Jésus était un rabbin galiléen de doctrine pharisienne dans la mouvance des hassidim, l’Eglise s’est construite sur ce modèle

Une interview parue dans la revue franco-suisse évangélique « Christianisme Aujourd’hui » 

Dans deux ouvrages qui susciteront peut-être la polémique, l’historien Didier Long propose d’ancrer plus profondément le christianisme dans ses racines juives et insiste sur la continuité des deux religions, entretien.

Après « Jésus de Nazareth juif de Galilée » (Presses de la Renaissance), voilà que vous publiez  « L’invention du christianisme », et Jésus devint Dieu. Votre objectif est de relire la vie de Jésus et le mouvement des disciples à la lumières des dernières connaissances sur le judaïsme antique. Les conclusions de vos recherches ne peuvent que susciter le débat.
Habituellement on dit que Jésus est né juif a pratiqué la torah toute sa vie et est mort en juif, que Pierre et Paul étaient juifs, etc… mais en réalité la plupart du temps les exégètes faute d’une connaissance suffisante de ce qu’est la vie juive concrète et du développement du judaïsme au cours des premiers siècles de notre ère passent à côté de l’homme Jésus et des évangiles. On survole rapidement le Juif Jésus, on livre quelques rapprochements talmudiques… pour immédiatement dire qu’on est passé à autre chose.

En quoi cela pose-t-il problème ?
Cette théologie de la substitution d’une religion par une autre : le christianisme aurait succédé au judaïsme comme son accomplissement, est non seulement fausse mais elle a produit vingt siècles d’antisémitisme… dont nos frères juifs, eux, se rappellent parfaitement. Elle conduit surtout à l’impasse actuelle par la mécompréhension du processus de tradition. Or c’est seulement en plongeant au cœur de la vie de ce rabbin hors du commun qu’on peut saisir son humanité, l’originalité de son enseignement signé de ses actes et de celui de ses disciples à l’intérieur du monde juif jusqu’au 4ème siècle de notre ère. Les respecter consiste à les écouter dans leur syntaxe et leur langue, leurs modes de pensée qui sont pour partie ceux des juifs orthodoxes modernes.

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Pentecôte / Shavouot

Cette année la Pentecôte chrétienne tombe en même temps que la Pentecôte juive.

En allant hier visiter  un ami rabbin à shabbat j’ai remarqué que son épouse veillait sur une petite veilleuse protégée du vent. En effet, le vendredi soir, la femme juive allume les deux bougies du Shabbat et le lendemain après la tombée de la nuit (il est interdit de faire du feu à shabbat) à partir de la flamme allumée avant Shabbat. Et dimanche soir de même (la fête dure deux jours).

Cette nuit après l’office de Minh’a et Arvit (prière du soir qui se terminait vers 23h) les juifs pieux ont étudié les psaumes et la torah toute la nuit. Le limoud (l’étude) étant une obligation pour comprendre les dix commandements et toute la Torah qui sont proclamés aujourd’hui.

Le feu qui rappelle les flammes du Sinaï, le vent qui risque d’éteindre les bougies, l’étude de la Torah.

Un feu qu’on retrouve à Lag Ba’omer, avec la nuit des feux de joie semblables aux feux qu’on allume le soir de la saint Jean en monde chrétien . Il s’agit du 33ème jour de la période du Omer qui sépare Pessah de Chavouot, 50 jours qui a donné le mot Pentecôte (de Penta, « cinq » en grec).

Le feu, le vent l’étude de la Torah. Autant de symboles multimillénaires sans lesquels on risque d’avoir un peu de mal à comprendre le récit de la Pentecôte chrétienne, une solennité du judaïsme qui réunit les multiples membres de la diaspora juive, de tous les peuples où elle était répandue (voir carte) au milieu du premier millénaire.

Voici ce que rapporte le récit du livre des Actes des Apôtres au chapitre 2 dans une traduction un peu littérale :

Durant le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble au même endroit. Subitement, un retentissement se produisit depuis le ciel, comme d’un violent vent soufflant, et il remplit toute la maison où ils étaient installés. Des langues ressemblant à du feu leur apparurent ; elles se répartirent et se posèrent une par une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint, et commencèrent à parler dans des langues différentes, comme l’esprit leur permettait de s’exprimer.

À Jérusalem résidaient des Juifs, hommes pieux [venus] d’entre toutes les nations qui sont sous le ciel. Après ce retentissement, la foule se rassembla, et elle était tout-étonnée, car les uns et les autres entendaient [les disciples] parler dans leur propre langue. Ils s’étonnaient et s’émerveillaient, [en] disant : « Tous ceux qui parlent-là ne sont-ils pas Galiléens ? Comment [se fait-il] que nous, nous [les] entendions chacun dans notre propre langue, dans laquelle nous sommes nés ?  Parthes, Mèdes, Élamites, et ceux qui résident en Mésopotamie, en Judée et en Cappadoce, dans le Pont et en Asie, en Phrygie et en Pamphylie, en Égypte et dans les régions de Lybie de Cyrène, et ceux de Rome qui séjournent ici, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons parler les merveilles de Dieu !».
Ils s’étonnaient et ils étaient dans l’incertitude, ils se demandaient l’un à l’autre : « Qu’est-ce que cela veut dire ? » D’autres raillaient, disant : « Ils sont remplis de vin nouveau ! ».
Pierre S’étant placé parmi les Onze, éleva la voix, il leur déclara : « Hommes de Judée, et vous tous qui habitez à Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l’oreille à mes paroles : contrairement à ce que vous, vous pensez, Ceux-ci ne sont pas ivres comme vous, vous le pensez, car il n’est que la troisième heure du jour. Mais c’est ce qui a été déclaré par le prophète Joël :

Or, dans les derniers jours, déclare Dieu, je répandrai de mon esprit sur toute chair :vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des rêves (ou songes prophétiques);et sur mes serviteurs et sur mes servantes, en ces derniers jours-là, je répandrai de mon esprit, et ils prophétiseront et je donnerai des prodiges dans le ciel, en haut, et des signes sur la terre, en bas, du sang, du feu, et de la vapeur de fumée ; le Soleil sera changé en ténèbres et la Lune en sang, avant que ne vienne le grand et glorieux jour du Seigneur. Alors, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Diaspora juive au Ier siècle
Pentecôte, monastère sainte Catherine du mont Sinaï, VII ème siècle

C’est donc le matin, les « hommes pieux » (hassidim)ont veillé toute la nuit et à l’heure de l’office du matin, ils entendent la proclamation du récit des dix commandements de la torah dans leur propre langue natale. Cet universalisme est celui de toutes les grandes régions et métropoles de la diaspora juive (voir carte), on y parle araméen dans l’empire Parthe, en Palestine et en Syrie, grec en Asie Mineure, à Rome et en Egypte. La Torah y est proclamée en hébreu ou en grec (Septante) et simultanément traduite et commentée en araméen ou en grec. La derasha (homélie, de darash, « chercher », comme celle de Pierre- Evel, parmi les Onze) suit la lecture de la Thora (les dix paroles), de la seconde lecture ou haftarah (Neviim – les petits Prophètes), ici le livre de Joël. On est donc dans un contexte synagogale juif et une solennité du judaïsme qui presecrit de monter à Jérusalem pour les trois fêtes (Pâques, Pessah ; Chavouot, Pentecôte ; Soucot-les moissons). L’universalisme est celui du Temple dans lequel on offrait 40 bêtes pour les 40 nations de la terre (c’est-à-dire toute l’humanité) à Soucot et dans lequel le parvis des païens, excède largement celui d’Israël (hommes et femmes) où ne pénétraient que les juifs, qui contient le sanctuaire et le Saint et le kadosh a kadoshim (Saint des saints où ne rentrait que le grand prêtre à Kippour). Une pénétration progressive vers le Saint, qui doit être comprise non pas comme un privilège ou un racisme ethnocentré mais comme une mise à part signifiante, un symbole. L’élection désigne pour responsabiliser.   Lire la suite de « Pentecôte / Shavouot »

Grand rabbin Korsia : « Didier Long devrait être membre d’honneur des Enfants d’Abraham »

sur le site des ‘Enfants d’Abraham’ sur Direct 8

Didier Long devrait être membre d’honneur des Enfants d’Abraham. En effet, il est un ancien moine bénédictin qui s’est passionné pour l’art et la philosophie avant de tomber amoureux de la journaliste qui était venue le rencontrer et de l’épouser. Fidèle à ses racines corses et chrétiennes, il cherche et trouve…le judaïsme. Il en fait des livres profonds, vrais et émouvants car il arrive à dire avec des mots simples et forts de belles idées qui éclairent nos jours et nos nuits. Et de plus, il a une très bonne connaissance du soufisme musulman. Bref, il est un compagnon de route de toutes les religions qui donne à penser une humanité rayonnante.

Son dernier ouvrage s’intitule « L’invention du christianisme » et avec sa même méthode de rencontre des textes chrétiens et juifs, il démontre comment l’Eglise est née dans un milieu totalement juif. N’oublions pas qu’il a fallu deux millénaires pour que Rome reconnaisse cette évidence. Didier Long travaille afin que le monde chrétien ne se contente plus juste de reconnaitre mais revendique cette filiation. En fait, il manquait une histoire des tensions au cœur du christianisme naissant pour adopter telle ou telle croyance.

Lorsque l’empereur Constantin se convertit en 312, il impose de facto une histoire triomphante de cette nouvelle religion qui interdit toute possibilité de réfléchir sur les prodromes de cette foi et sur son lien si fort avec la religion mère et concurrente.

Ce livre est une réhabilitation de la libre recherche et de l’honnêteté intellectuelle comme spirituelle. Il y a bien eu, et comment le nier, une véritable écriture d’une forme de mythologie chrétienne, avec comme le montre Didier Long, la présentation de Paul comme le nouvel Ulysse, alors qu’il ne prêchait pratiquement…que dans les synagogues.

Pour résumer très approximativement la thèse de l’auteur, le christianisme n’est pas une nouvelle religion, mais l’un des courants du judaïsme de l’époque.

Mais si depuis 2000 ans nous avons divergé, il n’est que temps de se retrouver pour, au moins, se connaitre. Le livre de Didier Long y aide très fortement.

La musique liturgique chrétienne primitive et ses sources juives et orientales

Art Mozarabe : Beatus de San Miguel de Escalada, L’ange, le soleil et les quatre vents (Ap 7)

« Correspondances musicales » par Jérome Vieuxtemps
Une émission trés intéressante de musicologie qui évoque les liens entre la tradition musicale orientale et le répertoire musico-liturgie de l’église primitive. Ainsi, la forme du répons : dialogue entre le chanteur et l’assemblée aurait des origines araméenne. Il viendrait de l’Osroène (nord-ouest de la Mésopotamie) aux second-troisième siècles de notre ère  sous Agbar IX (179-214). Bardesane vécu à sa cour et son fils Harmonius serait l’inventeur du répons.
Il semble que le chant hébraïque ait muté en cantilènes chrétiennes à travers des enrichissements d’origine hellénistique, païenne et hétérodoxe. Ecoutez des  répertoire ambrosiens, le chant bénéventin, les mélodies mozarabes de l’espagne wisigothique influencées par la liturgie juive et  la musique séfarade, qui précèdent le chant grégorien… le diabolus in musica (la quarte) d’origine orientale, sera chassée par la mélodie grégorienne au Moyen-Age (vers 1080)…
Ces recherches montrent la pluralité du christainisme du premier millénaire au carrefour des civilisations et se rapprochent de notre travail.

 

 

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Judéo-christianisme, la « bibliothèque idéale » : 40 livres pour commencer !

Je propose ici une ‘bibliothèque idéale’ de 40 livres  passionnants (en fançais) avec des critiques, pour ceux qui le désirent, sur le site Entrée-Livre !

On peut se réjouit qu’un consensus ait émergé sur le fait qu’ une analyse du « Jésus de l’histoire » rigoureuse passe par l’ histoire et l’exégèse  en même temps qu’une « histoire de la foi », c’est à dire des croyances, qui commence du vivant de l’homme Jésus. Mais la limite de cette méthode dans les ouvrages de vulgarisation actuels comme chez beaucoup d’exégètes, c’est qu’elle ne mêle pour le moment le plus souvent que la méthode  historico-critique et l’histoire de la dogmatique chrétienne. Cela abouti actuellement soit : à  intégrer  des éléments d’histoire dans une dogmatique chrétienne revue et corrigée, donc in fine à reformuler des croyances chrétiennes en cherchant à rassurer le fidèle.  Soit, d’un autre coté, à relire de manière anachronique la figure de Jésus et le déploiement de son mouvement à l’intérieur de conceptions grecques ou modernes qui sont étrangères au milieu juif où s’est déroulé cette histoire et aux règles de sa « mécanique interne » : genre littéraires talmudiques, émetteurs, interprètes, vérification, règles d’exégèse du texte… Ainsi, il faut, certes, se réjouir du compendium de savoir exégétique d’une somme  comme celle des quatre tomes de John Paul Meier: « A Marginal Jew,  Jésus »… mais on peut aussi légitimement s’inquiéter qu’il ignore à peu près totalement le contexte juif et même la judaïté religieuse de Jésus. Le résultat aboutit ainsi à une réduction insensée de la personne de Jésus et de son évangile.

Bien sûr, des erreurs de base relativement courantes persistent : conception linéaire du déploiement des croyances chrétiennes, anachronisme projetant l’église romaine de langue grecque sur le mouvement de Jésus en tous temps et en tous lieux (présupposé d’une orthodoxie chrétienne avant le 4ème siècle), méconnaissance des modes de religiosité en monde juif et dans le culte de la cité antique, etc… mais la principale et la plus courante reste la tentation d’affirmer que « Jésus était juif » tout en niant concrètement dans le même temps l’impact de ce préalable méthodologique initial.

Il me semble donc qu’il faut repartir du milieu et de l’histoire mais surtout de la tradition d’Israël, le Talmud, inaccessible en dehors des maîtres concrets du judaïsme vivant si l’on veut comprendre l’évangile comme une Torah orale vivante… Lire la suite de « Judéo-christianisme, la « bibliothèque idéale » : 40 livres pour commencer ! »

France Info, Le livre du jour de Philippe Vallet : « L’invention du christianisme »

sur le site de France Info >>> y accéder

Jusqu’au IIe siècle, le judaïsme a été multiple…

Ce n’est qu’ensuite que naîtront ce qu’on va appeler d’un côté le judéo-christiannisme et, de l’autre, le judaïsme rabbinique que nous connaissons aujourd’hui. Cela signifie, par exemple, que la plupart des croyances chrétiennes comme le Dieu Père, l’Esprit Saint, la Résurrection des morts ou l’Apocalypse, ne sont que des croyances juives nées bien avant le christianisme. C’est ce que rappelle Didier Long, historien du judéo-christianisme dans son nouveau livre, L’invention du christianisme publié aux Presses de la Renaissance.

La « Légende du Grand Inquisiteur » de Dostoïevski

Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski (1821-1881)A lire et à relire, la « Légende du Grand Inquisiteur », dans Les Frères Karamazov, le dernier roman de Dostoïevski (1821-1881). Le roman se déroule en six jours illustrant des figures du mal : crime,  folie, athéisme…
Dans la « Légende du Grand Inquisiteur », Ivan Karamazov raconte à son frère Aliocha, le retour de Jésus, incognito, dans l’Espagne de l’Inquisition. Nous sommes à Séville, au temps des bûchers.
Le grand Inquisiteur, un jésuite, est la figure de la liberté abdiquée à une religion devenue simple convention sociale. Selon lui, les hommes veulent être rassasiés de pain et de miracles, rassurés par le mystère et conduits avec autorité; le diable avait raison et lui-même, dit-il, a pris son parti, acceptant le glaive de César pour le bonheur même de l’humanité.

Il a désiré se montrer, ne fût-ce qu’un instant, au peuple, à cette multitude malheureuse, souffrante, plongée dans l’infection du péché, mais qui L’aime d’un amour enfantin. L’action se passe en Espagne, à Séville, à l’époque la plus terrible de l’Inquisition, lorsque chaque jour on faisait, pour la plus grande gloire de Dieu :

 

« Des autodafés magnifiques

De ces sacripants d’hérétiques. »

Oh, sans doute, ce n’est point la venue qu’il opérera, selon sa promesse, à la fin des temps, dans toute sa gloire céleste, et qui sera soudaine « comme l’éclair qui brille depuis l’Orient jusqu’à l’Occident ». Non, Il a voulu, ne fût-ce qu’un instant, visiter ses enfants, et Il a choisi justement le lieu où flambaient les bûchers des hérétiques. Mû par son infinie pitié, Il vient encore une fois parmi les hommes, sous cette même forme humaine qu’il a revêtue durant trente-trois années quinze siècles auparavant. Il descend dans les « rues brûlantes » d’une ville méridionale où, la veille précisément, dans un « autodafé magnifique », en présence du roi, des grands, des chevaliers, des cardinaux et des plus charmantes dames de la cour, devant toute la population de Séville, le cardinal grand inquisiteur a brûlé en une seule fois près d’une centaine d’hérétiques ad majorem gloriam Dei. Il apparaît modestement. Il ne cherche point à attirer l’attention, et voilà que — chose étrange — tous Le reconnaissent. Ce pourrait être une des plus belles pages du poème, si je parvenais à bien expliquer le pourquoi de cette reconnaissance. Le peuple entraîné vers Lui par une force invincible L’entoure, se presse sur son passage, se met à sa suite. Silencieusement, il traverse les rangs de la foule avec un doux sourire qui exprime une infinie compassion. Un soleil d’amour embrase son cœur, ses yeux lancent des rayons de Lumière, de Science et de Force qui, en tombant sur les hommes, éveillent chez ceux-ci une réciprocité d’amour. Il leur tend les bras. Il les bénit ; de son contact, du contact même de ses vêtements se dégage une vertu curative. Parmi les personnes présentes se trouve un vieillard, aveugle depuis son enfance. « Seigneur », s’écrie-t-il, « guéris-moi, et je Te verrai ! » Il tombe comme une écaille de ses yeux et l’aveugle Le voit. Le peuple pleure et baise la terre sur laquelle Il marche. Les enfants jettent des fleurs devant Lui, ils chantent et lui crient : « Hosannah ! » « C’est Lui, c’est Lui-même ! » répète tout le monde, « ce doit être Lui, ce ne peut être que Lui. » Il s’arrête sur le parvis de la cathédrale de Séville au moment même où un petit cercueil blanc est porté dans le temple, au milieu des lamentations : dans cette bière ouverte repose une enfant de dix-sept ans, la fille d’un des notables de la ville. Le petit cadavre est couché sur des fleurs. « Il ressuscitera ton enfant », crie-t-on dans la foule à la mère en pleurs. L’ecclésiastique venu à la rencontre du cercueil regarde d’un air étonné et fronce le sourcil. Mais soudain la mère éplorée de la défunte fait entendre sa voix : « Si c’est Toi, ressuscite mon enfant ! » s’écrie-t-elle, en se prosternant à ses pieds. Le cortège s’arrête, on dépose le cercueil sur le parvis, devant Lui. Il le considère avec une expression de pitié et une fois encore ses lèvres prononcent doucement : « Tâlipha Koumi — lève-toi, jeune fille ! » La morte se soulève dans le cercueil, s’assied, sourit ; ses yeux s’ouvrent et elle promène autour d’elle un regard étonné. Elle tient dans les mains le bouquet de roses blanches avec lequel on l’a ensevelie. Le peuple est saisi de stupeur, on n’entend que des cris, des sanglots. Et voilà que dans ce moment même passe tout à coup sur la place, près de la cathédrale, le grand inquisiteur en personne. Lire la suite de « La « Légende du Grand Inquisiteur » de Dostoïevski »

L’invention du christianisme, et Jésus devint Dieu

L’Invention du christianisme vient de paraître. Suite de Jésus de Nazareth, juif de Galilée, ce livre retrace, à la lumière des dernières connaissances du judaïsme antique, la longue et fascinante histoire que fut la naissance du christianisme.

Jacques, Pierre ou Paul de Tarse n’étaient pas chrétiens, mais juifs. Leur projet n’était pas de remplacer la Loi juive (Torah) par une autre religion, mais de convertir les païens et de délivrer leur peuple du joug romain – qui conduira à la destruction du Temple en 70 puis à l’anéantissement de Jérusalem en 135. Il faudra près de quatre siècles pour que, de ce premier mouvement messianique juif aux multiples visages, naisse le christianisme.

Au cours du Ier siècle, Paul et les apôtres vont transmettre l’enseignement reçu de Jésus dans les synagogues de la diaspora de langue araméenne – Palestine, Syrie, Mésopotamie, Babylonie…–, et dans la diaspora juive hellénisée – Asie Mineure, Égypte, Rome…– au coeur de laquelle « s’inventera » le christianisme.
À partir du IIe siècle, le judéo-christianisme et le judaïsme rabbinique commenceront à se séparer. Une rupture qui sera consommée au IVe siècle avec la conversion de l’empereur Constantin et la tenue des grands conciles qui fixeront l’orthodoxie chrétienne : l’Empire abandonnera les cultes païens pour se tourner vers le Dieu UN d’Israël via le culte chrétien. Naîtront alors véritablement les deux religions que nous connaissons, toujours jumelles.

 

EXTRAITS :
Lire « L »invention du christianisme »-extrait complet (pdf)

« Jusqu’il y a encore peu, l’histoire du premier christianisme se résumait au récit qu’en avait élaboré l’Église, à partir du
moment où l’Empire gréco-romain était devenu chrétien sous Constantin (272-337). Cette mythologie des origines entérinée au
IVe siècle commençait par le récit du livre des Actes des Apôtres rédigé dans les années 70-80 de notre ère : une odyssée méditerranéenne à la gloire de Paul de Tarse, l’Ulysse chrétien, voyageant de Jérusalem, coeur du judaïsme, à Rome, centre du pouvoir et capitale de l’Empire gréco-romain. Avec lui, le centre de gravité du christianisme se déplaçait de Jérusalem à Rome en suivant le chemin de ses hérauts Pierre et Paul. D’histoire orientale, le christianisme se transformait en une légende occidentale et un mythe fondateur. (…)

Dès lors, à partir du IVe siècle, toute autre forme de christianisme que celui de la Grande Église, selon la magistrale démonstration de Walter Bauer en 1934, jamais sérieusement contestée, était devenu « hérétique ». Les récits des apologètes, des grands hérésiologues du IIe siècle, à commencer par Irénée, semblaient confirmer cette centralité de la « voie romaine », ce qu’on appelle la « transmission apostolique » en langage d’Église, et reléguer tous les autres points de vue à des chemins de traverse hasardeux. Mais on sait aujourd’hui que les premières manifestations du christianisme à Édesse, en Égypte, en Asie Mineure, qualifiées d’hérétiques par certains auteurs à partir du IIe siècle, constituaient un christianisme protéiforme. Il n’y a pas eu, comme on l’a longtemps cru, une orthodoxie première et monolithique, puis des hérésies déviantes, mais, dès le départ, une multitude de mouvements. Je montre que ceux-ci sont dus au développement du christianisme dans divers mouvements du judaïsme issus de différents bassins culturels et aussi aux chocs de l’histoire. Ce qui deviendra l’orthodoxie chrétienne au IVe siècle n’est que l’opinion, parmi d’autres, de la communauté romaine.

Nous constaterons à travers des documents que le mouvement de Jésus, qu’on a appelé plus tard le « christianisme », au moins au cours des deux premiers siècles et dans certaines régions jusqu’au VIe siècle, n’était qu’ une  des multiples sectes juives qui prospéraient au sein de l’Empire gréco-romain. « Secte » au sens où Flavius Josèphe parle des hairesis du judaïsme, un mot qui a donné par la suite « hérésie ». Si nous voulons comprendre le premier christianisme, nous devons donc relire l’histoire de son développement comme celui d’une secte juive minoritaire affrontée à d’autres points de vue juifs et ballottée dans les guerres judéo-romaines. Sans cette genèse, on ne peut pas comprendre la formation d’une identité chrétienne spécifique au coeur du monde juif puis le rejet très progressif de cette opinion par la synagogue en réaction aux catastrophes de l’histoire juive (…)

Controverse sur Jésus : Jean-Christian Petitfils, Didier Long, Michel Benoît

Une controverse autour d’ouvrages récents sur Jésus initiée par Jacques Fischer sur Fréquence protestante la veille de Noël.

Enfin on sort de la promo pour échanger des arguments :

et aussi sur le blog de Michel Benoît : « La recherche sur le Jésus historique récupérée par un catholique »

Religions du monde – RFI


 Geneviève Delrue sur RFI dimanche 25 décembre pour Jésus de Nazareth Juif de Galilée.


Ecouter ensuite le passionnant commentaire sur la mystique Rhénane à Strasbourg, Colmar par Isabelle Raviolo, spécialiste de Maître Eckhart et Nicolas de Cues. L’ontologie d’Eckart à Heidegger et Derrida.

« Encyclopédie des mystiques rhénans d’Eckhart à Nicolas de Cues et leur réception, L’apogée de la théologie mystique de l’Église d’Occident » (Cerf, 2011)
Sous la direction de Marie-Anne Vannier, Walter Andreas Euler, Klaus Reinhard, Harald Schwaetzer — Édition française par Marie-Anne Vannier — Préface de Bernard McGinn — Avec le concours de la MSH Lorraine