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Antisémitisme en France : la réponse… d’Edmond Fleg

Edmond Fleg : Pourquoi je suis juif…

Le discours d’Edmond Fleg à la veille de l’ouverture de la Société des Nations (actuelle ONU), à Bâle en Suisse en 1927, n’a rien perdu de son actualité en cette fin 2013. Ecoutez-le lu par Francis Huster :

(on trouvera ci-après des citations de ce discours)

Pourquoi je suis juif, Paris août-octobre 1927.

« On me demande pourquoi je suis juif… C’est à toi que je veux répondre mon petit-fils qui n’est pas encore né. Quand seras-tu assez grand pour m’entendre ? mon fils aîné a 19 ans, l’autre quatorze. Quand naîtras-tu ? Quand me liras-tu ? Vers 1950, 1960 ? Lira-t-on encore en 1960 ? Quelle figure prendra le monde ? La mécanique aura-t-elle supprimé l’âme ? L’esprit se sera-t-il créé un nouvel univers ? Y aura-t-il encore des juifs ? Je le crois. Ils ont survécu au pharaon, à Nabuchodonosor, à Constantin, à Mahomet, à l’Inquisition, et à l’assimilation… ils survivront bien à l’automobile ! Mais toi ? Te sentiras-tu juif ? mon enfant, on me dit : vous êtes Juifs parce que vous êtes nés juifs, vous ne l’avez pas voulu, vous ne pouvez pas le changer. Cette explication te suffira-t-elle ? Si, né juif, tu ne te sens plus juif. Si tu crois éteinte en toi la flamme d’Israël, un jour elle se rallumera. C’est une histoire très vieille, que chaque siècle recommence. Israël a eu mille occasions de mourir, mille fois il est ressuscité. Ainsi, j’aurais conduit par ce livre Israël jusqu’à toi, puis tu le conduiras jusqu’à d’autres, si tu veux. Si tu peux.

Dreyfus étant juif, certains antidreyfusards tenaient tous les juifs pour responsables de son crime et des désordres que provoquait dans l’Etat leur acharnement à le disculper. Son innocence eut-elle été démontrée, les juifs était coupable de vouloir le sauver, l’honneur d’un juif ne valait pas le salut d’une nation. Partout où passait le juif il faisait des ruines… Il avait miné l’empire romain et s’était ligué avec les barbares lors des grandes invasions. Par sa faute l’Espagne des Wisigoths se rendait aux Arabes. Par sa faute la Pologne de Poniatowski était dépecée. Après avoir au Moyen Âge extorqué par l’usure tout l’or de la terre le Juif s’en était servi en 1789 pour financer l’utile révolution, qui, le maquillant partout en citoyen, lui permettait de faire survivre au long d’un siècle dégradé, sur les décombres de l’ordre disparu, son rêve de crapuleuse domination. Le juif : cupide, sensuel, faussaire et voleur, le juif était donc traître par choix et par nature. Et s’il fallait pour Dreyfus un mobile à son crime sa seule qualité de juif expliquait sa trahison.

Cet antisémitisme, pour moi, était une nouveauté, tout petit j’avais bien entendu conter des massacres de juifs en Russie qui avaient suivi l’assassinat d’un Tsar : femmes éventrées, vieillards enterrés vifs, nourrissons enduits de pétrole puis jetés au feu, ces images avaient hanté mes nuits d’enfant. Mais elles s’étaient dissipées. Ma mère française par sa naissance m’avait souvent répété qu’en France les israélites étaient plus heureux que partout ailleurs. Qu’il fallait chérir le peuple généreux, qui, le premier de tous, leur a octroyé les droits du citoyen et avait honoré un ministre juif, Crémieux, de funérailles nationales.

Mais trop de juifs, selon les antisémites, occupaient trop de places puisque la première crise révélait par la survivance de leur solidarité leur peu de sens national. C’est alors que pour la première fois j’ai entendu parler du sionisme. Tu ne peux imaginer, mon enfant, quelle lumière ce fut. Songe qu’à l’époque dont je te fais le récit ce mot de « sionisme » n’avait jamais été prononcé devant moi. Les antisémites accusaient les juifs de former une nation dans les nations. Mais les juifs, du moins ceux que je rencontrais, le niaient. » […]

« La Torah d’Israël, je commence à y voir plus clair, comporte deux aspects. Premièrement les préceptes moraux et religieux d’ordre, de justice, de paix et d’amour qui sont la loi idéale de toute société humaine, la loi aussi de l’univers car selon nos Prophètes et nos Sages l’ordre qui préside à l’harmonie de la terre et des cieux est de même essence que l’ordre moral et ce serait pourquoi, Dieu en créant le monde lisait la Torah. Deuxièmement la loi particulière à Israël. Elle contient l’autre, mais s’y ajoutent toutes les prescriptions qui réglementent la vie de ce peuple et le font différent des autres peuples. Entre ces deux aspects de la Torah un lien profond pour qu’à la fin des temps le Messie règne sur le monde avec sa justice, sa paix et son amour. Il faut qu’Israël qui est l’espoir du messie reste Israël jusqu’à la fin des temps.

Quelle valeur donner aux thèses antisémites quand on voit qu’henry Ford, l’homme le plus riche de la terre, le plus indépendant, après avoir durant 10 années subventionné l’antisémitisme en Europe comme en Amérique, se rétracte publiquement et demande publiquement pardon aux juifs ? Mais comment Ford, cet honnête homme, avait-il pu se tromper ? De tant d’accusations contradictoires, de tant d’antisémitisme ne demeure-t-il donc rien ? Si ! un fait, sans les justifier, les explique tous : les juifs sont juifs. Ils veulent rester juifs, toujours, partout, même malgré eux ils restent juifs. Or toute minorité semble suspecte à la majorité. Cette majorité qui tient ceux qui composent cette minorité pour plus semblables entre eux  à tout et plus solidaires que ceux qui forment la majorité. Faut-il un coupable à tout prix ? On le cherche dans la minorité qu’on accuse tout entière. Un juif a trahi ? Tous les juifs ont trahi. Cent juifs sont bolcheviques, tous les juifs sont bolcheviques. La peste sévit au Moyen âge ? Les juifs ont empoisonné les puits. La guerre sévit au XXème siècle ? Les juifs ont machiné la guerre. Ce phénomène d’illusion collective et à demi volontaire est incontestable. Empoisonnement des puits, usage du sang humain, sorcellerie et magie, toutes les accusations lancées contre les juifs du Moyen Age par les chrétiens devenus majorité, sont exactement celle dont les païens dix siècles auparavant accablaient les chrétiens alors minorité.

J’ai compris engagé volontaire pour la guerre de 14-18, j’ai compris les deux ordres inséparables qui me dictaient alors ma conduite. Juifs, en tous pays soyez des hommes de vos pays, et en même temps soyez juifs. Consacrez à chacune de vos patries le trésor humain que vous tenez d’Israël, et la paix de vos patries sera votre paix, et la paix des hommes sera votre paix. Ainsi Jérémie enseignait à Israël sa tâche, Israël ainsi l’accomplira ».

Source : http://dsi.acip.free.fr/fleg/sorbone%20audio/6-francis_huster.MP3

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