Le Kidouchin (mariage) dans le Judaïsme

Quelques passages du Talmud et de la Tradition sur le couple à l’occasion du mariage de Clara et Sharon. Mazel Tov à eux deux.

Le terme Kidouchin : « des consécrations en mariage » vient du verbe Kideich : « consacrer, ‎marier » ; le Talmud Kidouchin explique « quand un homme prend ‎sa femme » (Dt 22, 13). Par le mariage la femme est consacrée, sanctifiée/ particularisée pour son mari, elle est rendue ‎interdite à tout autre, à la manière d’un bien voué au temple.‎

Dans le Talmud

« Le Saint béni soit-Il, fit dix dais nuptiaux pour le mariage du premier homme du jardin d’Eden, tous parés de pierres précieuses, de perles et d’or […]

Le Saint béni soit-Il dit aux anges de service : « Venez, allons combler de générosité le premier homme et sa compagne, car le monde tient sur la dimension de la bonté, plus que les sacrifices et les holocaustes qu’Israël M’offrira sur l’autel. J’aime la générosité prodigue, ainsi qu’il est dit : « Je désire la bonté du cœur et non les sacrifices » (Osée 6,6) Les anges de service allaient et venaient devant le premier homme, comme des garçons d’honneur veillant sur les dais nuptiaux […]

Le Saint béni soit- Il, était semblable au premier chantre. Et que fait habituellement un premier chantre ? Il se tient sous le dais nuptial et il bénit la mariée. De la même façon, le Saint, béni soit-Il, bénissait Adam et sa compagne, comme il est dit « D. les bénit » (Gn 1, 28) »[1]

« Si ta femme est petite, penche-toi pour lui parler et écoute son conseil. »[2]

L’idée est que l’homme doit grandir sa femme.

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« Honore ta femme ; en agissant ainsi tu t’enrichiras. Un homme doit prendre toujours soin de l’honneur dû à sa femme ; ce n’est qu’alors que la bénédiction se manifeste dans sa maison » [3]

« Rabbi Lévi commence son discours sur le verset « Car Dieu est juge » comme ceci : une matrone romaine demanda un jour à Rabbi José ben Halafta : « En combien de jours Dieu a-t-Il créé son monde ? » Il répondit : « En six jours » Elle demanda ensuite « Depuis ce temps, comment Dieu occupe son temps » Il répondit : « Il forme des couples, en disant : la fille de cette personne devra être l’épouse de cette personne ». La matrone dit : « C’est tout ? moi aussi je peux faire de même ; J’ai beaucoup de serviteurs et de servantes, et je peux en faire des couples en moins d’une heure ». Rabbi José lui fit cette remarque : « Tu penses peut-être que c’est facile, mais Dieu trouve cela aussi difficile que de séparer la Mer Rouge », et sur ce, il prit congé.

Que fit la matrone ? Elle fit venir ses mille serviteurs et ses mille servantes, les aligna sur deux rangées et les réunit en couples pour la nuit. Le matin venu, ils allèrent à elle, un avec le crâne défoncé, un avec les yeux sortis de leurs orbites, un troisième avec un coude cassé. Ils dirent tous : « Je ne veux pas de cette femme pour épouse ». Elle fit venir Rabbi José et lui dit : « Rabbi, ta Torah est vraie, tout ce que tu as dit est juste » Le Rabbi répondit : « Le couple heureux chante, le couple malheureux pleure ; cependant Dieu forme les couples sans égard à leurs préférences. »[4]

« Un homme doit dépenser moins que ses moyens le lui permettent pour son alimentation personnelle, suivant ses moyens pour son habillement, et au-delà de ses moyens pour honorer sa femme et ses enfants, parce que ceux-ci dépendent de lui, tandis que lui-même dépend de Celui qui parla, et l’univers fut créé. »[5]

« Quiconque aime sa femme comme lui-même, l’honore plus que lui-même, dirige ses fils et ses filles dans le droit chemin, les marie de bonne heure quand ils sont aptes ; c’est à un tel homme que s’applique cette parole[6] : « tu sauras alors que ta tente est en paix » »[7]

Dans le Zohar

« De nos jours , quand tout le monde est concerné par le fait de gagner sa vie, un homme doit préparer sa maison et ses revenus en premier et seulement par la suite il pourra servir son Créateur et s’occuper à l’étude de la Torah, en accord avec ce qu’ont dit les Sages : « S’il n’y a de blé, il n’y a pas de Torah »(Avoth 3, 17) … On peut déduire de ceci l’exemple du Saint Béni soit-Il ; Il a en premier lieu préparé une maison [le monde]  et toutes les sources de subsistance pour l’humanité et seulement ensuite a-t-Il créé l’homme et la femme et les a fait engendrer des enfants dans le monde »[8]

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« Chaque âme et esprit, avant son entrée en ce monde, consiste en un mâle et une femelle unis en un seul être. Quand il descend sur la terre, les deux parties se séparent et animent deux corps différents. Au moment de la rencontre, le Saint béni soit-Il, qui connaît toutes les âmes et tous les  esprits, les réunit à nouveau comme ils étaient au début, et ils constituent à nouveau un corps et une âme, formant les parties droite et gauche d’un individu ; donc, « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil » […] Cette union, cependant, est influencée par les actions de l’homme et par la façon dont il chemine. Si l’homme est pur et que sa conduite plaît aux yeux de D., il sera uni à la partie femelle de l’âme dont il était une composante avant sa naissance »[9]

Midrash : « Bethsabée était promise à David depuis le Maassé Berechit »

Le Talmud dit de manière mystérieuse : « Bethsabée était promise à David depuis les six jours de la création »[10]. Cet apologue provient d’un midrash ancien. Ainsi, selon certains récits de la tradition rabbinique les couples ont été constitués par Dieu avant qu’ils ne se forment ici-bas. Cette idée est un développement de la réflexion biblique qui affirme la bipolarité sexuelle qui habite Adam a Richon au jardin d’Eden.

Rabbi Joseph Gikatila (1248-1325) un Kabbaliste espagnol du Moyen-âge commente ce Midrash très ancien en disant que loin d’être le fruit du hasard, de rencontres occasionnelles ou de passions aléatoires, le mariage idéal est le fait des retrouvailles face à face des deux moitiés d’une âme unique et androgyne primitive, qui fut scindée lors de sa venue en ce monde. Si ces retrouvailles sont immédiates pour l’homme juste, pour l’homme moyen elles passent par un premier conjoint et un couple mal assorti et disharmonieux, comme ce fut le cas pour Bethsabée et Urie le Hittite avant que David ne l’épousa.

Mais il est intéressant de constater que selon la Kabbale l’action théurgique de l’homme vertueux unit en haut les sefirot Yessod et Malkhout, les éléments féminins et masculins du plérome divin  selon la conception de la Kabbala. En récompense, cet homme vertueux mérite de rencontrer sa partenaire féminine en ce monde et de reconstituer la forme parfaite de son âme.  Et le rabbin médéival Joseph Gikatila explique que c’est la mauvais penchant de David qui l’empêcha d’épouser Bethsabée d’emblée. Il ne méritait pas de retrouver son âme. Le plus intéressant de la réflexion de Joseph Gikatila est qu’il présente le mariage de David et Bethsabée comme une anticipation prématurée de la Rédemption.

Dans la Torah

Le vendredi soir nous disons le cantique de la femme vertueuse echet hayil tiré du Livre des Proverbes :

« Heureux qui a rencontré une femme vertueuse ! Elle est infiniment plus précieuse que les perles. En elle le cœur de son époux a toute confiance ; aussi les ressources ne lui font-elles pas défaut. Tous les jours de sa vie, elle travaille à son bonheur : jamais elle ne lui cause de peine. […]

Ses fils se lèvent pour la proclamer heureuse, son époux pour faire son éloge : « Bien des femmes se sont montrées vaillantes tu leur es supérieure à toutes !»

Mensonge que la grâce ! Vanité que la beauté ! La femme qui craint l’Eternel est seule digne de louanges. » [11]

[1] Pirqé de Rabbi Eliézèr 12

[2] TB Baba metsia 59 a

[3] TB Baba metsia 59 a

[4] TB, Vayiqra Rabba 8, 1

[5] Khoulim 84 b

[6] Job 5, 24

[7] TB Yebamoth  62b

[8] Zohar Béréchith 5

[9] Zohar I, 91b

[10] Talmud de Babylone Sanhédrin 107 a

[11] Pr 31

Un commentaire sur « Le Kidouchin (mariage) dans le Judaïsme »

  1. Bonjour Didier !

    Merci pour ces quelques lignes !
    En instance de divorce (à la demande de Madame), en pleine réflexion et introspection pour tenter de comprendre ce qui a pu être fatal à 23 ans de mariage, je me dis que j’ai surement pêché par manque – voire parfois même par absence – de vertu…
    Et c’est justement, la réflexion que je me suis faite : me rectifier pour mériter cette belle rencontre qui me comblera et qui comblera celle qui – quelque part – m’attend surement.
    Vous lire est toujours une richesse, un enseignement ; que ce soit vos biographies, vos commentaires bibliques, votre travail de mémoire, tout est juste et parfait ; heureux vos amis et vos proches de vivre à la lueur de votre Lumière.
    Dieu vous accompagne et vous guide, je n’en doute pas. Amen !
    Bonnes vacances et, au nom de tous vos lecteurs (et lectrices, bien sur !), un grand merci pour vos apports précieux !
    Bien cordialement,
    Arnaud.
    PS : nouvellement sur Rennes, si parmi celles ou ceux qui me liront ont envie d’échanger sur les sujets abordés par Didier, je suis preneur (il pourra vous transmettre mon email).

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