Tu te souviendras du jour du repos pour le sanctifier


Gérard Haddad et Didier Long interviewés par André Nahum dans son émission « Thé ou Jasmin » sur Judaïques FM (durée : 30 minutes).

Tu sanctifieras le jour du repos


Gérard Haddad – Didier Long 

Le Shabbat est au cœur de la vie juive et il en est la spécificité. Commandement du Décalogue, cette célébration hebdomadaire affirme le dogme de la Création du monde et de la délivrance de l’esclavage en Égypte. Par là même, il constitue une butée à la domination du maître et un appel à la liberté. C’est ce que montre le psychanalyste Gérard Haddad. Paradoxalement, dans un monde antique esclavagiste, c’est un peuple d’esclaves affranchis qui porte l’étendard de cette proclamation et crée la semaine de sept jours qui rythme toujours nos calendriers. Il contribue donc à la structuration symbolique du temps et de l’espace. Le shabbat, temps libéré par Dieu, sanctifié, devient celui du plaisir (oneg) convivial de la table, mais aussi sexuel ; des plaisirs vécus enfin en pleine lumière et dans l’allégresse.

En contrepoint de cette Tradition juive immémoriale, l’historien du christianisme ancien Didier Long, montre que Jésus était un juif shomer shabbat, gardien du shabbat, au cœur de sa pratique. Tout comme ses disciples Pierre, Jacques, Paul… Cette mémoire et cette observance du shabbat se poursuivra jusqu’au Vème siècle chez les chrétiens en Orient comme en témoigne une abondante littérature patristique. Avant que la fête païenne romaine du Jour du soleil, transformée en dimanche chrétien, n’oublie le shabbat juif, coté chrétien, pour des raisons avant tout politiques. Après la « chrétienté », les chrétiens ne devraient-il pas se souvenir à nouveau du shabbat demande Didier Long?

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Gérard Haddad, psychanalyste né à Tunis, a d’abord été ingénieur agronome en Afrique. Dans les années 70 il commence une analyse Jacques Lacan qui le conduit à entreprendre des études de médecine et de psychiatrie. Du communisme il retrouve le chemin du Judaïsme. Marqué par l’enseignement   de Yeshayahou Leibowitz il en devient traducteur. Ses nombreux livres : L’enfant illégitime/ Talmud et psychanalyse 1981 Manger le livre (1984), Les Biblioclastes, 1991 Le jour où Lacan m’adopté (2002), Le péché originel de la psychanalyse (2007), Lumière des astres éteints-la psychanalyse et les camps (2011), témoignent de ce parcours exceptionnel.

 

Didier Long, ancien moine bénédictin, historien du judéo-christianisme ancien, a publié une dizaine d’ouvrages, dont Défense à Dieu d’entrer (2005, prix des Maisons de la Presse) et Petit Guide des égarés en période de crise (2012), le domaine du judéo-christianisme ancien il a publié : Jésus le rabbin qui aimait les femmes (2008), Jésus de Nazareth juif de Galilée (2010) et L’invention du christianisme (2011).

L’invention du christianisme – recension dans Les Etudes


Une recension de l’éxégète Pierre Gibert   dans la revue « Etudes »:


« … L’ouvrage de Didier Long, spécialiste en la matière, nous rend à la complexité de ces origines, insistant sur ces racines d’une dispora juive qui profita au christianisme naissant, lui assurant ses premiers développements. Un livre important qui mérite à la fois attention et discussion »

Jésus était un rabbin galiléen de doctrine pharisienne dans la mouvance des hassidim, l’Eglise s’est construite sur ce modèle


Une interview parue dans la revue franco-suisse évangélique « Christianisme Aujourd’hui » 

Dans deux ouvrages qui susciteront peut-être la polémique, l’historien Didier Long propose d’ancrer plus profondément le christianisme dans ses racines juives et insiste sur la continuité des deux religions, entretien.

Après « Jésus de Nazareth juif de Galilée » (Presses de la Renaissance), voilà que vous publiez  « L’invention du christianisme », et Jésus devint Dieu. Votre objectif est de relire la vie de Jésus et le mouvement des disciples à la lumières des dernières connaissances sur le judaïsme antique. Les conclusions de vos recherches ne peuvent que susciter le débat.
Habituellement on dit que Jésus est né juif a pratiqué la torah toute sa vie et est mort en juif, que Pierre et Paul étaient juifs, etc… mais en réalité la plupart du temps les exégètes faute d’une connaissance suffisante de ce qu’est la vie juive concrète et du développement du judaïsme au cours des premiers siècles de notre ère passent à côté de l’homme Jésus et des évangiles. On survole rapidement le Juif Jésus, on livre quelques rapprochements talmudiques… pour immédiatement dire qu’on est passé à autre chose.

En quoi cela pose-t-il problème ?
Cette théologie de la substitution d’une religion par une autre : le christianisme aurait succédé au judaïsme comme son accomplissement, est non seulement fausse mais elle a produit vingt siècles d’antisémitisme… dont nos frères juifs, eux, se rappellent parfaitement. Elle conduit surtout à l’impasse actuelle par la mécompréhension du processus de tradition. Or c’est seulement en plongeant au cœur de la vie de ce rabbin hors du commun qu’on peut saisir son humanité, l’originalité de son enseignement signé de ses actes et de celui de ses disciples à l’intérieur du monde juif jusqu’au 4ème siècle de notre ère. Les respecter consiste à les écouter dans leur syntaxe et leur langue, leurs modes de pensée qui sont pour partie ceux des juifs orthodoxes modernes.

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Pentecôte / Shavouot


Cette année la Pentecôte chrétienne tombe en même temps que la Pentecôte juive.

En allant hier visiter  un ami rabbin à shabbat j’ai remarqué que son épouse veillait sur une petite veilleuse protégée du vent. En effet, le vendredi soir, la femme juive allume les deux bougies du Shabbat et le lendemain après la tombée de la nuit (il est interdit de faire du feu à shabbat) à partir de la flamme allumée avant Shabbat. Et dimanche soir de même (la fête dure deux jours).

Cette nuit après l’office de Minh’a et Arvit (prière du soir qui se terminait vers 23h) les juifs pieux ont étudié les psaumes et la torah toute la nuit. Le limoud (l’étude) étant une obligation pour comprendre les dix commandements et toute la Torah qui sont proclamés aujourd’hui.

Le feu qui rappelle les flammes du Sinaï, le vent qui risque d’éteindre les bougies, l’étude de la Torah.

Un feu qu’on retrouve à Lag Ba’omer, avec la nuit des feux de joie semblables aux feux qu’on allume le soir de la saint Jean en monde chrétien . Il s’agit du 33ème jour de la période du Omer qui sépare Pessah de Chavouot, 50 jours qui a donné le mot Pentecôte (de Penta, « cinq » en grec).

Le feu, le vent l’étude de la Torah. Autant de symboles multimillénaires sans lesquels on risque d’avoir un peu de mal à comprendre le récit de la Pentecôte chrétienne, une solennité du judaïsme qui réunit les multiples membres de la diaspora juive, de tous les peuples où elle était répandue (voir carte) au milieu du premier millénaire.

Voici ce que rapporte le récit du livre des Actes des Apôtres au chapitre 2 dans une traduction un peu littérale :

Durant le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble au même endroit. Subitement, un retentissement se produisit depuis le ciel, comme d’un violent vent soufflant, et il remplit toute la maison où ils étaient installés. Des langues ressemblant à du feu leur apparurent ; elles se répartirent et se posèrent une par une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint, et commencèrent à parler dans des langues différentes, comme l’esprit leur permettait de s’exprimer.

À Jérusalem résidaient des Juifs, hommes pieux [venus] d’entre toutes les nations qui sont sous le ciel. Après ce retentissement, la foule se rassembla, et elle était tout-étonnée, car les uns et les autres entendaient [les disciples] parler dans leur propre langue. Ils s’étonnaient et s’émerveillaient, [en] disant : « Tous ceux qui parlent-là ne sont-ils pas Galiléens ? Comment [se fait-il] que nous, nous [les] entendions chacun dans notre propre langue, dans laquelle nous sommes nés ?  Parthes, Mèdes, Élamites, et ceux qui résident en Mésopotamie, en Judée et en Cappadoce, dans le Pont et en Asie, en Phrygie et en Pamphylie, en Égypte et dans les régions de Lybie de Cyrène, et ceux de Rome qui séjournent ici, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons parler les merveilles de Dieu !».
Ils s’étonnaient et ils étaient dans l’incertitude, ils se demandaient l’un à l’autre : « Qu’est-ce que cela veut dire ? » D’autres raillaient, disant : « Ils sont remplis de vin nouveau ! ».
Pierre S’étant placé parmi les Onze, éleva la voix, il leur déclara : « Hommes de Judée, et vous tous qui habitez à Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l’oreille à mes paroles : contrairement à ce que vous, vous pensez, Ceux-ci ne sont pas ivres comme vous, vous le pensez, car il n’est que la troisième heure du jour. Mais c’est ce qui a été déclaré par le prophète Joël :

Or, dans les derniers jours, déclare Dieu, je répandrai de mon esprit sur toute chair :vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des rêves (ou songes prophétiques);et sur mes serviteurs et sur mes servantes, en ces derniers jours-là, je répandrai de mon esprit, et ils prophétiseront et je donnerai des prodiges dans le ciel, en haut, et des signes sur la terre, en bas, du sang, du feu, et de la vapeur de fumée ; le Soleil sera changé en ténèbres et la Lune en sang, avant que ne vienne le grand et glorieux jour du Seigneur. Alors, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Diaspora juive au Ier siècle
Pentecôte, monastère sainte Catherine du mont Sinaï, VII ème siècle

C’est donc le matin, les « hommes pieux » (hassidim)ont veillé toute la nuit et à l’heure de l’office du matin, ils entendent la proclamation du récit des dix commandements de la torah dans leur propre langue natale. Cet universalisme est celui de toutes les grandes régions et métropoles de la diaspora juive (voir carte), on y parle araméen dans l’empire Parthe, en Palestine et en Syrie, grec en Asie Mineure, à Rome et en Egypte. La Torah y est proclamée en hébreu ou en grec (Septante) et simultanément traduite et commentée en araméen ou en grec. La derasha (homélie, de darash, « chercher », comme celle de Pierre- Evel, parmi les Onze) suit la lecture de la Thora (les dix paroles), de la seconde lecture ou haftarah (Neviim – les petits Prophètes), ici le livre de Joël. On est donc dans un contexte synagogale juif et une solennité du judaïsme qui presecrit de monter à Jérusalem pour les trois fêtes (Pâques, Pessah ; Chavouot, Pentecôte ; Soucot-les moissons). L’universalisme est celui du Temple dans lequel on offrait 40 bêtes pour les 40 nations de la terre (c’est-à-dire toute l’humanité) à Soucot et dans lequel le parvis des païens, excède largement celui d’Israël (hommes et femmes) où ne pénétraient que les juifs, qui contient le sanctuaire et le Saint et le kadosh a kadoshim (Saint des saints où ne rentrait que le grand prêtre à Kippour). Une pénétration progressive vers le Saint, qui doit être comprise non pas comme un privilège ou un racisme ethnocentré mais comme une mise à part signifiante, un symbole. L’élection désigne pour responsabiliser.   Lire la suite de « Pentecôte / Shavouot »

Grand rabbin Korsia : « Didier Long devrait être membre d’honneur des Enfants d’Abraham »


sur le site des ‘Enfants d’Abraham’ sur Direct 8

Didier Long devrait être membre d’honneur des Enfants d’Abraham. En effet, il est un ancien moine bénédictin qui s’est passionné pour l’art et la philosophie avant de tomber amoureux de la journaliste qui était venue le rencontrer et de l’épouser. Fidèle à ses racines corses et chrétiennes, il cherche et trouve…le judaïsme. Il en fait des livres profonds, vrais et émouvants car il arrive à dire avec des mots simples et forts de belles idées qui éclairent nos jours et nos nuits. Et de plus, il a une très bonne connaissance du soufisme musulman. Bref, il est un compagnon de route de toutes les religions qui donne à penser une humanité rayonnante.

Son dernier ouvrage s’intitule « L’invention du christianisme » et avec sa même méthode de rencontre des textes chrétiens et juifs, il démontre comment l’Eglise est née dans un milieu totalement juif. N’oublions pas qu’il a fallu deux millénaires pour que Rome reconnaisse cette évidence. Didier Long travaille afin que le monde chrétien ne se contente plus juste de reconnaitre mais revendique cette filiation. En fait, il manquait une histoire des tensions au cœur du christianisme naissant pour adopter telle ou telle croyance.

Lorsque l’empereur Constantin se convertit en 312, il impose de facto une histoire triomphante de cette nouvelle religion qui interdit toute possibilité de réfléchir sur les prodromes de cette foi et sur son lien si fort avec la religion mère et concurrente.

Ce livre est une réhabilitation de la libre recherche et de l’honnêteté intellectuelle comme spirituelle. Il y a bien eu, et comment le nier, une véritable écriture d’une forme de mythologie chrétienne, avec comme le montre Didier Long, la présentation de Paul comme le nouvel Ulysse, alors qu’il ne prêchait pratiquement…que dans les synagogues.

Pour résumer très approximativement la thèse de l’auteur, le christianisme n’est pas une nouvelle religion, mais l’un des courants du judaïsme de l’époque.

Mais si depuis 2000 ans nous avons divergé, il n’est que temps de se retrouver pour, au moins, se connaitre. Le livre de Didier Long y aide très fortement.

La musique liturgique chrétienne primitive et ses sources juives et orientales


Art Mozarabe : Beatus de San Miguel de Escalada, L’ange, le soleil et les quatre vents (Ap 7)

« Correspondances musicales » par Jérome Vieuxtemps
Une émission trés intéressante de musicologie qui évoque les liens entre la tradition musicale orientale et le répertoire musico-liturgie de l’église primitive. Ainsi, la forme du répons : dialogue entre le chanteur et l’assemblée aurait des origines araméenne. Il viendrait de l’Osroène (nord-ouest de la Mésopotamie) aux second-troisième siècles de notre ère  sous Agbar IX (179-214). Bardesane vécu à sa cour et son fils Harmonius serait l’inventeur du répons.
Il semble que le chant hébraïque ait muté en cantilènes chrétiennes à travers des enrichissements d’origine hellénistique, païenne et hétérodoxe. Ecoutez des  répertoire ambrosiens, le chant bénéventin, les mélodies mozarabes de l’espagne wisigothique influencées par la liturgie juive et  la musique séfarade, qui précèdent le chant grégorien… le diabolus in musica (la quarte) d’origine orientale, sera chassée par la mélodie grégorienne au Moyen-Age (vers 1080)…
Ces recherches montrent la pluralité du christainisme du premier millénaire au carrefour des civilisations et se rapprochent de notre travail.

 

 

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