L’âme Corse, Malanni

La voix est rude comme la pierre de notre pays, elle est profonde et spirituelle car nous les corses nous vivons avec nos ancêtres dans l’ombre et toute réalité a une profondeur insoupçonnée. Les paroles et la voix sont tragiques. Ma grand mère avait ces intonations quand elle disait dans notre langue : « Ici le sang ne sèche jamais ». Hélas c’était vrai.

La guitare est celle d’un troubadour avec des accords ouverts comme en Flamenco car malgré le drame ce n’est jamais fini. Elle pleure mais elle est douce comme un homme pleure et tente de se raisonner. C’est l’âme désoccupée qui erre avec le vent. La mélancolie du traggulinu, le marchand ambulant qui errait dans nos campagnes et colportait le rêve à bon marché. L’âme corse est indestructible. Nous sommes la Nation de l’esprit. Les biens aimés de Celui qui a créé la Mare Nostrum. Nul n’est une île ? Nous sommes l’île ! Et nostalgiques nous avons vu dans tes paysages la beauté Korsica. Nous avons senti la menthe prés de la source et l’immortelle des hauteurs qui nous a guéri de tout. Korsika tu nous a blessés d’une blessure dont on ne revient pas. Sois fier fils de mon île. Relève la tête ma fille, ce monde n’est pas une fin et notre exil prendra fin. Forza mon frère, forza ma soeur le sang de la Nation Corse coule en toi, humiliée mais jamais vaincue car la Nation est en nous. Cette terre est le terminus de tous les malchanceux. Oui cette terre est tragique mais elle est la notre, fraternelle et partagée, celle des communi. Nous sommes le peuple que le destin a choisi pour révéler à toute humanité sa misère. Korsika tu es notre destin et loin de toi, oubliés de Sefarad, âmes perdues, nous sommes orphelins.

Disuccupatu, Chômeur se dit Chabbat en hébreu.

Disuccupatu sò pè la campagna
È mi ne vò pè I so chjassi solu
Fighjendune issi lochi di cuccagna
È aspettendu a notte in paisolu

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Qu’est-ce qu’un homme politique ? Moïse

Moïse de Michel Angelo

De la politique

Comme disait Bernardo Provenzano le chef de Cosa Nostra : « Commander c’est mieux que baiser ! » ; Voilà un sage, il avait choisi !… Nos politiques modernes, eux, allient ces deux addictions avec parfois une autre  : la passion de l’argent. Le pouvoir, le sexe, l’argent voilà l’homme.

La politique selon la Bible n’est pas un culte du pouvoir mais une compassion pour son peuple. Une compassion illimitée pour les proches de son peuple.

On en est tellement loin dans tous les pays du monde : aux US avec l’invasion brutale du Capitole et en face la qualification du petit peuple de « panier des pitoyables » par Hillary Clinton; en France où la tyrannie et le culte par le pouvoir des préfets est en train de dominer la technostructure administrative qui était jusque-là un équilibre de pouvoirs subtils des différents corps…

La France où les ministres se pressent pour faire la Une des magazines comme des people alors que ministre, minister en latin, signifie plus simplement « serviteur »… qu’on se dit que ce message bien oublié de la Bible est proprement révolutionnaire.

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DESOBEIR, Aristides de Sousa Mendes, le Juste de Bordeaux

Désobéir

Imaginez que vous ayez 55 ans, 14 enfants, vous êtes en fin d’une carrière sans faute. Une maitresse française qui vous a annoncé il y a 3 mois, en mars 1940, qu’elle est enceinte de vous. Imaginez que vous soyez un fonctionnaire inconnu, sans fait politique, en dehors de trafic de biens publics. Imaginez que vous soyez en poste au Ministère des affaires étrangères sous Salazar un dictateur impitoyable ; à Bordeaux plus précisément, dont le maire Adrien Marquet, un grand ami des nazis, sera nommé dans 8 jours, ministre d’État par le tout nouveau président du Conseil, le maréchal Pétain. Ses amis ? Laval, Doriot. Marquet sera bientôt responsable de la police de Vichy.  Que vaut votre vie ? après tout vous n’êtes qu’un petit consul du Portugal ! Les nazis justement : ils avancent et sont à 40 km d’ici.

Et en plus ce 16 juin 1940 c’est dimanche ! une raison de plus pour rester au lit…

Dans cette situation, est-ce que vous prendriez le risque de désobéir aux ordres et de sauver 30 000 personnes, dont beaucoup de juifs, au péril de votre vie ? est-ce que vous miseriez une seule seconde sur vos chances de réussir ? Seriez-vous prêt à finir votre vie dans la honte et la misère pour cette mission ?

C’est pourtant ce qu’a fait Aristides de Sousa Mendes, le Juste parmi les Nations de Bordeaux.

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Hanoucca : la guerre ne se fête pas

Hag Hanouka Sameah ! Belle fête de Hanoucca ! 8ème bougie

« Ne te réjouis pas quand ton ennemi tombe, ne danse pas de joie quand il perd l’équilibre » dit le livre des Proverbes (Pv 24, 17). Nous autres juifs n’avons pas le droit de célébrer une victoire militaire. La guerre ne se fête pas.

Les bougies de la fête de Hanouca célèbrent donc la fiole d’huile pure retrouvée dans les décombres du temple et qui brula huit jours, en mémoire de l’inauguration du premier Temple de Salomon qui  elle-même avait duré huit jours… et non pas la victoire guerrière de Judas Maccabée. On célèbre une victoire spirituelle donc. Ki Tissa, « quand tu partiras en guerre », « contre toi-même » ajoute Rachi.

Dans le judaïsme la guerre se mène donc contre soi-même et le vainqueur est l’Eternel.

Puisse ce qui est lumineux en nous dominer notre ombre en cette fête de Hanouka.

Je vous souhaite cela mes ami(e)s avec beaucoup, beaucoup de cœur. Meïr.

HANOUCA : Que la Lumière brille en vous !

la Corse et les juifs, la générosité d’un peuple, le choix de la vie

Terre pauvre mais aussi carrefour stratégique en méditerranée, la Corse est le creuset d’identités multiples qui ont fabriqué sa culture si spécifique. Les juifs, arrivés à partir du XVIème siècle en font partie. Leurs différentes immigrations, marranes, puis sous Pascal Paoli, en 1915 enfin, se sont profondément intégrées à la Nation Corse, dans une communauté de destin poignante.

Figures du mal

Serpent de la Genèse, Béatus mozarabe, Escorial IXè s.

C’est une discussion un peu inactuelle que je vous propose ici : parler du mal, de ce Satan biblique, diable grec, antique serpent de la Genèse qui nous semble aujourd’hui si désuet. A tort.

Pourtant le mal existe. Vertigineux. N’importe quel personne qui a un peu écouté les âmes et d’abord la sienne croise cette réalité. On peut même dire que le sens de ce monde est un affrontement de la Lumière et des ténèbres et un dévoilement du mensonge, un accomplissement de la vérité finalement. Et la vie spirituelle un combat sur un champ de bataille : Ki tetésé dit la paracha… « quand tu partiras en guerre »… contre toi-même dit la Tradition.

Aucun fascinatus à cela. Le mal n’est pas un dieu, il se présente plutôt comme une fêlure à l’intérieur du libre arbitre de l’homme qui ouvre un abysse.

Des personnes aiment voir d’autres se fracasser les unes contre les autres, l’organisent par procuration, prennent plaisir au viol ou à la gifle de l’innocent. Je ne parle pas là de l’ignorance ou d’états de fatigue qui peuvent conduire à des catastrophes, je parle de la passion pour la destruction, l’attirance sans frein pour ce qui est sale, vicieux, tordu et sombre. Certaines personnes éprouvent un vrai plaisir à détruire leur semblable et cela constitue parfois un vrai projet de toute une vie. Le diable n’existe pas. Le mal incarné par des personnalités désaxées oui.

La psychanalyse et la psychiatrie modernes semblaient nous avoir affranchis des bons vieux exorcistes, et autres chasseurs de mauvais œil. Elles nous ont prévenu des circonstances atténuantes qu’il faut attribuer aux « pervers narcissiques » et autres psychopathes qui  détruisent leur entourage de manière cachée, commettent des petits meurtres psychiques sur leur entourage. La schizophrénie parfaitement socialisée est plus banale qu’on ne le croit. Et « L’effort pour rendre l’autre fou » et le faire habiter dans deux parties de sa personnalité incompatibles (Double Bind) a été parfaitement expliqué par Harold Searles : « L’individu devient schizophrénique, en partie, à cause d’un effort continu –largement ou totalement inconscient – de la ou des personnes importantes de son entourage pour le rendre fou. »

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S’asseoir en silence

En rangeant mes affaires vers une autre vie j’ai retrouvé les seuls objets que j’avais ramenés du monastère il y a 25 ans. Mon coussin de méditation en silence (zafou) et ma Bible.


Tout un monde de souvenirs est revenu en moi. Les semaines passées seul dans la forêt en ermitage. Le froid dans les cellules. La faim. Le chant de la forêt. 100 hommes en noir en silence absolu. L’obéissance sous une Règle de fer. Le lever à 2h du matin avec les psaumes en disant la première phrase de… la Amida : « Eternel ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange »

Mes frères aussi.

Frère Symphorien qui avait perdu son œil en défendant le bunker d’Hitler à Berlin, Division Charlemagne, après la campagne de Pomeranie, converti sur l’échafaud, il accueillait les sdf et autres routards.

Frère Jean Volot, patron de la résistance, devenu prêtre ouvrier et graisseur incognito sur un navire sous pavillon de complaisance, débarqué en 54, pôle nord avec Paul Émile Victor puis McMurdo en Terre Adélie. Un jour je les ai séparés.
J’ai croisé un jésuite torturé par Pinochet (« ils disaient que nous n’étions pas des hommes ») qui avait pardonné son bourreau rencontré dans la rue, nos frères en mission avaient été enterrés vifs ou tués à coup de baton par les Khmers de Pol pot formés à la Sorbonne, attachés avec des barbelés en Haïti.

J’ai vu frère Jean, 70 ans, perdre la foi pendant 15 ans et continuer de se lever pour les 7 prières de la journée. J’ai creusé les tombes dans le sol verglacé, essuyé les yeux de parents dont les deux enfants s’étaient suicidés, recueilli le souffle de Roberto un sdf, premier prix de piano à Tanger passé par LA (« Marche, ne t’arrête pas traverse la ville… sinon les gens du foyer de nuit vont te tuer »), homo, les années sida. J’ai vu des gens pleurer de joie en retrouvant l’Eternel. Le grand pardon. J’ai rencontré Tendzin Gyatso le Dalai Lama à Toulouse en 94. Appris à battre le tam tam en tronc de baobab  avec mes frères d’Afrique arrivés de la brousse équatoriale. Un envoûtement.

Il y a plein de manières de vivre, on ne peut pas juger, et nous ne sommes que des mendiants.

Quand je suis arrivé je faisais 50 kg. Ils m’ont donné de la dynamite et un marteau piqueur :  » Tu creuses une tranchée dans le granit de 1m× 2m de fond… sur 50m ». Je l’ai fait sous le soleil et l’hiver mes doigts ont éclaté à cause des engelures. Peu restaient.
Uniquement des hommes exceptionnels et extrêmes. Des combattants.


Aujourd’hui les gens vivent dans des cocons standardisés. Que peuvent-ils savoir de la réalité ? De D.ieu ? De l’humain ? De la fraternité ?

Ils sont comme ces oiseaux en cage qui tressaillent en voyant passer des oiseaux migrateurs à l’automne puis se rendorment.

Je vais recommencer à m’asseoir en silence.

Pourquoi l’amour est sans condition

« Tout amour qui est gagé sur une condition, lorsque la condition n’est plus remplie, l’amour s’éteint ; et celui qui n’est gagé sur aucune condition dure pour l’éternité. »
כָּל אַהֲבָה שֶׁהִיא תְלוּיָה בְדָבָר, בָּטֵל דָּבָר בְּטֵלָה אַהֲבָה, וְשֶׁאֵינָהּ תְּלוּיָה בְדָבָר, אֵינָהּ בְּטֵלָה לְעוֹלָם

Pirkei Avot 5, 16. 2ème siècle
Rembrandt, La fiancée juive, Rijksmuseum , Amsterdam, Photo Didier Long


« L’homme commence par s’aimer lui-même, parce qu’il est chair et qu’il ne peut avoir de goût que pour ce qui se rapporte à lui; puis, quand il voit qu’il ne peut subsister par lui-même, il se met à rechercher par la foi, et à aimer D.ieu, comme un être qui lui est nécessaire. Ce n’est donc qu’en second lieu qu’il aime D.ieu; et il ne l’aime encore que pour soi, non pour lui.

Mais lorsque, pressé par sa propre misère, il a commencé à servir D.ieu et à se rapprocher de lui, par la méditation et par la lecture, par la prière et par l’obéissance, il arrive peu à peu et s’habitue insensiblement à connaître D.ieu, et, par conséquent, à le trouver doux et bon

enfin, après avoir goûté combien il est aimable, il s’élève au troisième degré; alors, ce n’est plus pour soi, mais c’est pour D.ieu même qu’il aime D.ieu. Une fois arrivé là, il ne monte pas plus haut

et je ne sais si, dans cette vie, l’homme peut vraiment s’élever au quatrième degré, qui est de ne plus s’aimer soi-même que pour D.ieu. Ceux qui ont cru y être parvenus, affirment que ce n’est pas impossible; pour moi, je ne crois pas qu’on puisse jamais s’élever jusque-là, mais je ne doute point que cela n’arrive. »

Bernard de Clairvaux, Traité de l’amour de D.ieu, 12ème siècle

Dans un traité de droit talmudique écrit en Languedoc au XIIe siècle, les Maîtres de l’âme, Abraham Ben David de Posquières (l’actuelle Vauvert), pose la question du désir et du rapport amoureux . En fondant l’authenticité de ce rapport sur l’intention, il esquisse une philosophie du couple visant à préserver la personne dans l’être désiré, à éviter de l’instrumentaliser à des fins de jouissance égoïste.