Sidra de Toledot : Les juifs dans l’histoire

Le commentaire de la sidra du dernier shabbat par le Rav Harboun (notes et souvenirs)

Cette Sidra de Toledot raconte la particularité du juif (Jacob) et son antagonisme avec les nations et aussi avec son propre frère jumeau, Esaü, son double, dont Jacob reçoit le droit d’ainesse par une subterfuge de sa mère qui lui faire porter les vêtements d’Esaü et une peau de chevreau sur les mains pour usurper l’identité d’Esaü.

Jacob et Esaü

Isaac bénit Jacob – Govert Flinck, 1638, Rijksmuseum, Amsterdam, 2013, photo MPS.

Cette Sidra est d’une richesse exceptionnelle, nous retiendrons seulement 4 points : je vais tout d’abord parler de la mission d’Israël, ensuite du rôle des juifs dans l’histoire,  puis de l’exil et de notre rapport aux nations, enfin de l’antisémitisme et de la haine des juifs.

La mission d’Israël

Tous les puits qu’avaient creusés les serviteurs de son père, du temps de son père Abraham, les Philistins les comblèrent en les remplissant de terre… Isaac se remit à creuser les puits qu’on avait creusés du temps d’Abraham son père et que les Philistins avaient comblés après la mort d’Abraham. II leur imposa les mêmes noms que leur avait imposés son père. Les serviteurs d’Isaac, en creusant dans la vallée, y découvrirent une source d’eau vive. (Béréchit 26, 15-19)

Dans ce récit Isaac veut reprendre le flambeau du monothéisme de son père Abraham. Sa fidélité à la mémoire de son père  est rappelée presque dans  chaque verset. Et pour cela, et le symbole est d’une force incroyable, il recreuse les puits de son père. Il veut suivre ses pas, refaire le même itinéraire, boire  à la même source. Mais il ne se contente pas de creuser les mêmes puits : il leur donne le même nom. Il veut montrer aux Philistins qu’Abraham, en fait, est encore bien vivant à travers lui. On se demande alors ce que c’est que ce puits ? une source d’eau ?

Les serviteurs d’Isaac, en creusant dans la vallée, y découvrirent une source d’eau vive. Les pâtres de Gherar cherchèrent querelle à ceux d’Isaac, en disant: « L’eau est à nous! » II appela ce puits Esek parce qu’on le lui avait contesté. lls creusèrent un nouveau puits sur lequel on se querella encore. II lui donna le nom de Sitna. Il délogea de là et creusa un autre puits, qu’on ne lui disputa point; il le nomma Rehoboth, disant: « Pour le coup, le Seigneur nous a élargis et nous prospérerons dans la contrée. » (Gn 26 19-22)

Par ce forage d’un puits, c’est aussi son droit à la terre qu’il acquiert. Cette terre promise à Abraham est  à sa descendance ; il doit s’en montrer digne et y permettre la vie : la vie physique par l’eau, et la vie spirituelle par cette source de spiritualité qu’est la Torah.

Mais Itzak doit aller plus loin, il ne doit pas seulement re-parcourir le chemin de son père. Il ne peut pas être un deuxième Abraham, mais il doit être Isaac. Il doit acquérir sa propre personnalité. Sa propre relation à Dieu, sa propre vie spirituelle, son propre puits.

Mais alors que son père était respecté et estimé Isaac ne s’attire que l’opposition des Philistins, car ce qui intéresse les Philistins, ce n’est pas le puits en lui-même, mais bien l’eau et le bénéfice  qu’ils peuvent en tirer. Ils veulent retrouver la prospérité qu’Abraham et de ses puits. Ils pensent que cette bénédiction est dans l’eau alors qu’elle en fait dans l’homme qui creuse le puits et à sa démarche. Ils n’ont pas compris que leur idolâtrie ne pouvait que transformer cette eau vive en poussière et ils réclameront encore de l’eau.

Tout ce texte parle d’une guerre de l’eau qui est une lutte pas seulement pour la survie mais pour exister spirituellement.

Or ce même jour, les serviteurs d’Isaac virent lui donner des nouvelles du puits qu’ils avaient creusé; ils lui dirent: « Nous avons trouvé de l’eau. » Il le nomma Chiba; de là cette ville s’est nommée Beer Shava, nom qu’elle porte encore. (Gn 26 32-33)

Et Isaac répond à Abimélec et son confident et son général d’armée : « Pourquoi êtes-vous venus à moi, alors que vous me haïssez et que vous m’avez éconduit de chez vous ? » après qu’il ait conclu un pacte avec eux et qu’il l’aient béni : «  II leur prépara un festin, ils mangèrent et burent. »

On le voit ici : deux attitudes s’affrontent. Isaac qui lutte pour l’eau, donc pour la spiritualité, celle de son père puis la sienne. Les Philistins, qui, ne pouvant comprendre pleinement cette spiritualité qu’ils rendent matérielle par leurs conceptions idolâtres, préfèrent éliminer cette source plutôt que de la voir exister près d’eux. Tous les puits qu’avaient creusés les serviteurs de son père, du temps de son père Abraham, les Philistins les comblèrent en les remplissant de terre. La lutte d’Isaac pour la reconnaissance de ses puits, c’est la lutte d’Israël pour la reconnaissance de la croyance en un D.ieu Unique. L’attitude des Philistins, c’est l’incompréhension des nations devant l’existence et le rôle d’Israël dans le monde.

Chaque Juif est l’enfant d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il creuse des puits dans le désert, des puits d’amour où d’autres ont déjà bu et ou boirons non seulement ses descendants mais toutes les nations.

Les juifs dans l’histoire

Le mot Toledot en hébreu signifie les générations mais aussi « l’histoire ». «  toldot  » indique à la fois la descendance directe, c’est-à-dire les enfants, mais aussi la descendance spirituelle, c’est-à-dire les actes et l’histoire. LE JUIF C’EST CELUI QUI FAIT L’HISTOIRE !

Le juif est un acteur et pas un spectateur de son existence. Il ne laisse pas son existence passer en pure perte, il ne perd pas son temps mais par la sanctification du temps par le shabbat, les mitsvoth et les bénédictions il fixe le temps. Les juifs ce sont ceux qui s’engagent et qui font l’histoire. Isaac en cesse de creuser des puits.

On peut  retenir ceci de la conduite d’Isaac, l’adage hébraïque « Enn Dvar haomàd bifné haratsone » qui veut dire «  rien ne résiste à la volonté. » Mais cette volonté n’est pas la force du self made man qui écrase son voisin par sa rage de vivre. C’est une volonté spirituelle. L’existence ne consiste pas uniquement dans  la course aux biens une course aux puits. Ces derniers ne sont que des moyens de vivre une vie spirituelle conforme à la Torah. Le juif c’est donc celui qui s’appuyant sur l’héritage d’amour de ses pères et leur enseignement œuvre et met sa volonté au service de l’Eternel en ce monde. Celui qui passe son temps perd son temps. Celui qui agit fait l’histoire et c’est justement cette manières de faire l’histoire que le monde nous envie. Nous sommes 0,2 % de la population de la planète et pas un journal télévisé où l’on ne parle de ce que doit faire ou pas Israël !  Sur les huit personnes qui ont gagné les prix Nobel en 2013, six sont juives, deux israéliennes et une survivante de l’Holocauste ! 22% des prix nobles sont d’origine juive alors que les Juifs ne sont que 14 millions, 0,2 % de la population mondiale (7 milliards) ! Ces hommes et ces femmes ont étudié pour faire avancer l’humanité au lieu de regarder la télé ! De quoi faire des jaloux. Le but de la Torah est de nous aider à donner un sens au temps, el temps a été créé pour que nous lui donnions un sens. Nous avons six jours pour agir, puis le « yom ha-Chevii », « le jour d’abstention », le Shabbat.

L’exil et notre rapport aux nations

« Pourquoi êtes-vous venus à moi, alors que vous me haïssez et que vous m’avez éconduit de chez vous ? » demande Isaac. Isaac c’est la préfiguration d’Israël en Exil.

On le chasse, Abmélech veut lui prendre sa femme, il contribue à la richesse du pays, Il creuse des puits et les philistins les rebouchent.

Au début cette Sidra il est dit ve-Elé toledoh Yitshaq  « Ceci est l’histoire d’Isaac » il y a un seul vav. Comme le fait remarquer Rav Alchikh qui vécut au 16e siècle, le vav de veélé signale une similitude entre Abraham et Isaac. De même que d’Abraham sont sortis deux enfants Isaac et Ismaël, l’un pieux et l’autre impie ainsi de Isaac sortiront deux enfants Jacob et Esaü, le premier tsadik et le second rachâ.

Nos maîtres ont remarqué que dans l’expression  Elé Toledott hachamaim vehaarets (Beréchit) il y a deux fois la lettre vav. Cette lettre Vav est la lettre la plus importante du nom divin. Le premier Dieu est créateur et est caractérisé par deux vav.

Pour la seconde occurrence biblique il y a un seul vav car Isaac a donné naissance à Esaü symbole de la force brute et a Jacob symbole de la spiritualité. Quand à Ismaël il est dit : Elé Toledoth Yichmael, sans vav ! car il n’y a en Ismaël aucune spiritualité.

Ce qui laisse entendre qu’Ismaël et Esaü sont exclus du destin d’Israël, ils ne peuvent en faire partie qu’en s’opposant à Israël.

« Deux nations sont dans ton sein et deux peuples sortiront de tes entrailles; un peuple sera plus puissant que l’autre et l’aîné obéira au plus jeune. L’époque de sa délivrance arrivée, il se trouva qu’elle portait des jumeaux. » Rachi explique : « Et voici des jumeaux Le mot ‘’jumeaux’’ est écrit ici dans une forme défective (tomim, sans vav ni yod), alors que chez Tamar il est écrit en entier : teomim. Car les deux enfants de Tamar seront l’un et l’autre des justes, tandis qu’il y a ici un juste et un impie (Beréchith raba 63, 8). »

 Jacob le sédentaire-chasseur (ou plutôt si l’on en croit Rachi « Un homme des champs », l’expression est à prendre au pied de la lettre : un oisif chassant à l’arc bêtes et oiseaux) est le jumeau d’Esaü (qui est tam, c’est-à-dire intègre), le nomade qui vit sous les tentes, c’est-à-dire « le même » et c’est seulement par le subterfuge de lui faire porter les vêtements d’Esaü et une peau que sa mère obtient pour lui la bénédiction d’Isaac. Les deux figures des deux frères jumeaux ont aussi été comprise comme les deux face d’un même monde voulu ainsi par l’Eternel. Le droit d’ainesse auquel renonce Esaü est en réalité le service de Dieu selon Rachi. Les deux femmes d’Esaü « furent une amère affliction pour Isaac et pour Rébecca » nous dit la Torah et Rachi commente : « Pour Yits‘haq et pour Rivqa Parce qu’elles pratiquaient l’idolâtrie (Beréchith raba 65, 4) ».

Le Seigneur lui apparut et dit: « Ne descends pas en Egypte; fixe ta demeure dans le pays que je te désignerai. Arrête-toi dans ce pays ci, je serai avec toi et je te bénirai; car à toi et à ta postérité je donnerai toutes ces provinces, accomplissant ainsi le serment que j’ai fait à ton père Abraham. Je multiplierai ta race comme les astres du ciel; je lui donnerai toutes ces provinces et en ta race s’estimeront bénies toutes les nations du monde: En récompense de ce qu’Abraham a écouté ma voix et suivi mon observance, exécutant mes préceptes, mes lois et mes doctrines. »

Le Maharal de  Prague explique que l’exil  annoncé à Abraham n’a commencé qu’avec Jacob. Car si l’exil avait commencé avec Abraham, Ismaël aurait été concerné. S’il avait commencé avec Isaac, Esaü aurait été concerné. L’exil commence avec Jacob parce que la promesse de la terre ne concerne que la descendance d’Abraham qui accepte l’exil. Seule la descendance de Jacob a connu l’exil et la promesse de la terre ne concerne qu’elle.

L’antisémitisme et la haine des juifs

Le juif c’est donc l’homme de la spiritualité et Abimélec dit à Isaac: « Cesse d’habiter avec nous car tu es trop puissant pour nous. » (Gn 26, 16). Il y a donc un double mouvement de haine et d’admiration pour les juifs.

La pensée orientale au contraire de l’esprit occidental est circulaire, les bien et le mal ne sont pas aux deux bouts d’une droite mais cette droite forme un cercle où le bien et le mal se rejoignent. Le bien est donc tout prêt du mal. L’antisémitisme est une haine conjointe de l’admiration poussée à son paroxysme.

Mais le juif qui est vraiment juif le Juifs comme le dit la Sidra est « trop fort », il culpabilise le païen en dévoilant par sa conduite le caractère déficient de son idolâtrie. Son éthique critique le désir égoïste qui va de soi à soi-même sans passer par Hachem tout en oubliant les autres, une manière de vivre qui consiste à passer le temps au lieu de construire l’histoire.

L’antisémite n’est pas mauvais pour nous car il nous force à être juif à sanctifier encore plus ce monde par amour.

  אַשְׁרֵי–שֶׁאֵל יַעֲקֹב בְּעֶזְרוֹ:    שִׂבְרוֹ, עַל-יְהוָה אֱלֹהָיו.

Heureux qui a pour appui le D.ieu de Jacob, et met son espoir en l’Eternel, son D.ieu!

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