La fête de la bière… et l’humour de Dieu, à Taybeh (Ephraïm), au coeur des territoires

Un article de Maria C. Khoury paru dans Palestine Note et traduit par le Courrier international

La fabrique de Bière à Taybeh (Photo Didier Long, 2010)

Je vis au beau milieu de nulle part, et chaque jour ou presque je me félicite sincèrement que le monde entier soit prêt à venir à nous, pour voir comment notre microbrasserie fabrique cette excellente bière, la Taybeh Beer. Très souvent, je me dis que nous devons avoir perdu la raison pour rester dans la plus haute région montagneuse de Palestine, surtout avec le cercle des colonies israéliennes illégales qui se resserre autour de Taybeh, préparant le “Grand Israël”. Tantôt ce sont des coupures d’électricité, tantôt des coupures d’eau, et de temps à autre une invasion militaire. Néanmoins quelque chose de formidable se passe dans cette Judée biblique, au carrefour de la Judée et de la Samarie [en Cisjordanie]. Grâce à l’aide de Dieu, nous continuons à produire la meilleure bière du Moyen-Orient, avec le sentiment que c’est notre façon à nous de résister pacifiquement. Dieu a beaucoup d’humour. Il permet à une famille chrétienne minoritaire de vivre parmi une population à 98 % musulmane et de fabriquer un produit dont la consommation est interdite par le Coran à la majorité.

Dieu nous a donné une grande force pour que nous puissions vivre malgré le ­blocage des routes et les obstacles économiques quotidiens, sans parler des sempiternels problèmes aux points de contrôle.

Depuis peu, la politique israélienne d’occupation nous impose un détour de trois heures jusqu’à un point de contrôle doté d’un scanner pour pouvoir livrer la Taybeh à Jérusalem, ville qui n’est pourtant qu’à vingt-cinq minutes de la brasserie. On voudrait nous faire couler qu’on ne s’y prendrait pas autrement : l’essence dans cette partie du monde coûte peut-être quatre fois ce qu’elle coûte ailleurs ! Nous nous considérons chaque jour un peu plus comme une terrible menace pour Israël. Nous nous consacrons en effet à la fabrication en ­Palestine d’un excellent produit, pour que les consommateurs puissent choisir des produits palestiniens et aider les Palestiniens à continuer à travailler. Or Israël aimerait continuer à inonder le marché palestinien de produits israéliens, qu’il s’agisse de bière, de crème glacée, de lait ou de chips. Je me dis que Dieu a de l’humour, puisque, d’une façon ou d’une autre, il permet, grâce à la bière, de faire connaître la petite communauté chrétienne de Palestine. On vient des quatre coins du monde visiter Taybeh, pour comprendre au bout du compte que notre village est chrétien depuis deux mille ans, depuis le passage du Christ. C’est aussi le dernier village exclusivement chrétien de toute la Palestine. N’est-ce pas triste ? Où sont passés les autres chrétiens ? Ils s’en sont allés vers des lieux plus propices, j’imagine, les Etats-Unis, l’Australie, l’Europe, l’Amérique du Sud, là où ils peuvent construire une vie plus douce pour leurs enfants. Ainsi, les gens viennent nous voir pour la bière, et repartent avec un message d’amour. Au moins comprennent-ils que tout ce que nous voulons c’est être libres, car la liberté, la justice et la paix permettent la coexistence de toutes les religions, tous les individus et toutes les ethnies.

Depuis six ans, nous organisons début octobre  l’Oktoberfest de Taybeh et ac­cueil­lons à cette occasion davantage de chrétiens, de musulmans et de juifs que n’importe quelle conférence sur la région. Taybeh incarne la résistance pacifique par les efforts extraordinaires qui y sont faits pour accomplir des choses simples, comme célébrer la vie. Dans un environnement où l’on ne sait jamais ce que le lendemain réserve, la réussite de ce festival tient au seul fait qu’il existe. L’Oktoberfest de Taybeh est devenue l’une des fêtes emblématiques de la Palestine : on y vient du Brésil, du Japon et d’Europe pour témoigner sa solidarité. Si vous pensez que les Palestiniens ne font rien en matière d’action non violente, sachez que des millions d’entre eux s’attachent chaque jour à accomplir des actes ordinaires, comme travailler, aller à l’école ou organiser une fête. Pour nous, ce sont autant d’actions non violentes contre les conditions terribles dans lesquelles nous vivons en raison de l’occupation. Venez nous voir et soutenir notre production locale. Et, en passant par Taybeh, peut-être mesurerez-vous aussi tout l’humour de Dieu.

Un commentaire sur « La fête de la bière… et l’humour de Dieu, à Taybeh (Ephraïm), au coeur des territoires »

  1. Je découvre votre blog aujourd’hui aussi je me permets de commenter cet article même s’il date de deux ans.
    Par hasard, j’écoutais la radio « radio Yerushalayim » lorsque débuta un reportage sur cette fête de la bière. Reportage sympathique et fête sympathique mais l’un des organisateurs ajouta « oui, nous avons des participants israéliens mais nous leur demandons de parler en anglais pour ne pas choquer » Et moi, ça m’a choqué! La « résistance pacifique » fait qu’on veut bien des Juifs a condition qu’ils se cachent! Si leur livraisons sont difficiles a Jérusalem à cause des vérifications au check-point, c’est qu’ils ne livrent pas que de la bière! Vous n’êtes pas choqué par cette distorsion des faits?

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