
« D.ieu a créé le monde avec un plan et un but. Son plan était la Torah, qui précède le monde » (Chabbat, 88b).
Le monde phénoménal tel que nous le voyons n’est que l’apparence d’une réalité plus profonde qui est la Torah.
Qu’est ce que la Torah ? Ce n’est pas le texte de la Bible mais une réalité orale tramsmise sur les lèvres, Chebe al pé qui entoure le texte écrit.
Une réalité à la fois de vérité (emet) et de générosité altruiste désintéressée (hessed).
La Torah est une sorte de génome du monde, son code secret.
Quand vous voyez votre chat ou un fruit il est le résultat de son ADN. Vous voyez le chat mais vous ne pouvez imaginer son ADN. Ainsi en est-il du monde visible par rapport au monde invisible. La Torah parle le monde, elle appelle l’animal, l’arbre, le caillou ou l’homme d’une voix que lui seul comprend.
Voir l’invisible, entrer en empathie avec les êtres vivants, participer à la vie par amour (hessed), est le sens et la joie de la vie humaine. Une vie unifiée dans le mystère divin.
Celui qui ne sais pas cela n’a pas accompli sa vocation profonde. Il ne comprend pas, car il est le jouet du monde phénoménal qu’il croit manipuler, et mesure par l’argent, la célébrité ou la surface sociale. Mais il est lui-même un jouet, un objet. On devient ce qu’on croit : un objet ou un être spirituel. L’humain n’est pas une chose ou un objet (idolatrie) mais un phénomène spirituel. Une réalité incommensurable et innombrable.
L’expérience mystique est la prise de conscience fulgurante ou incandescente de la clarté qui habite la réalité, de la réalité du monde.
Celui qui fait cette expérience entend la parole de D.ieu adressée à Moise au buisson ardent :
» N’approche pas d’ici; ote tes sandales de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. » (Ex 3,5)
Le sol se dérobe sous ses pieds. Il devient un éveillé, un voyant.
Tout homme peut faire l’expérience de cette sainteté qui irradie l’être.
Celui qui approche de la guyour, le baal techouva, le hatan (fiancé) au kiddouchine, celui qui voit naître l’enfant du ventre de la mère, celle qui allume les lumières de sainteté du Chabbat… expérimente dans sa sensibilité et son intelligence l’émergence du monde étrange du Saint, béni soit Il. Dans la mitsvah il fait coïncider l’instant du Olam azé, le monde devant soi avec le Olam abba, le monde qui vient.
Cette expérience inspiré la crainte. Car l’amour se définit à partir de soi mais le craignant Dieu ne maitrise plus rien il est impuissant. Craindre (hiré qui a donné haredi) et voir (vayikra) ont la même assonnance en hébreu.
Le mystique ou voyant est comme quelqu’un qui se réveille. Il est brûlé par cette expérience comme une personne dans une pièce sombre à qui ouvrirait les volets à bout de longues années. Puis son œil s’habitue, il perd la joie sensible de la non dualité et le lien originaire avec le sacré. Cette perte rend le voyant orphelin et convoqué toutes ses expériences humaines d’abandon. Le sentier de D.ieu passe donc par l’acédie, le désespoir, la sensation de l’ennui quand le temps se dilate et que rien ne semble plus servir à rien.
Au commencement l’homme est donc comme un animal qui n’a d’intérêt que pour sa propre survie et la poursuite de son existence via une descendance.
Puis il se détourne peu à peu de lui même et se tourne vers sa source par intérêt.
Cela arrive par paliers car ses yeux s’habituent peu a peu à la lumière et la fascination s’efface. A moins que la peur du monde de vérité le fasse retourner en arrière.
Peu à peu il comprend que la vraie nature de sa source, la sienne, est désintéressée et par les gmilout hassadim, les actes de générosité, il comprend que sa vie ne dépend en rien de lui même. Il fait alors confiance à la main qui se tend dont il perçoit la présence bienveillante, comme un aveugle dans sa nuit. Il commence à servir D.ieu (avoda) par la prière permanente et désintéressée. Rapportant tout à lui, l’Unique (e’had)
Par amour (behaava). Son cœur se tourne vers sa Source et il se conforme au Hessed qui l’irrigue, il devient un moyen de l’Omniprésent, un presence, une étincelle de sa Chekina en ce monde, un reflet de ses qualités, ses 13 attributs (Ex 34, 6-7)
Ainsi sont les Hakhamim, les voyants, le plus souvent invisibles qui guident ce monde vers son but.
Le monde de vérité est la vrai réalité, il ne remplace pas le monde phénoménal mais en est la source comme la beauté est l’essence de la rose.
Nul n’a jamais vu la beauté mais tout le monde connaît le parfum de la rose comme une clairière de l’âme.
Ce n’est pas l’âme qui est dans l’homme mais l’homme qui est dans l’âme.
Dans le Olam haemet, le monde de vérité, les souvenirs du passé et le présent se confondent, il n’y a pas de temps. Deux époques peuvent se superposer dans l’expérience phénoménale. Comme un rêve éveillé. Comme dans l’impression de déjà vu.
La causalité est différente de la raison comme dans les synchronicités. Les souvenirs ont moins d’importance que leur transition qui établit une autre causalité.
Notre monde vue à la Lumière de sa sainteté est tout autre, baigné d’une autre lumière. Celle du don.
On ne s’approche pas de cette réalité psychique sans danger. Car le monde de vérité est aussi celui de la mort. Parceque celui qui s’approche de D. rencontre alors des puissances obscures, le mal. Et nul ne peut voir D.ieu sans mourir.
Le chemin vers la sainteté est parsemé d’épreuves terrible où l’homme perd ce qu’il avait de plus cher, sa réputation, sa santé, ses proches. C’est un sentier peu fréquenté.
Seule une foi désintéressée et sans retour (emouna) permet d’aller à D. L’expérience humaine du divin est une expérience du Réel.
Exemples de Noms de Lieu en Méditerranée Occidentale d’Origine Hébraïque
voir http://symbole.chez.com/noms.htm