Quels risques pour les juifs face au retour des pensées totalitaires ? 

« Le langage politique est destiné à rendre vraisemblable les mensonges, respectables les meurtres et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. » (George Orwell – 1984)

Comme le soulignent la chercheuse Yana Grinshpun qui co-dirige l’axe « Nouvelles radicalités » au sein du Réseau de Recherche sur le Racisme et l’Antisémitisme (RRA). et Georges-Elia Sarfati philosophe et linguiste :

 « La publication des visages et noms de membres du conseil d’administration de l’école [Normale de la rue d’Ulm] sur Instagram, dans l’intention d’établir un lien avec Israël, n’est hélas pas une mauvaise farce. Ce sont des appels à la discrimination, dont on sait, selon l’échelle du préjugé d’Allport, qu’elle conduit aux pogroms. »[1]

Le chercheur américain Gordon Allport (1897-1967) a établi une échelle du préjugé qu’il décompose en cinq degrés. Il est intéressant d’y confronter les évènements de ces jours.

1. L’antilocution et la novlangue

La population majoritaire distingue l’Autre (étranger, population minoritaire…) d’elle-même par le biais du langage et de l’expression. L’antilocution est une forme de distance du groupe majoritaire par rapport à un groupe minoritaire ou étranger, manifestée sous forme de « blagues à thème » ou de stéréotypes.

Quand en pleine assemblée en 2024 en France un député de l’assemblée nationale insulte un autre de « cochon », il utilise l’antilocution du 16eme siècle qui a traité de Marranes (« cochon » en vieux castillan) les « nouveaux chrétiens » supposés restés juifs, qui ne mangeaient pas de cochon.

L’antilocution permet de ne pas s’adresser directement à un groupe. De le toucher par ricochet. Ainsi du « Juif » devenu « Sioniste ».

Il est assez comique pour un juif d’entendre parle de « sionisme » ou d’antisionisme car jusque-là le « sionisme » était un sport exclusivement juif.

L’utilisation courante du mot « sioniste » par l’ultra gauche trotskyste désigne des stéréotypes courants des juifs depuis des siècles par déplacement, ce mécanisme inconscient par lequel l’affect d’une représentation se reporte sur une autre qui possède une charge émotionnelle moins intense. le juif n’est plus dominateur, proche du pouvoir, usurier, … il est colon, blanc, s’appropriant les terres d’autrui. Ce déplacement qu’on observe dans les rêves et la formation des symptômes en Analyse fait du « Sioniste » le signifiant du mal.

Le mot « sionisme » apparait pour la première fois à Vienne sous la plume de Nathan Birnbaum dans son journal Selbstemanzipation en date du 1 er avril 1890. Il désigne alors la souveraineté sur un territoire juif indépendant.

Ce mot est repris en 1970 par L’Organisation de l’unité africaine et le Mouvement des non-alignés. Le 10 novembre 1975 est votée par 70 pays arabes la résolution 3379 où il est décrété « que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». La résolution n° 3379 du 10 novembre 1975 des Nations unies assimilant le sionisme au racisme… déjà.

Mais c’est surtout l’Ayatolah Khomeini qui popularise le mot en 1974 rompant 2500 ans de paix entre Israël et l’empire Perse. Pour lui et les mouvements islamistes, la référence aux sionistes et au sionisme désigne la supposée opposition des Juifs à l’Islam où qu’ils soient dans le monde. Ce mot est repris en boucle seulement depuis quelques années par la gauche révolutionnaire pour s’approprier un antisémitisme qui depuis l’affaire Dreyfuss était pourtant ancré… à droite et combattu par les anarchistes.

Les Nazis comme tous les mouvements totalitaires ont élaboré toute une novlangue. Ils transportaient des « pièces » en train pour un « traitement spécial » pour la « Solution finale », c’est-à-dire l’extermination.

Orwell appelle “blanket words”, ces mots-couvertures. Des mots très généraux comme par exemple “crimethink”, “pensée criminelle” ou “oldthink”, ”vieille pensée” qui vont recouvrir tout un ensemble de concepts anciens pour pouvoir les étouffer et les remplacer.

L’antisionisme est clairement de l’antisémitisme mais il en euphémise la censure morale et légale sous prétexte d’un lointain conflit à basse intensité.

Il se fiche bien des Palestiniens et de leur sort, son but est de cibler les juifs, où qu’ils soient et de rendre acceptable leur évitement ou leur discrimination.


2. L’évitement

Pour Gordon Allport il s’agit de se séparer physiquement des individus concernés, de manière non juridique mais latente. On les évite, on les fuit, on les exclut plus ou moins.

C’est ce qui se passe quand une étudiante rentre dans un amphi à Science Po et qu’on l’accuse de « Sioniste » pour l’exclure. Quand dans un repas alors qu’une personne dit son patronyme ou qu’elle est juive et que la conversation change subitement de sujet, etc…


3. La discrimination 

Ici, l’évitement est renforcé. Il prend une forme légale et juridique. On entre dans la sphère de la ségrégation officielle.

Ce 23 mai, la direction de l’ENS, présidée par Frédéric Worms, a procédé au transfert de la population des normaliens en direction du Collège de France. Une décision légale mais moralement contestable.


4. L’attaque physique

Les individus concernés sont dès lors clairement exposés à la violence de la population majoritaire.

Les agressions physiques sont là depuis longtemps pour les juifs et jusqu’au meurtre (Ila Halimi, Sarah Halimi, Mireille Knoll). Elles ont augmenté d’intensité ces dernièrs mois.

Dans six cas sur dix, les 1.676 actes recensés en 2023 ont été des atteintes aux personnes. 25% des Français juifs indiquent avoir été victimes d’un acte antisémite depuis le 7 octobre et ils sont même 12% à dire que cela s’est produit à plusieurs reprises.

Par exemple, Vendredi dernier dans le 16eme arrondissement un jeune juif en kippa a été entouré par quatre jeunes d’origine magrébine qui lui ont demandé de crier « vive la Palestine », ce qu’il a fait. Il a été ensuite été molesté par ces quatre personnes.

Seuls 14% des victimes d’actes antisémites portent plainte, par peur des représailles.


5. L’extermination

Des attaques physiques plus ou moins spontanées à la « chasse aux juifs » et au pogroms il a un pas dans le niveau de haine des foules et l’organisation. Celui-ci pas n’a pas encore été franchi et il faut raison garder.

Car les occupations de Sciences-Po, la Sorbonne ou de l’ENS de la rue d’Ulm par quelques étudiants (63 à Science Po), quelques-uns à la Sorbonne, 35 rue d’Ulm… représentants autoproclamés du Moyen-Orient… sont groupusculaires pour les spécialistes de ces mouvements que nous avons interviewés.

Le détournement de la manifestation antifascistes de 22 000 personnes samedi dernier pour célébrer la mort du jeune Clément Méric sous les coups d’un skinhead d’extrême droite par les quelques trotskistes de Révolution Permanente avec des drapeaux palestiniens, était une plaisanterie… en réalité les black blocks anarchistes allemands ou hollandais convoqués pour défendre Nouméa (une vraie colonisation celle-là) n’ont rien à voir avec les quelques trotskistes de Révolution permanente qui rêvent d’une union des mouvements gay et lesbien, du Hamas et de l’Iran des Ayatollahs.

Les gesticulations de Mélenchon et de son amie Rima Hassan qui ne parle pas arabe (elle a oublié !) ont créé la victoire du RN et… le retour de François Hollande. Courage camarades, la lutte finale sera encore longue !

Les 40% de français qui votent à l’extrême droite ne sont pas tous des fascistes et la gauche de gouvernement dans le déni a fermé les yeux et en réalité collaboré avec les islamistes. Et au bout de 40 ans tout cela s’est structuré de manière virale et les islamistes ont imposé leur discours victimisant sur l’Islam.

Une seul chose est sûre. Les juifs sont sur leur agenda, l’antisémitisme fédère l’Oumma islamiste. Dans leur combat contre l’occident les juifs sont dans la ligne de mire.

Où et quand le juifs seront pris à parti, c’est impossible à dire. Aucun service de renseignement local n’avait prévu les Gilets jaunes ou les émeutes après la mort de Naël. Et la France explose de plus en plus régulièrement ces dernières années alors que la société se fragmente à très grande vitesse .

Par contre, il est irréversible que l’arrivée du RN au pouvoir sera une sale affaire pour les juifs. Certes la protection des juifs pour cachériser le RN fait partie du programme de dédiabolisation du Rassemblement National, mais son avènement au pouvoir aboutira probablement à des violences avec les musulmans radicalisés et massivement implantés dans les territoires perdus de la République, où vivent environ 100 000 juifs : Sarcelles, Créteil, Vénissieux, Toulouse, Marseille, Strasbourg … au contact de populations majoritairement radicalisées, arrivées il y a 3 générations au terminus de la Globalisation.

L’heure serait alors à la paix de l’Etat avec les musulmans, et à la négociation d’une real politik et probablement pas au sauvetage des juifs. Et à ma connaissance aucun parti politique en Europe ne propose un programme de déradicalisation de masse sur plusieurs générations.

Pour l’instant le trafic de drogue a créé une vraie paix… des cimetières dans les cités, mais en réalité la porosité entre les trafiquants et les islamistes au niveau international est désormais actée. Des délinquants suédois retournés par des services iraniens sont à l’œuvre pour les islamiste en Suède par exemple et ils utilisent des enfants. https://www.lorientlejour.com/article/1415629/liran-utilise-des-gangs-pour-des-violences-en-suede-contre-des-interets-israeliens-renseignement-suedois.html; Les juifs sont vus par les islmamistes comme des ennemis irréductibles à éradiquer.

Les coups de menton de l’extrême droite ou du gouvernement ne suffiront pas à gérer 8 millions de musulmans en croissance très rapide, à qui il est difficile de reprocher leur faible intégration. Alors que 28% se sont déjà repliés dans un islam radicalisé en France, 55% des moins de 40 ans[2] dans des parties entières du territoire sont déjà hors de contrôle où l’espace social se halalise. Des territoires où vivent 100 000 juifs.

Il n’y a pas de réponse sécuritaire à cela, mais politique et ce ne sont ni LFI ni le RN qui en ont les clés.

L’irruption sur la scène français et mondiale de ces nouveaux totalitarismes qui fédèrent les oubliés de la Globalisation est une très mauvais nouvelle pour les juifs.

N’importe quel français juif peut s’approprier aujourd’hui les mots de Stefan Zweig voyant monter un autre totalitarisme, le nazisme, en Europe.

 » Nous avons dû donner raison à Freud, quand il ne voyait dans notre culture, dans notre civilisation, qu’une mince couche susceptible à tout instant d’être transpercée par les forces obscures de destruction des bas-fonds, nous avons dû progressivement nous habituer à vivre sans avoir de sol sous nos pieds » (Stefan Zweig, Le monde d’hier, Gallimard 2013. Folio, pg 25-26.)


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/politique/le-hamas-version-normale-sup-quand-la-voyoucratie-putschiste-s-empare-encore-d-une-grande-ecole-20240531

[2] Sources : DGSI, Institut Montaigne.

Un commentaire sur « Quels risques pour les juifs face au retour des pensées totalitaires ?  »

  1. Mon sentiment en tant que Juif, est que par le monde, monte de ‘ l’abime des peuples’ comme une clameur sourde et croissante d’en finir avec le Peuple Juif.

Répondre à Maximilien David berleAnnuler la réponse.