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Un christianisme non idolatrique ?

HIllel l'Ancien
Hillel l’Ancien

Le problème du bon peuple chrétien, je n’entends pas là le magistère ou la Tradition de l’Eglise mais la compréhension populaire, c’est que celui-ci semble avoir abandonné le monothéisme pour le tri-théisme.

Réfléchissons une seconde. Comment des juifs profondément pieux : Ieshoua ben Yosef, Eben (Pierre), Jacov (le propre frère de Jésus), Shaul surnommé Paul (Katan en hébreu, de paulus « petit » « faible » en latin) qui disaient le Shema chaque jour, qui comprenaient ce qu’ils disaient et faisaient : la proclamation du Shema signifie l’acceptation du joug des Cieux et du Dieu UN, auraient-ils pu abandonner du jour au lendemain le strict monothéisme juif ? ça ne tient tout simplement pas debout. Jésus, Pierre, Paul, etc… étaient tous de bons juifs pharisiens de base et leur croyance était tout simplement celle des juifs religieux pour qui le joug des Cieux est lié le joug de la Torah et des mitsvot… Quand les évangiles disent que « Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume» (Mt 4, 23), « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu » (Mt 6, 33), « Le royaume des cieux est proche » (Mt 10,7) … etc…  il ne s’agit donc pas d’une réalité nouvelle que le judaïsme aurait ignoré jusque-là mais du « joug des cieux », avec des expressions qu’on retrouve couramment dans le littérature talmudique :

A la question : Pourquoi Ecoute, Israël précède-t-il : Et il arrivera que si tu écoutes ? R. Yehoshoua b. Qorha répond : « Afin que l’homme accepte d’abord le joug du Royaume des cieux et ensuite le joug des commandements ». (Talmud de Babylone, Cité par Ephraïm Urbach dans Les sages d’Israël)

Quand au joug de la Torah et des mistvot il suffit de lire l’enseignement de Jésus : « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Car je vous le dis, en vérité : avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i, ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. ». Jésus invite ses auditeurs juifs trés clairement à la pratique des mitsvot. Ce qui confirme que l’horizon de Jésus était le seul peuple juif et non pas une prédication aux nations qui n’avaient pas à accomplir (un terme technique qui concerne aussi bien la précision de la mitsva que son sens profond) la Torah. Sinon Jésus aurait quitté Eretz Israël comme Paul pour parler aux goyim. Faut-il rappeler ce que j’ai montré par ailleurs : Paul rêvait seulement d’un noachisme des goyim…?

Le christianisme, à la suite du judaïsme, comme l’Islam, et comme l’ont voulu ses fondateurs est donc un strict monothéisme. Dieu est Dieu et ce monde reste ce monde, sans confusion.

Malheureusement au fil des siècles, le christianisme est devenu un vaste fourre-tout contaminé par toutes les hérésies qu’il a rencontrées : platonisme, gnoses, manichéismes, catharisme… Demandez aux chrétiens ce qu’ils croient et ils vous répondrons qu’avec Jésus, Dieu est venu se promener sur terre quelque part entre la Galilée et Jérusalem au premier siècle. Ce qui est une hérésie du point de vue de la tradition de l’église et une idolâtrie complète du point de vue du monothéisme biblique.

Alors, pourquoi le logiciel chrétien, juif au départ, a-t-il buggé ? Parce que dans sa traduction dans le monde grec pour se répandre, il a épousé des modes de pensée qui n’ont rien de sémite. Qu’est ce qui a changé alors dans l’ADN juif du judéo-christianisme? Le problème est que les pensées grecques (reconnaissons que ce genre de concept-enveloppe a des habits un peu larges) depuis Platon rêvent à peu près toutes d’un retour à l’un, identifié avec Dieu et nommé Théos (Dieu). Notre monde, pluriel, celui des phénomènes opposé au noumène (Platon), étant perçu comme l’émanation dégradée d’un autre-monde d’en haut supposé unifié et originaire, beau, vrai, bon… le multiple de ce monde étant une dégradation de cette unité primordiale procédant par émanation de cette réalité originaire. La création est dés lors vue comme corrompue, pervertie, l’ombre de la lumière, de la vérité, du bien, du beau, du vrai… dont parle Platon dans le Mythe de la caverne, en proie à un « péché originel » lié au fait même d’exister dans une sorte de malédiction congénitale. La tâche de l’homme est dés lors de sortir de ce monde illusoire pour  retrouver le Dieu un et vrai. Cette conception ‘descendante’, grecque, de la Création (qu’on retrouve en filigrane dans la kabbale avec la théorie des Sephirot- dont se méfiait tant Y. Leibovitz, à juste titre !) est juste l’inverse de la Création biblique et de la conception juive de ce monde, et chrétienne! pour laquelle la multiplication des créatures, la séparation, la chair, la vie, est bonne. La Création juive par une sorte d’ascension et par un processus de séparation, porte la vie à son incandescence. Dieu sépare : de la lumière des ténèbres, des eaux du haut et du bas, de la terre et de la mer, de l’homme et de la femme… Ce processus de création est compris comme éminemment positif : « Dieu vit que cela était bon » dit la Genèse en leitmotiv. Il n’y a donc pas de nostalgie d’une Unité perdue sur le mode grec ou idéaliste :  Le Seigneur est UN et séparé de ce monde bon qu’il a créé par amour, il est le Créateur et ce monde n’est pas une dégradation mais un bien. D’autre part, on ne peut remonter de ce monde à lui de Dieu sur le mode grec. L’homme est créé à l’image de Dieu ce qui laisse entendre qu’une connaissance rationnelle de Dieu -la raison n’est pas « la putain du diable » (Luther). Mais il n’y a pas unité de nature entre l’homme et Dieu. L’Eternel est Un au sens où il ne fait pas nombre avec les créatures et non pas au sens où il les engloberait (Spinoza) ou les abandonnerait dans une sorte d’ « oubli de l’être » (Heidegger). Cet Eternel n’a d’ailleurs rien à voir avec le Dieu (Théos) grec. Il reste un innommable invoqué par la prière d’Israël comme : Ashem (le Nom), l’Eternel, Maqom (le Lieu), Adonai, Tsebaot (Le Seigneur des armées…), etc..

Bon nombre d’idéologies grecques de pensées de la création fausses ont contaminé d’abord le judaïsme (Maccabées) puis le christianisme sémite. Ce refus de la Révélation juive sera même la première hérésie condamnée par la tradition de l’Eglise, celle de Marcion au début du second siècle, suivront les gnoses de Valentin et Basilide… le christianisme a malheureusement été contaminé profondément et durablement, ce qui explique l’antisémitisme chrétien si profond. Le judaïsme vivant reste donc normatif pour le christianisme, il est sa référence, la mesure de la vérité de l’unique Révélation, le garde fou qui lui permet de ne pas devenir une idolâtrie. D’autre part, le judaïsme n’a pas besoin du christianisme pour continuer à porter l’unique Révélation, celle du Sinaï sans laquelle il n’y a pas de christianisme.

Il faut donc choisir : soit on est strictement monothéiste avec le judaïsme, l’Islam ; avec la Tradition juive et celle de l’Eglise, contre Marcion, le manichéisme, avec Grégoire de Nazianze à la fin du 4ème siècle… et on croit à cette création car elle est l’œuvre de Dieu et l’homme poursuit son travail. Soit on est du côté du refus de la femme, de sexe et de l’union des corps, des affaires de ce monde… dans une sorte d’idéalisme exilé réduit à une foi dans un invisible qui risque fort de n’être que l’envers de nos désir frustrés idéalisés et idolâtrés. N’est ce pas la forme courante du christianisme en ce début de troisième millénaire ?

Le vrai point de rupture et de choix humain est là.

Quant à « ceux qui ne croient en rien »… ils finissent souvent par croire n’importe quoi, des vanités : la consommation , le statut social, spirituel ou religieux, etc…

Ceci a des conséquence très claire sur la manière de comprendre l’homme Jésus.

Les discussions sur la « double nature » de Jésus, les querelles trinitaires des grands conciles… ne signifient pas (en théologie catholique traditionnelle) qu’il y aurait trois dieux. Le christianisme a toujours tenu qu’il était un strict monothéisme. Le dogme a toujours cru que  Jésus était né juif, avait vécu était mort comme un homme, entièrement, complètement, uniquement comme un homme. Jésus, selon ce christianisme authentique, celu ide l’Eglise, celui des Evangiles, ce n’est pas « Dieu qui se balade sur Terre » exilé dans un monde absurde à la recherche de l’un grec, mais un homme juif qui a un rapport particulier au Dieu Un, celui d’un juif pieux, sans confusion, dans un cadre strictement monothéiste. Cette théologie chrétienne la plus orthodoxe qui fut celle des cinq premiers siècles du christianisme juif ne semble malheureusement plus en cours aujourd’hui dans le bon peuple chrétien… mais l’est-il encore ?

C’était la position du pape Pie XI en… 1938 : « Nous sommes de la descendance spirituelle d’Abraham. Non, il n’est pas possible aux chrétiens de participer à l’antisémitisme. Nous reconnaissons à quiconque le droit de se défendre et de prendre les moyens de se protéger contre tout ce qui menace ses intérêts légitimes. Mais l’antisémitisme est inadmissible. Nous sommes spirituellement des sémites »… la doctrine était claire… mais elle n’a pas empêché l’Holocauste en terre chrétienne, comme si le christianisme avait été irrémédiablement contaminé par Marcion.

Le retour à la racine juive, son rôle normatif pour le christianisme contemporain, n’est donc pas une nostalgie du bon vieux temps des origines sur le mode grec mais la condition de survie du christianisme comme le monothéisme qu’il a toujours prétendu être. Les chrétiens devraient revenir à un christianisme non idolâtrique, sémite, que j’appelle le noachisme. C’était le projet du disciple d’un Hakham bien connu de la tradition juive pharisienne, petit-fils d’Hillel, la source du judaïsme rabbinique moderne , qui disait : « Prends-toi un maître, éloigne-toi du doute et ne donne pas la dîme par approximation » (Pirké Avot 1, 16), ce « docteur de la Loi respecté de tout le peuple » (Ac 5,34), dont l’enseignement illumine le judaïsme jusqu’à nos jours, Rabban Gamaliel Ha-zaken (l’ancien) était le maître du rabbi Shaul, Paul de Tarse.

Son projet ne ferait-il que commencer ?

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