Rambam : « Un bâtard instruit a le pas sur un grand-prêtre ignorant « 

Le Livre de la connaissance de Moïse Maïmonide forme la première partie du Michné Thora ( מִשְׁנֶה תּוֹרָה : « Répétition de la Torah » ). Compilé au Caire entre 1170 et 1180, il tente de réaliser une Somme de la loi pour les communautés qui ont fui l’Espagne et rejoint l’Afrique du Nord, parfois persécutées comme au Yémen. Dans la 3ème section sur L’ETUDE DE LA LOI au chapitre trois  » Que le devoir d’étudier la loi égale en importance de l’ensemble de tous les commandements. Conduite à tenir pour étudier la loi et mériter sa couronne », Le maître cordouan réaffirme la primauté de l’étude sur tout autre activité, fut elle la prière, ou l’exécution d’une mitsva. Mais il subordonne celle-ci au devoir de gagner sa vie sous peine d’être amené à voler son prochain.

Nous utilisons la traduction du Mishneh Torah de Rubinstein et Rabinovitch, Sefer rishon bu sefer bamada, Editions Rishonim, Tel-Aviv, 1946 et je cite les sources talmudiques citées par le Rambam (Entre crochets en gras), on découvre ainsi une pensée avec une puissance de références talmudiques sans équivalent.

Mishneh Torah, copiée en Espagne, Enluminé à Pérouse (Italie) vers 1400.

II) Selon les termes des sages un bâtard instruit a le pas sur un grand-prêtre ignorant. l’Ecriture, en effet, déclare : « Elle est plus précieuse que les perles » (Proverbes 12,15) autrement dit que le grand prêtre qui entre dans le Saint des Saints. [Nb jeu de mot entre peninim – perles et fenim « devant » (D.ieu)]

[« Un érudit de la Torah précède le roi d’Israël, car dans le cas d’ un sage qui meurt, nous n’avons personne comme lui, mais dans le cas d’ un roi d’Israël qui meurt, tout Israël est digne de la royauté. « 

(Horayot 13a)

MISHNA: Un prêtre précède un lévite. Un lévite précède un israélite. Un Israélite précède un fils né d’une relation incestueuse ou adultère [ mamzer ], et un mamzer précède une gibéonite, et une gibéonite précède un converti et un converti précède un esclave émancipé. Quand ces halakhot de priorité prennent-ils effet? Dans des circonstances où ils sont tous égaux en termes de sagesse. Mais s’il y avait un mamzer qui est un érudit de la Torah et un grand prêtre qui est un ignorant, un mamzer qui est un érudit de la Torah précède un grand prêtre qui est un ignorant, car la sagesse de la Torah surpasse tout le reste. ]

Horayot 13a

III/ On ne saurait trouver parmi tous les commandements de commandement qui puisse se comparer au devoir d’étudier la Torah tandis que ce devoir à lui seul, égale en importance l’ensemble de tous les autres commandements

C’est que l’étude aboutit à l’action [Kidouchim 40b] : aussi, chaque fois que l’écriture parle de l’une et de l’autre, elle cite toujours l’étude en premier lieu.

IV/ Dans le cadre où on sera contraint de choisir entre l’accomplissement d’un commandement et l’étude de la Torah , on n’interrompra pas cette dernière s’il est possible que le commandement soit accompli par autrui. Dans le cas contraire, on accomplira le commandement puis on reviendra à l’étude.

V/ Devant le tribunal céleste, on répond, en premier lieu, de la façon dont on a étudié la Torah, et ensuite de toutes ses actions. C’est pourquoi, selon les Sages, l’on devra toujours s’occuper d’étudier la Torah , que ce soit par amour de la Loi elle-même ou en vue d’un avantage extérieur à elle. En effet, de l’étude intéressée de la Loi on passera à l’étude désintéressée.

[ MISHNA: Quiconque est engagé dans l’étude de la Bible et de la Michna, et dans la Halakha ne sera pas prompt à pécher, car il a déclaré: « Et un cordon triple n’est pas rapidement brisé » ( Kohélet 4, 12) . Et quiconque ne se consacre pas à l’étude de l’Ecriture, ni à l’étude de la Michna, ni la Halakha , ne fait pas partie de la société. […]

Et il y a eu un incident dans lequel Rabbi Tarfon et les aînés étaient à
table dans le grenier de la maison de Nit’za à Lod, lorsque On leur a posé la question suivante: l’ étude est-elle plus grande ou l’action est-elle plus grande? Le rabbin Tarfon répondit et dit: L’action est plus grande. Rabbi Akiva répondit et dit: L’étude est meilleure. Tout le monde a répondu et a dit: L’étude est plus grande, mais pas comme une valeur indépendante; au contraire, elle est d’ autant plus grande que l’étude mène à l’action.
]

Kidouchim 40b

[…]

VII/ Ne dis pas : « Je reviendrai à l’étude de la Torah quand j’aurais amassé la fortune ; quand j’aurais acquis ce dont j’ai besoin, je me détournerai de mes affaires pour me consacrer à nouveau à l’étude de la Torah . » Si pareille pensée s’impose à ton esprit, tu ne mériteras jamais la couronne de la Torah . Au contraire fait de ton étude une tâche fixe et inconditionnel et de l’activité de ta profession une activité soumise aux circonstances.

[ En ce qui concerne le même verset («Et la foi de votre temps sera une force de salut, de sagesse et de connaissance, la crainte du Seigneur est son trésor »( Is 33, 6) , Rava dit: Après avoir quitté ce monde, quand une personne est jugée pour la vie qu’elle a vécu en ce monde, il lui dit dans l’ordre de ce verset : As-tu conduit tes affaires avec loyauté ? As-tu désigné des moments pour l’ étude de la Torah ? As-tu participé à la procréation? As-tu attendu le salut? T’es-tu engagé dans la dialectique de la sagesse ou As-tu compris quelque chose d’un autre ? Et néanmoins, au – delà de tout cela, si la crainte du Seigneur est son trésor, oui, il en vaut la peine, et sinon, non, aucun de ses accomplissements n’a de valeur.

Chabbat 31 a

[Au sujet de la récompense pour une mitzva accomplie sans intention, Rava soulève une contradiction: il est écrit: « Car ta miséricorde est grande jusqu’aux cieux, et ta vérité atteint les cieux » ( Psaumes 57, 11 ); et il est écrit ailleurs: « Car ta miséricorde est grande au-dessus des cieux, et ta vérité atteint les cieux » ( Psaumes 108, 5 ). Comment ces versets peuvent-ils être réconciliés ?

La Guemara explique: Là où le verset dit que la miséricorde de D.ieu est au-dessus des cieux, il est fait référence à un cas où une personne accomplit une mitsva pour elle-même; et dans le verset qui dit que la miséricorde de D.ieu atteint les cieux, il s’agit d’un cas où l’ on n’accomplit pas une mitsva pour elle-même. Même une mitsva réalisée avec des arrières – pensées engrange une récompense. Rav Yehuda dit que Rav a dit: Une personne doit toujours s’engager dans l’étude et l’accomplissement de la Torah même si elle réalise les mitsvot, dans son propre intérêt et non pour elles- mêmes; car ainsi, on acquiert la compréhension et en en vient les exécuter pour elles- mêmes .]

Pessahim 50b

Ne dit pas non plus : « j’étudierai lorsque j’en aurai le temps » de peur de n’avoir jamais le temps. [Parole d’Hillel dans Pirké Avot 2, 4]

Il est écrit dans la Torah : « Elle n’est pas dans les cieux et elle n’est pas au-delà de la mer » (Deutéronome 30, 12 – 13). « Elle n’est pas dans les cieux » veut dire qu’on ne trouve pas la Torah chez les arrogants. On ne la trouve pas non plus chez les marchands qui voguent « au-delà de la mer » ; c’est pourquoi les sages ont dit : « tout grand négociant n’obtient pas la sagesse »– Et ont recommandé de restreindre ses affaires pour s’affairer à la loi.

[Hillel avait coutume de dire : « Un sot ne saurait craindre la faute et un ignorant ne saurait être pieux ; un timide ne saurait accéder à la connaissance et un irascible ne saurait enseigner ; et celui qui est trop occupé au commerce ne saurait acquérir la sagesse ; et là où il n’y a pas d’homme, efforce-toi d’être un homme. » ]

Pirkei Avot 2, 5

[ Et cette idée, selon laquelle on doit faire de gros efforts pour conserver sa connaissance de la Torah, est conforme à ce qu’avait dit Avdimi bar Ḥama bar Dosa: Quel est le sens de ce qui est écrit: «Cela n’est pas au ciel… ni au-delà de la mer » ( Deutéronome 30, 12-13 )? «Cela n’est pas au ciel» indique que si la Torah était au ciel, il faudrait que vous y montiez et que elle était au-delà de la mer, vous deviez traverser, car il faut déployer tous les efforts nécessaires pour étudier la Torah.

En expliquant le verset différemment, Rava a déclaré: «Cela n’est pas au ciel» signifie que la Torah ne se trouve pas chez quelqu’un qui élève son esprit au-dessus, comme le ciel, c’est-à-dire qu’il pense que son esprit est au-dessus de la Torah et qu’il ne la réalise pas. On ne la trouve pas non plus chez quelqu’un qui élargit son esprit comme la mer, c’est-à-dire qu’il croit tout savoir sur le sujet qu’il a appris.

Le rabbin Yoḥanan a déclaré: « Cela n’est pas au ciel » signifie que la Torah
ne se trouve pas chez les hautains, ceux qui élèvent leur image de soi comme s’ils étaient au ciel.
« Cela n’est pas au-delà de la mer » signifie qu’elle ne se trouve pas parmi les marchands ou les commerçants qui voyagent constamment et qui n’ont pas le temps d’étudier correctement la Torah. ]

Erouvin 55a

Quiconque se met en l’esprit qu’il va s’occuper de la Torah sans exercer de profession et en subsistant de la charité publique, celui-là profane Nom, méprise la Torah, éteint le luminaire de la foi, attire le malheur sur lui-même et s’exclut du monde futur, puisqu’il est interdit de tirer du profit en ce monde ci des paroles de la Torah.

[ Le rabbin bar rabba bar Ḥana a déclaré que le rabbin Yoḥanan avait déclaré: « Quiconque se sert de la couronne de la Torah est déraciné du monde ». Ceci peut être déduit au moyen d’ une inférence à fortiori : si Belshazzar, qui utilisait les vases sacrés du Temple , qui étaient déjà devenus des vases non sacrés à ce moment-là, comme il est dit dans le verset: « Et les brigands y entreront et le profaneront » ( Ézéchiel 7, 22 ), qui montre qu’une fois les vases du Temple volés, ils deviennent non sacrés, comme ceux qui sont déracinés du monde pour leurs actes, comme il est écrit: « Cette nuit-là, le roi Chaldéen Belschatsar fut tué » ( Daniel 5, 30 ); celui qui se sert de la couronne de la Torah, qui vit et dure pour toujours et dont la sainteté ne peut être enlevée, sera d’ autant plus déraciné. ]

Nedarim 62a

Les Sages on dit : « quiconque tire du profit des paroles de la Torah s’exclut du monde à venir. » Voici encore quelques-unes de leurs sentences : « Ne fais pas des paroles de la Torah une couronne pour t’enorgueillir ni une pioche pour fouir. »

[ Ainsi Hillel avait coutume de dire : « Celui qui fait usage de la couronne [de la Torah à ses propres fins] périra. » Ainsi, tu apprends que celui qui tire profit des paroles de la Torah retranche sa vie du monde. » ]

Pirkei Avot 4, 5

Aime le travail artisanal plutôt que le prestige du savant, toute étude de la loi qui n’est pas accompagnée d’une profession finit par être stérile et conduire au péché, car celui qui la pratique est amené à voler son prochain.

[ Rabbi Yehuda dit: Tout père qui n’enseigne pas un métier à son fils lui enseigne le banditisme [ listut ]]

Quidouchine 29a

C’est un immense privilège que de se nourrir du travail de ses mains à la façon des hommes pieux du temps jadis. C’est de la sorte que l’on mérite tous les honneurs et biens de ce monde-ci et du monde à venir. L’Ecriture, en effet, déclare :« Tu profites du travail de tes mains, tu es heureux, le bien t’advient » (Psaume 139, 2 ). « Tu es heureux » désigne le bonheur ici-bas ; « le bien t’advient» le bonheur dans le monde futur tout entier n’est que bien.

Le rabbi Ḥiyya bar Ami a déclaré au nom de Ulla: Celui qui tire profit de son dur labeur est plus grand que celui qui craint Dieu , c’est-à-dire celui qui est tellement captivé par sa peur de Dieu qu’il reste les bras croisés et ne travaille pas. En ce qui concerne une personne pieuse , il est écrit: «Heureux l’homme qui craint le Seigneur qui désire ardemment Ses Mitsvot» ( Psaume 112, 1 ), tandis que de celui qui profite de son dur labeur est écrit: «Tu vivras du travail de tes mains; heureux es-tu à toi le Bonheur » ( Psaumes 128, 2 ). La Guemara explique ce verset pour signifier que vous êtes heureux en ce monde et que c’est bon pour le monde à venir. Et concernant une personne pieuse, « heureux est l’homme », est-il écrit mais il n’est pas écrit de lui : à toi le Bonheur .

Berakhot 8a

Bien que le commandement nous ordonne d’apprendre le jour et la nuit, ce n’est que durant la nuit que l’homme acquiert la majeure partie de sa science. Aussi quiconque veut mériter la couronne de la Torah doit-il veiller à ne gaspiller aucune de ses nuits en sommeil, manger et boire, conversations et autres passe-temps, mais les consacrer à l’étude de la loi et aux paroles de sagesse.

Les sages ont dit : « le chant de la loi ne s’entend que de nuit. » [Idrash Rabba sur Exode ] L’écriture, déclare en effet: « Lève-toi, chante pendant la nuit » (Lamentations, 20,19).

Quiconque s’occupe de la loi la nuit durant, un rayon de grâce le suit pendant le jour. L’écriture déclare en effet :

De jour l’Eternel donne ordre à sa grâce

et de nuit son chant est avec moi

prière au D.ieu de ma vie (psaume 152,9)

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