Storytellings au Moyen-Orient

Une tribune de mon ami Frank Tapiro

Quelques photos que j’avais faites en 2010 dans un no mans land à Hébron prés du tombeau des patriarches, Ramallah, le check point de Kalandia, les 4 x 4 de l’Europe qui abreuvent Ramallah comme une manne (j’en ai toute une collection photo), les toits d’Hébron… Je suis passé à peu prés partout dans le West Bank. Sauf Gaza bien sûr, le « pavillon témoin ».

En plein Festival de Cannes, nous assistons depuis quelques jours à l’un des plus incroyables scénarios jamais écrit de l’histoire de la politique moderne.

La crise de l’accord iranien se déroule comme un épisode de 24 heures chrono. Sans déterminer qui interprète Jack Bauer, chaque protagoniste y joue un rôle précis, parfaitement maitrisé en fonction de son positionnement pour le bon déroulement du conflit et de l’objectif à atteindre : la renégociation du traité.

Tout commence par une visite de Macron chez Trump.

Cette rencontre émotionnelle et tactile montre à quel point les deux hommes, pourtant très différents en termes de méthode et de style, se rejoignent sur la dialectique politique.

Faire ce qui a été promis et annoncé pendant la campagne présidentielle et surtout faire « Out of the box. », en dehors du cadre établi, loin de tout dogmatisme ou de mauvais réflexe politicien.

Un sourire, une accolade, un hug suivi d’un bisou totalement inapropriate pour un américain, président de surcroit, une caresse sur la cuisse contrastant avec des poignées de mains franches et viriles. Le nouveau duo des « qu’on-attendait-pas » est formé et semble fonctionner au même rythme. A son retour, Macron esquisse pourtant une moue désabusée loin de toute naïveté annonçant en teasing qu’il serait fort surprenant que Trump reste dans l’accord iranien initié par Obama. Ce spoil totalement préparé est le début d’une séquence de stratégie politique mise en scène par 4 talents hors-pair qui oeuvrent chacun sur leur terrain de prédilection.

Benjamin Netanyahu dévoile en live sur CNN les dossiers secrets nucléaires iraniens avec moults preuves, classeurs, CD, photos et videos à faire pâlir Ethan Hunt, alias Tom Cruise, dans un opus de Mission impossible.

Trump, comme il l’avait annoncé pendant sa campagne, déclare vouloir se retirer de cet accord inepte sans pour autant refuser un nouvel accord renégocié qui contraindra entre autres l’Iran à détruire les installations de fabrication d’uranium enrichi d’avant 2003.

Emmanuel Macron regrette le retrait des Etats Unis et assure Rohani de ne pas le laisser tomber.

Vladimir Poutine, fraichement réélu à la tête de la Russie, fait de Netanyahu son invité d’honneur sur l’air de la Hatikva à la célébration de la victoire russe contre les nazis, rappelant à toutes fins utiles les origines russes du premier ministre israelien.

L’Iran, via ses positions syriennes, lance des roquettes qui ne réussissent pas à dépasser la frontière quand d’autres son détruites par le dôme de fer.

Israel contre-attaque en détruisant en moins de deux heures de temps plus de 50 positions iraniennes en Syrie avec la plus grande opération aérienne depuis la guerre du Kippour de 1973.

Poutine déclare avoir évoqué les attaques avec son cabinet de sécurité. Sans plus.

La tension monte, le climax est à son comble.

Pendant ce temps, à quelques jours du ramadan rendant une attaque au long cours difficile voire impossible, l’Iran voit l’annonce des sanctions américaines assombrir son avenir économique proche. Sa monnaie dégringole en quelques heures, le peuple iranien ne voit pas l’argent promis arriver, la perspective d’une embellie semble avoir totalement disparu et le pouvoir en place sent souffler le sirocco de la révolte. Pour gagner du temps, on annonce que la revanche contre Israel est en route….en attendant de trouver une porte de sortie.

De son côté, Trump fait un festival en annonçant une conférence avec Kim Jong Un à Singapour et en libérant héroïquement 3 prisonniers américains en Corée du Nord.

Pour éviter aux perses une humiliation psychologiquement délicate, Emmanuel Macron, dans son rôle de super diplomate « good cop »  est l’élément rassurant qui garde le contact émotionnel avec Rohani.

Poutine, lui, compte les points et fait faire le sale boulot par ses 2 « bad cops » Trump et Netanyahu, l’un pour taper sur l’accord, l’autre pour frapper de façon préventive se trouvant en légitime défense.

La seule façon de pousser l’Iran à renégocier l’accord est de ne pas lui donner le choix.

Une guerre impossible qui ruinerait le pays et le pouvoir d’un côté, une renégociation rapide qui lui éviterait l’humiliation totale et la fin de son administration de l’autre. Le status quo n’est bon pour personne. Il faut aller vite.

Cette stratégie win-win et concertée se fait dans le respect des rôles de chacun.

Poutine voit l’élément perturbateur iranien sur le point de se retirer de Syrie sans avoir à intervenir directement, ce qui démontre une fois de plus le rôle central de la star des tsars.

Israel voit sa sécurité renforcée tout en envoyant un signal fort à toute la région et plus particulièrement au Hesbola qui, depuis le conflit de 2006, sait qu’Israel aura sa revanche.

Trump démontre une fois de plus qu’il fait ce qu’il dit, comme Macron qui tient bon face au retrait de Trump à vouloir à tout prix conserver un lien avec l’Iran. Macron se sortira grandi quelque soit la nature du nouveau traité comme « celui qui a résisté » à Trump en toute amitié. In fine, c’est lui qui exhortera les iraniens à renégocier sans trahir leur confiance.

Le peuple iranien sortira la tête haute en évitant ainsi une crise économique fatale et en faisant l’économie d’une guerre dont personne ne connait l’issue.

Enfin, les gardiens de la révolution peuvent ainsi choisir l’option d’éviter un grave conflit, une crise intérieure, une banqueroute et espérer se refaire une santé en faisant profiter les iraniens des bénéfices d’un nouvel accord qui lui garantit un rebond et une espérance.

Mise en scène coordonnée ou synchronicité heureuse de toutes les prérogatives, ce scénario est la meilleure démonstration que la seule garantie de paix réside en la solidarité et l’union de toutes les forces.

Cette superbe séquence finit en apothéose avec la victoire d’Israel à l’Eurovision la veille de Yom Yerushalaim. Netta Yahouuuuuu!

Lundi 14 mai, l’ambassade des Etats Unis déménage à Jérusalem, la veille du jour de célébration de la Nakba par les palestiniens.

Le scénario est parfaitement huilé. Il n’en fallait pas moins au Hamas pour instrumentaliser la population palestinienne et l’envoyer au suicide.

Les media français sont ravis de pouvoir traiter Israel d’agresseur en légitimant les agressions palestiniennes à la frontière sous prétexte qu’ils sont victimes de l’état hébreu.

Les forces du mal viennent une fois de plus gâcher la belle histoire par un sursaut d’orgueil meurtrier de dernière minute. Même si personne n’a intérêt à voir la région s’enflammer, espérons que ce drôle de jeu de rôles ne se termine pas en chaos comme dans le dernier épisode de Faouda ou la dernière scène d’Avengers. (Désolé pour le spoil)

Frank Tapiro

 

 

 

 

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