Lettres de l’exil séfarade : Nahmanide

Barcelone, juillet 1263. L’Espagne catholique est au fait de sa puissance. Le roi d’Aragon Jaime Ier piqué par la curiosité… et l’Inquisiteur Raymond de Pennafort, provoque devant sa cour et tout ce que l’Espagne catholique compte de mitres, théologiens, inquisiteurs, artisans, habitants de Barcelone et des faubourgs…. Rabbi Moïse ben Nahman (Nahmanide) né à Gérone en 1194, l’une des plus hautes autorités du judaïsme espagnol de l’époque, et, Paul Christiani, dominicain et juif converti au christianisme pour une Disputatio (« dispute » théologique dans l’esprit de l’époque, c’était avec la lectio le second pilier de l’étude) qui va durer quatre jours. Le match à grand spectacle, (à Barcelone Fabrice ! ), promet d’être passionnant, il est précédé d’une vaste campagne de communication en vue de conversions des juifs au christianisme, d’interventions du pape auprès du Roi (deux Bulles visant à ce que le roi modifie son attitude envers les juifs et censure les écrits rabbiniques)… Au menu: la venue du Messie et sa nature.

Girona - Call juderia

Gérone, quartier juif

Besalú Mikvé

Mikvé médiéval  (vers 1264) à Besalu au nord de Gérone en Catalogne

Deux solutions : soit le messie est déjà venu et les juifs ne l’ont pas reconnu, dans ce cas ils méritent leur errance sans signification conséquence de leur erreur.
Soit le Messie n’est pas encore venu, et la Chrétienté est seulement un pouvoir de ce monde. Une puissance politique pure et simple. Et ce nouvel Empire romain connaîtra le sort de tous les empires, qui après une naissance quasi miraculeuse et une montée en puissance fulgurante subissent un déclin inéluctable.

 

Disputatio

Disputatio entre juifs (reconnaissables à leur couvre chef) et chrétiens,
gravure sur bois de Johannes von Armssheim – 1483 

Christiani manie le Talmud pour démontrer que les rabbanim de l’époque de Jésus… pensaient que Jésus faisait un candidat plausible pour le poste de messie. Il apostrophe Nahmanide avec la question de Rabbi Josué au prophète Élie  dans le traité Sanhédrin, 98a. R Josué demande à Elie :  » Quand viendra le Messie ? Elie répond : Demande-le au Messie lui-même ! — Et où est-il ? demande R Josué :  — À la porte de Rome parmi les malades. » La voilà la preuve! le Frère Paul triomphe : « Tu vois bien, le Messie est déjà venu et il est dans Rome. »

A 70 ans Nahmanide est déjà un vieux monsieur. Il objecte en riant : si le Messie est déjà venu, pourquoi demander à Élie « quand viendra-t-il ? ». « Ce n’est que lorsque le Messie viendra devant le pape (à Rome) et lui dira par un commandement de Dieu : “Renvoie mon peuple”, qu’il sera effectivement venu… ».

Nachmanide manie le midrash et le Talmud  avec ironie. Pour lui, la seule différence pour Israël « entre ce monde et les temps messianiques est la soumission aux pouvoirs ». Le frère Paul selon lui : « ne connait rien du tout ». Ironie sous cape quand même… L’Inquisition n’est pas réputée pour son humour délirant.

Il faut relire ce débat à fleuret moucheté pour comprendre son arrière-fond… le réel enjeu du débat est plus politique que théologique. L’Eglise de l’époque n’a sans doute que faire d’une quelconque venue ou retour du messie dont les spéculations sont entièrement instrumentalisées au service de ses ambitions séculières comme l’a magnifiquement montré Dostoïevski dans sa « Légende du grand Inquisiteur ». En réalité l’Eglise du XIIIeme siècle a  allègrement passé la ligne rouge du pouvoir théocratique, que sa propre tradition biblique et évangélique lui interdit, le royaume de Dieu n’est pas de ce monde. Mais pour l’Inquisition, en 1240 à Paris ou en 1263 à Barcelone, pour elle, la théologie est l’antichambre de  la politique. Il s’agit de pousser les juifs à la faute en les mettant en position de contester publiquement le pouvoir royal. C’est la méthode Pilate:  » Es-tu roi? « .

Nahmanide qui a été probablement nommé grand rabbin de Catalogne en 1264, à la mort de Jonas ben Abraham de Gérone est donc seul exposé dans cette pièce qui se joue autour de lui. Il est le seul qui y prend un risque et joue sa vie en présence de l’Inquisition dont les intentions ne font de doute pour personne. Maître reconnu dans la communauté juive jusqu’en Provence (il y envoie des lettres suite aux condamnations juives de Maïmonide), en Aragon, dans le Nord de la France… à travers lui c’est toute la communauté juive que l’Eglise vise. Raymond de Pennafort, de son coté général des dominicains en 1237 et confesseur du pape Grégoire IX de 1230 à 1240,

La dispute vire donc au procès du judaïsme. Un procès politique. Nahmanide qui avait obtenu du roi la pleine liberté de parole « À condition de ne point faire outrage à la foi », modère l’Inquisiteur Raymond de Pennafort, met en échec le dominicain Christiani et gagne la bataille de l’esprit. Nahmanide est récompensé par son protecteur le roi de trois cents dinars, qui le prie de retourner dans sa ville de Gérone « pour la vie et la paix ». Olé !

Après la dispute, Nahmanide raconte en un récit les quatre journées de débats. Ce document précieux illustre la polémique politique et religieuse entre juifs et chrétiens à l’époque.

Mais les dominicains qui ont perdu au prétoire-université à la loyale décident se vengent dans la rue sans tarder… façon holligans!  ils font brûler le Talmud et obtiennent du Roi l’expulsion de Nahmanide du royaume d’Espagne.

La dispute est l’occasion pour l’Inquisition de lancer ses premières attaques contre les juifs et tous ceux qui échappaient à son pouvoir. Ne parvenant pas à utiliser le Talmud contre les juifs, l’Eglise condamnera la tradition juive : Le Talmud est condamné et des exemplaires saisis sont brûlés à Paris en 1242 après la disputatio de Paris de 1240. Puis, la pression montant d’un cran, les juifs, dont Nahmanide est le plus haut représentant sont chassés de la société chrétienne. Puis commenceront les procès d’Inquisition et enfin les bûchers. Des persécutions systématiques d’abord idéologiques, puis judiciaires, des exécutions enfin, qui culmineront avec la catastrophe de 1492 touchant alors tous les juifs de la péninsule ibérique.

Nahmanide quitte probablement le Royaume d’Aragon pour la Castille ou le Sud de la France.Il part finalement pour la terre d’Israël sous la contrainte en 1267. Il est alors âgé de soixante-treize ans.

Christiani, tout à sa nouvelle fureur antisémite, intriguera auprès du bon roi « Saint Louis », Louis IX, pour que les  juifs de France portent la rouelle (un badge jaune reconnaissable sur  l’image ci dessous) et un bonnet spécial pour les femmes, sous peine d’ une amende de 10 livres. Objectif : éviter de contaminer le bon peuple avec des doutes pernicieux.

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Diebold Schilling le Jeune, Sternberg, Allemagne (1492).
 Source : Wikimedia Commons

Nahmanide passera les trois dernières années de sa vie en Terre sainte. Il y publie son commentaire sur le ‘Houmach, commencé en Espagne.

Il écrit alors :

Je suis l’homme qui vit l’affliction. Je suis banni de ma table, éloigné de mes amis et de mes parents, et il y a trop de distance pour se revoir […] Mais la perte de tout ce dont mes yeux se réjouissaient est compensée par ma joie présente d’avoir passé une journée dans tes ruelles, ô Jérusalem […] où il m’est accordé de caresser tes pierres, de frôler ta poussière et de pleurer sur tes ruines. Je pleure amèrement, mais je trouve la joie dans mon cœur. Je déchire mes vêtements, mais j’y trouve du réconfort.

C’est de là qu’il écrit la Iggeret HaRamban, une lettre à son fils, sorte de code de vie qui résume les principes éthiques qu’il lui a enseigné.

Écoute mon fils l’éthique de ton père, et n’abandonne pas l’enseignement de ta mère (Pr 1, 8,). Parle toujours avec douceur à toute personne, en toutes circonstances et tu éviteras ainsi la colère, défaut grave, auquel succombe l’être humain. Or, disent nos Sages : Toutes les affres de l’enfer ont prise sur celui qui s’emporte (Nédarim 22) comme il est dit : Chasse la colère de ton coeur, et éloigne les souffrances de ta chair. (Ecclésiaste 11, 10). Les souffrances de l’enfer constituent en fait le malheur puisqu’il est dit : « même le méchant pour le jour du malheur ». (Pr 16, 4) En te débarrassant de la colère, applique-toi à acquérir la modestie, la meilleure de toutes les vertus, comme il est dit : La crainte de Dieu est le fruit de l’humilité. (Pr 22, 4). Grâce à la modestie, tu accéderas à la crainte de Dieu car sans cesse : tu te rappelleras ton origine et ta destination (Pirké Avot 3, 1), insecte et vermine, tu es de ton vivant et à plus forte raison après ta mort. Souviens-toi que tu devras finalement rendre des comptes, au Roi tout-puissant, comme il est dit : le ciel et tous les cieux ne sauraient Te contenir. (I Rois 8, 27) Combien plus le cœur des humains. (Pr 15, 11) et : Est-ce que Je ne remplis pas le ciel et la terre ? dit l’Eternel. (Jr 23, 24) En te pénétrant de toutes ces pensées tu parviendras à craindre ton Créateur et à fuir le péché, car ce sont ces vertus qui te permettront d’apprécier ton sort. En te comportant avec modestie et humilité envers tous, tu redouteras les hommes et les fautes, et l’esprit de Dieu rayonnant sur toi, tu mériteras la vie dans le monde futur. À présent mon fils, pénètre-toi bien de l’idée que quiconque conçoit de l’orgueil et se sent supérieur à autrui, se révolte en fait contre le règne de Dieu en s’attribuant un apparat réservé à Lui seul, comme il est dit : l’Éternel règne, Il est revêtu de majesté… (Ps 93, 1). D’ailleurs, de quoi l’homme pourrait-il s’enorgueillir ? De sa richesse ? : C’est Dieu qui appauvrit et qui accorde la richesse. (Sam I 2, 7). De sa gloire ? Celle-ci n’appartient-elle pas à Dieu seul, puisqu’il est dit : De Toi émanent richesse et honneur. (I Chr 29, 12). Comment pourrait-on dès lors se vanter d’une qualité appartenant à Dieu ? De sa sagesse ? II enlève la parole aux orateurs éprouvés et ôte le jugement aux anciens. (Job 12, 20). On voit bien que tout ceci ne fait aucune différence pour Dieu, car Il rabaisse dans Son courroux, les arrogants, et dans Sa bienveillance, Il élève les humbles : sois donc humble, Dieu te relèvera. Je vais donc t’expliquer comment tu dois te conduire pour acquérir l’humilité dans chacun de tes actes.

Exprime-toi toujours avec retenue, baisse la tête, garde les yeux fixés au sol et le cœur tourné vers les cieux ! Ne fixe pas ton interlocuteur ! Considère tout homme plus important que toi ! Si c’est un sage ou un riche, honore le ! Si c’est un miséreux et que tu es plus riche ou plus sage que lui, imagine que tu as plus de torts que lui et qu’il possède plus de mérites que toi; les fautes qu’il commet sont dues à l’ignorance alors que toi tu les fais en connaissance de cause. Tiens compte, dans toutes tes paroles, tous tes actes, toutes tes pensées, à tout moment, que tu es, en cet instant même, devant le Saint béni soit-Il, et que Sa Chékhina (présence divine) est au-dessus de toi, car Sa gloire remplit l’univers. Que tes paroles soient empreintes d’humilité et de respect comme celles d’un serviteur soumis à son maître. Sache donc rester humble devant tous. Si on t’interpelle, ne réponds pas à voix haute, mais doucement, comme le ferait un esclave devant son maître. Veille particulièrement à étudier la Tora afin de pouvoir l’accomplir, et ayant achevé l’étude d’un texte, applique toi à y trouver ce que tu peux mettre en pratique. Examine tes actes matin et soir, consacrant ainsi toute ton existence à la téchouva (repentir). Pendant la prière, devant Dieu, détache et purifie ton esprit des pensées de ce monde. Réfléchis au sens des mots avant qu’ils ne franchissent le seuil de tes lèvres. Agissant ainsi tes paroles, tes actes et tes pensées seront parfaites et ta prière sera pure, nette et claire, agréée par Dieu comme il est dit : Tu affermis leur cœur, Tu leur prêtes l’oreille. (Ps 10, 17). Agis toujours ainsi, à tout propos, tous les jours de ta vaine existence, et tu ne succomberas pas au péché.

Lis cette lettre une fois par semaine au moins, accomplis et suis ses conseils, laisse-toi guider par Dieu constamment afin de réussir dans tout ce que tu entreprendras et de mériter le monde futur réservé aux justes. Chaque fois que tu la liras, le Ciel répondra à tout ce qu’il te viendra à l’esprit de demander, et ceci pour l’éternité.

Kabbaliste, grand admirateur de Maïmonide, Nahmanide était appelé par ses disciples comme le Rambam :  » Moshe Rabbenou ». Il s’éteint en Erets Israël en 1270. On ne sait pas où il est enterré exactement.

 

Rue juive de Gérone

Carrer del Manuel Cundaro à Gérone,
La rue où habitait Nahmanide

Pour poursuivre :

  • Lettres de l’exil séfarade : Moïse Maïmonide
  • Nahmanide, La Dispute de Barcelone : Suivi du Commentaire sur Esaïe 52-53, Traduit de l’hébreu par Éric Smilévitch, Archives du texte traduites du latin par Luc Ferrier, Verdier. « Les Dix Paroles », 1984. Reparu en collection poche.

Iggeret HaRamban – אגרת הרמבן

אגרת הרמבן

שְׁמַע בְּנִי מוּסַר אָבִיךָ, וְאַל תִּטּוֹשׁ תּוֹרַת אִמֶּךָ

תִּתְנַהֵג תָּמִיד לְדַבֵּר כָּל דְּבָרֶיךָ בְּנַחַת לְכָל אָדָם וּבְכָל עֵת, וּבָזֶה תִּנָצֵל מִן הַכַּעַס, שֶׁהִיא מִדָּה רָעָה לְהַחֲטִיא בְּנֵי אָדָם. ְוְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִכְרוֹנָם לִבְרָכָה, כָּל הַכּוֹעֵס כָּל מִינֵי גֵּיהִנָּם שׁוֹלְטִין בּוֹ, שֶׁנֶאֱמַר הָסֵר כַּעַס מִלִּבֶּךָ, וְהַעֲבֵר רָעָה מִבְּשָׂרֶךָ, וְאֵין רָעָה אֶלָא גֵּיהִנָם, שֶׁנֶאֱמַר וְגַם רָשָׁע לְיוֹם רָעָה.

וְכַאֲשֶׁר תִּנָצֵל מִן הַכַּעַס תַּעֲלֶה עַל לִבְּךָ מִדַּת הָעֲנָוָה שֶׁהִיא מִדָּה טוֹבָה מִכָּל הַמִּדּוֹת טוֹבוֹת, שֶׁנֶאֱמַר עֵקֶב עֲנָוָה יִרְאַת ה’ : וּבַעֲבוּר הָעֲנָוָה תַּעֲלֶה עַל לִבְּךָ מִדַּת הַיִרְאָה, כִּי תִתֵּן אֶל לִבְּךָ תָּמִיד, מֵאַיִן בָּאתָ, וּלְאָן אַתָּה הוֹלֵךְ, וְשֶׁאַתָּה רִמָּה וְתוֹלֵעָה בְּחַיֶךָ, וְאַף כִּי בְמוֹתָךְ, וְלִפְנֵי מִי אַתָּה עָתִיד לִיתֵּן דִּין וְחֶשְׁבּוֹן, לִפְנֵי מֶלֶךְ הַכָּבוֹד, שֶׁנֶאֱמַר הִנֵּה הַשָׁמַיִם וּשְׁמֵי הַשָׁמַיִם לֹא יְכַלְכְּלוּךָ, אַף כִּי לִבּוֹת בְּנֵי אָדָם, וְנֶאֱמַר הֲלֹא אֶת הַשָׁמַיִם וְאֶת הָאָרֶץ אֲנִי מָלֵא נְאֻם ה’ וְכַאֲשֶׁר תַּחְשׁוֹב אֶת כָּל אֵלֶּה, תִּירָא מִבּוֹרְאֶךָ וְתִשְׁמוֹר מִן הַחֵטְא, וּבְמִדּוֹת הָאֵלֶּה תִּהְיֶה שָׂמֵחַ בְּחֶלְקֶךָ, וְכַאֲשֶׁר תִּתְנַהֵג בְּמִדַּת הָעֲנָוָה לְהִתְבּוֹשֵׁשׁ מִכָּל אָדָם וּלְהִתְפָּחֵד מִמֶּנּוּ (מהשי »ת) וּמִן הַחֵטְא, אָז תִּשְׁרֶה עָלֶיךָ רוּחַ הַשְׁכִינָה, וְזִיו כְּבוֹדָהּ, וְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא:

וְעַתָּה בְּנִי דַע וּרְאֵה, כִּי הַמִּתְגָּאֶה בְּלִבּוֹ עַל הַבְּרִיוֹת, מוֹרֵד הוּא בְּמַלְכוּת שָׁמַיִם, כִּי מִתְפָּאֵר הוּא בִּלְבוּשׁ מַלְכוּת שָׁמַיִם, שֶׁנֶאֱמַר ה’ מָלָךְ גֵּאוּת לָבֵשׁ וגו’. וּבַמֶּה יִתְגָּאֶה לֵב הָאָדָם, אִם בְּעוֹשֶׁר, ה’ מוֹרִישׁ וּמַעֲשִׁיר, וְאִם בְּכָבוֹד, הֲלֹא לֵאלֹהִים הוּא, שֶׁנֶאֱמַר וְהָעוֹשֶׁר וְהַכָּבוֹד מִלְּפָנֶיךָ, וְאֵיךְ מִתְפָּאֵר בִּכְבוֹד קוֹנוֹ.
וְאִם מִתְפָּאֵר בְּחָכְמָה, מֵסִיר שָׂפָה לְנֶאֱמָנִים, וְטַעַם זְקֵנִים יִקַּח. נִמְצָא הַכֹּל שָׁוֶה לִפְנֵי הַמָּקוֹם, כִּי בְאַפּוֹ מַשְׁפִּיל גֵּאִים, וּבִרְצוֹנוֹ מַגְבִּיהַּ שְׁפָלִים, לָכֵן הַשְׁפִּיל עַצְמְךָ וִינַשְׂאֲךָ הַמָּקוֹם

עַל כֵּן אֲפָרֵשׁ לְךָ אֵיךְ תִּתְנַהֵג בְּמִדַּת הָעֲנָוָה לָלֶכֶת בָּהּ תָּמִיד

כָּל דְּבָרֶיךָ יִהְיוּ בְּנַחַת, וְרֹאשְׁךָ כָּפוּף, וְעֵינֶיךָ יַבִּיטוּ לְמַטָּה לָאָרֶץ וְלִבְּךָ לְמַעְלָה, וְאַל תַּבִּיט בִּפְנֵי אָדָם בְּדַבֶּרְךָ עִמּוֹ, וְכָל אָדָם יִהְיֶה גָּדוֹל מִמְּךָ בְּעֵינֶיךָ, וְאִם חָכָם אוֹ עָשִׁיר הוּא, עָלֶיךָ לְכַבְּדוֹ. וְאִם רָשׁ הוּא, וְאַתָּה עָשִׁיר אוֹ חָכָם מִמֶּנּוּ, חֲשׁוֹב בְּלִבְּךָ כִּי אַתָּה חַיָּב מִמֶּנּוּ וְהוּא זַכַּאי מִמְּךָ, שֶׁאִם הוּא חוֹטֵא הוּא שׁוֹגֵג וְאַתָּה מֵזִיד:

בְּכָל דְּבָרֶיךָ וּמַעֲשֶׂיךָ וּמַחְשְׁבוֹתֶיךָ וּבְכָל עֵת, חֲשׁוֹב בְּלִבָּךְ כְּאִילּוּ אַתָּה עוֹמֵד לִפְנֵי הַקָדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, וּשְׁכִינָתוֹ עָלֶיךָ. כִּי כְּבוֹדוֹ מָלֵא הָעוֹלָם, וּדְבָרֶיךָ יִהְיוּ בְּאֵימָה וּבְיִרְאָה כְּעֶבֶד לִפְנֵי רַבּוֹ, וְתִתְבַּיֵּשׁ מִכָּל אָדָם, וְאִם יִקְרָאֲךָ אִישׁ אַל תַּעֲנֵהוּ בְּקוֹל רָם, רַק בְּנַחַת כְּעוֹמֵד לִפְנֵי רַבּוֹ:

וֶהֱוֵי זָּהִיר לִקְרוֹת בַּתּוֹרָה תָמִיד אֲשֶׁר תּוּכַל לְקַיְמָהּ, וְכַאֲשֶׁר תָּקוּם מִן הַסֵּפֶר, תְּחַפֵּשׂ בַּאֲשֶׁר לָמַדְּתָּ אִם יֵשׁ בּוֹ דָּבָר אֲשֶׁר תּוּכַל לְקַיְּמוֹ, וּתְפַשְׁפֵּשׁ בְּמַעֲשֶׂיךָ בַּבֹּקֶר וּבָעֶרֶב, וּבָזֶה יִהְיוּ כָּל יָמֶיךָ בִּתְשׁוּבָה:

וְהָסֵר כָּל דִבְרֵי הָעוֹלָם מִלִבְּךָ בְּעֵת הַתְּפִלָּה, וְהָכֵן לִבְּךָ לִפְנֵי הַמָקוֹם בָּרוּךְ הוּא, וְטַהֵר רַעְיוֹנֶיךָ, וַחֲשׁוֹב הַדִּבּוּר קוֹדֶם שֶׁתּוֹצִיאֶנּוּ מִפִּיךָ, וְכֵן תַּעֲשֶׂה כָּל יְמֵי חַיֵּי הֶבְלֶךָ בְּכָל דָבָר וְדָבָר וְלֹא תֶחֱטָא, וּבָזֶה יִהְיוּ דְּבָרֶיךָ וּמַעֲשֶׂיךָ וּמַחְשְׁבוֹתֶיךָ יְשָׁרִים, וּתְפִלָּתְךָ תִּהְיֶה זַכָּה וּבָרָה וּנְקִיָּה וּמְכֻוֶּנֶת וּמְקֻבֶּלֶת לִפְנֵי הַמָּקוֹם בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶאֱמַר תָּכִין לִבָּם תַּקְשִׁיב אָזְנֶיךָ:

תִּקְרָא הָאִגֶּרֶת הַזֹּאת פַּעַם אַחַת בַּשָׁבוּעַ וְלֹא תִפְחוֹת, לְקַיְּמָהּ וְלָלֶכֶת בָּהּ תָּמִיד אַחַר הַשֵׁם יִתְבָּרַךְ, לְמַעַן תַּצְלִיחַ בְּכָל דְּרָכֶיךָ וְתִזְכֶּה לְעוֹלָם הַבָּא הַצָּפוּן לַצַּדִּיקִים, וּבְכָל יוֹם שֶׁתִּקְרָאֶנָּה יַעֲנוּךָ מִן הַשָׁמַיִם כַּאֲשֶׁר יַעֲלֶה עַל לִבְּךָ לִשְׁאוֹל עַד עוֹלָם אָמֵן סֶלָה:

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