« le « H’erech » (le sourd), le fou et l’enfant »

En discutant avec mes amies Gabrielle et Deborah Portnoï, toutes deux CODA (Children of deaf adult : enfants entendants de parents sourds), dont la langue des signes est la langue maternelle, et qui ont créé l’association  « La parole aux sourds » et militent dans l’association des sourds juifs de leurs parents (ACSJF) :

Alors qu’une autre amie, Nurith Aviv cinéaste franco israélienne qui est en train de réaliser une film sur la langue des signes qui sortira ce printemps aprés Langue sacrée langue parlée, Traduire…

… je voudrais résumer ce que dit la Halakha à ce sujet pour éviter des contresens. Ceci est contenu dans le traité ‘Haguiga 2b.

« le « H’erech » (le sourd), le fou et l’enfant »

Dans le Lévitique 19,14 il est écrit:

« Tu ne peux pas insulter le sourd. »

La traduction française est imprécise, il faudrait plutôt dire: « Tu ne dois pas prendre le sourd à la légère. »

 

Talmud HAGUIGA 01Talmud HAGUIGA 02

Que peut on en conclure ?

Que désigne le H’erech ?

L’expression qui assimile « le « H’erech » (le sourd), le fou et l’enfant », du Talmud disant qu’ils ne sont pas soumis aux Mitsvot ne signifie pas qu’un juif muet ou un sourd ou un sourd-qui ne sait pas parler est exclus d’Israël.

Le contexte est celui-ci : la mitsva dans le judaïsme doit être une action consciente de l’homme qui permet de sanctifier le temps c’est-à-dire de prendre conscience de sa valeur, de le fixer pour être vécu de manière vivante. Elle s’oppose au fait de tuer le temps, d’oublier dans l’addiction, etc…

Le H’erech ne correspond pas à des caractéristiques physiques mais à un état d’inconscience, celui de l’enfant, du fou, de celui qui serait complètement coupé des autres et qui de ce fait ne peut témoigner de manière responsable dans un beit Din ou une assemblée en prière.Le « H’erech » celui qui n’entend pas et ne parle est comparé au fou ou à l’enfant parce qu’il n’est pas en possession de ses moyens de conscience.

C’est pour cela que le talmud distingue le « H’erech » qui parle mais qui n’entend pas (le sourd), ainsi que celui entend mais qui ne parle pas (le muet), tous deux considérés comme des gens de parfaite constitution en tous points parce qu’ils ne comprennent pas une situation.

Selon Rachi, il est préférable d’utiliser la langue des signes plutôt que de lire sur les
lèvres.

Le Talmud dit dans le traité Guitin 59a dit :

« Quand le sourd fait un signe, nous pouvons le lui rendre. »

Le sourd dans le contexte antique

Cette discussion du 3ème siècle doit être replacée dans le cadre de l’ancien Droit romain, selon lequel le sourd ou le muet ne pouvaient faire de testament sans la permission du Prince ou se marier de peur que le ou la sourd(e)- muet(te) ne comprenne pas les charges et les devoirs du mariage. Il s’agissait d’un préjugé qui pensait que le sourd-muet ne comprenait pas.

Ler Choul’han Aroukh dit que le sourd-muet qui connaît la langue des signes ou le
sourd qui parle peut tout à fait compléter le minyan (Choul’han Arou’h, Ora’h ‘Hayim 55,8)

L’avis du Rav Ovadia Yossef

Le Rav Ovadia YOSSEF (1920-2013) zal , la plus haute autorité orthodoxe séfarade, dans Chou’t Yéh’avé Da’at vol.2 chap.6 dit que selon le strict Din, il est possible de s’appuyer sur les décisionnaires qui autorisent de compter dans le Minyan un sourd-muet qui a étudié dans une école spécialisée. Parce qu’il est conscient.

 

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