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Eric de Rosny, explorateur spirituel

Nous venons d’apprendre le décès du jésuite français Eric de Rosny vendredi dernier à l’âge de 82 ans. Il sera enterré demain à 15h à l’église Saint Ignace.

Eric de Rosny, né en 1930 à Fontainebleau, a connu l’Exode dans la Sarthe à l’âge de 10 ans. Il décide alors de devenir missionnaire et entre chez les jésuites en 1949 avec le rêve de partir en Chine à la suite de Matteo Ricci. Il débarque… à Douala, au Cameroun, en 1957, puis vivra à Yaoundé.

Passeur entre deux rives, Eric de Rosny sera le premier européen à devenir nganga, c’est-à-dire guérisseur traditionnel africain. le nganga Camerounais « fait le bien », connait la médecine des herbes et la psychologie bantoue, une sorte d’art de guérir la violence de groupe. Il faut absolument lire ses livre Les Yeux de ma chèvre (Plon, 1982) ou encore La nuit, les yeux ouverts (Seuil, 1996), qui racontent son initiation et son parcours de guérisseurs traditionnel dans le « monde de la nuit » au son du tam-tam et des lueurs vacillantes du feu. « Mon dépaysement ne fut pas d’ordre religieux ni culturel, mais plutôt d’ordre cosmo-anthropologique », explique-t-il dans Les Yeux de ma chèvre. Son passeur Din, lui « ouvrira les yeux » pour en faire un guérisseur. Selon la pensée africaine traditionnelle, la maladie est comprise comme une rupture de l’ordre établi, une fracture de la paix du groupe  produite par le double d’une personne ou d’un défunt qui continue de vivre dans le monde de la nuit-du ‘rêve éveillé’. « C’est là qu’intervient le nganga dont la fonction n’est pas tant de désigner le coupable que de ratifier ou non les soupçons de la famille. Une fois le coupable nommé, le malade peut guérir et son corps invisible réintégrer son corps visible par les soins du nganga ». À la fin de son initiation des rêves éveillés lui font « voir » des hommes s’entre-tuer alors qu’il écoute la radio: « Des images intérieures montaient de mes yeux, associées aux paroles que j’entendais. J’entrais ainsi dans le cercle des visionnaires qui ont « quatre yeux », un privilège rare, dévolu à certains ngangas ». Des brusques flashs d’images lui montrent la violence qui habite entre les êtres. Cette conception s’appuie sur l’anthropologie bantoue de l’homme et son double. Un monde en réalité bien étrange pour un européen post moderne mais que Eric de Rosny a approché avec  le respect absolu d’un homme qui risque son âme pour comprendre et sauver ses frères d’Afrique.

En cette fête de Pourim et ce carême des chrétiens nous souhaitons une belle route au pays des vivants à ce grand homme et saluons sa famille avec amitié.

Catégories :spiritualité, Témoignage
  1. 8 juillet 2014 à 23:50

    Très bel hommage à cet homme de foi et de culture. Petite précision: il n’est pas devenu guérisseur grâce au rite de l’ouverture des yeux mais plutôt un statu qui se raprocherait de « médium ». En effet, dans la tradition africaine, les fonctions de « médium » et de « nganga » ou guérisseur sont bien distinctes, bien que les deux puissent être exercées par la même personne. Demain, je publierai sur mon blog une revue de son roman « La Nuit, Les Yeux Ouverts ». Jettez-y un coup d’œil en espérant qu’elle vous plaira.

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