Relire Qohélet, pour garder l’espoir

Ce temps de Covid est propice à relire Qohélet. Le livre de « celui qui parle à la foule (qahal) » est pourtant… quasiment inconnu du grand public.
Cela tombe bien, le psychanalyste, psychiatre et penseur juif Gérard Haddad vient de l’exhumer pour le faire revivre dans une traduction révolutionnaire.

Folie des folies

Le livre de Qohélet est le récit d’un homme brisé. Arrivé à la fin de son existence, celui qui nous est présenté comme « Fils de David roi à Jérusalem » parle à la foule à la première personne dans un témoignage personnel sans aucune concession sur ce qui lui est arrivé dans sa misérable existence de monarque.

Hevel havalim hakol Hevel, ce leitmotiv de Qohélet doit se traduire non pas « Vanité des vanités tout est vain », bref « la vie est nulle » mais « buée des buées » nous dit le Midrach.

 « Buée de buée, c’est comme un couscoussier à sept étages, la vapeur traverse successivement les différentes couches de couscous, mais arrivée au septième étage, que reste-t-il du fumet ? » (Qohélet Rabba 1, 2)

Sept, car le premier verset de Qohélet contient sept fois le mot hévél (en réalité cinq fois dont deux sont des pluriels, donc 7)

« Folie des folies, a dit Qohélet, folie des folies, tout est folie » (Qo 1, 2)

הֲבֵל הֲבָלִים אָמַר קֹהֶלֶת הֲבֵל הֲבָלִים הַכֹּל הָבֶל.

… L’idée d’evel est celle de la fugacité, quelque chose qu’on ne peut pas saisir. Une de ces métaphores de la réalité humaine auxquelles est habitué le midrach.

« Folie des folie tout est folie » nous propose de traduire Gérard Haddad à partir de l’arabe tunisien. En écho, de ce que Lacan répétait : « Tous à l’asile, tous à l’asile ! Tous fous ». « Son ultime diagnostic sur l’humanité moderne à quelques mois de la quitter » nous dit le psychanalyste et psychiatre Gérard Haddad [1] qui ajoute en commentaire privé : « tout le monde est fou, le psychotique, c’est celui qui a baissé les bras »

hevel, un mot qu’on peut traduire par « folie » au sens de démesure, de l’hubris grecque, cette passion violente inspirée par l’orgueil. Hypernarcissique.

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Antonietta Haddad : Heureuse qui comme l’eau…

Baroukh Dayan Haemet.

Antonietta Haddad, zikhrona Livrakha, nous a quittés cette nuit suite à une très longue maladie.

Puisse cet article apporter le réconfort à son mari Gérard et à toute sa famille.

Antonietta c’est celle qui agissait. Celle qu’on ne voyait pas. C’est elle qui nous a préparé le Msouki à chaque Seder de Pessah depuis nos premiers pas dans le judaïsme il y a 10 ans. Celle qui nous a accueillis à chaque Seder de Roch Achana dans cet étrange repas de mots décrit par son mari psychanalyste Gérard dans Manger le livre.

Gérard parle (et écrit) et Antonietta cuisine, c’est l’image qui s’est gravée dans ma mémoire.

Antonietta, sert de l’eau aux convives et elle dit doucement : « Tu en veux Didier ? », un puits de bonté.

Elle avait écrit : Freud en Italie : psychanalyse du voyage, avec Gérard.

Originaire de Venise, elle venait de la ville bâtie sur l’eau , convertie par le Rav Raphaël Yaakov Israël de Sarcelle. L’eau c’est la Torah pour nos sages.

Une de ces juives du fond de l’âme qu’on ne voit pas. Généreuse. Aimante. Patiente. Miséricordieuse.

Elle est partie là-bas. Là-haut. Là d’où vient la pluie de Souccot et où s’évaporent les larmes.

Son souvenir nous élève.

Elle nous a quittés à Hocha’ana Raba, dernier jour de Souccot, jour du « jugement sur l’eau », la fête des femmes par excellence. [1] Jour étrange que ce septième jour de Souccot où la joie doit culminer, fête de l’eau qui précède Sim’ha Torah, le joie de la Torah.

A l’époque du second Temple, c’était la liesse dans la cour des femmes du Temple pour cette fête de l’eau.

Le Talmud dit :

« Celui qui n’a pas vu la joie de Sim’hat Beth Hachoéva (littéralement : « la joie de puiser de l’eau ») n’a pas vu de joie de sa vie. »

TB Soucca 5,1

Etrange Sim’ha, comme si en ce monde la joie c’était aussi les larmes.

Moi je pleure.

Baroukh Dayan Haemet


[1] Mishna Roch Hachana 1,2, cf. ;  Zacharie 14, 16-19.

Moïse Maimonide : la mitsva de la joie à Souccot

Sefer Zemanim, Lois du Loulav : Chapitre Sept

Bien que ce soit une mitsva de se réjouir pendant toutes les fêtes, il y avait une célébration supplémentaire dans le Temple durant la fête de Souccot, ainsi qu’il est dit : « Vous vous réjouirez sept jours devant l’Eternel votre D.ieu ». Comment faisaient-ils ? La veille de la première nuit de fête, ils préparaient dans le Temple un endroit pour les femmes en haut et [un endroit] pour les hommes en bas, de sorte qu’ils ne se mélangent pas les uns avec les autres. On commence à se réjouir la nuit après le premier jour de fête. Et de même, chaque jour de ‘Hol Hamoed, après avoir offert le sacrifice de l’après-midi, on commence à se réjouir le reste de la journée et toute la nuit.

Comment se passait ces réjouissances ? On sonnait de la flûte, on chantait avec une harpe, une luth et des cymbales, et chacun avec l’instrument qu’il connaît. Celui qui savait chanter chantait. On dansait, on tapait des mains, on sautait et on sifflait, chacun à la manière qu’il connaissait, et on récitait des chants et des louanges. Cette joie ne prévaut ni sur le Chabbat, ni sur les jours de fête.

Il est une mitsva d’accroître cette joie. Ce n’était pas les ignorants ou quiconque le désirait qui participaient à ces danses, mais les grands sages d’Israël, les directeurs d’école rabbinique, les membres de la Cour Suprême, les pieux, les anciens, et les hommes de stature ; ils dansaient, tapaient des mains, chantaient et se réjouissaient dans le Temple pendant la fête de Souccot. Cependant, tout le monde, les hommes et les femmes venaient voir et entendre.

La joie par laquelle l’homme doit se réjouir dans l’accomplissement d’un commandement, l’amour du D.ieu Qui les a ordonné, est un grand service. Quiconque se prive de cette joie est digne d’être puni, ainsi qu’il est dit : « Parce que tu n’as pas servi l’Eternel ton D.ieu avec joie et un cœur réjoui ». Et quiconque se sent fier, se donne de l’honneur, et agit hautainement dans ces occasions [de sorte qu’il refuse d’exprimer cette joie], est un pécheur et un idiot. A ce sujet, le Roi Salomon a mis en garde, et dit : « Ne cherches pas la gloire devant le Roi ». Et quiconque s’abaisse et se conduit humblement dans ces occasions, est [véritablement] un grand [homme], digne d’honneur et qui sert [D.ieu] par amour. Et de même, David, le Roi d’Israël, dit : « Je me considérais même plus inférieur à cela et j’étais humble à mes yeux ». Et il n’y a pas d’autre grandeur et d’honneur que de se réjouir devant D.ieu, ainsi qu’il est dit : « Le roi David dansait, sautait, et sifflait devant D.ieu ».

Le cédrat de Souccot, les multiples avis des Sages

« Vous prendrez, le premier jour, du fruit de l’arbre hadar, des branches de palmier, des rameaux de l’arbre aboth et des saules de rivière; et vous vous réjouirez, en présence de l’Éternel votre D.ieu, pendant sept jours. » 

Lv 23, 40

La tradition commente largement cela dans les pages 30-36b du Traité Soucca :

L’etz hadar, le fruit de l’arbre magnifique a été compris comme le cédrat par la tradition juive.

« le fruit de l’arbre hadar », fait référence à Israël : de même que l’Etrog (cédrat) a un goût et un parfum, le peuple d’Israël compte des personnes qui possèdent la Torah et des bonnes actions.

«des branches de palmier », fait référence à Israël : de même que la date a un goût mais est dépourvue de parfum, le peuple d’Israël compte des personnes qui possèdent la Torah mais non pas des bonnes actions.

« des rameaux de l’arbre aboth », fait référence à Israël : de même que le myrte a un parfum mais est dépourvu de goût, le peuple d’Israël compte des personnes qui ne possèdent pas la Torah mais ont des bonnes actions.

«et des saules de rivière », fait référence à Israël : de même que le saule n’a ni goût ni parfum, le peuple d’Israël compte des personnes qui ne possèdent ni Torah ni bonnes actions.

Que leur fait Hachem ? Les annihiler, cela n’est pas possible ! Hachem dit : Que tous s’attachent dans un seul bouquet et les uns feront expiations pour les autres. Si vous faites ainsi, au moment (de ce lien), Je monte ; c’est pourquoi il est dit (Amos, 9 :6) : « Il a bâti dans les cimes sa demeure sublime (Ma’aLotav) » – quand monte-t-Il ? quand ils forment un seul bouquet, ainsi que le verset poursuit : « et appuyé sa voûte (Agoudato, litt. Son bouquet) sur la terre ».
Aussi, Moshé enjoint le peuple d’Israël : «Vous prendrez, le premier jour ».

Vayikra Rabba, 30, 12

 » Si des imperfections semblables à une ébullition sont apparues sur la majorité de l’ etrog ; si sa protubérance en forme de pilon sur la partie supérieure, l’extrémité de la fleur a été enlevée; si l’ etrog a été pelé, fendu ou percé et qu’il en manque une quantité, il est inapte. Cependant, si des imperfections semblables à une ébullition n’apparaissaient que sur mois de la moitié de la surface; si sa tige, qui le relie à l’arbre, a été enlevée; ou qu’il a été percé mais ne manquer pas de matière, il est conforme. Un etrog Cushite , qui est noir comme un Cushite, est impropre. Et en ce qui concerne un etrog c’est-à-dire vert poireau, le rabbin Meir le juge convenable et le rabbin Yehuda le juge inapte. Quelle est la mesure minimale d’un petit etrog ? Le rabbin Meir dit: Il ne peut pas plus petit qu’une noix en vrac. Le rabbin Yehuda dit: Il ne peut-être pas être plus petit qu’un œuf en vrac. Et pour un grand etrog , la mesure maximale est qu’on puisse en tenir deux dans sa main; selon rabbi Yehuda. Le rabbin Yosei dit: Il est conforme même s’il est si grand qu’il ne peut en tenir qu’un dans ses deux mains.« 

TB Soucca 34b

 » Rabbi Yehuda HaNasi dit: Ne lisez pas le verset tel qu’il est écrit, hadar , signifiant beau, mais lisez-le plutôt hadir , c’est-à-dire la bergerie. Et cela signifie que, tout comme dans cet enclos, il y a des grands et des petits moutons, des moutons sans tache et tachetés , de même que cet arbre a des fruits grands et petits, des fruits impeccables et tachetés . La Gemara s’interroge: Est-ce à dire que parmi les autres fruits il n’y a pas de grands et petits fruits, sans défaut et tachetés ? Comment cette description identifie- t-elle spécifiquement l’ etrog ? C’est plutôt ce que dit le rabbin Yehuda HaNasi : Tout comme dans un enclos, il y a à la fois des grands et petits moutons ensemble, de même, sur un arbre etrog , lorsque les petits apparaissent , les grands existent toujours sur l’arbre; ce qui n’est pas le cas des autres arbres fruitiers. »

TB Soucca 35a

 » La mishna continue: si des imperfections en forme d’ébullition sont apparues sur la majorité de l’ etrog , il est inapte. Rav Ḥisda a dit: Cette déclaration a été déclarée par notre grand rabbin, Rav, et que l’Omniprésent lui vienne en aide. Les Sages ont enseigné cette halakha seulement dans un cas où les imperfections sont concentrées en un seul endroit; cependant, si elles sont distribués à deux ou trois endroits dans l’ etrog , il convient. Rava dit au Rav Ḥisda: Si les imperfections sont réparties en deux ou trois endroits, c’est comme si le etrog était moucheté de différentes couleurs à différents endroits; il manque de beauté et est certainement inapte.« 

TB Soucca 35b

« La mishna continue: si son pitam a été enlevé, il est inapte. Le rabbin Yitzhak ben Elazar a enseigné une baraïta : cela signifie que si sa protubérance semblable à un pilon à son extrémité supérieure a été supprimée.« 

TB Soucca 35b

Tachlikh, « Tu jetteras »

L’après midi de Roch Achana après Minha on jette un caillou dans l’eau avec nos péchés… mais on peut jusqu’à la fin de Souccot !

Ce rite s’appelle « Tachlikh », (littéralement « tu jetteras »), en référence au verset biblique :

« Et tu jetteras tous tes péchés dans les profondeurs de la mer. »

Michée 7, 19

Pour moi il faut un grand cours d’eau !

Nous avons la capacité de changer et de nous délester de nos fautes. C’est le message de Tachlikh.

Chana Tova !

Chabbat Chouva Chalom !

Plateau iranien, 18e siècle.

Un passage énigmatique tiré du Talmud de Jérusalem (Makot 11 a) nous éclaire sur la Techouva :

« On demanda à la Hokhmah, la Sagesse : Qu’adviendra-t-il d’une âme qui a fauté ? La hohkmah répondit : « Le fauteur ; le mal le poursuivra ».
On posa la même question à la prophétie. Elle répondit : « Le fauteur devra mourir ! »
On posa la même question à la Torah qui répondit : « Qu’il apporte un sacrifice et le pardon lui sera accordé. »
Enfin, on demanda à D.ieu ! D.ieu répondit : « Qu’il fasse Téchouva, qu’il retourne à D.ieu et il sera pardonné. »

Tout cela est bien étrange. Pourquoi la sagesse, la Prophétie, la Torah et D.ieu auraient quatre avis différents ? Les quatre réponses apportées par la sagesse, la prophétie, la Torah et D.ieu sont les quatre étapes indispensables au pardon. Elles ne s’opposent pas mais se suivent. On ne peut pas pardonner comme ça de but en blanc, d’un pardon à bon marché qui ne coute rien mais qui finalement ne vaut rien ! C’est un chemin en quatre étapes. Pour « faire Téchouva », pour opérer un retour sincère à D.ieu. il faut d’abord parcourir une première étape que nous suggère la sagesse, la Hokhmah quand nous prenons un peu de recul. « Le fauteur ; le mal le poursuivra ! »

Nous prenons d’abord conscience de la gravité de notre faute. Nous avons blessé inutilement, nous avons trompé, volé, blessé, peut-être tué en disant du mal à distance. Le lachion hara peut faire tant de mal à distance ! Tant que nous ne sommes pas hantés par notre faute en y pensant chaque fois que nous nous arrêtons, rien ne peut arriver, cette faute détruit notre entourage, mais surtout notre culpabilité détruit. Nous devons être rongés par la faute pour que nos mauvaises actions ne continuent pas leur œuvre de mort en nous, dans notre couple, dans notre famille, dans la communauté, dans la société.

Une fois que nous avons pris conscience du mal que nous avons fait, arrive le message de la prophétie : « Qu’il meurt ! ». Nous sommes écrasés de remords. Nous prenons alors conscience que D.ieu nous a donné un cœur, un corps, une intelligence, la santé et que nous les avons utilisé pour faire souffrir notre prochain. Celui qui est fermement repentant arrive à la conclusion qu’il a gaspillé le don de D.ieu. Nous avons réalisé l’opposé de qui est dit par la Torah qui veut nous faire vivre. Notre vie en ce monde ne vaut donc plus rien : « Qu’il meurt ! » dit la Prophétie.

La Torah rentre alors en piste, c’est le dernier espoir : « Qu’il apporte un sacrifice et le pardon lui sera accordé. ». Mais pourquoi un sacrifice ? D.ieu aurait-il besoin qu’on tue des bêtes pour le satisfaire ? Le sacrifice, le korban d’une bête au Temple, provoque un électrochoc dans l’esprit de celui qui est sincèrement traversé par un remord déchirant. Grâce à ce choc émotionnel, je vois mon plus beau bien, ma plus belle bête sans défaut (temim), mourir. Je prends alors conscience que c’est moi qui aurait dû me trouver sur l’autel à la place de cet animal.

A ce moment, c’est la quatrième étape. Ne peut y arriver que le repentant sincère ! L’Eternel dit simplement : « Qu’il fasse Téchouva, qu’il retourne à D.ieu et il sera pardonné. » D.ieu attend de nous que nous nous améliorions, que nous modifiions notre comportement, et que nous changions nos habitudes. Et à cette seule condition d’avoir franchi ces quatre étapes, nous dit le Talmud, la culpabilité est effacée.

La religion sans folie, le message de Kippour

Kippour arrive. En ce jour étrange un petit club se réunit et complote toute la journée à huis clos juste pour raconter à nouveau un rite pratiqué dans le Temple de Jérusalem qui n’existe plus depuis 2 millénaires ! Ce rite méconnu, pratiqué par une minorité d’irréductibles perdants, semble pourtant un bon symbole d’une religion sans déraison.

Tous psychotiques

La psychose semble en train de devenir le mode d’être habituel de Sapiens à l’heure d’Internet en ce siècle supposé être spirituel ou ne pas être, et les religions suivent.

Comme me l’a un jour dit un jour le psychanalyste Gérard Haddad :

« Tout être humain se bat avec la folie. Le psychotique c’est celui qui a renoncé et a baissé les bras »

Les psychoses sont des maladies mentales où domine la perte de sens de la réalité souvent jointe avec une surestimation ou une sous-estimation de soi-même (délire de grandeur ou/et sentiment d’inutilité et d’anéantissement), accompagnée parfois de crises thymiques (maniaco-dépression / bipolarité) ou des clivage parfois délirants (schizophrénie) dans lesquelles le sujet est parfois inconscient ou dans le déni de sa propre pathologie.

La paranoïa est une forme de psychose. Une maladie psychique à bas bruit dont la construction imaginaire infantile peut se manifester par des décompensations brutales à l’âge adulte. La recherche d’un ennemi imaginaire (le voisin de bureau, le juif, …) permet à un self insécurisé de se consolider dans le déni d’autrui comme sujet. Ce mode d’être au monde, à travers les complotisme de tous poils, semble malheureusement en train de devenir la norme.

Les magazines féminins, nouveaux avatars de psychanalyse sauvage sont pleins de ces PN (pervers narcissiques) où chacune reconnait son chef de bureau ou son conjoint malintentionné… sans jamais se remettre en cause un seul instant. L’époque est à l’auto-fiction une confession sous forme d’auto-absolution, et à metoo qui accuse, pas à la reconnaissance de ses propres fautes ou de son ambivalence.

En réalité personne n’échappe à la psychose collective qui s’est emparée de l’humanité au temps des grands médias technologiques que sont la télévision puis l’Internet. La carte a remplacé le territoire selon la prophétie de Borgès.

Car les médias contemporains et autres « sachant pour autrui » que sont les élites post-modernes écrivent une sorte de carte du réel qui tend à se superposer à ce réel lui-même selon la nouvelle de Borgès : La carte et le territoire, reprise par Baudrillard dans Simulacre et simulation. Il n’est de vérité que le récit projeté sur le réel et non la réalité elle-même. Ecoutons Borgès :

« En cet empire, l’Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d’une seule Province occupait toute une Ville et la Carte de l’Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées cessèrent de donner satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l’Empire, qui avait le Format de l’Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. Moins passionnées pour l’Étude de la Cartographie, les Générations Suivantes réfléchirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elles l’abandonnèrent à l’Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l’Ouest, subsistent des Ruines très abîmées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n’y a plus d’autre trace des Disciplines Géographiques. »[1]

Jorge Luis Borges

La popularité des Michel Onfray avec sa nouvelle revue « Le front populaire ou d’Eric Zemmour sur Cnews, quand il ne s’agit pas de Marion Maréchal – dont l’occultation du nom Le Pen signale probablement une psychose de troisième génération, l’appel à la vérité du « pays réel » pour ne pas dire « français de souche » semblent constituer une forme de protestation contre un réel fake dicté par le dernier des grands récits idéologiques du siècle dernier après la chute du communisme : la globalisation et le boundaryless, c’est-à-dire le local sans les murs, seraient orchestrés en pure fake par des élites politico-journalistique supposées avoir trahi le peuple, Emmanuel Macron après Nicolas Sarkozy représentant la quintessence de cette déconfiture (gageons que le élites se contrefichent du peuple au moins depuis Charlemagne !). Le complot de la richesse et des grands banquiers occultes du groupe de Bilderberg aurait donc remplacé celui des Jésuites (le pape François favorable aux migrants serait l’apôtre du sans-frontiérisme…), des Sages de Sion ou des judéo-maçons … mais la syntaxe conspirationniste reste à peu de choses près la même.

La subjectivité moderne est emplie de croyances proclamées comme des évidences par les sciences, les médias de masse qui soutiennent notre action quotidienne , en même temps que la croyance religieuse est disqualifiée comme folie délirante. Hors la psychose ne relève pas la croyance mais de la certitude.

L’impression d’être l’acteur du Truman Show, Truman, cet homme vrai (true man) comédien d’une imposture où il n’est de vérité que récit spectaculaire à haute densité émotionnelle est probablement la condition de l’homme moderne. Une psychose sociale.

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Chana Tova !

Complotisme : cherchez le Juif !

Cet été France Culture a exploré les Mécaniques du complotisme, il faut écouter ces émissions passionnantes. Car chaque nouvelle crise ou événement violent fait surgir, quelques heures après, une nouvelle théorie du complot. Internet en a accéléré la diffusion et twitter diffuse instantanément n’importe quelle bêtise, et plus c’est gros plus ça passe. A condition que les juifs en fassent partie bien sûr.

Les juifs, du Sinaï au coté obscur de la Force

On nous cache quelque chose ! On nous ment ! l’Empire (comprendre les Etats Unis et Israël ligués pour gagner de l’argent sur le dos des « halogènes »), poussé par les juifs – ce petit club mondial assoiffé d’argent, c’est bien connu, sont forcément cachés quelque part au coeur du complot

Après l’attentat du World Trade Center et le crash d’un Boeing sur le Pentagone en 2001 Thierry Meyssan passé par le Renouveau charismatique catholique et la militance des droits LGBT lance sa théorie de « L’effroyable imposture ». Le livre dénonce un attentat commandité de l’intérieur par l’armée américaine (« le complexe militaro-industriel ») et se vend à 250 000 exemplaires, comme un Goncourt. Facebook et Youtube , n’existent pas encore mais les forums s’agitent déjà.

Un pur fake : de nombreux témoins ont vu l’avion se crasher sur le bâtiment et on a retrouvé l’ADN de tous les passagers du Boeing dans le Pentagone. Peu importe : Meyssan exporte sa théorie. Traduite en 26 langues dans le monde entier, elle intéresse de Hugo Chavez à L’Iran et au Hezbollah. Meyssan, prudent, ne mouille pas encore les juifs dans le complot. D’autres le font à sa place.

Dés le lendemain du 11 septembre le bruit court que les juifs ont commandité les attentats des tours jumelles. Le 19 septembre 2001, en direct sur Al-Jazira, le présentateur vedette Faycal Al-Qassem annonce qu’« aucun des 4 000 Juifs travaillant au WTC n’est venu travailler le 11 septembre », au Caire le 23 avril ils ont reçu l’ordre du Mossad de ne pas travailler. 3 000 personnes ont péri dans les attentats mais le chiffre de 4000 juifs ne fait ciller personne. En réalité 10 à 15% des victimes du 11 septembre sont juives en cohérence avec les 20% d’habitants de New York…

Meyssan se retrouve aujourd’hui classé ennemi des Etats Unis et il vit désormais établi en Syrie soit disant parce que le Mossad veut l’assassiner,; Syrie où il est rémunéré par un certain Bachar El Assad et d’où il accable « l’Occident et les sionistes » de tous les maux. Nous y voilà.

Fin août 2006 Dieudonné, Meyssan et Soral paradent à Beyrouth et Damas. En 2019 la « Liste antisioniste » lancée avec l’humoriste Dieudonné financée par l’Iran ne rassemble que 1,3 % des suffrages, … avec un seul mot d’ordre à tous les malheurs du monde à Gaza, Ramallah, le Caire ou en banlieue: « C’est la faute des sionistes ! ». Le bon vieux « complot judéo-maçonnique », est devenu le « complot judéo-américain ».

La tuerie de Charlie Hebdo ? Commanditée par Washington et les sionistes bien sûr. « les commanditaires les plus probables [de l’attentat] sont à Washington » selon Meyssan. Soral, Dieudonné et Jean-Marie Le Pen embrayent comme un seul homme.

Le Covid issu du pangolin chinois ou d’une fuite de labo ? Ne soyez pas le dernier à y croire ! c’est une création des labos et des big pharma pour vendre des remèdes au virus qu’a créé… l’Institut Pasteur ! Face à l’engouement face à cette vidéo partagée des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux qui prétend que le Coronavirus a été créé en 2003 l’Institut Pasteur se sent obligé de réagir.

Et bien sûr selon Alain Soral c’est encore la faute de « la Communauté », suivez mon regard :  « Je vais citer les gens qui ont en charge la médecine d’État : Bauer, Lévy, Buzyn, Hirsch, Jacob, Guedj, Salomon » répond Soral ; contre le druide blanc européen Raoult ! Ils ne savent pas que la femme de Raoult est juive et qu’il est philo-sémite, peu importe le conspirationnisme se nourrit d’un mille-feuille d’indices et sans le début d’une preuve.

Depuis maintenant 20 ans l’ultra-droite antisémite et la gauche radicale pro-palestinienne se sont retrouvées dans la même détestation du sionisme qui commence à se répandre comme une sorte d’évidence dans la société. Un processus paranoïaque qui attribue aux juifs une toute puissance imaginaire maléfique et occulte justifiant toutes les violences verbales et bientôt physiques.

Le livre Princeps du complotisme antisémite : Le protocole des Sages de Sion

Mais la palme d’or du complotisme n’est pas née à l’heure d’Internet en France mais en Russie au temps de Nicolas II. Le protocole des Sages de Sion qui rapporte le soi-disant compte rendu d’une réunion secrète des chefs de la communauté juive et leur plan détaillé pour mettre le monde sous leur domination, même s’il est rapidement démontré comme un faux aura une immense postérité nous explique Pierre-André Taguieff. Le plagiat de textes du XIXème siècle réunis pour avertir le Tsar Nicolas II du danger des juifs dans une Russie en insurrection, grâce à son niveau d’abstraction va s’adapter à de multiples contextes avec un seul objectif : se protéger et se débarrasser des juifs.

Ford, Hitler, Goebbels, le grand mufti de Jérusalem… tous croiront fermement à la réalité du fake.

La révolution bolchevique ? les Juifs bien sûr qui veulent déstabiliser le Saint empire chrétien. Hitler déclare : « Le jour où il sera devenu le livre de chevet d’un peuple, le péril juif pourra être considéré comme conjuré. » car il faut étudier en détail la manière de penser du juif cet ennemi absolu et international lié à aucune patrie, pour l’exterminer.

De l’autre coté de l’atlantique et contre l’évidence de leur caractère frauduleux révélé par une enquête du Times de Londres, Henry Ford croit la même chose que celui qui n’est encore qu’un petit trublion d’extrême droite allemand. Il fait imprimer Le protocole des Sages de Sion et distribuer dans les écoles.

La naissance de l’Etat d’Israël, l’infortune arabe avec le nationalisme et le socialisme, la propagande des criminels nazis réfugié en Egypte autour de Nasser transformeront le Protocole en « complot sioniste mondial ».

En 2002, la série, “Le Cavalier sans Monture” adapte en série à la TV égyptienne Le protocole des Sages de Sion en 41 épisodes pour le Ramadan.

Ne le dites à personne: les Corses contrôlent les Juifs qui contrôlent les franc maçons qui contrôlent les américains qui contrôlent le monde… alors, ne vous faites pas avoir ! Vous êtes le premier à le savoir.

Et surtout : Chut ! ça reste entre nous.

Histoire de Séfarades – 4/ Maïmonide, Lumière de l’exil Séfarad et « fondateur » de l’Etat d’Israel

Comment un même homme, né à Cordoue, a-t-il pu être l’un des plus grands érudits juifs de son époque, commentateur du Coran et professeur à l’université d’Al Quaraouiyine à Fès, priant la amida dans les mosquées, accusé d’apostat au Caïre (Fostat à l’époque), et docteur de Saladin ? Précurseur de la fondation de l’Etat d’Israël… Par le Rabbin Harboun, hébraïsant et arabisant, docteur des Universités en Histoire et en psychologie clinique, auteur du livre « Maïmonide, pourquoi l’Egypte » Éd. Massoreth (1997).