Massé Berechit / Massé Merkaba


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Abraham et les anges, participant au Maassé Merkaba selon le Midrach.

La mystique juive nous parle du Maassé Berechit- « l’oeuvre de création », qui est associée  au Maassé Merkaba-« l’oeuvre du char ». On retrouve cette association dans le El Adon (D-ieu de la Création) de la prière du matin : « Shevach notnim lo kol tzevah marom. Tiferet u’gedulah serafim ve’ofanim ve’chayot hakodesh. » Ces termes de la mystique biblique et talmudique primitive ne décrivent les cieux mais sont en fait une description de la profondeur de la psychologie humaine comme nous l’avons appris du Rav Harboun.

L’ange de la dispersion et le Maassé Merkaba

« L’Éternel-Dieu dit : « Voici l’homme devenu comme l’un de nous, en ce qu’il connait le bien et le mal. Et maintenant, il pourrait étendre sa main et cueillir aussi du fruit de l’arbre de vie; il en mangerait, et vivrait à jamais. » Et l’Éternel-Dieu le renvoya du jardin d’Éden, pour cultiver la terre d’où il avait été tiré. Ayant chassé l’homme, il posta (vayachéken) en avant du jardin d’Éden les chérubins, avec la lame de l’épée flamboyante, pour garder les abords de l’arbre de vie. » (Gn 3, 22-24)

Ce dernier acte après la chute est difficilement compréhensible :

  • Si le Maassé Beréchit (l’acte de création) décrit l’émergence de l’homme dans le gan eden (le jardin de son humanité !), pourquoi Adam devrait-il quitter ce jardin béni après sa désobéissance, Dieu ne serait-il pas assez grand pour qu’il fasse téchouva quelle que soit la faute du couple ?
  • Pourquoi Adam connaîtrait désormais le bien et le mal comme l’Eternel lui-même ?
  • Pourquoi l’« arbre de vie » lui est-il désormais interdit et l’entrée gardée par les keroubim (chérubins) ?
  • Que signifie cet arbre de « vie » ?
  • Pourquoi les kéroubim qui sont des lions ailés à tête d’homme, sorte d’anges qu’on trouvait en sculpture sur les temples en Babylonie et qu’on retrouve sur l’Arche d’alliance dans le Livre de l’Exode (Ex 25, 18-22) se retrouvent-ici ?
  • Pourquoi tiennent-ils une l’épée (laat) « flamboyante » ou plutôt « tournante » ?

Il faut probablement éclairer ce texte par un autre, son antithèse pour comprendre la clé de ce paradoxe. On ne peut en effet comprendre le massé beréchit qu’à la lumière de son opposé : le Maassé Merkaba – « l’œuvre du Char ». Le problème est que le texte qui éclaire la Genèse est encore plus mystérieux que celui de la Genèse.

Le prophète Ezéchiel commence son livre en nous rapportant qu’il se « trouvait avec les exilés près du fleuve de Kebar », en Babylonie donc à l’époque de l’exil suite au siège de Jérusalem et à la destruction du premier temple en l’an – 586, et il nous dit : « le ciel s’ouvrit et je vis des apparitions divines » (Ez 1, 1)

Suit une description assez étrange de sa vision :

« Or, je vis soudain un vent de tempête venant du Nord, un grand nuage et un feu tourbillonnant avec un rayonnement tout autour, et au centre, au centre du feu, quelque chose comme le hachmal. Et au milieu l’image de quatre Haïot (vivants); et voici leur aspect, elles avaient figure humaine. Chacune avait quatre visages et chacune quatre ailes. Leurs pieds étaient des pieds droits ; la plante de leurs pieds était comme celle d’un veau et ils étincelaient comme de l’airain poli. Et des mains d’hommes apparaissaient sous leurs ailes des quatre côtés ; et les quatre avaient leurs visages et leurs ailes. Quant à la forme de leurs visages, elles avaient toutes quatre une face d’homme et à droite une face de lion, toutes quatre une face de taureau à gauche et toutes quatre une face d’aigle. Et leurs faces et leurs ailes étaient déployées vers le haut ; elles en avaient deux jointes ensemble, et deux recouvraient leur corps. Chacune allait droit devant elle ; du côté où l’esprit dirigeait leur marche, elles allaient, sans se détourner dans leur vol. Quant à l’aspect des Haïot, elles apparaissaient comme des charbons en feu, incandescents, comme des flambeaux ; un feu circulait entre les Haïot, et ce feu avait un rayonnement et du feu sortaient des éclairs. Et les Haïot allaient et venaient, tel l’éclair.

Et je regardais les Haïot, et voici qu’il y avait une roue (ofan) à terre, près des Haïot, vers leurs quatre faces. L’aspect des roues (ofanim) et leur structure ressemblaient au Tarchich; toutes quatre avaient même forme; et pour leur aspect et leur structure, c’était comme si une des roues était encastrée dans l’autre. Elles allaient de leurs quatre côtés, quand elles se mouvaient, sans se retourner dans leur marche. Leurs jantes étaient d’une hauteur redoutable et toutes quatre avaient leurs jantes pleines d’yeux tout autour. Et quand les Haïot marchaient, les roues avançaient aussi avec elles, et quand les Haïot s’élevaient de terre, les roues s’élevaient aussi. Où l’esprit voulait aller, elles allaient, et les roues s’élevaient dans le même sens qu’elles, car l’esprit de la Haïa était dans les roues. […]

Puis, il y eut une voix au-dessus du firmament qui dominait leur tête: quand ils s’arrêtaient, leurs ailes pendaient immobiles. Et par-dessus le firmament qui dominait leur tête, il y avait comme une apparence de pierre de saphir, une forme de trône, et sur cette forme de trône une forme ayant apparence humaine par-dessus. Et je vis comme un hachmal, comme une sorte de feu entouré d’un réceptacle, depuis ce qui semblait ses reins jusqu’en haut; et depuis ce qui semblait ses reins jusqu’en bas, je vis comme un feu avec un rayonnement tout autour. » (Ez 1, 1-27)

Le chariot décrit ici, surmonté de quatre figures humaines ailées, et surtout vivantes – les haïot, des chérubins dorés – ces animaux (v7) à face d’homme du proche orient ancien, tournées vers les 4 horizons, c’est à dire toute la surface de la terre… avance venant du nord, porté par des roues elles-mêmes vivantes, qui font corps avec lui. Le hachmal (un mot qui signifie « énergie, puissance », « électricité » en hébreu moderne) est au milieu surmonté par une voix céleste.

Il est bien clair que la description qu’on trouve ici fait écho à l’arche d’alliance portée par les lévites au désert et aux chérubins d’or ailés qui la surplombent et entre lesquels se tient la Gloire de Dieu.

Tout le livre d’Ezechiel est structuré par la Gloire (kavod) en exil au fleuve Kebar, quand elle quitte le Temple (Ch 8 à 11) puis le réintègre (43, 1-12 ; 44, 2. 4). La vision répond à la question : comment être « vu par Dieu » au Temple lors des trois fêtes de pèlerinage annuel alors que désormais celui-ci n’existe plus ? Sa disparition signifie-t-elle la fin du Dieu d’Israël ?

Un autre texte du Premier livre des Chroniques confirme cette assimilation du chariot d’Ezéchiel à l’arche. Quand David décrit le plan du Temple futur, il décrit l’arche sous le nom de « char ». Un passage qui relie directement le Char à l’arche et aux chérubins.

« « Ecoutez-moi, mes frères, mon peuple! J’avais à cœur, moi, de bâtir une résidence stable pour l’arche d’alliance de l’Eternel et le marche-pied de notre Dieu, et j’avais fait des préparatifs pour cette construction ». Mais Dieu m’a dit: « Ce n’est pas toi qui bâtiras une maison en l’honneur de mon nom, car tu es un homme de guerre, et tu as répandu du sang! » […] [Il remit] aussi le plan du char, des chérubins d’or ayant les ailes étendues et recouvrant l’arche d’alliance du Seigneur » (1Ch 28, 2-3. 18)

Israël en exil privé de son Temple médite sur cette arche qui était dans le saint de saints de son Temple (1 Rois 8, 1–8) désormais détruit. Cette absence lui pose la question du lieu de la Chékhina (de chakan, « demeurer »), de la présence de Dieu qui résidait dans le Saint des Saints, le Lieu. Le mot chakan, un mot qu’on retrouve dans le texte racontant l’expulsion du jardin d’Eden : « il posta (vayachéken) en avant du jardin d’Éden les chérubins ». Et la conclusion des prophètes de l’exil est que la Shékina « git dans la poussière » et que l’arche accompagne Israël en Exil. C’est le symbolisme du chariot entouré de Kéroubim.

La visite de Dieu à Abraham (Gn 18) lui montrera, selon le Midrach (Beréchit Rabba 82, 6) qu’il fait partie du Maassé Merkaba. Dieu lui apparaitra en mérite de la pureté de ses actions généreuses. Sa tente deviendra la résidence de la Chékhina.

De quelle nature est la « gloire » qu’on trouve sur le chariot entre les chérubins et qui ressemble étrangement au glaive de feu tournoyant tenu par le chérubin à la porte du jardin d’Eden, « à l’orient » justement puisque c’est vers cette direction qu’ont été déportés les exilés par les Babyloniens… et que la Gloire reviendra dans le Temple (Ez 43, 4)

Le Yalkout Chimoni sur Ezéchiel explique ce qu’est un hachmal :

« Qu’est-ce qu’un ‘hachmal’ ? Rabbi Yéhouda décompose en ech et amar « puissance de feu qui parle ». Et dans la Michna on a enseigné : « parfois silencieux (‘hach) parfois parlant (mal). Quand la parole jaillit du Tout Puissant, elles (les puissances) se taisent; quand la parole ne jaillit pas du Tout Puissant, elles parlent. »

Le Chabbat a permis en Babylonie de construire un sanctuaire dans le temps qui permet de sortir des tâches de la semaines symbolisées par les taches servant à construire le tabernacle au désert. Ce saint des saints dans le temps permet grâce au septième jour de sanctifier les six autres jours profanes (massé berechit). De la même manière, le Massé Merkaba fonctionne comme l’arche du saint des saints accompagnant Israël au désert et étendant la Chékhina au monde entier. Le Talmud dit que le chabbat, qui permet de retrouver son âme, « sauve de l’exil » :

« Rav Naḥman Bar Yitz Yak a déclaré : Celui qui se régale (de chabbat) est sauvé de l’oppression de l’exil. Car il est écrit ici (à propos de Chabbat) : ‘‘Et je vous ferai monter sur les hauteurs (bamotei) du monde’’ (Is 58,14), et il est écrit: ‘‘Heureux es-tu Israël, qui te ressemble ? Une nation rachetée par Dieu, le bouclier qui vous aide et l’épée de votre triomphe. Vos ennemis tenteront de vous vaincre et vous piétinerez leurs hauts lieux (bamoteimo)’’(Dt 33, 29). Rav Yehuda a déclaré que Rav avait déclaré : Tous ceux qui aiment le Shabbat, Dieu leur accorde les désirs de leur coeur, comme il est dit : « Et vous vous régalerez de Dieu et Il vous accordera les désirs de votre coeur » (Ps 37, 4). Ce plaisir je ne sais pas ce que c’est. Quand il dit: ‘‘Et vous appellerez le Chabbat plaisir (oneg)’’, ce plaisir c’est le Shabbat.» (TB Chabbat 118b)

Le chabbat est l’héritage de Jacob est l’héritage de Jacob « au sujet duquel il est écrit, ‘‘et tu t’étendras à l’ouest, à l’est, au nord et au sud” (Gn 28, 14). Il n’y a pas de limites pour la portion de Jacob. » (TB Chabbat 118b).

Les quatre vivants d’Ezéchiel sont tournés vers les quatre horizons et remplissent l’univers non seulement sur toute sa surface mais aussi de haut en bas. Bref, la Gloire de Dieu remplit tout l’espace, tout l’univers. Ce passage est explicité de manière allusive dans le traité Haguigua quand il parle du Maasé Merkaba et fait allusion à un Adam ‘cosmique’ qui remplit l’univers avant le péché.

L’Adam cosmique

« Rav Yehuda dit que Rav dit : Adam, le premier homme, s’étendait d’un bout du monde à l’autre, ainsi qu’il est écrit: ‘‘Depuis le jour où Dieu a créé l’homme sur la terre et d’un bout du ciel à l’autre’’ (Dt 4, 32 ), ce qui signifie que le jour où Adam a été créé, il couvrait d’un bout des cieux à l’autre. Une fois qu’Adam a péché, le Saint, béni soit-il, a posé sa main sur lui et l’a diminué, comme il est écrit : ‘‘Tu me devances et me poursuis tu m’enserres tu as posé ta main sur moi’’ (Ps 139, 5), Adam a d’abord parlé « derrière et avant », ce qui signifie partout, puis Dieu a posé sa main sur lui et l’a diminué. (TB Sanhédrin 38b)

Rabbi Elazar dit: ‘‘Adam, le premier homme, fut à la hauteur du sol jusqu’à son firmament, ainsi qu’il est énoncé:« Depuis le jour où Dieu a créé l’homme sur la terre, et d’un bout du ciel à l’autre.’’ Adam se leva. “Sur la terre” et s’est levé jusqu’au bout des cieux. Une fois qu’Adam a péché, le Saint, béni soit-il, pose sa main sur lui et le diminue, comme il est écrit: « Tu me devance et me poursuis tu m’enserres tu as posé ta main sur moi  » Ces versets se contredisent. La première interprétation est que sa taille allait d’un bout du monde à l’autre et la seconde interprétation est qu’il allait de la terre jusqu’au ciel. L’un et l’autre valent : d’un bout du monde à l’autre et de la terre jusqu’au ciel, sont une seule mesure, c’est-à-dire la même distance. » (TB Sanhédrin 38b)

La mystique juive s’emparera de ce thème dans le Chiour Koma (mesure du corps de Dieu), la partie des plus anthropomorphiques du Zohar au Moyen Age pour en exalter l’immensité extatique par des mesures incommensurables et des combinaisons littérales et numériques.

Mais cet Adam cosmique hypostasié dans la figure du Métatron, un ange suprême envoyé par Dieu pour guider Israël au désert (Ex 23, 20) sorte de démiurge est déjà présent chez le Midrach et le Talmud… (TB Sanhédrin 38b). Elicha Ben Abouya sombrera dans l’hérésie en contemplant le Métatron. Il finira par croire qu’il y a deux divinités dans le ciel (TB Haguiga 14a). On peut penser qu’il fleurtait avec les thèses des minim de la 19ème « bénédiction », des chrétiens ou des juifs hellénisés.

Le traité Haguiga poursuit sa description de l’Adam cosmique en disant que Dieu a montré à Adam chaque génération d’étudiants en Torah jusqu’à Rabbi Akiba…

« Reish Lakish dit: Quel est le sens de ce qui est écrit: « Ceci est le livre des générations d’Adam » ( Gn 5, 1 ) ? Ce verset enseigne que le Saint, béni soit-Il, a montré à Adam chaque génération et ses interprètes de la Torah, chaque génération et ses sages. » (TB Sanhédrin 38b)

Bref l’exil d’Adam du jardin d’Eden dont parle le Maassé Beréchit c’est l’humanité toute entière répandue sur toute la terre du début à la fin de l’histoire, Adam est l’archétype de l’humanité en route, une humanité que Dieu n’abandonne pas dans son exil comme le montre le Maassé Merkaba. Et l’arbre de vie dont il est ici question donne naissance aux hayot, à l’Humanité vivante d’une vie sans fin, traversant l’histoire du monde comme le peuple au désert, accompagnée par le Shékina « dans la poussière » transférée du saint des saints à toute la terre, c’est-à-dire à toute les Nations. C’est le paradoxe de l’Exil : sans l’Exil les Nations ne connaitraient pas l’Eternel. Et pourtant l’exil détruit Israël.

Massé Beréchit / Massé Merkaba, structuration du psychisme humain

Le judaïsme se méfie de la mystique quand elle prétend être un dépassement des mitsvot ou du Talmud et plus simplement quand elle s’affranchit de la raison. C’est le cas de l’œuvre du Char.

« On n’enseigne pas les lois des unions interdites devant trois étudiants, ni l’oeuvre du Commencement devant deux, ni l’oeuvre du Char, fût-ce à un étudiant, à moins qu’il soit sage et comprenne de lui-même. » (TB Haguiga 2a).

Mais on doit pousser plus loin cette analyse. Jusque dans ses conséquences psychiques les plus profondes. Le Maassé Beréchit, m’a dit le Rav Haïm Harboun :

« … représente la terre d’Israël, le Massé Merkaba c’est le juif en galout (dispersion, exil, diaspora).
En terre d’Israël le juif vit sous les ailes de la Providence, il est protégé, il est construit dans son identité, il est fortifié par la bénédiction. Mais quand le juif part en galout, il perd son identité, il est dispersé, fragmenté, il souffre.
Le mot Galout nous dit le Maharal est composée de la racine : guimel, lamed, hé, qui donne le verbe galé : « découvrir » (ani mégalé : « je découvre »).
Le juif en diaspora « découvre » son vrai caractère, il se connait. « La galout mange les juifs » dit le proverbe talmudique. En galout le juif voit su ses convictions sont solides. Dans l’exil le peuple juif perd son intériorité mais il connait « le bien et le mal » dont il ignorait tout jusque-là.
Celui qui n’est pas passé par la galout n’a jamais souffert il ne peut pas comprendre quelqu’un qui souffre. »

Nous sommes à la fois des psychismes en miettes, dispersés, incapables de recueil et d’accueil, physiquement en galout, en diaspora, dispersés dans le monde de la duplicité. Fracture mentale, fracture sociale, fracture spirituelle donc. Mais nous possédons en nous en même temps au plus profond de nous l’image de Dieu, un principe d’Unitude qui nous appelle à l’unité intérieure.

Les deux mots galout (exil) et guéoula (rédemption) ne diffèrent que par une lettre nous dit le Maharal de Prague. Ils contiennent tous les deux les lettres guimel et lamed, mais galout contient la lettre hé. De valeur 4 comme les quatre dimensions de l’univers. Le mot guéoula contient les lettres guimel – aleph – lamed. La lettre aleph étant la première lettre, celle de l’intériorité, du retour à l’unité. Israël est l’aleph des nations qui va leur rendre leur intériorité, les relier.

Exil et Rédemption sont les deux faces d’une même réalité ontologique qui traverse l’âme humaine. Sans l’exil, Israël ne pourrait se répandre parmi les nations pour accomplir sa mission et en même temps cet exil exige sa techouva, son « retour » vers sa terre qui n’est rien d’autre que son gan eden.

L’Exil du gan Eden, l’exil d’Israël de sa terre lui fait « découvrir » son moi profond, l’expose à la violence, sa propre violence désormais froidement lisible, fratricide.

L’antisémitisme ou l’envers du désir d’exister


antisemitismL’antisémitisme a un peu plus de 3000 ans, c’est-à-dire l’âge du peuple juif, et il ne s’arrêtera pas. Pourquoi ? Parce que les antisémites de tous poils ne négocient pas avec Israël ou avec des juifs réels mais avec un juif imaginaire qui n’est que l’envers de la frustration de leur désir d’exister. L’antisémitisme est une histoire d’égo frustré, de conscience sociale ou religieuse humiliée.

Les antisémites de tous poils se contrefichent bien du sort des palestiniens, d’Israël ou des juifs du 93 sans le sou, de tous les juifs réels qui vivent des petites vies en essayant d’apporter leur pierre à l’édifice de la civilisation humaine par l’éducation de leurs enfants, l’étude et la prière puisqu’ils utilisent le juif imaginaire pour combler leur déficit à être.

La haine des juifs est la réponse à l’angoisse existentielle humaine. Elle a déjà une longue histoire. Lire la suite de « L’antisémitisme ou l’envers du désir d’exister »

« Le message de Jésus, Vérités et manipulations » dans Le Monde des Religion


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20181025_213744ICI UNE VERSION PLUS DÉTAILLÉE DE L’ARTICLE :

Quelle est votre méthode pour tenter de remonter au « Jésus historique » ? 

Ma méthode pour remonter, autant que possible ! au Jésus de l’histoire a été :

De relire les évangiles pour ce qu’ils ont été, c’est à dire des midrachim (de la racine darach , chercher) juifs dans le monde littéraire juif de leur époque. Ces midrachim cherchent à montrer en quoi l’Ecriture s’accomplit pour eux grâce à un maître particulier dont le nom Josué, Yoshoua signifie « le salut ». Lire la suite de « « Le message de Jésus, Vérités et manipulations » dans Le Monde des Religion »

D-ieu peut-il souffrir ?


La guémara du Traité Sanhédrin raconte une histoire étrange :

Rabbi Meir dit  le pasouq «car celui qui est pendu est une malédiction (kilelat) de Dieu» doit être comprise comme cela : Quand l’ homme souffre à la suite de son péché (suite à une pendaison), quelle expression la Présence Divine (Chekhina) utilise-t-elle? Ma tête est trop lourde [kallani] mon bras est trop lourd, ce qui signifie que moi aussi je souffre lorsque les méchants sont punis. Il en découle que si le Lieu (A Maqom-  D.ieu) souffre à cause du sang des méchants (quand il est versé et qu’ils méritent d’être punis), a fortiori le sang des justes. (TB Sanhédrin 46 a)

Cette guemara exprime à quel point il est douloureux pour D.ieu lorsque ses enfants souffrent, même s’ils méritent d’être punis pour leurs iniquités, comme un père déplorerait la douleur de son fils pécheur.

Kalonymus Shapiro

Elle m’a été suggéré par le rabbin Kalonymus Shapiro (1889–3 November 1943), Rabbin au Ghetto de Varsovie (dont il faut lire l’excellente biographie par Catherine Challier) a relu cette phrase en disant que non seulement l’Omniprésent se « contracte » pour que l’homme ne soit pas pulvérisé par sa présence et qu’il le cherche mais aussi qu’il y a en Dieu de l’empathie pour sa créature et qu’il se « contracte » face à l’injustice. Les mots utilisés : « tête lourde, bras lourds » sont bien sûr des allégories, le Lieu n’a ni tête ni bras ! 

Il ne s’agit pas d’une réflexion d’un intellectuel au chaud, mais celle d’un homme qui essaie de comprendre la souffrance injuste des innocents qui évidement n’a aucune réponse en ce monde. le rabbin Kalonymus Shapiro voit alors mourir autour de lui les enfants, les nazis procéder chaque jour à des exécutions sommaire et procéder à des sélections dans la nasse du Ghetto de Varsovie.

C’est la réflexion d’un homme qui se demande comment rester un juste et garder foi dans le D.ieu d’Israël quand seul reste l’argument de survie. Une foi qui restera forte et inébranlable chez lui et qui a continué à inspirer les autres jusqu’à la fin de sa vie. Il a vécu toutes les étapes du ghetto: sa fermeture à l’automne 1939, le typhus de l’hiver 1941, les déportations massives vers Treblinka de l’été 1942 et la révolte héroïque d’avril 1943. Il fut finalement déporté dans un camp de travail et fusillé en novembre 1943, probablement après une tentative de soulèvement.

Il nous reste de lui le Aish Kodesh (le feu sacré), un mince volume qui présente ses derachot lors de rassemblements clandestins de la Sé’oudah chlichit . (une conférence ici

« Mon fils que cherches-tu ? » « Tu as posé une question importante »


Blessing

Il n’y a pas de question idiote. Chacun de nous devrait vivre cet instant sur terre comme le dernier et la simple question d’autrui comme un miracle. Celui qui pose une question à un autre manifeste leur humanité commune. Est père celui qui est engendré par la question de son fils. Est maître celui qui est capable de s’enrichir de la question de n’importe quel passant.

« Ben Zoma disait : Qui est sage ? C’est celui qui apprend de chaque homme » nous dit le Pirké Avot (4,1)… est Sage (Hakham) et non pas le savant ou celui qui a la tête bien remplie comme on pourrait le croire et dispenserait généreusement son savoir… mais celui qui s’enrichit des questions des autres.

Une anecdote talmudique rapportée au traité Chabbat 30b-31a raconte cette patience paternelle du Sage Hillel ou premier siècle que le Pirqé Avot caractérise par une de ses citations : ‘‘Aime les créatures et amène-les à la Torah” (1,12) :

« On raconte que deux hommes avaient fait un pari. Ils dirent : « celui-qui réussira à mettre Hillel en colère aura gagné quatre cents zouz » (le salaire mensuel d’un ouvrier). Lire la suite de « « Mon fils que cherches-tu ? » « Tu as posé une question importante » »

Aux origines de la Cabbale


Arbre des séfirot

À l’intérieur du monde séfirotique, les attributs sont combinés suivant divers aspects. Leur lien est souvent représenté dans un schéma graphique, appelé symboliquement l’« arbre séfirotique » (ci-dessus)

La Cabbale avant le Zohar en Languedoc

La base de la Cabbale (de l’hébreu קבלה Qabbala « réception ») apparaît au sein du judaisme de Languedoc à Posquière-Vauvert (Gard) dans le dernier tiers du XIIème sicèle et la première moitié du XIIIème siècle. Les représentants en sont Acher Ben David et son neveu Isaac l’aveugle. Lire la suite de « Aux origines de la Cabbale »

Le Zohar par Charles Mopsik (zal)