C’est une manifestation étonnante qui s’est déroulée aujourd’hui place Victor Hugo.
2000 à 3000 personnes (Préfecture) sont venues pour un «rassemblement républicain» dans le but de soutenir «Israël et les Français juifs dans leur droit à vivre en paix».
Aucun élu sur scène mais juste les responsables de 18 associations et collectifs inconnus hier : The Truth, Women United for Peace, le bracelet jaune, Tous 7 Octobre…mais très présents sur les réseaux sociaux venus crier leur rage.
Pas les paroles pondérées et pleines d’onction des happy few parisiens concentrés dans le carré VIP avec des sourires crispés et des élus choisis avec leur rond de serviette qui cherchent les caméras. Là aucune TV en continu, mais juste des juifs qui ne veulent pas crever. Haïm Israël Hai en hébreu.
Le père de Tamir sans nouvelles de sont fils parle en premier, secoué par l’émotion : «Tamir, 19 ans kidnappé sans ses lunettes ni ses chaussures, le 7 octobre à 7h12 du matin avec deux de ses amis qui ont été depuis retrouvés morts dans un tunnel de Gaza.».
Fini le viril name dropping intracommunautaire qui s’autocongratule, des illustres inconnues sur scène prennent la parole l’une après l’autre :
« J’accuse tous ces influenceurs qui ont leurs yeux sur Rafah mai spas à Courbevoie, qui se soucie de Gaza mais pas de nos futurs Mérah » « Je vous accuse vous derrière vos téléphone » crie Samanta, avec cette colère que personne n’entend plus. La foule crie « bravoooo ! »
Fini la langue de bois. L’interdiction de société israéliennes à Eurosatory ? « Ce n’est pas lié à une opération de l’armée israélienne à Gaza mais à un coup d’ego d’Emmanuel Macron qui n’a pas apprécié l’interview de Benyamin Nétanyahou sur LCI», lance la responsable de Tous 7 octobre.
C’était vivant joyeux, pas du tout le boring habituel qui a fini par démobiliser toutes les énergies, alors que les juifs de la rue ne font plus partie de la photo de famille et des selfies de leurs dirigeants avec des VIP. Mais un collectif vivant, organique, sans centre réel, énergique, déterminé. Le peuple juif réuni.
Exit les Crif, Fsju, UEJF avec les habituels amis de 40 ans habillés comme à la bar Mitzvah du petit. Leurs représentants n’étaient tout simplement pas là. Là, comme en politique les élites semblent dépassées par la rue.
Le peuple juif était là lui. En djinn, thee shirt. Tous ces braves gens qui se font insulter et menacer tous les jours, dont les enfants se font frapper ou violer, étaient sortis pour dire que la rue n’appartient pas qu’à LFI et à toute cette gauche qui vient de planter un couteau dans le dos des institutions juives qui avaient cru en elles contre un plat de lentilles.
Beaucoup de ces associations sont nées après le 07 octobre. Elles existent sur Insta ou X et ça suffit. Changement de monde.
On a chantée l’Hatikvah et la Marseillaise.
Quelques drapeaux… iraniens, d’une association de femmes iraniennes présentes pour rappeler leur combat pour les droits des femmes.
Et c’était très bien.
Pas comprise par les élites juives la rage de la rue juive sort du tube. Brute de décoffrage. Elle n’y rentrera plus. Après le 7 octobre un changement d’époque et de générations.
« Nous avons dû donner raison à Freud, quand il ne voyait dans notre culture, dans notre civilisation, qu’une mince couche susceptible à tout instant d’être transpercée par les forces obscures de destruction des bas-fonds, nous avons dû progressivement nous habituer à vivre sans avoir de sol sous nos pieds »
Stefan Zweig, Le monde d’hier, Gallimard 2013. Folio, pg 25-26
La double révolution qui se passe en France à l’ultra gauche (28% de part de marché) et à l’ultra droite (31% des voix) va toucher de plein fouet les Français juifs largement stigmatisés par l’extrême gauche depuis le 07 octobre 2023.
Le vrai clivage passe entre les gagnants et les perdants de la globalisation dont les deux pôles révolutionnaires ont renversé la table. Dans cette polarisation les juifs ont tout à perdre.
La classe moyenne paupérisée, celle des villes petites et moyennes et des zones rurales confie désormais son avenir à un RN normalisé malgré l’opinion des élites politiques. Le RN patriote contre les « mondialistes » n’est plus antisémite dans sa doctrine mais de nombreux antisémites gravitent autour et à sa tête.
De l’autre côté le Nouveau Front Populaire a visé les masses populaire périurbaines défavorisées. Les populations déterritorialisées des banlieues de la globalisation qui ont reconstitué un islam à la fois moderne (les frères musulmans sont en costume cravate, attaché case) et rétrograde. Le mouvement de migration vers les villes qui touche toute la planète a créé des banlieues de la globalisation et ces populations se sont raccrochées à ce qui leur restait, leur identité religieuse. Comme la fraternité républicaine s’est révélée une arnaque, on se réfugie et on espère dans la fraternité chaleureuse de l’Oumma mondialisée.
Les Nouveaux gaulois et l’Oumma partagent le même sort en réalité. Ils se perçoivent comme les exclus du festin et au ruissellement de la Globalisation économique. D’où le ressentiment. Et en réalité il y a une bien plus grande porosité qu’on le croit entre les électorats du Front National ou du Front Populaire.
Du coté des ‘winners’ de la globalisation, les élites mondialisées, urbaines, à l’identité sans frontière, gagnantes ; celles qui parlent le globish des conseils d’administration et des aéroports, cette nouvelle bourgeoisie cool, woke, moralisatrice et digitale… ils sont soudains renversées par la colère de la France périphérique insécurisée d’un point de vue identitaire et économique.
Le « camps national » contre le « mondialisme » d’un côté, les victimes du « capitalisme mondialisé » du Nouveau Parti Anticapitaliste et parfois antisémite de l’autre.
Encore il y a peu : 12 ans, un millénaire ! Marine le Pen faisait siffler les « mondialistes » juifs : Dominique Strauss-Kahn, Bernard Henri-Lévy, Édouard de Rothschild, Jacques Attali, dont la plupart des complotistes français. En 20 ans de dédiabolisation le RN s’est cachérisé en s’auto proclamant le protecteurs les juifs en remplaçant la haine du Juif par celle du musulman ou du migrant extra-européen. Mais sous le racisme l’antisémitisme reste bien présent.
Malgré toutes les dénégations, la proximité amicale, financière (campagne régionale de 2021), et sentimentale de Jordan Bardella avec l’ancien fondateur du GUD et Frédéric Chatillon et sa famille sont connus. Frédéric Chatillon est celui qui a fait prendre un virage pro-palestinien et antisémite au GUD.[1]
De son côté LFI a fait campagne non pas pour l’Europe mais pour Gaza dénonçant les « sionistes », bref l’idée de juifs globalisés, banalisant un antisémite qui s’est transformé en acte antisémites pour les juifs concrets. Un appel antisémite qui a résonné dans les zones périurbaines défavorisées et largement islamisées et a fait élire Rima Hassan qui porte le discours du Hamas au parlement européen.
A date, Le RN ne fera pas alliance avec la droite républicaine ou au moins ses députés déjà élus. L’ultra gauche a mené en quatre jours une guerre éclair tactique qui lui a permis de reconstituer un arc de gauche dominé par la France insoumise. Avec l’adoubement de la gauche républicaine via François Hollande. Le but pour Jean-Luc Mélenchon est évidement de devenir le premier opposant du RN, pas de construire une allaince politique de gouvernement.
Et les juifs ont été éjectés du jeu…
En terme d’image, Il était hors de question qu’un « Zemmour » puisse s’allier au Font National. Il ne faisait pas partie de la famille. Il était impossible qu’un « Glucksman » soit associé à une « Rima Hassan » au milieu des drapeaux palestiniens. Jérôme Guedj, le Dernier des socialistes républicains (avec Emmanuel Valls et Bernard Cazeneuve) écume les plateaux esseulé en espérant recomposer l’armée de jadis.
Les juifs proches de Marine le Pen seront probablement utilisés par elle mais ils n’ont aucune chance dans un parti profondément antisémite via son ancienne génération toujours influente.
Malgré le grand courage d’un Yonathan Arfi du CRIF qui a lutté contre toutes les alliances non républicaines, les institutions juives (Consistoire, FSJU, CRIF…) qui ont fait confiance aux pouvoirs républicains qui les protégeaient depuis la seconde guerre mondiale se retrouvent désormais sans interlocuteurs après avoir appelé à refuser l’alliance avec les extrêmes aujourd’hui en position de gagner.
Des élites déconnectées, une classe moyenne appauvrie
Le leviers numéro 1 du vote de dimanche dernier est l’immigration (pour 43% des électeurs et pour 79% des électeurs de Jordan Bardella[2]) avant le pouvoir d’achat (pour 45% des électeurs et 61% des électeurs RN).
Entre janvier 2022 et juin 2024 les prix en grandes surfaces ont augmenté de 20 à 25% en France[3].
8 foyers français sur 10 déclarent avoir restreint leur chauffage pendant l’hiver pour ne pas avoir de factures trop élevées (contre 69% en septembre 2022) [4], un record ! Des personnes âgées avec 700 euros de revenus par mois ont vu leur charges augmenter de 60 à 300 euros.
Alors que le gouvernement s’était engagé à faire baisser de 10 % à 15 % la facture d’électricité en février 2025, bien inspirée, la commission de régulation de l’énergie faisait savoir, dès le lendemain du scrutin européens, que le prix moyen du gaz allait augmenter de 11,7 % en juillet.
Les 30 glorieuses ont enrichi les Français. La globalisation des flux de marchandise, de services, d’idées en croissance rapide… l’abaissement des barrières douanières, la plateformisation de toute l’activité humaine via Amazon ou Wikipedia ont créé une mondialisation sous stéroïde, post guerre froide, qui a enrichi le monde comme jamais ne le fut l’humanité.
Selon la Banque mondiale, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans le monde est passé d’environ 2 milliards en 1989 à environ 1,3 milliard en 2008. Au cours de la même période, l’Inde a réduit la proportion de sa population vivant dans la pauvreté d’environ la moitié à un tiers, et la Chine de deux tiers à moins d’un cinquième. L’Amérique latine et, à partir du milieu des années 1990, l’Afrique subsaharienne se sont développées.
Distorsion du peuple et des élites. Jordan Bardella ou Manon Aubry (LFI) promettaient des baisses de prix quand la candidate du gouvernement défendait la libre concurrence et les bienfaits des marchés dérégulés devant des Français éberlués.
Car la globalisation a peu profité à la classe moyenne. Les salaires ont été bloqués. Quant au prix des logements, il a augmenté bien plus vite que les revenus des classes moyennes. 23% seulement des jeunes français ont un Bac + 3[5]. Comment s’intégrer dans un monde globalisé ?
Mais entre-temps, en 20 ans, la dette de la France passe de 1 000 milliard d’euros en 2003, 2500 milliards d’euros en 2020 (100% du PIB), à 3 000 milliard d’euros en 2023, suite au COVID mais surtout à un France qui continuaient de vivre à crédit.
Et l’inflation a explosé en 2022.
La colère sociale est là, sourde, accumulée depuis les Gilets jaunes, prête à s’exprimer. Le RN est aux portes du pouvoir, talonné de près par le Nouveau Front Populaire mais ils sont bien incapables d’apporter la moindre solution économique en dehors de mantras. Pour le RN : retraite à 62 ou 60 ans, prêt de 100.000 euros à taux zéro, TVA à 5,5% sur l’énergie… Des mesures à 100 milliards d’euros de déficit selon le très sérieux institut Montaigne[6], quand les simples intérêts de la dette en France pèsent déjà le budget de l’éducation nationale.
Bardella ou Mélenchon (ou équivalent) seront premier ministre, ils promettent monts et merveilles à coup de milliards de dépenses mais ils n’ont en réalité ni vision ni plan économique sérieux face à des marchés méfiants.
Un scénario à la Liz Truss Première ministre britannique parti en 44 jours face aux marchés, avec la BCE en arbitre européen est probable. Leurs promesses n’engagent que ceux qui y croient.
Les partis républicains (18%) ont très peu de chance d’arbitrer une guerre des extrêmes et aucune dissolution de l’assemblée n’est possible avant un an, à moins d’une démission d’Emmanuel Macron et de la constitution d’un vrai gouvernement d’Union nationale.
En attendant les population d’origine immigrée et les juifs feront les frais du ressentiment national.
Le risque du Nouveau Front Populaire pour les juifs des quartiers défavorisés
LFI, est arrivée largement en tête en Seine-Saint Denis (37,13 %), 20 points devant le RN. Plus de 50 % à Saint-Denis, Bobigny, Clichy-sous-Bois, 58,12 % à La Courneuve.
De même dans le Val d’Oise (25,51% LFI) : 56,55 % à Garges-lès-Gonesse, 46,85 % à Goussainville, 46,22 % à Villiers-le-Bel et jusqu’à, 38,73 % à Gonesse, 38,59% à Sarcelles (où vivent 12 000 juifs), 35,01 % à Cergy.
30,16%à Créteil (14 points au-dessus du RN) où vivent 20 000 juifs, 25,20% à Villeurbanne où vivent 10 000 juifs. A Marseille où vivent 55 000 juifs et un demi-million de musulmans, les musulmans votent LFI dans 7 arrondissements, les autres RN (9 arrondissements).
Depuis, la gauche républicaine est devenue le bras droit de LFI dans le nouveau Front Populaire ou LFI est central et Jean-Luc Mélenchon se présente déjà en futur premier ministrable ou plutôt le rôle qu’il affectionne, celui d’opposant en chef quand les naïfs du Rassemblement national croient qu’il suffit d’être élu pour gouverner.
Ainsi deux blocs antagonistes se sont polarisés. Une double révolution des déglobalisés périurbains d’un côté et des petites villes et des campagnes de l’autre.
En cas de victoire du RN
Selon un sondage Opinion Way de ce samedi le Rassemblement national est crédité de 33% des intentions de vote contre 25% pour l’alliance de gauche et 20% pour le bloc Renaissance et ses alliés tandis que les LR tomberaient à 7% et Reconquête à 3%.
Un autre sondage Cluster17-Le Point donne 29,5 % des voix au RN, au coude-à-coude avec le bloc de gauche du « Nouveau Front populaire », qui obtiendrait 28,5 % d’intentions de vote. le RN ferait élire entre 195 et 245 députés (il faudrait au moins 289 députés pour obtenir une majorité absolue sur 577 élus). Le Nouveau Front Populaire aurait entre 190 et 235 sièges. La majorité actuelle à 18% passerait de 249 à 70 à 100 sièges.
Des projections à prendre avec beaucoup de précautions car on ne peut projeter un vote européen ou des statistiques sur 577 élections locales avec des députés des anciens partis sénatoriaux (PS, LR) souvent bien implantés depuis des décennies et un rassemblement national relativement nouveaux. D’autre part, l’abstention sera un facteur déterminant. Enfin la carte de France des circonscriptions n’est pas urbaine mais territoriale, au moment où les campagnes, cette autre France périphérique qui ne profite pas des fruits de la richesse, souffre économiquement des prix de l’électricité et de l’essence (Cf, le mouvement des Gilets Jaunes) se sent écartée du modèle des élites. Ce qui favorise le vote RN.
Il est clair qu’en cas de tensions entre le RN et les populations des cités paupérisées la paix avec ces populations passerait avant les juifs 10 millions de personnes, 13% de la population contre 0,6 % !
Une victoire du RN signifierait probablement à moyen terme que les Français juifs feraient comme les juifs hongrois les frais de politiques antisémites : fin de l’abattage rituel et de l’importation de viandes casher comme l’a promis Jordan Bardella en 2022, négation de la Shoah, prise à partie de personnalités, insécurité identitaire et physique croissante…
Mais surtout à court terme :
même si les trafiquants de drogue qui tiennent les quartiers autour des points de deal détestent tout ce qui attire la police, les jeunes désœuvrés des cités, très peu politisés, qui ont fini l’école en cette fin juin, alors que tout le monde est dehors en été, pourraient « sortir » comme ils l’ont fait il y a un an dans une situation incontrôlable
Une situation dont s’alarment déjà des hauts fonctionnaires.
« Si la situation dégénère, cela laisse un réservoir supplémentaire de manifestants hostiles au RN et à Jordan Bardella. » Dans les scénarios les plus sombres, les stratèges de l’ordre public n’excluent pas que la fièvre aille crescendo pour attendre son acmé au lendemain des premier et second tours. Ce qui constituera un défi pour les forces déjà tiraillées entre les JO et la menace terroriste.[7]
des affrontements sporadiques entre des groupes d’ultradroite et réservistes, et la mouvance ultragauche anarcho-autonome créant une situation de bouffées insurrectionnelles sont possibles
La France est une terre de jacqueries et de révolutions et il est probable qu’avec deux blocs à 30% des affrontements sporadiques manipulant les « sionistes » ou le conflit israélo palestiniens apparaissent dès le soir des deux tours des élections.
« Si Bardella passe on sort » nous ont répété des jeunes des cités. Le RN qui a fait campagne sur les idées de « double frontière » ou de « refoulement systématique » risque de cristalliser le ressentiment.
On ne sait pas ce qui se passera au soir des deux tours des élections à une semaine du 14 juillet et à deux semaines des jeux olympiques mais il est sûr que les français juifs, surtout ceux qui habitent les quartiers populaires devraient se boucler chez eux (l’erreur serait de prendre la voiture) avec de la nourriture pour quelques jours et une porte solide.
En cas de victoire du Nouveau Front Populaire
Une victoire du Nouveau Front Populaire est peu probable mais n’est pas exclue. Avec le risque probable de disparition assumée et progressive des structures politico étatiques qui ont protégé les Français juifs jusque-là, une priorité donnée aux musulmans, une ségrégation non dite mais réelle, et des mesures concrètes comme l’abaissement du financement par l’Etat des écoles juives.
Il est probable que les 8,4 millions de musulmans dont 28% pratiquent un Islam très loin de l’idéal républicain dont 55% des moins de 40 ans[8] verront dans l’arrivée du Nouveau Rassemblement populaire une formidable opportunité, dans des parties entières du territoire sont déjà hors de contrôle où l’espace social se halalise. Des territoires où vivent 100 000 juifs.
Le soft power des frères musulmans, Mili Gorus turc… évalué à 3,4 millions de personnes pourrait peser sur le vote dans des banlieues dépolitisées déjà acquise à la gauche. Au-delà ?
Un arc de gauche étudiants-lycéens est probable à moyen terme… Les mouvements islamistes sauront tirer de la cacophonie ambiante pour attiser les braises à leur profit même si l’infiltration des mouvements islamistes reste localisée et peu nombreuse en réalité dans les universités.
Du coté du ‘hard power’ islamiste la porosité entre les milieux islamistes et le trafic de drogue va augmenter
L’avenir se tend donc en ce lendemain de Chavouot pour les Français juifs qui se retrouvent entre le marteau et l’enclume.
« Le langage politique est destiné à rendre vraisemblable les mensonges, respectables les meurtres et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. » (George Orwell – 1984)
Comme le soulignent la chercheuse Yana Grinshpun qui co-dirige l’axe « Nouvelles radicalités » au sein du Réseau de Recherche sur le Racisme et l’Antisémitisme (RRA). et Georges-Elia Sarfati philosophe et linguiste :
« La publication des visages et noms de membres du conseil d’administration de l’école [Normale de la rue d’Ulm] sur Instagram, dans l’intention d’établir un lien avec Israël, n’est hélas pas une mauvaise farce. Ce sont des appels à la discrimination, dont on sait, selon l’échelle du préjugé d’Allport, qu’elle conduit aux pogroms. »[1]
Le chercheur américain Gordon Allport (1897-1967) a établi une échelle du préjugé qu’il décompose en cinq degrés. Il est intéressant d’y confronter les évènements de ces jours.
1. L’antilocution et la novlangue
La population majoritaire distingue l’Autre (étranger, population minoritaire…) d’elle-même par le biais du langage et de l’expression. L’antilocution est une forme de distance du groupe majoritaire par rapport à un groupe minoritaire ou étranger, manifestée sous forme de « blagues à thème » ou de stéréotypes.
Quand en pleine assemblée en 2024 en France un député de l’assemblée nationale insulte un autre de « cochon », il utilise l’antilocution du 16eme siècle qui a traité de Marranes (« cochon » en vieux castillan) les « nouveaux chrétiens » supposés restés juifs, qui ne mangeaient pas de cochon.
L’antilocution permet de ne pas s’adresser directement à un groupe. De le toucher par ricochet. Ainsi du « Juif » devenu « Sioniste ».
Il est assez comique pour un juif d’entendre parle de « sionisme » ou d’antisionisme car jusque-là le « sionisme » était un sport exclusivement juif.
L’utilisation courante du mot « sioniste » par l’ultra gauche trotskyste désigne des stéréotypes courants des juifs depuis des siècles par déplacement, ce mécanisme inconscient par lequel l’affect d’une représentation se reporte sur une autre qui possède une charge émotionnelle moins intense. le juif n’est plus dominateur, proche du pouvoir, usurier, … il est colon, blanc, s’appropriant les terres d’autrui. Ce déplacement qu’on observe dans les rêves et la formation des symptômes en Analyse fait du « Sioniste » le signifiant du mal.
Le mot « sionisme » apparait pour la première fois à Vienne sous la plume de Nathan Birnbaum dans son journal Selbstemanzipation en date du 1 er avril 1890. Il désigne alors la souveraineté sur un territoire juif indépendant.
Ce mot est repris en 1970 par L’Organisation de l’unité africaine et le Mouvement des non-alignés. Le 10 novembre 1975 est votée par 70 pays arabes la résolution 3379 où il est décrété « que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». La résolution n° 3379 du 10 novembre 1975 des Nations unies assimilant le sionisme au racisme… déjà.
Mais c’est surtout l’Ayatolah Khomeini qui popularise le mot en 1974 rompant 2500 ans de paix entre Israël et l’empire Perse. Pour lui et les mouvements islamistes, la référence aux sionistes et au sionisme désigne la supposée opposition des Juifs à l’Islam où qu’ils soient dans le monde. Ce mot est repris en boucle seulement depuis quelques années par la gauche révolutionnaire pour s’approprier un antisémitisme qui depuis l’affaire Dreyfuss était pourtant ancré… à droite et combattu par les anarchistes.
Les Nazis comme tous les mouvements totalitaires ont élaboré toute une novlangue. Ils transportaient des « pièces » en train pour un « traitement spécial » pour la « Solution finale », c’est-à-dire l’extermination.
Orwell appelle “blanket words”, ces mots-couvertures. Des mots très généraux comme par exemple “crimethink”, “pensée criminelle” ou “oldthink”, ”vieille pensée” qui vont recouvrir tout un ensemble de concepts anciens pour pouvoir les étouffer et les remplacer.
L’antisionisme est clairement de l’antisémitisme mais il en euphémise la censure morale et légale sous prétexte d’un lointain conflit à basse intensité.
Il se fiche bien des Palestiniens et de leur sort, son but est de cibler les juifs, où qu’ils soient et de rendre acceptable leur évitement ou leur discrimination.
2. L’évitement
Pour Gordon Allport il s’agit de se séparer physiquement des individus concernés, de manière non juridique mais latente. On les évite, on les fuit, on les exclut plus ou moins.
C’est ce qui se passe quand une étudiante rentre dans un amphi à Science Po et qu’on l’accuse de « Sioniste » pour l’exclure. Quand dans un repas alors qu’une personne dit son patronyme ou qu’elle est juive et que la conversation change subitement de sujet, etc…
3. La discrimination
Ici, l’évitement est renforcé. Il prend une forme légale et juridique. On entre dans la sphère de la ségrégation officielle.
Ce 23 mai, la direction de l’ENS, présidée par Frédéric Worms, a procédé au transfert de la population des normaliens en direction du Collège de France. Une décision légale mais moralement contestable.
4. L’attaque physique
Les individus concernés sont dès lors clairement exposés à la violence de la population majoritaire.
Les agressions physiques sont là depuis longtemps pour les juifs et jusqu’au meurtre (Ila Halimi, Sarah Halimi, Mireille Knoll). Elles ont augmenté d’intensité ces dernièrs mois.
Dans six cas sur dix, les 1.676 actes recensés en 2023 ont été des atteintes aux personnes. 25% des Français juifs indiquent avoir été victimes d’un acte antisémite depuis le 7 octobre et ils sont même 12% à dire que cela s’est produit à plusieurs reprises.
Par exemple, Vendredi dernier dans le 16eme arrondissement un jeune juif en kippa a été entouré par quatre jeunes d’origine magrébine qui lui ont demandé de crier « vive la Palestine », ce qu’il a fait. Il a été ensuite été molesté par ces quatre personnes.
Seuls 14% des victimes d’actes antisémites portent plainte, par peur des représailles.
5. L’extermination
Des attaques physiques plus ou moins spontanées à la « chasse aux juifs » et au pogroms il a un pas dans le niveau de haine des foules et l’organisation. Celui-ci pas n’a pas encore été franchi et il faut raison garder.
Car les occupations de Sciences-Po, la Sorbonne ou de l’ENS de la rue d’Ulm par quelques étudiants (63 à Science Po), quelques-uns à la Sorbonne, 35 rue d’Ulm… représentants autoproclamés du Moyen-Orient… sont groupusculaires pour les spécialistes de ces mouvements que nous avons interviewés.
Le détournement de la manifestation antifascistes de 22 000 personnes samedi dernier pour célébrer la mort du jeune Clément Méric sous les coups d’un skinhead d’extrême droite par les quelques trotskistes de Révolution Permanente avec des drapeaux palestiniens, était une plaisanterie… en réalité les black blocks anarchistes allemands ou hollandais convoqués pour défendre Nouméa (une vraie colonisation celle-là) n’ont rien à voir avec les quelques trotskistes de Révolution permanente qui rêvent d’une union des mouvements gay et lesbien, du Hamas et de l’Iran des Ayatollahs.
Les gesticulations de Mélenchon et de son amie Rima Hassan qui ne parle pas arabe (elle a oublié !) ont créé la victoire du RN et… le retour de François Hollande. Courage camarades, la lutte finale sera encore longue !
Les 40% de français qui votent à l’extrême droite ne sont pas tous des fascistes et la gauche de gouvernement dans le déni a fermé les yeux et en réalité collaboré avec les islamistes. Et au bout de 40 ans tout cela s’est structuré de manière virale et les islamistes ont imposé leur discours victimisant sur l’Islam.
Une seul chose est sûre. Les juifs sont sur leur agenda, l’antisémitisme fédère l’Oumma islamiste. Dans leur combat contre l’occident les juifs sont dans la ligne de mire.
Où et quand le juifs seront pris à parti, c’est impossible à dire. Aucun service de renseignement local n’avait prévu les Gilets jaunes ou les émeutes après la mort de Naël. Et la France explose de plus en plus régulièrement ces dernières années alors que la société se fragmente à très grande vitesse .
Par contre, il est irréversible que l’arrivée du RN au pouvoir sera une sale affaire pour les juifs. Certes la protection des juifs pour cachériser le RN fait partie du programme de dédiabolisation du Rassemblement National, mais son avènement au pouvoir aboutira probablement à des violences avec les musulmans radicalisés et massivement implantés dans les territoires perdus de la République, où vivent environ 100 000 juifs : Sarcelles, Créteil, Vénissieux, Toulouse, Marseille, Strasbourg … au contact de populations majoritairement radicalisées, arrivées il y a 3 générations au terminus de la Globalisation.
L’heure serait alors à la paix de l’Etat avec les musulmans, et à la négociation d’une real politik et probablement pas au sauvetage des juifs. Et à ma connaissance aucun parti politique en Europe ne propose un programme de déradicalisation de masse sur plusieurs générations.
Les coups de menton de l’extrême droite ou du gouvernement ne suffiront pas à gérer 8 millions de musulmans en croissance très rapide, à qui il est difficile de reprocher leur faible intégration. Alors que 28% se sont déjà repliés dans un islam radicalisé en France, 55% des moins de 40 ans[2] dans des parties entières du territoire sont déjà hors de contrôle où l’espace social se halalise. Des territoires où vivent 100 000 juifs.
Il n’y a pas de réponse sécuritaire à cela, mais politique et ce ne sont ni LFI ni le RN qui en ont les clés.
L’irruption sur la scène français et mondiale de ces nouveaux totalitarismes qui fédèrent les oubliés de la Globalisation est une très mauvais nouvelle pour les juifs.
N’importe quel français juif peut s’approprier aujourd’hui les mots de Stefan Zweig voyant monter un autre totalitarisme, le nazisme, en Europe.
» Nous avons dû donner raison à Freud, quand il ne voyait dans notre culture, dans notre civilisation, qu’une mince couche susceptible à tout instant d’être transpercée par les forces obscures de destruction des bas-fonds, nous avons dû progressivement nous habituer à vivre sans avoir de sol sous nos pieds » (Stefan Zweig, Le monde d’hier, Gallimard 2013. Folio, pg 25-26.)
Claudia Sheinbaum, est devenue la première femme juive présidente du Mexique. Ses grands-parents qui ont émigré de Lituanie et de Bulgarie.
Claudia Sheinbaum qui en parle rarement a déclaré en 2018 qu’elle était « fière » de ses origines juives. Cette position a attiré l’attention des juifs et des non-juifs dans un pays avec une politique populiste, de fortes traditions catholiques et une forte prévalence d’opinions antisémites largement orchestrées par ses adversaires.
En effet,
L’enquête Global 100 Index de l’ADL au Mexiqueen, 2017 révèle que les attitudes antisémites ont augmenté de 11 points par rapport à un sondage similaire réalisé trois ans avant. Aujourd’hui, 35 % de la population adulte mexicaine – soit environ 31 millions de personnes – nourrit des attitudes antisémites, contre 24 % lors d’un sondage similaire réalisé en 2014.
Le stéréotype négatif le plus répandu, selon lequel « les Juifs ont trop de pouvoir dans le monde des affaires », est partagé par 56 % de la population mexicaine, contre 40 % en 2014. D’autres résultats suggèrent que le ralentissement économique et l’instabilité politique et sociale Il y a des gens qui recherchent des boucs émissaires, ceux qui sont les plus négatifs à l’égard de l’économie ayant tendance à être plus antisémites.
Et dimanche, Jean-Luc Mélenchon sera le premier candidat antisémite défait à Paris. Comme quoi on peut être le Leader Maximo et être « du mauvais coté de l’histoire » et comme disent ses potes iraniens.