« Quand il voit que le monde est si coupable et qu’il mérite la destruction, l’Eternel se déplace Lui-même du trône de la Justice à celui de la Miséricorde » (Talmud)

Nous sommes entrés ce mardi soir dans le mois d’Elloul qui nous conduit à Roch Achana et aux 10 jours redoutables. C’est la période des Selihot (de sliha’, « pardon »), dites avant l’aube.

Au cœur de nos ténèbres

Un jour j’ai vu mon maître pleurer et ne pas arriver à finir de prononcer ces mots un jour de Kippour, les mots d’une prière qu’on appelle le Vidouy qui consiste à énumérer ses fautes. Il les disait pour nous tous en cet instant.

L’ambiance de ce moment où nous étions solidaires et anéantis autour de ce vieil homme est resté à jamais gravé dans mon esprit. Massé Avot… siman levanim.

Jerusalem-DidierLong-6

Une autre fois j’ai vu une femme russe se faufiler comme une ombre et prier contre le kotel, dans le fouilles (Photo DL).  Il y avait chez elle une intensité extrême. Elle faisait littéralement « exister D ». Personne ne sait prier et c’est toujours « la  première fois ».

Chacun de ces mots de la prière du Vidouy répétés depuis un millénaire au moins dit une partie tragique de nous-mêmes à laquelle nul ne peut échapper :

« De grâce Eternel notre D. et D. de nos pères, que Te parvienne notre prière et n’ignore pas notre demande, notre Roi, car nous ne sommes effrontés et obstinés pour dire devant Toi Eternel notre D. et D. de nos pères que nous sommes des justes et n’avons pas fauté, mais nous avons fauté, péché et T’avons offensé nous et nos pères et les membres de notre maison : Nous avons été coupables, nous avons trahi, nous avons volé, nous avons médit, et calomnié nous avons détourné, nous avons fait le mal, nous avons fauté avec préméditation, nous avons été violents, nous avons mêlé le mensonge et la fourberie, nous avons donné de mauvais conseils Nous avons menti, nous avons été coléreux, nous avons raillé, nous nous sommes révolté, nous avons rebelles à Tes paroles, nous avons outragé, Nous nous sommes dépravés. Nous avons péché, nous T’avons outragé. Nous avons altéré, nous T’avons été hostiles. Nous avons affligé père et mère, nous avons été entêtés, nous avons fait le mal, nous nous sommes corrompus, nous avons commis l’abominable, nous nous sommes fourvoyés et nous nous sommes raillés nous nous sommes égarés de Tes mitsvot et de Tes lois de droiture et cela ne nous a rien rapporte, et Toi Tu Es juste pour tout ce qui s’abat sur nous car Tu fais la vérité et nous avons commis le mal »

Evidemment nous pouvons être complètement écrasés par cette réalité de notre obscurité fondamentale. Nous sommes les rois pour échapper à tout un tas d’actes généreux (mitsvot) qui ne nous semblent pas si importants que cela à la réflexion, pour regarder les grandes qualités de nos conjoints mais surtout leurs petits défauts, quand nous n’avons pas, à D. ne plaise ! une femme que nous aimons tendrement et une (ou deux !) maîtresses passionnément… Nous savons nous organiser pour faire tomber notre prochain qui a déjà bien du mal à marcher, pour écraser des proches parce que nous n’avons jamais guéri de nous sentir trop petits, pour dire du mal et tuer à distance ce qui nous fait peur, ce lachon ‘hara qui à la différence d’un 11,43 peut tuer à bien plus longue portés que n’importe quelle arme. Quant aux mensonges que nous nous racontons à nous même toute la journée… nous ne les comptons plus… jusqu’à ne plus savoir nous-même où nous en sommes sur nous-mêmes, etc… l’âme humaine et son imagination à faire le mal est un puit sans fond de détresse et de malheur, nul n’en est indemne et la reconnaissance de notre volonté au mal est le premier pas du retour (techouva).

 

« L’Eternel est mon refuge: comment pouvez-vous le dire : « Comme un oiseau, Fuis vers la montagne? » (Ps 11)

Mais pendant que nous nous activions sans scrupule Ribbono Chel Olam, le Maître du Monde est resté patient.

« Tu Es D. de bonté lent à la colère Maître de la clémence, la grandeur de Ta miséricorde et de Ta bonté Tu Te souviendras aujourd’hui pour la descendance de tes proches, comme Tu l’as montré à l’humble jadis, ainsi qu’il est écrit dans Ta Torah, l’Eternel descendit par la nuée et se tint là avec lui, il l’appela par son Nom, Eternel et il est dit. »

Mais à qui sait descendre au fond de lui et s’accepter comme tel et reconnaitre sa faute, à l’Anaw (humble d’une racine qui signifie courbé) comme Moïse « l’homme le plus humble que la terre ait porté », Ha Kadoch ou baroukh ou, D. le Saint béni soit-Il, révèle son Nom dans le Vayavor.

« L’Eternel passa (Vayaavor) devant lui et Il proclama : Eternel ! Eternel ! l’être éternel Tout puissant, miséricordieux, clément, lent à la colère, grand en tendresse et en vérité, Il garde Sa grâce à deux mille générations, supporte les offenses et les rebellions, les fautes et les efface. Miséricordieux et clément nous avons fauté devant Toi aie pitié de nous et sauve-nous »

Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna. (Ex 34, 6-8)

A Kippour nous lisons 26 fois le Vaya’avor (2 x 13). En cette phrase de la Torah sont condensés les 13 attributs de la miséricorde de D. ses 13 noms, 13, la valeur numérique du mot EHAD (UN).

Le Talmud dit que l’Eternel s’enveloppa dans un Talit et que Moïse ne vit que le nœud des teffilines sur sa nuque. Il montra ainsi à Moïse le rituel de la prière.

יהוה  1 – « Éternel »

יהוה  2 – « Éternel »

Moise répète 2 fois « Éternel ». Nos sages nous ont dit que le premier fait référence à D.ieu envers l’homme qui a fait techouva après la faute. Celui-ci retrouve le D. d’avant la faute. L’Eternel est sans rancœur.

אל    3 – « D.ieu tout Puissant »

El désigne D. dans sa puissance, une puissance d’amour

רחום    4  – « Miséricordieux »

RaHaMim a la même racine que ReHeM (l’utérus) qui est l’organe qui donne la vie, D. est comme une femme qui donne la vie, pur don.

Johanan dit au nom de R. Jose: Comment savons-nous que le Saint, béni soit-il, dit-il des prières? Parce qu’il dit: « Je les amènerai sur ma montagne sainte, Et je les réjouirai dans ma maison de prière; Leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel; Car ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples » (Is 56, 7) On ne dit pas, ‘leur prière’, mais ‘Ma prière’; Ainsi on apprend que le Saint, béni soit-Il, dit des prières. Qu’est-ce qu’il prie ? – R. Zutra b. Tobi a dit au nom de Rab: «Que ce soit Ma volonté que ma grâce supprime ma colère et que ma miséricorde prévale sur mes autres attributs, afin que je puisse traiter avec mes enfants avec miséricorde et, En leur nom, et qu’on ne tiennent pas compte de la limite de la justice stricte ». (TB Berakkot 7a)

 

 

Rabah a dit au nom de Rab: «Le jour se compose de douze heures; Au cours des trois premières heures, le Saint, béni soit-il, s’occupe de la Torah, pendant les trois suivantes, il siège pour le jugement sur le monde entier, et quand il voit que le monde est si coupable qu’il mérite la destruction, il se déplace Lui-même du trône de la Justice au trône de la Miséricorde… » (TB Avoda Zara 3b)

Nos Sages ont enseigné (Yoma 86a) que le repentir est si grand qu’il atteint le Trône de gloire

וחנון      5– « et gracieux »

Le mot HaNoun est proche de HiNam en hébreu (la gratuité). Dieu fait grâce et rien en l’y oblige c’est l’évènement absolu.

ארך אפים   6 – « lent à la colère, longanime », D. est La Patience qui laisse le temps de se repentir, Il nous donne notre chance.

רב חסד  7   – « Grand en grâce »

ואמת     8 – et d’équité, de vérité.

נצר חסד לאלפים  9   –  « Il conserve sa grâce des milliers de générations », au minimum 2000 puisque c’est un pluriel dit Rachi. (2000 x 20ans = 40 000 ans au minimum). 40 le chiffre éternel.

נשא עון     10– « Il supporte la faute »

ופשע    11  – « Il supporte la rébellion »

וחטאה    12  – « (Il supporte) le péché »

D.ieu supporte les « hataa » fautes commises par légèreté ou inadvertance.

ונקה    13  – il innocente, « nettoie »

Ces 13 attributs de clémence ne peuvent être récitée par un individu seul, elles nécessitent la présence d’un Minyan, les dix hommes juifs qui forment l’assemblée. Moïse tout seul les entends car il est le chaliah tsibour « l’envoyé de l’assemblée » qui dit la prière au nom de tous, au service du peuple et non de ses intérêts privés, quand il prie c’est l’ensemble d’Israël qui prie.

La techouva a été créé avec le Trône de Dieu et le nom du Machiah pendant les six jours de création (maassé Berechit) dit le Talmud.

Nous ne nous appuyons pas sur nos propres mérites pour changer… tout simplement car nous n’en avons pas. Rahamana liba bayé, « Le Miséricordieux demande le cœur » en araméen, D. ne veut que le cœur. Nous ne pouvons-nous appuyer que sur notre faiblesse et les mérites de nos pères. Massé Avot Siman levanim, « les actes des pères sont des signes pour leurs enfants ». La prière dit :

« Calme Ta colère à cause de l’amour d’Abraham, à cause du sacrifice d’Isaac, à cause de la pureté de Jacob ».

Pourquoi ?

Pourquoi dit-on cela ? Pour que nous changions et que nous ne nous contention pas de la contrition mais réparions nos fautes. Pourquoi nous énumérons les noms du Miséricordieux ?

“Sois semblable à Lui : de la même façon qu’Il est clément et patient, sache faire preuve de patience et de tolérance ” (Shabath 133 b).

 

« Rabbi Hama bar Hanina a dit : De la même façon que la Bible nous dit de Dieu qu’Il a donné des vêtements à des hommes qui n’en avaient pas (Gn 3), nous devons donner des vêtements à ceux qui n’ont pas les moyens de s’habiller ; de la même façon que la Bible nous dit de Dieu qu’Il a rendu visite à quelqu’un qui souffrait (Gn 18, 1), nous devons rendre visite aux malades ; de la même façon que la Torah nous dit de Dieu qu’Il a procédé à une inhumation (Dt 36, 6), nous devons rendre les derniers devoirs aux défunts. » (TB Sota 14 a)

De la même façon que l’Eternel est patient avec nous, a fait preuve de clémence envers Israël, nous devons nous montrer patients, longanimes, tolérants envers nos semblables.

« La Torah exige l’adhésion du cœur » (Sanhédrin 106 b)

 

La techouva, l’arme absolue

Le pouvoir de la techouva est ultime, créé à la fondation du monde car elle permet de transformer le mal en bien. « Là où se tient le baal techouva, même les justes parfaits ne sauraient tenir » dit le Talmud. L’homme a été créé au lieu de son pardon dit le Talmud. C’est paradoxal.

Nous sommes créés à l’endroit où se trouve notre pardon nous rappelle le Rambam.

C’est une tradition acceptée par tous que l’endroit même où David puis Salomon placèrent l’Autel, la grange de Aravnah, est à l’emplacement de l’Autel construit par Abraham pour y sacrifier Isaac, et aussi le lieu où Noé construisit un autel en sortant de l’Arche, l’autel même où Caïn et Abel apportèrent leur offrande, le lieu où Adam fit une offrande après avoir été créé, et c’est de cet endroit là qu’il fut créé. Nos Sages ont enseigné : » l’homme fut créé de l’endroit où il trouverait son pardon ».(Rambam, Lois de la Maison d’Election, chapitre 2, 2).

Nous sommes créés quand nous rendons les armes. « L’Eternel est le Juste, il aime ce qui est juste: quiconque est droit contemplera son visage » (Ps 11,7)

Celui qui ne descend pas ne peut aller capter la lumière au fond de son puits.

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