Grâce à Sarah Fainberg on découvre ce que veut dire le mot ‘militant’, c’est à dire des personnes qui sont passés par l’arrestation, les dents cassées, la garde à vue et le goulag psychiatrique pour leur combat, comme son père Victor Fainberg qui, 4 jours après le Printemps de Prague écrasé par les chars soviétiques, a manifesté sur la Place Rouge.

Victor Fainberg (1931- 2023)
FOLLEMENT DISSIDENT, le film projeté pour la première fois au CEJ jeudi dernier de Ksenia et Kirill Sakharnov, tous deux réfugiés en Pologne loin de Poutine, raconte ce destin hors du commun, celui d’un homme, d’un juif, qui n’a jamais baissé la tête. L’un des « huit courageux », à l’immense bravoure qui à l’été 1968 ont osé protester sur la place Rouge contre l’invasion de la Tchécoslovaquie.

« J’ai pensé que la seule réaction possible à cet acte barbare serait une manifestation à Moscou. J’étais absolument sûr que les dissidents moscovites avaient la même opinion et les mêmes sentiments que moi. J’habitais la ville de Pavlovsk et je suis allé à Moscou où j’ai rencontré mes amis et participé à cette manifestation sur la place Rouge, devant la cathédrale Saint-Basile. Ce jour-là, il faisait très très chaud, 38 degrés. La place Rouge était pleine de touristes. Nous avons lancé des slogans – Dehors de Tchécoslovaquie ou Pour votre et notre liberté… La huitième participante, c’était une très jeune fille, Tatiana Bayeva, mais mes amis l’ont persuadée de dire qu’elle était par hasard là-bas et ainsi, elle a pu être libérée. Une minute ou deux après, j’ai reçu des coups, perdu immédiatement quatre dents et ma chemise étaiet pleine de sang. Les hommes du KGB étaient très en colère et avaient en même temps très peur, car ils étaient responsables de la manif… «
« Moi, j’ai été envoyé de la prison de KGB dans un établissement psychiatrique où il y avait un département spécial pour les gens qui ont été arrêtés par le KGB. Après un mois d’observations, une commission étroitement liée au KGB a donné un diagnostic. C’était presque toujours le même diagnostic : schizophrénie, syndrome paranoïaque. Puis, je suis allé dans un établissement psychiatrique spécial à Leningrad qui était destiné à des gens souffrant de maladies mentales graves et dangereuses. Sous Brejnev et même bien longtemps avant, il était utilisé pour les dissidents. C’était le bâtiment d’une vieille prison avec un personnel de prison – officiers et soldats du ministère de l’Intérieur – 750 prisonniers dont douze personnes qui étaient jetées là-bas pour des raisons politiques et qui étaient absolument sains, bien sûr. Et elles étaient traitées de la même manière que les gens malades – injections, médicaments etc. Les gens qui étaient là-bas n’avaient aucun droit. Ils étaient considérés comme des gens mentalement malades, donc non responsables.«
Victor Fainberg

Sarah Fainberg et Ksenia Sakharnova
On est très loin de la comédie et des selfies des râleurs catégoriels de la mosaïque des soi-disant ‘militants’ autoproclamés sans histoire.
Victor Fainberg, Vladimir Klara-Mourza empoisonné deux fois et emprisonné, les Sakharnov, par leur destin, nous rappellent le prix de la liberté en ces jours de Pessah.
Merci Sarah Sarah Fainberg la mémoire de Victor Fainberg, zal, est une bénédiction.

Monique Canto Sperber, Yana Grinshpun, Sarah Fainberg

Evgenia, l’épouse de Vladimir Klara-Mourza, empoisonné deux fois et emprisonné

