Tu sanctifieras le jour du repos

Gérard Haddad – Didier Long 

Le Shabbat est au cœur de la vie juive et il en est la spécificité. Commandement du Décalogue, cette célébration hebdomadaire affirme le dogme de la Création du monde et de la délivrance de l’esclavage en Égypte. Par là même, il constitue une butée à la domination du maître et un appel à la liberté. C’est ce que montre le psychanalyste Gérard Haddad. Paradoxalement, dans un monde antique esclavagiste, c’est un peuple d’esclaves affranchis qui porte l’étendard de cette proclamation et crée la semaine de sept jours qui rythme toujours nos calendriers. Il contribue donc à la structuration symbolique du temps et de l’espace. Le shabbat, temps libéré par Dieu, sanctifié, devient celui du plaisir (oneg) convivial de la table, mais aussi sexuel ; des plaisirs vécus enfin en pleine lumière et dans l’allégresse.

En contrepoint de cette Tradition juive immémoriale, l’historien du christianisme ancien Didier Long, montre que Jésus était un juif shomer shabbat, gardien du shabbat, au cœur de sa pratique. Tout comme ses disciples Pierre, Jacques, Paul… Cette mémoire et cette observance du shabbat se poursuivra jusqu’au Vème siècle chez les chrétiens en Orient comme en témoigne une abondante littérature patristique. Avant que la fête païenne romaine du Jour du soleil, transformée en dimanche chrétien, n’oublie le shabbat juif, coté chrétien, pour des raisons avant tout politiques. Après la « chrétienté », les chrétiens ne devraient-il pas se souvenir à nouveau du shabbat demande Didier Long?

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Gérard Haddad, psychanalyste né à Tunis, a d’abord été ingénieur agronome en Afrique. Dans les années 70 il commence une analyse Jacques Lacan qui le conduit à entreprendre des études de médecine et de psychiatrie. Du communisme il retrouve le chemin du Judaïsme. Marqué par l’enseignement   de Yeshayahou Leibowitz il en devient traducteur. Ses nombreux livres : L’enfant illégitime/ Talmud et psychanalyse 1981 Manger le livre (1984), Les Biblioclastes, 1991 Le jour où Lacan m’adopté (2002), Le péché originel de la psychanalyse (2007), Lumière des astres éteints-la psychanalyse et les camps (2011), témoignent de ce parcours exceptionnel.

 

Didier Long, ancien moine bénédictin, historien du judéo-christianisme ancien, a publié une dizaine d’ouvrages, dont Défense à Dieu d’entrer (2005, prix des Maisons de la Presse) et Petit Guide des égarés en période de crise (2012), le domaine du judéo-christianisme ancien il a publié : Jésus le rabbin qui aimait les femmes (2008), Jésus de Nazareth juif de Galilée (2010) et L’invention du christianisme (2011).

Moré Névoukhim katan (Petit guide des égarés)

Mère de Rembrandt en prophétesse Anne lisant une bible hébraïque

Un petit commentaire de 4 minutes sur le « Petit Guide des égarés en période de crise » sur RCF Côte d’Azur qui m’a bien plu :

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Kippour et les noms de Dieu

Juifs priant dans une synagogue pour Yom Kippour, huile sur toile (1878) de Maurycy Gottlieb. Vienne (Autriche).

Lors de la liturgie de Kippour on prononce en leitmotiv une phrase qui commente les treize attributs de Dieu. Ce texte est répété en choeur alors que le peuple qui confesse ses fautes s’agenouille (ce qui est unique dans la prière juive, d’habitude dite debout-c’est le sens du mot ‘Amida’). Il s’agit d’un texte de l’Exode au chapitre 36, versets 5-8 : « L’Éternel descendit dans la nuée, s’arrêta là, près de lui et proclama nominativement l’Éternel. La Divinité passa devant lui et proclama : « ADONAÏ! ADONAï! est l’Etre éternel, tout puissant, clément, miséricordieux, tardif à la colère, plein de bienveillance et d’équité… ». et le texte se termine par : « Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna »

Les 13 noms d’Ashem (Le Nom)

En ce jour le Grand Prêtre entrait seul dans le saint des saints du Temple et prononçait le tétragramme imprononçable par nulle autre que lui en ce jour et dont la prononciation est perdue. Il reste de cela cette énonciations des noms de Dieu ou plutôt de ses attributs au nombre de 13.

Que signifient ces 13 attributs? En dehors du fait que ce chiffre a la valeur numérique du mot EHAD (UN), dés les premières lignes du Guide des égarés de Maïmonide (1135-1204) en discute évoquant alors ce qui constitueras le coeur de sa conception de Dieu.  Thomas d’Aquin, lui auusi se penchera longuement sur cette théorie des « Noms » divins. Car Thomas d’Aquin comme Maimonide dépendent dans leurs questions sur les attributs de Dieu d ‘Aristote qui est alors redécouvert en Occident via les philosophes arabes (question débattue…. car les arabes ont reçu ce dépot des chrétiens syriaques). Tous deux veulent faire le pont entre la foi naïve des fidèles et les nouvelles connaissances rationnelles qui s’offrent à eux, Maîmonide en expliquant le judaïsme aux « égarés » ou plutot aux « perplexe »s cultivés de son époque. Pour le Rambam le Maasé Bereschit (l’oeuvre du commencement, la création) équivaut à la « physique » du Philosophe, et le Maasé MerKaba (la « vision du char » d’Ezéchiel 1 qui en période d’Exil rêve la liturgie Temple dans les Cieux) à la science métaphysique. Les deux maasé sont au coeur de la liturgie de Kippour.

Mais, revenons aux noms de Dieu selon le Rambam  :

« II y a eu des gens, qui croyaient que célem dans la langue hébraïque  désignait la figure d’une chose et ses linéaments, et ceci a conduit à la pure corporification (de Dieu) parce qu’il est dit : Faisons l’homme à notre image selon notre ressemblance (Genèse, 1, 26). Ils croyaient donc que Dieu avait la forme d’un homme, c’est-à-dire sa figure et ses linéaments et il en résultait pour eux la corporification pure qu’ils admettaient comme croyance, en pensant que, s’ils s’écartaient de cette croyance, ils nieraient le texte ou même qu’ils nieraient l’existence de Dieu s’il n’était pas un corps ayant un visage et des mains semblables aux leurs en figure et en linéaments ; seulement ils admettaient qu’il était plus grand et plus resplendissant et que sa matière aussi n’était pas sang et chair et c’est là tout ce qu’ils pouvaient concevoir de plus sublime à l’égard de Dieu. Quant à ce qui doit être dit pour écarter la corporéité et pour établir l’unité véritable — qui n’a de réalité que par l’exclusion de la corporéité — tu sauras le démonstration de tout cela dans le présent traité »

En clair: Dieu ne fait pas partie de ce monde et n’a pas de corps. Les attributs de Dieu sont des attributs humains et ne sauraient qu’imparfaitement décrire l’Eternel au delà du temps, l’Etre au delà de tout ce que nous pourrions même imaginer de l’être. A la même époque un autre commentateur précise ces attributs de l’Eternel. Lire la suite de « Kippour et les noms de Dieu »

Des mots de minuit

Didier Long à Des Mots de minuit sur France 2, une émission présentée par Philippe Lefait

Visionner sur le site de France 2 : http://desmotsdeminuit.france2.fr/?id-video=69573750&vdo=2

ou sur Dailymotion : http://www.dailymotion.com/video/xtqvbk_des-mots-de-minuit-du-20-09-12_tv

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  • 00 : 01 : 44  Le programme de l’émission :  avec la phrase à méditer du rabbin Haïm Harboun  : « Vous savez on peut traverser toute sa vie comme une mouche ! »
  • 00 : 49 : 50  L’interview de votre serviteur et la suite de mes aventures
  • 01 : 25 : 00 Les questions autour de mots clés

Et aussi : STAFF BENDA BILILI, des polyos de la rue du Congo qui jouent de la musique,désormais mondialement connus,  vraiment à écouter… Eva DOUMBIA, metteur en scène et Léonora MIANO, écrivain pour les « Afropéennes », très sympa. Ambiance afro.

Izkor

La prière d’Izkor  (hébreu : יזכור « qu’Il se souvienne »), est lu dans les synagogues, le jour de kippour, pour évoquer la mémoire des personnes chères qui ne sont plus parmi nous. Il est bon de redire ces mots en ces « jours redoutables ». Nous ne vous oublions pas.


Souviens-toi

Le souvenir est chose douce.
Il apporte une fraîcheur à l’âme aride, il enveloppe le coeur d’une caresse qui berce et apaise, il couronne le front de sérénité.

Le souvenir est chose pieuse.
Il est un autel élevé dans le sanctuaire intime où la fidélité apporte sa quotidienne offrande. Il fait que quelque chose des chers absents s’associe à nos oeuvres, survit et continue d’agir. Il fait que nous sommes un peu ce qu’ils furent.

Le souvenir est chose bénie.
Il évoque, idéalisés, les chers visages qui nous suivent dans notre carrière d’ici-bas, qui nous sourient et nous rassurent par leur présence. Leur pensée veille en nous et nous est une sauvegarde ; elle pose une lumière sur notre chemin et une bienveillance dans nos coeurs. Leur exemple nous est une exhortation, il éclaircit et élève pour nous la notion du devoir.

Le souvenir est chose pure.
Il nous pénètre d’une grâce spirituelle, il met une pudeur dans nos pensées, un respect dans nos paroles, une gravité dans nos actes, il répand une majesté et un recueillement.

Le souvenir est chose généreuse.
Il nous fait nous détacher de nos préoccupations personnelles, il nous emporte par-delà les griefs, les impatiences et les étroitesses, et nous fait entrer dans la dignité de l’esprit. Lire la suite de « Izkor »

La crise est-elle spirituelle ?

Didier Long sur la radio « Fréquence Protestante », le 06 septembre 2012 avec Philippe Arondel (durée = 50 minutes)

L’invention du christianisme – recension dans Les Etudes

Une recension de l’éxégète Pierre Gibert   dans la revue « Etudes »:


« … L’ouvrage de Didier Long, spécialiste en la matière, nous rend à la complexité de ces origines, insistant sur ces racines d’une dispora juive qui profita au christianisme naissant, lui assurant ses premiers développements. Un livre important qui mérite à la fois attention et discussion »

La sanctification des jours

Un article paru dans la revue Golias : Article : « L’acédie, maladie de civilisation »

 » Ils se sont jetés dans l’inconnu  » – Psychologies magazine

DOSSIER : PRENDRE SA VIE EN MAIN

Par Valérie Peronnet, Photo de Sandrine Expilly

dans Psychologie Magazine de septembre 2012. (cliquer sur l’article pour l’agrandir)

TOUT ME SEMBLE PLUS COHERENT
« Quand j’ai raconté mon histoire à Psychologies, en 2005, j’avais déjà eu trois vies : une jeunesse à hésiter entre ouvrier et voyou, dix ans à prier cloitré dans un monastère, puis dix ans d’amour avec Marie-Pierre, et nos trois enfants. Aujourd’hui nous en avons un de plus, et je suis entré dans une quatrième vie : le 1er janvier 2010, mon meilleur ami a été emporté par une avalanche. Pendant ses funérailles, les psaumes me sont venus en hébreu. Ça n’est pas un miracle, j’ai étudié l’hébreu quand j’étais moine. Mais ça m’a profondément bouleversé. Lire la suite de  » » Ils se sont jetés dans l’inconnu  » – Psychologies magazine »

Irène Némirovsky, « Le vin de solitude », roman

Irène Némirovsky

À l’automne 2004, alors que j’allais publier en janvier Défense à Dieu d’entrer chez Denoël, la maison d’édition envoya aux auteurs une invitation : contre toute attente, Irène Némirovsky venait de recevoir le prix Renaudot pour Suite française, son ultime livre, roman de la débâcle de 1940. Elle le reçut le prix à titre posthume puisqu’elle était morte à Auschwitz en 1942. C’est ainsi qu’on la redécouvrit.

Vendredi dernier, 17 aout 2012, je me suis retrouvé dans une toute petite librairie de Narbonne. Parcourant les livres un a un comme je le fais d’habitude, l’oreille quasi collée contre leurs dos, j’entendais comme les chuchotements de ces milliers d’histoires, qui, lorsque j’étais enfant m’aidaient à m’endormir et aujourd’hui… m’empêchent de dormir.

On était à quelques heures du shabbat. Je repensais à ce geste que j’ai souvent vu à la synagogue, lorsqu’un homme s’approche de l’arche où sont contenus les rouleaux de la Torah, et debout, pose ses mains et son oreille contre la porte comme pour écouter amoureusement, le cœur tourné vers Jérusalem.

Au hasard de cette pérégrination bibliophile, je suis tombé sur Le vin de solitude  (1935), d’Irène Némirovsky. Par acquis de conscience, bien persuadé que je ne le lirai jamais… je l’ai acheté. Je l’ai ouvert le lendemain et ne l’ai plus lâché jusqu’à l’avoir lu entièrement au petit matin.

Ce roman qui raconte la vie d’Hélène Karol et de sa famille, largement inspirée de celle d’Irène Némirovsky commence en Russie, se poursuit à Saint Pétersbourg, puis en Finlande, enfin à Paris. Il raconte les rapports d’une petite fille qui murit peu à peu et devient une femme avec sa mère, égoïste, indifférente et volage qui ignore puis hait sa fille; alors que le père financier, « Millions, millions, millions », ne voit rien d’autre que l’argent et s’illusionne sur sa « famille », Hélène chérit sa gouvernante française. Le chassé-croisé entre mère et fille est magnifique de choix, de nostalgie, d’illusions perdues et d’observation.

Par un curieux hasard j’ai découvert en lisant ce livre qu’Irène Némirosky était morte à Auschwitz le 17 aout 1942. Il y avait exactement 70 ans jour pour jour ce 17 août. Parfois la vie est étrange.

Un livre à lire absolument.

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