« Celui qui sauve une vie sauve le monde entier »… et ça ne coûte (presque) rien !

 

Chekel - face

Il m’est arrivé un « miracle » ce matin. Au moment où ma femme est entrée dans la cuisine et a fouillé dans une de ses poches… cette pièce est tombée : 1 Chekel israélien (photo) ! Il est interdit de manier des espèces à Chabbat… on vide donc nos poches avant, comment bigre ce Chekel était arrivé là ?

Dans la synagogue ensuite on a écouté la Torah et la Sidra de Ki Tissa qui commence ainsi :

« L’Éternel parla à Moïse en ces termes : « Quand tu feras le recensement des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera au Seigneur le rachat de sa personne lors du dénombrement, afin qu’il n’y ait point de mortalité parmi eux à cause de cette opération. Ce tribut, présenté par tous ceux qui seront compris dans le dénombrement, sera d’un demi-Chekel, selon le poids du sanctuaire; ce dernier est de vingt ghéra, la moitié sera l’offrande réservée au Seigneur. Quiconque fera partie du dénombrement depuis l’âge de vingt ans et au-delà doit acquitter l’impôt de l’Éternel. Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du Chekel, pour acquitter l’impôt de l’Éternel, à l’effet de racheter vos personnes. » (Ex 30, 11-15)

Je retrouvais mon Chekel ! Et ma moitié !

« Quand Tu feras le recensement » ou plutôt comme dit exactement le texte :

Ki Tissa et Rosh beneï Israël : « Quand tu élèveras la tête des enfants d’Israël » (Ex 30, 12)

ce que le traité du Talmud Baba Bathra (10b) interprète comme une élévation spirituelle : Celui qui donne réalise une élévation spirituelle.

Chacun de nous est un Univers créé par D-ieu

Un être humain est un monde nous a dit notre ami Jacob Ouanounou faisant référence à son professeur Emmanuel Lévinas (né à Kaunas en Lituanie le 30 décembre 1905). On n’a donc pas le droit de compter les gens, comme en mathématiques on ne peut pas additionner ou soustraire les infinis. Le Talmud explique :

« C’est pour cela que l’homme a été créé seul, pour t’apprendre que celui qui ôte la vie à un fils d’Israël, détruit un monde entier ; et celui qui sauve la vie d’un fils d’Israël, sauve un monde entier.» (Talmud de Babylone, Sanhedrin 5, 5)

Chacun de nous est donc un Univers clos qui ne communique pas avec les autres comme si la parole était neutre et sans distorsion ou parasite mais avec des aléas, ce qui nous rend si seul et demande que nous parlions à l’infini. Chacun de nous comprends à sa façon la Torah… Dieu parle à chaque homme, à l’arbre, à la pierre, au ruisseau… dans le secret avec des mots que lui seul peut comprendre. Par Amour comme dit la prière. Parfois avec des signes : un Shekel ou une dispute. Dans le couple les quiproquos sont multiples et engendrent parfois, D. nous en garde, disputes et malentendus ! Et parfois ces quiproquos d’amoureux blessés ou d’amis sont des manières de se retrouver. Qui n’en a fait l’expérience ?

Le Talumd dit :

« Un seul être fut créé à l’origine pour le bien de la paix entre les hommes, de telle façon que nul ne puisse dire à son prochain : Mon père est plus grand que ton père ! Et aussi pour proclamer la grandeur du Saint, béni soit-il. L’homme peut tirer plusieurs pièces de monnaie de la même matrice, et elles se ressembleront toutes. Mais le Roi des Rois a fait chaque être humain avec la matrice du premier d’entre eux ; et pourtant, aucun n’est identique à l’autre. En conséquence, chaque individu doit dire : C’est pour moi que le monde fut créé ! » (TB, Sanhedrin, Mishna, 4, 5)

La Responsabilité du chef

La « Responsabilité pour autrui » de Levinas, reçue de son maître talmudiste lituanien, doit être comprise selon lui comme « une mistva pour autrui ».

Si Moïse demande à Dieu d’être effacé de son livre puisqu’Israël a fabriqué le Veau d’or, et de pardonner Israël (dans la même section où les femmes amènent leur or pour construire le Michkane- la tente de la rencontre ce qui est l’exacte inverse du veau d’or), c’est parce que Maoïse se donne à son peuple, si celui-ci doit mourir il meurt avec lui, si celui-ci n’entrera pas en Terre promise… lui non plus et c’est ce qui arrivera. Il est complètement solidaire de son peuple.

Un manager, un dirigeant ce n’est pas quelqu’un qui a la pouvoir et ses attributs ou de la richesse mais quelqu’un qui donne sa vie. En latin Ministre, vient de minister qui veut dire « Serviteur ». Combien l’ont oublié ?

Moïse demande à Dieu : « Découvre-moi donc ta Gloire. » (Ex 33, 18)… Et Lui, lui répond en lui découvrant son amour.

 « C’est ma bonté tout entière que je veux dérouler à ta vue, et, toi présent, je nommerai de son vrai nom l’Éternel; alors je ferai grâce à qui je devrai faire grâce et je serai miséricordieux pour qui je devrai l’être. » (Ex 33, 19)

Et il lui dit les attributs de la miséricorde que nous disons à Kippour cette fête non pas des expiations mais du rachat, du remplacement (Kapper) :

Il lui dit :

« Tu ne saurais voir ma face; car nul homme ne peut me voir et vivre. » (Ex 33, 20)

Et le Talmud nous dit que D-ieu lui a montré le nœud de la nuque de ses tefilines qui montrent son attachement à Israël.

«   »Et je retirerai ma paume et tu verras mes traces » – Rav ‘Hana bar Bizna dit, Rabbi Chim’on le Pieux a dit : Cela nous enseigne que le Saint béni soit-Il a montré à Moïse le nœud des tefillin » (TB Berakhot 7a).

dscn26921

Que gagne celui qui se donne ? D-ieu lui révèle sa bonté. Il révèle à Moïse les 13 attributs de Sa miséricorde :

« ADONAÏ est l’Être éternel, tout puissant, clément, miséricordieux, tardif à la colère, plein de bienveillance et d’équité. il conserve sa faveur à la millième génération; il supporte le crime, la rébellion, la faute, mais il ne les absout point : il poursuit le méfait des pères sur les enfants, sur les petits-enfants, jusqu’à la troisième et à la quatrième descendance. »» (Ex 34, 6)

Ce que le Rabbi Hama bar Hanina traduit :

 » De la même façon que la Torah nous dit de D-ieu qu’Il a donné des vêtements à des hommes qui n’en avaient pas (Gn 3), nous devons donner des vêtements à ceux qui n’ont pas les moyens de s’habiller ; de la même façon que la Torah nous dit de D-ieu qu’Il a rendu visite à quelqu’un qui souffrait (Gn 18, 1), nous devons rendre visite aux malades; de la même façon que la Bible nous dit de Dieu qu’Il a procédé à une inhumation (Dt 36, 6), nous devons rendre les derniers devoirs aux défunts » (TB, Sota 14a)

Il n’y a rien de plus à chercher dans ce monde.

« La charité (le don) sauve de la mort » : tsedaka tatsil mimavet 

 « Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins ». Un riche ne vaut pas plus qu’un pauvre nous dit le Paracha. Forcément, Dieu ne demande pas seulement à l’homme ses biens mais ce qu’il a et dont il n’est que le gérant provisoire. Lui-même. Et la richesse n’y est pour rien.

Donner donc.

Le Livre des Proverbes (10, 2) nous dit tsedaka tatsil mimavet : la charité (qui est aussi la justice en hébreu) sauve de la mort. « Mais quoi donc, demandait notre ami Jacob, celui qui est riche non seulement il est riche mais en plus il va être sauvé de la mort ou vivre plus longtemps ? et le pauvre non ? »

Un très intéressante étude américaine mené par Harvard sur 75 ans ce qui est extrêmement rare a montré cela, on ne meurt pas plus tôt parce qu’on est riche ou pauvre. Qu’est-ce qui nous garde heureux et en bonne santé tout au long de la vie ? Si vous pensez que c’est la célébrité et l’argent, vous n’êtes pas les seuls – mais, d’après le psychiatre Robert Waldinger, vous vous trompez. Directeur d’une étude d’une durée 75 ans sur le développement adulte, Waldinger a recueilli des données sans précédent sur le bonheur et la satisfaction. Et voilà ce qu’il dit :

 « Nous avons appris trois grandes leçons sur les relations. La première est que les connexions sociales sont très bonnes pour nous et que la solitude tue. Il s’avère que les personnes qui sont plus connectées socialement à leur famille, leurs amis, leur communauté, sont plus heureux, sont physiquement en meilleure santé, et vivent plus longtemps que ceux qui sont moins bien connectés. Et expérimenter la solitude apparaît être toxique. Les gens qui sont plus isolés des autres que ce qu’ils souhaiteraient s’avèrent être moins heureux, leur santé décline plus tôt en milieu de vie, les capacités de leur cerveau déclinent plus vite, et ils ont des vies plus courtes que les gens qui ne sont pas seuls. Et le plus triste est qu’à tout moment, plus d’un Américain sur cinq déclare se sentir seul. »

(traduit ici (en français) : https://fr.tiny.ted.com/talks/robert_waldinger_what_makes_a_good_life_lessons_from_the_longest_study_on_happiness)

Les (bonnes) relations nous rendent plus heureux et en meilleure santé plus longtemps. Et pas l’argent ou la célébrité comme tout le monde le croit. C’est tout.

Nous les juifs, nous le savons depuis 4 000 ans.

La Torah nous a ordonné de donner le Mahatsit hashekel dans l’enceinte du Beth Hamikdach à partir de Roch ‘Hodech Adar jusqu’à Roch ‘Hodech Nissan.

Ashékel maatist ashékel : « un demi Chekel ».

Parce que dans les lettres de « Ashékel maatist ashékel » il y a TSEDAKA (le don, la justice) entouré par EMET (la vérité) et MAVET (la mort). Disons que nous avons résumé tout cela.

Celui qui ne donne pas, qui ne se donne pas, qui ne va pas vers les autres, est déjà mort. Voilà le snes de tsedaka tatsil mimavet.

D-ieu, lui sait ce que la femme ou l’homme donne

Une jolie histoire pour finir, une baraïta (‘au dehors’ ou ‘ceux qui sont resté dehors’ (lors de la discussion), en araméen : désigne les discussions du Talmud non retenue par les Sages mais conservées) :

« On enseigne dans une baraïta : on raconte sur Benjamin le juste qui était préposé à la caisse de la charité.

Une femme se présenta un jour devant lui et lui dit « Mon maître, nourris-moi ! Il lui répondit : Il n’y a rien dans la caisse. Rabbi, lui dit-elle, si tu ne me donnes rien, sept enfants et moi-même allons mourir de faim ». Il lui donna alors de son propre argent.

Plus tard, il tomba malade et était à l’agonie. Les archanges dirent devant le Saint béni doit-Il : « Maître du monde. Tu as dit que « celui qui sauve la vie d’un fils d’Israël, sauve un monde entier » et Benjamin le juste qui a nourrit une femme et ses enfants va mourir dans un temps de vie si court…de suite son décret fut déchiré. » (TB Baba Bathra 11a)

En fait, les miracles ne prouvent rien. Le vrai miracle est que Dieu nous compte parmi les siens. C’est déjà beaucoup.

Chekel - dos

 

 

Un commentaire sur « « Celui qui sauve une vie sauve le monde entier »… et ça ne coûte (presque) rien ! »

  1. merci Didier j’en est appris plus sur ce que c’est que la tsédaka , quand je donnerais le souvenir de cette étude me reviendra!

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