Le respect de la vie humaine

Un article du Rav Haïm Harboun (sur son blog)

Le respect de la vie n’est lié ni à une appartenance religieuse, ni à une communauté ethnique ou nationale. Il est exigé par référence à l’image de D. qui existe en chaque homme.   

mainsL’actualité est dominée par la violence et la barbarie. On a le sentiment que la vie d’un être humain est peu de chose. Au nom d’on  ne sait quelle doctrine, des jeunes gens se transforment en bombes humaines semant la mort  le deuil et la souffrance de personnes innocentes. Dans ce climat de haine et de violence extrême il serait important de préciser la position du Judaïsme à l’égard du respect de la vie et de la personne humaine

Dans le récit de la sortie d’Egypte et le passage de la mer rouge, à propos de verset qui dit que les deux camps (Israël et l’Egypte) ne se sont pas rapprochés l’un de l’autre, le midrache raconte : « les anges, au moment du passage de la mer des Joncs, ont voulu chanter un cantique de gratitude à D. et D. les en a empêchés, en disant : «  l’œuvre de ma main, des êtres humains que j’ai créés, sont en train de  se noyer dans la mer et vous voudriez chanter un cantique ! » ce midrache à lui tout seul suffit pour définir toute la doctrine juive. Il met en exergue l’universalité de l’homme et le même souci du Créateur pour la vie de chacun quel qu’il soit.

Le respect de la vie d’autrui et la négation de toute violence abondent dans la Tradition orale. En effet on peut lire dans le traité talmudique Sanhédrine (IV) : « Si D. a créé un homme unique, et le même  souci du Créateur pour la vie de chacun quel qu’il soit.» On peut encore lire dans le traité talmudique Sanhédrine (IV) : « Si D. a créé un homme unique, c’est pour nous enseigner que celui qui détruit une seule vie humaine c’est comme s’il détruisait  la création toute entière. Et celui qui sauve une seule vie humaine, c’est comme s’il avait sauvé le monde entier. D. a créé un seul être humain afin que la paix règne entre les hommes. Pour qu’aucun homme ne puisse dire : mon  père était  plus grand que ton père. »

Certains esprits malveillants disent que la traduction que nous venons de donner au Texte talmudique n’est pas conforme au texte hébraïque  parce qu’un mot important a été omis. Il s’agit du mot « Méisraël. Lire la suite de « Le respect de la vie humaine »

Jésus et Rabbi Akiva, deux martyrs juifs de l’ « accomplissement »

Rabbi Akiva
Rabbi Akiva

La mort de Jésus en l’an 33 comme celle de Rabi Akiva ben Yossef vers 135 sont deux assassinats liés à la real politik romaine telle qu’elle s’exerce à Jérusalem aux premiers siècles de notre ère envers les courants messianiques. Des machiah qui sont considérés à l’époque par l’occupant comme des séditieux voulant émanciper Israël de la  tutelle politique et militaire romaine (le messianisme à l’époque n’a rien de divin !). Assez curieusement le martyre de ces deux juifs va être relu par leurs disciples comme un « accomplissement ». Je montrerai ce que ce mot signifie dans les traditions juive et chrétienne à la lumière de l’affrontement entre Rome et Jérusalem.

bougie

1/ L’assassinat préventif de Jésus par les autorités romaines

Jésus meurt la veille de Pessah 33. Il est crucifié comme un maître pharisien galiléen présentant un danger potentiel pour la real politik romaine. La plupart des révoltés venaient de Galilée en ce premier siècle. Les romains n’ont pas oublié Judas le Galiléen qui a mené la résistance au recensement fiscal ordonné par Quirinius en Judée vers l’an 6 (et non pas en l’an -7 où nait Jésus comme le racontent les évangiles de manière anachronique). La Gelil ha-goyim, ce « cercle des nations » était en réalité une terre de repli pour les pharisiens restés prés du petit peuple mais écartés du pouvoir du Temple.
Les Pharisiens, qui avaient dirigé l’insurrection maccabéenne au premier siècle avant notre ère, triomphèrent d’abord avec elle sous  la reine Salomé Alexandra; avant que la situation ne se retourne contre eux. Celle-ci  ayant épousé Alexandre Jonathan (en grec : Jannée) (103–76), son beau-frère d’obédience sadducéenne-grand prêtre. En -96 celui-ci, à la suite d’une émeute fit crucifier 800 pharisiens et égorger leurs femmes et leurs enfants (6000 selon Flavius Josèphe ! – AJ XIII, 376). Lire la suite de « Jésus et Rabbi Akiva, deux martyrs juifs de l’ « accomplissement » »

Yigdal -יִגְדַּל- Yasmin Levy

Yasmin_Levy

On ne présente plus Yasmin Levy chanteuse israélienne qui fait vivre le répertoire sépharade et les chansons traditionnelle en ladino. Voir aussi d’autres chansons sur mon blog ici.

Le « Yigdal » comme le premier mot du kaddish « Yitgadal »  en araméen vient de « Gadol », « grand » en hébreu, ça veut dire exalté, « Que le Dieu vivant soit exalté « . CF le psaume 18, 47 : « L’Éternel est vivant! Et béni soit mon rocher! Que le Dieu de mon salut soit exalté ». Cette Hymne  basée sur les 13 articles de foi de Maïmonide est chantée comme le « Adon olam » en fin de liturgie du shabbat. Il fut publié à Rome, en 1404, par le rabbin poète Daniel ben Yéhouda Dayan.

Exaltons l’Éternel et glorifions-Le, Il est, et Son existence n’a ni durée, ni limite. יִגְדַּל אֱלֹהִים חַי וְיִשְׁתַּבַּח, נִמְצָא, וְאֵין עֵת אֶל מְצִיאוּתוֹ: Yigdal Elohim Khai ve’yishtabakh / nimtza ve’ein et el metzi’uto
Il est unique ; Son unité est sans pareille, Elle est incompréhensible, infinie. אֶחָד וְאֵין יָחִיד כְּיִחוּדוֹ, נֶעְלָם, וְגַם אֵין סוֹף לְאַחְדּוּתוֹ: Ekhad ve’ein yachid keyikhudo / ne’elam ve’gam ein sof le’akhduto
Il n’a pas de forme, Il est incorporel, et rien ne peut être comparé à Sa sainteté. אֵין לוֹ דְמוּת הַגּוּף וְאֵינוֹ גּוּף, לֹא נַעֲרוֹךְ אֵלָיו קְדֻשָּׁתוֹ: Ein lo demut haguf ve’eino guf / lo na’aroch elav kedushato
Il est le Créateur de toutes choses, Il est le premier et nul ne L’a précédé. קַדְמוֹן לְכָל דָּבָר אֲשֶׁר נִבְרָא, רִאשׁוֹן וְאֵין רֵאשִׁית לְרֵאשִׁיתוֹ Kadmon lekhol davar asher nivra / rishon ve’ein reshit lereshito
Il est le Maître de l’univers, de toute créature. Toutes témoignent de la grandeur de Sa royauté. הִנּוֹ אֲדוֹן עוֹלָם, לְכָל נוֹצָר. יוֹרֶה גְדֻלָּתוֹ וּמַלְכוּתוֹ: Hino adon olam lekhol notzar / yoreh gedulato u’malkhuto
Il a accordé le don de prophétie à Ses élus, Ses bien-aimés. שֶׁפַע נְבוּאָתוֹ נְתָנוֹ, אֶל אַנְשֵׁי סְגוּלָּתוֹ וְתִפְאַרְתּוֹ: Shefa nevuato netano / el anshei segulato vetifarto
Jamais il ne s’est élevé un prophète en Israël qui, semblable à Moïse, a vu Dieu face à face. לֹא קָם בְּיִשְׂרָאֵל כְּמֹשֶה עוֹד נָבִיא, וּמַבִּיט אֶת תְּמוּנָתוֹ: Lo kam beyisrael kemoshe od / navi umabeet et temunato
Par l’entremise de son fidèle serviteur, Dieu a donné Sa Loi véridique à Son peuple. תּוֹרַת אֱמֶת נָתַן לְעַמּוֹ, אֵל, עַל יַד נְבִיאוֹ נֶאֱמַן בֵּיתוֹ: Torat emet natan le’amo El / al yad nevi’o ne’eman beto
Cette Loi est immuable, l’Éternel ne la changera jamais. לֹא יַחֲלִיף הָאֵל וְלֹא יָמִיר דָּתוֹ. לְעוֹלָמִים, לְזוּלָתוֹ: Lo yakhalif ha’El velo yamir / dato le’olamim lezulato
Il scrute et connaît nos plus secrètes pensées, dès le commencement, Il prévoit la fin. צוֹפֶה וְיוֹדֵֽעַ סְתָרֵינוּ, מַבִּיט לְסוֹף דָּבָר בְּקַדְמָתוֹ: Tzofeh veyodea setareinu / mabeet lesof davar bekadmato
Il récompense l’homme de bien selon son mérite et punit le malveillant à la mesure de sa méchanceté. גּוֹמֵל לְאִישׁ חֶֽסֶד כְּמִפְעָלוֹ, נוֹתֵן לְרָשָׁע רָע כְּרִשְׁעָתוֹ: Gomel le’ish hassid kemifalo / noten lerasha ra kerishato
À la fin des temps, Il enverra le Messie, pour délivrer ceux qui ont gardé confiance en Lui. יִשְׁלַח לְקֵץ יָמִין מְשִׁיחֵֽנוּ, לִפְדּוֹת מְחַכֵּי קֵץ יְשׁוּעָתוֹ: Yishlach leketz yamim meshikhenu / lifdot mechakei ketz yeshuato
Dans son infinie clémence, Il ressuscitera les morts. Son Nom glorieux est source de bénédiction à jamais ! מֵתִים יְחֲיֶּה אֵל בְּרוֹב חַסְדּוֹ, בָּרוּךְ עֲדֵי עַד שֵׁם תְּהִלָּתוֹ: Metim yechayeh El berov chassdo / barukh adei ad shem tehilato

 

Un christianisme non idolatrique ?

HIllel l'Ancien
Hillel l’Ancien

Le problème du bon peuple chrétien, je n’entends pas là le magistère ou la Tradition de l’Eglise mais la compréhension populaire, c’est que celui-ci semble avoir abandonné le monothéisme pour le tri-théisme.

Réfléchissons une seconde. Comment des juifs profondément pieux : Ieshoua ben Yosef, Eben (Pierre), Jacov (le propre frère de Jésus), Shaul surnommé Paul (Katan en hébreu, de paulus « petit » « faible » en latin) qui disaient le Shema chaque jour, qui comprenaient ce qu’ils disaient et faisaient : la proclamation du Shema signifie l’acceptation du joug des Cieux et du Dieu UN, auraient-ils pu abandonner du jour au lendemain le strict monothéisme juif ? ça ne tient tout simplement pas debout. Jésus, Pierre, Paul, etc… étaient tous de bons juifs pharisiens de base et leur croyance était tout simplement celle des juifs religieux pour qui le joug des Cieux est lié le joug de la Torah et des mitsvot… Quand les évangiles disent que « Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume» (Mt 4, 23), « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu » (Mt 6, 33), « Le royaume des cieux est proche » (Mt 10,7) … etc…  il ne s’agit donc pas d’une réalité nouvelle que le judaïsme aurait ignoré jusque-là mais du « joug des cieux », avec des expressions qu’on retrouve couramment dans le littérature talmudique :

A la question : Pourquoi Ecoute, Israël précède-t-il : Et il arrivera que si tu écoutes ? R. Yehoshoua b. Qorha répond : « Afin que l’homme accepte d’abord le joug du Royaume des cieux et ensuite le joug des commandements ». (Talmud de Babylone, Cité par Ephraïm Urbach dans Les sages d’Israël)

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Pas de dimanche pour Jésus

Un article de Frédéric FERNEY dans LA REVUE de décembre-janvier (pages 122-124)
C’est à la faveur de sombres manoeuvres plus politiciennes que théologiques que le shabbat, respecté par Jésus et par les premiers chrétiens jusqu’au Ve siècle, a été supprimé par l’Eglise et remplacé par le Jour du Seigneur.
Tu sanctifieras le jour du repos par Gérard Haddad et Didier Long, Salvator Editions, 182 pages, 17 euros.

Le septième jour - Julius Schnorr von Carolsfeld

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ou… cliquez sur les vignettes des pages pour les agrandir

La Revue-Pas de dimanche pour Jésus-Page1

La Revue-Pas de dimanche pour Jésus-Page2La Revue-Pas de dimanche pour Jésus-Page3

Hag Hanouka Sameah !

Hanoukia

La fête de Hanouka dure 8 jours. Le chiffre 8, dans la tradition hébraïque, symbolise le dépassement de la création. Ainsi, le « miracle » de la petite fiole d’huile qui permit d’allumer le chandelier du Temple durant 8 jours durant la guerre contre les Hasmonéens au second siècle avant notre ère. Le mot hanouka signifie « dédicace »  en hébreu. Il s’agit de la dédicace du temple de Jérusalem et de son autel en décembre de l’an 164 avant notre ère aprés huit jours de purification suite au départ des hasmonéns. C’est une fête de la famille et la fête de la préservation de la mémoire et de l’identité.

 

Tu te souviendras du jour du repos pour le sanctifier

Gérard Haddad et Didier Long interviewés par André Nahum dans son émission « Thé ou Jasmin » sur Judaïques FM (durée : 30 minutes).

Chants de Chabbat (Pyoutim)

Voici quelques chants de shabbat tels qu’ils étaient et sont chantés dans les communautés sépharades marocaines traditionnelles comme les mellah de Meknès ou Marrakech, mais aussi en France ou en Israël. Ils sont interprétés par le Rav Haïm Harboun, originaire de Marrakech. Ces chants témoignent de la vie  joyeuse et fervente de petites communuautés séfarades modestes vivant depuis des siècles dans le monde arabe. Shabbat Shalom !

Le Rav Haïm Harboun

Yedid Nefesh (Bien-aimé de mon âme)

 

Ce poême a été composé au XVIe siècle par le rabbin et kabbaliste Elazar Azikri. Il parle du désir de D.. Chacun des quatre versets commence par une lettres du Tétragramme, Nom ineffable.

Youd  : Bien-aimé de mon âme, Père miséricordieux,
Pousse ton serviteur à réaliser Ton désir.
Qu’il se précipite, ton serviteur, comme une gazelle,
Qu’il se prosterne face à ta splendeur.
Douce est pour lui Ton affection, plus suave que le miel le plus pur.»

Hé : Source rayonnante de ce monde, mon âme languit, dolente de Ton amour.
Je T’implore, mon Dieu, guéris-la donc, en lui dévoilant la splendeur de Ton éclat !
Elle se ranimera et la santé elle recouvrera, pour Te servir à jamais.

Vav : Ô Vénérable, que s’éveille Ton émoi, prends en pitié Ton fils qui Te chérit tant.
Car au plus profond de lui, à contempler la magnificence de Ta puissance il aspire !
Je T’en prie, mon Dieu, désir de mon âme, ne tarde pas, ne Te dérobe pas.

Hé : Révèle-Toi, Ami intime, sur moi Ton pavillon de paix déploie.
Éveille la Terre à Ta gloire, et nous exulterons, ferons éclater notre joie !
Hâte-Toi, Bien-aimé, il me tarde de te rencontrer.
Accorde-moi, je Te prie, Ta tendresse comme au temps passé.

 

Ma Yedidouth menou hatekh

Ce chant, composé par rav Menahem di Lonsano, érudit et poète du dix-septième siècle, invite à jouir des plaisirs du Shabbat.

Refrain :

« Pour nous délecter de délices,
de volailles engraissées , de cailles et de poissons. » Lire la suite de « Chants de Chabbat (Pyoutim) »

Tu sanctifieras le jour du repos

Gérard Haddad – Didier Long 

Le Shabbat est au cœur de la vie juive et il en est la spécificité. Commandement du Décalogue, cette célébration hebdomadaire affirme le dogme de la Création du monde et de la délivrance de l’esclavage en Égypte. Par là même, il constitue une butée à la domination du maître et un appel à la liberté. C’est ce que montre le psychanalyste Gérard Haddad. Paradoxalement, dans un monde antique esclavagiste, c’est un peuple d’esclaves affranchis qui porte l’étendard de cette proclamation et crée la semaine de sept jours qui rythme toujours nos calendriers. Il contribue donc à la structuration symbolique du temps et de l’espace. Le shabbat, temps libéré par Dieu, sanctifié, devient celui du plaisir (oneg) convivial de la table, mais aussi sexuel ; des plaisirs vécus enfin en pleine lumière et dans l’allégresse.

En contrepoint de cette Tradition juive immémoriale, l’historien du christianisme ancien Didier Long, montre que Jésus était un juif shomer shabbat, gardien du shabbat, au cœur de sa pratique. Tout comme ses disciples Pierre, Jacques, Paul… Cette mémoire et cette observance du shabbat se poursuivra jusqu’au Vème siècle chez les chrétiens en Orient comme en témoigne une abondante littérature patristique. Avant que la fête païenne romaine du Jour du soleil, transformée en dimanche chrétien, n’oublie le shabbat juif, coté chrétien, pour des raisons avant tout politiques. Après la « chrétienté », les chrétiens ne devraient-il pas se souvenir à nouveau du shabbat demande Didier Long?

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Gérard Haddad, psychanalyste né à Tunis, a d’abord été ingénieur agronome en Afrique. Dans les années 70 il commence une analyse Jacques Lacan qui le conduit à entreprendre des études de médecine et de psychiatrie. Du communisme il retrouve le chemin du Judaïsme. Marqué par l’enseignement   de Yeshayahou Leibowitz il en devient traducteur. Ses nombreux livres : L’enfant illégitime/ Talmud et psychanalyse 1981 Manger le livre (1984), Les Biblioclastes, 1991 Le jour où Lacan m’adopté (2002), Le péché originel de la psychanalyse (2007), Lumière des astres éteints-la psychanalyse et les camps (2011), témoignent de ce parcours exceptionnel.

 

Didier Long, ancien moine bénédictin, historien du judéo-christianisme ancien, a publié une dizaine d’ouvrages, dont Défense à Dieu d’entrer (2005, prix des Maisons de la Presse) et Petit Guide des égarés en période de crise (2012), le domaine du judéo-christianisme ancien il a publié : Jésus le rabbin qui aimait les femmes (2008), Jésus de Nazareth juif de Galilée (2010) et L’invention du christianisme (2011).

Kippour et les noms de Dieu

Juifs priant dans une synagogue pour Yom Kippour, huile sur toile (1878) de Maurycy Gottlieb. Vienne (Autriche).

Lors de la liturgie de Kippour on prononce en leitmotiv une phrase qui commente les treize attributs de Dieu. Ce texte est répété en choeur alors que le peuple qui confesse ses fautes s’agenouille (ce qui est unique dans la prière juive, d’habitude dite debout-c’est le sens du mot ‘Amida’). Il s’agit d’un texte de l’Exode au chapitre 36, versets 5-8 : « L’Éternel descendit dans la nuée, s’arrêta là, près de lui et proclama nominativement l’Éternel. La Divinité passa devant lui et proclama : « ADONAÏ! ADONAï! est l’Etre éternel, tout puissant, clément, miséricordieux, tardif à la colère, plein de bienveillance et d’équité… ». et le texte se termine par : « Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna »

Les 13 noms d’Ashem (Le Nom)

En ce jour le Grand Prêtre entrait seul dans le saint des saints du Temple et prononçait le tétragramme imprononçable par nulle autre que lui en ce jour et dont la prononciation est perdue. Il reste de cela cette énonciations des noms de Dieu ou plutôt de ses attributs au nombre de 13.

Que signifient ces 13 attributs? En dehors du fait que ce chiffre a la valeur numérique du mot EHAD (UN), dés les premières lignes du Guide des égarés de Maïmonide (1135-1204) en discute évoquant alors ce qui constitueras le coeur de sa conception de Dieu.  Thomas d’Aquin, lui auusi se penchera longuement sur cette théorie des « Noms » divins. Car Thomas d’Aquin comme Maimonide dépendent dans leurs questions sur les attributs de Dieu d ‘Aristote qui est alors redécouvert en Occident via les philosophes arabes (question débattue…. car les arabes ont reçu ce dépot des chrétiens syriaques). Tous deux veulent faire le pont entre la foi naïve des fidèles et les nouvelles connaissances rationnelles qui s’offrent à eux, Maîmonide en expliquant le judaïsme aux « égarés » ou plutot aux « perplexe »s cultivés de son époque. Pour le Rambam le Maasé Bereschit (l’oeuvre du commencement, la création) équivaut à la « physique » du Philosophe, et le Maasé MerKaba (la « vision du char » d’Ezéchiel 1 qui en période d’Exil rêve la liturgie Temple dans les Cieux) à la science métaphysique. Les deux maasé sont au coeur de la liturgie de Kippour.

Mais, revenons aux noms de Dieu selon le Rambam  :

« II y a eu des gens, qui croyaient que célem dans la langue hébraïque  désignait la figure d’une chose et ses linéaments, et ceci a conduit à la pure corporification (de Dieu) parce qu’il est dit : Faisons l’homme à notre image selon notre ressemblance (Genèse, 1, 26). Ils croyaient donc que Dieu avait la forme d’un homme, c’est-à-dire sa figure et ses linéaments et il en résultait pour eux la corporification pure qu’ils admettaient comme croyance, en pensant que, s’ils s’écartaient de cette croyance, ils nieraient le texte ou même qu’ils nieraient l’existence de Dieu s’il n’était pas un corps ayant un visage et des mains semblables aux leurs en figure et en linéaments ; seulement ils admettaient qu’il était plus grand et plus resplendissant et que sa matière aussi n’était pas sang et chair et c’est là tout ce qu’ils pouvaient concevoir de plus sublime à l’égard de Dieu. Quant à ce qui doit être dit pour écarter la corporéité et pour établir l’unité véritable — qui n’a de réalité que par l’exclusion de la corporéité — tu sauras le démonstration de tout cela dans le présent traité »

En clair: Dieu ne fait pas partie de ce monde et n’a pas de corps. Les attributs de Dieu sont des attributs humains et ne sauraient qu’imparfaitement décrire l’Eternel au delà du temps, l’Etre au delà de tout ce que nous pourrions même imaginer de l’être. A la même époque un autre commentateur précise ces attributs de l’Eternel. Lire la suite de « Kippour et les noms de Dieu »