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Charlemagne, la souris et le marchand juif

maures

Charlemagne en campagne contre les Maures, Bibliothèque de Turin

La première croisade qui vit massacrer des milliers de juifs en 1096 en Rhénanie et assombrit la fin de la vie de Rachi en Champagne n’avait pas encore eu lieu quand l’empereur à la barbe fleurie (en réalité ni barbe ni fleurs chez les francs!) régnait et les juifs vivaient un véritable âge d’or à l’époque Carolingienne. Ainsi à Narbonne, Le Rabbi Makhir fonde en 800 une école religieuse et reçoit à l’époque de l’Empereur d’Occident la charge d’une grande partie de la ville sorte de petite royauté. Le Makhir a obtenu un poste équivalent à celui d’exilarque à Babylone de Charlemagne.

En 797 Charlemagne envoyae un ambassadeur, Isaac le juif (un franc), à Babylone au sultan Hâroun ar-Rachîd pour s’assurer de son soutien dans son combat contre la dynastie des Omeyades (il fut probablement le traducteur des deux nobles chrétiens). De retour, seul, en 802 à Aix-la-Chapelle, Isaac remet à Charlemagne les cadeaux reçus d’Haroun ar-Rachid dont un éléphant !

On trouve dans Des faits et gestes de Charles le Grand, roi des Francs et empereur, par un moine de Saint-Gall qui n’est autre qu’une chronique de la vie de Charlemagne rédigée vers 884 à partir d’un recueil oral d’anecdotes (probablement romancée) sur la vie de Charlemagne, cette histoire très drôle.

<< Nous avons raconté comment le judicieux Charles (Charlemagne) élevait les humbles ; disons maintenant comme il savait humilier les superbes. Il était un certain évêque, avide de vaine gloire et de frivolités ; le roi s’en étant aperçu avec sa remarquable sagacité, ordonna à un marchand juif, qui se rendait fréquemment dans la Terre Sainte et de là rapportait habituellement beaucoup de raretés précieuses dans les pays en deçà des mers, de trouver quelque moyen de jouer et duper ce prélat. Le Juif prenant un de ces rats qui se rencontrent d’ordinaire dans les maisons, l’embauma avec divers aromates et le présenta à l’évêque en question, disant qu’il apportait de Judée cet animal vraiment curieux qu’on n’avait pas vu jusqu’alors. Le prélat, enchanté de cette merveille, offre trois livres d’argent pour cette admirable rareté.  » La belle somme, dit le Juif, pour une pareille curiosité ! Je la jetterais au fond de la mer plutôt que de consentir que qui que ce fût l’acquît à si vil prix « . L’évêque qui, quoique très riche, ne donnait jamais rien aux pauvres, promit dix livres pour avoir cette chose incomparable. L’astucieux marchand, feignant alors une grande colère, s’écria :  » Que le Dieu d’Abraham ne permette pas que je perde ainsi ma peine et ma dépense pour apporter cette pièce rare ! » L’avare prélat, soupirant après ce miraculeux objet, proposa vingt livres ; mais le Juif, furieux, enveloppant son rat dans une magnifique étoffe de soie, fait mine de s’en aller. L’autre, comme s’il s’était trompé, mais vraiment fait pour l’être, rappelle alors le marchand et lui donne une pleine mesure d’argent afin de se rendre possesseur de cet animal si précieux. Enfin le Juif, après s’être encore fait beaucoup prier, ne tomba d’accord du marché qu’à grand’peine, porta l’argent qu’il venait de recevoir à l’empereur et l’instruisit de tous les détails ci-dessus racontés. Quelque temps après le roi appela tous les évêques et les grands du royaume à une assemblée ; après qu’un grand nombre d’affaires urgentes furent terminées, ce prince fit apporter tout l’argent dont il s’agit au milieu du palais, puis dit :  » Évêques, vous les pères et les pourvoyeurs des pauvres, vous devez les secourir et Jésus-Christ lui-même en leur personne, et ne point vous montrer avides de vaines frivolités ; mais maintenant, faisant tout le contraire, vous vous adonnez plus que tous les autres mortels à l’avarice ou aux vaines frivolités. Un de vous, ajouta-t-il, a donné à un Juif toute cette somme d’argent pour un de ces rats qui se trouvent d’ordinaire dans nos maisons et qu’on avait embaumé à l’aide de certains aromates ». Le prélat, qui s’était si honteusement laissé tromper, courut aux pieds du roi implorer le pardon de sa faute, et ce prince, après l’avoir vertement réprimandé, le renvoya couvert de confusion. >>

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