En octobre 1939, Emmanuel Ringelblum, historien, bientôt enfermé dans le ghetto de Varsovie entreprend de rassembler des documents montrant pour l’histoire le sort des juifs de Pologne, l’histoire vue par eux.
Il constitue autour de lui un groupe de bénévoles qui se donnent pour nom de code Oyneg Shabes : « Joie du sabbat », en Yiddish. Ils sont historiens, sociologues, économistes, éducateurs, peintres écrivains, poètes, en sorte qu’aucun domaine de la vie ne puisse être ignoré. Ils écrivent à perte de vue ce qui leur arrive, récupérent des poèmes et des lettres des affiches de spectacle au ghetto…
Sentant l’imminence de la fin, les archivistes réussissent à cacher des milliers de documents dans des bidons de lait ou des boîtes en fer-blanc avant de les enterrer. Ringelblum, sa famille, et la grande majorité des quelque soixante membres de ce réseau, sont exécutés avant la fin de la guerre. Cependant, en pleine Shoah et jusqu’au printemps 1943, le groupe a réussi à travailler d’arrache-pied pour écrire la chronique de la disparition de la Yiddishkeit.
Après la guerre, deux caches d’archives furent découvertes en 1946 et 1950; la troisième cache n’a jamais été retrouvée. Les archives du Oneg Chabbat restent la plus grande collection de documentation juive rapportant de manière systématique le sort des Juifs sous la domination nazie.
Merci Babeth Ariane Zweibaum pour ce documentaire de Nancy Spielberg. Réalisatrice Roberta Grossman, d’après le livre de Samuel D. Kassow.
J’ai retrouvé le manuscrit d’une conférence donnée en 2013 intitulée « Crise de la morale, morale de la crise ». Ces lignes retranscrivent mes échanges avec les membres du club Pangloss, un cercle privé de dirigeants des secteurs de l’économie, de l’Etat et des collectivités territoriales, à Paris, au cours de l’hiver 2013.
J’y parle de 2 crises :
celle de la Civilisation du capitalisme (Schumpeter)
celle de la Globalisation
Il me semble que les débat politique actuel qui a vu émerger un rapport de force entre les « populismes » et les élites mondialisées est d’abord le fruit d’une crise spirituelle qui a fait passer la fraternité humaine au second plan alors que l’économie pilote le jeu en mode pilote automatique.
Je n’ai jamais publié ces lignes mais en les relisant je me dis que leur inactualité les rend actuelles.
Comment est née la chanson désormais mondialement connue « Solenzara » ?
Solenzara c’est d’abord le nom d’un port de plaisance devenu une petite ville balnéaire au nord de Porto Vecchio sur la côte des nacres (on en trouvait à l’époque !)
Hier soir
La chanson qui a pour thème un amour mélancolique s’achevant avec l’été aurait été écrite après guerre par Fernande Jung (?) sur une musique du mandoliniste mais aussi compositeur napolitain pour accordéon Arcangelo Petisi, alias Arc Angels ou encore Marc Angel.
Dominique Marfisi, exilé à Paris pour travailler, comme bien des Corses, inspiré par la nostalgie de l’éloignement de son île écrit Solenzara en 1962.
A Solenzara O! Chi dolce felicità A Solenzara Più bè nun si po sta
Regina alias Pierette Melicucci ( Originaire de Frassetu et décédée en 2021 à 90 ans!) et son mari Philippe Olivieri, de son nom de scène Bruno Baccara, forment un couple de chanteurs corses des années 50-60. Ils sont les premiers interprètes de la chanson. Enrico Macias, rapatrié d’Algérie, l’entend en passant en Corse en 1966, quelques jours plus tard il la chante dans le monde entier. Tino Rossi la reprend en 1978.
La musique de la chanson sera reprise par Iggy Pop pour la musique « In The Death Car » qui est est la bande son du film déjanté et poétique : « Arizona Dream » de Emir Kusturica avec Johnny Deep, Jerry Lewis…
Aujourd’hui en 2022 en France la psychose est sortie des caves, 33% de la population s’apprête à voter pour des partis qui veulent sortir de la Constitution. Des partis qui ont écrit dans leur programme, il suffit de les lire ! que la Constitution pourra être contournée par référendum pour chasser les étrangers, discriminer les musulmans de France ou condamner l’enfant étranger né sur notre sol à ne jamais devenir Français, ce que même la révolution française avait gardé de l’Ancien Régime !
La vieille lèpre biblique qui répète à qui veut l’entendre du mal de son voisin quand il ne vous ressemble pas, en une trentaine d’années à contaminé tout le corps social malade créant une société de défiance et de défis dans une France d’archipels qui s’ignorent.
La dernière ligne droite se passe donc à l’extrême droite dans un inquiétant croisement des courbes entre les deux tours, et il ne tient qu’à nous de ne pas choisir les fantômes du passé français : un historien de café du commerce qui veut rejouer l’Algérie à l’envers ou une mamie à chat kitsch et ses copains directement sortis d’un film en vert et brun. Un salmigondi idéologique hétéroclite, ou des candidats de la droite à la gauche plus ou moins raisonnables.
Job atteint de la lèpre (bishkhin ra’), Gustave Doré
Metsora, le lépreux
Ce chabbat on lira un texte étonnant à la synagogue en cette veille de Pessah, la Pâque juive. La section hebdomadaire (paracha) de Metsora[1]. Metsora, le « lépreux », atteint de tsaraat, la « lèpre ».
Dans cet étonnant épisode on pourrait croire tout d’abord que la lèpre est la maladie infectieuse chronique due au Mycobacterium leprae. Les lois régissant le tsarat qui invitent à chasser la personne du camps, c’est à dire de la socialité, semblent tout d’abord prophylactiques.
Mais alors qu’elle touche d’abord la peau dans le récit avec forces détails bien éloignés du tableau clinique de la lèpre médicale : on s’aperçoit quelques versets plus loin que cette lèpre touche non seulement la peau et les habits mais la surface intérieure de la maison dont il faut gratter le ciment pour le sortir dehors… et curieusement pas les meubles qu’il faut sortir dehors avant observation [2], indemnes eux.
Mieux, le Talmud nous dit que si un jeune marié est déclaré attient de tsaraat, ou bien encore une personne lors d’une fête de pèlerinage, le prêtre n’observera même pas la plaie, car il ne faut pas séparer le fiancé de sa belle ou le pèlerin de sa famille, pour ne pas casser la fête. Et les lois de la tsaraat consistent à isoler le lépreux pour qu’il prenne conscience de son état avant de venir se purifier par des sacrifices et une observation minutieuse du mal. Rien à voir avec des mesures prophylactiques donc.
Nos Sages, jamais avares de bons jeux de mots, ont remarqué que le mot metsora, la lèpre, était la contraction de motsi ra, « celui qui répand la calomnie »[3]. La tasraat ressemblait au lachon ‘hara, la mauvaise langue. Ils nous guident sur la voie de la compréhension.
« Une lèpre blanche comme de la neige »
Nos Sages ont aussi remarqué que lorsque Myriam, la sœur ainée de Moïse et d’Aaron, avaient dit du mal de Moïse à Aaron, le critiquant pour son épouse koushite, c’est-à-dire une Ethiopienne, noire de peau, « Miryam était couverte d’une lèpre blanche comme de la neige. Aaron se tourna vers elle, et voici qu’elle était lépreuse. » (Nb 12, 1-13).
On connait la suite, Moïse jamais avare de compassion « implora l’Éternel en disant : « Seigneur, oh! Guéris-la, de grâce! » » ; Mais l’Eternel, Lui, sembla prendre l’affaire très au sérieux et répliqua avec des mots qu’on n’attendait pas de lui : « Si son père lui eût craché au visage, n’en serait-elle pas mortifiée durant sept jours? Qu’elle soit donc séquestrée sept jours hors du camp, et ensuite elle y sera admise. »
Le danger est donc sérieux.
La lèpre blanche châtie donc celle ou celui qui se moque de la couleur de peau de l’étranger faisant officiellement parti des siens. Il ou elle est exclu du camps, on le met en quarantaine, et il ne peut plus s’approcher de la ‘sainteté’ divine (-« particularité » comme il faut le traduire justement), il est rituellement impur (tamé), non pas sale ou malade, mais ne peut plus s’approcher de la symbolique de l’amour liturgique. Il s’est exclus lui-même de cet amour divin et fraternel. En relation mortifere avec son prochain.
La tsaraat c’est ce mal « intérieur » qui touche toutes les surfaces de la socialité et de la convivialité quand elles sont détournées de leur but fraternel : la peau, l’habit, les enduits intérieurs des maisons… une maladie qui vient de l’intérieur de l’homme et en contamine toutes les surfaces d’interactions sociales ou les peaux qui englobent la convivialité (l’intérieur de la maison). L’impureté rituelle c’est à dire qui empêche de s’approcher de la symbolique spirituelle qu’est la prière est une maladie de l’intérieur de l’âme. Laquelle ?
Quand les rats sortent des caves…
La peste comme analogie de la folie humaine et sociale est bien connue du monde littéraire.
Dans La Peste de Camus, les rats qui sortent des caves racontent moins la peste bubonique à Oran en 1945 qu’une métaphore du nazisme.
Thomas Mann dans La Mort à Venise a longuement réfléchi sur une autre maladie, le choléra. Il répondait à Luchino Visconti que « dans La Mort à Venise tout ce qu’il y a de plus haut est abaissé à devenir décadent » citant le poète Stefan Anton George.
La tasraat c’est quand le ressentiment d’une personne contamine peu à peu son entourage jusqu’à faire de la société un asile de fous, déclenchant l’impensable, la guerre civile, le meurtre entre frères.
Le Lachion Hara’ la « mauvaise langue » rabaisse autrui pour parer à un complexe d’infériorité social au sentiment d’insécurité culturelle, qui fait croire à la personne qu’elle est déclassée, rabaissée… ou l’amène à se percevoir comme telle.
La tsaraat c’est quand le matraquage idéologique pendant des années explique la frustration individuelle par le juif, Mckinsey, ou l’étranger, musulman de préférence, avec force retweet et partages énervés entre frustrés en miroir. Du côté arabe c’est de la faute de l’Amérique du juif de l’occident. Le procédé est le même… On imagine la confrontation de ces deux frustrations.
La grossièreté et la violence prolongent vite l’hystérie; et dans la bagarre collective autrui de danger devient un ennemi puis une cible pour ma petite personne insécurisée qu’il vaut mieux neutraliser d’avance : « un doute, pas de doute ! ». La Paranoïa, miroir amoindrissant, déforme les regards. Peu importe la réalité.
La lèpre moderne
Celui qui se sent éternellement petit et minable voit le monde en rase motte et veut rabaisser son prochain à sa hauteur. La médisance, la mauvaise langue est d’abord une maladie du complexe d’infériorité dont Maimonide, dans une lettre à Al-Afdal le fils de Salah El-Din (Saladin), disait qu’il était à la racine de toutes les maladies mentales :
« Les médecins-philosophes nous ont singulièrement mis en garde contre les méfaits du complexe d’infériorité, et ils ont tracé la voie permettant de traiter ceux qui cultivent un tel penchant jusqu’à ce que ce mal – qui est à l’origine de tous les autres – disparaisse complètement ». (Maïmonide, La Guérison par l’esprit)
Pour Nietzsche, le ressentiment provient de l’incapacité à changer sa propre condition. Il est directement corrélé à l’effacement de la figure symbolique de l’autre, dont évidement l’étranger est l’archétype. Ainsi la fixation pathologique sur un « grand remplacement » est juste un symptôme délirant qui devrait nous alerter… il n’en semble rien.
L’inquiétant spectacle des gens qui hurlent à la fin des meeting de Le Pen ou de Zemmour « On est français, on est français ! » en criant « Mckinsey, Mckinsey ! » comme si la Old Lady du consulting WASP US leur avait volé leur identité de blanc chrétien, fait juste peur.
Le port des étoiles jaunes par des Antivax contents d’eux ou les « morts aux juifs » scandés par quelques écervelés de la « manif pour tous » (ce qui ne fait pas de tous ses participants des petits nazis !), devrait nous alerter.
Si vous dansez devant votre télé en chantant « On est français, on est français »… vous devriez peut-être consulter…
En disant cela je n’oublie pas que l’antisémitisme en France vient d’abord des rangs des islamistes qui, en miroir, ressassent le déclin arabe et voient dans l’islam la solution ! Là encore il s’agit de ressasser la frustration depuis des années et d’y répondre par un coup de force, un messianisme politique. La tsaraat a nouveau.
La tasraat c’est quand la psychose, c’est-à-dire le délire de grandeur nationaliste propulsé par des égos frustrés s’allie à la mythomanie et à la contrefaçon historique pour emmener l’opinion dans un décrochage avec la réalité. L’accusation d’autrui de sa propre violence est une des vielles ficelles des formes paranoïdes de la psychose. Le « retour au réel » en sortie de crise maniaque est parfois violent et les remèdes à ce genre de lèpre sociale difficiles à trouver…
Vladimir Poutine qui considère les ukrainiens comme des cafards et des nazis ou Zemmour qui écoute avec gourmandise traiter son adversaire politique d’« assassin » absolvent d’avance la violence qui se déploierait éventuellement contre leur adversaire et dont ils se disculpent. Le bon vieux mélange de nationalisme et de christianisme accouche en Russie d’un monde dingue, dont Zemmour et Le Pen vantaient les vertus il y a peu, et qui finance le Front National dédiabolisé ! Voulons-nous cela ? Ne vaudrait-il pas mieux ranger les messianismes au placard ?
Pour Zemmour ou Marine le Pen la « préférence nationale » consiste à instaurer une discrimination légale entre nationaux et étrangers pour accéder à l’emploi privé, à la fonction publique, au logement social, à l’hôpital ou aux prestations sociales. L’inscription de cette « priorité nationale » dans la Constitution est antirepublicaine, l’égalité de tous en droit, issue de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, fonde les « droits inaliénables et sacrés » des êtres humains « sans distinction de race, de religion ni de croyance » rappelé dans le préambule de 1946.
Il est probablement temps de sortir de cette idée que nous sommes meilleurs, que notre place dans le concert des nations et la course à la richesse nous a été usurpée par des émigrés qui en réalité prennent le RER B chaque matin pour garnir les emplois dont les Français ne veulent pas, et de revenir au bon sens. De distinguer les musulmans des islamistes. La France, pays riche, est devenue une puissance régionale dans le jeu mondial, c’est un fait. Nous sommes un pays riche, ne devrions-nous pas nous en réjouir et trouver les solutions pour partager et faire grandir de nouvelles générations ?
Le complexe d’infériorité dont nous parle Maïmonide est bien à la racine de toutes les folies. Se sentir « un parmi d’autres » et non pas celui qui sauve, ou est rabaissé, ou est empêché d’accomplir un destin grandiose, est un signe de bonne santé mentale et que la lèpre est dépassée …
Mais quand la lèpre a atteint 33% du corps social, quand les courbes Macron-Le Pen se rapprochent pour se croiser entre les deux tours, ce n’est pas un « accident démocratique », c’est que le peuple l’a choisi. Et il est probable que la quarantaine sera longue et la gueule de bois du retour à la réalité, sévère.
Une dernière histoire, elle se passe dans un coin de l’Atlas algérien, et l’un des héros de Camus dans Le Premier homme dit : “Non, un homme ça s’empêche. Voilà ce que c’est un homme, ou sinon…”.
Didier Long est un ancien moine bénédictin devenu juif, ancien consultant Mckinsey, membre d’une loge du Bnei Brith.
[3] Reish Lakish dit : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Telle sera la loi du lépreux [ metzora ] au jour de sa purification : il sera amené au sacrificateur » ( Lévitique 14, 2 ) ? Cela signifie que ce sera la loi d’un diffamateur [ motzi shem ra ].
Et Reish Lakish dit : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Si le serpent mord avant d’être charmé, alors quel avantage y a-t-il pour le maître de la langue » (Qohélet 10, 11). Quel est le lien entre le serpent et le maître de la langue ? À l’avenir, tous les animaux se rassembleront et viendront vers le serpent et lui diront : Un lion piétine de ses pattes pour tuer sa proie et la mange ; un loup déchire avec ses dents pour tuer sa proie et la mange. Mais toi, quel avantage as-tu quand vous mordez, car vous ne pouvez pas manger tous les animaux que vous tuez ? Le serpent leur dira : Et quel est l’avantage pour le maître de la langue qui prononce des paroles malveillantes ?
Et Reish Lakish dit : Quiconque prononce des paroles malveillantes augmente ses péchés jusqu’aux cieux, comme il est dit : « Ils ont dressé leur bouche contre les cieux, et leur langue parcourt la terre » (Psaume 73, 9). En d’autres termes, tandis que sa langue marche sur la terre, son péché atteint les cieux.
Il y a 5 ans, dans ton testament, mon amie Eve, tu nous as désignés Arié Tolédano ainsi que moi-même pour dire les élégies de ta levaya. Cet honneur est pour nous la mistvah la plus haute, elle nous oblige.
L’Eternel n’a pas permis que je sois là, à côté de toi en ce jour de soleil à Jérusalem, la veille de Nissan, le mois du renouveau, alors je confie à Arié ces mots d’admiration et de tendresse pour toi Eve, Hava bat Sarah, zikhrona liverarkha, que ton souvenir soit une bénédiction.
Autant te dire qu’à cette heure de confier ton corps à la terre notre cœur est serré. Eternel, viens à notre secours !
Je voudrais évoquer 4 mots qui rappellent ton âme. Et tout d’abord Ratson, la « volonté »