Le commentaire de la Paracha de Kora’h qui suit est inspiré de l’enseignement du Grand Rabbin Haïm Harboun. Pour lui qui a vécu dans l’insécurité du Mellah la dévalorisation de soi est la source de tous les maux psychiques, ce complexe d’infériorité conduit à la surestimation de soi et à un regard faussé sur la réalité. Ainsi la faute des explorateurs est d’avoir vu les habitants de la Terre sainte comme des géants car ils se voyaient « comme des sauterelles ». Cette mésestime de soi conduit au plus grand mal : le Lachion Hara (la mauvaise langue) qui détruit à distance les personnes, les communautés les familles et même la « terre ruisselante de lait et de miel ».
En cela Haïm Harboun suit l’enseignement de Maïmonide qui, dans sa lettre adressée au fils de Saladin, Al-Afdal, La Guérison par l’esprit, pose d’abord un diagnostic avant d’évoquer le chemin de la guérison spirituelle :
« Les médecins-philosophes nous ont singulièrement mis en garde contre les méfaits du complexe d’infériorité, et ils ont tracé la voie permettant de traiter ceux qui cultivent un tel penchant jusqu’à ce que ce mal – qui est à l’origine de tous les autres – disparaisse complètement » [0]
Grandir autrui, se regarder, le regarder comme D. nous regarde est donc la base de toute guérison psychique et sociale. « Fuis la rabbanout » nous dit le Pirkei Avot, c’est à dire « fuis les honneurs et les délires de grandeur », grandis les autres, » ne juge pas ton prochain avant d’avoir été à sa place » (PA 2, 4).
Tout le Talmud est plein de cet enseignement :
« Celui qui s’humilie, le Saint bénit soit-Il, l’exaltera, et celui qui s’exalte lui-même, le Saint béni soit-il, l’humilie, celui qui recherche la grandeur, la grandeur le fuit, mais la grandeur recherche celui qui la fuit. » – TB Erouvin 13b
« Hillel disait ‘Mon humilité est mon exaltation, et mon exaltation est mon humilité.’ » – Exode Rabbah 45, 4
C’est ce qu’a fait Haïm Harboun tout au long de son existence.

Kora’h, un autre pouvoir
» Kora’h, fils de Yiçhar, fils de Kehath, fils de Lévi, forma un parti avec Dathan et Abirâm, fils d’Elïab, et On, fils de Péleth, descendants de Ruben. Ils s’avancèrent devant Moïse avec deux cent cinquante des enfants d’Israël, princes de la communauté, membres des réunions, personnages notables ; et, s’étant attroupés autour de Moïse et d’Aaron, ils leur dirent : « C’en est trop de votre part! Toute la communauté, oui, tous sont des saints, et au milieu d’eux est le Seigneur ; pourquoi donc vous érigez-vous en chefs de l’assemblée du Seigneur ? » (Nb 16, 1-3)
La paracha de Kora’h relate un épisode dramatique semblable à celui du veau d’or. Elle est directement liée aux évènements précédents, avec de multiples rappels. Moïse et Aaron sont accusés de « s’élever au-dessus de l’assemblée de Hachem » (Nb 16, 3). On leur dit juste avant : « c’en est trop pour vous » (alehem rav lakhem), bref ils sont trop grands (rav). Alors que les explorateurs avaient vu la Terre promise « une terre ruisselant de lait et de miel » (Nb 13, 27), les factieux estiment, eux que l’Egypte était « une terre ruisselante de lait et de miel » (Nb 16, 13). Et curieusement alors que les explorateurs avaient estimé que la Terre promise « dévore ses habitants » (Nb 13, 32), la faction de Qora et des descendant de Ruben qui lance la révolte va être elle-même mangée par la terre : « La terre ouvrit sa bouche et les engloutit » (Nb 16, 32). Il est donc question de nourriture, de dévoration et de complexe d’infériorité.
Kora’h l’arrière-petit-fils de Levi ainsi que les descendants de Ruben, Dathan, Aviram et On vivent donc dans le ressentiment d’une grandeur perdue, un sentiment d’infériorité dont Moïse et Aaron sont le symptôme et qui les conduit à vouloir prendre le pouvoir. Pourquoi ?
Ibn Ezra nous explique que Kora’h, arrière-petit-fils de Lévi était un fils premier né (Ex 6, 21), donc avec un droit d’ainesse et qu’il s’est rebellé au moment de l’inauguration du tabernacle car il a vu Aaron et Moïse prendre sa place légitime d’officiant. Et bien sûr ce n’est pas un hasard que ce chapitre suive celui sur l’intronisation des lévites racontée au chapitre 8.
De même Ruben qui était lui-aussi un premier né a perdu ce statut au profit des descendants de Joseph (Gn 48, 5) ce qui explique que ses descendants se rallient à Kor’ah.
Le Maharal de Prague dit qu’après la faute du veau d’or, le droit d’ainesse est devenu sans valeur. Les bikourim (offrande des premiers nés à Chavouot) le rappellent.
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