a rien d’une exception. Ce réveil d’une mémoire juive enfouie, marrane, est d’une telle ampleur de par le monde (Brésil, Mexique, Majorque, Sicile, Calabre…) qu’un Institut universitaire s’est créé en Israël à Netanya pour le suivre l’Institute for Sefardi and anoussim Studies. Je dois dire que depuis mes Mémoires juives de Corse beaucoup ont pris cette piste et remontent leur propre histoire. De fait, on ne voit pas par quel miracle la Corse serait la seule île de la méditerranée qui n’aurait jamais vu un juif… et comme partout il y a eu des mélange et une assimilation des marranes. Leur réveil au bout de plusieurs siècles comme au Brésil ou à Majorque est banal.

Marranes

Communauté Marrane, Brésil, août 2017

Je comprends que cette mémoire juive finalement peu nombreuse mais bien réelle soit déstabilisante. Mais après tout on peut fort bien chanter avec ferveur le Salve Regina tout en admettant que la personne invoquée est une juive du nom de Myriam. La plupart des textes qui sont lus partout dans les églises de Corse chaque dimanche depuis au moins le XIIème siècle sont des textes originaux en hébreu écrits par des juifs qui parlaient l’araméen une langue cousine de l’hébreu et que nous parlons encore dans certaines prières comme le Kaddish que nous n’avons pas « perdu » comme le croient les journalistes du Monde.

Gênes et les juifs

La Corse a été colonisée par Gênes pendant 4 siècles de 1358 à 1768 … et ces 4 siècles sont aussi ceux de la persécution et de la fuite des juifs d’Espagne en 1391, 1492 puis jusqu’au XVIIème siècle… de cette Sefarad (Espagne) où vivait un demi-million de juifs. On ne peut pas lire l’histoire de Corse comme celle d’une île fermée où se serait constituée une identité immuable. Il suffit de se plonger un peu dans les archives de Gênes pour comprendre que notre île était au croisement des grands empires, Turcs, Génois ou Aragonais depuis le Moyen Age… Les drapeaux Corse ou Sarde portent la trace de cette influence aragonaise (tête de maure) sur toute la méditerranée. Il se trouve que Calvi, Bastia, Ajaccio fondée en 1492, Bonifacio… furent remplis de génois et donc très probablement de conversos en fuite qui arrivaient d’Espagne à Gênes et en Ligurie alors que de nombreux Corses étaient soldats en Italie. Tout se passa via la Banque Saint Georges qui administrait la Corse, contrôlait les flottes (Yosef haCohen dans La Vallée des larmes en 1560 nous confirme le rôle clé des marins génois dans le transfert des juifs). Gênes était le banquier des couronnes de Castille et d’Aragon. On chassa alors les juifs pour consolider une identité nationale peu assurée d’elle-même…

Désormais les témoignages affluent et des historiens sérieux devraient se pencher sur ce sujet. La Nation Corse et son âme sont riches de multiples influences et c’est ce qui en fait toute la puissance. « La Corse fabrique des Corses » dit Edmond Simeoni très justement. Des associations comme Terra-Eretz s’emploient à renforcer les liens entre la Corse et Israël, et, il me semble que les peuples Juif et Corse, si particuliers, devraient au contraire, comme ils l’ont fait tout au long de leur longue histoire, développer plutôt leur fraternité.

La version papier du journal nous promet la suite du feuilleton dans un article le 29 septembre… Le jour où commence Kippour.

Corse matin

[1] Quand le 15 mars 1736 Théodore de Neuhoff débarque à Aléria il a promis aux juifs de Livourne et de Tunis de pouvoir y construire leur propre ville

Chana Tova 5778 !


Chana Tova

Un repas en forme de jeux de mots

Le soir pour le Seder (« ordre » : repas rituel) nous allons manger divers mets : dattes, haricots blancs, poireau, betterave, courge, pomme au miel…

Le Talmud, (Kreitot 6a), rapporte au nom de Abayé : « on consommera, le jour de Roch Hachana, Kra VéRoubia, Karti, Silka, Vétmaré ». De nombreuses traductions ont été données à ces différents aliments ; entre autres, respectivement : citrouille ou courge, haricots ou trèfles, poireau, betteraves ou épinards, et dattes.

Il s’agit comme dit le livre d’Ezéchiel  :

« Et il me dit:  »Fils de l’homme, mange ce que tu trouves là, mange ce rouleau et va parler à la maison d’Israël. » J’ouvris la bouche, et il me fit manger ce rouleau. Et il me dit:  »Fils de l’homme, tu nourriras ton ventre’ et rempliras tes entrailles de ce rouleau que je te donne » ; je le mangeai et il devint dans ma bouche aussi doux que du miel. »… Et l’esprit m’emporta et j’entendis derrière moi le bruit d’un grand tumulte:  »Bénie soit la gloire de l’éternel en son lieu! » » (Ez 3, 1-3)

Dans Manger le livre: Rites alimentaires et fonction paternelle, mon ami Gérard Haddad raconte ce que signifie cet étrange rite :

« Au cours de ce repas, on consomme symboliquement une série de mets. C’est le déchiffrage de ce « repas totémique » qui va me mettre en présence d’un phénomène inattendu : à savoir qu’il y a une opération psychique, à peu près jamais vue, à savoir que l’homme mange de l’écriture. Tous ces fragments d’épinards, d’ail, de datte, etc., n’ont pour rôle que d’apporter les phonèmes de leur nom. »

Nous allons donc manger des mets et des mots :

Les « dattes », (תמרים), liées au mot תם : « terminer » on dit donc la malédiction : qu’il y ait une fin à nos ennemis, ceux qui nous haïssent et tous ceux qui nous veulent du mal. (dans la pensée juive les « ennemis » sont autant les malfaisants qui nous guettent que nos mauvaises pulsions)

Les petits haricots blancs (רוביאלוביא), liés aux mots רב : « nombreux » et לב : «cœur»… pour que nos mérites se multiplient et que Tu nous prennes à cœur.

Le « poireau » (כרתי), lié au mot כרת : « couper », « abattre (un arbre) »… pour que soient abattus nos ennemis.

Le mot « Betteraves »(סלקא) est lié au mot סלק  qui signifie « partir », « disparaître » … pour que disparaissent nos ennemis.

La « courge » (קרא) liée au mot קרע : « déchirer » et aussi קרא : « annoncer », « énoncer »… pour que le mal de notre verdict soit déchiré, et que nos mérites soient énoncés devant Toi..

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La « grenade » aux supposés 613 grains (autant que de préceptes-misvoth de la Torah)… pour que nous soyons remplis de mitsvot comme la grenade [est remplie de grains].

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La « pomme et le miel » (תפוח בדבש) …pour  une année bonne et douce comme le miel. 

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Et enfin l’étonnante tête de poisson ou de bélier… un jeu de mot à elle toute seule en cette tête (rosh) de l’année (ha Shana) alors qu’on dit : « Puisse être Ta volonté, Éternel notre D.ieu et D.ieu de nos pères, que nous soyons à la tête et non à la queue. » … cf. les premiers seront les derniers etc…

Étrange midrash alimentaire, étrange rite paternel du judaïsme qui nous renvoie à la voix originaire.

‘Lorsque les Israélites se saisissent de leur chofar, le Saint béni soit-Il, change de trône: il quitte celui du jugement pour occuper celui de la miséricorde’

La Mitsva est d’écouter le Chofar à a synagogue le jour de Roch Achana. Le chofar est cette corne de berger (corne de bélier) qui permet, comme en Corse, d’appeler le troupeau pour le rassembler. Il s’agit de retourner (techouva) vers D-ieu au sens physique et spirituel.

Yom Terua’h (le jour de la sonnerie) ainsi que l’appelle le Torah, Roch Achana, marque le premier des 10 jours redoutables entre Roch Achana et Kippour, le 1er des 10 jours de repentance. Le Chofar appelle à la repentance, la techouva.

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« Bienheureux le peuple qui connaît le Son du Chofar ! Ils marchent, ô Éternel, à la Lumière de Ta face ! » (Psaume 89, 16)

Le livre des Nombre 10, 9 dit que D-ieu se souvenait de son peuple Israël engagé dans le combat lorsqu’il percevait le son du chofar… Et le midrach (Lévitique rabba 29, Genèse rabba 56 et Rosh Achana 16a) commente:

“Juda bar Nahmani a commenté en ces termes, au nom de Resh Laqish:  Elohim monte en fanfare (teru’a), YHWH au son du cor (shofar) (Ps 47, 6). Lorsque le Saint béni soit-il monte pour prendre place sur le trône du jugement c’est pour rendre un verdict, ainsi qu’il est dit: Dieu monte en fanfare… Mais lorsque les Israélites se saisissent de leur chofar, le Saint béni soit-Il, change de trône: il quitte celui du jugement pour occuper celui de la miséricorde, ainsi qu’il est dit: D-ieu (monte) au son du cor. Son cœur est empli de miséricorde et il leur pardonne. Quand cela a-t-il lieu? Le premier jour du 7ème mois.”

Le soir de Roch Achana nous faisons Tachlikh : nous jetons un caillou dans un cours d’eau. Ce sont nos péchés.

“Elohim monte en fanfare (teru’a) Achem au son du cor (chofar)” (Ps 47, 6)

 

Pray for Florida !


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D’où viennent les Selihot ? Un manuscrit de Selihot du 9ème siècle dans la « bibiothèque murée » de Dunhuang en Chine


Le plus ancien manuscrit babylonien de Selihot
9ème siècle, grotte de Mogao, Chine.

Quand le sinologue Paul Pelliot arriva aux grottes de Mogao en Chine le 25 février 1908, un coin désertique en bordure du désert du Gobi, il était loin d’imaginer qu’il découvrirait dans ce monastère tibétain sur la route de la soie dans la vallée aux mille bouddhas et aux 492 temples bouddhistes un véritable trésor de manuscrits écrits en chinois écrits du IVe au XIVe siècle , en tibétain, en ouïghour, en sogdien, en sanscrit et en hébreu.

Vallée de Mogao

En février-mars 1908, Pelliot achète pour 500 tael (100 euros) à un moine taoïste, une partie des manuscrits de Dunhuang. Celui-ci les avait découverts dans la grotte murée n° 17 des grottes « des mille bouddhas » de Mogao.

Parmi eux on trouve ce manuscrit des Selihot du 9ème siècle. Sans être allé là bas je connais un peu le bouddhisme tibétain pour avoir échangé pendant huit ans avec des moines de  l’école Karma Kagyu et rencontré le Dalaï Lama à Toulouse en 1994 ( une photo que j’ai faite à l’époque)

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DL Moine

Une photo de moi à l’époque

Tandis que la tradition des piyyoutim se développe autour des académies de Galilée le rituel des Selihot (supplications) apparaît dans le Seder  (« Ordre », Rituel ) du Gaon Amram ben Sheshna,  (mort en 875) chef de l’académie  de Soura à la fin du 9e siècle. Cet ouvrage est une responsa aux académies d’Espagne sera la base des sidourim de Maïmonide et de Saadia Gaon et des sidourim  séfarades et ashkénazes.

S’appuyant sur l’autorité de son prédécesseur Cohen Tzedek ben Abimaï, Amram prescrivit au départ de réciter les seli’hot au petit matin des dix jours redoutables (entre Roch Achana et Kippour), une tradition qui s’est étendue au mois d’Elloul dans le monde séfarade.

 

 

« Si la relation sexuelle n’est pas accomplie avec beaucoup de désir, d’amour et de liberté, la Chekhina (présence divine) n’y est pas présente » (Cabbale, 13ème siècle)


Kosher Sex

Quel est le « secret » de la relation conjugale ou plutôt de l’union sexuelle des conjoints ? C’est le sujet de l’ Iggeret ha-Qodech, la Lettre sur la sainteté, écrite non pas par Nahmanide comme on le dit parfois, mais plus probablement par Rabbi Joseph ben Abraham Gikatila (1248-1325), un éminent cabaliste disciple d’Abraham Abulafia, en Castille vers la fin du 13eme siècle. Nous avons déjà parlé de Joseph Gikatila  à propos du mariage juif.

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Rembrandt, la fiancée juive, Photo Meïr Long, Rijksmuseum, Amsterdam

Connue sous d’autres titres, notamment « Les Relations de l’homme avec sa femme » ou encore « Le Dais nuptial », cet opuscule qu’il était de coutume d’offrir aux nouveaux mariés est l’un des plus beaux textes de la Tradition juive sur le couple. Un des plus mystiques aussi.

L’ Iggeret ha-Qodech expose en six chapitres le « secret » (sod en hébreu) de la relation conjugale ou plutôt de l’union sexuelle des conjoints. Lire la suite de « « Si la relation sexuelle n’est pas accomplie avec beaucoup de désir, d’amour et de liberté, la Chekhina (présence divine) n’y est pas présente » (Cabbale, 13ème siècle) »

« Quand il voit que le monde est si coupable et qu’il mérite la destruction, l’Eternel se déplace Lui-même du trône de la Justice à celui de la Miséricorde » (Talmud)


Nous sommes entrés ce mardi soir dans le mois d’Elloul qui nous conduit à Roch Achana et aux 10 jours redoutables. C’est la période des Selihot (de sliha’, « pardon »), dites avant l’aube.

Au cœur de nos ténèbres

Un jour j’ai vu mon maître pleurer et ne pas arriver à finir de prononcer ces mots un jour de Kippour, les mots d’une prière qu’on appelle le Vidouy qui consiste à énumérer ses fautes. Il les disait pour nous tous en cet instant.

L’ambiance de ce moment où nous étions solidaires et anéantis autour de ce vieil homme est resté à jamais gravé dans mon esprit. Massé Avot… siman levanim.

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Une autre fois j’ai vu une femme russe se faufiler comme une ombre et prier contre le kotel, dans le fouilles (Photo DL).  Il y avait chez elle une intensité extrême. Elle faisait littéralement « exister D ». Personne ne sait prier et c’est toujours « la  première fois ». Lire la suite de « « Quand il voit que le monde est si coupable et qu’il mérite la destruction, l’Eternel se déplace Lui-même du trône de la Justice à celui de la Miséricorde » (Talmud) »

Sur la piste des bergers corses dans le Niolu et en Castagniccia : témoignages de la mémoire marrane


אֶשָּׂא עֵינַי, אֶל-הֶהָרִים–    מֵאַיִן, יָבֹא עֶזְרִי. Je lève les yeux vers les montagnes, pour voir d’où me viendra le secours.
יְהוָה שֹׁמְרֶךָ;    יְהוָה צִלְּךָ, עַל-יַד יְמִינֶךָ. C’est l’Eternel qui te garde, l’Eternel qui est à ta droite comme ton ombre tutélaire.
  יוֹמָם, הַשֶּׁמֶשׁ לֹא-יַכֶּכָּה;    וְיָרֵחַ בַּלָּיְלָה. De jour le soleil ne t’atteindra pas, ni la lune pendant la nuit.

Psaume 121

« C’est le Niolo, la patrie de la liberté corse, la citadelle inaccessible d’où jamais les envahisseurs n’ont pu chasser les montagnards … Quand on lève les yeux vers les crêtes, on s’arrête ébloui et stupéfait … Le ciel au-dessus semble violet, lilas, décoloré par le voisinage de ces étranges montagnes. »

Guy de Maupassant, Un bandit corse – 1882

Témoignages de croyances marranes dans le Niolu et en Castagniccia

niolu

Voici ce que m’ont confié deux bergers du Niolu : Antoine et Manuel qui se reconnaîtront. Les photos sont de l’un d’eux. Je les remercie avec une immense gratitude.

Peu à peu les pièces du puzzle de la mémoire juive profonde de Corse s’assemblent… avec le Niolu on est au cœur de la mémoire et de l’âme Corse, fragments de mémoire.

Carte

Casamalccioli, les maguen David de la Santa di Niolu

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Casamalcioli, Niolu

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