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Ki-Tetsé (quand tu iras en guerre contre tes ennemis), les femmes et la guerre

La Judée Captive

Musée de la Diaspora- Tel Aviv, photo DL, copie de l’Arc de Titus à Rome. On  voit les esclaves juifs et des soldats brandissant les objets sacrés du Temple:  la Ménorah (chandelier à 7 branches), la table des pains de proposition… Ils défilent au cours du triomphe  de Titus à Rome suite à sa prise de Jérusalem en l’an 70 de notre ère et au massacre de 500 000 juifs.

Etrange Paracha que celle de ce Shabbat qui parle en un seul ensemble, de la guerre, des ennemis irréductibles d’Israël mais aussi de la sollicitude qu’Israël doit témoigner à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve . Quelques commentaires .

La femme -prise de guerre, et le désir brutal du « guerrier »

Le premier passage de cette Paracha est bien mystérieux.

י כִּי-תֵצֵא לַמִּלְחָמָה, עַל-אֹיְבֶיךָ; וּנְתָנוֹ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, בְּיָדֶךָ–וְשָׁבִיתָ שִׁבְיוֹ. 10 Quand tu iras en guerre contre tes ennemis, que l’Éternel, ton Dieu, les livrera en ton pouvoir, et que tu leur feras des prisonniers;
יא וְרָאִיתָ, בַּשִּׁבְיָה, אֵשֶׁת, יְפַת-תֹּאַר; וְחָשַׁקְתָּ בָהּ, וְלָקַחְתָּ לְךָ לְאִשָּׁה. 11 si tu remarques, dans cette prise, une femme de belle figure, qu’elle te plaise, et que tu la veuilles prendre pour épouse,
יב וַהֲבֵאתָהּ, אֶל-תּוֹךְ בֵּיתֶךָ; וְגִלְּחָה, אֶת-רֹאשָׁהּ, וְעָשְׂתָה, אֶת-צִפָּרְנֶיהָ. 12 tu l’emmèneras d’abord dans ta maison; elle se rasera la tête et se coupera les ongles,
יג וְהֵסִירָה אֶת-שִׂמְלַת שִׁבְיָהּ מֵעָלֶיהָ, וְיָשְׁבָה בְּבֵיתֶךָ, וּבָכְתָה אֶת-אָבִיהָ וְאֶת-אִמָּהּ, יֶרַח יָמִים; וְאַחַר כֵּן תָּבוֹא אֵלֶיהָ, וּבְעַלְתָּהּ, וְהָיְתָה לְךָ, לְאִשָּׁה. 13 se dépouillera de son vêtement de captive, demeurera dans ta maison et pleurera son père et sa mère, un mois entier. Alors seulement, tu pourras t’approcher d’elle et avoir commerce avec elle, et elle deviendra ainsi ton épouse.
יד וְהָיָה אִם-לֹא חָפַצְתָּ בָּהּ, וְשִׁלַּחְתָּהּ לְנַפְשָׁהּ, וּמָכֹר לֹא-תִמְכְּרֶנָּה, בַּכָּסֶף; לֹא-תִתְעַמֵּר בָּהּ, תַּחַת אֲשֶׁר עִנִּיתָהּ.  {ס} 14 S’il arrive que tu n’aies plus de goût pour elle, tu la laisseras partir libre de sa personne, mais tu ne pourras pas la vendre à prix d’argent: tu ne la traiteras plus comme esclave, après lui avoir fait violence.

Étrange, étrange, imaginez-vous sur-un-champ de guerre et là vous voyez devant vous une femme magnifique. Que peut-elle bien faire là? Est-ce une fille à soldats, une de ces belles femmes que les guerriers antiques envoyaient séduire l’ennemi en avant garde. La Torah et crûment réaliste. la femme est belle. l’homme la considère comme le repos du guerrier qui pense avoir le droit de posséder.Et au lieu de dire :  » cette femme t’es interdite »;la Torah prends l’homme là où il en est, dans son désir brut et bestial de sexe.

Et pour casser la mécanique fantasmatique masculine qui va de l’ego à l’ego en utilisant la femme comme un objet à plaisir et non comme un sujet libre, la Paracha ordonne à l’homme de la raser puis de lui couper les ongles et de la dévétir. Le récit est bien évidemment symbolique. Il dit à l’homme d’aujourd’hui en guerre contre lui-même:  » Tu désires cette femme qui n’est pas la tienne? Soit. Mais maintenant regarde sa faiblesse. Tu la voies comme l’objet agrandi de ton fantasme, peux-tu prendre en charge sa faiblesse, sa nudité « . Et si l’homme dit qu’il la désire encore, la Paracha continue : « Et bien attend un mois! ». De quoi réfléchir…  Et seulement alors elle peut devenir l’épouse de l’homme. Magnifique pédagogie du désir qui en considère la brutalité pour l’exposer à la durée. Pour que le guerrier passe d’un regard  de femme objet à celui d’un sujet libre en face de lui.

« S’il arrive que tu n’aies plus de goût pour elle, tu la laisseras partir libre de sa personne, mais tu ne pourras pas la vendre à prix d’argent: tu ne la traiteras plus comme esclave, après lui avoir fait violence. »

C’est bien sur chacun de nous qui est invité à considérer son désir brutal d’assujettir autrui, à laisser le « sexe faible » exister librement.

La Paracha prévient celui qui se marie avec cette femme quelques lignes plus bas des conséquences possibles de son acte, une progéniture rebelle :

18 Si un homme a un fils libertin et rebelle, sourd à la voix de son père comme à celle de sa mère, et qui, malgré leurs corrections, persiste à leur désobéir, 19 son père et sa mère se saisiront de lui, le traduiront devant les anciens de sa ville, au tribunal de sa localité, 20 et ils diront aux anciens de la ville: « Notre fils que voici est libertin et rebelle, n’obéit pas à notre voix, s’adonne à la débauche et à l’ivrognerie. » 21 Alors, tous les habitants de cette ville le feront mourir à coups de pierres, et tu extirperas ainsi le vice de chez toi; car tout Israël l’apprendra et sera saisi de crainte. 22

Le contexte : la femme juive, une révolution dans l’Antiquité gréco-romaine

Replaçons nous dans le contexte antique.

La conquête romaine était une mauvaise nouvelle pour les femmes des pays vaincus. Car le viol des vaincus et vaincues étaient monnaie courante à Rome. Le mythe du raid sexuel constitue la fondation de l’imperium, de la puissance romaine. Cette violence était mythifiée pour être acceptable. Ainsi, l’enlèvement et le viol des femmes sabines par Romulus raconté par Tite-Live fondent pour ainsi dire, le droit au viol des vaincues à des fins de domination et de procréation à grande échelle. Pour le dire trivialement : Rome, puissante, pénétrait et n’était jamais pénétrée, ni violée depuis sa création.

Flavius Josèphe rapporte qu’à la mort d’Agrippa en 44, les habitants grecs de Césarée et des Samaritains s’emparèrent des statues des trois filles d’Agrippa : Bérénice, Mariamne et Drusilla et « qu’après les avoir hissées sur la terrasse, ils les outragèrent de leur mieux en commettant des actes trop indécents pour être relatés. » Les exemples de cette pratique sont multiples. Tacite et Dion Cassius racontent comment en Bretagne on a fait flageller la reine Boadicée (30-61) et violer ses deux filles par toute la légion présente.

S’il y est une valeur à laquelle sont étrangers les hommes de l’Antiquité gréco-romaine, c’est bien celle de l’égalité. La femme dépend de sa naissance à sa mort de son père, de son mari, de son oncle, de son frère. La femme est une chose (res pour le droit romain) dépendante, d’un pater familias d’abord, puis de son mari, libres de les répudier comme bon leur semble. La femme est un chose . Un monde conçu par les hommes et pour les hommes, libres s’entend. On n’a que faire des sentiments, le mariage est une affaire et c’est ainsi que le droit en juge.

A la même époque au tournant de notre ère le droit juif protège la femme juive. Le seder Nashim est un ordre du talmud conséquent. Troisième des six ordres de la Mishna qu’on retrouve dans le Talmud de Jérusalem mais dont une bonne partie des usages remonte à l’époque du second Temple et à l’époque biblique puisque les règles commentées par la mishna commentent la Torah, cet Ordre comprend pas moins de sept traités qui protègent les droits des femmes :

  • Yebamot « belles-sœurs », parle des lois du mariage et du lévirat ( qui protège la veuve)
  • Ketoubot «contrats de mariage» traite de la ketouba (contrat de mariage), véritable contrat de droit matrimonial traitant des rapports des conjoints et des héritages, divorces.
  • Nedarim  traite des « vœux ».
  • Nazir « celui qui s’abstient ») l’applique aux femmes.
  • Sotah, « perverse ») dsicute du soupçon d’adultère et comment y remédier rituellement.
  • Guittin,« certificats de divorce »), traité de neuf chapitres, a pour sujet l’annulation du mariage par le divorce ainsi que les formes et cérémonies qui s’y rattachent (cf. Deutéronome 24:1-4). Il légifère également sur les formalités de l’émancipation des esclaves.
  • Kiddoushin -« consécration nuptiale ») traite des fiançailles et du mariage et des enfants.

D’autres traités comme Nidda parlent de la pureté rituelle. Il s’agit de protéger la femme du désir masculin et de renouveler ce désir par une forme de jachère du sexe et des contacts corporels. C’est à dire de sanctifier le temps. Les Sages pensaient que le corps de la femme lié au cycle de la lune portait en lui la Loi du Cosmos, tout comme le Temple obéissait à in calendrier lunisolaire et le mois à la Nouvelle Lune (Rosh rodesh). Il était donc parfait. Le corps de l’homme juif, lui, imparfait devait être circoncis pour lier l’alliance avec Dieu. De plus l’homme hjuif est obligé aux commandements liés au temps pour prendre conscience de sa condition d’être créé, de sa finitude.

Le respect pour la femme, la vive conscience que l’homme ne peut accéder à la plénitude de son humanité sans ce vis-à-vis, l’idée que cette complémentarité égalitaire est un don de Dieu à l’origine de la création est au coeur du judaïsme depuis trois millénaires, en opposition à la culture patriarcale gréco-romaine que le judaïsme contestait dans son fondement, celui du rapport de force et de la servilité, dans une société ou la distinction entre l’esclave et l’homme ou la femme libre déterminait les rapports encore plus que la domination des sexes. Etre prisonnier comme le dit notre texte c’est être esclave. Etre une femme prisonnier c’est n’être rien, un objet. Hors la Paracha réhabilite cette femme comme sujet.

Affirmer la femme comme sujet, la complémentarité des sexes, l’incapacité de l’homme à exister en plénitude en dehors du rapport différencié des sexes, l’imperfection de son corps qui doit être circoncis pour enlever l’obstacle dans son coeur dans sa relation avec Dieu, dans une Judée sous domination romaine où les valeurs des puissants étaient bâties sur le modèle de rapports de domination de l’homme sur la femme, de l’homme libre sur l’esclave… c’était tout simplement contester ce qui fait le coeur de la société gréco-romaine, le foyer antique. C’était contester le rapport de domination de l’homme sur la femme mais aussi le rapport de force que l’Imperium établissait avec des provinces dominées à vocation servile, soumises aux trafics internationaux d’impôt, d’esclave et bien sûr de chair fraîche sexuelle.

Donc si on se penche un minimum sur les textes juifs qui sont la base de la tradition religieuse vivante aujourd’hui encore on s’aperçoit qu’ils sont d’une incroyable liberté pour les femmes de leur époque. ils ne peuvent irréversiblement pas être utilisés pour aller contre leur esprit qui vise à protéger la femme, fut-elle une esclave ennemie vaincue, du désir prédateur de l’homme.

Notre civilisation vit d’une conception tout à fait originale dans laquelle le couple égalitaire est le noyau de base de la société, la femme un être libre dont de multiples occurrences dans cette Paracha sont autant de garde de fou pour l’homme. protège la veuve, la prisonnière, l’orphelin, etc… Ces valeurs qui forment notre trame mentale spontanée viennent du Judaïsme. Elles ont en partie imprégné le christianisme pour arriver jusqu’à nous.

Les ennemis irréductibles

La Judée captive2

Les trompettes du Temple (qui annoncainet le shabbat), la table des pains de proposition,
 la Ménorah (chandelier à 7 branches). Musée de la Diaspora- Tel Aviv, photo DL.

Amalek

La Paracha se termine sur cette sentence bien connue. Une forme de Zaror (souviens-toi)  en forme d’effacement du nom de l’ennemi archétypal d’Israël.

יז זָכוֹר, אֵת אֲשֶׁר-עָשָׂה לְךָ עֲמָלֵק, בַּדֶּרֶךְ, בְּצֵאתְכֶם מִמִּצְרָיִם. 17 Souviens-toi de ce que t’a fait Amalec, lors de votre voyage, au sortir de l’Egypte;
יח אֲשֶׁר קָרְךָ בַּדֶּרֶךְ, וַיְזַנֵּב בְּךָ כָּל-הַנֶּחֱשָׁלִים אַחֲרֶיךָ–וְאַתָּה, עָיֵף וְיָגֵעַ; וְלֹא יָרֵא, אֱלֹהִים. 18 comme il t’a surpris chemin faisant, et s’est jeté sur tous tes traînards par derrière. Tu étais alors fatigué, à bout de forces, et lui ne craignait pas Dieu.
יט וְהָיָה בְּהָנִיחַ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְךָ מִכָּל-אֹיְבֶיךָ מִסָּבִיב, בָּאָרֶץ אֲשֶׁר יְהוָה-אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לְךָ נַחֲלָה לְרִשְׁתָּהּ–תִּמְחֶה אֶת-זֵכֶר עֲמָלֵק, מִתַּחַת הַשָּׁמָיִם; לֹא, תִּשְׁכָּח.  {פ} 19 Aussi, lorsque l’Éternel, ton Dieu, t’aura débarrassé de tous tes ennemis d’alentour, dans le pays qu’il te donne en héritage pour le posséder, tu effaceras la mémoire d’Amalec de dessous le ciel: ne l’oublie point.

Dans le judaïsme, Amalek est l’archétype de l’ennemi des Juifs. Amalek est le chef des Amalécites, une tribu de nomades qui attaque les Hébreux dans le désert du Sinaï immédiatement après l’Exode d’Égypte. Il est le chef d’une tribu édomite, les Amalécites. (Gen. 36,16)

A Pourim, Haman voulait détruire le peuple juif « des enfants et des femmes, jeunes et vieux,, sur une seule journée» (Esther 3, 13). Et on lit dans la Torah à Pourim que D. dit: « Je vais  effacer complètement la mémoire d’Amalek de sous les cieux» (Exode 17, 14), tandis qu’à Shabbat Zakhor, le Shabbat avant Pourim, nous lisons que D. ordonne aux Israélites: «vous effacerez la mémoire d’Amalek de dessous les cieux» (Deut. 25,19).

Abravanel (Portugal, Espagne, Italie, XVème siècle) et le rabbin Yitzhak Arama (Espagne, XVème siècle) disaient que Amalek s’écarte du droit de la guerre. Il a attaqué un faible, sans défense, un troupeau d’esclaves sur la route, juste pour le plaisir de les détruire. Ils n’avaient rien à gagner à ce guet-apen car les familles Israélites avaient simplement quitté l’Egypte. Amalek mène une guerre injuste motivés par la seule haine envers des esclaves à bout de souffle qui tentent de sortir de leur condition.

La section Re’aya Mehemna du Zohar dit que Amalek est Samaël ou Satan, tandis qu’à Barcelone (vers 1300), certains commentateurs disaient que Amalek signifie Yetzer Hara ou le mauvais penchant. Ce que reprendra la littérature hassidique. En d’autres termes, il nous est ordonné d’effacer Satan ou le Yetzer Hara, pas un peuple.

Amalek ce sont ceux qui veulent rayer la révélation et son peuple de la carte.

La Judée captive3

Soldat romain portant la couronne du triomphe.
Musée de la Diaspora- Tel Aviv, photo DL.

Ammon et Moab

Dans la Bible les Ammonites et les Moabites sont les descendants d’Ammon et Moab les fils adultérins des deux filles de Lot qui ont couché avec leur père après l’avoir enivré aprés qu’elles furent sauvées de la tempête de feu qui a englouti Sodome et Gomorrhe et qu’Abraham et son fils Lot sont sortis indemnes. Ammon et Moab sont donc des fils de l’inceste et de l’ingratitude envers D.

Une explication  vient de l’étymologie hébraïque. Moab vient de Min Av, « celui qui vient du père » et Ammon, « celui qui vient du Am », du « peuple ».  Ammon c’est le fils incestueux du même peuple qu’Israël. Moab, c’est celui qui vient du père : Abraham -Av-Am , « le père du peuple ».

De Ammon vient le nom de la ville d’Aman en arabe.

Voilà ce qu’en dit le Midrash Genèse Rabbah au chapitre 5

Lot a apprécié quatre grands avantages en accompagnant Abraham. Il est devenu riche, est devenu possesseur de propriétés, il est rescapé sauvé de 36 rois qui le poursuivaient, il a été sauvé avec sa famille à la destruction de Sodome et Gomorrhe. Pourtant, Ammon et de Moab (les descendants de Lot) infligent quatre grandes douleurs aux descendants d’Abraham, à qui ils devaient leur existence même. Ils ont embauché Balaam pour maudire Israël. Eglon, roi de Moab a rassemblé les enfants d’Ammon et soumis les Israélites sous son joug durant 18 ans. La guerre d’Ammon et de Moab menées contre Israël, rapportée dans le second livre des Chroniques, a conduit à la destruction de Jérusalem et du Temple, et à toutes ses douleurs pleurées par Jérémie dans le Livre des Lamentations (On commence aujourd’hui les selihot !  ).

Par conséquent, quatre prophètes ont annoncé la chute des Amonites  et  des moabites, ces deux nations ingrates.

Isaïe 15 :  « Oracle contre Moab: Oui, dans la nuit, Ar-Moab est assailli, ruiné; oui, dans la nuit, Kir-Moab est assailli, ruiné… Mon cœur gémit sur Moab; ses fugitifs courent jusqu’à Çoar et Eglat-Chelichiya; ils gravissent en pleurant la montée de Louhit et, sur la route de Horonaïm, font retentir des clameurs de détresse… Les eaux de Dimôn sont rouges de sang: voilà comme j’enrichis le cours de Dimôn! Un lion pour les échappés de Moab, pour les survivants du pays! »

Jérémie 49 : « Aux fils d’Ammon. Ainsi parle l’Eternel: « Israël n’a-t-il point d’enfants? Est-il sans aucun héritier? Pourquoi Malcom a-t-il pris possession de Gad, et son peuple en a-t-il occupé les villes? Assurément des jours vont venir, dit le Seigneur, où je ferai entendre à Rabba, [capitale] des fils d’Ammon, la sonnerie du combat: elle sera réduite à l’état de ruine lamentable, ses bourgades deviendront la proie des flammes, et Israël dépossédera ceux qui l’ont dépossédé, dit l’Eternel…Mais plus tard, je ramènerai les captifs des enfants d’Ammon, dit le Seigneur. »

Ezéchiel 25 : « « Fils de l’homme, dirige ta face contre les fils d’Ammon, et prophétise sur eux. Tu diras aux fils d’Ammon: Ecoutez la parole du Seigneur Dieu! Ainsi parle le Seigneur Dieu: Parce que tu as crié: Holà! sur mon sanctuaire, lorsqu’il fut profané, sur la terre d’Israël, lorsqu’elle fut dévastée, et sur la maison do Juda, lorsqu’elle partit pour l’exil… je vais étendre ma main sur toi et te donner en proie aux nations; je te retrancherai du rang des peuples et te ferai disparaître d’entre les pays, je te réduirai à néant, et tu sauras que je suis l’Eternel. » »

…et Sophonie, prophétise que le sort des fils d’Ammon et de Moab sera comme celui de Sodome et Gomorrhe.

Ammon et Moab c’est donc l’ennemi incestueux de l’intérieur qu’on chasse de soi.

Ki Tetsé c’est la guerre « Quand tu iras en guerre », la guerre contre soi-même. Contre nos instincts prédateurs, incestueux, notre manque de gratitude. Ammon et Moab ce sont nos ennemis de l’intérieur. Amalek l’ennemi extérieur, celui qui nie notre existence même, notre vocation à la sanctification.

 

L’étranger résident (guer), la veuve et l’orphelin

La suite du chapitre 22 du Deutéronome parle d’elle même, elle doit être lue en pensant au contexte de temps barbares d’une époque où une vie ne valait rien:

ד לֹא-תִרְאֶה אֶת-חֲמוֹר אָחִיךָ אוֹ שׁוֹרוֹ, נֹפְלִים בַּדֶּרֶךְ, וְהִתְעַלַּמְתָּ, מֵהֶם:  הָקֵם תָּקִים, עִמּוֹ.  {ס} 4 Tu ne dois pas voir l’âne ou le bœuf de ton frère s’abattre sur la voie publique et te dérober à eux: tu es tenu de les relever avec lui.

Il fat relire la verset suivant en se rappelant que lors de la rafle du Vel d’Hiv’ les nazis avaient demandé de rafler les adultes au dessus de 16 ans, un âge  fixé pour préserver la fiction selon laquelle l’Allemagne avait besoin d’ouvriers dans l’Est; cependant  les policiers et les français ont emmené aussi les enfants. l’ordre émanait du ministre de Pétain, Pierre Laval, qui invoqua une mesure « humanitaire» visant à ne pas séparer les familles. Comme si ces gens avaient violé scrupuleusement la Torah :

ו כִּי יִקָּרֵא קַן-צִפּוֹר לְפָנֶיךָ בַּדֶּרֶךְ בְּכָל-עֵץ אוֹ עַל-הָאָרֶץ, אֶפְרֹחִים אוֹ בֵיצִים, וְהָאֵם רֹבֶצֶת עַל-הָאֶפְרֹחִים, אוֹ עַל-הַבֵּיצִים–לֹא-תִקַּח הָאֵם, עַל-הַבָּנִים. 6 Si tu rencontres en ton chemin un nid d’oiseaux sur quelque arbre ou à terre, de jeunes oiseaux ou des œufs sur lesquels soit posée la mère, tu ne prendras pas la mère avec sa couvée:
ז שַׁלֵּחַ תְּשַׁלַּח אֶת-הָאֵם, וְאֶת-הַבָּנִים תִּקַּח-לָךְ, לְמַעַן יִיטַב לָךְ, וְהַאֲרַכְתָּ יָמִים.  {ס} 7 tu es tenu de laisser envoler la mère, sauf à t’emparer des petits; de la sorte, tu seras heureux et tu verras se prolonger tes jours.

Le chapitre 24 défend d’abord le pauvre :

י כִּי-תַשֶּׁה בְרֵעֲךָ, מַשַּׁאת מְאוּמָה–לֹא-תָבֹא אֶל-בֵּיתוֹ, לַעֲבֹט עֲבֹטוֹ. 10 Si tu as fait à ton prochain un prêt quelconque, n’entre point dans sa maison pour te nantir de son gage.
יא בַּחוּץ, תַּעֲמֹד; וְהָאִישׁ, אֲשֶׁר אַתָּה נֹשֶׁה בוֹ, יוֹצִיא אֵלֶיךָ אֶת-הַעֲבוֹט, הַחוּצָה. 11 Tu dois attendre dehors, et celui dont tu es le créancier t’apportera le gage hors de chez lui.
יב וְאִם-אִישׁ עָנִי, הוּא–לֹא תִשְׁכַּב, בַּעֲבֹטוֹ. 12 Et si c’est un pauvre, tu ne dois pas te coucher nanti de son gage:
יג הָשֵׁב תָּשִׁיב לוֹ אֶת-הַעֲבוֹט כְּבוֹא הַשֶּׁמֶשׁ, וְשָׁכַב בְּשַׂלְמָתוֹ וּבֵרְכֶךָּ; וּלְךָ תִּהְיֶה צְדָקָה, לִפְנֵי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ.  {ס} 13 tu es tenu de le lui rendre au coucher du soleil, pour qu’il puisse reposer sous sa couverture et qu’il te bénisse; et cela te sera compté comme une bonne œuvre par l’Éternel, ton Dieu.
יד לֹא-תַעֲשֹׁק שָׂכִיר, עָנִי וְאֶבְיוֹן, מֵאַחֶיךָ, אוֹ מִגֵּרְךָ אֲשֶׁר בְּאַרְצְךָ בִּשְׁעָרֶיךָ. 14 Ne cause point de tort au journalier pauvre et nécessiteux, que ce soit un de tes frères ou un des étrangers qui sont dans ton pays, dans l’une de tes villes.
טו בְּיוֹמוֹ תִתֵּן שְׂכָרוֹ וְלֹא-תָבוֹא עָלָיו הַשֶּׁמֶשׁ, כִּי עָנִי הוּא, וְאֵלָיו, הוּא נֹשֵׂא אֶת-נַפְשׁוֹ; וְלֹא-יִקְרָא עָלֶיךָ אֶל-יְהוָה, וְהָיָה בְךָ חֵטְא.  {ס} 15 Le jour même, tu lui remettras son salaire, avant que le soleil se couche; car il est pauvre, et il attend son salaire avec anxiété. Crains qu’il n’implore contre toi le Seigneur, et que tu ne sois trouvé coupable.

Puis l’étranger résident, l’orphelin et la veuve. Voilà d’où viennent nos valeurs :

יז לֹא תַטֶּה, מִשְׁפַּט גֵּר יָתוֹם; וְלֹא תַחֲבֹל, בֶּגֶד אַלְמָנָה. 17 Ne fausse pas le droit de l’étranger ni celui de l’orphelin, et ne saisis pas comme gage le vêtement de la veuve.
יח וְזָכַרְתָּ, כִּי עֶבֶד הָיִיתָ בְּמִצְרַיִם, וַיִּפְדְּךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, מִשָּׁם; עַל-כֵּן אָנֹכִי מְצַוְּךָ, לַעֲשׂוֹת, אֶת-הַדָּבָר, הַזֶּה.  {ס} 18 Rappelle-toi que tu as été esclave en Egypte et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a affranchi; c’est pour cela que je t’ordonne d’agir de la sorte.
יט כִּי תִקְצֹר קְצִירְךָ בְשָׂדֶךָ וְשָׁכַחְתָּ עֹמֶר בַּשָּׂדֶה, לֹא תָשׁוּב לְקַחְתּוֹ–לַגֵּר לַיָּתוֹם וְלָאַלְמָנָה, יִהְיֶה:  לְמַעַן יְבָרֶכְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, בְּכֹל מַעֲשֵׂה יָדֶיךָ.  {ס} 19 Quand tu feras la moisson de ton champ, si tu as oublié dans ce champ une javelle, ne retourne pas la prendre, mais qu’elle reste pour l’étranger, l’orphelin ou la veuve, afin que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans toutes les œuvres de tes mains.
כ כִּי תַחְבֹּט זֵיתְךָ, לֹא תְפַאֵר אַחֲרֶיךָ:  לַגֵּר לַיָּתוֹם וְלָאַלְמָנָה, יִהְיֶה. 20 Quand tu gauleras ton olivier, n’y glane pas après coup; ce sera pour l’étranger, l’orphelin et la veuve.
כא כִּי תִבְצֹר כַּרְמְךָ, לֹא תְעוֹלֵל אַחֲרֶיךָ:  לַגֵּר לַיָּתוֹם וְלָאַלְמָנָה, יִהְיֶה. 21 Quand tu vendangeras ta vigne, n’y grappille pas après coup; ce sera pour l’étranger, pour l’orphelin, pour la veuve.
כב וְזָכַרְתָּ, כִּי-עֶבֶד הָיִיתָ בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם; עַל-כֵּן אָנֹכִי מְצַוְּךָ, לַעֲשׂוֹת, אֶת-הַדָּבָר, הַזֶּה.  {ס} 22 Et tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Egypte: c’est pourquoi je t’ordonne de tenir cette conduite.
  1. RABBINBITAN
    25 novembre 2014 à 11:57

    Si l’on admet qu’aux temps de loth l’inceste n’était pas interdit, que reproche-t-on aux filles de Loth? De plus, si ces actes étaient autorisés, pourquoi les filles de Loth ont-elles enivré leur père?

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    • 26 novembre 2014 à 09:32

      Oui mais on est après Noé… et la prohibition de l’inceste est une loi noachide. Cette loi dépend de la simple raison humaine. Sans interdit de l’inceste il n’a a pas de société humaine car les générations (toledot) se confondent, et sans généalogies il n’y a pas non plus d’histoire (toledot).
      Ainsi, si l’on s’en réfère à l’anthropologie moderne et aux travaux de Claude Levi-straussce l’interdit de l’inceste est commun à toutes les sociétés, il signe l’apparition des sociétés humaines. (cf : http://fr.wikipedia.org/wiki/Prohibition_de_l%27inceste).
      L’enivrement prohibé correspond à la même logique.Lot est arrivé à un degré d’enivrement tel qu’il est incapable de reconnaître ses propres filles. Il s’agit d’éviter la confusion des générations dans le liquide et la torpeur. Bien sûr l’interdiction noachide est aussi toraïque (Lévitique 38, 7), mais elle s’applique à tout homme. On ne ne naît pas juif chrétien ou musulman, on naît dans l’humanité.

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