Ghetto de Varsovie : le projet Oneg Chabbat

En octobre 1939, Emmanuel Ringelblum, historien, bientôt enfermé dans le ghetto de Varsovie entreprend de rassembler des documents montrant pour l’histoire le sort des juifs de Pologne, l’histoire vue par eux.

Il constitue autour de lui un groupe de bénévoles qui se donnent pour nom de code Oyneg Shabes : « Joie du sabbat », en Yiddish. Ils sont historiens, sociologues, économistes, éducateurs, peintres écrivains, poètes, en sorte qu’aucun domaine de la vie ne puisse être ignoré. Ils écrivent à perte de vue ce qui leur arrive, récupérent des poèmes et des lettres des affiches de spectacle au ghetto…

Sentant l’imminence de la fin, les archivistes réussissent à cacher des milliers de documents dans des bidons de lait ou des boîtes en fer-blanc avant de les enterrer.
Ringelblum, sa famille, et la grande majorité des quelque soixante membres de ce réseau, sont exécutés avant la fin de la guerre. Cependant, en pleine Shoah et jusqu’au printemps 1943, le groupe a réussi à travailler d’arrache-pied pour écrire la chronique de la disparition de la Yiddishkeit.

Après la guerre, deux caches d’archives furent découvertes en 1946 et 1950; la troisième cache n’a jamais été retrouvée. Les archives du Oneg Chabbat restent la plus grande collection de documentation juive rapportant de manière systématique le sort des Juifs sous la domination nazie.

Merci Babeth Ariane Zweibaum pour ce documentaire de Nancy Spielberg. Réalisatrice Roberta Grossman, d’après le livre de Samuel D. Kassow.

Zakhor et Yom HaShoa !

La conférence de Pangloss : « Crise de la morale, morale de la crise »

J’ai retrouvé le manuscrit d’une conférence donnée en 2013 intitulée « Crise de la morale, morale de la crise ». Ces lignes retranscrivent mes échanges avec les membres du club Pangloss, un cercle privé de dirigeants des secteurs de l’économie, de l’Etat et des collectivités territoriales, à Paris, au cours de l’hiver 2013.

J’y parle de 2 crises :

  • celle de la Civilisation du capitalisme (Schumpeter)
  • celle de la Globalisation

Il me semble que les débat politique actuel qui a vu émerger un rapport de force entre les « populismes » et les élites mondialisées est d’abord le fruit d’une crise spirituelle qui a fait passer la fraternité humaine au second plan alors que l’économie pilote le jeu en mode pilote automatique.

Je n’ai jamais publié ces lignes mais en les relisant je me dis que leur inactualité les rend actuelles.

Solenzara, d’Enrico Macias à Iggy Pop

Comment est née la chanson désormais mondialement connue « Solenzara » ?

Solenzara c’est d’abord le nom d’un port de plaisance devenu une petite ville balnéaire au nord de Porto Vecchio sur la côte des nacres (on en trouvait à l’époque !)

Hier soir

La chanson qui a pour thème un amour mélancolique s’achevant avec l’été aurait été écrite après guerre par Fernande Jung (?) sur une musique du mandoliniste mais aussi compositeur napolitain pour accordéon Arcangelo Petisi, alias Arc Angels ou encore Marc Angel.

Dominique Marfisi, exilé à Paris pour travailler, comme bien des Corses, inspiré par la nostalgie de l’éloignement de son île écrit Solenzara en 1962.

A Solenzara
O! Chi dolce felicità
A Solenzara
Più bè nun si po sta


Regina alias Pierette Melicucci ( Originaire de Frassetu et décédée en 2021 à 90 ans!) et son mari Philippe Olivieri, de son nom de scène Bruno Baccara, forment un couple de chanteurs corses des années 50-60. Ils sont les premiers interprètes de la chanson.
Enrico Macias, rapatrié d’Algérie, l’entend en passant en Corse en 1966, quelques jours plus tard il la chante dans le monde entier.
Tino Rossi la reprend en 1978.

La musique de la chanson sera reprise par Iggy Pop pour la musique « In The Death Car » qui est est la bande son du film déjanté et poétique : « Arizona Dream » de Emir Kusturica avec Johnny Deep, Jerry Lewis…

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Marine Le Pen et Eric Zemmour, le retour des lépreux

Aujourd’hui en 2022 en France la psychose est sortie des caves, 33% de la population s’apprête à voter pour des partis qui veulent sortir de la Constitution. Des partis qui ont écrit dans leur programme, il suffit de les lire ! que la Constitution pourra être contournée par référendum pour chasser les étrangers, discriminer les musulmans de France ou condamner l’enfant étranger né sur notre sol à ne jamais devenir Français, ce que même la révolution française avait gardé de l’Ancien Régime !

La vieille lèpre biblique qui répète à qui veut l’entendre du mal de son voisin quand il ne vous ressemble pas, en une trentaine d’années à contaminé tout le corps social malade créant une société de défiance et de défis dans une France d’archipels qui s’ignorent.

La dernière ligne droite se passe donc à l’extrême droite dans un inquiétant croisement des courbes entre les deux tours, et il ne tient qu’à nous de ne pas choisir les fantômes du passé français : un historien de café du commerce qui veut rejouer l’Algérie à l’envers ou une mamie à chat kitsch et ses copains directement sortis d’un film en vert et brun. Un salmigondi idéologique hétéroclite, ou des candidats de la droite à la gauche plus ou moins raisonnables.

Job atteint de la lèpre (bishkhin ra’), Gustave Doré

Metsora, le lépreux

Ce chabbat on lira un texte étonnant à la synagogue en cette veille de Pessah, la Pâque juive. La section hebdomadaire (paracha) de Metsora[1]. Metsora, le « lépreux », atteint de tsaraat, la « lèpre ».

Dans cet étonnant épisode on pourrait croire tout d’abord que la lèpre est la maladie infectieuse chronique due au Mycobacterium leprae. Les lois régissant le tsarat qui invitent à chasser la personne du camps, c’est à dire de la socialité, semblent tout d’abord prophylactiques.

Mais alors qu’elle touche d’abord la peau dans le récit avec forces détails bien éloignés du tableau clinique de la lèpre médicale : on s’aperçoit quelques versets plus loin que cette lèpre touche non seulement la peau et les habits mais la surface intérieure de la maison dont il faut gratter le ciment pour le sortir dehors… et curieusement pas les meubles qu’il faut sortir dehors avant observation [2], indemnes eux.

Mieux, le Talmud nous dit que si un jeune marié est déclaré attient de tsaraat, ou bien encore une personne lors d’une fête de pèlerinage, le prêtre n’observera même pas la plaie, car il ne faut pas séparer le fiancé de sa belle ou le pèlerin de sa famille, pour ne pas casser la fête. Et les lois de la tsaraat consistent à isoler le lépreux pour qu’il prenne conscience de son état avant de venir se purifier par des sacrifices et une observation minutieuse du mal. Rien à voir avec des mesures prophylactiques donc.

Nos Sages, jamais avares de bons jeux de mots, ont remarqué que le mot metsora, la lèpre, était la contraction de motsi ra, « celui qui répand la calomnie »[3]. La tasraat ressemblait au lachon ‘hara, la mauvaise langue. Ils nous guident sur la voie de la compréhension.

« Une lèpre blanche comme de la neige »

Nos Sages ont aussi remarqué que lorsque Myriam, la sœur ainée de Moïse et d’Aaron, avaient dit du mal de Moïse à Aaron, le critiquant pour son épouse koushite, c’est-à-dire une Ethiopienne, noire de peau, « Miryam était couverte d’une lèpre blanche comme de la neige. Aaron se tourna vers elle, et voici qu’elle était lépreuse. » (Nb 12, 1-13).

On connait la suite, Moïse jamais avare de compassion « implora l’Éternel en disant : « Seigneur, oh! Guéris-la, de grâce! » » ; Mais l’Eternel, Lui, sembla prendre l’affaire très au sérieux et répliqua avec des mots qu’on n’attendait pas de lui : « Si son père lui eût craché au visage, n’en serait-elle pas mortifiée durant sept jours? Qu’elle soit donc séquestrée sept jours hors du camp, et ensuite elle y sera admise. »

Le danger est donc sérieux.

La lèpre blanche châtie donc celle ou celui qui se moque de la couleur de peau de l’étranger faisant officiellement parti des siens. Il ou elle est exclu du camps, on le met en quarantaine, et il ne peut plus s’approcher de la ‘sainteté’ divine (-« particularité » comme il faut le traduire justement), il est rituellement impur (tamé), non pas sale ou malade, mais ne peut plus s’approcher de la symbolique de l’amour liturgique. Il s’est exclus lui-même de cet amour divin et fraternel. En relation mortifere avec son prochain.

La tsaraat c’est ce mal « intérieur » qui touche toutes les surfaces de la socialité et de la convivialité quand elles sont détournées de leur but fraternel : la peau, l’habit, les enduits intérieurs des maisons… une maladie qui vient de l’intérieur de l’homme et en contamine toutes les surfaces d’interactions sociales ou les peaux qui englobent la convivialité (l’intérieur de la maison). L’impureté rituelle c’est à dire qui empêche de s’approcher de la symbolique spirituelle qu’est la prière est une maladie de l’intérieur de l’âme. Laquelle ?

Quand les rats sortent des caves…

La peste comme analogie de la folie humaine et sociale est bien connue du monde littéraire.

Dans La Peste de Camus, les rats qui sortent des caves racontent moins la peste bubonique à Oran en 1945 qu’une métaphore du nazisme.

Thomas Mann dans La Mort à Venise a longuement réfléchi sur une autre maladie, le choléra. Il répondait à Luchino Visconti que « dans La Mort à Venise tout ce qu’il y a de plus haut est abaissé à devenir décadent » citant le poète Stefan Anton George.

La tasraat c’est quand le ressentiment d’une personne contamine peu à peu son entourage jusqu’à faire de la société un asile de fous, déclenchant l’impensable, la guerre civile, le meurtre entre frères.

Le Lachion Hara’ la « mauvaise langue » rabaisse autrui pour parer à un complexe d’infériorité social au sentiment d’insécurité culturelle, qui fait croire à la personne qu’elle est déclassée, rabaissée… ou l’amène à se percevoir comme telle.

La tsaraat c’est quand le matraquage idéologique pendant des années explique la frustration individuelle par le juif, Mckinsey, ou l’étranger, musulman de préférence, avec force retweet et partages énervés entre frustrés en miroir. Du côté arabe c’est de la faute de l’Amérique du juif de l’occident. Le procédé est le même… On imagine la confrontation de ces deux frustrations.

La grossièreté et la violence prolongent vite l’hystérie; et dans la bagarre collective autrui de danger devient un ennemi puis une cible pour ma petite personne insécurisée qu’il vaut mieux neutraliser d’avance : « un doute, pas de doute ! ». La Paranoïa, miroir amoindrissant, déforme les regards. Peu importe la réalité.

La lèpre moderne

Celui qui se sent éternellement petit et minable voit le monde en rase motte et veut rabaisser son prochain à sa hauteur. La médisance, la mauvaise langue est d’abord une maladie du complexe d’infériorité dont Maimonide, dans une lettre à Al-Afdal le fils de Salah El-Din (Saladin), disait qu’il était à la racine de toutes les maladies mentales :

« Les médecins-philosophes nous ont singulièrement mis en garde contre les méfaits du complexe d’infériorité, et ils ont tracé la voie permettant de traiter ceux qui cultivent un tel penchant jusqu’à ce que ce mal – qui est à l’origine de tous les autres – disparaisse complètement ». (Maïmonide, La Guérison par l’esprit)

Pour Nietzsche, le ressentiment provient de l’incapacité à changer sa propre condition. Il est directement corrélé à l’effacement de la figure symbolique de l’autre, dont évidement l’étranger est l’archétype. Ainsi la fixation pathologique sur un « grand remplacement » est juste un symptôme délirant qui devrait nous alerter… il n’en semble rien.

L’inquiétant spectacle des gens qui hurlent à la fin des meeting de Le Pen ou de Zemmour « On est français, on est français ! » en criant « Mckinsey, Mckinsey ! » comme si la Old Lady du consulting WASP US leur avait volé leur identité de blanc chrétien, fait juste peur.

Le port des étoiles jaunes par des Antivax contents d’eux ou les « morts aux juifs » scandés par quelques écervelés de la « manif pour tous » (ce qui ne fait pas de tous ses participants des petits nazis !), devrait nous alerter.

Si vous dansez devant votre télé en chantant « On est français, on est français »… vous devriez peut-être consulter…

En disant cela je n’oublie pas que l’antisémitisme en France vient d’abord des rangs des islamistes qui, en miroir, ressassent le déclin arabe et voient dans l’islam la solution ! Là encore il s’agit de ressasser la frustration depuis des années et d’y répondre par un coup de force, un messianisme politique. La tsaraat a nouveau.

La tasraat c’est quand la psychose, c’est-à-dire le délire de grandeur nationaliste propulsé par des égos frustrés s’allie à la mythomanie et à la contrefaçon historique pour emmener l’opinion dans un décrochage avec la réalité. L’accusation d’autrui de sa propre violence est une des vielles ficelles des formes paranoïdes de la psychose. Le « retour au réel » en sortie de crise maniaque est parfois violent et les remèdes à ce genre de lèpre sociale difficiles à trouver…

Vladimir Poutine qui considère les ukrainiens comme des cafards et des nazis ou Zemmour qui écoute avec gourmandise traiter son adversaire politique d’« assassin » absolvent d’avance la violence qui se déploierait éventuellement contre leur adversaire et dont ils se disculpent. Le bon vieux mélange de nationalisme et de christianisme accouche en Russie d’un monde dingue, dont Zemmour et Le Pen vantaient les vertus il y a peu, et qui finance le Front National dédiabolisé ! Voulons-nous cela ? Ne vaudrait-il pas mieux ranger les messianismes au placard ?

Pour Zemmour ou Marine le Pen la « préférence nationale » consiste à instaurer une discrimination légale entre nationaux et étrangers pour accéder à l’emploi privé, à la fonction publique, au logement social, à l’hôpital ou aux prestations sociales. L’inscription de cette « priorité nationale » dans la Constitution est antirepublicaine, l’égalité de tous en droit, issue de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, fonde les « droits inaliénables et sacrés » des êtres humains « sans distinction de race, de religion ni de croyance » rappelé dans le préambule de 1946.

Il est probablement temps de sortir de cette idée que nous sommes meilleurs, que notre place dans le concert des nations et la course à la richesse nous a été usurpée par des émigrés qui en réalité prennent le RER B chaque matin pour garnir les emplois dont les Français ne veulent pas, et de revenir au bon sens. De distinguer les musulmans des islamistes. La France, pays riche, est devenue une puissance régionale dans le jeu mondial, c’est un fait. Nous sommes un pays riche, ne devrions-nous pas nous en réjouir et trouver les solutions pour partager et faire grandir de nouvelles générations ?

Le complexe d’infériorité dont nous parle Maïmonide est bien à la racine de toutes les folies. Se sentir « un parmi d’autres » et non pas celui qui sauve, ou est rabaissé, ou est empêché d’accomplir un destin grandiose, est un signe de bonne santé mentale et que la lèpre est dépassée …

Mais quand la lèpre a atteint 33% du corps social, quand les courbes Macron-Le Pen se rapprochent pour se croiser entre les deux tours, ce n’est pas un « accident démocratique », c’est que le peuple l’a choisi. Et il est probable que la quarantaine sera longue et la gueule de bois du retour à la réalité, sévère.

Une dernière histoire, elle se passe dans un coin de l’Atlas algérien, et l’un des héros de Camus dans Le Premier homme dit : “Non, un homme ça s’empêche. Voilà ce que c’est un homme, ou sinon…”.

Didier Long est un ancien moine bénédictin devenu juif, ancien consultant Mckinsey, membre d’une loge du Bnei Brith.


[1] Lévitique 14, 1– 15, 33

[2] Lévitique 14, 36

[3] Reish Lakish dit : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Telle sera la loi du lépreux [ metzora ] au jour de sa purification : il sera amené au sacrificateur » ( Lévitique 14, 2 ) ? Cela signifie que ce sera la loi d’un diffamateur [ motzi shem ra ].

Et Reish Lakish dit : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Si le serpent mord avant d’être charmé, alors quel avantage y a-t-il pour le maître de la langue » (Qohélet 10, 11). Quel est le lien entre le serpent et le maître de la langue ? À l’avenir, tous les animaux se rassembleront et viendront vers le serpent et lui diront : Un lion piétine de ses pattes pour tuer sa proie et la mange ; un loup déchire avec ses dents pour tuer sa proie et la mange. Mais toi, quel avantage as-tu quand vous mordez, car vous ne pouvez pas manger tous les animaux que vous tuez ? Le serpent leur dira : Et quel est l’avantage pour le maître de la langue qui prononce des paroles malveillantes ?

Et Reish Lakish dit : Quiconque prononce des paroles malveillantes augmente ses péchés jusqu’aux cieux, comme il est dit : « Ils ont dressé leur bouche contre les cieux, et leur langue parcourt la terre » (Psaume 73, 9). En d’autres termes, tandis que sa langue marche sur la terre, son péché atteint les cieux.

Talmud Arakhin (Dédications) 15b

ELEGIE POUR EVE MENK BERTRAND par Didier Meïr Long

Eve (Ahva) Menk-Bertrand, Jérusalem.

Rav Haïm Amsellem Arié Tolédano

Il y a 5 ans, dans ton testament, mon amie Eve, tu nous as désignés Arié Tolédano ainsi que moi-même pour dire les élégies de ta levaya. Cet honneur est pour nous la mistvah la plus haute, elle nous oblige.

L’Eternel n’a pas permis que je sois là, à côté de toi en ce jour de soleil à Jérusalem, la veille de Nissan, le mois du renouveau, alors je confie à Arié ces mots d’admiration et de tendresse pour toi Eve, Hava bat Sarah, zikhrona liverarkha, que ton souvenir soit une bénédiction.

Autant te dire qu’à cette heure de confier ton corps à la terre notre cœur est serré. Eternel, viens à notre secours !

Je voudrais évoquer 4 mots qui rappellent ton âme. Et tout d’abord Ratson, la « volonté »

Lire la suite de « ELEGIE POUR EVE MENK BERTRAND par Didier Meïr Long »

LA MEDITATION POUR MIEUX VIVRE ? Didier Long

Une émission d’Antoine Spire
J’interviens à partir de 59′ 37 »

La méditation, pour mieux vivre ? c’est le thème de cette édition de Tambour Battant animée par Antoine Spire avec Hélène Mat. Les trois temps forts de l’émission sont :

1) L’ Entretien avec Sylvie GERMAIN, romancière, auteure de « Brèves de solitude », de « Le vent reprend ses tours » (éditions Albin Michel) et de « Les échos du silence » (Éd. Desclée de Brower)

2) Le Gril, un débat entre Bernard MINVIELLE, historien et théologien, auteur de « Pourquoi la méditation ne suffit pas » (Éd. du cerf), avec Dr Marine COLOMBEL, psychiatre, spécialiste de thérapie cognitive, enseignante à l’université Paris Sud.

3) Et pour terminer la séquence Grands témoins avec Carine BOKOBZA , psychanalyste jungienne et Didier LONG, théologien et écrivain, auteur de « Des noces éternelles, un moine à la synagogue » (Éd. Lemieux) et de « Défense à Dieu d’entrer » (Éd. Denoêl).

Les religions dans la République

Mairie du 16ème hier soir, débat sans concession entre Haïm Korsia , Grand Rabbin de France, Chems-Eddine Hafiz, Recteur de la grande mosquée de Paris, le père Marc Rastoin, Jésuite et grand intellectuel français …
Débat animé par Valérie Toranian directrice de la Revue des 2 mondes. Introduction de Francis Spiner, maire du 16ème.
Organisé par Babeth Ariane Zweibaum et le Bnai’Brith (loges Anne Franck et Hillel).

Une étonnante convergence des points de vue juif, musulman et chrétien éclairés sur la place des religions dans la République, la place et l’honneur dus à la femme, la lutte contre l’extrême droite multiforme, la lutte contre le racisme, contre les radicalismes religieux incultes perfusés de pétrodollars, la justesse de la loi Veil, le ménage à faire par rapport aux abus sexuels dans les religions, la globalisation des religions (Christianisme, Islam)… un dialogue rare.
Une alliance des modérés, pleine de bon sens et d’intelligence, humaine.
La fraternité des enfants d’Abraham à construire inlassablement.
Exclure, opposer, fractionner ? ou construire un monde ensemble ? Avons nous vraiment le choix.
Bientôt live sur Akadem.

Gilles Simeoni,Président de la collectivité de Corse, GR  Haim Korsia, Didier Meir Long, Serge et Béate Klarsfeld, Louis Luciani, Guila Clara Kessous, sur les Juifs en Corse

LA CORSE ET LES JUIFS, La générosité d’un Peuple, le Choix de la vie : Haïm Korsia, Gilles Simeoni, Beate et Serge Klarsfeld, Louis Luciani, Didier Meïr Long, Clara Kessous…

Ce dimanche à Menton l’association Pax Medicalis que préside Daniel Bensoussan a organisé un Colloque en hommage à l’accueil des juifs par les Corses.

Gilles Simeoni, président de la collectivité territoriale de Corse, Le Grand Rabbin Haim Korsia, Louis Luciani– professeur d’histoire et spécialiste du sauvetage des juifs en Corse pendant la seconde guerre mondiale, Serge et Beate Klarsfeld qui ont conclu sur l’ile des justes. On a lu un message d’amitié pour les juifs de l’évêque d’Ajaccio porté par le père Christophe Boccheciampe. Benny et Guy Sabbagh étaient là à l’écran avec le film de Clémentine et du regretté André Campana, via un documentaire intitulé La Corse, île des Justes? et par une lettre de Guy. Guila Clara Kessous, auteure et metteuse en scène Artiste de l’UNESCO a animé tout ce débat.

Notre ami Gérard Lévy, Président de la Communauté de Bastia, la représentait.

Gilles Simeoni, Didier Meïr Long
Gilles Simeoni, Guila Clara Kessous
Père Christophe Boccheciampe, Louis Luciani, Meïr, Camille
Mathieu Messina- Mairie de menton, Père Christophe Boccheciampe, Franck Israël président Régional du consistoire Cote d’Azur, Corse, Yves Juhel, maire de Menton, Gilles Simeoni, président de la collectivité de Corse, Martine Grimaldi- Pax Medicalis, Meïr, Daniel Bensoussan – Pax Medicalis, , Louis Luciani, Guila Clara Kessous, Madame Bensoussan, Camille.
Daniel Bensoussan remet les « Oliviers d’Or » à Gilles SIMEONI et à Beate et Serge KLARSFELD

DIDIER LONG, MEMOIRE JUIVE DE LA CORSE

J’ai ouvert la discussion sur le partie historique à partir de documents inédits pour faire revivre l’histoire :

  • L’arrivée des juifs ou « auparavant juifs » (pour ne pas dire « Nouveaux chrétiens » chassés d’Espagne par l’Inquisition comme les document de Gênes aiment les qualifier) au 16eme siècle
  • la fondation de la Nouvelle Vintimille (Porto Vecchio) par 150 chefs de famille marranes de la côte ligure en 1578
  • l’accueil de 120 familles en Corse au siècle des Lumières sous Pasquale Paoli
  • et enfin les 744 juifs arrivés à Ajaccio en 1915.

Voici ma présentation :

LOUIS LUCIANI, COMMENT LA CORSE N’A PAS LIVRE SES JUIFS EN 1942

On doit à Louis Luciani, professeur d’histoire à Corti, la collecte documentaire dans les archives de Corse qui a permis de montrer comment un système s’est mis en place en Corse entre 1940 et 1945 pour sauver les juifs au nez et à la barbe des autorités de Vichy et faire qu’aucun ne soit déporté. Sans l’appui du préfet Paul Balley et du sous-préfet Pierre Henri Rix par la population aucune de ces opérations n’auraient tout simplement été possibles.

Louis Luciani, professeur d’histoire à Corté, expert de la Corse et des juifs pendant la seconde guerre mondiale

Louis Luciani a montré comment après avoir caché/emprisonné des juifs à Asco dans la montagne et protégé les enfants, Paul Balley et Pierre Henri Rix ont été négocier en mars 1942 avec Bedi Arbel le chargé permanent de la Turquie à Vichy, de vrais faux passeports. Millier de documents vierges aussitôt transformés en faux papiers turcs pour les juifs français de Bastia subitement naturalisés sujets Ottomans… donc intouchables par Vichy.

Les deux compères accueillent avec le sourire les missives de Vichy : « Il n’y a aucun juif en corse! « … « peut-être des touristes, dans les hôtels… ». Chi lo sa ?

Ils seront bien-sûrs trainés dans la boue et menacés par la suite par la presse pétainiste.

BEATE ET SERGE KLARSFELD, L’ILE OU VIVENT DES JUSTES

Beate et Serge Klarsfeld interviewés par le président du Consistoire de la région PACA et par Elie Korchia nouveau président du Consistoire de France en visio ont redit leur admiration pour cette solidarité d’un peuple, de sa population et des représentants de la République fidèles à ses idéaux quand Vichy les avait trahis (ce qui pourrait très bien recommencer…). Ils ont dit que le préfet Balley et de nombreux Corses avaient été des Justes. Et que ces personnes quand on voulait les récompenser disaient qu’elles n’avaient fait que leur devoir et que c’est à cela qu’on reconnait un « juste ».

GRAND RABBIN HAIM KORSIA, ‘L’EROUV’ CORSE

Le Grand Rabbin Haïm Korsia, de son côté, a repris l’histoire de l’accueil et de la protection des juifs en Corse en se demandant comment elle avait été possible. Il a proposé l’hypothèse que la Corse par son insularité définit une sorte de Erouv juif. De quoi s’agit-il ?

Haïm a cité le livre de l’artiste contemporaine Sophie Calle, L’érouv de Jérusalem.

A chabbat un juif ne peut pas porter d’un espace privé à l’espace public, ni l’inverse, ni porter dans l’espace public. Cette obligation qui apparait dès le début du traité Chabbat vise à créer une intériorité, un espace d’accueil des amis pour fêter notre humanité commune. On crée symboliquement de l’intériorité pour aimer D.ieu et son prochain.

Certaines villes ont matérialisé la clôture de l’espace privé en tendant un cordon autour de la ville qui en créant une clôture autour de la ville la transforme en espace privé. Toute personne devient ainsi un proche, une sœur, un frère, un parent.

Haïm Korsia a proposé de partir de là pour penser la Corse et son insularité comme un espace clos mais aussi un espace d’accueil permettant une humanité fraternelle.

Evidement tout le monde s’est demandé ce que ce Grand Rabbin appelé KORSIA avait à voir avec la Corse pour en défendre son peuple avec une telle vigueur… probablement son nom 🙂

GILLES SIMEONI, L’AME D’UN PEUPLE

Gilles Simeoni, a posé la question de peuple Corse et du peuple Juif. En disant que tous les deux étaient des fils de la mémoire. Une particularité assez rare. Il a souligné la complexité de la définition du mot ‘peuple’ en disant à quel point des corses pouvaient se sentir étrangers à quelques kilomètres de villages sur l’île et « Corses » sur le continent, définitivement solidaires. De quelle identité parle-ton ?

Gilles Simeoni a poursuivi en disant que c’était probablement la référence fraternelle à une humanité commune qui transcende les particularités qui a permis de penser (et vivre) l’humain dans la culture Corse. L’accueil de la fragilité du petit, du vulnérable surtout quand sa vie est en grand danger a permis d’unifier le peuple Corse dans une solidarité humaine fraternelle qui s’est manifestée sans faille pendant la seconde guerre mondiale. Cette solidarité est issue des valeurs de la Révélation juive et chrétienne, une tradition orale devenue universelle au siècle des Lumières. Cet héritage humaniste universel porté par Pasquale Paoli et ses compagnons, le premier en Europe à avoir donné le droit de vote aux femmes et à créer une constitution démocratique, permet de fonder un avenir pour le peuple Corse au moment où les peuples européens sont en inquiétude d’identité dans la Globalisation, pour bâtir un avenir solide sur les valeurs d’identité et d’accueil séculaires.

Gilles SIMEONI offre une statue de Pasquale PAOLI à Yves Juhel, maire de Menton, Lucie SIMEONI

« TU L’ENSEIGNERAS A TES FILS » (CHEMA)

L’après-midi a eu lieu une rencontre très émouvante au Jardin de la Paix-Simone Veil. Des discours de de paix et de fraternité afin de lutter contre l’intolérance et l’injustice ont été prononcé par les jeunes du Lycée Pierre et Marie Curie, de Science Po Menton et de l’UEJF. Un hommage extrêmement émouvant et beau qu’a présidé Gilles Simeoni et leur professeure. J’ai ressenti là une vive émotion.

Toutes ces bonnes actions des générations passées ne préfigurent pas de ce que nous ferons de nos vies, nous savons que la violence est toujours possible sur notre ile, mais comme dit le proverbe talmudique appris de mon vénéré maître Haïm Harboun :

Maassé avot siman labanim, « Les actes de père sont un signe pour leurs enfants »,

Puissions-nous être fidèles aux actes sans grandes paroles de nos mères et nos pères et ne pas oublier.

Le soir la Paghjella, ce chant de berger transmis de père en fils entonné par un groupe de chanteurs corses d’Ajaccio Fédeltà nous a ramenés à la profondeur de l’âme Corse. Sempre Vivu.

Je n’ai hélas pas pu filmer le concert mais voici :

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Serge et Beate Klarsfeld et Gilles Simeoni, ont reçu un « olivier d’or » en récompense de l’association Pax Medicalis.

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Franck Israël président Régional israélite Cote d’Azur Corse était toujours avec nous.

J’ai retrouvé avec joie mon ami Jérôme Culioli, président du CRIF Sud-Est.

Le Grand Rabbin de Nice Franck-Daniel Teboul était là pour l’allumage de la Hanoukia.

Le Grand Rabbin de Nice Franck-Daniel Teboul
Lucie et Gilles Simeoni, Haïm Korsia, Guila Clara Kessous, Yves Juhel

LE BETH HABAD EN CORSE

A la même heure le neveu du Grand Rabbin Teboul, Zalman, rabbin du Beth Habad de Bastia allumait la Hanoukia pour la première fois à Bastia avec son épouse sur la place du marché ! Le Beth Habad est très actif en Corse. Le Rav Levi Pinson le dirige.

  • Il a monté la synagogue à Ajaccio en juillet 2016. Un grand centre va s’ouvrir route des Sanguinaires,
  • le Habad a ouvert en juillet 2021 à Bastia,
  • Chaque été le Habad est présent à Porto-Vechhio.
Place du marché, Bastia, hier

Le père Christophe Boccheciampe, curé doyen de Porticcio et de la côte sud, et prêtre des pompiers de Corse du Sud, nous a accompagné de sa bonne humeur joviale et fraternelle.

C’est lui qui a porté en terre Jean-Claude Guibal, maire de Menton né à Ajaccio, et son épouse Colette Giudicelli, à Bastelica au sud d’Ajaccio. Le festival était dédié à leur mémoire, qu’elle soit bénie.

« Un Corse ne quitte pas son ile, il s’absente »

De Menton en hiver on voit la Corse

« L’universel à l’épreuve des identités » Français juif, Français comme les autres ?

Intervention de Didier Long au CRIF le 14 novembre 2021

David Revault d’Allones – journaliste
Haïm Nisenbaum – rabbin, porte-parole du Bet Loubavitch en France
Didier Meïr Long – écrivain et essayiste
Richard Orlinski – artiste et sculpteur

Nous soulevons aujourd’hui une redoutable question : « Français juif, Français comme les autres ? » ; ça fait 3000 ans que nous nous demandons ce que signifie être juif et ça fait 3000 ans que nous savons que nous ne sommes pas et ne serons jamais comme les autres. Alors Français juif ?

Avec Francis Kalifat, président du CRIF
Avec Robert Ejnes, directeur exécutif du Crif

Je voudrais d’abord interroger ce que signifie être français. Je dirai ensuite ce que je pense que nous autres juifs pouvons apporter à l’identité française.

Être français, la vision souverainiste

Deux voix diamétralement opposées s’opposent aujourd’hui.

La première est souverainiste, elle nous dit à la suite de Samuel Huttington que nous sommes les fils d’une culture européenne dont le cœur est le christianisme. La France, fille ainée de l’église, pour laquelle Clovis s’est fait baptiser devrait redevenir ce qu’elle a toujours été : française, catholique, latine, souveraine, blanche. Make France great again. Tout cela au risque d’un supposé ‘grand remplacement’ par un islam mondialisé qui serait déjà là, massivement, comme une troisième colonne prête à prendre le pouvoir par sa simple démographie (une conclusion qui n’a rien de statistique ou de rationnel).

Il est absolument vrai que le mot « Europe », le nom d’une déesse grecque, a été réinventé en 1683 par le pape en étendard de ralliement de la Chrétienté contre les envahisseurs ottomans aux portes de Vienne. Une prise de conscience d’une identité commune face à un envahisseur turc donc.

Mais cette histoire de la Chrétienté européenne est finie. Sur 2,5 milliards de chrétiens dans le monde on en compte seulement 25% en Europe, contre 37% en Amérique latine, 24% en Afrique, et 13 % en Asie-Pacifique[1]. La chrétienté c’est-à-dire l’Empire gréco romain ressuscité de ses cendres par Constantin au IVème siècle, un modèle qui a tenu plus d’un millénaire et demi jusqu’à la seconde guerre mondiale dans une France majoritairement rurale et catholique n’est plus. Ce modèle chrétien s’effondre en Europe, tout simplement parce que les Français n’y croient plus. Ce qui n’est absolument pas vrai en Afrique ou en Amérique. Refonder l’identité française sur une supposée identité chrétienne commune est donc illusoire.

En 60 ans, la France est passée de la deuxième à la neuvième place dans le classement de l’économie mondiale[2]. Cette frustration économique se double aujourd’hui d’une insécurité culturelle et identitaire à force de ne pas avoir fait la vérité sur notre passé colonial des deux côtés de la méditerranée. Et tout le monde ne pourra pas devenir demain un juif kabyle gérant son mal être d’une autre identité.

Pour refonder l’identité de la France et restaurer l’identité perdue on convoque De Gaulle et on le met à la même table que Pétain.

Ces tentatives de refondation illusoires ne fonctionnent pas.

L’identité de la France s’est constituée depuis 30 ans dans la globalisation.

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