Mikvé !


Aujourd’hui avec ma famille nous sommes passés au Mikvé. Après avoir scrupuleusement nettoyé nos corps nous nous sommes immergés complètement trois fois dans cette petite piscine, construite profondément à l’intérieur du sol comme un ventre de femme. Cela se passe devant un Beth Din (la maison du jugement : Tribunal rabbinique) de trois rabbins pour la conversion au judaïsme (guyour).

Nous avons dit cette bénédiction magnifique :

ברוך אתה ה’ אלוהינו מלך העולם שהחיינו וקיימנו והגיענו לזמן הזה

« Béni sois-Tu, Éternel notre D.ieu, Roi de l’Univers, qui nous a fait vivre, exister et parvenir jusqu’à cet instant »

Il y a huit ans, peut être plusieurs générations avant moi, qui sait ? que je m’étais préparé à cet instant. Mon corps a rejoint mon âme. Toute ma famille est donc juive.

On ne devient pas juif. C’est quelque chose de gravé en vous quelque part dans votre mémoire profonde, très loin et qui revient par bribe quand vos ancêtres l’ont oublié. Depuis la plus haute antiquité la communauté juive organisée installe d’abord son Mikvé, puis son école et seulement enfin la synagogue pour prier.

Le Mikvé sépare la mort et la vie. Il contient de l’eau issue du ruissellement, 1000 litres d’eau de pluie recueillie et menée dans le bassin du Mikvé selon des règles très précises. L’eau du Mikvé arrive à hauteur de l’épaule, elle est chaude. On y descend par des marches. C’est très impressionnant.

purity Mikveh

C’était très étrange comme coïncidence car le G7 qui est venu me chercher était juif chomer mitsvoth de la communauté du XIXème.

Quand je suis arrivé dans ce Mikvé loin de tout, en banlieue, avec ma famille j’avais peur. Mais j’ai reconnu un visage ami, celui de l’épouse du Rav Mendy qui accompagnait quelqu’un. Le Rav Mendy m’a envoyé juste après un texte de son père (le Rabbi Rachab) que je vous confie en post-scriptum. Tout y est dit.

Mikvé de Vitry

Il y a en tout homme l’image de D-ieu, un lieu, parfois infime, qui est connecté avec l’Eternel et qui ressort quand Lui décide. De ces choses qui font qu’un homme ou une femme pleure en sentant une odeur d’enfance. C’est cela le Mikvé pour les juifs, on touche cela. La pureté, la Sainteté de Hakadoch Barouk Hou, du Saint béni soit-il. On se sent vulnérable comme un enfant qui nait. Et D. veille sur tout homme, toute femme comme la prunelle de son oeil. Par amour. Tu le diras à tes enfants.

Le Mikvé c’est le ventre de la mère et le tombeau, la porte de la vie comme celle de l’autre vie. On y entre sans aucun ornement ou bijoux. L’immersion c’est l’abandon, la vulnérabilité, l’abandon à D.ieu pour renaitre.

Le Midrach dit qu’après qu’Adam ait été chassé du Gan Eden, il s’est assis dans une rivière qui coulait de ce Jardin du paradis. Ce fut une part intégrante de son processus de Techouva (retour à D.ieu), une tentative de retrouver son état de perfection originelle.

Beaucoup de femmes qui sortaient du Mikvé pleuraient. C’était bouleversant. Béni soit D.ieu qui nous a fait vivre, exister et parvenir pour assister à cet instant.

On nous a offert des gâteaux orientaux.

Pendant ces huit ans le Rav Haïm Harboun nous a accompagnés et notre petit communauté qui est comme une famille ne nous a jamais laissé tomber. Mes soeurs et frères juifs de Corse aussi. Et bien sûr le Grand Rabbin Korsia, Haïm dont la seule vue est un remède au désespoir. Des gens beaux. Les Rav Marciano, Elfassi, Cohen du Consistoire ont été vraiment bien, de vrais sages. Merci à vous tous.

Haïm Harboun

Le rav Haïm Harboun

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Haïm Korsia, Grand Rabbin de France

A chaque génération des âmes juives réapparaissent. Nous en faisons partie, nous sommes revenus sous les ailes de la chekhina. Ce mystère nous dépasse complètement. Bientôt es âmes perdues reviendront en chantant. Celui qui s’en va en chantant jette sa semence, il s’en va dans le pleurs il revient dans la joie il porte les gerbes, dit le psaume.

Vechavou banim ligvoulam,
 » Tes enfants reviendont dans tes frontières ».
(Jr 31, 17)

Rachi commente :

« même si moi Yaacov je te demande de me ramener en Israel alors que je ne l’ai pas fait pour ta mère en la laissant sur le chemin, à betlehem, sache que c’était le désir de D’. En effet lorsque tes enfants seront envoyés en exil, ils prieront sur son tombeau, elle-même sortira de son tombeau et pleurera pour ses enfants, demandera pitié et miséricorde à D’. « Ai-je été jalouse moi quand j’ai transmis les signes les plus intimes à ma soeur ? Et toi mon D’, tu es un D’ jaloux ?  » implore-t-elle. Et D de lui répondre : « C’est vrai Rahel, je te promets que les enfants seront délivrés de l’exil, à toi je fais cette promesse ! »

Merci de tout coeur à ma femme qui m’a suivi sur ce chemin dans le désert. Elle s’appelle désormais Rachel (Rahel).

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Ce soir c’est Yom aShoha. J’ai appelé mon rabbi Haïm Harboun à Marseille qui m’a aidé comme un père depuis huit ans et il m’a dit :

« ça ne fait rien je danserai ! Les nazis ont perdu ! »

Am Israël Haï.

«La ‘Hassidout demande l’application du verset « il rincera sa chair dans l’eau et se vêtira (de vêtements sacerdotaux)« . Ainsi, la compréhension de la ‘Hassidout doit rincer la chair et ce qui lui est inhérente, toutes les habitudes qu’elles génèrent. C’est alors seulement que l’on peut se revêtir des vêtements sacerdotaux.

Penser à la ‘Hassidout, en parler, adopter les comportements des ‘Hassidim, méditer avant la prière, sont des « vêtements sacerdotaux », appartenant à la Sainteté. Par contre, « rincer sa chair dans l’eau » n’est possible qu’au prix d’un effort personnel.

Les vêtements de l’âme sont donnés d’en haut à chacun. Par contre, rincer ce qui est inhérent à la nature du corps, conduire sa chair à la Sainteté ne peut être réalisé que par l’effort de l’homme.

C’est là ce que demande la ‘Hassidout.

Notre grand maître, l’Admour Hazaken fit don de lui-même pour que s’accomplisse cet idéal. Il ouvrit la voie de l’abnégation totale pour le service de D.ieu par la prière, pour se lier à l’Essence de D.ieu. La ‘Hassidout place le ‘Hassid face à face avec l’Essence divine.»

LE PESSAH’ DE NOTRE ENFANCE A BASTIA


 Un Texte écrit par Guy Sabbagh à la mémoire de Rebecca Bat Zarah Tolédano (zal), sa tante.

Guy Sabbagh

Guy et Lisbeth Sabbagh à la marche blanche pour Mireille Knoll (zal) la semaine dernière.

 Je devais avoir une dizaine d’années et mon frère Béni sept.

La fête de Pessah’ posait des problèmes presque insurmontables aux juifs de Corse à cause de l’insularité. Par exemple : comment trouver des matsoth pour Pessah ? Autant dire : rouvrir la mer rouge !

D’ailleurs mon grand pére Rabi Meir Toledano (z »l) avait même décrété autorisé dans l’île l’usage de manger du riz à Pessah comme cela se pratique chez les juifs tunisiens.

Un jour, Mon père David(z »l) décida donc de faire une commande groupée de galettes pour l’ensemble de la communauté sur le continent.

Bon commerçant, il décida de mettre en concurrence les fournisseurs ! Et il écrivit ainsi aux différents fabricants de l’époque sur le continent pour obtenir des échantillons.

Une fois les précieux colis arrivés, il nous réunit, nous ses cinq enfants afin de goûter ces différentes sortes de matsoth et donner notre avis. Une sorte de blind test, de test à l’aveugle !

A l’unanimité, nous avons optâmes pour la galette fine de Neymann provenant de Wasselonne dans le Bas Rhin.

La deuxième étape consistait à prendre les commandes.

A la sortie de l’école du Centre a midi et jusqu’à la reprise des cours a 14 heures, à l’aide du fichier de la liste complète des familles juives de la communauté mon père parcourait la ville au volant de sa 203 Peugeot familiale. Mon frère et moi-même, réquisitionnés pour ce grand recensement, parcourions les rues et ruelles de Bastia, grimpions a pied les étages des différents immeubles en notant pour chacun le nombre de paquets de galettes et de farine de matsa. Pour le reste de l’Île (Corté, Île Rousse, Ajaccio, Porto Vecchio) on utilisa le téléphone.

A la réception de la commande, mon père vidait son entrepôt du 18 rue Napoléon pour stocker l’ensemble de cette  marchandise, Puis s’effectuait la livraison selon le même rituel… mais avec en plus la charge des colis dans les étages sans ascenseur.

Le dépôt des commandes pour l’intérieur de l’île se faisait au départ des cars reliant Bastia aux différentes villes.

Une fois ce travail de Titan accompli, je pouvais voir sur le visage de mon père une lueur de joie et de sérénité de la mission accomplie : « Personne ne pourra avoir d’excuses dans l’accomplissement des misvoth de Pessah’  » nous disait il.

Nous les juifs de Corse, avec l’aide de D-ieu avons rouvert la mer Rouge !

 HAG PESSAH’ SAMEAH’ !

La sortie d’Egypte, sujet central de toute la Torah


Marc Chagall, le passage de la mer

Un rituel alimentaire lié aux émotions

Le Seder de Pessah n’est pas un repas ou un rite mais un « ordre » en hébreu, il s’agit d’ordonner et de structurer les choses et sa propre existence personnelle et familiale en profondeur. Le soir de Pessah tout juif enseigne à ses enfants comment ordonner sa vie en homme et en femme libre.

Il s’agit donc d’un processus psychologique abréactif (qui vise à provoquer un choc émotionnel) familial réalisé dans le Seder de Pessah par la consommation de l’agneau (korban Pessah), de la matsa (pain non levé), et du Maror herbes amères… qui touche la profondeur inconsciente des convives et les relie à l’Eternité d’Israël. Nous consommons et nommons ces réalités car comme le dit l’Haggadah :

« Rabbane Gamaliel disait. Celui qui ne mentionne pas à Pessah ces trois choses n’a pas rempli son devoir, ce sont l’agneau pascal, le pain azyme et les herbes amères. PESSAH, MATZA, MAROR.»

Il s’agit donc de convoquer la mémoire émotionnelle liée au gout et aux odeurs, qui est totalement intuitive car elle ne passe pas par la raison et de nommer ces émotions. Si l’on en croit les neurologues, les gouts et les odeurs sont plus évocateurs que les autres systèmes sensoriels comme la vue, l’ouïe, l’odorat et le toucher, elle passe avant le langage ou la vue qui éveillent des régions du cerveau responsables de l’analyse cognitive. L’émotion gustative ou olfactive touche directement la mémoire sans passer par l’intelligence rationnelle. Le goût est directement connecté sur une région qui sert de capteur émotionnel au cerveau : l’amygdale. L’émotion gustative provoque donc une émotion sans passer par le néo-cortex, siège de la conceptualisation de la rationalité et du langage. C’est ce qui fait qu’une odeur ou un goût peut réveiller tout un mode de souvenirs d’enfance, comme la madeleine de Proust ou un plat cuisiné par votre maman que vous aviez oublié sans que celui qui le ressent n’arrive à conceptualiser comment ce souvenir l’envahit en une puissante émotion et parfois des larmes. On se rappelle de la phrase de Proust : « La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse gouté ». L’hippocampe et l’amygdale, deux régions impliquées dans la mémoire sont donc convoquées à ce seder qui est un mémorial, un rappel de la libération de la sortie d’Egypte que chacun doit actualiser de manière personnelle pour se projeter dans un futur, celui de la libération finale de la Géoula.

C’est ce qui se passe dans les Seder de Pessah et Roch Achana. Nous sommes invités à gouter des mets comme l’herbe amer et à les transformer en mots car cette amertume nous explique les seder :

« Ces herbes amères pourquoi les mangeons nous ? C’est parce que les Egyptiens firent une vie amère à nos pères en Egypte ainsi qu’il est écrit : ‘‘ Il leur rendit la vie amère par une dure servitude en les employant à faire du mortier, des briques et des corvées dans les champs, toutes sortes de travaux imposés avec rigueur »

De même le Harosset ce mélange de fruit secs moulus et de dattes écrasées que nous mangeons rappelle le mortier, qu’utilisaient les esclaves hébreux en Egypte pour fabriquer les briques nécessaires aux constructions. C’est le seul élément doux du plateau.

Pessah et l’émergence de la conscience juive

Il s’agit donc de nommer des émotions et de les faire advenir au langage pour être libre. De passer d’une mentalité d’esclave pris dans le flux de ses émotions pour les amener à la conscience. Cette prise de conscience des émotions s’appelle les sentiments pour une neurologue comme Antonio Damasio[1]. La conscientisation est la porte de la liberté, la sortie de l’abrutissement de l’état d’esclave. Sans cette nomination des émotions il est impossible que naisse la conscience qui est le cœur de la vie humaine et juive. On peut transposer à Pessah ces lignes d’Antonio Damasio appliquées au cerveau et au vivant :

Lorsque les sentiments, qui décrivent l’état interne du vivant à un moment précis sont « placés », voir « situés » au sein de la perspective actuelle de l’organisme dans son ensemble, alors la subjectivité émerge. Et à partir de ce moment les événements qui nous entourent et auxquels nous participons (et les souvenirs que nous remémorons) sont investis d’une nouvelle capacité : ils peuvent importer à nos yeux, influencer le cours de notre vie. Les événements nous importent ; ils sont automatiquement qualifiés de bénéfiques ou non. Sans cela les inventions culturelles de l’humanité ne pourraient exister.

L’expérience mentale de l’esclavage, la prise de conscience va conduire les hébreux à un nouveau regard sur eux-mêmes et c’est ainsi que nait Israël en sortant d’Egypte comme conscience de soi. La destruction de l’agneau, dieu des égyptiens, dont les hébreux vont badigeonner les linteaux de leur maison (pour que le mort de l’idolâtrie les épargne !) est une radicale remise en cause de l’Etat totalitaire religieux d’Egypte dont le Pharaon se rêve pour le maître de la vie elle-même, il se rêve « au-dessus du Nil ». Passover dit on en anglais, passer au-dessus, c’est le vrai sens de Pessah, l’émergence, la sortie de la vie morte de l’esclave sans conscience spirituelle ni humaine. La sortie d’Egypte.

Par le mémorial c’est chacun de nous qui expérimente cette conscience de soi renouvelée et peut donc prendre en main son destin en incitant ses enfants à le faire par le récit. La Haggadh de Pessah insiste pour dire que c’est chacun de nous qui sort d’Egypte ici et maintenant :

« Tu raconteras à ton enfant ce jour-là, c’est pour ceci que l’Éternel a agi pour moi quand je suis sorti d’Égypte.

On pourrait penser que (la discussion sur la Sortie d’Égypte) doit avoir lieu dès le premier du mois. Aussi, la Torah dit : « En ce jour-là. »

Mais « en ce jour-là » pourrait vouloir dire quand il fait encore jour ; aussi, la Torah dit : « C’est pour ceci » tu dois le faire seulement lorsque [ceci, c’est-à-dire] la Matsa et le Maror, sont placés devant toi.

Tous les jours de ta vie

La Mitsva ne concerne pas seulement ce soir-là mais chaque jour de l’année. Car on rappelle l’évènement de la sortie d’Egypte à chaque instant de la vie juive, par exemple dans le second paragraphe du Chema matin et soir.

« Je suis l’Éternel votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte pour devenir votre Dieu »

D’autre part, on rappelle la sortie d’Egypte le Chabbat qui est célébration de la création du monde et de la Sortie d’Egypte comme cela est rappelé après la bénédiction du Quidouch du vendredi soir (et dans toute la liturgie de Chaarit, l’office du matin) comme si ces deux évènements étaient liés et concomitants.

« Tu es source de bénédiction, Éternel notre Dieu, Souverain du monde, qui nous as sanctifiés par Tes commandements, et nous as désirés. Son Chabbat saint, Il nous l’a légué avec amour : commémoration de l’acte créateur, première des Solennités, souvenir de la sortie d’Égypte. »

Le texte de la sortie d’Egypte est aussi inscrit dans les tefillins de la tête et du bras.

Toute la vie du juif est donc un « souvenir » de la sortie d’Egypte, mais dans ce cas pourquoi célébrer Pessah ?

Dans le chapitre 3 du Guévourot Achem le Maharal de Prague nous l’explique avec son génie habituel. Le Maharal reprend la discussion de la Michna citée par la Haggadah qui demande s’il faut rappeler cette sortie seulement le jour ou aussi la nuit :

« On mentionne la sortie d’Egypte durant les nuits. Rabbi Eléazar ben Azaria[2] dit : me voici comme âgé de soixante-dix ans et je n’ai pas obtenu qu’on dise la sortie d’Egypte pendant les nuits jusqu’à ce que Ben Zoma l’ait déduit car il est dit : ‘‘ Afin que tu te souviennes tous les jours de ta vie’’ (Dt 16, 3). ‘‘Les jours de ta vie’’ – les jours ; ‘‘tous les jours de ta vie’’ – les nuits. Et les sages disent : ‘‘Les jours de ta vie’’ – ce monde-ci ; ‘‘tous les jours de ta vie’’ – pour inclure le monde à venir. (TB Berakhot 12b)

On en déduit que chaque juif doit célébrer la sortie d’Egypte à chaque instant. Et le Maharal commente :

« Le soir de Pessah on n’a pas seulement l’obligation de se rappeler de la sortie d’Egypte mais on a une obligation supplémentaire celle de raconter et de diffuser l’évènement de sortie d’Egypte pour annoncer le Nom de Dieu au monde entier (baeolam) » (Maharal de Prague, Guévourot Achem 3)

La mémoire de la sortie d’Egypte et la publication du Nom divin aux Nations

Toute l’année donc on se souvient de la sortie d’Egypte, seul in peto mais le soir de Pessah on en parle à tous, on se demande comment publier et diffuser la nouvelle de cet événement considérable non seulement auprès d’Israël mais aussi des Nations. La sortie d’Egypte ne signe pas seulement la naissance du am Israël, elle est un évènement ontologique de portée universelle qui doit être diffusé à toutes les créatures.

Pourquoi ? Parce que la libération d’Egypte du peuple d’Israël est en elle-même une annonce de la réalité d’Achem, du Nom de Dieu, pour les Nations. La sortie d’Egypte fonde Israël comme lieu-tenant de Dieu en ce monde. Israël représente dans le matériel la divinité, le spirituel.

Jusque-là les enfants d’Israël se transmettaient le massé avot siman levanim, ce que leurs pères leurs avaient raconté par la parole, mais désormais les hébreux voient la réalisation des promesses divines comme ils « verront les voix » au Sinaï. Israël parait sur la scène de l’histoire permettant de mettre en rapport le monde avec le Dieu absent de ce monde.

« Il faut se rendre compte que la Torah a fait de la sortie d’Egypte le sujet central de toute la Torah, la base de toutes les bases et la racine de tout. Il y a une multitude de mitsvot dans le Torah qui sont venues pour nous faire éprouver le message de la libération. Pourquoi ce même sujet revient dans différentes mitsvot ? Pourquoi la fête de Souccot ? Pour nous rappeler que le Saint béni soit-Il a fait résider les enfants d’Israël dans le désert » (Maharal de Prague, Guévourot Achem 3)

La sortie d’Egypte est non seulement le fondement de la création du am Israël mais elle initialise un processus de développement du am Israël comme une plante qui pousse. Un évènement qui n’a pas seulement eu lieu il y a 3000 ans, une commémoration, mais que nous revivons dans chaque mistva qui nous faire éprouver cette réalité sous des formes différentes sous la forme d’un mémorial : d’une libération actualisée et amplifiée par l’histoire. Comme le am Israël nous trouvons notre identité par notre libération et notre unification.

La sortie d’Egypte est donc bien au fondement psychique de l’individu libre. Cette liberté est le fondement de la sortie de l’idolâtrie, de la dispersion dans les objets de ce monde comme l’affirme la Haggadah de Pessah.

« Au début, nos pères adoraient des idoles ; mais, maintenant, l’Omniprésent nous a approchés à Son culte, comme il est dit : « Josué dit à tout le peuple : Ainsi parle l’Éternel, le Dieu d’Israël : vos pères vivaient de l’autre côté du fleuve Téra, le père d’Abraham et le père de Nahor, et ils servaient d’autres dieux.

La sortie d’Egypte est un mémorial de l’acte fondateur anti-idolâtrique d’Abraham qui s’exile des idoles de son père Téra pour fonder une dynastie d’errants monothéistes :

« Et J’ai pris votre père, Abraham, d’au-delà du fleuve, et Je l’ai conduit sur toute la terre de Canaan. J’ai multiplié sa descendance et je lui ai donné Isaac, et, à Isaac, J’ai donné Jacob et Esaü. A Esaü, J’ai donné le mont Séir pour qu’il le possède, et Jacob et ses fils, sont descendus en Égypte »

La sortie d’Egypte reconnecte le peuple avec cette famille originaire dont le Dieu est celui d’Abraham, Isaac et Jacob.

Cet évènement fait signe de la libération de la fin des temps, lors de la guéoula, comme le dit Isaïe :

Et en ce jour-là, le Seigneur étendra une seconde fois la main pour reprendre possession du reste de son peuple, qui aura échappé à l’Assyrie, à l’Egypte, à Patros, à Kouch, à Elâm, à Sennaar; à Hamat et aux îles de la mer. Il lèvera l’étendard vers les nations pour recueillir les exilés d’Israël et rassembler les débris épars de Juda des quatre coins de la terre. Alors cessera la rivalité d’Ephraïm et les haineux dans Juda disparaîtront: Ephraïm ne jalousera plus Juda, et Juda ne sera plus hostile à Ephraïm. Mais ils fondront de concert sur les Philistins, au couchant; ensemble ils dépouilleront les fils de l’Orient. Ils feront main basse sur Edom et Moab, et les enfants d’Ammon recevront leurs ordres.

Et l’Eternel imprimera l’anathème au Golfe égyptien; de sa main, de son souffle impétueux, il frappera le grand fleuve, et il le divisera en sept ruisseaux, où l’on marchera à pied sec. Et ce sera une chaussée pour le reste de son peuple, échappé à l’Assyrie, comme il y en eut une pour Israël le jour où il sortit du pays d’Egypte. (Isaïe 11)

Le Maharal, curieusement, lie le mémorial de la sortie d’Egypte et la tente au désert qui n’est pas célébrée à Pessah mais à Souccot car la Soucca nous rappelle non pas le désert mais la sortie d’Egypte.

[1] Antonio Damasio, L’ordre étrange des choses, la vie, les sentiments et la fabrique de la culture, Odile Jacob, Paris, 2017.

[2] Rabbi Eléazar ben Azaria était âgé de 18 ans, ses pairs ont voulu le nommer Prince (nassi) en Israël (le plus grand Rabbi) car c’était un très grand sage dans la Torah ; il était également très riche et était un descendant d’Ezra (le scribe).

Le Président Macron s’est rendu aux obsèques de Mireille Knoll zatsal, Merci !


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Remercier pour les arbres fruitiers


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 Mon citronnier ce matin

Le mois de Nissan qui est celui du Printemps nous récitons une bénédiction lorsque nous apercevons un arbre fruitier en fleur pour remercier D.ieu de nous donner des arbres et des fruits. La source de cette bénédiction se trouve dans le Talmud  :

« Rav Yehouda nous enseigne : Celui qui sort pendant le mois de Nissan et voit des arbres en fleur récitera la bénédiction : « Béni soit celui qui n’a privé son monde d’aucun bienfait et y a créé de bonnes créatures et de bons arbres pour en faire profiter les êtres humains ». (TB, Berakhot 43b)

 

בָּרוּךְ אַתָּה ה’ אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם שֶׁלֹּא חִסַּר בְּעוֹלָמוֹ כְּלוּם

וּבָרָא בוֹ בְּרִיּוֹת טוֹבוֹת וְאִילָנוֹת טוֹבוֹת לֵהָנוֹת בָּהֶם בְּנֵי אָדָם.

« Baroukh Ata Ado-nay Élohénou Mélèkh ha’Olam

Chélo ‘Hissèr Bé’Olamo

Kloum Oubara bo Briote Tovot VéIlanote Tovot

Léhanot Bahème Bné Adam »

Partout où tu trouves la puissance du Saint béni soit-Il, tu trouves l’humilité


Chagall

Marc Chagall

Rabbi Yohanan dit : « Partout où tu trouves la puissance (guévoura) du Saint béni soit-Il, tu trouves l’humilité (anvotanouto, du mot « ani »  עני, qui veut dire « humble » et désigne l’attitude à avoir le jour de Yom Kippour). »

Ainsi dans la Torah on lit : « Car l’Éternel, votre Dieu, c’est le Dieu des dieux et le maître des maîtres, Dieu souverain, puissant et redoutable, qui ne fait point acception de personnes, qui ne cède point à la corruption…» et ensuite : « … qui fait droit à l’orphelin et à la veuve; qui témoigne son amour à l’étranger, en lui assurant le pain et le vêtement.» (Dt 10,17-18)

On chante : « Entonnez des chants à Dieu, célébrez son nom, exaltez Celui qui chevauche dans les hauteurs célestes, Éternel est son nom! et faites éclater votre allégresse devant lui »… et ensuite « Dans sa sainte résidence, Dieu est le père des orphelins, le défenseur des veuves.» Psaume 68, 5-6.

Il est écrit : « Ainsi parle celui qui est exalté et élevé, qui règne pour toujours, et dont le nom est saint, etc. » et aussitôt après il est écrit : « Et [Je suis] avec les contrits et les humbles d’esprit » (Isaïe 57,15) (TB Méguila 31a)

« Ecoute, mon fils, les remontrances de ton père, ne délaisse pas les instructions de ta mère » (Livre des proverbes 1,8)


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Image tirée du film Brooklyn Yiddish (en VOD depuis mardi!)

J’adore ce genre de raisonnement tiré du Ach Tov Va Hessed – Une compilation de décisions halakhiques c’est à dire un guide de la jurisprudence de lois journalières d’après le Maran Harav HaGaon Ovadia Yossef, zal (grand guide des séfardim) et du Rishon Létsion HaRav Itshak Yossef Chlita… rapportées par le rav Avraham Cohen Chlita :

« Dit-on Chalom Alekhem quand Pessah tombe un vendredi soir ? Certains décisionnaires disent que l’on ne récite pas Chalom Alekhem quand Pessah tombe un vendredi soir, comme cette année ; car on doit se hâter de faire kidouch. Cependant chacun fera selon sa coutume (miniagh). »

En bref : voilà la Loi et on discute à perte de vue… mais fait ce que ton père et tes ancêtres t’on dit ! car que t’as dit ton père est Torah lemoché mi sinaï, Loi donnée par D-ieu à Moïse sur le mont Sinaï ; c’est beau non ?

Chabbat Chalom !